Chapitre III: Les soins d'un grossier inconnu.

J'étais médusée. Mes yeux plantés dans les siens, mon corps ne me répondait plus. Je me contentais juste de fixer les orbes grises de cet homme. Des orbes orageuses qui me faisaient me sentir petite. Ridiculement petite. Elles me narguaient, j'étais inférieure. Combinez cela à son sourire sarcastique et le tour était joué. Se rendait-il seulement compte de l'emprise qu'avaient ses iris ? Apparemment oui puisqu'il avait l'air de s'amuser. Oui, il s'amusait de mon comportement.

Sans prévenir, un liquide froid tomba sur ma nuque sous forme de gouttelette. Le liquide s'aventura lentement sous ma chemise en suivant les traits de la peau mon dos, avant de se laisser couler doucement plus bas. Je me réveillai de ma transe en sursaut. Bénissant tous les liquides du monde entier, je me précipitai à quatre pattes, suite à une jambe hors service pour le moment, à l'extérieur de la pièce où j'avais atterri, et plaquai mon dos contre le mur d'en face. Fronçant les sourcils, je me mis une nouvelle fois à fixer l'inconnu. Il s'était redressé, s'étant mis à ma hauteur il y a quelques secondes. Il avait maintenant les bras croisés, négligemment appuyé sur le cadrant de la porte. Il me surplombait de toute sa hauteur, agrandissant son sourire. Pieds et torse nus, il était vêtu d'un simple pantalon bleu à taches noires. La vingtaine, plutôt grand de taille mais un corps fin. Une musculature taillée, probablement suite à de nombreux entraînements. Cheveux ébènes mouillés, torse et bras marqués par plusieurs tatouages tribaux et parsemés de gouttelettes d'eau. Je comprenais maintenant d'où venait ce liquide sur ma nuque. J'ai dû l'interrompre au beau milieu de sa douche avec le boucan qu'avait provoqué ma chute. Non pas que j'étais grosse. Interrompant mes pensées, une phrase me revint subitement en mémoire: « Le capitaine doit prendre sa douche en ce moment. ». J'écarquillai brièvement les yeux en me rappelant de la phrase du géant, avant de froncer les sourcils de manière plus appuyée. Fallait que je tombe directement sur le chef ! Bravo, ma grande, t'as eu le jackpot ! Je me tendis, me collant un peu plus au mur. Cet homme ne m'inspirait pas confiance.

Un silence de plomb régnait. Je le fixai toujours, droit dans les yeux, d'un air méfiant. Je pouvais entendre les quelques bruitages étouffés venant de la salle où se trouvaient la bande de pirates. Des rires et des cris joyeux. Sur quel équipage étais-je tombée ? Cet homme me rappelait quelque chose mais très vaguement. Espérons juste qu'il ne soit pas dangereux. Pas trop, du moins. Ce qui est sur, c'est que ce n'était pas un homme inoffensif. Avec cette aura et ce charisme, c'était impossible. Bougeant les lèvres, il s'apprêta à dire quelque chose. Je le coupai sans aucune hésitation.

« Qui êtes-vous, où suis-je, et pourquoi suis-je ici ? » Articulais-je d'un ton que je voulais ferme.

Se faire interrompre n'a pas l'air de lui avoir plus. Son sourire s'était légèrement fané, mais il se reprit rapidement.

« Ce n'est pas très poli de couper la parole aux gens. »

Une phrase toute simple prononcée d'une voix grave et lente. Il dominait la situation et ça m'énervait au plus haut point.

« Répondez-moi ! » Répliquais-je en haussant le ton.

Erreur. Son sourire avait subitement disparu. Son visage s'était légèrement contracter et il fronçait maintenant les sourcils. Je me surpris à avoir un mouvement de recul.

« Je ne pense pas que tu devrais me donner d'ordre. » Dit-il fermement.

Je déglutis mais essayai de ne rien laisser transparaitre sur mon visage.

« C'est... une menace ? » Osais-je.

Remarquant mon hésitation, son sourire ironique revint au galop. Je serrai les dents. Quel homme vulgaire !

