Donc, voici, la suite. J'espace les publications en espérant trouver la motivation pour terminer le chapitre qui me manque.
« Non, je n'ai pas tué daddy », affirma Francis une nouvelle fois à Matthew et à Alfred.
Les frères du nouveau continent se faisaient énormément de soucis depuis que Francis était revenu seul du chalet Canadien. Les deux jeunes hommes semblaient perdus par ce fait, leurs yeux clairs n'arrêtaient pas de s'agiter et ils montraient des signes de nervosité évidente. Alfred ne cessait pas de rentrer et de sortir ses mains de ses poches alors que Matthew maltraitait son ours domestique en le serrant trop fort contre sa poitrine. Aucune nouvelle d'Arthur ne leur était parvenue puisque la nation anglaise devenue une très belle femme enceinte se cachait de ses dirigeants et des autres nations pour protéger le bébé à naître.
« Mais où est Arthur, demanda de nouveau Matthew d'une petite voix.
- Je n'en sais rien, répliqua Francis. Et non, je ne vous ai pas monté un bobard nous concernant pour pouvoir l'assassiner en douce ! Nous avons eu tout le temps de faire ce que nous avions à faire…
- Je suis sûr que tu l'as noyé dans le lac, se lamenta Matthew qui se sentait horriblement coupable. Je vais lancer un avis de recherche.
- Arthur est toujours vivant ! Il sera juste absent quelques temps, s'exclama Francis avant que les deux autres nations ne s'affolent.
- Combien de temps », demanda Alfred avec inquiétude.
Francis savait que mentir serait vraiment mesquin, sa survie s'en arrangerait bien mais il fallait être honnête dans la vie.
« Je n'en ai pas la moindre idée », soupira-t-il.
Apparemment, il venait de mettre mal à l'aise les deux jeunes territoires. Il n'aurait jamais dû leur avouer sa relation avec Arthur. La précipitation qui l'avait pris suite à la bataille de Yorktown lui avait joué un sale tour, il voulait tellement retrouver Arthur et lui proposer d'avoir un enfant qu'il avait été imprudent. Francis jeta un coup d'œil derrière lui pour vérifier qu'Arthur était à bonne distance d'eux. Il ne fallait pas qu'il comprenne qu'il avait vendu la mèche à leurs fils adoptifs.
« Il reviendra. Ecoutez, s'il était mort de mes mains, je serais le premier à m'en vanter ! Et franchement, je ne le ferais jamais sans témoin sous la main.
- Alors, pourquoi toutes ces guerres entre vous si ce n'est pas pour vous entredétruire ?
- C'est de la politique. Nos peuples se détestent depuis la guerre de cent ans, on ne peut plus rien y faire. Entre nous, tout va bien. On s'est fait même des cadeaux ce qui est très, très, très rare…
- Je ne veux pas connaître la nature de vos petits cadeaux, plaisanta Alfred avec un sourire amusé.
- Il vaudrait mieux pour toi que tu n'en saches rien en effet. La dernière fois que je l'ai vu, il se portait comme un charme, ce vieil aigri. »
Francis faisait très attention à ses paroles pour ne pas employer le féminin à tout va. La vie d'Ile de la Passion lui importait beaucoup, l'enfant n'était même pas encore né et pourtant il devait déjà faire très attention à son existence.
« Des disputes, tenta Alfred.
- Oh, pas tellement… Et je ne veux pas le faire comme ça et… »
Matthew secoua la tête en signe de négation.
« …Enfin, des choses que vous n'avez pas à savoir sur nous… »
Une main attrapa son épaule ce qui fit se retourner Francis vers d'incroyables yeux verts. A la rage contenue dans ceux-ci, il comprit qu'il allait passer un mauvais quart d'heure.
« Alice, tu ferais mieux de rejoindre le navire. J'ai encore un ou deux détails à régler avec Mister Jones et Mister Williams.
