Hellooo ! Me revoilà avec un autre chapitre ultra long, enjoy

Merci à Elliada, ma source éternelle d'inspiration Kamushima, Lilsucrette que j'aime de tout mon coeur et Dyplopia que j'ai attirée dans le gouffre du Kamushima, je vous aime.

BONNE LECTURE


CHAPITRE 4 – Qui sème le vent récolte la tempête


« One night and one more time

Thanks for the memories even though they weren't so great
He tastes like you, only sweeter
One night, yeah, and one more time
Thanks for the memories, thanks for the memories

See, he tastes like you, only sweeter, oh »

Fall Out Boy, Thanks For The Memories.


IZURU

Izuru prenait toujours le tramway plus tôt que les autres, simplement pour éviter d'être compressé par la foule. Il se tenait debout sur la plateforme, une main enroulée autour de la barre et les écouteurs vissés sur ses oreilles, les yeux fixés sur le paysage qui défilait.

Son sac en bandoulière contenant son ordinateur sur l'épaule, il franchit la grille de Hope's Peak au milieu du froid glacial de décembre, emmitouflé dans son manteau noir, assorti d'une écharpe d'un ton légèrement plus clair.

Izuru avait un peu de mal à réaliser qu'il n'était à Hope's Peak que depuis deux semaines, au vu de ce qu'il avait vécu comme bizarreries depuis.

Ses pensées vagabondèrent machinalement vers Junko, comme elles en avaient la fâcheuse tendance ces derniers temps. Leur dernière conversation avait été houleuse, mais encore une fois, ce n'était pas rare pour eux deux.

- Je ne me vois pas sortir avec quelqu'un d'aussi ennuyeux, qu'on soit clairs.

Junko l'avait violemment attiré par sa cravate, le regard flamboyant.

- Pardon ? Dis-moi encore une seule fois que je suis ennuyeuse et je te coupe la langue, petit con.

Izuru avait à peine frémi.

- Essaie.

- T'as pas idée d'à quel point je peux être tarée, mon chou.

- Ah ? Je m'en fous un peu, pour tout te dire. Je te répète qu'il est hors de question qu'on -

- T'as pas encore compris que ça m'intéresse pas non plus ? Mon pauvre bougre, si je sortais avec des gens ça se saurait.

Izuru avait arqué un sourcil.

- Je vois.

- Et ?

- J'admets que tu sembles moins ennuyeuse que ce que je pensais.

Junko avait simplement souri, appuyée contre le mur, les bras croisés.

- Si prévisible. Vous êtes tous les mêmes, les mecs…

Les yeux d'Izuru s'étaient plissés d'agacement, ce qui n'avait fait qu'élargir le sourire de Junko.

- Alors, c'est agaçant d'entendre qu'on est ennuyeux ? avait-elle minaudé. T'as beau dire que je suis une garce superficielle, tu t'es regardé ? Tu penses pas qu'il serait temps de mettre fin à ta phase emo ? Je veux dire, on est quand même à l'université…T'as parlé à quelqu'un d'autre qu'à Kirigiri depuis ton arrivée ici ? Ou est-ce que les gens sont trop ennuyeux à ton goût ? T'es pas mieux que moi, Kamukura.

Izuru était resté silencieux un instant.

- J'imagine que tu n'as pas totalement tort.

Ils s'étaient quittés sur ces mots et Izuru en avait conclu qu'il n'aurait pas besoin de s'inquiéter à ce sujet. Ce qui se passait entre eux continuerait jusqu'à ce que l'un d'eux s'en lasse.

Il n'en avait rien à faire, de Junko. Les murmures à leur sujet glissaient sans arrêt autour de lui sans l'atteindre dans les corridors de Hope's Peak, chimères qu'il envoyait balayer aussi facilement que des toiles d'araignées.

"C'est lui, la nouvelle victime d'Enoshima ?"

"Il a l'air d'un taré, ils font la paire."

Sa victime, hein ? Izuru considérait ses différentes options plusieurs fois par jour et sa conclusion était toujours la même. Junko portait un masque et il allait le lui arracher, jusqu'à ce qu'elle soit aussi laide à l'extérieur qu'à l'intérieur, jusqu'à ce que le mal qu'elle faisait aux autres déteigne sur elle, fissure enfin son visage à elle, ses lèvres rouges et ses joues de poupée.

