Partie 3 : Les choses bougent

Il aurait été faux de dire que Neal s'ennuyait en ville, mais le fait est qu'à part son travail à la boutique de son père, et sa vie de famille, il n'avait que peu de choses à faire.

Lors de son temps libre, il passait son temps chez lui, ou bien à la bibliothèque, où travaillait Belle, sa belle-mère, pour la voir ou bien pour lire. Il ne s'ennuyait pas, mais le fait est que depuis quelques temps, il avait l'impression que rien ne se passait.

Ce qui était déjà vrai en temps normal, mais sans savoir pourquoi, il avait l'impression que c'était pire maintenant. C'est donc sans aucune raison qu'il se rendit vers l'hôpital psychiatrique, dans lequel Ruby passait parfois pour aller voir un garçon nommé Henry.

Garçon qui était maintenant un jeune homme, à presque vingts ans désormais.

Neal ne connaissait pas les patients qui se trouvaient dans cet endroit mais il fut saisie d'une envie étrange, aller voir le garçon en question. Enfin pas lui exactement, du moins pas tout de suite, puisqu'il avait l'air assez perturbé.

Apparemment, selon Ruby, le jeune homme était presque muet depuis la mort de sa mère. Sa mère biologique, tandis que sa mère adoptive, Fiona, était encore en vie.

« Comment est-elle morte ? Avait demandé Neal.

- Elle s'est suicidée, parce qu'on lui avait interdit de voir son fils. Mais moi je pense qu'il y a quelque chose de mauvais dans cette histoire.

- C'est-à-dire ?

- Je crois que le maire est mêlée à cela, de quelle manière, je l'ignore, mais tout cela n'est pas clair. »

Neal appréciait beaucoup Ruby, ainsi que sa compagne, et la connaissait depuis des années, du moins d'après ce qu'il se souvenait. Elle était une de ses meilleures amies, et il était très heureux de la connaître.

Il fronça les sourcils.

« Comment ça se fait que je n'ai jamais entendu parler de cette histoire ? Son amie haussa les épaules.

- Je suppose que tu devais être hors de la ville à ce moment-là. Tu l'as été pendant un certain temps, après tout. Neal hocha la tête.

- Si tu le dis. »

Il repensait à cela, alors qu'il visitait l'endroit en question.

Henry se trouvait assis sur une chaise, et comme à son habitude depuis un certain temps, il dessinait.

De son ancienne vie, Neal se rappelait beaucoup de choses, dont la magie. Et l'Enchanted Forest.

Ainsi, en voyant Henry représenter de façon assez fidèle son père version Ténébreux, cela le troubla un peu. Mais il se dit que ce ne devait être qu'une coïncidence. Le dessin en question était plutôt bien fait, et en regardant autour d'Henry, il vit un certain nombre de dessins représentant les habitants de Storybrooke version personnages de contes de fées.

Il y avait notamment Ruby, que Neal reconnut rapidement comme étant le petit chaperon rouge. Et d'autres personnes que Neal ne parvint pas à identifier, une jeune femme blonde, une autre brune. Une femme à la peau verte. Et un couple de deux personnes portant un enfant.

Ce que Neal ne savait pas, c'est que les visages de toutes ces personnes hantaient les nuits et les cauchemars d'Henry depuis bientôt six ans, l'empêchant souvent de dormir. En voyant le dessin représentant Hook, l'ancien Lost Boy ne put s'empêcher de frissonner, certains mauvais souvenirs remontant à la surface.

Ce n'est qu'une coïncidence, Henry ne peut pas connaître l'existence de la magie.

Oui, mais d'après Ruby, le jeune homme était persuadé qu'il y avait une malédiction en ville, lancée par sa mère adoptive. Il essaya de se raisonner, cela ne pouvait pas être vrai, son père lui avait assuré que la magie n'existait pas dans ce monde.

Ce jour-là, Neal ne rencontra pas Henry, mais rentra rapidement chez lui, quelque peu troublé.

Le lendemain, sans en parler à personne il retourna le revoir, se décidant cette fois à rencontrer Henry. Ce dernier dessinait encore, comme s'il ne pouvait rien faire d'autre, ce qui était plus ou moins le cas. On lui permettait seulement cela, il n'avait pas le droit d'écrire, ni de sortir, l'ennui le guettait donc lui aussi.

« Bonjour Henry. »

Le jeune adulte (ce qu'il était depuis peu) sursauta et regarda Neal avec une intense surprise, presque comme si il ne croyait pas vraiment à sa présence.

On dirait qu'il a vu un fantôme.

Quelques secondes plus tard, Henry parvint à parler.

« Papa ?

