Bien le bonjour. J'ai encore oublié de poster hier. Pour ma défense, je suis malade. Et dire qu'il me reste encore une semaine à bosser avant de pouvoir me reposer, je dépéris d'avance... Bref. Je tiens à remercier tout le monde pour les reviews qui m'ont été transmises, même si je n'ai pas eu le temps d'y répondre. Je les ai lues, et elles m'ont fait chaud au cœur, alors merci beaucoup.

Dernier chapitre (à peine bâclé) de cette petite fiction où, pour une fois, tout est bien qui finit bien - oui on m'a dit que je faisais trop de drames et de morts, etc, et qu'il fallait que j'essaye de faire un happy-end, pour une fois. Alors voilà. Un happy-end. Vous vous rendrez très vite compte que je suis bien meilleure dans les effusions de sang, les morts tragiques, et autres trucs du même genre. Parce que là...

Je vous souhaite quand même une bonne lecture, en espérant que ca vous plaise malgré tout.


Maison Close

Chapitre 4 : Libertés retrouvées


Assis sur son sofa, Aidan ne savait pas quoi faire pour calmer les pleurs d'Evangeline. La jeune femme avait débarqué chez lui à une heure trop matinale pour que ce soit bienséant, et avait immédiatement fondu en larmes en l'apercevant. Il lui avait proposé toute sorte de boissons chaudes puis, devant ses refus successifs, une petite goutte de whiskey qu'elle avait une fois encore refusé, avec un petit rire cette fois-ci. Il lui avait néanmoins proposé une petite assiette de cookies mais, étrangement, la simple idée d'avaler quoi que ce soit de solide avait semblé lui soulever le coeur. Et depuis, ils étaient là, dans le salon. Lui à tenter tous les moyens qu'il avait développé au cours des années passées seul avec sa petite soeur pour calmer sa jeune fiancée, et elle à pleurer en refusant obstinément de lui dire ce qui la mettait dans un tel état de bouleversement. Jusqu'à ce qu'elle semble prendre une décision radicale et quitte le confort de son épaule pour se lever et marcher de long en large devant lui en tordant ses mains fines et pâles. Aidan croisa les jambes et attendit qu'elle parle en la suivant du regard, la soumettant sans même le vouloir à un examen attentif.

Elle avait pris un peu de poids mais, loin de l'enlaidir, cela lui allait bien. Ses formes étaient plus pleines : ses hanches plus rebondies, ses fesses plus rondes et sa poitrine autrement plus alléchante. Ses longs cheveux bruns, pour une fois libérés des multiples épingles que sa domestique s'amusait à enfoncer dans la masse épaisse de sa chevelure pour la faire tenir correctement sur sa tête, coulaient en vagues soyeuses sur ses épaules fines, jusqu'au creux de ses reins. Et ses beaux yeux mordorés, s'ils luisaient d'inquiétude, brillaient plus fort que jamais. Mais cela, c'était à cause des larmes qui n'attendaient que de couler. Un visage aux traits fins, des joues délicatement rougies par l'acidité de ses pleures, des lèvres pleines et naturellement souriantes. Cette femme était très belle et, après plusieurs mois à la côtoyer assidument, d'une intelligence vive. Elle était aussi dotée d'un caractère affirmé et ne souffrait pas que quiconque, et surtout pas un homme, lui dise comment mener son existence. Elle savait quel était son devoir et s'y pliait gracieusement. Il se rendit soudainement compte que l'épouser et la mettre dans son lit ne serait certainement pas un tel sacrifice s'il n'était pas déjà éperdument amoureux.

- Aidan, il faut que je vous avoue quelque chose.

Ca s'annoncait mal. Il n'était pas doté d'un humour particulièrement ravageur, c'était surtout Martin le boute-en-train de la bande, qui était relayé par Richard et son humour noir et cynique un peu dérangeant, mais lui n'était pas vraiment spécialiste de la chose. Cependant, puisqu'elle semblait au bord de la crise de nerf, il décida d'essayer de la détendre en lançant un trait d'humour qui, il l'espérait, la ferait sourire.

- Que vous arrive-t-il, ma chère ? A part m'annoncer que vous êtes enceinte, je ne vois vraiment pas ce qui nécessite de vous mettre dans un tel état !

Il partit d'un rire léger tant l'idée lui semblait absurde mais, rapidement, son rire s'éteignit. Elle le fixait, éperdue, et les larmes dévalaient de nouveau ses joues. L'air catastrophé qui s'était peint sur son beau visage lui retourna l'estomac.

- Nom de Dieu, vous êtes enceinte ? s'écria-t-il en se redressa brusquement, faisant voler sa tasse de thé au sol.

