Les premiers chapitres sont assez courts. La suite est plus longue^^

Je précise qu'à partir de maintenant, tout est écrit au passé. J'avais de la peine avec le présent^^' Voilà, désolée pour la gêne occasionnée ^^°

Chapitre Trois : Un héros

Une heure plus tard.

Le soleil se glissait à travers l'embrasure de la porte, illuminant la salle de faibles rayons dorés. Sur les murs de pierre, des tentures pourpres et des tapisseries, représentant des anciens Dragons et leurs Dragonniers.
Eragon faisait les cent pas dans la pièce. Il ne se sentait plus à sa place ici. Il s'arrêta quelques instants pour regarder d'un œil distrait la tapisserie qui les représentait, Saphira et lui. La noble Dragonne était figée dans une pose majestueuse, crachant des flammes. Eragon était quant à lui assis sur le dos de sa monture, brandissant une épée rouge de sang en direction de son ennemi, jugé sur un Dragon Noir. Galbatorix. "Le Dragonnier", voilà comment on l'appelait depuis ce combat contre l'Empereur Noir. Eragon soupira. Sur cette représentation, tout avait l'air tellement… héroïque. La réalité était beaucoup moins reluisante. Le Dragonnier donna un coup de poing rageur sur une table en chêne. Si seulement il arrivait à voir la réalité en face ! Après dix-huit ans, il pensait avoir enfin accepté ses actes, et pouvoir les assumer… Mais au lieu de cela…

Des pas se firent entendre derrière lui, et la porte s'ouvrit doucement. Arya entra, accompagnée par des rais de lumière venant du couloir. Lorsqu'elle referma la porte de chêne, son visage resta caché dans l'ombre jusqu'à ce qu'elle s'approche d'Eragon. L'Elfe était vêtue d'une robe blanche toute simple, mais cela ne la rendait que plus belle. Le peu de lumière qui passait à travers la porte jouait dans ses cheveux bruns, leur donnant un reflet doré. Eragon ne savait que penser. Il y avait quelques minutes à peine, il aurait tout donné pour pouvoir remonter le temps, partir loin d'ici et rattraper ses fautes. Mais à présent qu'il regardait Arya, il se rendait bien compte que ces dernières années n'avaient pas été aussi noires qu'il se l'imaginait. Il ne devait pas regretter le temps passé à Ellesméra.

- Tu ressasses encore le passé, lui dit l'Elfe d'une voix douce.

Ce n'était pas un reproche. Seulement un constat. Eragon recommença à faire les cent pas, en silence.

- Tu ne devrais pas te torturer ainsi, Eragon, reprit Arya d'une voix apaisante.

Le Dragonnier fit subitement volte-face. Il semblait sur le point de dire quelque chose, mais se ravisa subitement. Lorsqu'il reprit sa marche, ses pas étaient plus rapides. Arya le laissa faire en silence. Finalement, il se dirigea vers un fauteuil en bois et s'y effondra, comme épuisé. Il se pencha en avant, la tête entre les mains, et murmura :

- Je ne peux pas m'en empêcher. Je suis là, à ruminer sur mes actes passés, alors que je pourrais…

Il se tut, cherchant ses mots.

- Tu comprends, je… J'ai l'impression de me cacher. Comme un enfant qui aurait peur du noir, je me cache ici, à Ellesméra. Depuis tout ce temps… Parce que j'ai peur. Et à cause de quoi ? À cause de moi…! lâcha-t-il soudain avec colère. J'ai peur des erreurs que j'ai pu commettre dans le passé, et à cause de cela je me cache ici. Je suis un lâche, Arya ! Comment peux-tu aimer quelqu'un comme moi ? demanda-t-il, sur un ton désespéré.

- Tu n'es pas un lâche, Eragon, répondit sa femme en s'approchant.

Elle se baissa et posa sa main sur son épaule.

- Tu es un héros. Tu as vaincu Galbatorix, l'aurais-tu oublié ?

- Mais à quel prix ! Regarde ce que j'ai fait ! Regarde ce que j'ai perdu, regarde ceux que j'ai fait souffrir, et dis-moi si je mérite réellement le titre de héros. Je ne suis…

- Le peuple t'aime pour ce que tu as fais, coupa Arya. Parce que tu les as délivré du tyran. Alors oui, pour eux, tu es un héros, Eragon. Peu leur importent les actes que tu aies pu commettre pour en arriver là. Ils ne voient que l'avenir. L'avenir que tu as su leur offrir. Tu ne dois pas t'en vouloir pour cela. Tu leur as donné l'espoir, Eragon ! Et la liberté. Il faut parfois faire des sacrifices pour en arriver là, mais toi tu as réussi.

D'une main, elle releva le visage du Dragonnier et le regarda dans les yeux.

- Je t'aime pour ce que tu es, Eragon. Il faut du courage pour faire ce que tu as fait, et pour continuer à vivre après cela. Arrête de regarder ce que tu n'es pas, vois plutôt ce que tu es et…

- Mais c'est justement cela le problème, Arya ! Je ne cesse de penser à ce que je suis devenu. Eragon le héros, celui qui partait au combat sans peur, et avec pour seul but de faire régner la justice, a disparu.

