Salut, c'est Dreamer et c'est le dernier chapitre de la guerrière et l'idéaliste de 2018 ! Je suis très heureuse des commentaires, merci, merci, continuez à en poster et la prochaine fois ce sera Ywéna qui se collera aux réponses car tout de même… xD
Bref, c'est finalement la fin de l'année 2, répondons d'abord aux reviews !
titietrominet27
J'avais prévenu, c'est la pire année pour Aurélia, elle emmagasine beaucoup trop de négatif, c'était évident qu'elle allait craquer. Très sérieusement, n'importe qui dans sa situation aurait eu la même réaction. Je me marre souvent en lisant des fanfictions où la SI est à fond dès le début… bien évidemment que non. Y'a énormément de perte dans le transfert… Haha, Charlie Weasley est vraiment apprécié dans ma fic. C'est un de persos préférés avec son frère Bill. Tiens Je ferais une fiche et une aesthetic pour lui, il le mérite.
Farwey
Mais c'est les chutes du Niagara, cette année ! haha, les jumeaux ne sont effectivement pas si gentils que ça, et c'est notamment Ywéna qui m'en a fait prendre conscience dans le tome 2 d'EB. Ces gamins n'ont aucune limite et sont étonnement très détachés émotionnellement, c'est sans doute ca ils sont tellement dépendants l'un de l'autre et ont leur propre monde qu'ils sont su une route parallèle avec leur vision, leurs actions. Il y a eux, et les autres. Ça me rappelle les jumeaux Hitachiin dans Ouran… ils expliquent très bien leu codépendance. Un jour, peut-être que je ferais une fic sur cet aspect des jumeaux. Je me dis souvent que la personne qui casse et en même temps renforcerais leur lien dans sa complexité c'est Angelina Johnson…
Ywena
Je m'inquiète pas pour Elisa. Pour l'instant elle est Aurélia sont deux routes distinctes, quand elle vont avoir une collision on va RIGOLER et enfin placer toutes nos conversations épiques x)
TheProudHufflepuff
Haha… bienvenue ? Merci en tout cas, j'espère que cette suite va te plaire.
IceQueen38
Pas du tout IceQueen ! tes commentaires sont très constructifs je réalise des trucs en te lisant, et ça me flatte ça me donne de la motivation pour écrire.
Ses listes vont devenir des gimmick je sens x) Etonnement Aurélia est chaotique émotionnellement parlant mais alors très rigoureuse dans son chaos. Ça vient de son côté Serdaigle/Scientifique.
Les bonbons, c'est voulu, elle parle à des gosses tout de même.
Haha oui. Elisa et Aurélia, c'est le Yin et le Yang. Elles sont différentes, opposées, mais complémentaires. Aurélia est solide comme un roc, rigoureuse, courageuse, même si elle n'utiliserait pas cet adjectif pour la définir ce qui est un comble pour une Gryff. Elisa est aérienne, créative, se laisse porter et dirige le courant. Elles se retrouvent toute les deux vis-à-vis de la responsabilité que leurs connaissances leur incombent, leur sincère attachement à leurs amis et familles et évidemment la détestation de l'impunité. Après Elisa est prudente même trop. Aurélia est une fonceuse… même trop.
No future est une référence aux Punks ! Notamment les Sex Pistols ou the ramones.
Mais le pire… c'est qu'elle A du SPT ! C'est ça le plus dingue ! Thelma est tombée juste sans le savoir, Aurélia est dans le déni, et le reste du monde pense qu'il y a exagération.
Quant à ton observation sur les routes parallèles… c'est très vrai. Aurélia est trop détachée de ce monde-ci pour pas juste l'apprécier, mais s'y connecter ou s'y adapter. Elle voit trop le pire, est en mode survie, elle n'est pas SEREINE et ne veut PAS le comprendre. Bref c'est chaud d'y vivre avec autant de bagage.
La guerrière et L'idéaliste
Année 2
PARTIE 3
Victorien atterrit dans la salle à manger où Annabelle et Archidéus l'attendaient assis sur leurs fauteuils. L'homme hocha la tête pour saluer le vieillard alors qu'Annabelle vint réveiller Aurélia en douceur.
- Chérie... Il faudrait que tu te réveilles... Aurélia ? Réveille-toi c'est important.
Archidéus n'avait pas décroché un mot, alors qu'Aurélia ouvrit ses yeux, ses traits tirés par la fatigue et découvrit sa maison. Victorien déposa sa fille sur le divan et fut entraîné par Annabelle hors du salon sans qu'il ne put dire quoi que ce soit :
- Mais.. ?
- Archidéus va faire une analyse. Laissons-leur de l'espace.
- Quoi ? »
La voix de Victorien s'éloigna dans le jardinet familial alors qu'Aurélia qui était assise sur le divan regardait Archidéus qui lui faisait face avec un calme désarmant.
- Mr Kirke.
- Archidéus enfin. Nous ne sommes pas au Ministère.
Aurélia ne sourit même pas face à la boutade, elle resserra ses jambes contre elle-même et les entoura avec ses bras :
- J'imagine que mes parents ont paniqué.
- Ont-ils raison ?
- Je... C'est ma faute, déglutit-elle. Je n'arrive plus...
Elle s'interrompit... Elle se contenta de regarder dans le vide en refusant d'avoir un seul contact visuel avec Archidéus.
- Je crois savoir ce qu'il se passe. Me permettez-vous une hypothèse ?
Aurélia ne répondit pas. Restant immobile. Archidéus continua alors son exposé.
- Je pense que les informations que vous possédez, la vie que vous avez vécue est trop lourde à contenir pour vous. Comment le pourriez-vous ? Vous êtes plus avancée que les enfants que vous fréquentez, vous ne pouvez pas révéler votre secret et ainsi cela vous oblige à ne pas être vous-même, à brider vos émotions et vos réflexes. Tout cela... est bien trop difficile pour une personne humaine. Très sincèrement je suis impressionné que vous ayez pu tenir aussi longtemps.
- Et je suis moi impressionnée par le fait que vous n'allez pas m'enfermer dans une de vos cellules du Département des Mystères.
- Qu'importe que vous ayez des années en plus dans votre tête Aurélia... Vous êtes toujours une enfant-
- JE NE LE SUIS PAS hurla subitement Aurélia.
Elle s'était échevelée de rage et s'était levée en regardant Archidéus droit dans les yeux.
- JE NE SUIS PAS UNE ENFANT ! Je ne suis pas une gamine stupide de treize ans ! J'en ai vingt-cinq ! Je sais prendre soin de ma propre existence, je sais payer mes impôts, je sais me déplacer... Dans ce monde, je sais déjà tout faire !
- Dans le monde moldu.
- MON MONDE. MA VIE ! MON FUTUR ! MON EXISTENCE ! Cria Aurélia en sautant frénétiquement. J'ai beau le HURLER personne ne semble le comprendre ! JE NE SUIS PAS DE CE MONDE. JE NE VEUX PAS DE CE MONDE.
- Alors pourquoi vous en partez pas ? Tonna Archidéus d'une voix un peu irritée.
- Car je suis COINCEE dans ce corps. J'ai voulu repartir ! Me reprendre un éclair sur la tronche, ces pouvoirs... c'est une malédiction ! Pour MOI c'est la mort ! Car maintenant que je les ai, j'ai une responsabilité ! J'ai une conscience qui m'interdit de mettre ma tête dans le sable !
Archidéus la regarda songeur. Il ne savait pas quoi lui dire, mais elle était désespérée. Vraiment désespérée. Au bord de la rupture.
- Pourquoi ?
- Ne me prenez pas pour une conne, Archidéus. Vous le savez déjà.
Un lourd silence se développa entre les deux personnes. Archidéus croisa ses mains et regarda Aurélia avec un regard patient :
- Je ne serais pas vivant pour le voir.
Aurélia ouvrit grands les yeux.
- Que... quoi ?
- Je suis malade. Travailler au Département des Mystères dans la recherche a laissé mon corps absorber de la magie noire. Je vais partir dans un ou deux ans.
Aurélia était choquée. Elle retomba sur le divan comme une poupée de chiffon, regardant le vieillard qui lui sourit légèrement :
- J'ai pris ma retraite. Et ai pris soin de brûler tous les rapports vous concernant, falsifié certaines informations. Pour le moment, vous êtes sauve ; mais il vous faudra être vigilante, ce que vous ne pouvez manifestement pas être pour le moment.
- Pourquoi ? Gronda Aurélia. Pourquoi vous faites ça ?
- Ne pouvez-vous pas envisager que c'est parce que je voudrais vous aider ?
- Non, répliqua la Gryffondor d'un ton froid. Les gens n'aident pas les autres juste par altruisme. Surtout les gens comme vous qui ne sont pas stupides. C'est un calcul. Un gros calcul dont vous retirez quelque chose et moi, je suis votre jackpot. Donc, dites-le Archidéus. Pourquoi vous voulez m'aider ? Qu'est-ce que ça vous rapporte ?
Un silence tenu fit suite à la question. Aurélia fronçait son visage dans la pure méfiance. Archidéus s'était crispé. Mais une certaine étincelle éclaira ses yeux.
- Celui-Dont-On-Ne-doit-pas-prononcer-le-nom va revenir et vous avez la clef pour le tuer. Je veux la protéger même sans vous. C'est tout.
Aurélia était bouchée bée. Archidéus avait dit cela d'une voix neutre dénuée de toute chaleur.
- J'ai perdu toute ma famille à la guerre, Miss Ruva. J'ai perdu ma femme, ma fille, mon fils. Je ne suis aujourd'hui qu'un vieillard à l'aube de la mort, rempli de regrets. Je sais que votre venue correspond pile au moment que l'ennemi a été supposément aperçu en Albanie. Nous en croyons pas aux rumeurs au Département des Mystères, mais je crois moins aux politiciens. Savez-vous quels ont été les premiers mots que vous avez prononcés arrivée dans notre temporalité ? « Saint Mangouste ? Comme dans Harry Potter ? Vous vous foutez de moi ? ». Il n'a fallu que quelques minutes de réflexion pour avoir une piste et des discussions avec vous pour confirmer.
- Je...
Aurélia était bouche bée. Il l'avait vraiment percée à jour. Et pourtant… rien ne se passait. Pas de tentative de meurtre, pas d'agents qui sortent des placards pour la faire disparaitre, pas d'agents de Voldemort, pas de cataclysme… Nada. Aurélia se mit la tête dans ses mains. Soulagée et éreintée. Un son voulut remonter de sa gorge aux lèvres. C'était une bulle qui lui compressait les poumons. Elle grandit et finalement passa par sa bouche, pour s'exprimer en un… rire.
Un rire sans joie, nerveux… hystérique. Archidéus fronça les sourcils et se leva pile quand u vase posé sur le comptoir de la cuisine explosa. Ça y était. Elle avait touché le fond. Elle avait complètement perdu la boule.
- Aurélia.
Mais elle riait toujours, elle riait tellement qu'elle se tenait le ventre alors que sa magie accidentelle faisait clignoter les lumières. Archidéus comprit finalement à quel point c'était dramatique. La magie accidentelle les enfants sorciers la contrôlaient au cours de leur croissance de façon intuitive ; Mais pour Aurélia qui ne connaissait pas ce corps et ce monde, tout cela arrivait d'un seul coup, ainsi c'était miraculeux qu'elle n'ait pas fait péter les vitres de la Grande Salle dès la première année.