Pour le coup, il ne savait plus quoi dire. Etait-ce un signe ? Ou bien un miracle ? Cela faisait des mois, six plus exactement, qu'il cherchait un moyen honorable mais définitif de briser ses fiancailles avec la ravissante Evangeline. Depuis qu'il avait rencontré Dean, en réalité. Il n'avait pas pu s'empêcher de retourner le voir. La première fois pour s'assurer qu'il allait bien. La seconde pour le simple plaisir de le voir. La troisième parce qu'il lui manquait. La quatrième, simplement parce qu'il en avait envie. Chaque fois, il lui avait fait l'amour et lui avait juré qu'il trouverait un moyen de rompre son engagement auprès de sa fiancée, ce que son beau petit garçon aux blonds cheveux le suppliait de ne pas faire. Mais Aidan était irlandais, n'est-ce pas, et on ne disait jamais quoi faire à un irlandais. Les anglais s'y étaient essayés, et s'y étaient cassés les dents. Alors ce n'était pas un petit néo-zélandais qui allait dicter son existence. En cela, Evangeline et lui se ressemblaient. Plein de compassion pour la jeune femme, il se leva de son sofa et la prit dans ses bras. Ne s'attendant visiblement pas à cette réaction, elle explosa en sanglots déchirants, s'accrochant à lui comme à une planche de salut dans la tempête. Il lui caressa les cheveux et la fit assoir.

- Racontez moi tout, ma chère.

Alors, ses reniflements entrecoupant son récit, elle raconta.

Elle aimait l'équitation et passait beaucoup de temps auprès de ses chevaux. Fatalement, elle connaissait les palefreniers de son père mieux que quiconque et les considérait, malgré leur rang inférieur, comme de véritables amis. C'est ainsi qu'elle avait rencontré Luke. Légèrement plus âgé qu'elle, animé de la même passion pour l'équitation et les chevaux, ils avaient passé beaucoup de temps ensemble, et c'était toujours lui qui l'accompagnait lorsqu'elle partait se promener en ville ou dans les environs du vaste domaine de son père où ils se retranchaient quand la Saison était terminée. Ils avaient noué des liens forts et, au fur et à mesure de leurs discussions et des années qui s'écoulaient, ses sentiments avaient évolué pour se muer en un amour profond et véritable. Néanmoins, consciente de son rang, et du sien, elle avait pris ses distances parce que son père n'approuverait jamais la plus petite relation entre eux, et elle aimait trop son père pour vouloir l'incommoder. Malgré sa résolution, la séparation qu'elle leur avait imposé avait fini par lui peser, jusqu'à lui ôter toute envie de vivre. Elle passait son temps recluse dans sa chambre à lire, loin des chevaux et de l'homme qu'elle aimait tant. Jusqu'à ce que l'absence soit trop difficile à supporter. Juste le voir, de loin, suffirait amplement, s'était-elle dit. Juste une fois, et elle retournerait dans sa chambre sans demander son reste. Mais il l'avait vu, et l'avait poursuivie dans les jardins pour lui parler. Quand il l'avait rattrapée, ils s'étaient disputés et, le coeur brisé, elle s'était enfui. Mais elle était revenue, deux jours plus tard, et il l'attendait avec un bouquet de fleurs sauvages. Ils avaient fait l'amour pour la première fois, après des années d'amour dissimulé, dans un petit bosquet du bois qui entourait le domaine de son père. Cela faisait un an. Et ils se voyaient depuis, ponctuellement. En vérité, c'était un miracle qu'elle ne soit pas tombée enceinte avant, car elle ne connaissait aucune des méthodes qu'utilisaient les courtisanes du demi-monde ou les prostituées des maisons closes pour ne pas enfanter, et ne savait pas à qui demander conseil. Elle était désormais dans une situation des plus fâcheuses et n'avait pas su vers qui se tourner, à part lui. Elle le considérait, après tout, comme un véritable ami, et espérait trouver conseils et réconfort. Elle comprenait, assura-t-elle, que la situation dans laquelle ils étaient, leurs fiançailles en bref, rendait la situation plus difficile, voir inextricable. Mais elle comptait sur sa compréhension.

Aidan, après son récit, se demandait s'il ne devait pas l'embrasser. Cette jeune fille, dans sa détresse, leur rendait à tout deux un service inestimable. Il ne put empêcher un sourire d'étirer ses lèvres et, très vite, ce fut un rire soulagé et heureux qui lui échappa. Il se laissa retomber contre les coussins du sofa en portant une main à ses yeux pour empêcher les larmes de joie de couler. Evangeline crut, à tort, qu'il se moquait d'elle et se leva, très digne, en sifflant qu'elle s'excusait du dérangement et se débrouillerait seule. Il lui prit la main et la ramena auprès de lui en s'excusant platement.

- En vérité, mon amie, vous n'imaginez pas l'immense plaisir que vous me faites.