« Non, un simple conseil si tu veux rester en vie. »

Aucune hésitation dans sa voix. J'avais bel et bien raison, cet homme était même plus que dangereux. Il parlait de la mort comme si ce n'était rien.

« D'ailleurs, je te retourne ta première question. Qui es-tu ? »

Je fronçai les sourcils.

« Vous n'y avez pas répondu. Répliquais-je.

Qui pose les questions ici ? Dit-il calmement. Toi, une simple invitée sur mon bateau ? Ou bien moi, son propriétaire ? »

Pour qui se prenait-il ? Qu'il aille se le mettre là où je pense, son bateau ! Je ne lui avais rien demandé. Cependant, je décidai de jouer la carte de la prudence. Il ne fallait pas énerver ce genre de type.

« Je m'appelle Ta-... »

Jouer la carte de la prudence.

« ...mi. Qui êtes-vous ? Mentis-je. »

Mentir est une marque de prudence, non ?

« Bien, Tami-san. Ironisa-t-il. Quant à moi, je suis le capitaine et, accessoirement, le médecin de ce bateau. »

Qu'est-ce que-... ?

« Ce n'était pas ma question ! M'énervais-je. Ce que je vous demande est votre nom ! »

Son sourire s'élargit.

« Ça tu ne l'avais pas précisé. » M'affirma-t-il, joueur.

Il commence vraiment à me les briser.

« Quel est votre nom alors ? » Répliquais-je, irritée.

Il ferma les yeux un instant avant de les rouvrir.

« Eh bien, si tu veux savoir à qui tu t'adresses, tu devrais tout d'abord te présenter, non ?

Je le fixai, incertaine d'avoir compris. Où voulait-il en venir ? Se pourrait-il que-... ?

« Je veux dire, te présenter honnêtement. » Ajouta-t-il, narquois.

Je fus interloquée. Comment a-t-il su que je mentais ? Ce pirate était vraiment perspicace. Remarquant ma surprise, il élargit son sourire. Je lâchai un long soupir de résignation avant de lui répondre:

« Tanoshi. Je m'appelle Akane D Tanoshi. »

Levant un sourcil, une lueur de surprise brilla brièvement dans ses yeux. Il me lança un regard satisfait avant de se retourner. Il s'apprêtait à retourner tranquillement dans sa chambre en m'ignorant ? Alors la... !

« Eh ! Vous-... Ah ! » Essayais-je en me redressant.

Je fus instantanément coupée par la douleur que m'envoya ma jambe. Je l'avais complètement oubliée ! Baissant mes yeux, je remarquai avec stupeur que mon bandage était maintenant intégralement rouge. Merde ! Qu'est-ce que ça pouvait faire mal ! Ma respiration se fit plus rapide. J'avais l'impression qu'on en faisait du hachis ! Un mouvement dans mon champs de vision me sortit de mes pensées et je relevai mon visage crispé par la souffrance. L'homme était revenu sur ses pas et fixai maintenant ma jambe. Il lâcha un soupir d'agacement.

« Suis-moi, m'ordonna-t-il.

Et pourquoi faire ? Répliquais-je avec douleur.

Vu la quantité de sang que ton bandage a absorbé, nul doute que ta plaie s'est réouverte. » Dit-il, légèrement irrité, avant de s'engouffrer à nouveau dans la pièce.

Comme si je pouvais me lever ! Néanmoins, je préférai crever que d'admettre ma faiblesse devant ce pirate. Je pris donc appui sur le mur avec mes bras en m'aidant de ma jambe gauche. À chaque pas, la douleur se faisait plus sourde. Mes oreilles sifflaient à présent. Entrant dans la chambre, je vis directement un lit double en bois foncé au centre de la pièce. Ce fut, à mes yeux, synonyme de bénédiction. Je me dépêchai d'aller m'asseoir dessus.