Malgré sa colère explosive, le fait de se brider lui permettait d'avoir un semblant de contrôle mais maintenant qu'elle ne pouvait plus faire illusion, elle ne gardait plus la main sur son énergie. Et même si sa baguette était bridée et sa maturité magique pas encore à terme… Elle était un énorme potentiel d'Obscurius.
La voix d'Aurélia se mua d'un glapissement alors que les parents entrèrent en trombe dans le salon pour découvrir leur fille qui se tenait la tête entre les mains. Victorien se tourna, catastrophé, vers Archidéus qui avait sorti sa baguette :
- Mais que…
- Restez en arrière Mr. Ruva. Aurélia regarde-moi.
- N… Non.
Aurélia pleurait maintenant à chaudes larmes. Elle tomba à genoux alors qu'elle criait les larmes ruinant son visage. Sa voix était erratique, des hoquets s'entremêlaient avec sa voix qui montait dans les aiguës.
- Aurélia, perça la voix forte de sa mère. Aurélia, calme-toi.
Mais cela ne calma pas l'enfant qui était à genoux, se tenant les bras, la tête en avant touchant presque le sol. Archidéus agita alors sa baguette et…
Le carnage s'arrêta. Les lumières cessèrent de clignoter et les éclats de vases, verres et autres récipients parsemaient le sol de la cuisine et du salon.
Aurélia sentit ses yeux se révulser et elle tomba par terre en perdant connaissance. Victorien se précipita vers l'enfant en l'appelant par son nom et lui prit la tête entre les mains pour la regarder. Mais seule la peau anormalement pâle et les cernes noires de sa fille lui répondaient. Il se tourna vers Archidéus qui avait rangé sa baguette :
- Qu'avez-vous fait ?
- Elle est seulement endormie, Mr. Ruva, mais si vous avez de la potion sans rêves, il serait de bon ton de leur en donner. Elle ne peut pas se réveiller tout de suite.
- Mais… pourquoi sa magie s'est déchaînée comme ça ? demanda Victorien. Je ne comprends pas…
- Car elle n'y est pas habituée, déclara Annabelle d'une voix tremblante alors qu'elle prit un plaid sur le canapé.
Elle vint envelopper sa fille avec la couverture.
- J'ai de la potion sans rêves, on lui en donnera une dose dans une heure, cela devrait prolonger son sommeil d'une journée.
- Une journée ? Ce n'est pas un peu trop ?
- Non, répondit Archidéus. Mr. Ruva je sais que cette situation n'est pas du tout familière, mais votre fille est en grande souffrance. J'ai une idée pour l'aider, mais il me faut un peu de temps…
- Combien coupa Victorien qui souleva sa fille en le regardant méfiant sous le regard acéré de sa femme.
- Et bien… Auriez-vous...
Il montra la bibliothèque familiale.
- des livres qui traite de magie de l'esprit, psychomagie, hypnose ? »
Pendant les trois journées qui suivirent, les Ruva et Archidéus restèrent enfermés dans la maison Londonienne pour étudier les méthodes et grimoires en leur possession. Archidéus partit un instant chez lui pour récupérer des livres qu'il possédait aussi et revient avec une malle remplie d'ouvrages. Seule Annabelle l'aidait dans ses recherches. La matriarche Ruva exprimait son génie naturel à ce niveau d'apprentissage et mettait à disposition ses connaissances poussées en médicomagie. Annabelle était infirmière, mais pouvait facilement prétendre à un statut de guérisseuse. Victorien qui n'était pas du tout spécialiste dans la matière à part en amnésie, préféra s'occuper de sa fille qui dormait encore. Le sommeil magique avait été modifié pour qu'on puisse lui faire ingérer des nutriments. La bonne nouvelle c'était que les cernes s'estompaient. La mauvaise, était que si l'enfant se réveillait. Une perte de contrôle pourrait décharner la maison.
Alors Victorien emmena son fils chez un ami de la famille, un de ses collègues jovial travaillant au Département des Sports, ainsi, le jeune garçon passait la soirée à parler Bavboules et Quidditch sous le soulagement de ses parents. Victorien ne peut ignorer le regard circonspect de son fils et lui livra une partie de la vérité. Comme d'habitude Louis le prit avec du sérieux mais du calme. L'enfant était l'antithèse de sa sœur.
Ce fut lors de la troisième nuit qu'Archidéus trouva un plan et le père de famille s'y opposa farouchement :
- QUOI ? Hors de question !
- Victorien, écoutez-moi.
Ils s'étaient mis d'accord d'arrêter les Mr et Madame ensemble. Ils travaillaient ensemble après tout.
- C'est hors de question, nous ne pouvons pas lui faire ça ! SI elle n'a pas confiance en nous, comment voulez-vous qu'on l'aide plus tard ?
- Victorien. Aurélia telle qu'elle est maintenant ne peut pas être contenue !
- Qu'est-ce que tu dis ? Rugit Victorien. Si elle peut ! Il faut seulement qu'elle...
- VIC ! Ecoute-moi, répliqua Annabelle qui prit enfin la parole.
Elle était échevelée, des plumes plantées dans ses cheveux, habillée en robe de chambre. Elle était fatiguée, éreintée mais proclamait le feu sacré. Elle se dressa en face de lui les poings serrés.
- Aurélia n'a pas juste des informations, elle a le savoir d'une jeune femme de vingt-cinq ans.
- De... de quoi tu parles ? Bien sûr qu'elle a...
- Vic.
Il eut un silence. Un long silence choqué. Victorien la regarda sans comprendre. Il ne comprenait rien.
- Elle n'a pas vu le futur. Elle a expérimenté un futur sans magie. Elle a vécu vingt-cinq ans en tant qu'adulte et c'est pour cela qu'elle est aussi avancée. Mais comme tu l'as dit un millier de fois, sourit Annabelle. Elle est notre fille. Juste plus âgée, et plus différente.
- Mais... Donc son âme de vingt-cinq ans a réintégré son corps de onze ans ?
Archidéus soupira. Alors que Vic avait déposé Louis chez son collègue, il avait lâché l'information à Annabelle. Du couple, elle était la plus solide et celle qui était la mieux placée pour comprendre la situation. Aurélia partageait son côté impitoyable et son pragmatisme, mais son côté émotif… c'était 100% Vic.
- Vous m'avez caché ça ? s'écria colérique Victorien. Mais pourquoi !?
Pour ça.
- Vic. Concentre-toi, le rappela sa femme. Même si Aurélia était dans un monde sans magie connue, elle a des informations sur les dix prochaines années dans sa tête. Elle sait ce qu'il va se passer... et apparemment ce sera énorme.
Annabelle croisa les bras.
- Mais avoir autant d'informations dans la tête, sans parler de son savoir... C'est trop pour elle. Elle a vécu toute une vie, avec nous mais autrement.
- Alors il faudra la désensibiliser, intervint Archidéus.
Victorien fronça les sourcils alors qu'Archidéus se leva difficilement du fauteuil.
- Quoi... ? Comment ça ?
- Nous allons transformer ses souvenirs actuels répondit la voix d'Archidéus comme des informations non-émotives. Ainsi elle aura toujours les informations, mais elle n'aura aucune affection. Cependant je dois vous prévenir... Cela sera difficile à gérer pour elle. Car les deux années les plus récentes seront donc plus intenses émotionnellement pour palier à sa perte et donc pour équilibrer cela je vais échelonner les verrous mentaux.
Annabelle hocha la tête et se tourna vers Victorien en croisant ses bras :
- Archidéus et moi, irons dans la tête d'Aurélia pour verrouiller toutes les émotions qu'elle a vécu de sa vie passée avec un verrou qui se desserra au fur et à mesure des années jusqu'à ses vingt-cinq ans dans notre monde-ci.
- Puis poursuivit Archidéus en se tenant sur sa canne, je placerais un deuxième verrou qui va échelonner ses émotions du monde d'ici, ça va se desserrer comme celui de ses vingt-cinq ans mais en plus rapidement, en l'espace d'un an.
- Cela marcherait comme des anti-dépresseurs, expliqua Annabelle. Nous t'en avons parlé, hier tu te rappelles ?
- Cette médication moldue ?
- Ce serait efficace mais cela ne prend pas en compte les pouvoirs d'Aurélia, expliqua Archidéus, passer par la légilimencie pour copier les effets en en plus l'adapter à sa condition de sorcière est plus efficace.
- ça la maintiendra à flot car nous allons lui apprendre à utiliser l'occlumencie pendant toute l'année qui arrive.
- Tu veux dire qu'elle ne retournera pas à l'école ? Elle ne sera pas d'accord. Emotions ou non.
- Elle y retournera, corrigea Annabelle, mais l'année prochaine. Nous n'avons besoin que d'un an pour la préparer, enfin… Ma mère s'en chargera en Barbades.
- Quoi ?! Cette vieille timbrée !
- N'appelle pas ma mère timbrée ! Et Aurélia sera plus en sécurité en Barbades où elle pourra respirer, profiter de ses cousins et s'améliorer dans ses matières !
- Mais Anna…
- Elle ne peut pas rester en Angleterre Vic. Elle avait adoré ses vacances, on l'envoie là où elle se sent bien. Point barre.
Un silence passa entre Victorien qui regardait sa femme qui le suppliait du regard et le calme d'Archidéus.
- Et... que devrons-nous dire aux gens ?
Annabelle pencha sa tête sur le côté, un geste que sa fille endormie avait hérité :
- Pour ça... J'ai une idée. »
.
Chère Mrs Weasley,
Tout d'abord, je vous remercie de l'intérêt que vous portez à notre fille et de nous avoir prévenus de son état. Vous pouvez reporter à votre fils que son avertissement a été bien entendu, et que ma fille Aurélia a été retirée de l'école pour être soignée et prise en charge à la maison. Elle ne reviendra malheureusement pas à la fin de cette année scolaire et passera aussi toute l'année suivante en Barbade, étudiant les cours en correspondance.
Avant que vous n'ayez des inquiétudes, je vous rassure, ma fille va bien. Elle a juste beaucoup du mal à s'habituer à l'école de Poudlard et ce, pour une bonne raison. Voyez-vous... Aurélia n'était pas censée être une sorcière. Elle était née sans pouvoirs ce qui faisait d'elle une Cracmol. Soucieuse de sa survie dans ce monde, et voulant lui assurer une bonne éducation, je l'ai inscrite à des cours particuliers de savoir moldu. Nous ne voulions pas que la perte de la possibilité à étudier la magie soit trop douloureux pour elle, alors on lui a dépeint Poudlard comme un endroit restrictif, dur, cruel, avec une éducation inutile... On lui a appris à se dissocier du monde sorcier, à se débrouiller sans lui, parce qu'on pensait qu'elle n'y reviendrait pas.
Quelques jours à peine avant ses onze ans, elle a cependant manifesté sa magie accidentelle pour la première fois. Cela s'est assez mal passé. C'était durant un orage, et cette énergie a sans doute attiré la foudre, car un éclair l'a frappée et a failli la tuer. La magie est donc profondément associée, dans l'esprit d'Aurélia, à la douleur qu'elle a ressentie à ce moment-là. Le fait que le DDM ait cru que l'éclair était responsable de l'apparition de ses pouvoirs n'a pas aidé. Ils l'ont analysée comme un sujet de test durant des jours, pour au final admettre que l'éclair n'avait rien à voir avec l'apparition de ses pouvoirs. Aurélia ne s'est jamais vraiment remise de la façon dont elle a été traitée par mes collègues. Si on cumule cela à l'apparition brutale de ses pouvoirs, alors que nous l'éduquions pour qu'elle quitte le monde magique, vous comprenez qu'elle se sente très mal à Poudlard!
