Merci à ceux et celles qui lisent ma fic et surtout n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez
Alors qu'il s'apprête à partir Yann jette un coup d'œil dan s le miroir de l'entrée. Il replace une mèche rebelle puis contemple un moment son reflet, pour la première fois depuis le départ de Kévin il a rendez-vous avec une autre personne que Hugues. Hugues, son confident, celui qui l'a aidé à sortir de la torpeur dans laquelle il se complaisait jusqu'à présent. Il y avait aussi les coups d'un soir, il en avait besoin mais ils ne lui apportaient qu'une chaleur éphémère. Non là c'était différent , il ne connaît rien de cet homme, rien de sa vie, juste son nom et son numéro de téléphone, Maximilien Lefranc. Mais depuis leur rencontre, il y a à peine 15 jours, il n'a cessé de penser à leur petite conversation et a décidé de faire plus ample connaissance avec lui.
Flash-back
Assis sur un banc public, alors qu'il profite de sa pause déjeuner pour s'aérer un peu, Yann regarde le petit monde qui gravite autour de lui. Il fait encore beau pour ce dernier jour de Septembre et le parc est rempli de gens qui profitent, comme lui de la clémence du temps.
Son regard est attiré soudain par un couple d'amoureux qui arrivent enlacés, il les voit s'asseoir sur le banc juste en face du sien. Au risque de passer pour un voyeur, comme hypnotisé par le bonheur qui transpire entre ces deux êtres, il les regarde s'embrasser longuement, indifférents à ceux qui les entourent, ils sont seuls au monde. De les voir si heureux ravive cette blessure, qui même si elle se referme lentement, ne demande qu'à saigner de nouveau. Ses yeux de voilent de tristesse et il laisse une larme couler sur sa joue
« peine de cœur ? ».
Au son de la voix il lève la tête pour découvrir un homme élégant, entre 35 et 40 ans, les cheveux d'un blond si pâles qu'ils en paraissent presque blancs, et ses yeux gris plongent dans les siens comme pour mieux sonder son âme.
« je peux ? »
Sans attendre la réponse, l'inconnu prends place auprès de lui.
« vous n'avez pas répondu à ma question. »
Yann hésite, dans un passé pas si lointain il aurait envoyé l'aurait envoyé au diable, mais sa relation avec Kévin l'avait changé, seul ses collègues avaient encore droit à ses sautes d'humeur légendaires. De plus il n'a pas l'habitude de se confier facilement, ni avec ses amis, hormis Hugues et encore moins à des étrangers. Néanmoins sans trop savoir pourquoi, il acquiesce d'un signe de tête.
« vous voulez en parler ? »
« vous savez….. » Il ne peut pas en dire plus, sa gorge se noue. C'est trop difficile.
« je comprends, vous êtes quelqu'un qui n'aime pas dévoiler ce qu'il ressent et encore moins à une personne qu'il a vu pour la première fois il y a 5 mn, c'est çà »
« oui »
« moi je crois au contraire que parler à quelqu'un qui ne vous connaît pas peut vous aider. Cette personne va vous apporter un regard neuf sur votre histoire et si vous le voulez bien j'aimerai que ce soit moi. Allez on va prendre un café et vous me raconterez tout »
Yann est intrigué par cet homme et surtout par le fait que sa présence lui fait du bien, à son contact il se sent apaisé. Alors pourquoi pas, mais avant que sa réponse franchisse ses lèvres son portable sonne. D'un geste de la main il s'excuse auprès de lui et répond.
« oui »
« … »
« d'accord j'arrive tout de suite »
Il raccroche, se lève, fais quelques pas puis reviens la main tendue vers l'inconnu.
« ravi de vous avoir rencontré »
« moi de même, tenez voici ma carte, appelez-moi «
« merci »
Yann range la carte dans sa poche, une poignée de mains et il s'en va, apaisé.
