Ce jour-ci se présentait. Etre présent à mon propre procès. Peter m'avait tout simplement foutu les jetons en parlant d'Alicia. Je me réveillais. C'était ça son aide. Elsbeth m'avait fait parvenir un de mes sacs avec le nécessaire pour être présentable et influencer sur le jury : un costume marron clair, une chemise rose plus foncée que le costume, une cravate noire, mes chaussures noires. Je ne sais pas à quoi je ressemble vraiment, à un homme du goût d'Elsbeth sans doute mais je pense que je renvoie l'image d'un avocat qui ne sait pas s'habiller aux yeux du jury. Elle a même pris le soin de me fournir chaussettes et boxer. J'étais transféré de ma prison au tribunal. A peine installé sur ma chaise, je n'avais qu'une envie : fuir ! Je me sentais à l'étroit dans ce costume pourtant trop grand dû à ma perte de poids. J'aurai pu créer un tsunami du fait de mes bouffées de chaleur. Je me sens encore plus enfermé que dans ma cellule de prison. Je me sens comme une patate ménopausée. Alicia est assise du côté des victimes et jouait parfaitement son rôle de Sainte Alicia. Elle avait son avocat que je ne connaissais pas auprès d'elle. Je n'ai regardé ni l'un ni l'autre. Mon champ de vision périphérique me suffisait amplement. Le juge entrait. Nous nous levions. Il s'installait et faisait signe aux autres de s'assoir. Ils s'asseyaient tous tandis que je restais debout. Le juge me dévisageait.

" Monsieur Gardner, vous pouvez vous asseoir "

" Merci Votre Honneur mais j'ai une requête. Je souhaite me représenter moi-même en tant qu'avocat pour mon procès et demande que soit levée ma détention provisoire et me plierai à toutes les restrictions que vous aurez juger nécessaire. Et si ma requête est acceptée, ou si elle ne l'est pas, je voudrais que moi ou mon avocate ait le libre accès de toutes les preuves et pièces à convictions que la partie adverse a en sa possession "

Le juge m'étudiait. Elsbeth me tenait le bras pour que je la regarde. Je transpirais comme jamais, comme ma première fois devant un tribunal en se disant qu'il fallait tout simplement se faire confiance et donner l'impression d'avoir confiance.

" Et votre avocate, Monsieur Gardner ? "

" Je la renvoie "

Je regardais Elsbeth.

" En la remerciant de tout le travail qu'elle a fourni pour moi, même si je ne la remercierais jamais assez "

Elsbeth me regardait, compatissante. Je pouvais voir derrière l'avocat d'Alicia et Alicia nous regarder. Puis nous regardions le juge.

" Rendez-vous dans une heure ", dit le juge en tapant son marteau

Les policiers venaient jusqu'à moi et m'accompagnaient dans une des cellules du tribunal. Elsbeth nous avait suivis.

" Je crois que c'est le meilleur choix que vous ayez fait ", me dit-elle

" J'aurai dû vous prévenir avant "

" Non. Je préfère mieux ça que de vous voir enfermé dans votre silence. Je vous donnerai votre dossier et toutes les preuves que nous avons, pas grand-chose car c'est votre parole contre la sienne "

" Nous verrons bien "

" Je n'aime pas vous savoir derrière ces barreaux "

" C'est beaucoup plus chouette que ça en l'air "

Je lui souriais. J'y sentais en sécurité en prison.

" Allez ! Filez, Elsbeth "

Elle me souriait et partait. Je m'asseyais et fermais les yeux.

" Le grand retour de Will Gardner ", entendais-je d'une voix que me faisait sursauter. Kalinda. J'ouvrais les yeux.

" Tu es mal habillé "

" C'est Elsbeth, mais ne lui dis pas s'il te plaît "

" C'est pour ça que tu la vires ? "

Nous sourions.

" Rendez-vous tout à l'heure ", me dit-elle

Une optimiste. Qui partait aussi vite qu'elle est venue, en silence et en un coup de vent. Mais je sais que son soutien est infaillible.

Nous revoilà devant le juge. Je ne savais pas s'il statuerait en ma faveur mais j'aurais au moins essayé. Le juge entrait. L'impression de revivre la même scène qu'il y a une heure. Nous restons debout le temps qu'il s'installe puis nous nous asseyons.