Enfin installée, je me permis un soupir de soulagement et me mis à détailler le reste du lieu. Le médecin avait disparu dans une pièce voisine par le biais d'une porte en métal. La chambre était relativement simple et chaleureuse, contrairement à son propriétaire. Dotée de murs peints en beige; d'un parquet en bois clair; une armoire en bois également, mais d'un ton plus foncé; une commode similaire à l'armoire, où se trouvait une lampe de chevet ainsi qu'un livre ouvert; un bureau où régnait un nombre incalculable de papier, plume, encre et autre papeterie en désordre et enfin une bibliothèque. Celle-ci retint mon attention. Elle était impressionnante ! Remplies à ras bord de livres. Des livres de médecine sans doute... J'adorais les livres. Étant enfant, je n'étais jamais rassasiée de la science qu'ils m'apportaient. Plissant les yeux, je les détaillais un par un. Certains étaient plutôt neuf, tandis que d'autre, écornés, avaient l'air plus vieux. Une quantité incroyable !

Détournant le regard, une chose attira une fois de plus mon attention. Une arme. Un nodachi de plus d'un mètre était négligemment posé contre la tête du lit, à ma gauche. Un chapeau en fourrure à tache noir du style nordique y était accroché. Cette arme aussi était impressionnante ! La garde était enrobé d'une fourrure blanche immaculée,semblable à celle du couvre-chef; sa poignée était d'une couleur grisâtre et son fourreau, de couleur noir, était parsemé de petite croix blanche sur toute la longueur. Une longue cordelette rouge y était enroulée. Cette arme était sans aucun doute sublime. Combien de personnes avait-il tué avec cette merveille ? Je préférai ne pas y penser... Et puis, cette fourrure blanche. Elle avait l'air si douce... Cédant à une envie soudaine, je basculai légèrement sur le coté, m'appuyant sur mon coude posé sur le lit, et tendis ma main vers le chapeau. Me saisissant de ma cible, mon geste se suspendit néanmoins dans l'air en entendant un bruit de pas.

L'heureux propriétaire du couvre-chef était malheureusement de retour. Sortant de la pièce parallèle, il avait enfilé un sweat jaune à manche noir où était imprimé un Jolly Roger. Le même que celui des combinaisons des types de tout à l'heure. Un virus. Cela prenait maintenant tout son sens, puisque le capitaine était un médecin. Ses bras étaient d'ailleurs chargés de matériel médical. Allait-il vraiment me soigner une nouvelle fois ? Pourquoi diable faisait-il cela ? C'était maintenant sur et certain, il avait une idée derrière la tête.

Posant ses outils sur le lit, à ma droite, il me fixa d'un air froid avant de m'arracher son chapeau des mains.

« On ne touche pas à ce qui m'appartient. »

Un seul mot me vint à l'esprit: possessif. J'allais pas le bouffer son chapeau... Je gardai tout de même mon calme et ne répondis rien. D'ailleurs, la matière de ce chapeau était vraiment très douce. J'aurais aimé la caresser un peu plus longtemps. Il enfila ledit couvre-chef avant d'aller prendre une chaise de bureau négligemment rangée sous le pupitre en désordre. Il la plaça en face de moi avant de s'éloigner de nouveau dans la pièce d'à coté. Ça devait surement être une infirmerie... Ou alors une salle d'opération ? Bof, aucune importance.

Il ressorti rapidement avec des gants en latex et, s'asseyant sur la chaise et retroussant ses manches, les enfila. Une fois cela fait, il s'apprêtait à saisir ma jambe pour la débarrasser de son bandage mais je le devançai néanmoins. Pas besoin qu'il n'en fasse plus que ce qu'il n'en fallait. Déjà que j'avais une dette envers lui à présent... Je soupirai d'agacement. Je n'aimais décidément pas être redevable. Surtout envers une personne de son genre: Sarcastique et moqueur. Oh ! J'oubliais possessif aussi ! En somme, le type de personne qui m'énervait au plus haut point.

Ayant déposée mon pied droit sur l'espace libre de la chaise présent entre les jambes légèrement écartée du médecin, je me débattais, doucement néanmoins, avec le bandage complétement imbibé de sang. Monsieur le docteur adossé au dos de sa chaise me regardait d'un air... moqueur. Ce moquait de tous les gens qu'il rencontrait ? Non parce que, dans ce cas, je me demande comment a-t-il put faire pour recruter tant d'hommes. Ils n'étaient pas très nombreux non plus. Une vingtaine je dirai. Mais quand même !