Préparer notre fille à une vie chez les Moldus n'était peut-être pas la meilleure des méthodes mais nous étions sûrs d'assurer ainsi à Aurélia une vie sans regrets et pleine de possibilités sans qu'elle n'ait le poids d'un monde qui n'était pas fait et qui ne voulait pas d'elle. Alors que nous pensions qu'elle était une Cracmol, elle avait trouvé de nouvelles passions telles la Chimie, la Biologie ou les Maths et il s'était avéré qu'elle était un véritable prodige dans ces disciplines. Notre fille n'est pas une honte, elle est brillante, vive d'esprit et notre fierté, donc n'envisagez pas un seul instant de la juger sous prétexte de non manifestation de magie accidentelle.
Notre précepteur forme aussi son petit frère pour qu'elle ait de la conversation. Qu'elle aurait été l'issue de sa vie, elle n'aurait jamais été seule.
Mrs Weasley, nous sommes fiers et nous aimons Aurélia. La seule différence qu'elle a avec ses camarades est par rapport à notre éducation que nous nous sommes donné l'objectif de rectifier durant la prochaine année. Veuillez s'il vous plaît dire à vos fils William et Charles, qu'ils seront toujours bienvenus chez nous et en Barbade s'ils veulent lui rendre visite.
Avec mes sentiments les plus sincères,
Annabelle Ruva.
PS : Vous trouverez ci-joint deux allers-retours pour portoloin que vos fils peuvent utiliser quand ils le souhaitent direction la Barbade, il suffit de demander à Samwell Letterton, un collègue de mon mari pour l'utiliser. Il y a aussi l'adresse exacte.
.
Victorien lut la lettre après qu'Annabelle eut finit de la corriger, plusieurs fois en affilé. Les deux Ruva s'échangèrent un regard entendu. Il n'y avait pas besoin de mots, il y avait une partie non négligeable de la vérité, un peu de poudre aux yeux et un mot tabou qui n'admettait aucune question. Après tout, les Cracmols étaient très mal considérés dans cette société…
Annabelle envoya alors la lettre avec la chouette de la maisonnée (nommée Alma, en référence à une grande guérisseuse du siècle dernier), et regarda l'oiseau s'éloigner dans le manteau noir de la nuit tombée.
Annabelle resta quelques minutes à l'extérieur de sa maison, dans le petit jardinet malgré la froideur de l'hiver et ferma les yeux, fatiguée par les efforts qu'elle avait fournis. Derrière elle, Victorien et Archidéus s'affairaient en montant du sel et de la peinture pour peindre les runes nécessaires au rituel. Annabelle soupira, la nuit était loin d'être finie…
« - Tout est prêt.
La chambre de la jeune Aurélia avait été dégagée de tous les meubles tous entreposés dans la chambre du cadet. Le lit avait été poussé au milieu de la pièce au milieu d'un périmètre tracé par la peinture. Des runes étaient aussi peintes par Archidéus qui restait tout de même une ancienne Langue-De-Plomb.
- Les runes, expliqua l'homme en se frottant les mains pour se débarrasser de la peinture, vont canaliser la magie accidentelle dans le périmètre pour éviter tout cataclysme.
Annabelle et Victorien hochèrent la tête alors qu'ils entraient dans le périmètre avec leurs baguettes dans leur poches respectives. LA mère tenait fortement les poignets non loin du visage de sa fille et Victorien tenait bien forts les chevilles. Archidéus pointa sa baguette sur la tête de l'enfant endormie. Elle était ne bougeait presque pas dans son sommeil, ils l'avaient obligé à ingérer une nouvelle et finale dose de potion sans rêves pour qu'on puisse accéder plus facilement à sa psyché.
Archidéus soupira et agita la baguette :
- Ce sera douloureux pour elle, mais quoi qu'il arrive, maintenez-là dans son lit, sinon tout sera à recommencer.
Annabelle et Victorien plus méfiant hochèrent la tête :
- Bien... A trois. Un... deux... trois Legilimens !
Sitôt il agita la baguette, un hurlement effroyable s'échappa de la bouche de l'enfant qui se débattit comme une diablesse. Annabelle serrait tellement ses poignets qu'elle lui faisait des traces. Victorien ne comprenant pas :
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Elle résiste. Votre fille a une sacrée volonté ! Elle fera une très bonne occlumens.
Il tourna la baguette toujours ses yeux fermés...
.
L'endroit était une énorme salle sans fenêtres et sans porte. Cependant les murs étaient des briques en suie comme construits en catastrophe après un incendie. L'endroit était rempli avec une montagne d'objet pêle-mêle. Livres, un canapé rouge bordeaux, des coussins éventrés, des peluches et plein des objets hétéroclites que le vieillard reconnaissait avoir aperçu dans la chambre de l'enfant avant de la vider.
- Et bien... pas étonnant qu'elle soit autant incontrôlée, c'est un fichu bazar là-dedans…
Archidéus fit un petit geste de sa baguette et la montagne. Il fit une nouvelle fois le geste et la montagne explosa ! Seulement la détonation s'arrêta à mi-chemin, les objets flottants au-dessus du sol. Archidéus trouva alors un énorme coffre de bien deux mètres de long et un mètre de large, qui contrairement au reste de la salle était d'un bois clair et aux liserés rouges. La boîte était fermée de six cadenas tout autour du cadre et reposait comme aimantée dans un socle au sol.
Archidéus s'approcha alors du coffre et l'effleura. C'est alors qu'une énorme alarme retentit dans le vide et qu'une voix féminine hurla :
- Pas si vite vieux bouc !
Archidéus leva la tête et à peine son regard rencontra le plafond, les objets tombèrent sur sa tête !
Le vieillard laissa échapper un petit cri et lança un sort de protection du choc. Remerciant de son réflexe, il s'extrait du capharnaüm pour retrouver l'air libre et une nouvelle fois son regard aperçut quelque chose avant que son corps ne soit tiré d'affaire.
Aurélia était devant lui. Mais… la véritable Aurélia.
C'était une jeune femme de 25 ans, quelques kilos en trop, ses cheveux coupés mi-longs à leur couleur naturelle, des lunettes de vue qui rendait son visage plus avenant. Elle était habillée avec un jean délavé et un t-shirt noir à longues manches sous une veste en simili cuir. Les lourdes bottes en cuir qu'elle portait étaient similaires en tous points à celles dont la jeune elle ne se séparait jamais.
Elle regardait Archidéus mi-énervée mi-amusée, en croisant les bras. Mais ce que le chercheur remarqua plus, c'est son pied droit qui n'arrêtait pas de taper le sol comme si elle était sous ultra caféine.
- Salut, Archie. On dirait que vous voulez faire joujou avec ma tête. Pas sympa ça… pas sympa du tout.
Archidéus fronça les sourcils, mais au-delà de sa méfiance naturelle, il était intrigué. L'image devant lui était celle de l'esprit qui habitait Aurélia. Son moi certainement. Le Surmoi était le bordel sans nom qu'il y avait dans la salle qui était le …
- C'est donc vous…
- ET OUAIS ! Ravi ? Choqué ? Surpris ? Vos jambes sont fragadas ? J'imagine que le choc doit être rude. Une gamine de treize ans qui se prend pour une adulte de vingt-cinq ans. ABSUUUUURDE non ? Tout le monde trouverait ça absurde. Vous trouvez ça absurde ?
- Non. Je vous imaginais exactement comme cela.
Aurélia éclata de rire et tourna sur elle-même toujours en rigolant en dansant et agitant les bras.
- Ouais, je suis contente vous savez. Je n'ai pas l'habitude que les gens me voient, je me cache dans ce bordel vous voyez. Pourquoi les gens ont des esprits bien ordonnés ? C'est stupide. Vous cherchez au rayon, secret d'état qui peut faire péter la planète, les gens le trouve tout de suite. C'est con n'est-ce pas ? La confusion par le bordel, il n'y a que ça de vrai. Je pensais créer ma stratégie d'occlumencie comme ça pour empêcher Dumbledore de me trouver. Ou les deux.
- Celui Dont on ne doit pas prononcer le nom ?
- OOOOUPS. Bah ce n'est pas grave vous allez crever de toute façon !
Elle sauta à pied joints pour lui faire face avec un grand sourire.
- Mais je ne vous dirais pas plus. Je peux paaaas, j'ai tout mis dans la boîte. Vous voulez voir ce qu'il y a dans la boîte mais vous ne devez pas voir ce qu'il y a dans la boîte sinon les gens vont vous tuer, car la boîte peut tuer. Une fois qu'on a vu ce qu'il y a dans la boîte on perd pied pour la viiiiiiie. Ouiiiiii !
Elle se remise à tourner en rigolant avec ses bras.
- Désolée, il faut que je bouge, sinon je perds pied… Et on sait ce qu'il se passe quand je perds pied. Vous voyez cet endroit st trop petit pour moi, c'est une cellule ! JE SUIS EN TAULE ALORS QUE J'AI COMMIS AUCUN CRIME. C'EST GENIAL !
- Aurélia…
Elle s'arrête brusquement et le regarda. Elle s'approcha à pas de loup, exagérément et tourna son annulaire près de sa tempe.
- C'est un coup à devenir toc-toc, chuchota-t-elle.
- Je suis désolé pour vous… c'est très difficile pour vous, je le conçois.
- Shhhh. Vous connaissez Alice au Pays des Merveilles ?
- Cela ne me dit rien…
- Je me sens comme le Chapelier Fou dans Alice au Pays des Merveilles. Lisez ce bouquin. Lewis Caroll prenait trop de drogues mais c'était un super bon écrivain.
- Aurélia. Il faut que vous laissiez intervenir.
- Impossible. Je ne peux pas vous laissez voir mes secrets.
- Je les connais déjà.
- Non. J'ai plus d'un toooooooour…
Elle sur elle-même.
- Dans mon sac !
Elle saute à pieds joints.
- Vous voulez faire quoi ? Me prendre mon secret et me tuer après ?
- Bien sûr que non.
- M'effacer mon secret et me tuer ?
- Non.
- ALORS QUOI ? hurla soudainement Aurélia. Vous n'avez riiiiiien à faire ici !
Archidéus sourit malgré lui.
- Je suis juste venu faire le ménage.
Aurélia s'arrêta de bouger…Elle marcha vers Archidéus qui était encore souriant.
- Bonne putain de chance.
Archidéus ouvrit la bouche et secoua la tête.
- Je vais verrouiller vos émotions concernant votre vie d'avant. Ce ne sera que des informations.
- Lalalalalala.
- Et verrouiller ensuite vos émotions présentes.
-Lalalalalilalala.
- Je vous mets au courant par simple politesse Aurélia. Mais maintenant, je vais devoir vous faire dormir.
Aurélia s'arrêta alors et regarda Archidéus qui pointait sa baguette sur elle puis se tourna pour voir…
Annabelle.
- Il fallait une diversion chérie, expliqua Annabelle Ruva. A tout à l'heure.
- N.. NON !
- Je t'aime ma puce. »
Et elle agita la baguette. Pour que tout devienne silence.
.
Trois heures.
.
Cela pris trois heures pour faire des étagères, créer une fenêtre, poser le coffre au centre de la salle protégé par un plus gros coffre. Les livres étaient rangés et la lumière fut. La petite salle qui contenait le coffre était derrière une énorme porte cadenassée trente fois.
Archidéus la ferma la première porte et posa un compteur sur 25 ans. Top Chrono.
Puis il recula dans la salle qui contenait tous les livres, les jouets, les skates, les chaudrons, les rollers… et ferma la porte derrière lui.