La jeune fille écarquilla les yeux, ne comprenant pas comment un homme pouvait être heureux d'apprendre que sa fiancée était enceinte d'un autre. Soudainement suspicieuse, elle se rassit sur le sofa et croisa les mains sur son giron, attendant la suite.

- Vous comprenez que je ne peux plus vous épouser dans de telles conditions, n'est-ce pas ? se risqua-t-il d'un air incertain.

La jeune fille soupira avec un soulagement non feint et se laissa aller contre le dossier dans une attitude si peu gracieuse qu'Evangeline lui sembla beaucoup plus agréable et abordable.

- J'avais peur que vous ne changiez pas d'avis. Oh, merci, Aidan, merci ! Je vais pouvoir épouser Luke, comme nous en rêvions !

- Attendez un instant. Evangeline, comment vivrez-vous ? Et votre enfant, comment l'élèverez-vous ? Votre père ne voudra jamais de ce mariage, et votre amant va sûrement être renvoyé quand sa paternité sera connue. Vous allez être déshéritée et vous n'aurez plus rien.

Le front de la jeune fille se plissa soucieusement, mais elle lui expliqua qu'elle avait déjà pensé à ca. Elle disposait d'une petite somme qu'elle avait mise de côté sur l'argent que lui fournissait son père pour s'acheter de nouvelles robes, et qui s'élevait maintenant à une petite fortune. Suffisante, du moins, pour faire vivre une famille de trois personnes le temps que Luke retrouve du travail. A la campagne, peut-être.

- Où comptez-vous vous marier ? Vous n'êtes pas encore majeure, et on ne vous donnera pas de dispense de mariage sans l'assentiment de votre père.

- Gretna Green, dit-elle sur le ton de l'évidence.

Gretna Green était une vile située à la frontière de l'Angleterre et de l'Ecosse, mais résolument écossaise. Là-bas, les jeunes filles pouvaient se marier sans l'accord de leurs responsables légaux, autrement dit leur père, et les mariages étaient officiellement valables. Là-bas, Evangeline pourrait épouser son palefrenier sans problèmes, loin de son terrible père et des mauvaises langues de la bonne société londonienne.

- C'est extrêmement loin, Evangeline, tenta quand même Aidan.

- Ca ne nous fait pas peur. Nous sommes prêts à tout pour nous marier.

Aidan sourit avec douceur à la jeune femme romantique et naïve qui lui faisait face. Elle lui faisait penser à sa petite soeur. Il se leva, un air décidé sur le visage, et aida sa fiancée à faire de même avant de la raccompagner à la porte. Tout en marchant, il lui expliqua le plan qui commençait à germer dans son esprit, sous le regard étonné et reconnaissant de la jeune Evangeline.

- Pourquoi feriez-vous ca pour moi ? demanda-t-elle en enfilant son manteau et ses gants avant de se saisir de son parapluie.

- Parce que j'ai beaucoup d'affection pour vous, ma chère. Et que je ne vous laisserai pas courir les rues et la campagne alors que j'ai les moyens de vous aider, vous et votre futur époux.


Le lendemain matin, bien avant l'aurore, Evangeline se présenta chez lui avec un petit sac de voyage, vêtue de ses vêtements les plus sobres, et accompagnée d'un jeune homme qui, Aidan le devina à l'air profondément amoureux qu'il arborait en regardant la jeune fille, devait être Luke. Il avait tout préparé et, dans la cour de sa demeure attendait déjà la plus confortable, et la moins reconnaissable, de ses voitures. Il aida sa fiancée à monter dans l'habitacle et serra la main du jeune homme. Il les regarda partir à vive allure, dans les rayons pâles de l'aube, avec le sentiment du devoir accompli. Il faudrait plusieurs jours pour atteindre la frontière écossaise et Gretna Green. Il s'écoulerait peut-être un mois avant qu'ils ne reviennent dans la capitale anglaise, dûment mariés. C'état largement suffisant pour mettre en oeuvre la dernière partie de son plan.

Ne se souciant pas de l'heure exagérément matinale, Aidan enfila son manteau et son haut-de-forme, et s'en alla d'un bon pas rendre visite à son ami Martin.

Son ami l'accueillit avec mauvaise humeur. Il était sept heures du matin, et il s'était couché seulement trois heures auparavant. Autant dire qu'il était à prendre avec des pincettes. Néanmoins, il avait fait l'effort de se lever pour lui, ce qui était un signe encourageant. L'irlandais s'assit tranquillement sur le sofa et accepta une tasse de thé tandis que son ami s'affalait dans un fauteuil en demandant d'une voix plaintive à son majordome de lui amener un café serré. Très serré. Le pauvre Martin était dans un état de délabrement avancé qui faisait peine à voir. Il semblait bien qu'il avait très mal supporter le départ de Richard, plus qu'Aidan lui-même. Son meilleur ami et camarade de beuverie s'en était allé loin de lui, et il n'avait plus personne sur l'épaule de qui pleurer. Ne lui restait qu'Aidan, et il pouvait difficilement se confier à Aidan, dans sa situation.