Après avoir quitté, celui qui n'était encore qu'un inconnu, Yann était parti en intervention et ce n'est que le soir venu alors que devant la porte de son appartement il fouillait ses poches à la recherche de ses clés, que ses doigts avaient rencontré le morceau de bristol. Il l'avait tourné et retourné entre ses doigts sans même la lire puis l'avait remise dans sa poche.
Ce n'est que plus tard dans la soirée alors qu'avachi sur son canapé, il regardait d'un œil un reportage, oh combien passionnant, sur le cubisme, il s'était levé d'un bond, et avait pris la carte dans sa veste. En découvrant son prénom il n'avait pu s'empêcher que celui-ci allait bien avec l'allure raffiné du personnage et sans se soucier de l'heure tardive il l'avait appelé. D'entendre la voix douce et chaude l'avait troublé et il était resté quelques secondes sans voix avant de se rappeler au bon souvenir de son interlocuteur. Il s'était présenté car si lui connaissait au minimum de son identité il n'en était pas de même pour lui. Ils avaient peu parlé, juste le temps de convenir de ce rendez-vous et après s'être souhaité mutuellement une bonne nuit ils avaient raccroché.
Quand il entre dans le bar, Yann est surpris par l'ambiance chaleureuse qui diffère de celle qu'il trouve dans les bars qu'il fréquente habituellement. Dans le fond de la salle sur une estrade se trouve un piano devant lequel une femme joue un air de jazz.
Yann se dirige vers Maximilien qui dès qu'il l' aperçu entrer, lui a fait signe de le rejoindre.
Il se lève et après une poignée de main chaleureuse l'invite à s'asseoir en face de lui. Après avoir passé leur commande et quelques banalités d'usage, la conversation s'engage. Maximilien invite Yann a l'appeler Max, préférant ce diminutif à son prénom qu'il jugeait trop « pompeux ». Max apprend à Yann qu'il est pédiatre dans une grande clinique dans les environs de Paris. qu'il a 38 ans, divorcé depuis peu sans enfants et il ajoute sur le ton de la confidence que son passe-temps favori est de secourir les âmes en détresse dans les jardins publics ce qui fait sourire Yann.
Alors que Yann joue avec son verre, Max pose sa main sur la sienne, interrompant son geste.
« si vous me parliez de vous et de celle qui vous a brisé le cœur »
Yann dégage doucement sa main et porte le verre à ses lèvres puis le repose devant lui. Il prend une grande inspiration et se lance avec l'impression de se jeter dans le vide.
« avant toute chose il faut que je vous dise que….. »
I boit une autre gorgée puis continue
« que ce n'est pas une femme mais un homme »
Il regarde avec attention les yeux de son vis à vis s'attendant à y voir de la répulsion, de la colère ou tout autre forme d'intolérance mais à sa grand surprise il y aperçoit une petite lueur qui lui laisse à penser que cela ne le laisse pas indifférent.
« voilà j'ai rencontré Kévin sur mon lieu de travail, nous sommes policiers tout les deux. J'ai flashé sur lui dès le premier regard et c'était réciproque, mais à l'époque je n'assumais pas du tout ma différence contrairement à lui et j'ai joué avec ses sentiments…. »
une autre pause, une autre gorgée.
« alors Kévin en a eu assez et pour me le faire comprendre, un soir, à la sortie du restaurant il a repoussé mes avances et je suis rentré seul chez moi… »
Devinant au son de la voix que le souvenir des événements était encore douloureux pour lui, Max reprends la main de Yann dans la sienne et cette fois ci celui-ci ne le repousse pas. D'une légère pression il l'invite à continuer.
« arrivé devant chez moi j'ai été attaqué par des homophobes qui m'ont laissé pour mort. Je suis resté dans le coma une semaine et à mon réveil j'ai rompu avec Kévin. «
« pourquoi ? »
« parce qu'ayant caché toute ses années mon homosexualité à tout le monde et je ne supportais d'être jugé, je voulais repartir de zéro et Kévin ne devait pas faire partie de ma nouvelle vie. »
« mais vous l'aimiez ? »
« oui je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vivre sans lui , j'ai tout fait pour le reconquérir et nous avons vécu ensemble plus de 3 ans de bonheur »
Comme lors que leur première rencontre le portable de Yann se met à sonner,.un coup à l'écran l'informe que l'appel provient du commissariat.