" Monsieur Gardner, à la suite de vos demandes, votre détention provisoire est levée et vous pouvez être votre propre avocat. Vous serez raccompagné à votre prison pour prendre vos affaires et ensuite, vous êtes officiellement libre. Je vous demanderais ne pas quitter la ville et encore moins le pays. La partie adverse est contrainte de fournir les preuves qu'elle détient. Rendez-vous dans trois jours à la même heure "

J'ai senti mes épaules tombées. Moi qui pensais ne pas sentir le poids de mon sort, j'ai en tout cas pu le sentir partir. Je pensais voir ma demande refusée, à cause du statut bourreau/victime, violeur/violée. Elsbeth m'avait prévenu que le juge était de notre côté. J'aurais aimé partir en courant et m'engouffrer dans mon appartement. Au lieu de ça, j'avais vidé ma cellule, enfin non, je prenais juste les deux seules choses qui m'appartenaient : la guitare et un cahier où je consignais mes pensées. J'avais tenté d'écrire une chanson pour faire plaisir à Aubrey mais je trouvais ça nul. A cause de la presse à scandales qui attendait ma sortie, une voiture banalisée m'emmenait directement chez moi où d'autres journalistes m'attendaient. Heureusement qu'ils n'avaient pas accès au parking. Je remerciais le policier qui m'avait raccompagné et lui souhaitait une bonne route ainsi qu'une bonne journée. J'avais hâte de rentrer à la maison, d'être chez moi, de profiter de mon lit, de retrouver mon espace, ma propre cage que j'ai créée. Quel plaisir de mettre la clé dans la serrure, de poser ma main sur cette poignée et d'ouvrir la porte. Et de se sentir envahi par une vague de chaleur qu'est la mienne. Se sentir bien, se sentir en sécurité même si la police a tout laissé en vrac dans mon appartement. Même un cambrioleur ne fait pas autant de dégât. Je ferme la porte de mon appartement à double tour. Je vais dans ma chambre en prenant le soin de ne pas trop écraser mes affaires jonchées sur le sol et m'étale sur mon lit. Lit où Alicia avait dormi, où nous avions fait l'amour, où je l'ai violée selon elle. Je ne pouvais rester là. Je rangeais mon appartement, passais le chiffon partout, passais l'aspirateur et nettoyais le sol. Je sortais de chez moi, faire les courses et je rêvais d'une bonne pizza accompagnée d'une bonne bière. Je fais ce que je veux maintenant. Plus ou moins.

Les trois jours s'étaient écoulés à une vitesse folle. J'avais tout ce dont j'avais besoin. J'ai étudié les preuves contre moi, rien d'intéressant. C'était ma parole contre la sienne. Sauf qu'en plus de ma parole, j'ai des preuves. Je ne m'étais toujours pas rasé et je me sentais tout de même bien. J'endossais un costume que je venais d'acheter à ma taille, j'ai perdu du poids et je faisais ma balade quotidienne d'une heure. Les restes de la prison. Ca a du bon la prison. Je dormais bien, j'essayais de ne pas penser à ce que j'avais fait dans ce lit. J'étais resté cloîtré chez moi pendant trois jours. Je prenais mon temps. Elsbeth est passée chez moi me donner mon dossier et les preuves que la défense lui avait donné. Je l'avais invitée à dîner, je faisais de bons petits plats. C'était une promesse que je m'étais faite quand je sortirais de prison vu que leur nourriture laissait à désirer. Kalinda aussi est passée, elle s'inquiétait d'Alicia et de son comportement, qu'elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle agissait comme ça, qu'elle se trompait toujours de cible pour les représailles, qu'elle avait couché avec Peter avant qu'elles ne se connaissent, raison pour laquelle elles ne se parlaient plus. Je n'étais pas surpris que Peter couche avec Kalinda mais j'étais surpris que Kalinda couche avec Peter. Il y avait beaucoup de silence et Kalinda en était affectée, Alicia étant sa seule amie. Je n'avais rien d'autre que mes bras à lui offrir, ma pauvre compagnie déjà écorchée par Alicia. Nous aurions pu monter un comité comme ces alcooliques anonymes qui accusent l'alcool de leur problème, nous avions Alicia comme problème, ou du moins Alicia faisait de nous un problème. Nous aurions également pu inclure Grace et Zach ainsi que leur père. En cherchant bien, nous aurions pu aussi trouver d'autres personnes, il suffisait juste que de créer son comité pour voir arriver les foules. Nous riions de cette idée en sachant que nos blessures seront toujours ouvertes. J'étais le coupable de sa culpabilité.