- Que puis-je pour toi, mon ami ? demanda néanmoins l'anglais en se rappelant les bonnes manières.

- Je me souviens que ta gouvernante t'a abandonné il y a quelques mois, et que tu n'as trouvé personne pour la remplacer, n'est-ce pas ? Je le savais, continua l'Irlandais sans même attendre de réponse. J'ai quelqu'un à te proposer et, bien sûr, tu vas la prendre à ton service sans discuter.

Martin haussa les sourcils. Depuis quand Aidan se prenait-il pour Richard, à commander tout son petit monde de cette manière ? Ne manquait plus que la canne pour que le portrait soit complet. Mais le petit irlandais n'avait pas la carrure du Comte de Leicester, et il ne l'impressionnait pas du tout. Surtout qu'il était de mauvaise humeur.

- Allons bon, ricana-t-il en tapotant un rythme sec sur les accoudoirs de son fauteuil. Et pourquoi ferais-je ca, je te prie ?

- Parce que je te le demande, pardi ! s'étonna Aidan en ouvrant de grands yeux.

Ce garçon ne doutait de rien. C'en était effrayant. Il semblait réellement persuadé qu'il allait se plier à sa volonté simplement parce qu'il en faisait la demande, et le tout avec une sincérité et une honnêteté qui frôlait la naïveté. Une idée percuta l'esprit de Martin avec une violence tout à fait inacceptable pour sa gueule de bois. Un sourire démesuré se peignit sur son visage, inquiétant fortement son ami irlandais, avant de disparaître pour laisser place à un air calculateur de fort mauvaise augure.

- J'accepte de prendre la fille, qui qu'elle soit, à mon service, mais à une seule condition. Un tel cadeau ne peut pas être gratuit, tu t'en doutes.

- Je t'écoute.

Martin se pencha en avant, l'air soudain mortellement sérieux.

- Je veux ta soeur.


Il s'était peut-être un peu mis en colère. Voir même beaucoup. Le nez de Martin ne s'en remettrait pas de sitôt. De même que son peignoire de velours. Et son entrejambe, accessoirement. Il n'aurait pas dû lui jeter sa tasse de thé brûlante au visage, il en convenait parfaitement. Mais il l'avait cherché. Lui dire ca se but en blanc, à quoi Martin s'attendait-il ? Bien sûr qu'il avait mal réagi, et de manière excessive, mais tout de même ! Sa soeur n'était pas une foutue jument qu'on se passe de haras en haras ! Comment pouvait-il deviner, lui, que son ami parlait de mariage ? La proximité de Richard l'avait habitué à des actions beaucoup moins nobles et il avait simplement pensé que le pauvre Martin voulait mettre sa petite Maelys dans son lit avant de la lui rendre irrémédiablement souillée. Alors, il lui avait jeté sa tasse au visage, tout simplement. La porcelaine avait explosé à l'impact, en même temps que le nez de Martin, qui se retrouvait avec un visage de boxeur fort peu protocolaire qui, selon Maelys, lui donnait l'air d'un guerrier des temps anciens, ceux dont elle raffolait et qui étaient si "romantiques". Evidemment, le liquide odorant s'était renversé sur le peignoir, et sur les jambes de son ami. Le hurlement que Martin avait poussé avait de quoi réveiller un mort. Mais fort heureusement, d'après le majordome impassible auquel Aidan avait demandé des nouvelles de sa victime, ses parties génitales n'avaient pas trop souffert. Peut-être pourrait-il encore avoir une descendance. Après que son ami lui eut expliqué ce qu'il entendait par "vouloir" sa soeur, Aidan s'était excusé platement, tout de même il n'était pas un sauvage, et les négociations avaient repris. Si bien qu'il avait non seulement obtenu pour Evangeline une place de gouvernante dans une maison riche et noble, si bien qu'elle ne serait pas dépaysée et bénéficierait d'un cadre de vie quasiment semblable à ce qu'elle avait connu toute sa vie, mais aussi une place de palefrenier pour son mari Luke. Leur enfant irait à l'école et pourrait, lorsqu'il serait en âge, travailler pour l'employeur de ses parents. Tout était bien qui finissait bien. Aussi était-il souriant lorsqu'il entra d'un bon pas dans l'Hôtel Cavendish et demanda d'une voix joyeuse à la jeune gouvernante qu'il avait aidé, quelques six mois auparavant, de le mener à Dean. La nouvelle lui fit l'effet d'un coup de marteau sur le crâne.

- Dean n'est plus ici, monsieur. Il a repris sa liberté.

Il eut la sensation que le monde s'écroulait autour de lui.

