Graymalkin College ou les Errances de Charles Francis Xavier - Chapitre 2 :
Retrouvailles : n. f. au plur. Fait, pour des personnes, de se revoir, en particulier après une longue séparation.
Disclaimer : X-Men et ses personnages ne m'appartiennent pas!(heureusement sans doute). Le concept des dæmons est une invention de Philip Pullman dans ses excellents romans que sont His Dark Materials
Notes: Ce petit texte est ma participation au challenge de Février 2018 du Collectif NoName. La suite sera postée dans la semaine. J'ai décidé de retenir les deux thèmes et de les mêler à ma façon. Le premier consistait à se concentrer en particulier sur l'ambiance et le second que le personnage possède un dæmon. Ce qui devait être un OS devient finalement une petite fic à chapitres aux updates très irréguliers.
Les murs de la vaste pièce au plafond en carène de navire étaient rythmés tous les cinq yards par de larges baies qui laissait entrer à flots la lumière matinale. Le Grand Hall était meublé de trois longues tables de bois sombres polies par les âges et l'usage accompagnés de bancs. Sur l'estrade trônait une autre table, elle réservait une place de choix à une quinzaine de convives qui eux, bénéficiaient de chaises couvertes de Chintz et au milieu, d'une cathèdre de bois sombre avec un coussin de velours cramoisi.
On avait recouvert les tables d'une profusion d'aliments. On s'apprêtait en effet à servir le petit-déjeuner. Là du porridge, ici des viennoiseries, des gelées de coing, de roses des chiens ou de fraisiers en arbres, du pain blanc et du pain bis, tout était servi en abondance. Dans une vingtaine de minutes, on allait ouvrir les grandes portes et allait s'engouffrer dans la pièce un flot d'étudiants. Ou du moins ceux des étudiants qui avaient réussi à s'extirper de leurs lits après les bacchanales tardives assorties aux libations de rigueur de la veille au soir.
Charles avait été du lot. Il ne craignait plus les semonces de Maître Howlett. Cela ne l'empêcha pas de s'installer sur le banc où il avait sa place de pleins droits depuis maintenant quatre ans. Âgé de dix-neuf ans avec Metallagi à ses côtés depuis presque huit, il faisait maintenant des recherches en daemonologie et en alchimie. Il commençait à gagner une certaine notoriété dans le monde des sciences et ce surtout depuis qu'il avait publié quelques articles dans la feuille mensuelle de l'université.
Il se murmurait que ses articles avaient été remarqués par Lord McCoy, l'influent directeur du Daemonology Expert Analytical Laboratory , et que celui-ci avait apparemment proposer un poste à Charles. Charles qui, dans les faits, avait refusé tant qu'il n'avait pas fini ses études à Graymalkin.
Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il sortit de ses pensées encore légèrement ombrées par une torpeur éthylique cotonneuse : cet après-midi, Erik ne travaillait pas et ils avaient convenu de se retrouver pour passer un moment ensemble. Ce n'était jamais quelque chose de grandiose mais cela ne manquait pas de faire le bonheur des deux parties.
Au fil des années, ils se voyaient moins souvent, le travail d'Erik et les études de Charles se montrant terriblement prenants mais le plaisir restait le même. A la différence près que lorsque Charles se séparait d'Erik, il lui semblait ressentir un petit pincement au coeur un peu semblable à celui qu'il éprouvait lorsqu'il restait trop longtemps loin de Metallagí. Comme s'il avait laissé là un fragment de lui-même.
C'était là quelque chose de parfaitement normal, se raisonnait Charles, après tout Erik était depuis longtemps son seul ami. Son seul ami qui avait bien grandi quand lui était resté de taille relativement modeste. Son seul ami dont les yeux gris-verts-bleus (Charles n'avait jamais su dire) pétillaient toujours de malice dès qu'ils se racontaient leurs jeunes années. Son ami dont les pommettes saillantes étaient couvertes d'un rugueux tapis aussi flamboyant que ses cheveux quand Charles restait désespérément glabre en dépit d'une crinière foisonnante qui lui arrivait aux épaules.