J'étais assis sur ma chaise. Prêt au combat. Mon plan dans ma tête. Je serai libre d'ici peu. Lavé et blanchi de cette accusation. Cette journée est la mienne. Pas de bouffées de chaleurs, pas de tsunami. Enfin si, mais pour la partie adverse seulement. L'avocat d'Alicia verra défiler mes quatre témoins, il ne pourra poser aucune question. Puisqu'il n'en aura pas à poser. C'est ma journée. Aller à l'essentiel. Le public était déjà là quand je suis arrivé. Un silence s'est posé à mon arrivée. J'ai senti tous les regards me suivre, tous les souffles coupés à mon passage. Alicia et son avocat arrivaient et s'asseyaient. J'ai pu sentir le regard d'Alicia sur moi, cette tentative de me chercher du regard. Le juge entrait, toujours le même cinéma qui ne m'avait pas manqué.

" Maîtres ", nous dit le juge

" Votre Honneur ", disons-nous en même temps

" Avez-vous bien pris connaissance de votre dossier Maître Gardner ? "

" Oui, Votre Honneur. Merci "

" Bien. Je vous écoute alors "

" J'appelle à la barre Monsieur Michael Presley ", dis-je, confiant

Mon témoin se levait et marchait jusqu'au siège des témoins. Tous mes témoins sont prêts aujourd'hui, des coups de téléphone passés pendant ces trois jours, ils étaient un prétexte à mes preuves car je ne pouvais pas présenter de preuves sans avoir l'avis d'un spécialiste.

" Monsieur Michael Presley est un spécialiste de la lecture labiale, c'est à dire qu'il sait lire sur les lèvres, et spécialiste du langage corporel ", annonçais-je

Je donnais un disque que l'on plaçait dans le lecteur. La télévision démarrait, le film nous montrait Alicia et moi à la réception de l'hôtel lors de notre première fois.

" Monsieur Presley va nous dire ce qu'il lit sur cette vidéo "

Il parlait à voix haute en retransmettant ce qu'il lisait. Le procès, les femmes, mon problème d'incontinence, Tammy.

" Mauvais timing. Nous l'avons. Si on avait une heure devant nous, qu'est-ce qu'on ferait ? Je pense que ce serait un moment exceptionnel. Nous pouvons voir que la femme présente sur la vidéo, par sa gestuelle et la façon de se comporter, ouvre une porte qu'elle laisse ouverte à l'homme qui la perçoit comme une occasion de se lancer, timidement certes mais elle lui a donné l'autorisation de la draguer ", affirme mon spécialiste

" Objection ! Nous n'avons jamais eu cette preuve. Maître Gardner a sciemment caché cette vidéo ", se réveillait l'autre avocat.

" Cette vidéo était dans mon appartement. Appartement fouillé par les policiers qui ne l'ont pas prise "

" Rejetée. Continuez monsieur ", dit le juge à mon métier

" L'homme ne drague jamais sans avoir reçu de signal provenant de la femme. Chaque signal est différent, ça peut être un sourire, un regard prolongé. A partir de ce moment, l'homme peut la séduire "

" Ce sont donc en général les femmes qui font le premier pas ", lui demandais-je

" Contrairement à ce que l'on pense, en effet, ce sont elles ", confirme-t-il

La vidéo continuait. Dans l'ascenseur où nous nous embrassons. Dans le couloir. Et elle redémarrait dans un nouvel hôtel, dans un nouvel ascenseur, dans un nouveau couloir. Dans tous les hôtels que nous avions faits. La vidéo s'arrêtait.