Un cadenas. Un compteur. 1 an.
.
Top Chrono.
OoooOOOOooOo
Le mois qui suivit avait été exécrable. Les deux premières semaines furent les plus difficiles.
Aurélia ne réagissait plus. Pas même à son prénom. Elle était assise sur le canapé ou dans le jardin toute la journée à regarder les nuages. Elle n'arrivait pas à bouger ou à ne serait-ce marcher. Elle dormait tout le temps. Ce qu'elle mangeait, elle le rendait. Elle hurlait dans son sommeil. Archidéus et Annabelle expliquèrent que les verrous étaient si puissants que son corps et son esprit se rebootaient. Archidéus l'avait expliqué dans des termes très simples :
- un élastique tendu si fort qu'il est au bout de la rupture. Puis enlever d'un seul coup toute la pression. Ou l'élastique saute complètement, ou il est déformé et n'arrive pas à se résorber. Dans le cas d'Aurélia, il est lâche et s'habitue au vide. Elle aura des petites séquelles, mais rien de grave qu'une séance d'occlumencie ne pourra régler. Je vous rappelle aussi… Qu'au-delà de sa vie émotionnelle d'une autre époque, elle est aussi toujours traumatisée par le passage dans ce monde-ci. L'éclair l'a tuée pendant quelques minutes… personne ne se sort de cela sans conséquences.
Archidéus enleva ses lunettes dans l'encadrement de la porte d'entrée, préparé à partir.
- Votre fille est forte. Tenir un an avec une telle pression morale est du domaine de la vraie force et résilience. Mais maintenant, faites-en sorte qu'elle apprenne à se reposer sur vous… Et elle pourra réaliser son potentiel.
Victorien et Annabelle s'échangèrent un regard puis serrèrent chacun leur tour la main d'Archidéus Kirke qui transplana tout de suite après. Quand ils revinrent dans le salon… Aurélia était toujours assise dans le canapé avec un plaid sur ses jambes, son regard vide. Un petit bruit interrompit le silence. Victorien vit qu'un hibou attirait son attention dans le jardinet. Il ouvrit la fenêtre et laissa l'oiseau s'engouffrer. C'était une nouvelle lettre d'un camarade de classe d'Aurélia. Elle en avait reçu cinq depuis qu'elle était revenue. Au moins, cela signifiait que son existence n'était pas négligeable… et cela rassurait Victorien au plus haut point.
Alors il mit les missives de côté et les posa sur le bureau dans la chambre de sa fille puis écrivit lui-même un message.
Pour demander que tous ses congés de l'année soient posés en une fois.
Louis revint à la maison dans le courant de la deuxième semaine et vit enfin sa sœur. Et alors, que le garçon de neuf ans avait été assez calme pendant toutes les péripéties, ce fut le moment où il craqua :
- Mais qu'est-ce que vous lui avait fait ? Regardez là ! On dirait une poupée de chiffon ! Il n'y a personne là-dedans !
- Louis, ta sœur va bien, expliqua Annabelle encore une fois avec toute la patience qu'elle avait en stock.
- VA BIEN ? VOUS ETES EN DENI ! Ramenez-là moi !
- Ce n'est pas aussi simple. Elle va revenir, cela prend un peu plus de temps que prévu.
Louis lui jeta un seul regard et lui tourna le dos pour remonter dans sa chambre et claqua la porte de son boudoir pour faire bonne mesure. Annabelle soupira et regarda Aurélia qui était dehors à contempler les nuages emmitouflés dans un pull et un plaid.
Deux semaines passèrent encore. On était maintenant au commencement du mois d'Avril et les choses s'améliorèrent enfin.
Aurélia ne rendait plus ses repas et ne criait plus toutes les nuits. Elle était encore amorphe mais laissait échapper quelques mots. Elle ne faisait cependant aucune activité cérébrale. Pas de livres, pas de jeu d'échecs avec Louis. Elle écoutait de la musique classique que Louis avait appréciée (ce qu'elle lui avait offert à Noël en plus des échecs), allongée sur le tapis du salon.
Victorien et son frère appréciaient de la voir de plus en plus vivante. Petit pas après pas.
Pendant tout le mois d'Avril, Aurélia revient à elle-même de plus en plus, mais il y avait des différences notables.
Déjà son calme. Elle ne criait plus, se contentant d'hocher la tête. Ses humeurs étaient mécaniques, pas de tristesse ou de colère. Il y avait aussi un TOC qui était apparu. Aurélia rangeait.
Elle rangeait tout ce qu'elle dérangeait, sa chambre était bien tenue contrairement au amas qu'elle gardait entre ses quatre murs. Elle ordonnait ses livres, faisait des piles par intérêt.
Tout n'était pas rangé parfaitement, mais elle rangeait tout systématiquement. Et cela donna un haut-le-cœur à Louis Ruva, qui n'avait jamais… JAMAIS vu sa sœur ranger.
Paniquer ? Non. Louis ne paniquait pas. Il restait sur le côté avec les mains moites et supplia sa mère de lui dire que tout allait bien. Annabelle ne pouvait pas confirmer. LE garçon là… paniqua.
Puis finalement, la panique retomba… à cause d'une simple phrase :
« - Putain Louis, c'est toi qui n'a pas rangé le gel douche ? A cause de toi y'en a partout dans la baignoire ! J'ai failli me casser la gueule en essayant de prendre la douche ! T'as intérêt de courir vite petit con, hurla une voix dans la salle de bains.
Louis et ses parents se regardèrent bouches bées quand Aurélia débarqua dans la cuisine enroulée dans une serviette, le regard furieux.
- Hey. Je t'ai parlé ! Tu voulais que je me casse une jambe ou quoi ?
Louis se leva alors de sa chaise et serra sa sœur dans ses bras. LA retrouvant enfin. Aurélia fronça les sourcils et roula des yeux ne comprenant pas. Annabelle et Victorien poussèrent un soupir de soulagement et eux-mêmes se prirent la main.
Aurélia secoua la tête. Bah quoi ?
Le côté tout feu tout flamme d'Aurélia était enfin revenu, moins fort qu'auparavant, mais c'était la fondation première de son caractère. Archidéus remarqua cependant qu'avoir transformé en données objectives et non émotives, avait intensifié son pragmatisme et son côté organisé. Aurélia avait toujours été concrète mais moins l'esclave de ses émotions, elle arrivait à faire la part des choses et prioritiser plus efficacement. Bref, elle était une meilleure version d'elle-même. Fragile certes car son esprit était encore friable et se réadaptait, sans parler de l'absence de protection par l'occlumencie. Elle faisait encore des crises nocturnes plus espacées. Il y avait du travail mais c'était encourageant et Annabelle veillait au grain.
Aurélia ouvrit alors les lettres qu'elle avait reçues et les lu. Alicia lui avait écrit. Lee. Le Trio. Raashid. Trinity. Thelma.
Elle se figea devant la dernière lettre, malgré ses émotions nébuleuses elle se rappelait encore de ses réaction exécrables avec la dernière Gryffondor. Ainsi, elle descendit les escaliers et rejoignit ses parents qui discutaient avec animation dans le salon. Annabelle lisait un livre de soin, Victorien le journal.
« - Il faut que j'écrive une lettre à mes... amis.
Annabelle fronça les sourcils. Aurélia continua d'un ton un peu morne. Malgré son caractère de retour, elle gardait encore des petites séquelles qui ne disparaitrait que dans les prochains mois.
- Il faut que je leur explique. Du moins… Il faut qu'ils aient une explication, j'ai blessé beaucoup de gens maman.
Annabelle posa son livre sur la table du salon. Victorien abaissa le journal. Aurélia avait le visage grave et le regard triste.
- Je voulais survivre. Et en en survivant… Je me suis perdue. J'ai dit des choses… vraiment blessantes pour des enfants de treize ans.
- Aurélia, interrompit Annabelle. Nous t'avons expliqué le… mensonge que nous avons diffusé n'est-ce pas ?
Aurélia hocha la tête. La faire passer pour une sorcière qui avait été crue être une Cracmol était une très bonne explication. Et plutôt proche de la vérité.
- Ce mensonge te permet d'être toi-même, continua Annabelle. Il ferme des portes à certaines questions et te permet d'exprimer ce que tu es. Cependant, il ne faut pas de hasard. La narrative doit être millimétrée.
- Oui.
- Va chercher une plume et du parchemin alors. Sois sincère et viens me la montrer. Je te promets que tes sentiments seront respectés. C'est juste… Les circonstances. Il faut rester prudents.
Aurélia hocha la tête et tourna le dos vers le bureau de son père qui abritait ce dont elle avait besoin. Victorien se tourna vers sa femme qui sembla soudainement très fatiguée :
- Repose-toi Anna. Je lirais la lettre.
Annabelle faillit résister mais… accepta. Elle-même avait du courrier à rédiger.
C'était donc, dans le calme relatif de la maison Ruva qu'Annabelle envoya une lettre à sa mère en Barbade pour lui expliquer la situation et une autre à la direction de l'école.
Contre toute attente, ce fut Albus Dumbledore lui-même qui répondit au courrier et l'invita à passer le voir la première semaine de Mai.
OoooOOOOooOo
Quand Charlie Weasley reçut une nouvelle lettre de sa mère pour lui rapporter ses contacts avec la famille Ruva mi-Mars, il en fut d'abord extrêmement soulagé. La disparition soudaine d'Aurélia avait allumé les rumeurs les plus absurdes que morbides et cela lui tapait sur le système. Puis il baissa les yeux quand il comprit finalement le comportement de l'enfant. Personne n'aurait été préparé à cela. Elle avait littéralement arraché à sa vie et projetée ici sans pouvoir être préparée... Il comprenait à présent que ça avait été un cauchemar. Finalement, il sourit largement en découvrant qu'elle avait donné les billets pour les Barbade, il faudra qu'il en parle à Bill pour qu'il se prévoient une semaine ou deux dans les Tropiques l'année prochaine. C'était des vacances de rêve qu'il n'échangerait pour rien au monde...
Bref, Charlie mit au courant les préfets du dénouement de l'affaire et un profond soupir de soulagement parcourut les rangs. Même si aucun des élèves ne connaissaient Aurélia comme Charlie, la nouvelle de sa guérison était un soulagement collectif.
Plus tard, la première semaine de Mai, Annabelle Ruva ne pensait pas revenir à l'école Poudlard dans sa vie. C'était des années de sa vie quelle avait apprécié pas eu un attachement réel. Ainsi elle inspira, s'enroula dans son châle et se tourna vers le demi-géant Hagrid qui 'l'accueillit avec un sourire :
- Bonjour Mme... Ruva ?
- Tout à fait, répondit-elle. Bonjour Hagrid sourit-elle en retour, vous n'avez pas changé.
Hagrid éclata de rire et Annabelle lui suivit à travers le parc en discutant poliment avec lui. Oui elle était à Serdaigle, Hagrid se souvenait de la jeune fille aux larges lunettes qui lisait tout le temps près du lac.
- Votre fille est un sacré numéro, dit-il, j'entends des élèves dire que c'est une sacrée agitatrice.
- Elle tient ça de son père, rétorqua Annabelle.
Hagrid s'esclaffa et emmena Annabelle dans le hall d'entrée. Des élèves circulaient par grappes et les deux adultes rejoignirent Rusard qui détailla Annabelle avec curiosité, Hagrid l'annonça alors :
- Il s'agit de Mrs Ruva, elle est venue voir le professeur Dumbledore.
- Oh bien sûr, dit Rusard en inclinant sa tête légèrement.