Il avait eu beau chercher toute la journée, il n'avait pas retrouvé la trace de Dean. Il s'était alors enfermé dans son club et s'était enivré de l'alcool qu'il vendait, jusqu'à ce plus savoir son propre nom, ni l'endroit où il vivait. Ce fut Martin, appelé à la rescousse par quelques amis communs, qui vint le chercher et le ramena chez lui, peu rancunier. Durant tout le chemin, il déblatéra sur son petit neo-zélandais aux blonds cheveux, expliquant à son ami combien il lui manquait et à quel point il était beau lorsqu'il souriait et que ses yeux bleus s'illuminaient. Bien sûr, il était nettement plus petit que lui, et foutrement jeune, mais l'amour n'avait pas d'âge, paraissait-il. Et il était amoureux, ca oui, très amoureux. Même s'il était parti, et qu'il l'avait laissé, même s'il avait disparu et qu'il allait se perdre, à vagabonder tout seul dans les rues malfamées de Londres. Martin l'écouta parler et, quand cela était nécessaire, l'empêcha de repartir à la recherche de Dean. "Tu continueras demain, quand tu seras sobre". En vérité, il n'eurent même pas à attendre le lendemain.

Maelys, les sourcils fronçés devant l'état d'ébriété avancé de son frère, aida son tout nouveau fiancé à porter un Aidan plus bavard que jamais jusqu'à sa chambre. La montée de l'escalier fut difficile et dangereuse, notamment parce qu'Aidan voulut repartir chercher encore un peu dans les rues, au moins jusqu'à ce que le soleil se lève, et qu'il faillit faire tomber sa soeur. Néanmoins, ils arrivèrent à bon port, et le jeune irlandais tomba endormi à peine sa tête posée sur l'oreiller. Maelys raccompagna Martin jusqu'à la porte, le remerciant pour son aide et lui assurant qu'elle veillerait sur son frère et le sermonnerait correctement dès que sa gueule de bois serait passée. Ils échangèrent un baiser chaste et timide sur le pas de la porte et, alors que le noble s'enhardissait à la prendre dans ses bras, un raclement de gorge léger les sépara. Un jeune homme aux cheveux blonds, de petite taille et maigre à faire peur, le visage baissé et à moitié plongé dans les ombres nocturnes, s'excusa platement de les déranger et demanda à voir Aidan Turner, qui lui avait dit vivre ici. Si Maelys sembla effrayée de voir ce parfait inconnu venir chez eux à cette heure de la nuit, Martin, lui, devina immédiatement de qui il s'agissait.

- Vous êtes ? demanda-t-il néanmoins, par acquis de conscience.

Le garçon releva la tête, et ses yeux bleus cernés de noir lui révélèrent tout ce qu'il avait besoin de savoir. Le garçon lui dédia un sourire fatigué.

- Dean O'Gorman. Je suis un... ami... de monsieur Turner.


La fatigue et l'alcool combinés ne faisaient pas bon ménage. Son esprit, embrumé et fragilisé, lui jouait des tours. Mais ces songes étaient si beaux, si lumineux, qu'il commença lentement mais sûrement à les préférer à la réalité. Dean était auprès de lui. Fatigué, les yeux cernés de noir, mais plus beau encore que dans ses souvenirs. Oh, il avait bien conscience que c'était son esprit qui l'embelissait un peu plus pour mieux l'accrocher, mais il se laissait prendre au piège de son plein gré, et avec plaisir encore en plus. Souriant, il leva la main et effleura le visage mince de son fantasme, savourant la douceur de sa peau encore humide de pluie. Il pouvait voir quelques gouttes perler à ses cils clairs, comme des larmes d'eau claire qu'il refuserait de laisser couler. Il constata, avec un train de retard, que son visage était extrêmement pâle, ses lèvres livides et son regard, plus bleu que les mers des caraïbes, si plein d'inquiétude qu'il eut envie de le prendre dans ses bras pour le rassurer. Il amorça le mouvement mais une main, douce et ferme, posée sur son torse l'obligea à se rallonger sur ses draps froissés. Une voix basse lui parvint, mais il ne réussit pas à en saisir les mots. Il ne perçut que la douceur qui en émanait, et accepta de se laisser faire. Des mains froides le débarassèrent de ses bottes, de son pantalon et de sa chemise, le laissant nu et frissonnant. Il se mit à trembler convulsivement malgré le feu de cheminée qui chauffait la pièce, et se recroquevilla sur lui-même à la recherche d'une petite étincelle de chaleur. Bientôt, une couverture épaisse et moelleuse le recouvrit, mais ne pavint pas à le réchauffer tout à fait. Les tremblements s'apaisèrent légèrement, mais ne disparurent pas. Ses dents se mirent à claquer par intermittence et il réalisa que son délire n'était peut-être pas uniquement causé par la fatigue et l'alcool. Il avait passé la journée à chercher Dean sous une pluie battante, gelé par un vent glacial. Il avait attrapé froid et la fièvre, fourbement, profitait de sa faiblesse momentanée pour s'abattre sur lui.