" T'es qu'une garce qui déteste le monde entier tout en cherchant à tout prix à ce qu'ils t'adulent" il avait dit.

" Et toi t'es qu'un pauvre imbécile qui prétend que la solitude ne le blesse pas, alors qu'elle l'accable au plus profond de lui même." avait répondu Junko.

Quel romantisme, songea Izuru.

Junko prit place à ses côtés lors de leur premier cours en classe restreinte. Izuru adressa un soupir d'excuse à Kirigiri. Cette dernière haussa les épaules et alla s'asseoir au premier rang.

- Quoi, cette fois-ci ? maugréa-t-il en se tournant vers elle.

- Fais pas comme si t'étais pas content de me voir, chéri.

- C'est le cas.

- Peu importe. Comment t'as su pour Ishimaru ?

Izuru laissa un sourire lui échapper.

- Donc j'avais raison.

- La ferme. T'as juste dit ça au hasard.

- T'es toujours d'aussi mauvaise foi ?

Junko hocha la tête avec véhémence.

- Bref, je voulais aussi te dire que tu devras venir avec moi au local tout à l'heure…

- Et pourquoi ça ?

- Tu dois obligatoirement t'inscrire à un club. Tu sais, un endroit où une dizaine de losers discutent de leurs passions, tout ça…

Izuru renifla.

- Ça ne m'intéresse absolument pas.

Junko éclata de rire.

- Je m'en balance, mon chou. C'est obligatoire. À moins que tu veuilles te faire tirer les oreilles par Munakata…

Izuru grimaça. L'austère directeur de Hope's Peak, Munakata, n'était pas quelqu'un avec qui il avait spécialement envie de se disputer.

- Très bien, marmonna-t-il. Je viendrais. Du moment que tu me fous la paix en cours…

- Si froid ! pleurnicha Junko en faisant semblant d'essuyer une larme au coin de son œil. Tu me fais de la peine, Kamukura.

Izuru se contenta de hausser les sourcils et se mit à prendre en note ce que leur professeur expliquait à propos de la taxation des véhicules de tourisme. Il observa le calepin de Junko du coin de l'œil et ne fut pas vraiment surpris de voir qu'elle ne notait absolument rien de ce que leur professeur racontait, plus intéressé par un dessin qu'elle n'avait visiblement pas terminé à son dernier cours.

Concentrée sur sa tâche, elle piocha un stylo rose dans sa trousse et s'appliqua à grossir les traits précédents tracés au crayon à papier. Izuru plissa les yeux afin de distinguer la personne qu'elle pouvait bien être en train de dessiner. Il distingua un visage féminin aux traits maussades et parsemés de taches de rousseur.

Après un moment infime pendant lequel il se demanda qui cette personne pouvait bien être, Izuru songea qu'il avait bien mieux à faire que de s'interroger sur les bizarreries de Junko.

Lorsque leur professeur les remercia, à la fin du premier cours de la journée, Izuru se résolut à suivre Junko jusqu'au local du BDE.

- Salut les losers, lança Junko en ouvrant la porte. Qui a les formulaires pour les clubs ?

Izuru la suivit à l'intérieur de la grande pièce, après avoir adressé un léger signe de tête à Togami et Ishimaru, les seuls présents dans le local. Une série de fauteuils dépareillés étaient orientés vers une longue table en plastique sur laquelle une pile de posters colorés était jetée.

- Tu viens pour t'inscrire à un club ? lui lança Ishimaru. Tu as bien raison, c'est le devoir de chaque étudiant de Hope's Peak !

- Il paraît. C'est stupide, mais si je n'ai pas le choix.

Junko lui tendit un formulaire.

- Un peu d'enthousiasme, que diable.

Izuru l'ignora royalement et sortit un stylo de son sac pour remplir les premiers champs de la fiche.

- Qu'est-ce qui t'intéresse dans la vie, Kamukura ? Il y a forcément un club qui te conviendra…

Le regard d'Izuru papillonna dans la pièce en quête d'inspiration. Il se posa sur un plateau d'échecs aux pions parfaitement alignés qui n'avait pas dû beaucoup servir. L'objet détonnait étrangement au milieu des bouteilles d'alcool bariolées et vides mises en exposition et des posters des soirées précédentes placardés aux murs.

- J'imagine qu'il n'y a pas de club d'échecs ?

