DISCLAIMER : Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Walt Disney Pictures ou de DreamWorks Animation~
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- PARTIE 2 -
Prologue
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Le temps passa. Bien que les deux enfants ne partageaient plus la même chambre et ne jouaient plus ensemble, ils n'étaient pas tout à fait séparés. Ils avaient toujours cours en même temps, dans la même salle de classe du château. Ils mangeaient toujours à la même table à chaque repas.
Ils étaient, de plus, convoqués ensemble auprès du Conseil de Gouvernement Royal pour prendre connaissance des décisions importantes du royaume. Ils étaient trop jeunes pour imposer leurs décisions, mais, bien que cela ennuyât fort Jack, ils étaient tenus d'y assister pour leur expérience et leur statut, et de ce fait les conseillés écoutaient avec intérêt les questions - et les suggestions - de la jeune Elsa.
Cependant, jamais les deux héritiers ne sortaient de l'enceinte des murs, Elsa ayant perpétué l'ordre de restriction de ses parents, et ayant aussi fortement interdit à son frère d'en sortir. « Nos pouvoirs doivent rester secrets ! Il le faut ! » lui répétait-elle à chaque fois qu'elle le surprenait en train de les utiliser dans un couloir, sans pourtant parvenir à dissuader Jack.
C'est ainsi qu'au début de l'hiver de leurs 10 ans, sa dissidence facétieuse prit le dessus.
Le début de l'hiver au royaume d'Arendelle arrivait tôt dans l'année par rapport aux pays du Sud. À peine les arbres se découvraient de leur parure de feuilles vermeil et or que les premiers flocons, apportés par le vent des montagnes de neige éternelle, se détachaient des cotons de nuages pour clairsemer la ville. Un hiver plutôt doux recouvrait de son manteau blanc la région, sans encore entraver le commerce et le flux des navires, pendant deux mois, parfois un peu plus, puis il laissait place à quelques semaines de froid mordant et cruel, durant lesquelles chacun restait chez soi autour d'un bon feu, jusqu'à ce que les tempêtes cessent et permettent aux villageois de dégager la neige. Chaque maison de la ville était composée de quelques chambres supplémentaires, afin d'accueillir d'autres familles pendant les rudes semaines, pour festoyer gaiement Noël avec des amis, et aussi pour servir d'hôte aux voyageurs piégés par la tempête. Après deux autres mois d'hiver léger où le quotidien reprenait son cours, le retour du printemps était fêté avec entousiasme pendant une joyeuse semaine, attirant de nombreux touristes charmés par la beauté d'Arendelle et remplis d'entrain à l'idée de revenir l'année suivante. Telle était la vie des habitants de la capitale, dansant avec leurs saisons inégales ponctuées de fêtes et de traditions.
Après qu'il avait été jugé imprudent à cause de leurs pouvoirs de quitter le château, Jack avait toujours voulu pouvoir ressortir de l'enceinte de ces murs, même au temps où ses parents étaient encore en vie - bien qu'il se satisfaisait alors on ne peut mieux de la présence perpétuelle de sa sœur à ses côtés. Mais après ce qu'il associait amèrement à son rejet, il sentait sans cesse un poids lourd et douloureux à l'intérieur de lui-même.
Depuis qu'elle n'était plus aussi proche de lui qu'avant, ses pouvoirs étaient fortement diminués, comme si elle avait été sa source d'énergie. Cependant, un jour qu'il s'amusait à grimper aux arbres du jardin, la branche à laquelle il s'accrochait craqua et céda, le faisant ainsi tomber. Dans sa chute, Jack n'eut pas le temps de réfléchir et fit appel par réflexe à ses pouvoirs. Alors il sentit la branche cassée vibrer entre ses mains et une quantité énorme de neige se créa par celle-ci. Il se retrouva ainsi couvert de poudreuse, mais sa chute avait été amortie par le coussin de neige. Il avait senti, ensuite, que ce bâton dénué de feuille avait quelque chose de spécial. Même sa forme était étrange : longue branche droite sur une hauteur plus grande que la taille du jeune prince, puis courbe brusque à son extrémité, le bâton ressemblait à celui d'un berger. Il se rendit vite compte que ce précieux morceau de bois accentuait ses pouvoirs comme s'il était en présence d'Elsa ; comme avant. Mais ce n'est pas ce qui atténua sa solitude.