Un corps nu se colla contre son dos et il se retourna dans les bras fins pour se presser contre le torse fin de sa vision enchanteresse. Ses mains et ses pieds étaient glacés, mais il émanait de lui une chaleur délicieuse. Il soupira de contentement et frotta son nez contre l'arète fine de la mâchoire délicatement ombrée de poils blonds, souriant aux picotements qui en résultèrent. Ses convulsions spasmodiques se stoppèrent d'elles-mêmes et il se sentit bien et heureux. Une main, désormais chaude, passa dans ses cheveux et glissa le long de son dos, en une caresse lente et sensuelle qui éveilla son désir plus sûrement que la plus aguichante des propositions. Il leva la tête et embrassa doucement la gorge pâle avant de mordiller passivement la ligne tendue d'une épaule. Sa langue prit bientôt le relais et, s'il la trouva désagréablement pâteuse, elle suffit néanmoins à remplir son office. Alors qu'elle dérivait tranquillement sur la peau douce du buste, la main se crispa dans ses cheveux et un soupir bienheureux coula dans son oreille. Il sourit fièrement et lécha goulument la pointe durcie d'un mamelon.

- Tu n'es pas en état, Aidan.

Oh, son apparition savait parler ! Il leva des yeux assombris de fièvre et de désir pour se heurter à un regard clair incertain. Il sourit pour le rassurer, mais l'inquiétude s'imprima plus profondément sur le beau visage de son fantasme. Désappointé, il se laissa retomber sur le dos quand il le repoussa fermement, et lâcha un gémissement de désespoir.

- Tu as disparu et maintenant même mes rêves ne veulent pas qu'on soit ensemble...

- De quoi parles-tu ?

- Tu es parti, répéta-t-il d'un ton accusateur. Je suis allé te chercher, et tu étais parti.

Son rêve sourit tristement et s'excusa avant de le reprendre dans ses bras pour le serrer avec force. Aidan lui vola un baiser tandis que ses mains reprenaient l'assaut là où sa langue s'était arrêtée, murmurant d'un ton enfievré que le moins qu'il puisse faire était tout de même de le laisser lui faire l'amour en rêve, puisqu'il s'en était allé loin de lui.

- Mais Aidan, je ne suis pas parti...

- Si, tu as disparu. Tu m'as abandonné.

- Non, je... Je suis simplement allé m'acheter quelques vêtements plus corrects...

- Ca ne sert à rien, les vêtements.

Aidan enroula ses jambes autour de la taille fine de son jeune amant et ondula contre lui, gémissant en sentant le sexe dur contre le sien. Il roula encore des hanches, donnant plus d'amplitude à son mouvement, et la voix de son fantasme se mêla à la sienne. Mais bientôt, des mains s'accrochèrent à ses hanches et le repoussèrent.

- Aidan, tu es malade, arrête...

- Non !

Il rejeta les mains obstinées et, avec plus de brusquerie qu'il ne voulait en mêttre, plaqua son fantasme sur le lit pour grimper sur lui. Il récupéra un flacon d'huile parfumée sous un oreiller et en enduit consciencieusement le sexe auréolé de poils blonds avant de le guider d'une main pour le faire coulisser entre ses fesses. Il grimaça quand la tête ronde s'enfonça en lui, mais ne cessa pas d'abaisser son corps pour s'empaler lentement. Il cessa sa progression plusieurs fois, parce que la douleur était trop intense, et il lui fallut plusieurs minutes pour prendre complètement le sexe dur de son amant en lui. Dean, entre ses jambes, n'était plus que gémissements et suppliques.

- Oh putain, s'il te plaît, bouge, s'il te plaît, s'il te plaît...

Aidan sourit et commença alors à le chevaucher, avec toute la dextérité d'un cavalier expert en équitation. Il fallut peu de temps avec que son rêve éveillé ne jouisse au fond de lui, ce qui lui ft hausser les sourcils si haut qu'ils disparurent sous les boucles brunes de ses cheveux. Il pencha la tête sur le côté et un sourire amusé étira ses lèvres.

- Déjà ?

Dean ferma les yeux et cacha son visage dans ses mains, ses joue rougissant rapidement sous la morsure de la honte. Aidan rit doucement et le força à lui présenter son visage, se penchant doucement pour l'embrasser sur ses lèvres fines.

- Je t'aime.