Izuru n'était pas spécialement enthousiasmé par l'idée, mais il était plutôt doué dans cette discipline. Voir d'autres gens s'acharner à tenter de le battre pouvait s'avérer divertissant.

Sa question sembla piquer l'intérêt de Togami, qui releva les yeux de son livre pour la première fois depuis leur entrée dans le local.

- Tu joues aux échecs, Kamukura ?

Izuru haussa les épaules.

- Ça m'arrive.

L'ombre d'un sourire apparut sur les lèvres de Togami.

- Affronte-moi, un de ces jours. lui proposa le trésorier.

Izuru se remémora la description que Kirigiri lui avait faite de Togami. Le type le plus hautain de Hope's Peak. Après tout, s'il était capable de supporter Junko, pourquoi pas lui ?

- Pourquoi pas.

- Ouais, sauf qu'il n'y a pas de club d'échecs. intervint Junko.

- Disons que si Kamukura fait une partie par semaine contre moi, on peut compter ça comme une activité, suggéra Togami.

- Eh, c'est pas ce qui est convenu dans le règlement ! protesta Ishimaru.

- La ferme, déclarèrent Junko et Togami d'une même voix.

- Ça me va, dit Izuru. Du moment que je ne suis pas obligé de participer à des activités de groupe…

- Ça serait terrible ! s'exclama Junko. Imagine, tu pourrais même te socialiser…Mon cœur se remplit d'effroi rien que de l'imaginer.

Izuru leva les yeux au ciel.

- Bon, je peux m'en aller, puisqu'on a réglé cette histoire de club ?

- Pourquoi vous faites pas une partie maintenant ? proposa Junko. Il reste une demi-heure de pause...

Togami et Izuru échangèrent un regard.

- Tu ne ferais que me distraire, rétorqua Izuru. La prochaine fois.

- Oh, je te distrais tant que ça ?

- Non, tu me fatigues, c'est différent.

Izuru adressa un salut poli à Ishimaru et Togami avant de se diriger vers la porte. Le ricanement de Junko le poursuivit jusque dans le couloir.

- C'est ça, si ça peut t'aider à mieux dormir la nuit…


À peine quelques minutes après le début du deuxième cours qu'il avait en commun avec Junko, en milieu d'après-midi, Izuru contempla sincèrement l'idée de l'assassiner froidement. Il tentait de se concentrer sur les propos de leur professeur, tâche rendue plutôt ardue par Junko qui prenait un malin plaisir à faire courir ses doigts sur sa cuisse. Ils étaient assis au fond de la classe et aucun des autres étudiants n'avait remarqué son petit manège, mais ça n'empêchait pas Izuru d'avoir envie de hurler. Il se détestait de se laisser déconcentrer aussi facilement, il détestait Junko d'être déjà habituée à chacune de ses réactions et de savoir exactement quoi faire pour qu'il craque.

Même au milieu d'un cours de comptabilité.

- Arrête, marmonna Izuru.

- Non, répondit paresseusement Junko.

Elle ne le regardait même pas. Son menton était posé dans sa paume et elle regardait droit vers le tableau ou le professeur leur expliquait comment calculer le compte de résultat d'une entreprise.

Izuru continua de taper sur son ordinateur, tentant par tous les moyens de l'ignorer. Et il y parvint jusqu'à ce qu'elle se rapproche encore plus près de lui pour murmurer toutes sortes d'imbécilités dans son oreille. Ca n'était pour une fois rien de salace, mais des phrases sans queue ni tête comme « J'ai faim, va me chercher un sandwich avant que je poignarde quelqu'un. » mais la sensation de ses lèvres contre sa peau le fit littéralement exploser.

- Ca suffit, bordel de merde ! s'exclama t-il, plus fort qu'il n'en avait eu l'intention.

Les sourcils de leur professeurs se haussèrent lorsqu'elle remarqua qui venait de déranger le bon déroulement de son cours d'un air vaguement déçu.

- Comme d'habitude, dehors, Enoshima. Et vous aussi Kamukura. Vous me finirez le cas pratique qui était à faire pour la semaine prochaine d'ici demain.

- Super, grommela Izuru lorsqu'ils furent sortis dans le couloir. J'espère que t'es fière de toi.

- Comme si ça allait me prendre plus d'une heure à finir rit Junko. Allez bon courage, je me tire.