" Si vous n'avez jamais réussi à avoir la moindre vidéo de nos rendez-vous à l'hôtel, c'est parce que je suis le seul à les détenir ", leur dis-je

" Pourquoi ? ", me demandait le juge

" Afin de protéger Madame Florrick d'un éventuel scandale sur notre relation, je passais toujours voir le service de sécurité pour avoir l'original de ces bandes où nous étions en refusant qu'il fasse des copies. Je veux donne la totalité de mes factures avec, pour chacune, la vidéo correspondante à notre passage "

Je leur remettais le tout. A l'avocat d'Alicia dont je ne connais toujours pas le nom et que je ne veux pas connaître. Au juge. Alicia ne savait pas que je la protégeais ainsi. J'ai su user de mes dons d'avocat auprès du service de sécurité, aucun n'a jamais cherché à protester, quelques billets sont sortis de mon portefeuille pour les plus récalcitrants. De notre arrivée au parking à notre sortie.

" Cela ne signifie pas que des actes de violence n'ont pas été perpétrés dans la chambre ", dit l'avocat d'Alicia

En effet. Ca ne prouve rien, hormis qu'Alicia m'embrasse de son propre gré avec le sourire et sans retenue, mettant ses mains sur l'objet de son désir.

" Merci monsieur. J'appelle Grace Florrick s'il vous plaît ", dis-je

" Non. Tu n'as pas le droit de faire ça ! ", disait Alicia

Elle était levée et me regardait d'un regard noir.

" Grace est mineure, elle ne peut pas être ici ", rajoutait-elle

" Son père le Gouverneur Florrick a signé l'autorisation ", dis-je au juge

" Je refuse ", criait Alicia

" S'il vous plaît Madame Canavaugh ", grondait le juge

Grace Florrick s'avançait timidement tandis que le spécialiste partait. Elle prenait place sur la chaise des témoins.

" Durant les mois de

" Ne lui parle pas ! ", criait Alicia

Le juge frappait avec son marteau.

" Madame Canavaugh, si vous souhaitez rester ici, je vous conseille de vous taire ", lui dit le juge

Alicia se ravisait.

" Il vaut mieux pour elle, c'est la dernière fois qu'elle me voit ", dit Grace en regardant sa mère d'un ton déterminé qui m'en donne des frissons

" Poursuivez, Maître ", me dit le juge

" Durant les mois de mai à décembre de l'année 2011, c'est-à-dire la durée de notre relation, as-tu remarqué un changement de la personnalité chez ta mère ?", lui demandais-je

" Objection ! Grace n'est pas habilitée à répondre à la question, elle n'est ni psychologue ni psychiatre ", dit l'avocat

" Mais elle est mieux placée pour y répondre. Aucun psychologue ou psychiatre n'était là et je pense que Grace est tout à fait capable de voir si une personne est heureuse ou non "

" Rejetée "

" Alicia était beaucoup plus heureuse et je pensais que c'était parce que notre père ne vivait plus à la maison. Elle était beaucoup plus souriante, plus cool avec mon frère et moi, moins sur les nerfs et ... c'était comme si elle était amoureuse. Comme avant le scandale de Papa "

Je ne disais rien. Elle avait l'air de vouloir dire quelque chose d'autre. Et je notais surtout qu'elle nommait encore sa mère par son prénom, chose qu'Alicia doit trouver insupportable à entendre.

" J'avais surpris une conversation qu'elle a eu avec vous la première année où elle travaillait dans votre cabinet. Vous parliez de Georgetown et Alicia me donnait l'impression qu'elle regrettait la vie qu'elle avait eu avec Papa, elle se convainquait que sa vie était mieux que celle qu'elle aura pu avoir avec vous. Puis un soir, avec Zach, mon frère, nous avons demandé à Alicia qui était Will Gardner et la relation qu'elle entretenait. Elle a juste répondu que vous étiez son patron, qu'il y a une attirance quand vous étiez jeunes et qu'il n'y a plus rien depuis puis elle a cessé la conversation d'un coup. Avec Zach, nous avons conclu qu'il y avait toujours quelque chose "

" Ce ne sont que des suppositions. Ma cliente tentait de paraître heureuse face aux viols à répétition de cet homme ", dit l'avocat en me pointant du doigt

" Merci beaucoup Grace. J'appelle le spécialiste Monsieur McKindley "

Grace se levait et partait sans un regard vers sa mère mais un pour moi avec le sourire. Mon spécialiste s'installait. La place devait être chaude maintenant. Je lui mettais une bande son provenant de mon téléphone qui avait involontairement déclenché l'enregistrement vocal lors de notre première nuit, sans doute trop pressé pour s'aimer cette nuit, trop pressé à savourer l'instant.