Peu de temps après le déménagement d'Elsa, il avait déambulé sans but dans le château, le désespoir lui tordant l'estomac, avec la désagréable sensation d'être invisible. Il s'était réveillé roulé en boule dans un coin du château qui lui était inconnu, sans parvenir à se rappeller de la façon dont il était arrivé là. De toute évidence, sa propre maison regorgeait de cachettes et de passages secrets, qu'il entreprit de tous découvrir, pour oublier sa tristesse.
Ainsi, il décela de nombreux recoins poussiéreux, comme des sortes de petits greniers, où il dénicha de vieux bijoux, des boîtes à musique, d'anciennes lettres d'amour anonymes qu'il s'amusa à distribuer discrètement aux servantes confuses, et même un journal intime aux pages jaunies qu'il lut sans se gêner un jour où il s'ennuyait. Mais il découvrit aussi des passages plus intéressants, comme le couloir menant aux différentes salles des domestiques ; les cuisines, le séchoir, la porte d'une petite cour, les dortoirs... Dire que même en jouant à cache-cache avec Elsa pendant des heures, je ne m'était jamais douté de l'existence d'une multitude d'autres cachettes... avait pensé le garçon en se demandant également si sa sœur, lors de leurs parties, les avait elle-même découvertes.
Jack éprouvait toujours un déchirement en pensant à la façon dont ils se seraient amusés ensemble, à jouer les explorateurs ou les détectives, mais au moins il lui arrivait de passer tout un après-midi sans trop penser à sa sœur, le cœur et les pensées plus légers.
Lorsqu'en suivant en filature une femme de chambre il se rendit compte qu'il était sorti de l'enceinte du château, il en eu des vertiges. Il s'appuya sur un muret de pierre pour reprendre ses esprits et remarqua qu'il était juste en face de l'eau claire du fleuve. Jamais il n'avait été aussi près du Fjord depuis la mort de ses parents. Le soleil reflétait ses éclats sur les vaguelettes, qui venaient caresser le mur dans un chuchotement doux. Il tendit le bras, et lorsque son bâton toucha la surface de l'eau, de la glace se forma avec un petit craquement, avant de dériver avec le courant. Le coeur de Jack bondit dans sa poitrine lorsque son esprit formula la pensée qu'il voulait vraiment aller au dehors des murs.
Il décida qu'il sortirait dès le lendemain, qui était un mercredi, jour de la semaine durant lequel il n'avait pas de cours, puisqu'Elsa accaparait les professeurs pour des leçons dont il avait le droit d'être dispensé (cours de runes, d'allemand, et de quelque chose ressemblant, au goût de Jack, à de la politique somnifère). Il avait donc toute une journée de champ libre.
Ce jour-là, il se leva tôt. Il engloutit goulûment un petit déjeuner copieux et se précipita au séchoir ; en ayant pris l'habitude de fouiner partout, il avait vite surpris une servante profiter de son emploi de domestique à la lessive pour y laver le linge de sa famille. Avant de partir, il chaparda donc dans son panier quelques vêtements afin d'être habillé de façon humble, sans coutures dorées ni tissu cher : il était vêtu d'un pantalon terne et usé, mais résistant, d'une chemine bleue aux coutures blanches et, par-dessus, d'une cape à capuche qui, pensa-t-il, devait déjà être vieille de plusieurs décenies. Mais il était très satisfait de sa tenue. Il laissa ses pieds nus, car toutes ses chaussures étaient de trop bonne qualité pour ne pas trahir son déguisement, celui d'un enfant inconnu de tout le village en plus, et peut-être s'attirerait-il des ennuis s'il se faisait remarquer ; mais la raison était surtout que Jack était bien plus à l'aise sans semelle de cuir sous le pied, il préférait garder libres de sensations ses plantes insensibles au froid.
Le garçon rabattit sa capuche sur sa tête de cheveux blancs et patina dans les couloirs, pour déboucher dans la cour principale, qui menait aux jardins, au salon d'extérieur, et aux grandes portes. Le passage qu'il avait découvert précédemment ne menait pas au pont relié à la ville, c'est pourquoi il n'avait pas cherché à s'échapper par là. Caché dans un coin du mur, il repéra les gardes. Un de chaque côté des portes, sans compter ceux se trouvant peut-être derrière. En tout, ils étaient cinq hommes : plusieurs valets boutonnaient leurs manchettes en bavardant.