Izuru la retint par le bras et Junko leva les yeux au ciel.

- Quoi ?

- On va aller faire ce devoir à la bibliothèque, maintenant. Une heure, tu dis ? Ça tombe bien, grâce à toi il nous en reste trois jusqu'à la fin de la journée de cours.

Un sourire étira les lèvres de Junko.

- Tu me mets à l'épreuve, Kamukura ?

- Disons que je suis curieux de savoir si tu es aussi intelligente que tu le prétends.

- Je suis pire que ça, ricana-t-elle. Allons-y.

Izuru la laissa faire cinq pas avant de se racler la gorge d'un air blasé.

- J'ai beau n'être là que depuis deux semaines, je sais quand même que la bibliothèque n'est pas par là.

Junko tourna les talons avec une grimace excédée.

- Parce que tu crois que j'ai besoin d'y mettre les pieds ?

Izuru ne se donna même pas la peine de répondre et se dirigea vers la bibliothèque.


- Il faut soustraire cette somme-là, dit Junko, les sourcils froncés. C'est sûrement là où on s'est trompés.

Izuru acquiesça. Ils étaient à la bibliothèque depuis près d'une heure et Junko n'avait pas menti : leur cas pratique était quasiment achevé.

- Il ne nous reste qu'à finir le commentaire du bilan et -

Constatant que Junko ne l'écoutait pas, Izuru releva les yeux pour repérer ce qui avait fait dévier son attention. Quelques tables plus loin, Ishimaru et Mondo étaient eux aussi en plein travail. Ou plutôt, Ishimaru s'évertuait à expliquer quelque chose que Mondo avait visiblement du mal à comprendre. À chaque fois que Mondo s'appliquait à refaire ce qui semblait être le même exercice, Ishimaru le couvait d'un regard attendri, alors qu'à sa place, Izuru lui aurait mis deux bonnes claques. Honnêtement, il n'avait jamais vu deux personnes aussi aveugles à leurs propres sentiments.

- C'est si douloureux à regarder, commenta-t-il. Et c'est comme ça depuis longtemps ?

- Qu'est-ce que j'en sais ? marmonna Junko. Selon Komaeda et Celestia, ça dure depuis notre première année.

- Tu veux dire que t'as jamais fait attention à ça, plutôt…

- Je t'avoue que la vie sentimentale inexistante d'Ishimaru, je m'en balance pas mal. Par contre, si Mondo lui fait du mal…

- Oh, il faudrait déjà qu'il soit au courant.

- Pas faux. Je ferai mieux de me mettre à hurler « Prenez une chambre » ça aurait le mérite d'être clair.

- Au cas où tu l'aurais oublié, on est dans une bibliothèque. Donc non, tu oublies.

Junko se pencha vers lui, le menton calé entre ses paumes.

- Sinon quoi ? chantonna-t-elle.

Izuru l'étudia du regard, incapable de dire si elle était réellement capable de se mettre a hurler en plein milieu de la bibliothèque. C'était probablement de la provocation, mais avec Junko, il n'arrivait jamais à savoir.

Il décida d'opter pour l'option qui lui garantirait le silence de Junko. Ce fut si facile de se pencher et d'effleurer ses lèvres des siennes. Il sentit son expression moqueuse se dissoudre en un sourire plus doux et elle ferma les yeux. Izuru se demanda brièvement comment ce geste pouvait lui sembler si familier.

S'étaient-ils embrassés si souvent que ça ? Izuru avait arrêté de compter, pour être honnête, mais il était sûr d'une chose - il aimait embrasser Junko beaucoup plus qu'il ne l'aurai cru, et il devenait rapidement accro à tout ce qui se passait entre eux. Même le rouge à lèvres qui tachait inévitablement ses lèvres semblait avoir meilleur goût, avec l'habitude.

Junko le saisit par sa cravate, rampant presque sur ses genoux, et l'embrassa farouchement. Il lui mordit doucement la lèvre inférieure et en réponse, elle plaqua une main contre son torse. Et à ce moment précis, Izuru se souvint qu'ils n'étaient vraiment au bon endroit pour ça.

- Je sais pas ce que tu crois être en train de faire, mais pour la centième fois, on est dans une bibliothèque.

- C'est toi qui m'a embrassée. Assume.

- Oh, mais c'est mon intention.

Junko haussa les sourcils.