- Veuillez me suivre, Mrs Ruva...
- Ex.…Excusez-moi, dit une voix d'enfant.
Annabelle se tourna en levant un sourcil pour découvrir un garçon blond un peu timide et à l'uniforme des Poufsouffles qui l'avait hélée. Il était suivi par un groupe de jeunes de son âge tous et toutes de maisons différentes. Elle l'ignorait, mais le hasard avait voulu qu'elle tombe sur la promotion d'Elisa, qui allait en cours de Sortilèges.
- Aurélia va bien ?
Annabelle fut prise un peu au dépourvu mais répondit :
- Ma fille va bien. Elle a décidé de prendre une année sabbatique en Barbade et de poursuivre ses études en correspondance pour des raisons personnelles.
- Rien de... grave ?
- Votre nom ?
- Cédric Diggory, Madame.
- Cédric, Aurélia va bien. Elle a juste besoin de temps seule hors de cette école pour son bien-être. Elle reviendra sans doute pour sa quatrième année.
- Elle n'avait pas l'air d'aller mal pourtant, lâche Fred (ou George).
Regard clairement incrédule d'Elisa. Annabelle fronça les sourcils ce qui mit certains enfants mal à l'aise. Lee eut le bon goût de lui donner un coup de coude.
- Et pourtant c'est bien votre frère qui s'est rendu compte le mieux de ce qu'il se passait, Mr. Weasley.
Annabelle s'approcha de lui avec une expression patiente.
- Et vous connaissez Aurélia, non ? Pas le genre de crier à l'aide.
- Plutôt à crier tout court, marmonna Angelina sans gêne.
Cédric et Elisa mortifiés se tournèrent vers elle alors qu'Angelina se tourna en regardant ailleurs.
Et Elisa, sentant la catastrophe, prit son courage à deux mains (parler en public la pétrifiait toujours) et déclare d'une voix forte et un peu plus aigue qu'à l'ordinaire :
- Elle n'était pas bien ici. Elle détestait cette école. C'est une bonne chose que quelqu'un ait pu agir, et j'espère qu'elle va mieux. Et nous, on doit aller en cours.
- Un instant, les arrêta Annabelle Ruva.
Le groupe qui allait suivre Elisa s'arrêta et se tourna vers l'adulte qui avait plongé sa main dans son manteau :
- Est-ce que Miss Holmes est là ?
Les Gryffondors se tournèrent vers Thelma qui embarrassée vint vers Mrs. Ruva qui lui adressa un sourire encourageant. C'est ainsi que la mère d'Aurélia sortit une lettre de sa poche intérieure.
- Ma fille a tenu à ce que vous l'ayez en mains propres. Je vous prie de croire chacun de ses mots, de plus je pense que vous serez ravie de savoir qu'elle est suivie par un professionnel qu'elle a choisi de son propre chef.
Elle se pencha vers Thelma alors qu'elle lui confia la missive :
- Vous avez tenté de l'aider du mieux que vous le pouviez et vous pouvez être fière de vous. Ma fille le sait. N'ayez jamais honte de ce que vous avez fait.
Puis Annabelle se redressa et se tourna vers le reste du groupe. Elle devrait s'en aller, laisser ces enfants s'amuser mais sa fille valait mieux que cela :
- Je conçois que ma fille a sans doute blessé des personnes parmi vous, mais sachez que c'était involontaire. Tout le monde a sa propre façon de gérer sa propre douleur. Aurélia a essayé du mieux qu'elle pouvait de se protéger et de vous protéger d'elle-même, en vous repoussant certes ce qui n'était peut-être pas la meilleure des méthodes mais la sienne. Son mal-être est profond et elle essaie réellement de faire en sorte d'aller mieux. Je ne dis pas qu'il faille lui pardonner, ni même la comprendre. Il est impossible de savoir ce que les gens cachent au fond d'eux-mêmes contre quoi ils se battent, pourquoi ils se battent, tout ce que nous pouvons faire c'est apprécier les bons moments avec eux.
Un silence passa entre les élèves qui se regardèrent. Angelina piteuse regarda Lee qui avait un regard grave et Thelma observait la lettre close entre ses mains.
- Je vous souhaite une bonne fin d'année à tous. Allons-y Hagrid.
- Ah, euh oui.
Annabelle suivit alors Hagrid dans les escaliers pour rejoindre le bureau du directeur Dumbledore.
oOoOoOo
Ma chère Thelma,
Je ne sais pas vraiment pas où commencer. Les choses se sont enchaînées si vite. Dans ma tête et dehors c'est le chaos. Ma famille me soutient mais j'ai énormément de choses à dire à et à faire et... Je me suis dit que commencer par t'écrire une lettre ainsi qu'à toutes les personnes concernées serait un bon départ. Mais tu es la première, car tu es celle à qui j'avais vraiment envie de dire à quel point je suis désolée.
Alors voilà... Thelma. Je suis présente mes excuses les plus sincères. Je sais que j'ai vraiment déconné, je t'ai blessée, accusée de tous les maux, je suis devenue paranoïaque et morte de peur pour des raisons qui avec du recul n'existaient même pas.
Mais même si je m'excuse, cela ne change pas grand-chose pour toi, car tu ne sais toujours pas pourquoi j'ai réagi comme ça et c'est le nœud du problème n'est-ce pas ? Alors aujourd'hui, je vais m'expliquer. Je ne vais (presque) rien dissimuler. Je vais tout te dire et j'espère que ce sera assez, car... c'est difficile pour moi. Extrêmement difficile.
Tu te souviens que j'avais parlé de mon accident ? J'ai été frappée par la foudre et vous avez tous pris ça à la rigolade ? Cet accident n'est pas juste une simple main dans la prise électrique (tu comprendras cette référence). Ce jour-là je suis morte figurativement et littéralement.
Figurativement, car voilà. Avant cet éclair, je n'avais pas de pouvoirs magiques. C'est ainsi. C'est la vie. Ouais ça rime. Plus sérieusement, mes deux parents sont Sang-Purs mais moi je n'avais pas de pouvoirs. Pour eux ce serait normalement la honte mais ma famille m'a soutenue. Ils m'ont donné des cours moldus pour me donner la possibilité de construire ma vie. Et j'aimais ma vie. Je l'aimais tellement, j'adorais le fait de ne pas avoir de pouvoirs magiques, je n'ai jamais ressenti ce manque. J'avais mes passions, je faisais du sport (du judo et ouais), je dessinais, j'étais en club de Chimie et j'expérimentais à la maison ! Tu vois, la chimie est ma matière préférée au monde (et la biologie et les maths). Je suis d'ailleurs hyper bonne à ça.
Et là patatra. Tout tombe par terre. Enfin un éclair me tombe dessus. Et j'ai failli y rester. Enfin apparemment j'y suis restée. Car mon cœur avait arrêté de battre pendant quelques secondes et quand les médicomages m'ont ramenée... j'avais des pouvoirs magiques ! Ma chère magie s'était finalement exprimée et en le faisant a fait tomber un éclair sur moi lors d'un pique-nique familial... C'est dire si la magie ne m'a attiré que des ennuis depuis le début. Pour moi... ça été une catastrophe.
Car j'avais un avenir okay? J'avais un FUTUR. J'avais des amis, j'avais une place dans une école que j'avais CHOISIE. Mon rêve c'était Cambridge ou même Oxford qui sait ? C'était de devenir chimiste ou doctorante en microbiologie pour travailler sur les maladies et trouver des cures ou même je ne sais pas moi, créer des mélanges, découvrir des éléments ! J'avais un plan, un plan génial. J'aurais mes études, je me serais installée dans la ville que je voulais comme Londres ou même Paris, avec mon propre appart. Une vie sans magie, une vie qui m'APPARTENAIT. Et ce foutu éclair m'a tout pris ! Il m'a projeté dans une vie que je ne voulais pas ! M'a donné un destin que je ne voulais pas ! Il m'a pris mes amis, mes passions, mes rêves ! J'ai même tenté de m'enfuir, tu sais ? J'ai supplié mes parents de m'envoyer quand même au collège moldu mais ils n'ont rien voulu entendre à cause de ce foutu Ministère de la Magie car soi-disant il fallait que j'apprenne à contrôler ma magie. JE N'AI PAS VOULU ETRE UNE SORCIERE. Poudlard est une école avec un nombre de dysfonctionnements hallucinants et personne ne dit rien ! C'est pas dans une école moldue qu'on risque sa vie en passant d'escaliers à un autre ou qu'on a des professeurs fantômes qui ne remettent pas en cause leur programme ou même un professeur de Défense par an qui est complètement à la ramasse ! OU SONT LES MATHS ? OU EST LA LITTERATURE ? OU EST LA SCIENCE !? Mes parents m'ont toujours dite que les sorciers étaient à la ramasse complet mais là... On a l'impression d'être coincés au siècle dernier ! Dans quel monde on ne connait pas l'existence du téléphone ou des Stones ou du CINEMA ?! Sans parler du Ministère corrompu et DES GUERRES. Y'en a aussi coté moldu mais la dernière a eu lieu alors que nos parents avaient à peine 20 ans ! Ça veut dire quoi ?! Mes parents m'ont dit à quel point ce monde était pourri, imparfait pour ne pas que j'en ressente le manque et ça m'allait. Je veux dire leurs arguments étaient convaincants. Le monde moldu est imparfait aussi, y'a quand même le racisme, mais c'est puni par la loi, il n'y a pas cette foutue impunité comme dans les couloirs de cette école. J'allais pas avoir de problèmes ou être classée selon la pureté de mon sang !
Et d'ailleurs, j'ai jamais eu besoin d'avoir de la magie pour allumer la lumière, j'ai une lampe-torche bordel ! Je ne sais plus QUI je suis à cause de ça. J'étais fière d'être née sans magie. ET ALORS ? J'allais pas arrêter de vivre sans ça. J'ai appris tellement de choses et j'étais tellement excitée d'apprendre encore plus, mais maintenant, mes passions, mes loisirs. J'y ai plus droit. Et mes rêves ? Ils sont morts.
Et c'est pour ça que j'étais tout le temps en colère et perdue et triste... Je devais aller dans une école où les personnes comme moi sont méprisées, sans tout ce que j'aime. Je ne suis même pas comme les Né-Moldus tout simplement car mes parents sont sorciers et m'ont dit jour après jour à quel point le monde sorcier était imparfait ! Vous imaginez le choc ? Vous imaginez devoir évoluer dans cette école comme un sous-marin ? Et toutes ces personnes qui me jugent en me disant sans cœur, sans empathie, mais vous savez ce que c'est de se lever tous les matins en se disant que sa vie ne nous appartient pas ? Qu'on ne peut même pas dire QUI on est à ses amis moldus qui se demandent où on est passés ? Ou même ici avec les jugements de tous ces Sang-Purs qui ne se sentent pas ? Ces connards me diraient « Ouais mais t'es ingrate, t'as de la magie et t'es Sang-Pure » Mais ma pureté de sang, elle vous emmerde royalement, et ma magie ? Je la donnerais à qui que ce soit quand vous voulez ! JE N'AI PAS CHOISI. JE N'AI PAS VOULU. Et maintenant je ne sais plus qui je suis... J'ai un futur et des rêves qui sont MORTS. Je suis plus qui j'étais. Je ne sais pas qui je veux être maintenant, car je ne pourrais jamais remonter le temps.