« je suis désolé je dois partir, les inconvénients du métier »
« je comprends, on reprendra cette discussion plus tard si tu le veux bien, cela ne te dérange pas si l'on se tutoie »
« non pas du tout »
«alors à plus tard »
Kévin est allongé sur le lit, simplement vêtu d'une serviette il regarde le plafond, concentrant son attention sur une tâche au-dessus de lui. Au lieu de s'habiller pour fêter le nouvel an en compagnie de François et de ses amis, il reste là , immobile, il n'a pas vraiment le cœur à faire la fête.
Il n'aime pas trop les amis de François et de plus ce les deux jours passés à Biarritz , ne s'était pas passé comme il avait prévu. Il aurait du sans douter, sa mère n'avait jamais apprécié son compagnon et ce depuis le premier jour. Le moindre prétexte lui avait servi pour faire allusion à Yann, pour lui rappeler combien elle l'appréciait, que malgré leur séparation il avait gardé des contacts avec elle etc, etc ce que François n'avait pas du tout apprécié et l'ambiance de Noël en avait été gâché. Alors malgré tout l'amour et toute la tendresse qu'il lui portait il n'avait eu qu'une hâte, c'était de rentrer à Paris avant que les choses ne s'enveniment.
Mais durant les jours qui avaient suivis, les remarques de sa mère avaient fini par rejoindrent les doutes qui l'assaillaient depuis quelques temps. Le voile s'était déchiré et une évidence s'était imposé, il n'aimait pas François, c'était Yann qu'il aimait, qu'il avait toujours aimé.
Il avait enfin compris que ce qui l'avait poussé à quitter Yann pour son premier amour, c'était un besoin de se rattacher à sa jeunesse qui lentement mais sûrement s'éloignait . Il avait 30 ans, et malgré ces années de bonheur passées avec Yann, cette vie de couple qu'il avait toujours souhaité ardemment. L'amour inconditionnel de Yann, savoir qu'il était prêt à tout, son cadeau d'anniversaire en était la preuve, pour qu'il soit heureux , la peur de l'avenir, celle de ne pas être à la hauteur se son affection, s'était imposée.
Cette petite crise existentielle n'aurait pas eu de conséquences et elle se serait terminée aussi vite qu'elle était apparu si François n'avait pas fait sa réapparition. Il était arrivé juste au moment propice, au moment où il avait été le plus vulnérable, il avait su profiter de ces doutes et lui, aveuglé, c'était laissé faire.
« Quel gâchis »
« qu'est-ce que tu dis ? »
La voix qui lui parvient de la salle de bain le fait se redresser brusquement.
« rien, je pensais tout haut »
« et on peut savoir à…mais tu n'es pas encore prêt » remarque François en entrant dans la pièce.
« on est vraiment obligés d'aller passer le réveillon avec tes amis, j'aurais préféré… »
« tu aurais préféré quoi ? un dîner en tête à tête, aux chandelles, ne sois pas ridicule Kévin ! »
« ce n'est pas ridicule, c'est….. » il se mord la langue avant de finir sa phrase mais François l'a fini pour lui.
« comme ça que tu passais ton réveillon avec lui, je sais, ta mère me l'as déjà dit, mets toi dans la tête que je ne suis pas Yann et que ça te plaise ou non tu viendras avec moi »
Il l'attrape par le bras et le force à se lever.
« dépêches toi de t'habiller on va être en retard »
« lâches-moi »
Sentant que loin d'obéir, il accentue la pression, Kévin se dégage brusquement.