- Je peux virer Komaeda de ma chambre, si tu veux…

Izuru secoua la tête. Les dortoirs de Hope's Peak étaient le dernier endroit où il avait envie de mettre les pieds.

- Oui, mais non. On va aller chez moi, c'est plus tranquille.

- J'en sais rien, roucoula Junko. Ma mère m'a dit de pas suivre des inconnus chez eux….

Izuru lui jeta un regard blasé.

- Tu t'es littéralement jetée sur moi le jour de mon arrivée. Je pense que tu t'en remettras.


Le soleil se couchait à peine sur la ville lorsqu'Izuru se retrouva à nouveau dans le même tramway qui l'avait conduit à Hope's Peak le matin même. Cette fois-ci, la foule était sensiblement plus compacte, à son grand désarroi. Pourtant, ce détail agaçant resta noyé dans une foule d'autres sensations – notamment parce que Junko s'était collée à lui, sans le moindre souci de décence. Elle le tenait par les hanches d'une manière particulièrement déstabilisante.

Izuru remercia à peu près tous les deux qu'ils connaissaient en constatant que personne ne les regardait.

Ils avaient probablement l'air d'un couple. Cette idée avait beau déranger Izuru, il avait du mal à s'en préoccuper, pas avec le menton de Junko posé sur son épaule et ses bras encerclant sa taille.


Son chat se mit à miauler avec véhémence lorsqu'Izuru déverrouilla la porte de son appartement.

- Si c'est pas mignon, ricana Junko.

Elle s'agenouilla pour lui caresser la tête et Izuru l'observa avec un sourire amusé, une demi-seconde avant que son chat ne lui griffe la main.

- Saleté ! Je vais te donner en pâture aux vautours, tu feras moins le malin.

- C'est un peu excessif, tu crois pas ?

- Moi, excessive ? Jamais.

Izuru secoua la tête. C'était un combat perdu d'avance.

- Et comment s'appelle ce démon ?

- Monokuma.

- C'est cool, comme nom. Pas comme ce chat.

Izuru croisa les bras.

- On est vraiment venus pour parler de mon chat ?

- Non, t'as pas tort. murmura Junko. Porte-moi comme une princesse.

- Je vais plutôt te jeter comme un sac poubelle.

- Wow, quel séducteur. Je suis tout émoustillée.

Izuru s'avança vers elle, un mélange de fatigue et de dépit clairement lisible dans ses yeux rouges. Junko battit des cils avec un sourire charmeur. Elle passa une main dans ses longs cheveux noirs, l'embrassa une fois, deux fois, puis une troisième...

- Izuru finit effectivement par la porter jusqu'à sa chambre, histoire de ne pas être obligé de cesser de l'embrasser.


Junko s'éclaircit la gorge comme si elle ne se faisait pas confiance pour parler sans que sa voix ne manifeste le moindre tremblement. Si cette constatation ravissait Izuru au plus haut point, il resta tout aussi silencieux, les yeux rivés vers le plafond. Il dégagea les quelques mèches qui s'étaient collées à son front.

- Je savais bien que tu te démerdais bien au lit, finir par marmonner Junko. J'ai l'œil.

- Et toi tu l'es moins que ce tu veux le faire croire...

Junko se tourna vers lui d'un air si outré qu'il arracha un sourire amusé à Izuru.

- Je te hais.

- J'en doute fort.

- Bon, c'était marrant, mais je vais pas faire de vieux os.

- Izuru jeta un œil à l'horloge murale. Dix-neuf heures. Son quartier n'était pas spécialement dangereux, mais il n'était pas rassuré à l'idée que Junko rentre jusqu'à Hope's Peak seule.- T'es sûre que tu veux rentrer à cette heure ci ? Je vais pas te jeter dehors, hein...

- Qu'il est mignon ! rit Junko. Merci, mais non merci, j'ai pas pour habitude de dormir chez les gens avec qui je couche, et c'est pas un truc que je compte changer.

- C'est toi qui vois, mais si tu préfères te faire agresser...

- Je suis une grande fille, t'en fais pas pour moi.

Izuru croisa les bras.

- Si c'est l'idée de dormir avec moi qui te fait si peur, je serais ravi de te laisser le canapé.

- Mais quel gentleman ! Si je reste, je prends ton lit.