Après quelques longues secondes de bataille acharnée, je réussis à défaire la première couche. Il fallait à présent simplement dérouler la bande. Ce que je m'empressai de faire. J'adressai narquoisement un sourire victorieux au médecin. Sourire qui s'effaça aussitôt en baissant les yeux sur ma plaie. Une odeur métallique vint me titiller les narines et mon estomac se tordit. J'eus un haut le cœur. Oh mon dieu...

« Croyait-tu que ce n'était qu'une simple égratignure ? »

Je relevai mon regard bleu et tombai une fois de plus sur des yeux orageux. Ses iris reflétaient un profond amusement.

« Quand l'un de mes hommes a trouvé ta barque, crois-moi, c'était bien pire que cela. »

Je baissai une fois de plus mon regard vers ma jambe. Une longue plaie saignante. Elle débutait en peu en dessous de mon genoux et s'arrêtait aux environs de l'arrière ma cheville, à la limite du talon. Je frissonnai.

« Pire comment ? » Osais-je en un murmure.

Il se redressa, souriant, et croisa les bras.

« Une quantité importante de ton sang était rependu sur la barque. Une personne normale serait déjà morte et enterrée à l'heure qu'il est. Il faut croire que n'a pas vraiment envie de mourir. Tu n'as qu'une sévère anémie. Et, heureusement pour toi, un de mes hommes est du groupe sanguin O. Tu as du remarquer le pansement sur ton poignet. Je t'ai placée sous perfusion pendant deux journées entières. C'est d'ailleurs étonnant que tu puisses tenir debout. »

Pendant ses explications, il s'était mis au travail. J'observais ses moindres faits et gestes.

« J'ai aussi trouvé une puissant drogue dans ton organisme durant ton analyse de sang. »

Il prit une seringue et un petit tube en verre rempli d'un liquide transparent parmi son matériel médical. Une petite étiquette indiquait « lidocaïne » sur le récipient. Il planta l'aiguille dans le tube et la seringue se remplit lentement.

« Quant à ta blessure... »

Il planta son regard dans le mien, adoptant un sourire particulier. J'eus un mouvement de recul. Ce n'était plus un de ses sourires moqueurs et insolents. C'était un sourire fou et carnassier. Celui qu'adoptait un prédateur face à sa proie. Un malaise me gagna.

« ...ta jambe était complètement déchiquetée et infectée. Le sang giclait de partout. Cette intervention était semblable à de la charcuterie... C'était une opération très amusante. »

Mon estomac se noua, je sentis une montée acide me parcourir l'œsophage. Je plaquai ma main contre ma bouche, retenant une envie soudaine de vomir.

« Ton muscle soléaire a subit un important déchirement et ton tendon d'Achille a été gravement touché. Mais tu es chanceuse, continua-t-il, ton nerf sciatique était à deux doigts d'être endommagé.

Chanceuse ? M'emportais-je en riant nerveusement. Vous dites que je suis chanceuse ? Et si il aurait été touché hein ? Avec une tel blessure, un petit bout de chair déchiré en plus ou en moins n'aurait rien changé ! »

Ma respiration était rapide et, me rendant compte de mon comportement, je baissai la tête. Quelques mèches de mes long cheveux ébènes vinrent m'obstruer la vue. Mes nerfs étaient à vif, j'avais perdu mon sang froid. Mais le pirate garda étonnamment le silence. Il dégagea la seringue du tube, à présent remplie du liquide transparent, saisi ma jambe d'un geste ferme et souple et la dirigea vers celle-ci. Soulevant légèrement ma cuisse, il planta l'aiguille dans un endroit précis à l'arrière de mon genoux. Je sentis un petit picotement.

« Ce qui aurait changé ? » Me demanda-t-il.

Je relevai légèrement la tête mais gardai le regard baissé. Je sentis néanmoins son sourire narquois.

« C'est simple... »

Il suivi, de son doigt ganté, une ligne invisible sur ma cuisse avant d'élargir son sourire.