- Nous allons partir sous peu, et tu ferais mieux de te dépêcher dans tes adieux. »
Est-ce qu'Arthur avait conscience qu'il était aisément reconnaissable ? Sa forme féminine n'était pas tellement éloignée de sa forme masculine. Ses traits de visage n'avaient été qu'adoucis, ils retrouvaient leur aspect de l'adolescence. Ses cheveux avaient gardé leur blondeur et ses yeux leur tonalité. Sa voix n'était pas la même évidemment mais son accent anglais chantonnait sur sa jolie langue française. Et ne parlons même pas de son aimable caractère…
Au vu des réactions choquées d'Alfred et de Matthew devant les vêtements d'Arthur, Francis comprit qu'il était dans le juste au propos du manque d'anonymat de sa chère et tendre.
« Ma douce, je te rejoins incessamment.
- Je t'attends », grogna-t-elle.
Francis attendit qu'Alice soit partie suffisamment loin et que ses fils adoptifs se remettent du choc pour reprendre la parole.
« Comme vous pouvez le constater…
- Comment as-tu fait pour convaincre Arthur de porter une robe, demanda Alfred avec une expression horrifiée.
- Ah, America, j'ai beaucoup d'influence sur Arthur. On va pouvoir réaliser nos fantasmes !
- Je ne veux pas savoir, s'écria Alfred.
- Et comment as-tu pu le convaincre de monter sur l'un de tes navires de guerre », s'enquit Matthew.
Canada avait beaucoup trop d'esprit pour son propre bien. Heureusement pour lui, ses remarques passaient souvent inaperçues.
« Mon petit Matthew, tu n'as pas à t'inquiéter. Arthur est là incognito.
- Incognito, s'étonnèrent les deux frères.
- Enfin, il le croit, c'est ce qui compte au final. Ne vous inquiétez pas… Et je n'irais pas le noyer en pleine mer, ne vous faîtes pas de soucis, je tiens trop à lui. Vous l'avez reconnu parce que vous le connaissez bien, c'est tout.
- Comme toutes les autres nations…
- Mince alors… Je ferais mieux d'oublier de dire au revoir à Antonio pour le coup. Vous le saluerez de ma part. Vous ne lui dites rien, on est d'accord là-dessus. S'il savait, ce serait mauvais pour ton Indépendance. »
Les jeunes nations hochèrent la tête puis pâlirent d'un coup alors que des bruits de pas se faisaient entendre. Le bras de Francis se retrouva très vite accroché par la poigne d'une magnifique anglaise très impatiente de larguer les amarres.
« La marée n'attends pas, imbécile !
- Oui, mon amour, je viens avec toi. A bientôt, mes chéris ! »
Francis ne réalisa pas immédiatement qu'aux yeux de tous il se faisait trimballer par un petit brin de femme acariâtre jusqu'à son navire principal. Evidemment, convaincre Alice de voyager par transport militaire français ne fut pas aisé. Bien qu'elle lui fasse confiance sur de nombreux points, elle avait peur de se retrouver à bord de son navire en tant que femme qui plus est.
Francis avait dû la rassurer sur la bonne conduite de ses matelots, et le soin tout particulier qu'il mettrait à punir tout regard déplacé sur sa jolie silhouette féminine. Il serait jaloux des autres hommes à qui elle accorderait son attention, il serait protecteur envers son aimée qu'il adore de tout son cœur, et il serait collant...
Là, Alice avait coupé court à la discussion en lui signifiant qu'elle était capable de se défendre toute seule, elle l'avait bien prouvé plus tôt dans son Histoire, et qu'elle n'avait pas envie qu'il soit invivable. Alice craignait qu'il ne profite de la situation pour l'enlever, pour s'emparer d'elle en tant qu'Angleterre, et ainsi l'avoir en tant qu'otage pour obtenir le Royaume de Grande Bretagne. Francis avait mis fin à ses inquiétudes très difficilement, c'était le pays qui parlait, la nation rivale à la sienne, c'était viscéral. Quel ennemi aimerait traverser l'Atlantique au milieu de la flotte armée du sien ? Aucun… Alice faisait vraiment preuve d'abnégation, d'amour et de confiance.
