Chapitre IV
Le professeur Hojo était plus que satisfait. Son sujet, son cher cobaye, était une créature suprême, alliant une puissance démesurée à une force draconienne. Ce qui était bien normal, après tout… il était de son sang.
En revanche, ce qui l'agaçait au plus haut point, c'était de voir les deux expériences d'Hollander. Non seulement elles parvenaient à se hisser à un niveau semblable à la sienne, parfaite, superbe, sans le moindre défaut, mais en plus elles lui donnaient des sentiments. Ce n'était pas prévu. Depuis que le projet S avait rencontré le projet G, quelque chose n'allait plus. Et la situation s'était encore détériorée quand la Cétra était arrivée. Il devait faire quelque chose pour sauver sa création et anéantir celles d'Hollander.
Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver une solution. Après tout, il était un génie !
Un rictus passa sur les lèvres sèches du professeur. Il savait exactement comment les perdre.
La Président Ashton Shinra écouta son plus brillant scientifique avec intérêt. Il connaissait les intentions du professeur, mais il savait quel but avait cette expérience. En un rien de temps, ils se furent mis d'accord. Les cobayes d'un nouveau genre de Soldat ne devaient en aucun cas éprouver des sentiments humains, mais simplement obéir.
- Pour vous récompenser, professeur, je vous nomme directeur du département scientifique, annonça le Président.
Les lèvres minces d'Hojo s'étirèrent, mais sa promotion ne lui faisait ni chaud ni froid. Il s'en moquait éperdument, à vrai dire. Tout ce qui comptait, c'était que son plan ait été accepté, ainsi que ses manières de faire. Ce Président était tellement crédule et aveuglé par le succès ! Ridicule, totalement ridicule !
- Et que comptez-vous faire, concernant l'Ancienne ? susurra-t-il. A part la nouvelle-né disparue dans la nature –par la faute d'Hollander-, il ne reste que celle que vous gardez sous surveillance.
- Et je commence à me demander si c'était une bonne idée de l'envoyer dans le Soldat. J'aurai dû demander aux Turks de la surveiller… quand ils auront retrouvé la fille de Gast, ils garderont un œil sur elle.
- Et celle-ci ?
Le Président fit mine de réfléchir.
- Vous avez raison. Il est temps… je veux trouver la Terre Promise, depuis longtemps maintenant. Il faudra bien qu'elle me le dise.
- La Terre Promise n'est qu'un fantasme, lâcha Hojo avec mépris.
Le ton affecta à peine Ashton Shinra, qui poursuivit :
- Vous autres, scientifiques, êtes persuadés de nombreuses choses explicables, et celles que vous ne parvenez pas à expliquer n'ont simplement aucune explication.
- Peu importe… je ferai selon votre volonté, grommela le professeur.
- J'espère bien.
De son côté, Séphriroth observait le ciel gris de ce mois de février, loin de se douter des projets d'Hojo. Il était enfin en stand-bye, et il comptait en profiter. Même s'il n'y avait qu'Angeal et lui avec quelques temps de repos, il attendait son ami pour se rendre à Banora. Dès qu'ils étaient en permission, ils s'y rendaient toujours. Séphiroth considérait un peu le village comme son foyer, à présent.
Angeal, toujours fidèle à lui-même, sa gigantesque épée dans le dos, rejoint son ami près de la fenêtre.
- Sale temps, commenta-t-il. Pense à mettre des pneus neige sur ta moto.
- Hum.
- Quelque chose ne va pas ?
- J'ai un mauvais pressentiment…
- Pourquoi ?
Séphiroth le regarda d'un air mystérieux.
- Génésis m'a souhaité mon anniversaire, hier.
Angeal le regarda avec des yeux ronds, avant de retenir un éclat de rire.
- Mais comment pourrai-il se souvenir de mon anniversaire alors que je ne connais pas la date moi-même ? grommela le jeune homme.