« ...ta jambe entière ne t'aurais plus servi à rien. »

Ma respiration s'arrêta net et mes yeux s'écarquillèrent. Une tel blessure pour rien ! J'ai faillis perdre ma jambe pour une raison complétement absurde ! Une simple question de fierté, d'orgueil ! Un sentiment de honte m'envahit.

« Je ne sais pas qui t'a fait ça, mais il n'y est pas allé de main morte. »

Je serrai les points, me remémorant ce qu'il s'était passé. Ces saletés de Marines...

En une journée parfaitement ensoleillée, j'avais fait escale sur l'Ile de Lotusia, une ile estivale réputée pour ses nombreux et magnifiques paysages. Mais ce qui faisait sa renommé était sans doute ses précieux champs de lotus sacrés. Habituellement rosés, ils étaient la bas colorés de toutes les teintes possibles. Les plus rares d'entre eux restaient ceux d'une couleur particulièrement dorée. Et j'avais eu d'ailleurs la chance d'en voir une. Elle était sublime ! A la lumière du soleil, j'avais eu l'agréable impression que cette fleur était enduite d'or. J'avais donc décidé de passer une petite semaine de repos sur cette ile, histoire de me détendre un minimum avant de repartir à l'aventure. Mais le sort en voulu autrement. En une fraiche soirée, alors que je sirotais tranquillement un verre de thé glacé dans un bar miteux de l'ile, j'avais remarqué les regards louches que le barman me lançait de temps à autre. Je ne m'en étais pas formalisée plus que ça, croyant que c'était encore un de ces abrutis de voyeur. Erreur. Une migraine sans nom m'avait prit soudain et ma vision s'était flouté. Les voix des clients du bar m'avaient parue bien lointaines et vagues. Quelqu'un avait drogué mon verre. J'avais vu bien trop tard l'air réjoui du barman. Il avait fixé un point derrière moi.

« Akane D Tanoshi dite ''La Charmeuse de pirates'' ! » M'avait alors interpellée une voix grave.

J'avais soupiré et m'étais retournée. La Marine.

« Sur ordre du contre-amiral Tatsuya, vous êtes en état d'arrestation ! »

Plissant les yeux, j'avais planté mon regard dans celui de l'homme qui avait parlé. La trentaine, plutôt baraqué et une barbe de trois jours. C'est tout ce que j'avais réussis à distingué dans mon état.

« Suivez nous et aucun mal ne vous-...

Oui oui, je le connais par cœur votre baratin, merci ! L'avais-je coupé, irritée, en me tenant la tête d'une main. Gardez le pour vous. J'en ai rien a battre d'un discours fait par des hommes qui on peur d'une femme au point de la droguer. Bande de lâches ! »

Le soldat avait tout d'abord parut vexé, mais je réussis à distinguer une lueur de honte dans ses yeux.

« Les ordres sont les ordres. Alors je vous le répète encore une fois, Akane D Tanoshi. Suivez-nous et aucun mal de vous sera fait.

Vous croyez vraiment que je vais vous suivre ? » Avais-je alors répliqué, ennuyée.