En son for intérieur, Francis ne pouvait nier que l'idée de prendre en otage l'Angleterre était très tentante en soi.
En tant que France, il avait là une occasion en or de s'emparer de son rival de toujours. En ce moment, il se sentait très troublé par ce qu'il se passait chez lui. Les français détestaient toujours les anglais, ce n'était pas nouveau et ce devait être pareil de l'autre côté de la Manche. Ils avaient juste un peu plus de hargne à leur égard. Et à l'intérieur, ça bouillait d'une fièvre qu'il ne s'expliquait pas. Il pensait que c'était l'enfant futur qui le rendait à la fois enthousiaste et rêveur. Il éprouvait beaucoup de joie personnelle, il était heureux. Et donc, ce n'était pas cela…
Il ne saurait définir ce qui le prenait ces temps-ci, il ne s'aimait pas parce qu'il se trouvait impulsif, et plein de rancœur. Ce qui lui faisait autant de mal, c'était de ressentir de la colère envers Angleterre. Il aimait Arthur, enfin Alice, d'un point de vue personnel mais son cœur de nation ne pouvait s'empêcher de vouloir du malheur à l'Angleterre. Il n'avait jamais été autant porté par la haine de son peuple, et il ne supportait pas de ne pas avoir de contrôle là-dessus alors que durant des siècles il avait réussi à contenir cette violence. Sa tentative ratée d'invasion de l'Angleterre avait ravivé les ressentiments de part et d'autres. Arthur avait été vraiment malin et chanceux sur ce coup-là. Le vieux pirate avait caché son territoire dans la brume, et avait fait croire à coups de cloche que son armada de défense était au complet alors qu'il n'y avait personne.
Il n'y avait qu'Arthur pour penser que son adversaire l'avait épargné par amour. L'anglais se fourvoyait, l'anglaise se fourvoyait plutôt sur ses sentiments nobles. Il n'était pas aussi bien qu'elle le pensait.
Francis n'avait pas fait part de ses tourments intérieurs à Alice. Il préférait ne pas le faire, elle se sentirait menacée maintenant qu'ils étaient partis, il devait la rassurer et la faire se sentir bien pour elle et pour le bébé. Il évitait le conflit, il le reportait, il savait que cela lui retomberait dessus, il le présentait mais il voulait que tout se passe bien durant la grossesse. Il prendrait sur lui comme elle prenait sur elle pour lui accorder neuf ans de sa vie, neuf ans de représentation politique… En neuf ans, énormément d'évènements importants pour l'Angleterre pouvaient se dérouler en interne ou en externe. Et durant tout ce laps de temps, elle serait son invitée en France… Ou sa prisonnière... Tout dépendait du point de vue.
Pour plus de sécurité, il pensait la loger dans ses appartements privés à Paris. Il pourrait ainsi la rejoindre assez souvent en s'éclipsant de la cour Versaillaise. Et elle ne serait pas ainsi sous le nez de l'aristocratie française à tout bout de champs. En faisant particulièrement attention, il préserverait ainsi son aimée et son enfant.
Seulement, qui les protégerait de lui ?
Un petit coup de pied sur sa cheville le ramena à la réalité.
« Je sais que les côtes américaines sont passionnantes mais tu devrais faire plus attention à ce qui se passe sur ton navire. »
Alice prit sa main avec pudeur en rougissant. Francis jeta un coup d'œil alentour, cette animosité dirigé contre Alice, il ne la sentait que trop bien. Il lui fit un baisemain.
« Ma dame, dès que nous aurons pris le large, je vous raccompagnerais à vos quartiers pour plus de sûreté. »
Alice fronça ses sourcils fins en une moue ennuyée. Francis enserra sa main plus fortement pour qu'elle se taise.
« Je suis le mieux à même d'en juger, je suis désolé, insista-t-il.