Il se leva subitement, et Arya s'écarta. Recommençant à faire les cent pas, il continuait :

- Aujourd'hui, je ne suis plus que l'ombre de moi-même. La peur de mes actes passés a effacé en moi toute trace de celui que j'étais.

Il se tourna vers sa femme.

- Lorsque je vois mon reflet, j'ai peur –peur de celui que je suis devenu. Comment puis-je d'ailleurs me regarder encore en face ?!

Arya s'était relevée, et semblait le regarder sans comprendre.

- Eragon, tu…

Les pas du Dragonnier ralentirent, pour cesser finalement.

- Regarde notre situation. Tout n'est pas si calme tu le sais ! C'est même pire… J'ai l'impression que tout va redevenir comme avant… Les atrocités commises par les Urgals, la situation économique du Surda… C'est comme si, bientôt, un nouvel Empereur Noir allait monter sur le trône de l'Alagaësia…

- Le trône de l'Alagaësia est bien gardé, coupa Arya d'une voix ferme. Le peuple aime ton cousin. Roran est…

- Le Roi Roran…, rectifia Eragon avec un sourire.

Il reprit son sérieux.

- Et justement… L'aurais-tu oublié, Arya ? S'il est devenu Roi à ma place, c'est parce que je ne pensais pas être digne de ce trône. Là n'était pas ma place. Elle était ici, auprès de la femme que j'aime, et…

Il s'approcha d'Arya et la prit par les épaules. L'Elfe releva les yeux pour croiser son regard.

- … Auprès de ma Reine, murmura-t-il. Tu es la souveraine d'Ellesméra, et c'est toi qui pars régler les conflits avec les Urgals sur place, la situation politique avec le Surda, alors que moi je reste ici, à me cacher de ce que je ne peux fuir.

L'Elfe le fixa un moment sans rien dire, attendant qu'il reprenne la parole. Finalement ce fut elle qui rompit le silence. Elle parla d'une voix calme mais ferme :

- Eragon. Lorsque j'ai accepté la place de ma mère, je l'ai fait à une seule condition, et tu la connais… Pouvoir continuer à me déplacer librement en Alagaësia, ne pas être obligée de rester cloîtrée à Ellesméra… Et continuer à remplir le rôle que j'ai toujours eu auprès des Vardens.

Son époux sembla sur le point de rétorquer quelque chose, mais elle ajouta immédiatement :

- Je n'ai pas peur de prendre des risques, Eragon. Tu le sais, tu me connais. Tu sais aussi que je serais malheureuse si je devais me contenter de gouverner notre peuple –elle insista bien sur le « notre » –sans prendre part aux événements. Je ne t'ai jamais reproché de rester ici. Je sais ce que tu as fait, et je sais ce que tu as toujours enduré à cause de cela. Je ne t'en veux pas, Eragon. Alors cesse de te comporter comme si tout était de ta faute ici. Je prends mes décisions seule, tu prends les tiennes de la même façon… Et puis… Si nous étions absents tous les deux, les enfants auraient un précepteur. Et je n'y tiens pas. En un sens, je te suis donc reconnaissante d'avoir pris la décision d'être resté ici. Tu m'as permis de remplir mon rôle de Reine comme je le souhaitais. Alors, si maintenant…

Elle marqua une pause, semblant hésiter à révéler le fond de sa pensée. Eragon la regarda sans rien dire. Puis :

- … si tu veux quitter Du Weldenvarden, je ne te retiendrai pas. Je comprends parfaitement que tu en aies assez de te « cacher », comme tu le dis, même si pour moi il ne s'agit pas de cela. Tu es Dragonnier, tu as un rôle à remplir. Tu t'es sacrifié pour moi toutes ces années, maintenant c'est à moi de te rendre la pareille, Eragon.

Ce dernier la regardait, comme sans comprendre.

- Mais Arya, toi tu…

- Je peux parfaitement me contenter de rester ici pour régler les affaires d'Ellesméra. Des ambassadeurs peuvent s'occuper d'autres choses à ma place. Je veillerais sur Brom et Isla. Ils sont grands maintenant, ce n'est plus pareil. Et toi, tu…

Sa voix commençait à trembler. Elle marqua une courte pause, et prit une inspiration. Malgré son visage inexpressif, sa tenue fière et droite, Eragon voyait bien combien tout cela lui coûtait. Mais avant qu'il puisse objecter quoi que ce soit, Arya reprit :

- Si tel est ton désir, pars, Eragon le Dragonnier. Va là où tu pourras remplir ton rôle, sans te morfondre à propos du passé. Fais ce qui te rendra heureux. Redeviens…

Elle ferma les yeux quelques secondes. Elle devait continuer. Elle ne devait pas lui laisser une chance de rester ici à dépérir pendant dix-huit ans de plus.

- Redeviens Eragon le héros, celui qui a vaincu Galbatorix…

L'Elfe semblait vouloir ajouter quelque chose, mais elle en fut bien incapable. Finalement, elle s'approcha de son mari, l'embrassa sur la joue, puis tourna les talons et s'en alla, droite et fière comme la Souveraine qu'elle était. Sur sa joue coula une larme, mais Eragon ne la vit pas.

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