« je n'irais pas avec toi, ni ce soir, ni aucune autre fois, je me barres. Je viendrais prendre le reste de mes affaires avant la fin de la semaine. Tu vois, François, je viens de réaliser que j'ai fait la plus grosse connerie de ma vie en revenant avec toi, je courrais après une illusion mais j'ai enfin compris que c'est Yann que j'aime »
« ton Yann il ne devais pas tenir à toi pour te laisser partir si facilement et qui te dis qu'il ne t 'as pas déjà remplacé ? qu'il voudra encore de toi ? »
« je prends le risque »
Sur ces dernières paroles, il s'habille rapidement, rempli un sac de quelques affaires, prend son blouson et sort de l'appartement en prenant bien soin de claquer la porte d'entrée le plus fort possible.
Yann avait passé le jour de Noël au commissariat à se morfondre derrière son bureau. Il avait fait seulement acte de présence, la journée avait été calme, les délinquants ayant sûrement autre chose à faire qu'à enfreindre la loi.
Il avait eu le loisir de penser au dernier Noël passé en compagnie de Kévin, chez la mère de celui-ci à Biarritz. Elle le considérait comme un deuxième fils et sa famille l'avait tout de suite accepté. Il s'y sentait bien et c'était l'une des choses qui lui manquait, cette chaleur familiale, depuis sa séparation avec lui. Malgré tout il gardait le contact avec Brigitte et il avait cru comprendre lors d'une conversation qu'elle n'avait jamais apprécié celui qui lui avait pris son amour. Cela lui avait mis du baume au cœur mais Kévin avait choisi.
Il était rentré chez lui en pensant qu'il était peut-être temps de tourner la page. L'oublier était impossible, Kévin resterai à jamais l'unique amour de sa vie, mais rentrer dans son appartement vide lui était de plus en plus difficile. Elle était loin l'époque où il ne voulait pas d'attaches, où il tenait plus que tout à sa liberté. Sa relation avec Kévin l'avait changé, il avait aimé cette vie à deux et maintenant la solitude lui pesait. Il pensait pouvoir aimer de nouveau, pas avec cette même puissance, cette même passion qui les avaient unis mais l'amour avait plusieurs facettes.
Sur son répondeur, trois messages : le premier était de Brigitte qui le remerciait pour l'énorme boîte de ses chocolats préférés qu'il lui avait fait livré, le second de Hugues qui l'invitait à se joindre à eux pour le dîner, le soir même et le dernier était de Maximilien. Ce dernier lui , s'il était disponible, de passer le réveillon de la St Sylvestre chez lui.
Il avait d'abord rappeler Hugues pour décliner son invitation en inventant une vague excuse tout en sachant qu'il ne serait pas dupe. Il avait pris le temps de se préparer un plateau télé et de se servir un verre de vin avant de déposé son frugal repas sur la table basse. Il avait mis son Cd préféré dans le lecteur et pendant que la chanson « Dead Summer » d'Unblest résonnait dans la pièce, il s'était installé confortablement sur son canapé.
Son verre dans la main, il avait réfléchi à la proposition de Maximilien, elle était tentante. Ils ne s'étaient vu qu'à deux reprises, mais il avait l'impression de le connaître depuis toujours.
Il ne connaissait que peu de choses sur lui et malgré le fait qu'il avait été marié, quelque chose lui disait qu'ils faisaient partie de la même équipe. Impression confirmée par la façon dont il le regardait et qui prouvait qu'il ne le laissait pas indifférent. Lui même n'était pas insensible à son charme.
Il n'avait hésité que deux jours avant de répondre favorablement à l'offre de Maximilien. Au son de sa voix il avait compris que sa réponse enchantait son interlocuteur. Après avoir pris note de l'adresse et de l'heure il avait raccroché en se disant qu'il devait effectivement commencer un nouveau chapitre de sa vie et qu'il aimerait que ce soit avec lui.
C'est pour cette raison qu'il se trouve maintenant devant la porte d'un appartement situé dans un immeuble cossu.
Lorsque la porte s'ouvre il se félicite intérieurement d'avoir fait un effort vestimentaire, à savoir pantalon et chemise noirs qui il le savait le mettent particulièrement en valeur. Revêtu d'un pantalon noir et d'une chemise grise assortie à ses yeux, Maximilien est sexy en diable.