- Je préfère rester à tes côtés. »
Francis ne sut que faire pendant un moment. Il serait bien évidemment plus prudent qu'elle l'accompagne tout le temps comme toute femme l'aurait fait avec son mari à bord. Il n'était qu'un simple voyageur sous protection royale. Il n'avait pas d'obligations sur ce navire à part celui d'être un hôte respectable. Il pouvait se permettre de s'occuper exclusivement d'elle. Seulement, exhiber Angleterre devant ses marins loyaux, pétris de haine contre ses foutus anglais qui leur avait mené la vie dure avec la guerre des Ricains, et patriotes n'était pas forcément la meilleure des idées.
« Je crois que les français voient d'un mauvais œil ton accent anglais », tenta-t-il pour se faire comprendre.
Francis vit beaucoup d'inquiétude dans le regard d'Alice. Elle porta sa main sur son propre ventre.
« Tout ira bien, je pense que tu as raison, je ne devrais pas te perdre de vue. Je t'ai promis que je te protègerais. »
Francis se sentit autant soulagé par l'attitude confiante d'Alice que par le fait d'avoir été tout à fait sincère. Il eut l'impression de sourire de l'intérieur et il profita de ce moment de lucidité pour l'embrasser sur la tempe.
« Francis, pas devant eux… »
Il regarda aux alentours, il aperçut des mines goguenardes qui ne lui disaient rien qui vaillent.
« Alice, tant que je serais avec toi, ils ne te feront rien. Ils sont obligés de m'obéir.
- Cela n'aurait pas dû se passer comme ça. Dans ton pays, je vais avoir des difficultés. Et tu ne seras pas là, tu seras à la Cour du Roi si ce n'est ailleurs. -Comment comptes-tu me protéger ? Les premiers temps, il n'y aura aucun souci… Quoi que… Imagine que je me prenne un coup au ventre… Francis, je suis inquiète.
- Alice, tu seras dans mes domaines privés. Même mon bon Louis n'a pas assez de pouvoir pour savoir ce qui s'y passe.
- Tu n'as pas revu tes domestiques depuis des années. »
Francis ne doutait pas de la valeur de ses servants, ils faisaient partie d'une famille ancestrale à ses ordres, il les avait d'ailleurs mis sur cette affaire de poignard enchanté tellement il était serein à propos de leur loyauté. Et il entretenait de bonnes relations avec eux même quand il partait loin de son pays grâce à des lettres et des cadeaux.
« J'ai toute confiance en eux, tu seras en sécurité. N'aie pas aussi peur parce que tu es sur mon navire.
- D'habitude, je suis en face de ton armada, le provoqua Alice.
- Ou derrière, ou sur le flanc, ou en des tas d'endroits qui me surprennent, et jamais où tu devrais être pour que je gagne, râla Francis.
- Il m'arrive de faire des erreurs, grogna l'anglaise.
- Et là, je savoure entièrement ma victoire parce que c'est tellement rare.
- Je savoure toujours ma victoire sur toi. Qu'est-ce que t'es mauvais en tactique navale ? C'est trop amusant de…
- N'en rajoute pas plus ou sinon je vais bouder. Un jour, je comprendrais comment faire. Et là, tu auras beau me sortir tes tours de passe-passe avec tes navires, je verrais clair dans ton jeu, se vanta Francis.
- Déjà, il faudrait que tu fasses tes manœuvres correctement, matelot !
- Chesapeake, fanfaronna Francis.
- Il m'arrive de perdre ! Et ne me parle de son Indé… »
Le français mit la main sur la bouche de sa chère et tendre qui s'était mise à parler beaucoup trop fort.
« Oh, ma belle dame, on a un différent. Ce n'est toujours pas digéré ? »
Alice eut un sourire mauvais et très calculateur, ses yeux brillèrent de malice mal contenue.
« Frog…
- Hum, fit Francis s'attendant à une remarque désobligeante.
- Je ferais comment pour signer son Indépendance en étant enceinte jusqu'au cou. Le temps que les parties se mettent d'accord, ça pourrait prendre des années, et je ne serais pas présentable… »
Elle ne put s'empêcher de ricaner devant son humour particulier.