- Si tu prends mon lit, tu dors avec moi. C'est simple.

Leur dispute fut interrompue par un miaulement aigu. Monokuma sauta sur le lit pour se blottir contre Izuru.

- Toi, t'as faim.

- C'est pas le seul. baîlla Junko. Si tu veux me forcer à rester chez toi, t'as intérêt à me nourrir convenablement.

Izuru l'ignora et caressa son chat derrière les oreilles.

- Je suis un excellent chef cuisinier, figure-toi. J'ai deux spécialités, Deliveroo et AlloResto.

Junko lui envoya une pichenette sur le front. Izuru leva les yeux au ciel et sortit son téléphone pour faire défiler la liste des restaurants. Junko le lui prit des mains une poignée de secondes plus tard.

- C'est moi qui choisis.

- Oui et puis tant qu'on y est c'est moi qui paye ?

- T'apprends vite, c'est bien.


Izuru avait plus froid que d'ordinaire en se réveillant, le lendemain matin. En tâtonnant pour éteindre son réveil, il se rendit compte que Junko lui avait piqué l'intégralité de sa couette. Réprimant l'envie de la réveiller en lui tirant les cheveux, Izuru se releva et attacha ses longs cheveux qui lui retombaient dans les yeux. Le ciel était plus clair que d'ordinaire par la fenêtre de sa chambre. Il lui suffit de se lever pour confirmer ses doutes : il neigeait.

Il se dirigea vers sa cuisine pour se faire un thé et apprécier les précieuses minutes de calme qu'il lui restait avant le réveil de Junko. Ces minutes furent hélas réduites à quelques secondes, car un hurlement ne tarda pas à se faire entendre depuis la chambre.

- Izuruuuu, je vais le faire rôtir ton sale matou.

Junko sortit de la chambre comme une furie, la joue droite barrée d'une jolie griffure. Izuru leva sa tasse en guise de salut.

- C'est sa manière de te dire bonjour.

Junko ramassa ses vêtements en pestant.

- Toi et ton chat, vous pouvez aller vous faire foutre, maugréa-t-elle. Je me tire !

- Honnêtement, je doute que tu ailles bien loin…

Junko fit volte-face avec un sourire dépité.

- Mon pauvre, tu te prends vraiment pas pour de la –

- Regarde dehors, Junko. soupira Izuru. Il y a dix centimètres de neige. Et vu les chaussures que tu portes…

Junko se précipita à la fenêtre pour vérifier ses dires.

- Fais chier…Mais combien de temps on va rester coincés ici ?

- Le temps que la rue soit déblayée et que la tempête cesse, c'est-à-dire une bonne journée si on a de la chance.

Après un claquement de langue agacé, Junko se débarrassa de son manteau.

- Puisque j'ai que ça a faire, je vais prendre une douche.

Izuru haussa les épaules en remuant son thé.

- Si ça peut te calmer…

Après avoir entendu le cliquetis familier du verrou de sa salle de bains, Izuru s'assit sur son lit avec un soupir. Quelle belle journée en perspective. Son chat sauta sur l'un des oreillers avec un miaulement et Izuru lui caressa la tête.

- Je sais bien, mais je ne vais quand même pas la mettre dehors…

« Même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque. »

Sur la table de chevet, le smartphone de Junko s'illumina et Izuru le considéra d'un air curieux. Par miracle, l'écran n'était pas verrouillé. Une myriade de notifications récentes défilaient sur l'écran d'accueil. Il mit un moment à trouver un sens aux différents surnoms de la conversation de groupe du BDE. « trashcan number one » ne pouvait être que Komaeda, « hella byakuya » était définitivement Togami, « Genocider Syo » était si étrange qu'il ne pouvait aller qu'à Fukawa, et pour ce qui était de Celestia, il n'avait pas à se demander plus longtemps qui était « Marie Antoinette ».

ishimama : quelqu'un a vu junko ce matin ?

ishimama : j'espère qu'elle ne recommence pas à sécher les cours

marie antoinette : ah, elle avait arrêté ?

trashcan number one : Junko t'es ou

trashcan number one : Junkoooooooooooooo

hella byakuya : la ferme komaeda

hella byakuya : tu vois pas qu'il neige

hella byakuya : elle doit être chez kamukura

genocidersyo : ça étonne quelqu'un ? pas moi en tout cas ahahahahaha

genocidersyo : j'en connais une qui a pas dû beaucoup dormir

marie antoinette : elle a bon dos la tempête de neige

hella byakuya : oh par pitié

Izuru prit soin de ne pas ouvrir directement l'application pour éviter de se faire attrapper à fouiller dans le téléphone de Junko.