" C'est la première fois que je vais faire l'amour avec un autre homme que Peter ", dit-elle

" Tu peux tout arrêter si tu veux. Je ne t'en voudrais pas ", lui dis-je

" Non. Je le veux. Je te veux "

" Alors tu m'as "

Nous pouvons entendre des bruits fait par des baisers. J'arrêtais le magnétophone.

" Pouvez-vous dire qui sont les personnes que nous entendons ? "

" Elles ont été identifiées comme étant celles de Will Gardner et Alicia Canavaugh. Pour savoir si ce sont elles, nous avons comparé la voix de cet enregistrement avec un échantillon d'une interview que Madame Canavaugh a donné et pour la vôtre, vous nous avez donné un échantillon pour que nous puissions en faire de même. Nous considérons que chaque voix est unique, comme l'ADN. Nous comparons les variations de voix avec un appareil de haute technologie et pouvons affirmer ou infirmer à qui elle appartient "

" Donc nous sommes sûrs à 100 % que les deux personnes que nous entendons sont Madame Canavaugh et Monsieur Gardner, moi-même autrement dit ? "

" Sans aucun doute ", confirme-t-il

" Merci beaucoup monsieur "

" Nous ne savons pas quand a eu cet enregistrement ", dit l'avocat.

J'allais à mon bureau et donnait une feuille à l'avocat ainsi qu'au juge.

" La capture d'écran de mon téléphone indiquant la date et l'heure de cette conversation qui correspondait à celle de la vidéo lorsque nous entrons dans la chambre "

Le juge autorisait mon témoin à partir.

" Je demande Madame Florrick en tant que témoin ", déclarais-je

" Madame Canavaugh ", corrigeait le juge

Qu'importe, c'est la même personne.

" Oui, Madame Alicia Canavaugh "

Elle se levait difficilement, s'approchait avec hésitation jusqu'à la chaise en prenant le soin de bien m'écarter de moi, le corps voûté, la tête baissée. Je lui aurais donné son Oscar pour cette interprétation magistrale d'une victime face à son bourreau. Je restais loin d'elle pour ne pas lui mettre de pression, pour me contenir de l'étrangler surtout. Ma dernière carte, celle que je ne veux pas sortir. Par respect pour Alicia. Par respect pour moi. Mais elle est si convaincante que je me demande si je ne l'ai pas violée. Je pouvais l'entendre raconter son histoire quand j'ai lu la retranscription du procès. Je n'ai plus le choix. Le jury est facilement impressionnable, je ne pourrais pas être sûr d'être libre. Je veux qu'Alicia annule sa plainte. Plainte infondée sur des accusations imaginaires basées des faits réels. Je ne voulais pas lui poser la question qui annulerait tout. Pas encore. Je mettais une vidéo.

Alicia me filmait. Nous étions chez moi. Dans mon lit. J'avais les yeux fermés.

" Le repos du guerrier "

Je souriais et ouvrais les yeux, découvrant l'appareil.

" Alicia ! "

Je mettais la couette sur moi pour me cacher.

" Will ! "

Alicia enlevait la couette et s'asseyait sur moi. Je prenais l'oreiller et le mettais sur moi.

" Je vais filmer autre chose alors "

J'enlevais l'oreiller.

" Comment ça se fait que tu aies un appareil photo aussi bien ? "

" Ma soeur me l'a offert "

" Ta soeur ? Comment elle est dans ta soeur ? "

" Elle est ... marrante. Elle m'offre toujours des trucs qu'elle sait dont je ne me servirais pas pour qu'elle puisse ensuite les prendre "

Alicia rit.

" Et si on se faisait un film ? "

" Quel genre de film ? "

" Devine "

" Je ne suis pas beau aujourd'hui "

" Tu n'es pas beau ? "

" Non, pas aujourd'hui. Toi, tu es magnifique aujourd'hui comme tous les jours "

Je lui prenais l'appareil et la filmais. Elle venait dans mes bras.

" Je pourrais filmer ton dos avec un doigt effleurant ta peau qui ferait relever tes poils à mon passage jusqu'à tes fesses "

Elle se redressait.