Comme lui il a laissé les premiers boutons de sa chemise détachés, ce qui laisse deviné un torse finement musclé. Cela , les effluves de son eau de toilette et la chaleur de sa main qui s'attarde dans la sienne finissent par affoler tout ses sens.
Son sac à la main Kévin erre dans les rue de Paris, son premier réflexe avait été d'appeler Laura pour lui demander de l'héberger avant de se souvenir qu'elle passait sa soirée avec Alex. L'option Nadia et l'option Lyes n'étaient pas envisageables, ils étaient en famille et même s'ils savaient qu'ils l'auraient accueillis sans problème il ne voulait pas troubler leurs réunions de famille.
Restait l'hôtel, mais trouver un hôtel un 31 décembre à 21 heures passés relevait de l'exploit.
Une petite voix lui soufflait qu'il restait une possibilité, il l'avait chassé de son esprit quand elle lui était venu puis il s'était aperçu qu'inconsciemment il se dirigeait vers son appartement, Yann, oui lui il ne refuserait pas de le dépanner pour une nuit et peut-être plus.
Son imagination lui faisait voir Yann lui ouvrant sa porte, lui proposant de rester le temps qu'il voulait. Et le temps aidant peut-être que celui-ci lui ouvrirait de nouveau son cœur et qu'il reprendrait sa place dans sa vie.
Il accélère le pas, l'immeuble n'est plus très loin, il cours presque. Arrivé à destination il grimpe les marches 4 à 4 et à peine à t'il repris une respiration normale qu'il donne son premier coup de sonnette. Silence, un deuxième, puis un troisième, rien, aucun signe de présence à l'intérieur. Se rappelant que la sonnette faisait parfois des siennes il frappe de toutes ses forces sur le panneau de bois.
Il se retourne en entendant la porte derrière lui s'ouvrir sur la voisine une charmante vieille dame.
« Monsieur Kévin quel plaisir de vous revoir, vous allez bien ? »
« très bien, Madame Duprez, par hasard vous ne savez pas si Yann est rentré ? »
« il est rentré »
Un sourire apparaît sur le visage de Kévin qui s'efface aussitôt.
« mais il est reparti, il s'était fait , vous l'auriez vu, il était magnifique »
« vous ne savez pas où il est allé ? »
« vous me connaissez, curieuse comme je suis je n'ai pas pu m'empêcher de le lui demander.
Il m'a dit qu'un ami l'avait invité à réveillonner. Oh vous m'excuserez mais il y a Tino Rossi qui passe à la télé, je vous laisse »
Il s'approche et dépose un baiser sur sa joue.
« alors au revoir et meilleurs vœux »
« meilleurs vœux à toi aussi mon petit »
Il lui sourit, malgré son 1m 60 et ses 45 kg elle l'appelait, ainsi que Yann, mon petit. Elle les avait pris en affection et avait été très affecté par leur séparation
Il attend que la porte soit complètement fermée pour se laisser glisser sur le sol, puis assis sur le paillasson, son sac sur les genoux il laisse ses larmes couler.
« un ami ? Hugues, non il passe toujours ce réveillon chez ses parents, un copain de Yann non plus, en général ils sortent à plusieurs et puis il ne serait pas mis sur son trente et un. Alors…..c'est que…non ce n'est pas possible ! Mais qu'est-ce que tu croyais, il a en a le droit, il est libre après tout et c'est toi qui lui a rendu sa liberté »
Le cœur lourd, il se lève, puis il descend l'escalier d'un pas pesant qui traduit son état d'âme. En l'espace d'un instant il disparaît dans la nuit et le froid.
« entre »
Yann lâche la main de Maximilien à regret et pénètre dans l'appartement, celui-ci est spacieux et décoré avec goût.
« vais-y installe-toi, je vais un tour à la cuisine et je reviens » fait Max en lui montrant le canapé d'un geste de la main.
« ça te dérange si je te suis, j'adore voir un homme faire la cuisine »
« pas de problème »
la cuisine est grande et fonctionnelle et pendant que son hôte s'affaire Yann s'installe près de lui mais de façon à ne pas le gêner.