C'est pour ça que j'ai si mal réagi à ce que tu te renseignes sur les psychomages. Car ça voulait dire que mon être est malade ou que je ne suis vraiment pas normale. Ça voulait dire que d'autres personnes que moi, définirait qui j'étais. Et je ne pouvais vraiment pas l'accepter.j'ai déjà donné. J'en ai marre qu'on prenne des décisions sur ma vie SANS mon consentement.
Donc voilà. C'est mon affreux et mon horrible secret, j'espère que tu as mangé du pop-corn en lisant.
Je ne sais pas qui je suis et j'ai tout de même l'intention de le découvrir. Car pleurer ne me va pas. Rester sur le côté spectatrice ne me va pas non plus. J'ai décidé de ne pas abandonner, je ne pourrais jamais récupérer ma vie d'avant mais je peux essayer de m'en créer une nouvelle. C'est pour ça que je vais en Barbade manger des gâteaux au coco. Ça fait partie de ma thérapie.
Et là-bas il y a des gens qui peuvent m'aider. Mon oncle Aberty m'apprendra l'occlumencie qui permet d'organiser mon esprit et mon grand-père à pêcher. Bref j'ai besoin de vacances pour me vider et réorganiser la tête, enfin... ce ne sera pas vraiment des vacances car je vais recevoir les cours et les exercices ici...
Mais je vais prétendre.
Merci de m'avoir lue, prends soin de toi, dit aux autres qu'ils recevront une lettre chacun. Et que sachant qu'ils vont évidemment lire celle-là, qu'ils manquent vraiment de patience...
Avec toute mon amitié,
Auré.
PS : Mon adresse aux Barbades est jointe, n'hésite pas à m'écrire.
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Il eut un silence d'outre-tombe dans la chambre des filles de Gryffondor. Sitôt Thelma eut la lettre, elle attendit la fin des cours pour montrer dans la tour. Elle s'installa sur son lit et lut à ses camarades et amies. Alicia et Angelina étaient toutes les deux assises sur leurs lits respectifs et seule Trinity était debout les bras croisés. Elle était la seule à ne pas être bouche bée.
- Et bien... dit-elle lentement ça explique en effet beaucoup de choses.
Thelma muette hocha la tête. Son pressentiment était donc le bon. Aurélia avait vraiment du stress post-traumatique et quel traumatisme ! Elle était littéralement morte frappée par un éclair déchaîné par sa propre magie. Donc le traumatisme était double. Cela expliquait son rejet pur et dur du contact humain pour donner suite aux inspections à St-Mangouste. Thelma était à la fois soulagée, dégoûtée, triste... Soulagée de savoir enfin la vérité, dégoûtée pour Aurélia qui avait dû assumer tout cela, triste de ne pas avoir pu l'aider du mieux qu'elle pouvait…
- Je ne savais pas... dit Angelina la voix rauque. Si j'avais su...
- On se dit toutes la même chose Angie, la consola Alicia.
- Mais pourquoi elle ne nous l'a pas dit ? S'indigna brusquement Angelina Par Merlin, on aurait pu... L'aider, je ne sais pas…
- Car Aurélia n'est pas comme ça Angelina, dit Trinity patiemment... Elle n'accepte pas l'aide des autres. Elle veut s'en sortir seule.
- ET BIEN C'EST STUPIDE, hurla la Gryffondor qui se leva pour se diriger vers la porte.
- Angie, attend, tenta de l'arrêter Alicia.
Mais Angelina Johnson était sortie du dortoir en trombe. C'était semblerait-il beaucoup à digérer.
Trinity soupira puis se tourna vers Thelma qui plia la lettre. Alicia réfléchissait :
- Il faudrait mettre les autres au courant.
- Qui ? Dit Thelma d'une voix faible. Les jumeaux ? Leur grand frère est sans doute déjà au courant mais eux…
- Non. Ils doivent être au courant maintenant. Je suis sûre qu'ils sont allés chercher Charlie pour avoir une explication, répondit Trinity.
- Ils vont tomber de haut, marmonna Alicia.
Un silence évocateur souligna sa déclaration. Alicia renifla. C'était dur à encaisser. Ce qu'elle ressentait, elle pariait que les jumeaux passaient par la même chose.
- Je me sens tellement mal par rapport à tout ça... murmura Alicia. Elle a failli mourir. Et nous on a tous rigolé comme des...
Un autre silence se développa.
- On devrait le dire à Lee, déclara Trinity doucement. Et le trio des troisièmes années, ils se demandaient ce qu'il se passait avec elle. Mephisto a écrit trois lettres ! Teddy ne dit rien comme Quentin mais… ils doivent y penser. Et d'ailleurs ça explique tellement. Surtout pourquoi elle a créé le trafic
- AURELIA A FAIT LE TRAFIC ? S'exclama Alicia
Trinity et Thelma roulèrent des yeux avec un petit sourire. C'était évident.
- Lee alors et le trio, récapitula Trinity.
Alicia et Thelma hochèrent la tête.
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La vie était étrange.
Aurélia détestait mentir. Elle détestait dissimuler, mais cette fois, le mensonge que ses parents avaient créé... lui permettait de dire une très grande partie de la vérité. Ses sentiments étaient vrais. Elle était vraiment paumée, étrangère parmi les élèves, d'un monde sans magie. Elle était vraiment passionnée de Chimie et de sciences (sauf la physique) et très au courant du monde moldu. A part le fait qu'elle avait 25 ans d'expériences... Finalement ils savaient bien 70% de la vérité. C'était à travers un mensonge, qu'Aurélia pouvait donc vivre la vérité. Et cela, la plongeait dans une grande confusion.
« - Aurélia ? tu as fini de faire tes valises ?
- Pour la troisième fois, oui maman ! soupira l'enfant en roulant des yeux.
Annabelle fronça les sourcils mais n'en tint pas rigueur. Elle allait partir de la chambre quand Aurélia l'arrêta.
- Maman attend ! Comment ça s'est passé avec le professeur Dumbledore ?
Annabelle se retourna vers sa fille qui la regardait intriguée. Pas d'inquiétude cependant ou de pointe de paranoïa. Elle ferma ses yeux une seconde. Elle analysait beaucoup trop sa fille dernièrement. Elle aussi devrait lâcher du lest.
- Maman ?
- Ah ? Ah oui. Il m'a juste demandé de tes nouvelles, m'a apporté son soutien. M'a dit aussi que tu avais le choix de passer les examens de troisième année l'année prochaine directement sur place ou en Barbade. Pour ceux de deuxième année, sachant que tu as de très bonnes notes tu as la possibilité de ne pas les passer. Mais il voudrait un essai en Histoire de la Magie.
Aurélia leva les bras au ciel. Annabelle renifla de dédain.
- Oui jeune fille ! Tu écriras cet essai sur les guerres gobelines du 14ème siècle et tu vas le faire parfaitement !
- Ce cours est une blague ! Il faut qu'on exorcise ce prof c'est ridicule !
- Je n'en ai rien à faire Aurélia. Tu vas faire cette dissertation si tu veux pouvoir aller faire du surf avec tes cousins la semaine prochaine !
- … On va faire du surf ? Génial !
- Voilà. Allez, finis ta valise pour demain soir.
Puis elle quitta la chambre laissant sa fille seule. Le sourire d'Aurélia flétrit aussitôt. Elle se tortilla en touchant son cou et leva son visage. Aurélia ne saurait dire si elle se sent bien ou mal. Elle ne saurait dire si elle était une enfant ou non. La vie d'avant était maintenant à travers une vitre de buée, si lointaine mais toujours avec ces connaissances. C'était juste un livre… Un long livre… qui a duré 25 ans.
Aurélia s'étira les bras. Elle n'avait pas envie de trop y penser de toute façon, elle voulait juste se sentir mieux, s'habituer à sa magie et faire ce qu'elle à faire.
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La vie à Poudlard continuait pour le reste des jeunes sorciers de douze ans. Les filles de Gryffondor s'étaient habituées à être quatre au lieu de cinq. Lee et les jumeaux Weasley avaient trouvé d'autres sujets de conversation. Ils étaient passés à autre chose. Ce n'était pas tout à fait le cas du Trio (Quentin, Teddy et Phil ne pouvaient pas s'empêcher de jeter parfois de brefs regards à côté d'eux, comme s'ils ne s'étaient pas habitués à l'absence de leur cadette). La matinée après le passage éclair d'Annabelle Ruva, Alicia, Angelina, Trinity et Thelma vinrent les voir à la table et attirèrent le trio et Lee Jordan hors de la Grande Salle sous le regard songeur d'Elisa Bishop. Personne ne sut ce qu'ils se sont dit, mais quand ils revinrent pour finir leurs petits-déjeuners. Lee était pâle, Phil qui était normalement si souriant, affichait un regard grave, celui de Teddy était plus froid que d'habitude et Quentin… Quentin se tenait droit sans rien laisser paraître. Tout le groupe s'assit sans un mot et se restaura comme si rien ne s'était passé. Il n'était plus question de ressasser ce qu'il s'était passé ou ce qu'ils avaient lu.
La promotion de 1987, après avoir chuchoté avec enthousiasme à ce sujet durant quelques semaines, s'était lassée du sujet. La disparition d'Aurélia Ruva, c'était du passé.
Les enfants étaient bien cruels, songeait parfois Elisa quand quelqu'un ramenait le sujet sur le tapis. Oh, personnellement, elle n'aimait pas Ruva. Trop abrasive, trop agressive, trop bizarre. Cela dit, la mère d'Aurélia était quand même venue en personne leur dire que sa fille était retirée de l'école parce qu'elle faisait une dépression. Donc bon, voilà, ce n'était pas drôle. Elisa se serait bien passée des suppositions des gens qui pensaient qu'Aurélia avait été bouffée par un loup-garou (ça, ça venait de Warrington, ce crétin), ou bien renvoyée de l'école (ça, ça venait de Jeremy Stretton, un Serdaigle). Les Gryffondor et les Poufsouffle qui avaient rencontré la mère d'Aurélia avaient rapidement propagé la vérité : elle avait été retirée de l'école parce qu'elle ne s'y sentait pas bien. Seulement voilà, Elisa n'était pas sûre que l'explication de Mrs Ruva ait été bien comprise. Probablement parce que les élèves ne concevaient pas vraiment qu'on puisse être mal dans sa peau, en tant que sorcier. Ce qui à la fois complètement illogique, et vaguement révélateur d'un truc auquel Elisa n'avait jamais réfléchi : peut-être que les cerveaux des sorciers et des Moldus fonctionnaient différemment, avec différents taux de sécrétion de certaines hormones. La dépression était considérée comme une vraie maladie chez les sorciers, un truc grave qui ne « s'attrapait » que dans des cas spécifiques. C'était une condition médiale sérieuse, et donc l'idée qu'une adolescente puisse en être atteinte semblait… Complètement hors de portée du raisonnement des élèves.
Du coup, l'explication « elle a été retirée de l'école par ses parents parce qu'elle se sentait mal ici » ressortait de la bouche des élèves de façon distordue. Elle est fragile, elle a craqué. Ou bien : elle est instable, elle a pété un câble. Ou encore (à la fois le plus proche et le plus loin de la vérité) : ses parents la trouvaient incontrôlable et avaient peur qu'elle blesse des gens. Franchement, c'était à croire que personne ne lisait les bouquins de psychologie qu'Elisa tentait patiemment de diffuser dans son trafic de livres ! Ou bien était-ce juste la cruauté naturelle des enfants, cette espèce d'avidité sadique qu'ils ressentaient à chaque fois qu'ils se racontaient des rumeurs, échangeant des regards lourds de sens, pour que leur interlocuteur soit le plus scandalisé possible, parce que ça impressionnait la galerie ?