- A mon avis, ce n'est pas ton anniversaire, s'esclaffa Angeal, mais l'anniversaire de notre rencontre !
- Ah bon ?
Tout en marchant, Séphiroth soupira en se remémorant le premier regard qu'il avait échangé avec Génésis. C'était déjà il y a…
- Neuf ans ! soupira-t-il. J'ai l'impression que c'était hier. C'est fou ce que le temps passe vite…
- Séphiroth, plus je te connais, plus je trouve que tu vieillis, remarqua Angeal. On dirait un vieil homme la veille du nouvel an. D'ailleurs, tu n'aurais pas un peu maigris, ces derniers temps ?
- Tss…
- Je rêve où tu as fait « Tss » ?
- Angie, inutile que tu t'inquiète pour moi.
Angeal lui décocha un regard noir.
- Pardon, s'excusa Séphiroth.
- Ce n'est pas parce que Hélène s'amuse à m'affubler de ce surnom ridicule que tu dois te sentir obligé de l'imiter !
- Tu crois que je préfère quand elle m'appelle « Séphie » ? J'ai l'impression d'être une chienne…
Angeal sourit. Séphiroth avait un sens de l'humour très aigu.
- D'ailleurs, remarqua celui-ci, elle n'appelle pas Génésis « Génie ».
- Parce que ce serait ridicule… d'autant que je ne sais pas si on peut le qualifier de génie…
Les deux amis s'esclaffèrent silencieusement. Angeal était rassuré. Cela faisait près d'un an que Séphiroth avait appris la mort de Gast. Il avait l'air mieux, même s'il ne s'en était jamais complètement remis.
- Je crois surtout qu'elle ne le surnomme pas parce qu'elle l'aime, déclara Angeal en reprenant un minimum de sérieux alors qu'il s'engageait dans l'ascenseur.
- Tu veux dire qu'elle ne nous aime pas ?
- Elle nous considère comme ses frères.
Séphiroth rejeta une mèche argentée de son visage. Angeal regardait fixement la porte. Il procédait toujours de cette manière lorsqu'il abordait un sujet fâcheux.
- Je dois conclure, dit Séphiroth, qu'Hélène est amoureuse de Génésis ?
- C'est ce que je crois. Je crois aussi que la réciproque est vraie.
Angeal n'avait pas lâché la porte de l'ascenseur du regard. Elle s'ouvrait alors que Séphiroth demanda :
- Et ? Que fait-on pour ses amis, dans ces moments là ?
Angeal ne sut que répondre. Lui-même l'ignorait. Il se contenta donc d'éluder :
- Bah ! De toute façon, ils ne sont pas malheureux, et ils n'ont pas besoin de nous !
- Oui…
Pour la première fois, Séphiroth montra qu'il n'était pas convaincu.
- Tu savais qu'elle était malade ?
Ils s'arrêtèrent au bord de l'escalier.
- Malade ? répéta Angeal. Non, je l'ignorai.
- C'est ce que m'a dit Génésis hier. Il a une mission aujourd'hui, et il m'avait de mandé de garder un œil sur elle, mais elle n'a pas voulut.
- Pourquoi ?
- Elle ne voulait pas me contaminer.
- Qu'est-ce que c'est, comme maladie ?
- Je ne sais pas… elle m'a dit avoir des nausées impossibles, des vertiges, et de la fièvre. Elle a dû attraper froid. Tu te souviens de cette maladie qu'un seconde classe avait attrapé au Wutai ? C'étaient les mêmes symptômes.
Angeal entama enfin sa descente de l'escalier.
- Et rappelle-moi quand Hélène est-elle allée au Wutai ?
- Jamais. Mais c'est un virus. Ça se transmet.
- Tu en es vraiment sûr ?
- Absolument pas.
Plus tard, Angeal s'en voulut d'avoir confié ses doutes à Séphiroth. Même s'il savait que celui-ci n'était pas du genre à ressasser ses pensées, lui l'était.