Des doigts fins s'enroulèrent autour de son sexe et amorcèrent un mouvement de va-et-vient rapide et dur, destiné à le faire jouir rapidement. Aidan resta immobile, empalé sur le sexe mollissant de son jeune amant, à savourer les caresses enfiévrées, jusqu'à ce que sa queue vibre entre les mains de Dean et déverse un long jet blanchâtre sur le torse fin du petit garçon aux cheveux blonds. Aidan se redressa, lentement parce que ca faisait encore mal, et se rallongea auprès de sa vision, qui le prit dans ses bras en murmurant des paroles qu'il ne comprenait pas. Ses paupières papillonnèrent alors que la fatigue et la fièvre avait raison de ses forces.

- Tu vas encore partir ? Ne pars pas, s'il te plaît...

Il s'endormit avant d'entendre la réponse.

Quand il se réveilla le lendemain, le lit était vide et la place, à ses côtés, parfaitement froide. Il se laissa retomber dans ses oreillers, des larmes amères montant à ses yeux. Ce n'était qu'un rêve. Un vulgaire rêve. Dean était vraiment parti, sans un mot et sans un regard. Il était parti, et l'avait abandonné derrière lui. Puis la porte s'ouvrit en silence, laissant le passage à un jeune homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus, maigre à faire peur, qui portait un lourd plateau rempli de nourriture. Distrait de son malheur, Aidan se redressa et le regarda évoluer dans la chambre avec un regard émerveillé. Dean posa le plateau sur la table de chevet et s'assit près de lui avant de passer ses bras autour de sa nuque pour l'embrasser amoureusement.

- J'espère que tu as faim, après la nuit que tu viens de passer. Je t'ai fait du pudding. Ma mère m'en faisait toujours, quand j'étais malade.

Aidan n'avait pas faim. Son estomac était noué par l'angoisse. Dean était auprès de lui, maintenant, et si le Seigneur le voulait bien, il ne le laisserait jamais s'en aller. Mais il lui fallait lui faire part de son plan, et son jeune amant risquait de ne pas l'apprécier, maintenant qu'il avait retrouvé sa liberté et pouvait enfin profiter de Londres. Doucement, il lui prit les mains et l'attira dans ses bras.

- Il faut que je te parle de quelque chose.


Le bateau voguait à toute allure, poussé par un vent puissant, vers l'Amérique. Accoudé au bastingage, Aidan regardait les flots défiler sous lui, cherchant à percer les mystères des fonds marins par son seul regard. Sa soeur s'était mariée avec son cher Martin quelques semaines auparavant, et ils devaient être reclus dans la maison de campagne de son ami, à savourer leur tout nouveau bonheur marital. Ca avait été un beau mariage, et magnifiquement bien organisé par la nouvelle gouvernante, d'une redoutable efficacité, que le noble avait pris à son service. Enceinte jusqu'aux yeux mais plus sévère qu'un général d'armée, Evangeline avait mené tambour battant la campagne de mariage de son employeur, et guidait d'une main ferme mais conciliante la fraîche jeune fille qui faisait son entrée dans le monde dangereux de la Haute Noblesse Londonienne. Heureuse auprès de son mari, plus belle que jamais avec son ventre rond, elle avait remercié son ancien fiancé en lui permettant d'obtenir deux place sur un vaisseau en partance pour l'Amérique. Son nom, avait-elle dit avec un sourire mutin, avait encore quelque poids. Assez pour circonvenir un de ses cousins, qui avait refait sa fortune envolée dans le commerce du coton importé d'Amérique. Aidan était heureux pour elle. Et pour sa soeur et son ami.

Il était temps, maintenant, qu'il pense à son propre bonheur.

Des bras fins s'enroulèrent autour de sa taille, sans se soucier des regards insistants des matelots. Aidan tourna la tête pour croiser un regard d'azur lumineux, et le sourire éclatant qui ornait les lèvres de Dean fit naître une douce chaleur dans son coeur. Il se pencha et embrassa doucement les lèvres offertes, au mépris des regards dégoûtés posés sur eux. Il n'en avait que faire. Dean était auprès de lui, et ils voguaient rejoindre son meilleur ami, qui avait quitté l'Angleterre avec fracas plusieurs mois auparavant. Ca l'avait surpris, de constater à quel point Richard lui manquait. Son cynisme et son humour noir faisait si bien partie de sa vie que, lorsque son ami s'était envolé vers de nouveaux horizons, il s'était senti seul et, étrangement, abandonné. Souvent, il regardait sur sa droite et constater alors que la haute silhouette sombre de son ami n'y était plus lui avait laissé un goût amer. Mais c'était fini, se disait-il alors que, au loin, l'Amérique se profilait. Dean était auprès de lui, et il allait retrouver Richard. Tout était bien qui finissait bien, n'est-ce pas ?