Il s'apprêtait à le reposer lorsqu'un message de Celestia attira son attention.

marie antoinette : je sais pas ce que tu fous, mais merci de tenir kamukura éloigné de kirigiri

marie antoinette : j'aurais fini par l'étrangler avec ses cheveux

marie antoinette : sérieusement

marie antoinette : pourquoi suis-je aussi gay

marie antoinette : pourquoi est-elle aussi belle

Izuru cligna plusieurs fois des yeux pour s'assurer qu'il n'hallucinait pas. Celestia était intéressée par Kirigiri au point d'être jalouse de lui, out en sachant très bien ce qui se passait entre Junko et lui ?

Ça n'avait aucun sens. Mais une chose était certaine, il n'avait plus à se demander qui avait envoyé les lettres à Kirigiri.

Après avoir soigneusement reposé le téléphone à la même place, Izuru sortit sur son balcon en s'assurant de bien fermer la baie vitrée. Frissonnant au milieu du froid glacial, il resserra les pans de sa robe de chambre. Il composa le numéro de Kirigiri après un bref instant d'hésitation. Cette dernière décrocha au bout de deux sonneries.

- Izuru ? Qu'est-ce qui se passe ?

Il se pinça l'arrête du nez en cherchant la manière appropriée de lui annoncer sa découverte.

- Je suis quasiment certain que c'est Celestia qui t'envoie ces lettres.

À l'autre bout de la ligne, Kirigiri resta silencieuse un moment.

- On parle bien de Celestia Ludenberg ? Celle qui porte des vêtements de gothic lolita et qui parle à tout le monde comme s'ils étaient ses esclaves ?

- Oui, la même Celestia Lubenberg pour qui tu n'avoueras jamais avoir un faible.

Il imagina très bien Kirigiri secouer la tête d'un air peu convaincu.

- C'est impossible que ça soit elle. Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- J'ai regardé dans le téléphone de Junko pendant qu'elle prenait sa douche hier. Et Celestia lui parlait en des termes plutôt détaillés de ce qu'elle aimerait te faire…

- Mais ?

Kirigiri semblait hésiter entre « ah parce que maintenant vous dormez ensemble » et « mais à quel moment quelqu'un de censé fouille dans le portable de son plan cul ». Izuru haussa les épaules.

- La fin justifie les moyens, non ?

- Toi et Junko allez décidément bien ensemble, soupira Kirigiri.

- Je vais prendre ça pour un « merci ». Fais ce que tu veux de cette information. Je dois te laisser.

- J'imagine que je ne te verrai pas en cours aujourd'hui ?

Izuru examina la neige qui se déposait inlassablement sur la route en contrebas.

- Ça m'a l'air compromis.

x


Kirigiri fut incapable de se concentrer sur ses cours de la matinée. Elle prenait des notes comme une automate sans même en comprendre le sens. Comment était-ce possible que Celestia Ludenberg lui ait envoyé des lettres d'amour ? Ça ne lui ressemblait pas. C'était même franchement impossible qu'elles les aient adressées à Kirigiri. Et pourtant…

Elle décida d'en avoir le cœur net. Pour pouvoir passer à autre chose et alléger son esprit de ce poids – et peut-être aussi parce que l'idée que Celestia ait pu écrire ces lettres ne lui déplaisait pas totalement.

Kirigiri la trouva à l'entrée de l'amphithéâtre, en train de bavarder avec Komaeda.

- Celestia. Je peux te parler ?

Cette dernière esquissa un sourire.

- Mais tout ce que tu veux, Miss Détective…

Celestia la suivit jusqu'à un endroit désert, sous les arcades de Hope's Peak où le vent mugissait.

- T'aurais pu me le dire en face. lança finalement Kirigiri, les bras croisés.

Celestia fronça les sourcils.

- Te dire quoi ?

- Je suis au courant pour les lettres.

Celestia pinça les lèvres, imitant à la perfection une expression confuse.

- Mais de quoi est-ce que tu parles ?

Kirigiri pesa le pour et le contre. Si Celestia avait réellement écrit ces lettres, pourquoi lui mentirait-elle ?