« tu veux boire quelque chose ? Une coupe de champagne ? »
Yann acquiesce de la tête. Il suit du regard Maximilien qui se dirige vers le réfrigérateur et son regard se pose sur une photo apposée sur la porte. Souriants à l'objectif, Maximilien et une femme brune s'enlacent tendrement. Il attends qu'il remplisse leurs coupes pour demander.
« c'est ta femme »
« oui, j'ai enlevé les autres photos mais celle-ci je n'ai pas pu m'y résoudre »
« c'est trop indiscret de te demander pourquoi vous vous êtes séparés ? »
« Amélie et moi, nous nous sommes connus au lycée, nous sommes sortis ensemble jusqu'au BAC puis nous nous sommes séparé. J'avais découvert que j'avais aussi une attirance pour les garçons »
« tu es bisexuel ! Et tu le lui as dis ? »
« non, je ne voulais pas que cela s'ébruite, ma vocation était de devenir pédiatre et tu connais l'amalgame que certains font : PD = pédophile »
« moi aussi étant flic j'ai caché mon homosexualité jusqu'à mon agression qui a tout révélé.
Finalement, grâce à Kévin je me suis accepté et d'en l'ensemble tout le monde au commissariat à accepter mon choix de vie »
Yann bois une gorgée de champagne avant d'inciter Maximilien à finir son histoire.
Celui-ci fait de même avant de reprendre.
« j'ai revu Amélie, à la fin de mes études, chez un ami commun. Elle sortait d'une liaison difficile, j'étais seul. Nous étions contents de nous revoir. Ensuite nous nous sommes revus régulièrement puis notre liaison a repris et nous avons fini par nous marier. Nous avons été heures quelques années avant qu'elle me découvre un jour, par hasard en train d'embrasser d'un homme. Tu sais c'est une femme formidable, on s'est expliqué, elle a compris et elle a accepté de rester avec moi pour garder les apparences vis-à-vis de mes patients. Nous sommes devenus un couple libre »
« alors pourquoi le divorce cela fonctionnait bien comme ça ? »
« parce qu'un jour elle m'a dis qu'elle avait rencontré quelqu'un dont elle était tombé éperdument amoureuse, qu'elle voulait refaire sa vie avec lui et que par conséquent ils nous fallaient divorcer. Comme malgré j'avais toujours de l'affection pour elle j'ai accepté sans hésiter. Elle avait droit au bonheur, elle le méritait »
« tu avais vraiment une femme exceptionnelle »
« oui, et toi tu m'a dis la dernière fois que nous nous sommes vu que tu aimais Kévin, alors pourquoi tu l'as laissé partir ? »
« justement parce que je l'aimais. Au début de notre relation je l'avais fait souffrir , je ne m'assumait pas tandis que lui, oui. Il a revu son premier amour lors de notre voyage à la Réunion cela l'a troublé, lors de notre retour j'ai senti qu'il était un peu perdu. Alors quand il a commencé à devenir distant je n'ai rien fait pour le retenir, s'il devait être heureux avec quelqu'un d'autre je devais l'accepter c'était un juste retour des choses. Ma souffrance n'était rien comparé à son bonheur. De plus même si nous ne sommes plus ensemble je peux quand même le voir au commissariat et le voir sourire, le voir heureux me suffit. Oui son bonheur est plus important que tout .Oui son bonheur est plus important que tout »
Le vent qui vient de se lever glace Kévin jusqu'au os malgré son blouson. Ses doigts sont gelés et il alterne le port de son sac d'une main à l'autre afin de pouvoir trouver un semblant de chaleur au fond de ses poches. Il ne sais plus depuis combien de temps il marche au hasard, tête baissée. Il est fatigué, il se sent vide, une nouvelle année va bientôt commencer, et il va la commencer seul et dehors. Les rues sont désertées, les rares passants hâtent le pas pour regagner la chaleur d'un foyer, le leur, celui d'un membre de la famille ou d'un ami. Ils ont tous un but, faire la fête, manger et boire en l'honneur de l'année qui va naître.
