Mon Ame Est Tienne

Chapitre 4

Quatre ans plus tard...

Le royaume de Vert-Bois Le Grand pleurait son Roi, le grand Oropher, tombé au combat.

Toutefois, le peuple devait se réjouir.

Le futur Roi, Thranduil, était lui bien en vie...

« Pourquoi cet air si sombre, ma douce ? »

« Ce n'est rien, père. Juste... une inquiétude passagère. »

« Aurais-tu peur que le... Roi t'ai oubliée ? Il n'y a pourtant que quatre ans qu'ils sont partis. »

« Et la situation a bien changé. »

Gravement, Erephion acquiesça.

Oui, tout avait changé.

Mais Thranduil était prêt et son ancien instructeur savait qu'il serait un grand monarque, aimé et respecté de tous.

Du moins s'il l'acceptait...

Des trompettes retentirent alors, annonçant le retour des soldats.

Comme ils avançaient, on déplora les pertes, si nombreuses.

Mais les conversations cessèrent quand, lentement, la dépouille du Roi fut amenée.

Les chevaux tirant la carriole s'arrêtèrent et le peuple vit enfin Thranduil arriver.

Les traits tirés, l'air sombre, les yeux glacials et le visage impassible, le futur Roi annonça de sa voix grave comment son père était décédé sur le champ de bataille.

Un deuil de quatre jours serait respecté.

Suite à cela, Oropher serait enterré et Thranduil couronné.

Les chevaux reprirent alors leur course et les arbres ployèrent, dernier hommage rendu à leur Roi...

Oo*oO

Quatre jours passèrent entre pleurs et souvenirs de celui qui avait été un si grand Roi.

Son fils, lui, s'était enfermé dans le bureau de son père, refusant de voir quiconque.

On le questionna, concernant l'enterrement, seul le silence retentit.

Alors, en dernier recours, un garde vint chercher Alana en pleine nuit.

Si elle fut surprise de cette arrivée inattendue et impromptue, elle n'en dit mot, se contentant d'enfiler un châle et ses mules avant de suivre le garde.

Elle fut alors conduite dans les appartements royaux.

La porte fut forcée et elle avança dans cette pièce obscure, traversée par les courants d'air.

Elle devinait Thranduil, silhouette parfaitement immobile.

Mais alors qu'elle voulait avancer plus avant, la voix sombre du futur monarque retentit :

« Qui est là ? »

« ... »

« Parlez ! Qui est là ? »

Silencieuse, elle approcha, la gorge nouée par la douleur qu'elle percevait dans cette voix pourtant si mélodieuse.

Alors il sentit un parfum, un parfum de roses.

Les roses qui, depuis plus d'un millénaire, étaient synonyme d'une seule personne...

« Alana ?! »

« Bonsoir... mon Prince. »

« Pourquoi êtes-vous là ? »

« On est venu me chercher. Apparemment, ils pensaient que j'étais capable de vous faire entendre raison. »

« Et... l'êtes-vous ? »

Oo*oO

Elle avait allumé une bougie, il n'avait pas tenté de la stopper.

Alors, après quatre ans et bien des tragédies, ils se retrouvaient.

Assurément, il n'était plus le même, devenu Roi en quelques secondes.

Mais elle, elle était toujours aussi belle et aussi indépendante.

Pourtant, ses yeux si verts étaient troubles de larmes.

Il fronça les sourcils, la questionnant :

« Qu'y a-t-il ? »

« J'aurais voulu vous retrouver dans... d'autres circonstances. »

« Rien n'est de votre faute, Alana. »

« Ni de la vôtre. »

Il soupira, se détournant.

« J'aurais pu le sauver. »

« Alors vous seriez mort. Et Oropher n'aurait plus d'héritier. »

« Faut-il se réjouir de sa mort ? Est-ce cela que vous me dites, madame ? »

La voix s'était faite sombre, emplie d'amertume, et elle ferma les yeux, refoulant ses larmes.

Elle savait que Thranduil avait changé.

Mais se retrouveraient-ils, dans cette situation si désespérée ?

Oo*oO

La voix du Prince la tira de ses pensées :

« Antras vous a-t-il fait sa demande, avant de partir ? »

« Cela vous intéresse-t-il ? »

« Je vous ai posé une question. »

« Et j'y répondrai... si j'ai envie. »

Il fit volte-face, la fusillant du regard, elle ne cilla pas.

Non, elle n'avait pas peur de lui, même si cette haute silhouette menaçante s'approchait d'elle.

« Qui épouserez-vous ? »

« Je vous demande pardon ? »

« Vous allez être couronné Roi. Il vous faudra bien une Reine. »

« Je ne pourrai l'épouser que dans un an. »

« Oh. Alors vous avez un an pour réfléchir. Bonne réflexion, dans ce cas. »

Elle se retourna, prête à quitter la pièce, il la retint par le poignet.

Comme elle revenait posément face à lui, il révéla :

« J'ai souvent pensé à vous, sur le champ de bataille. »

« À moi ? »

« Hhh. Et je me disais que vous auriez fait un excellent soldat. »

« Mais les femmes ne peuvent pas combattre. »

Il acquiesça.

« Je sais. Mais... lorsque je deviendrai Roi, ce sera une des premières choses que je changerai. »

« Vraiment ? »

« Je vous donne ma parole. »

« Et je veillerai à ce que vous la respectiez. Maintenant, il y a plus urgent. »

« Quoi ? »

« L'enterrement. »

Elle vit la douleur durcir ses traits et impulsivement, elle leva le bras, posant ses doigts sur la joue de Thranduil.

Souriant face à l'air surpris du Prince, elle chuchota :

« Vous n'êtes pas seul, mon Prince. »

« M'accompagnerez-vous ? »

« Je ne suis pas... »

« M'accompagnerez-vous ? »

« Je le ferai. »


Bonus chapitre 5

* « Alors je ne suis pas heureux. »

« Non, assurément. Car, comme tout le monde le sait, pour qu'un Roi soit heureux, il lui faut une Reine. »

« Alors il est temps. »

** Elle l'entendait parler, de cette voix si profonde qui, depuis plus de mille ans, la faisait toujours frissonner.

Mais son esprit était ailleurs, comme déconnecté de la réalité.

Aimait-elle Thranduil ?

Oui, assurément.

Mais était-elle assez forte ?

Pourrait-elle devenir Reine ?

*** Il semblait désolé mais elle savait que les affaires du royaume étaient urgentes.

L'étaient-elles pour autant davantage que celles du cœur ?

* Son bureau disparaissant sous les monceaux de parchemins qui attendaient sa lecture et son approbation, Thranduil comprenait pourquoi son père avait toujours l'air aussi fatigué.

Quoi qu'il fasse, les problèmes semblaient être toujours plus nombreux.

Et même si ses conseillers prétendaient qu'il était parfaitement capable de diriger ce royaume, il en doutait, sérieusement.