Il n'y avait que deux solutions envisageables. Soit Izuru s'était trompé, et elle n'avait en effet aucune idée de ce dont Kirigiri parlait, ou alors…elle avait tout manigancé exprès pour la faire tourner en rond. Et plus elle contemplait cette hypothèse, plus sa probabilité semblait augmenter.

Dans les deux cas, Kirigiri n'avait plus rien à lui dire.

- Tu sais quoi ? Oublie ce que j'ai dit. Je me suis trompée, visiblement.

Kirigiri ramassa son sac à la hâte et tourna les talons. Une enveloppe en tomba sans qu'elle ne s'en aperçoive et Celestia ne la retint pas, trop abasourdie par ce qui venait de se produire pour dire quoi que ce soit.

Qu'est-ce qui lui prenait ? Et surtout, de quelles lettres parlait-elle ?

Celestia attendit que Kirigiri ait passé la porte de la bibliothèque avant de ramasser l'enveloppe. Ses yeux se plissèrent de fureur au fur et à mesure de sa lecture et elle froissa le papier avant de se diriger hâtivement vers le local du BDE.


Malheureusement pour Komaeda, il était le seul présent dans le local au moment où Celestia y fit irruption comme une furie. Au milieu de ses vociférations, il comprit l'essentiel de ce qui la mettait dans cette rage folle. Quelqu'un s'amusait à envoyer des lettres d'amour à Kyouko Kirigiri, la fille sur laquelle Celestia avait jeté son dévolu.

- Qui a envoyé ces foutues lettres ? explosa Celestia. QUI ?

Komaeda posa une main sur son épaule dans l'espoir de la calmer et elle se dégagea immédiatement.

- Komaeda, je te jure que si c'est toi…

Les yeux de Komaeda s'arrondirent.

- Pourquoi est-ce que j'enverrai des lettres d'amour à Kyouko Kirigiri ? Ça va pas non ?

- Oh j'en sais rien, tu t'es peut-être dit que c'était une bonne idée ? Que Kirigiri penserait que c'était moi ? Eh bien figure toi que c'est exactement ce qui s'est passé !

- C'était pas moi, Celestia ! Du calme ! hurla t-il à son tour.

La porte du local s'ouvrit violemment sur Togami.

- Pourquoi vous hurlez, nom de dieu ?

- Je règle mes comptes avec Ko. siffla Celestia.

- Jamais je te ferai un truc pareil ! Je suis ton ami !

Celestia croisa les bras.

- Peut être que c'est Izuru. Il est toujours fourré avec elle.

- Tu crois vraiment qu'ils tromperait Junko ? Et il sait sûrement que Kirigiri est lesbienne…

Togami claqua des doigts pour rappeller sa présence.

- Eh, vous comptez m'expliquer ce qui se passe ?

Après un bref résumé des faits délivré par Celestia, le trésorier remonta ses lunettes d'un air pensif.

- Je pense qu'on oublie un suspect. déclara Togami. Naegi Makoto.

- Et c'est qui, ce guignol ? grogna Celestia.

- Un première année à qui elle donne des cours. Et je suis sûr qu'il en pince pour elle.

- Depuis quand t'es au courant des ragots, Togami ? s'étonna Komaeda.

- Depuis jamais, mais ils sont sur la table de la bibliothèque en face de celle où je m'assois avec Fukawa et laisse moi te dire que ce garçon n'est pas discret…

- Je fais confiance aux talents d'observateur de Togami, grommela Celes. Je vais aller invectiver ce petit c-

- Non, tu vas rien faire du tout ! Je vais aller parler à Hinata. Il révisait avec lui l'autre jour.

Celestia remonta ses manches.

- Je viens avec toi.

- Certainement pas ! protesta Komaeda. Pour que tu les terrorises ?

Togami hocha la tête.

- Laisse-le faire, Celes. Et s'il s'avère que c'est lui...Je suis certain que Fukawa se fera un plaisir de t'aider à lui faire la peau.

Komaeda les considéra tous les deux d'un air peu rassuré. Celestia et Togami auraient pu détruire le monde à eux deux. Mieux valait qu'il se dépêche.


Voilààààààààà si j'arrive à me transformer en dieu j'en posterai un autre demain, j'espère que ça vous a plu :))

Aeli