A ce moment, j'avais entendu un léger sifflement à ma droite. Par pur réflexe, j'avais penché la tête sur le coté gauche, évitant ainsi la belle droite du barman dirigée vers moi. Droite que j'avais alors attrapé fermement de mes deux mains. Tirant de toutes mes forces, le barman était passé par dessus le comptoir, atterrissant dans un fracas sourd sur le planché en bois. Lui écrasant la poitrine de mon pied droit, je lui avais tordu le bras d'un geste sec, lui brisant l'épaule. Le barman avait alors hurlé face à la douleur et était tombé inconscient. Suite à la rapidité de l'action, les Marines avaient étés bouche-bée pendant plusieurs secondes. J'avais eu le choix entre m'enfuir ou les affronter. Malheureusement, j'avais opté pour la deuxième solution. Décision plus qu'idiote vu l'état déplorable dans lequel j'étais. Ils n'étaient qu'une vingtaine. Peut-être pensait-il que la drogue allait-elle être suffisante ? Grossière erreur. J'avais dégainé mon arme et m'étais lancée à corps perdu dans la bataille, transperçant toutes choses qui bougeaient. Arrivait alors le moment où je n'arrivais plus à différencier les Marines des simples citoyens. La drogue que m'avait administré ces putains d'officiers avait été très forte. Pensant que cela était devenu trop dangereux, j'avais décidé de prendre la fuite. Tout s'était alors passé très vite. Les soldats à mes trousses, j'avais couru à en perdre haleine à travers les ruelles désertes entourant le bar. Sans m'en rendre compte, j'étais arrivée sur le port. J'avais, au hasard, tranché des liens qui retenait une barque et m'étais jetée dessus. J'avais alors ramé, prenant une direction qui m'étais totalement inconnue. Estimant que je m'étais assez éloignée de l'ile, j'avais lâché les rames et m'étais laissée entrainer par la mer, incroyablement calme cette soirée-là. Sous l'effet de la drogue, j'avais rejeté le contenu de mon estomac par dessus bord, m'accrochant à la rambarde de la barque, mon corps secoué de spasmes violents. J'avais l'impression que mon crane allait explosé. Complètement vidée, Je m'étais débarrassée de mon sac, le jetant de l'autre coté de la barque, et m'étais laissée glisser contre le planché. C'était là que j'avais ressenti la douleur qui émanait de ma jambe. Mais j'étais loin de pouvoir imaginer la gravité de ma blessure.

« Bois ça. »

Une voix grave me ramena à la réalité. Ouvrant les yeux et redressant la tête, je découvris deux mains. L'une tenant un verre d'eau, et l'autre deux cachets rouges et jaunes. Je me saisis de l'eau et des médicaments avant de les boire d'une traite. Abaissant les yeux, je vis ma jambe parfaitement enveloppée dans un bandage blanc. Il avait déjà fini ? Mais...je n'ai ressenti aucune douleur !

« Je t'ai anesthésiée la jambe. » Dit-il platement en remarquant mon regard surpris.

Il s'était relevé, rangeant son matériel dans la pièce d'à coté.

« Je vois. » Répondis-je.

Le regardant ranger ses outils médicales, je me demandais encore pourquoi m'avait-il soigné. Voulait-il quelque chose de ma part ? De l'argent ? Ou alors, un service ? En tout cas, je lui suis réellement reconnaissante. Certes, je n'aimais pas cela, mais je savais reconnaître les moments où je devais faire preuve de gratitude. J'ai faillis perdre une jambe tout de même !

« Je vous remercie. » Dis-je simplement.

Il se trouvait dans la pièce parallèle. J'entendis quelques fracas de verre et de métal, preuve qu'il rangeait encore son matériel. En le voyant entrer dans la chambre, je remarquai qu'il souriait encore de manière narquoise. Je lâchai un soupir d'agacement. Il se rassit sur la chaise, en face de moi.

« Des remerciements ne me suffisent pas. » Dit-il en croisant les bras.

C'était fou comment cet homme clamait haut et fort ce qu'il pensait. Il avait un franc-parlé surprenant. Mais cela eu le mérite de confirmer mon hypothèse: il veut quelque chose en particulier.

« Je ne sais pas pourquoi mais, venant de vous ça ne m'étonne pas, répliquais-je.

Plait-il ?

Cessez votre ironie absurde ! M'agaçais-je. »

Son sourire disparu. Il s'approcha dangereusement de moi, m'obligeant à reculer sur le lit.

« Je pensais t'avoir déjà dit de ne pas me donner d'ordres, siffla-t-il. Veut-tu donc perdre la vie ?

Que voulez-vous en guise de remerciement alors ? Le questionnais-je en détournant le regard, changeant brusquement de sujet. De l'argent ? »

Il se radoucit, regagnant son sourire amusé, mais ne s'éloigna pas de moi.

« Rejoins mon équipage. »

Un silence s'installa. Je le regardai, interloquée. Simple, rapide, efficace. Une blague, c'était une blague. Ou alors ce monsieur n'avait pas vraiment toute sa tête.