" Ou filmer cette vue là. Cette femme assise sur moi, ses seins qui pointent comme un appel au pêché, ce cou qui ne demande qu'une tête qui s'y plonge "

Je filmais toujours. Son visage, toujours.

" Tu ne peux pas "

" Pourquoi ? "

" J'ai besoin de tes deux mains sur mon corps "

Je l'embrassais.

" Tu n'es pas d'accord pour qu'on se filme ? ", me demande-t-elle

" Pourquoi veux-tu qu'on se filme ? "

" Pour nous regarder ensuite, voir nous faire l'amour sous un angle objectif "

" Tu as toujours des idées bizarres "

" Mais je n'aimerai pas savoir que la caméra tourne, ça ne ferait pas naturel. Tu devrais la cacher quelque part sans me dire que nous nous sommes filmer. Je t'en donne l'autorisation "

" Je ne le ferai pas. Je n'aime pas cette idée "

" Je t'en donne tout de même l'autorisation. Si tu changes d'avis "

Elle posait sa main sur l'appareil photo.

" Eteins-le "

" Je ne sais pas comment on l'éteint "

" Donne-le moi "

" Non "

" Maître Will Gardner, veuillez me donner cet appareil photo "

" Maître Will Gardner ? Qui est-ce ? Ton amant ? "

" Oui, amant pas terrible. Je te le déconseille "

" Tu dis ça pour l'avoir rien que pour toi "

" Il est nul au lit, tu n'imagines pas à quel point "

Nous rions.

" Tu es tellement demandeuse qu'il ne peut se consacrer qu'à toi "

" Il répond tellement bien à la demande "

" Je croyais qu'il était nul au lit "

" Il fait des progrès grâce à moi "

" Ce n'est pas plutôt l'inverse ? "

" Tais-toi "

Elle posait une main sur ma bouche et me regardait avec son sourire aux lèvres. Je baissais ma caméra et filmais sa gorge. Elle remontait l'appareil.

" Will Gardner ! "

" Il est où ? "

" Je ne sais pas, je ne le sens pas "

Je riais de vive voix. Elle prenait l'appareil photo et me filmait.

" Oh mais que vois-je ? Will Gardner ! "

Je tournais ma tête pour regarder le mur.

" Où ça ? Moi, je ne vois rien "

Elle rit. Je la regarde en souriant. Elle cesse de rire.

" Toi "

J'arrêtais la vidéo. Alicia avait le regard fixée sur la télévision.

" Alicia, t'ai-je violée ? "

J'ai envie de lui crier de dire la vérité, de dire au monde que tout ça est de la connerie, que tout ça ne sert qu'à me détruire mais aussi elle.

" Tu m'as violée ", me dit-elle dans les yeux

J'en reste scotché. Si longtemps que le juge me réveille.

" Maître Gardner ? Autre chose ? ", demande le juge

Putain. Je me pose contre mon bureau. Long silence. Je ne la regardais pas, je pouvais la tuer. Je regardais mes pieds, comme si l'enfer s'ouvrait davantage à moi. Je n'en peux plus. Je lui montre, je monte au monde entier que notre relation était consentie. Je voulais partir, tout laisser tomber. Si j'avais eu une arme, elle serait posée sur ma tempe.

" Avez-vous d'autres questions, Maître Gardner ? ", me redemande le juge

J'ai tant de questions mais il y en a qu'une que j'ai envie de poser : pourquoi ?

" Maître Gardner ? "

Qu'elle admette que je ne l'ai jamais violée. Je fermais les yeux et respirais profondément. J'avais envie de dire à Alicia qu'il n'était pas trop tard, qu'elle pouvait faire marche arrière. Mais toutes les preuves étaient un appel et un avertissement à la dernière. La dernière que je ne pensais pas utiliser. Que la presse à scandales ouvre la bouche, je la nourris. Encore. A contre coeur. Je démarrais la vidéo. Je ne la regardais pas. J'avais honte. Pas de moi mais de ce qu'Alicia me faisait faire pour que je lui prouve son innocence.

Vue d'ensemble parfaite sur ma chambre. Alicia et moi, nous nous embrassons au pied du lit et allons sur le lit.