Quitter Poudlard… Apparemment, c'était un petit scandale, au niveau de la vie des élèves. Ils n'avaient rien de plus juteux à se mettre sous la dent et ils disséquaient le moindre détail, comme des charognards retournant un cadavre plein d'asticots. Les filles de Gryffondor n'évoquaient pas le sujet, ce qui laissait penser à Elisa que la lettre que Mrs Ruva avait donné à Thelma devait contenir plus d'informations : ou, en tous les cas, assez de détails pour que les filles ne se sentent pas obligées de ressasser la chose indéfiniment. Mais sinon, tout le monde se sentait obligé d'avoir l'air au courant et surtout, d'avoir un avis là-dessus. Même les gens qui n'avaient pas vraiment de mauvaise intention, comme Helen Dawlish par exemple, ne pouvait pas s'empêcher de hocher la tête d'un air avide et de s'exclamer que c'était invraisemblable, personne de sain d'esprit ne quitterait Poudlard pour étudier à la maison, et ça cachait sans doute quelque chose !
Et d'ailleurs, quand elle ne le voyait pas, Thelma Holmes lui lançait un regard noir. Trinity reniflait. Alicia regardait ailleurs. Angelina était déchirée entre la colère et la honte. Lee éludait. Les Gryffondors faisaient front commun. Personne ne lâcherait une information, mais personne n'encouragerait les rumeurs absurdes. La concernée avait assez de choses à régler.
Urgh. Elisa avait toujours détesté les magazines people qui péjoraient sur la vie des célébrités, et voilà que maintenant, les potins échangés au déjeuner ou dans les couloirs ne concernaient plus seulement la dernière rupture amoureuse du bassiste des Bizar'Sisters, mais aussi La Mystérieuse Disparition d'Aurélia Ruva. C'était lassant.
Et franchement c'était aussi un peu glauque. Non, pas glauque… Déshumanisant. Oui, Aurélia avait été une plaie : mais elle était partie pour prendre soin de sa santé mentale, apparemment. C'était privé, c'était personnel. Est-ce que les gens ne pouvaient pas laisser tomber l'affaire ? La semaine dernière, Elisa avait entendu un type de Serdaigle se demander si Ruva avait secrètement été renvoyé parce qu'elle serait tombée enceinte. ELLE AVAIT TREIZE ANS BORDEL.
Et c'est alors qu'elle se rendit compte, comme pas mal de gens, qu'Aurélia n'était pas si seule que ça… Non. Elle avait des alliés.
« - Qu'est-ce que tu as dit ? décocha la voix de Quentin Martins froide comme de la glace.
Les élèves étaient dans un couloir non loin de la Grande Salle, ils sortaient de cours et parlaient entre eux, adossés aux murs ou marchant le long des allées de pierre. Mais la voix rigolarde du Serdaigle, le fameux Jeremy Stretton qui était décidément très curieux, avait résonné dans le couloir. Malheureusement pour lui, le trio passait par là.
- Qu'est-ce que tu as dit ? répéta Quentin Martins qui s'était tourné vers Stretton, Teddy et Phil sur ses talons.
Des trois… Quentin était normalement le moins expressif. C'était le plus cérébral, le plus froid, le plus rationnel. Mais Quentin… était un Gryffondor. Et ce n'était pas Serpentard l'autre maison qu'il aurait pu choisir.
C'était Poufsouffle.
- Quentin, tenta Teddy.
- Eh, c'est juste la rumeur ! se défendit Jeremy d'un air hautain. Et puis qu'est-ce que ça peut te faire ? Si ça se trouve c'est vrai !
– Elle n'avait même pas de copain ! fit Ajurna Balaji d'un air scandalisé.
Jeremy haussa très haut les sourcils, comme pour dire « eh alors, ça ne veut rien dire ». Plusieurs personnes inspirent d'un air de ravissement scandalisé, surtout les Sang-Purs à l'éducation traditionnelle. Helen Dawlish, qui d'habitude faisait régner un certain ordre parmi ses pairs, avait l'air d'hésiter. Elle-même devait avoir entendu cette rumeur… Elisa afficha un air dégoûté. Urgh, les adolescents hormonaux étaient des individus immondes.
Quentin serrait les poings, ses yeux bleu assombris par la fureur. Phil était aussi défiguré par la rage. Il méritait son prénom Méphisto à ce moment-là. Aurélia était l'une des leurs. Et ils savaient bien plus que les autres. Ils en savaient bien plus que le château entier. Quentin dut résister à la tentation de ne pas cracher à la figure du Serdaigle. C'était indigne et son grand-père, sorcier mais surtout rabbin, lui avait toujours dit d'effacer sa colère et de tendre l'autre joue. Mais ce jour-là, Quentin Martins envoyait les beaux principes au diable, il allait refaire une beauté à l'élève qui avait eu l'audace de proférer une imbécillité pareille en face de lui.
- Je vais t'exploser la figure, dit Quentin d'une voix calme et coupante comme du fil de rasoir. Je vais t'exploser la tête et te balancer dans le Lac Noir, espèce de sale con.
Des visages outrés s'affichèrent autour de lui dont Elisa qui s'était prudemment reculée. Oulah. Ça allait péter
Jeremy, qui n'était pas suicidaire, leva les mains d'un air de reddition. Mais un Serdaigle plus âgé (et sans doute plus con) se pencha pour lancer d'un ton blagueur :
- Bah quoi ? C'est toi le père ?
Phil fut le premier qui lui sauta à la gorge en hurlant. Les deux garçons roulèrent par terre en se battant à coup de poing comme des chiffonniers. Quentin voulut rejoindre la mêlée mais fut arrêté par un autre Serdaigle. Qu'à cela ne tienne, il lui balança un coup de poing au nez, le Serdaigle en tomba par terre en criant de douleur. Teddy restait derrière en tenant le manteau de Phil. Bouche bée. Quentin et Phil étaient maintenant par terre à tabasser l'emmerdeur, Stretton avait reculé très loin, jusqu'à ce que des élèves plus vieux les tire en arrière :
- Lâchez moi ! hurla Quentin ! Lâchez-moi, je vais lui faire la peau !
- Wow Quentin, pensait Teddy.
Voilà. Quentin Martins aurait pu être un Poufsouffle. Même si Aurélia Ruva était arrivée un peu au hasard dans son cercle d'amis. Maintenant c'était à la vie, à la mort.
La bagarre devint aussi un potin, Quentin, Phil et les Serdaigles perdirent des points record pour leur maison et furent en retenue pendant une semaine. Quentin était enragé, il valait mieux ne pas le chercher. Phil quant à lui revint à sa personnalité joviale, mais une référence à Aurélia ou plutôt une rumeur à son encontre et il sortait les crocs. Teddy était plus discret, il préférait arrondir les angles. Mais ses deux amis ne leur en tenaient pas rigueur. La confrontation n'était pas à l'heure du jour pour lui.
Teddy continua à aller au CEM. En fait, pour donner suite à cette bagarre, le trio décida de continuer à faire tourner le trafic. Car c'était certes fun… Mais surtout, c'était ce qu'ils avaient construit avec Aurélia. Et ils n'avaient pas l'intention de la laisser tomber.
- … Quentin ?
- Mmh ?
Il faisait les comptes du mois d'Avril du trafic et se tourna vers Peter qui pointait une feuille de papier collée au mur.
- C'est quoi cette liste ?
- Les noms de toutes les personnes qui ont osé se foutre de la gueule d'Auré. Dès qu'elle revient on les fera payer.
-… Quentin, t'as complètement craqué.
Martins se contenta d'afficher un rictus. Il pouvait être retors mais ses amis proches savaient la vérité. Il était juste persistant. Stretton avait ouvert la boîte de Pandore.
Mephisto écrivit une lettre à la suite de cette fameuse altercation. Encore une fois, elle n'eut aucune réponse. Il persista cependant. Même si les missives étaient courtes, il voulait qu'Aurélia sache qu'elle manquait. Méphisto était son ami, et il avait bien l'intention de toujours l'inclure. Après tout… Ce trafic continuerait et c'était grâce à elle.
A côté de cela entre affrontements, regrets et situations électriques… Elisa Bishop se posait mille questions.
Et si c'était elle qui quittait l'école un jour, comme ça, sans bonne raison ? C'était possible. Elle avait des plans (bon, des sous-plans, des plans de dernier recours !) qui passaient par là. Si elle s'en allait, est-ce que les gens allaient disséquer sa vie comme ça ? Se raconter ses moments de faiblesse comme si c'était des histoires particulièrement savoureuses ? Aligner ses défauts, les comparer à ses qualités, tout ça pour secouer la tête d'un air faussement navré et dire qu'ils auraient dû le voir venir ?
Une part d'elle-même se disait que non. Déjà, elle était plus aimée qu'Aurélia. Elle y avait travaillé dur, elle cultivait ses relations : les gens la voyaient d'un œil plus favorable. Et puis, elle avait des amis loyaux. Beaucoup d'amis loyaux. Ils n'allaient pas se retourner contre elle au moindre signe de scandale. Même si c'était quelque chose qu'ils ne comprenaient pas, même si c'était quelque chose qu'ils désapprouvaient… Ils ne l'abandonneraient pas. C'était pour ça qu'elle avait choisi Poufsouffle, au fond : ne pas être seule. Porter le sort du monde sur ses épaules était déjà assez lourd comme ça.
Alors une part d'Elisa se disait que non, elle ne serait jamais traitée comme Aurélia était traitée, et elle s'en sentait égoïstement soulagée.
(D'un autre côté, Aurélia s'en contrefoutait probablement qu'on parle dans son dos comme ça. Contrairement à Elisa, elle ne dépendait pas de l'opinion et de l'amour d'autrui : elle était une solitaire.)
Une autre part d'Elisa, cynique et froide, lui soufflait que tout ce qui les séparait, c'était un peu de chance. La mère d'Elisa était un paria déshérité, et son père un Moldu. Elle n'avait aucune autre famille, et ses parents n'avaient pas d'alliés. S'ils se mettaient la société à dos, d'une façon ou d'une autre, personne ne les défendrait. Et Elisa… Eh bien, elle était aimée à l'école. Mais à l'école, ils n'étaient que des enfants. Oui, ils pouvaient être loyaux et bons. Mais ils étaient aussi mesquins, immatures, et influençable. Il était si facile de devenir le mouton noir. Il était si facile de devenir la cible des regards en coin, des rires moqueurs, des sous-entendus narquois, des mots de haine soigneusement camouflés sous un vernis de moquerie, de l'indifférence affectée qui cachait le mépris. Elisa le savait. Son bon standing dans la société sorcière tenait à si peu de chose. Les gens n'étaient pas tendres avec ceux qui étaient différents.
Alors, pendant quelques semaines, le temps que se dissipe l'excitation entourant le scandale d'Aurélia Ruva… Elisa fit le dos rond, rumina des idées noires, et fit clairement comprendre qu'elle pensait que tous les potins à ce sujet étaient de pures conneries.