- Désolé gamin, répondit aussitôt Neal, mais tu fais erreur. »

Henry restait toujours immobile, incapable de dire quoi que ce soit. Son père était vivant, comment et pourquoi, ça il ne le savait pas. Mais le fait que oui, son père se trouvait bien face à lui.

Alors qu'une joie soudaine l'envahissait, l'ancien Auteur réalisa que les choses ne pouvaient évidement pas être aussi simples. Son père avait oublié.

Son père était vivant mais il l'avait oublié.

« Non, répliqua finalement avec froideur Henry, je sais qui je suis, et ce que je sais, c'est que tu es mon père.

- Écoute Henry, je…

- On t'as dit que j'étais bizarre, c'est ça ? Que j'étais fou, que je parlais toujours de magie et de malédiction ? Tout ça est réel Neal. (Il valait mieux qu'il évite de l'appeler papa, vu que l'autre n'y croyait pas.) »

L'autre se troubla un peu, parce que le jeune homme connaissait son nom, mais tenta ensuite de se rassurer en se disant qu'il devait simplement le connaître de nom.

Alors explique moi pourquoi pendant une seconde, le fait qu'il t'ait appelé papa t'ai semblé si naturel, lui souffla sa conscience.

Il secoua la tête, tentant de se débarrasser de ces pensées, tandis qu'Henry le regardait ironiquement, un peu blasé aussi, semblant fatigué de toujours devoir expliquer la même chose aux gens.

« La magie existe, elle est bel et bien réelle. Même dans ce monde et... »

Il s'interrompit brutalement, puis secoua la tête.

« Je crois que la Black Fairy aura bientôt définitivement gagné, murmura-t-il. Parce que je n'en peux plus de me battre je suis seul contre le monde, et celui-ci refuse de m'écouter. Je pense que je vais bientôt me taire.

- Henry, fit Neal, touché par sa détresse, la magie n'existe pas. Pas dans ce monde en tout cas. »

Il sut aussitôt qu'il n'aurait pas dû dire cela en voyant le regard d'Henry changer.

« Tu te souviens que tu as vécu dans l'Enchanted Forest, déduisit-il.

- Comment tu peux savoir tout ça ?

- Donc tu reconnais que la magie existe ?

- Oui. »

L'Auteur sourit. C'était déjà bien mieux que ce qu'il avait réussi à faire avec d'autres.

« Je te le prouverais, lança Henry à son père, qui avait décidé de s'en aller. Je te montrerais que la magie existe ici aussi, et qu'il y a bien une malédiction ici.

- Si tu le dis... »

Et, pour la première fois depuis des années, Henry Mills reprit espoir.

§§§§

Cette conversation s'était à la fois révélée étrange et très instructive. Quelques heures plus tard, Neal se trouvait à la boutique de son père, bien décidé à discuter avec lui.

Ils ne parlaient jamais ensemble de leur période de vie dans le monde des contes de fées. Il ne se souvenait pas très bien de la manière dont son père était venu ici, mais il savait qu'ici il n'y avait pas de magie.

Mais le fait est que oui, ce qu'Henry lui avait dit le dérangeait fortement, et il doutait désormais quelque peu de la folie du jeune homme. Après tout, le discours de ce dernier avait été parfaitement rationnel et sensé, et s'ils avaient été dans un monde pourvu de magie, cela ne lui aurait pas semblé complètement délirant.

La seule chose qui l'empêchait d'y croire était la certitude que la magie ne pouvait pas être présente dans ce monde. C'est la raison pour laquelle lui et son père sont là et malgré toutes ses certitudes, Neal commence malgré tout à se poser des questions.

Les réponses de son père furent vagues et peu précises, assez insatisfaisantes, et c'est là que Gold commença à se douter de quelque chose.

Neal avait vu Henry.

Et pire encore, Henry l'avait vu.

Ça n'augurait rien de bon pour le Ténébreux…

La décision de celui-ci fut très vite prise, il aurait dû le dire à Fiona, parce que même si Neal ne se souvenait de rien, ne rien faire signifierait risquer la destruction de la malédiction.

Il décida de se taire.

Ça valait mieux, pour lui et tout les autres.

Il fallait qu'il répare son échec.

(Il n'avait jamais oublié ce qu'il avait vu six ans plus tôt, le corps mort d'Emma Swan, allongée au sol.

Et l'horreur d'Henry quand il l'avait appris.)

Ce n'était pas lui le responsable de ce gâchis, mais il y avait pris part, malgré lui.

Il ne pouvait agir, n'en était pas capable, et n'en avait pas le droit. Sa mère le saurait s'il tentait quelque chose, elle le surveillait, il le savait.

Ne rien faire ne voulait pas dire ne pas tout faire pour que Neal ne soit pas repéré par Fiona.

(Il ne lui dirait rien sur la vérité, et la magie.

Mais il ne lui dirait pas non plus que c'était faux.)