" Tu aurais pu m'ouvrir la porte tout nu "

" Je suis toujours prêt à l'emploi "

Elle place sa main sur mon sexe.

" Je sens ça "

Nous sourions et nous nous embrassons. Elle s'empresse de déboutonner mon pantalon. Je m'allonge entièrement sur elle, bloquant ses mains entre elle et moi.

" Will "

" Prenons notre temps "

" Tu vas me faire languir comme d'habitude. Faut bien que je me presse quelque part "

Je l'embrasse puis m'agenouille.

" Fais ce que tu as à faire "

Elle enlève mon t-shirt après m'avoir embrassé d'un rapide baiser comme un merci.

" Ce t-shirt blanc, va falloir l'abandonner "

Elle passe à mon pantalon.

" Enlève-le aussi "

" Non. Fais-le "

" Quand je te dis que tu me fais languir "

Je la porte sur moi, l'embrasse, la soulève et l'allonge sur le lit où je lui arrache son chemisier, la faisant se cambrer et découvrant un soutien-gorge en dentelle noir.

" Pourquoi mettre d'aussi belles choses si c'est pour les voir détruites ainsi ? Ne te donne pas autant de peine. Viens nue la prochaine fois Alicia "

" Nue sous mon manteau rouge ? "

" Toute nue sans manteau rouge ni chaussures. La nudité te va très bien "

Je l'embrasse sur le ventre en remontant jusqu'à ses seins, mes mains sous elle à lui dégrafer le soutien-gorge. Elle enroule mes hanches de ses jambes et pousse vers le bas mon pantalon récalcitrant avec ses pieds et passant délicatement ses ongles sur mon dos. Je lui enlève le soutien-gorge et remonte jusqu'à son visage, plantant mon regard dans le sien, mon front contre le sien.

" Je vais te faire languir "

" Non ! Will ! "

Elle se tortille sous mon corps. Elle pousse de ses mains mon boxer vers le bas, mettant mes fesses nues qu'elle pétrissait de ses mains expertes puis me donnait une fessée. Je riais.

" Will ", dit-elle dans la plainte

Elle cesse de bouger. Nous nous regardons un moment silencieusement.

" S'il te plaît ", chuchote-t-elle

Puis nous nous embrassons passionnément.

Je levais la tête discrètement et regardais Alicia. Elle a les larmes aux yeux en regardant la vidéo. Je mettais la vidéo sur pause. Il y avait un silence absolu. Les regards suspendus à la télévision. Le public veut la suite. Je n'avais rien à dire. Tout a été dit.

" Je pensais que cette idée ne te plaisait pas ", me dit Alicia

Je la regarde. Il était là, son aveu.

" Elle ne m'a jamais plu. Mais pour te faire plaisir, je l'ai fait "

" Tu pourras me donner la vidéo ? ", me demandait-elle

Je hochais négativement la tête.

" Pourquoi tu ne me l'as jamais montrée ? "

" Je n'ai pas eu le temps. Tu as rompu la semaine suivante "

" Si j'ai rompu avec toi, c'est parce que je tenais à toi. J'ai eu peur de toi, d'être avec toi. Tu ne sais pas à quel point c'est effrayant de se rendre compte un jour que celui qui travaille avec toi, avec qui tu fais l'amour juste pour le sexe est juste celui dont tu as besoin, qu'il était là depuis de nombreuses années, à attendre son tour parce qu'il est respectueux. Tu es l'homme de ma vie Will "

Si elle avait prononcé ses paroles il y a quelques mois, j'aurais pu la demander en mariage. Mais je ne croyais plus.

" Je demande un arrangement ", dit l'avocat d'Alicia

" Le seul arrangement possible est l'annulation des plaintes à mon encontre ", dis-je fermement

" Annulons tout ", dit Alicia

" C'est avec grand plaisir que j'annule ce procès ", dit le juge en tapant son marteau

Le soulagement.

" Je suis désolée Will ", me dit Alicia

Je ne voulais pas d'excuses, c'était le dernier de mes soucis. Je rangeais mes affaires et partait, avant que le public ne comprenne quoi que ce soit, avant que la presse ne s'en mêle. Une fois la porte atteinte, je marchais rapidement dans le tribunal, je sortais du tribunal par une porte que j'avais repéré que les employés utilisaient. Je sortais et courais.