Ce fut avec un certain soulagement qu'elle vit arriver le mois d'avril. Il y eut un nouveau match de Quidditch, et les gens parlèrent enfin d'autre chose que de la Gryffondor disparue. Fred et George firent exploser une des serres du professeur Chourave et furent collés pour un mois. Helen Dawlish tenta de créer un club de duel, désespérée d'avoir un peu d'action en Défense, mais les professeurs refusèrent. Elisa mentionna subtilement le CEM devant Chourave, puis Flitwick, cherchant à ce qu'un prof se sente assez curieux pour donner son approbation officielle au club (pour qu'ils puissent enfin cesser de se rencontrer illégalement et en secret). Une première année de Serdaigle nommée Cho Chang discuta pour la première fois avec Cédric Diggory. Le vieux chien de la famille Buttermere mourut dans son sommeil, et Trisha pleura lorsqu'elle reçut la lettre de ses parents l'en informant. Le professeur Rogue leur donna une interro surprise. Takashi fêta son anniversaire. Heather Thatcham quitta l'équipe de réserve de Quidditch de Serpentard après une violente dispute avec son capitaine. Teddy Mint continuait à venir au CEM, alors qu'il était le seul troisième année. Elle commença à lui parler. Il s'avéra être un garçon gentil avec de la conversation. Bref, la vie continuait.
Elisa se mit à plancher sur une nouvelle invention, une sorte de hoverboard magique. Elle et Helen se mirent à discuter de l'idée de créer un club de duel l'année prochaine, un vrai club officiel avec une salle de réunion et la bénédiction des profs. Elisa se mit aussi à réfléchir aux meilleurs moyens de concrétiser toutes les idées qu'elle avait pour améliorer Poudlard (et le monde des sorciers en général). Elle avait déjà des plans pour une école pour Cracmols, pour une colonie de vacance, pour des refuges pour des elfes de maison, pour des associations de soutiens pour les loups-garous… Mais elle avait vu trop grand, peut-être. L'existence d'Aurélia Ruva avait prouvé qu'il y avait parfois sous son nez des problèmes que les gens ne voyaient pas.
Pour ceux qui connaissaient en détail les histoires les plus tragiques du monde sorcier, comme Elisa… C'était quelque chose qui se répétait souvent. Des enfants qui souffraient sans que personne ne remarque rien.
La jeune Ariana Dumbledore, depuis longtemps oubliée, qui avait été tuée par accident sous les yeux de ses frères. Severus Rogue, élevé dans une maison froide et sans amour, où il avait appris qu'il ne pouvait s'attendre à aucune gentillesse de la part de l'univers. Le petit Harry, et les dix années passées dans un placard à se nourrir de restes et à ployer l'échine sous les insultes. Même Tom Jedusor, jadis, avait été un enfant abandonné à son sort pour le seul crime d'être né. Et, dans tous ces cas, la même question se posait encore et encore : pourquoi personne n'y a-t-il prêté attention ?
Pourquoi n'y avait-t-il pas eu d'adulte, pas de personne responsable, attentionnée, qui aurait pu remarquer les enfants qui souffraient, et qui serait intervenue ? Pourquoi personne n'avait remarqué que c'était anormal ? Pourquoi personne n'avait proposé de solution alternative ? En rétrospective, ça semble si évident, que tous ces évènements tragiques allaient mener au désastre. Pourquoi personne n'avait rien fait ?
Mais on ne pouvait pas arranger toute l'histoire d'un coup de baguette magique. Sur le moment, personne ne connaissait l'avenir, personne ne connaissait les conséquences de ce bref instant d'inattention, de ces quelques mots désinvoltes, ou de cette stratégie qui semble pourtant bien ficelée. Sur le moment, il n'y avait que des gens ordinaires qui essaient de faire les bons choix. Tous ces élèves qui disaient des horreurs sur le compte d'Aurélia Ruva, ils ne savaient pas que ce qu'ils faisaient était mal. Bon sang, même les Maraudeurs n'avaient pas réalisé l'horreur de ce qu'ils faisaient subir à Severus Rogue : ils avaient juste pensé que c'était drôle. Et… Elisa ne pouvait pas arranger ça d'un coup de baguette magique. Mais elle pouvait voir le problème, et c'était déjà bien. Elle pouvait voir le problème, et donc peut-être permettre à d'autres de le voir aussi.
Bien sûr, ça allait être délicat. C'était les années 1990, il ne fallait pas se leurrer. Le fait que concept de stress post-traumatique soit largement méconnu, ça en révélait beaucoup. Les gens étaient ignorants à ce sujet. Même les Moldus n'en savaient pas grand-chose. Pour eux, les enfants chahutaient, c'était normal. Alors, chez les sorciers ? C'était encore pire. Ils étaient complètement désensibilisés à la violence, et la mentalité du monde magique était en plus assez réticente à toute idée « dommage invisible » subi par les gens !
Non, Elisa ne pouvait pas tout arranger d'un coup de baguette magique. Mais elle pouvait voir le problème. Et… C'était un bon début.
Alors la vie continua. Elisa se mit à parler du genre de conséquences qu'avait la violence dans la vie des gens : violence physique, mais aussi violence verbale, ou émotionnelle. Elle citait des études moldues, ou inventait complètement ses sources, mais elle essayait de mettre le sujet sur le tapis assez régulièrement. Cela dit, elle se heurtait souvent à un mur. C'était fou comme de dire à quelqu'un un truc aussi banal que « les parents ne devraient pas frapper leurs enfants » pouvait provoquer une dizaine de réactions indignées dans le registre de « mes parents me donnaient la fessée et j'ai très bien tourné ! ».
C'était dans ce genre de moments qu'Elisa se sentait étrangement écartelées entre ses deux identités. Une part d'elle-même était une jeune femme de 2017, féministe, avec un accès à internet, et consciente de pleins de concepts qui régissaient insidieusement sa psyché, comme les jeux de pouvoirs au sein de la famille, le patriarcat, la masculinité toxique. Mais une autre part d'elle-même était une jeune sorcière de la fin des années 1980, et ces concepts n'appartenaient pas à son monde. Même en ayant conscience de leur existence, il y avait une totale dissociation entre qui elle était maintenant, le monde dans lequel elle évoluait…. Et la personne qui avait appris ces idées, et qui avait évolué dans un monde où ces idées s'appliquaient.
Elisa essayait de concilier les deux. Et même quand elle n'y arrivait pas, elle se refusait à baisser les bras et à laisser les gens rester aveugles. Oui, elle était une sorcière avant tout. Non, elle n'était plus cette jeune femme de 2017, la tête pleine d'idées et d'indignation contre le reste du monde. Mais ça ne voulait pas dire que les idées de cette jeune femme devaient mourir. Elisabeth Bishop avait bâti toute sa vie grâce aux souvenirs de cette jeune femme. Lutter pour ses idéaux… Elle lui devait bien ça.
Dans un monde où Elisa n'aurait jamais rencontré Aurélia Ruva, elle n'aurait pas non plus examiné de trop près les disparités entre l'approche sorcière de la santé mentale, et l'approche des moldus en 2017. Mais eh, elle y était. Alors elle s'y intéressa.
C'était pour ça qu'elle était dans ce monde, après tout. Pour le changer. Et elle pouvait changer tellement de choses ! C'était fou. Les gens l'évoquaient dans les histoires parlant de voyage dans le temps. Ils s'inquiétaient de changer un seul petit détail qui modifierait radicalement l'Histoire. Mais la leçon à en tirer, ce n'était pas qu'il fallait être prudent et ne toucher à rien ! La leçon a en tirer, c'était qu'aujourd'hui, dans le présent, on avait tous la possibilité de radicalement changer le futur.
Alors, dans cet univers, Elisa s'intéressa de beaucoup plus près aux gens qui avaient besoin d'une aide que le monde magique n'était pas prêt à leur offrir.
Dans cet univers, le projet qu'elle mit au premier plan de ses ambitions, ce ne fut pas la création d'un magasin ou d'une école pour Cracmols… Ce fut l'invention de miroirs à Double-Sens, pour aider tous les enfants qui souffraient de la séparation avec leurs parents. Elle comptait achever cette invention avant la fin de sa troisième année. Oh, il lui faudrait sans doute l'aide de Flitwick… Mais qui sait ? Elle pourrait peut-être transformer ça en projet scolaire, et en tirer une bonne note !
(Et, mine de rien, l'univers s'éloigna encore du chemin que le destin avait tracé pour lui…)
oOoOoOo
Ce fut la dernière semaine de cours quand une chouette effraie atterrit au petit déjeuner en face de Méphisto « Phil » Pinto. Il la reconnut instantanément grâce à toutes les livraisons qu'elle faisait pour eux :
- Ponyo ! s'exclama-t-il.
Lee et les autres se tournèrent instantanément et vinrent autour de lui pour lire la courte missive d'Aurélia :
- Salut, disait-elle. Désolée de ne pas avoir écrit depuis, j'imaginais que vous aviez besoin de temps pour digérer et moi pour guérir… Je vais très bien et je pars en Barbade demain chez mes grands-parents. Je ne sais pas quand je reviendrais, mais je promets de vous écrire une lettre par mois à chacun d'entre vous à partir de Septembre. Donc lisez-les ensemble ! Prenez soin de vous.
Avec mon amitié,
Aurélia.
PS : Quentin T'es sérieux avec cette hit-list ? Tiens-moi au courant !
PS2 : Alicia. Je sais. Ne t'inquiète pas. Dis-le aussi à Angie.
PS3 : Phil, merci pour toutes tes lettes ! elles m'ont faite rire.
PS4 : Lee. Y'a du coca pour toi dans le paquet.
PS5 : Teddy. Ne t'inquiète pas pour moi. Au fait, tu restes dans le Cem finalement ! Cool !
PS6 : Trinity. Merci pour le livre, il m'a beaucoup aidée pendant le mois.
PS7 : Thelma. Tu sais déjà tout mais je le redis. Merci.
Le groupe se regarda alors que le bruit d'une canette qu'on ouvrit. Lee tendit la canette et but une gorgée en appréciant.
- Vous avez intérêt à continuer le trafic l'année prochaine, dit-il aux garçons.
- T'inquiètes Lee, sourit Teddy. C'est dans nos projets.
- Tu restes au CEM finalement, d'ailleurs ? demanda Thelma.
- Ouais, dit-il ? Même si les maths m'énervent profondément.
Un rire secoua le groupe.
« - Bon ? Envoie-nous une lettre avant la fin de la semaine, d'accord ?
- Oui papa.
- Sois gentille avec ta grand-mère, Louis te rejoint pour les vacances dans un mois, mais d'ici là…
- Oui maman. »
Les Ruvas étaient tous les quatre dans un champ au milieu de nulle part autour du portoloin. Il était temps de toucher le vieux chapeau au sol pour partir. Ce n'était pas la première fois qu'Aurélia prenait le portoloin, mais la première fois toute seule. Elle était un peu stressée. On était fin Juin et elle partait pour pile un an en Barbades habiter avec ses grand-parents, sa valise remplie de livres et de vêtements. Son cousin Morgan était maintenant diplômé d'Ilvermony et travaillait comme pêcheur pour partir faire le tour du monde. Elle était contente de savoir qu'il était là. Aberty, sa mamie Susie et son grand-père John étaient ses tuteurs pendant cette expérience. Et ils étaient exigeants… Aurélia eut un léger mouvement de recul. Elle avait peur ? Elle ?
Elle se tourna alors pour dire au revoir à ses parents quand ils l'étreignirent et l'embrassèrent.
« - On se verra très vite ma puce dit Victorien. Etudie bien l'occlumencie, amuse-toi et prends de toi.
- Et pas de retard sur tes devoirs.
- Annabelle.
La mère laissa apparaître un sourire tordu alors que Louis serra sa sœur dans les bras.
- Demande a mamie de faire un gâteau au coco pour mon arrivée.
- Gourmand va ! »
Louis sourit et laissa sa sœur s'approcher du portoloin… Aurélia toucha finalement le chapeau.
Pour disparaître dans un éclair de lumière.
FIN ANNEE 02.