Charles n'avait aucun mal à l'admettre, il trouvait Erik esthétiquement plaisant pour ne pas dire simplement beau . Et son daemon, Stahlmeister, était somptueux, son pelage ondulant avec souplesse, sa démarche fière, les muscles secs, son regard captivant. A ce point-ci de sa réflexion, Charles n'était plus tout à fait certain de parler du daemon. Il se mordit violemment la lèvre, réprimant les délicieuses images qui lui venaient à l'esprit. Il ne pouvait, ne devait penser, à son ami de la sorte.
Quand ils étaient encore de jeunes adolescents, il lui arrivait de distraitement gratouiller Stahlmeister qui en ronronnait de plaisir mais il s'était fait tancer par le Maître : on ne touche pas le daemon d'une autre personne. Tout juste l'on pouvait toucher celui de ses enfants mais jamais on ne touchait celui d'une autre personne qui ne nous soit pas intime . Parfois Metallagí allait se poser sur l'épaule d'Erik mais préférait clairement la compagnie de Charles.
Sortant de sa rêverie, grignotant pour la forme un crumpet beurré et se décida à rentrer dans sa chambre pour se préparer. Le repas avec Erik approchait à grands pas, et il avait tout à fait hâte de le retrouver.
A quelques miles de là dans un vaste entrepôt ouvert à tous les vents, Erik était dans son élément. Il s'essuya les mains couvertes de camboui sur un chiffon graisseux qu'il jeta sur son établi. Une dernière fois, il vérifia l'emplacement de tous ses outils, s'assura qu'il n'en manque aucun et referma la caisse d'un mouvement souple du poignet. Plus sûr qu'aucune clef.
Depuis six ans, il ne travaillait plus comme garçon de cuisine à Graymalkin. Il avait accompli un de ses rêves d'enfant. : Il était mécanicien d'aéronef. Parfois, sur autorisation expresse de son employeur, il endossait même le gilet de velours à boutons de soie grenat, une belle chemise immaculée et devenait alors M. Lehnsherr, pilote de la Flotte.
Il avait expliqué à Charles lors de leurs premières retrouvailles après sa prise de fonction que l'entrepôt avait bien un plafond mais qu'on pouvait le faire coulisser à loisir le long d'un interminable rail qui permettait de le découvrir quasiment complètement de façon à y manoeuvrer plus commodément les aéronefs. Charles qui l'écoutait religieusement raconter tout un tas de détails techniques qui devaient sûrement lui échapper, il lui semblait que l'autre homme était proprement suspendu à ses lèvres. Erik sourit en pensant à l'air toujours un peu rêveur de Charles. Charles qu'il allait retrouver dans une petite poignée d'heures.
Il se rappelait parfois avec nostalgie des étés de leur enfance qui alors semblaient infinis. Charles et lui allaient s'adosser contre le grand tilleul dans les jardins de Graymalkin College et où son ami lui faisait la lecture de quelque récit d'aventures qu'il appréciait particulièrement sur le moment. Tous deux étaient alors friands des récits d'actualités de Jules Verne et étaient tour à tour Arronax et Nemo ou Phileas Fogg et Passepartout. Parfois, relevant la tête avec envie, ils regardaient alors passer les aéronefs qui envahissaient le ciel d'Oxford. Erik s'imaginant les piloter et conduisant Charles à travers les cieux vers toutes les aventures fantasmagoriques qu'ils s'inventaient.
Erik sortit de l'atelier et se dirigea vers son petit appartement. Il ouvrit la porte de l'entrée d'un mouvement de poignet, salua la concierge et entreprit de grimper les quatre volées de marches qui le séparait de son chez-lui sous les toits. Spartiate et impeccable, la courte enfilade de petites pièces reflétaient bien leur locataire.
Il retira sa chemise tâchée et récupéra la bouilloire sur le poêle en fonte pour verser l'eau dans la vasque de porcelaine bleue. Avec un bloc de savon de Massalia, il entreprit de se laver et une fois séché et habillé, se parfuma à l'eau de Köln qu'il ne sortait que rarement de sa belle boîte en carton décorée.
Une fois prêt, il redonna un oeil à son reflet dans le petit miroir qui surplombait la vasque et qui lui servait habituellement pour se raser. Satisfait, il mit sa montre à gousset dans la poche de son veston propre, enfila son manteau de laine bleue et prit le petit paquet qu'il avait prévu pour Charles et s'en fut.