Des rires et le brouhaha des conversations provenant d'un bar tout proche lui fait lever la tête.
Il reconnaît, l'endroit, le quartier. Ce quartier du Marais où Yann l'emmenait quand il était disposé à sortir avec lui. Puis quand ils vivaient ensemble ils y venaient plus rarement préférant la quiétude de leur appartement.
Il a froid, il a faim, une boisson bien chaude sera la bienvenue. Il pousse la porte, son allure abattu contraste avec celle des clients. Il s'installe au comptoir, près de la porte. Son premier réflexe est de demander son café mais il se ravise et commande un whisky. Habituellement il ne boit de l'alcool que pour des occasion spéciales mais il se dis que ce soir est aussi spécial.
Il a quitté François, l'homme qu'il aime n'était pas chez lui et doit se trouver en bonne compagnie. Il y a quelques mois il a fait un choix, le mauvais et maintenant il en subi les conséquences.
Il lève le verre que l'on vient de déposer devant lui et s'adresse à son reflet dans le miroir derrière la bar.
« à ta santé »
La première gorgée lui brûle le gosier, il fait tourné le liquide ambré dans son verre avant de boire à nouveau puis d'un geste rageur il boit le reste d'une traite. D'un geste de la main il fait signe au barman de le resservir et en moins de temps qu'il faut pour le dire son verre est vide, un troisième subi le même sort. La chaleur qui règne dans l'établissement, l'alcool qui commence à se diffuser dans tout son organisme, son estomac vide lui provoque une sensation étrange, la tête lui tourne, les voix lui parviennent assourdis. La sensation n'est pas désagréable, il a l'impression de flotter dans les airs, il est bien. Il ne veut pas que cela s'arrête, il veut boire encore, il lève le bras pour appeler le serveur mais son geste est interrompu par une main qui se pose sur son avant-bras.
« tu ne crois pas que tu as assez bu ? »
« de quoi j'me mêle, j'te connais pas pourquoi tu me tutoie d'abord ?
La voix est pâteuse, les yeux brillants, il se met debout cherche un semblant d'équilibre et fait face à l'empêcheur de tourner en rond. Ce qu'il voit le ramène le ramène brusquement à la réalité. Hormis la couleur de ses yeux qui sont d'un bleu saphir, l'inconnu est plus jeune mais il est le sosie de Yann.
« j'aime pas voir un beau mec comme toi se saouler la gueule »
« et alors mêle toi de tes affaires, allez dégage j'ai pas besoin de toi ! »
« d'accord ce ne sont pas mes affaires, mais tu as besoin de moi . Le sac posé à tes pieds et ta conduite me font penser le contraire. Tu as besoin d'être aidé, allez on sort d'ici je t'emmène chez moi »
« j'ai besoin de personne ! j'veux qu'on le laisse boire en paix »
« si tu as des problèmes, boire n'est pas une solution. Tu vas me suivre sans faire d'histoire. Tu as besoin de te reposer »
Il ramasse son sac, prend Kévin par le bras et l'entraîne dehors. Le froid fait frissonner Kévin et il suit l'inconnu jusqu'à un immeuble dont la façade a connu des jours meilleurs. Ils montent l'escalier jusqu'au dernier étage. L'homme ouvre une porte puis s'efface pour le laisser entrer.
« enlèves ton blouson et installes-toi. Je te prépare un café et de quoi manger. Au fait je m'appelle Boris et toi ? »
« Kévin »
Le café lui fait du bien et une fois le sandwich que lui a préparé son hôte est avalé il sent ses yeux se fermer. Celui-ci le remarque et le force à se lever.
« viens dans ma chambre, tu seras mieux dans mon lit que de dormir sur le canapé où c'est le lumbago assuré »
Il se laisse guider docilement, Boris l'aide à s'allonger et sa tête a à peine le temps de toucher l'oreiller qu'il s'endors. Boris lui enlève doucement ses chaussures puis le déshabille avant de faire de même pour lui, il se couche à ses côtés avant de rabattre les couvertures sur eux.