D'un mouvement du poignet, il confectionna une boule de neige immaculée, sphère parfaite brillante de magie, avec laquelle il jongla d'une main avec un petit sourire. Il prit de l'élan et balança son bras d'un geste agile et expert. La neige éclata sur la nuque d'un homme maigre et altier, qui hoqueta de surprise. Les autres le regardèrent avec des yeux ronds tandis qu'il éclatait d'un rire semblable au caquetement d'une poule, avant de se baisser et de préparer un missile. La magie de Jack avait, d'après ce qu'il avait observé depuis deux ans, la faible faculté de contaminer aux autres l'esprit joueur du garçon. Il n'avait jamais pu tester ses pouvoirs sur des enfants, qui étaient trop rares au château, et avait hâte d'en croiser en ville, car il était certain qu'ils seraient plus réceptifs que les adultes. En effet, de sa cachette, Jack jugea que ce n'était pas suffisant. Il bombarda alors les autres hommes en grande quantité, et profita ensuite de leur confusion - et de l'homme au rire de poule se prenant au jeu - pour créer des pics de glace sur les pierres du haut mur. S'en servant d'appui, il grimpa ni vu, ni connu jusqu'au toit recouvert de neige du bâtiment. Il sourit lorsqu'il vit qu'il n'y avait pas de garde de ce côté-ci.
Il avait très envie de sauter, mais il hésitait, car il ne voulait pas tremper ses vêtements en créant un matelas de neige. Soudain, le vent souffla dans son dos, et il fut comme irrésistiblement entraîné. Instinctivement, il lâcha prise et se laissa emporter, alors qu'au même instant une pensée rationelle lui cria "Imbécile, qu'est-ce que tu crois ?" Pourtant, il ne tomba pas. Aussi léger que l'air, il volait, une dizaine de mêtres au-dessus du sol, poussé par le vent fais qui lui aurait picoté la peau s'il n'était pas insensible aux basses températures. Il éclata de rire, effectua une pirouette, puis se souvint qu'il ne devait pas être vu et amorça une descente en douceur - qui échoua.
Se redressant comme si de rien n'était, chassant la poudreuse de ses cheveux et renfonçant sa capuche sur ceux-là, il se mit à marcher vers la ville. Une bouffée de joie gonfla son être tout entier : il était sorti ! Il allait enfin passer toute une journée à se balader dans la ville gouvernée par sa famille depuis des générations de royaux ancêtres, enfin il se sentait libre.
En effet, bien que, étant plus jeune, il s'était promené avec sa famille dans le pays, assisté à des fêtes à Arendelle auxquelles ils se devaient d'assister, ou même, une fois, voyagé jusque dans une autre contrée - Crocrogna, ou quelque chose du même genre -, jamais il n'avait eu l'occasion de faire du tourisme. Ses visites de villes étaient toujours en tant que figure royale.
Il traversa le pont, en équilibre sur la rambarde en pierre, le sourire aux lèvres. Qu'il était bon de respirer cet air tout droit descendu des montagnes et apporté par le fleuve, sans avoir l'impression d'être enfermé dans une immense cage de pierre ! Bien qu'il avait conscience qu'il respirait le même vent que celui qui l'atteignait lorsqu'il grimpait sur les toits des tours, tout ce qu'il voyait, touchait, sentait, était pour lui une source d'allégresse et d'entrain.
Jack observait la ville une énième fois depuis deux ans. Arendelle était logée au creux de l'embranchement du Fjord : le bras du fleuve le plus large descendait des montagnes du Nord, et celui, plus tortueux, moins puissant et moins profond, prenait pour origine les neiges des Hauts-Rocs du Nord-Est. Contournant la montagne Arendore, ils se rejoignaient devant la capitale du royaume et continuaient leur route vers les régions du Sud en ne formant plus qu'un immense serpent d'eau profonde et glacée. Le château, construit sur un îlot de roche, se plantait dans le paysage de pierres, d'eau et de forêts avec grâce et humilité. À sa droite, quelques voiliers navigaient dans les eaux calmes de l'immense port longeant toute la ville, bâteaux de voyageurs dont les voiles blanches gonflées par la brise les portaient jusqu'à un coin de la barge propice à l'amarrage.
Le pont avait pour continuité une large route de dalles de pierres, menant d'un côté au port où étaient entreposés une bonne douzaine de voiliers et quelques imposants navires, et de l'autre côté, à la route principale rejoignant la place du village. Tout un tas de maisons aux toits pointus s'étalaient le long du port et du fleuve, et le reste était perché un peu partout sur les niveaux irréguliers du bras de terre, de roche et de verdure.
Jack se tenait sur la place du port, jusqu'où le marché s'étendait. Il frissonait de jubilation en entendant tous ces bruits si vivants et heureux, bien loin du ton respectueux et concis des domestiques du château.
Ça promettait d'être une journée formidable.
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