Ils décidèrent de commencer par découvrir New York. Rien ne pressait, et Richard n'avait certainement pas fait le déplacement pour les récupérer. Il devait être bien trop occupé à profiter de son écossais pour songer une seule seconde aux nouveaux arrivants. Alors ils se baladèrent dans les rues de ce qui deviendrait un jour une des plus grandes mégalopoles du monde, et serait le fer de lance de la civiliation occidentale.

Ils se promenèrent, découvrant un lieu qui ressemblait effroyablement à ce qu'ils avaient laissé derrière eux, tout en étant étrangement dépaysant. Il sembait bien que, où qu'elle se trouve, une ville ressemblait toujours à une autre. Les Etats-Unis n'étaient pas si différents de l'Angleterre, à ceci près qu'il n'y avait pas, ici, de bonne société engoncée dans un carcan de bonnes manières bien prompte à juger les inclinations et les relations de leurs voisins.

Ils s'arrêtèrent pour dîner dans une auberge du port, pour profiter un peu de leur soirée avant de se mettre en quête de son richissime ami. Malheureusement, les matelots en permission aussi avaient décidé de se restaurer à cet endroit et, maintenant qu'ils étaient libérés de l'autorité de leur capitaine, ne trouvaient pas de bonnes raisons de ne pas emmerder les deux pédales qu'ils avaient été obligés d'emmener jusqu'ici. Ca commenca par quelques paroles acerbes lancées au travers de la pièce bondée. Puis vinrent les insultes et, enfin, le chahutage un peu trop poussé pour être innocent. Un matelot un peu plus ivre que ses camarades se permit d'attraper Dean par le bras pour le plaquer à une table avant de poser ses sales pattes sur lui, tandis que deux de ses compagnons empêchaient Aidan d'aider son amant. On lui avait appris à satisfaire les désirs de ses clients, pas à se défendre contre eux et Dean, écoeuré, eut beau essayer de se débattre, cela ne changea pas son sort. Aucun des matelots ne vit la porte s'ouvrir sur deux hommes, pas plus que les nouveaux arrivants. L'un d'eux, un géant musculeux, grinça des dents en voyant le petit blond en difficultés et, en deux pas, rejoignit le matelot inconvenant pour l'arracher au garçon et l'envoyer rouler plus loin. Aussitôt, deux autres marins s'approchèrent dans l'optique de lui passer l'envie de se mêler de leurs affaires. Alors que l'un d'entre eux levait le poing pour l'abattre sur le visage du géant aux yeux gris, quelqu'un lui tapota l'épaule pour attirer son attention. Il se retourna, surpris, et croisa un regard bleu glacé, juste avant qu'un coup de canne d'une violence extrême ne l'envoie dans l'inconscience. Son camarade se jeta sur l'homme, richement vêtu, mais n'eut jamais le temps de l'atteindre. Une main se referma sur sa nuque et l'envoya heurter durement un mur. Les deux hommes qui tenaient Aidan le libérèrent, pour s'enfuir ou pour se jeter dans la bagarre. L'un d'eux reçut un nouveau coup de canne et le second, un coup de genoux particulièrement vicieux dans l'entrejambe.

- Vous avez un don, vraiment, pour vous attirer des ennuis, vous deux... grimaca le géant avant d'aider Dean à se relever.

- Au moins, on ne s'ennuie jamais, rétorqua son compagnon en lui giflant le crâne.

Frapper les gens était une manière, comme une autre, de montrer son affection. Le géant ne s'en offusqua pas, depuis le temps il avait pris l'habitude des excentricités de son amant. Le sourire qui orna les lèvres d'Aidan, en reconnaissant les deux hommes, aurait pu illuminer tout New York par sa seule intensité. Oubliant les bonnes manières et le lieu où ils se trouvaient, il se jeta littéralement sur son ami pour le serrer contre lui. Richard, surpris par son geste, ne réagit pas immédiatement.

- Je suis content de te voir, entendit-il vaguement.

Il échangea un regard avec Graham, qui se retrouvait dans la même position que lui alors que le blond petit Dean s'était rué dans ses bras et semblait loin d'avoir envie de le lâcher. Haussant les épaules, ils leur rendirent leur étreinte.

- Moi aussi, je suis content de te voir, murmura Richard dans les cheveux bouclés de son jeune ami. Bienvenue à la maison.

Seul un éclat de rire lui répondit.


Mon dieu on dieu... Je crois que c'est la pire fin que j'ai jamais écrit... *retombe sur d'anciennes histoires non publiées ou publiées*

En fait, c'est pas si mauvais que ca ! Si, si, je vous assure ! C'est même bon, quand on regarde bien XD

Voilà, c'est sur cette petite note joyeuse que cette histoire se termine. Merci d'avoir lu et commenté.

Je vous dis à bientôt, parce que je n'ai pas dit mon dernier mot et que je continuerai à poster quelques conneries sur ce fandom =)

Bisous, et à la revoyure !

Aschen