« Si ce n'est que cela, j'accélèrerais le processus, je te couperais les cheveux et je te mettrais un corset !
- Jamais de la vie, frog !
- Je suis un génie ! Dans mes bras, ma colombe ! »
Il n'était pas question que leur futur bébé interfère dans les affaires de son grand frère. Il allait prendre les choses en main dès qu'il rentrerait à bon port. Après avoir enlacé son amante, il la traîna subrepticement comme s'il savait si bien le faire dans leur quartier pour éviter que les matelots continuent de la regarder avec désobligeance.
« Je ne resterais pas tout le temps enfermé entre ces quatre murs, dit-elle à peine leur intimité retrouvée. Ce serait mauvais pour le bébé !
- Tu seras traité comme une princesse », répliqua Francis en la serrant dans ses bras pour un câlin tendre.
Ils tenaient à peine ensemble dans leur dortoir, le lit avait été emménagé pour qu'Alice puisse bien dormir à ses côtés et il prenait donc une grande partie de la place.
« Enfermée dans la plus petite cabine de ton plus grand navire de ton immense armada en plein milieu des océans, râla-t-elle en calant sa tête contre son épaule.
- Tu n'es pas ma prisonnière, répondit de suite Francis.
- C'est tout comme… Et puis, soupira-t-elle.
- Quoi ? Il y a un problème ? »
Francis sourit en la voyant rougir de honte et chercher ses mots pour expliciter sa pensée. Elle prit finalement son courage à deux mains pour lui faire comprendre ce qui n'allait pas.
« Tu ne m'as plus touchée depuis qu'on sait que le bébé est là. »
De gêne, Francis détourna le regard. Il ne pouvait pas, il ne pouvait tout simplement pas lui faire l'amour. Ce serait dangereux pour l'enfant à naître. Tous les médecins et les prêtres qu'il avait rencontrés lors des grossesses royales ne faisaient que l'avancer. Il s'en voudrait tellement s'il arrivait malheur à son enfant parce qu'il n'avait su se contenir face à sa naïade anglaise un peu trop…entreprenante. Pas de doigts sur son ventre, non, il les repoussa.
« Non, non, pas maintenant !
- C'est toujours : pas maintenant ! Avant, tu ne faisais pas autant de manière ! Tu m'y obligeais presque.
- Est-ce que je t'ai déjà forcé à le faire, s'alarma Francis.
- Tu as toujours de bons arguments mais là n'est pas la question. Je veux, now !
- Oh, mon Dieu ! Retrouve tes instincts dominateurs, je t'en supplie… Non, non, je ne me laisserais pas tenter !
- Et pourquoi ? »
Alice attendait une explication qui tardait à venir, elle n'avait pas l'air d'en démordre.
« Je pense que ce serait imprudent.
- Développe le fond de ta pensée que je sache quelle raison infaillible te priverait de ton plaisir le plus cher.
- Enfin… Je… Tu sais… »
Francis se trouvait idiot de devoir lui faire part de ses raisons discutables.
« …Je veux dire… C'est que…
- Tu me préfères en homme ? Maintenant que tu as ce que tu veux, tu vas me délaisser parce que tu n'apprécies pas mon corps de femme ? Je suis enceinte, j'ai des envies ! Tu ne vas pas me lâcher pendant une dizaine d'années !
- Ce n'est pas pour cette raison. Bien sûr que je te désire !
- Alors, c'est quoi ?
- Les médecins, les prêtres, disent que c'est dangereux pour l'enfant si le couple continue d'avoir des relations charnelles pendant la grossesse.
- Non, pas ta foi chrétienne ! Je pensais que sortir avec moi qui suis un homme, oui pas là maintenant mais d'habitude, t'avait dévergondé.
- Je me suis converti, c'est pour l'enfant, c'est important. Mes anciennes croyances sont révolues.
- Sauf quand ça t'arrange… Et tu crois qu'il y avait plus de fausses couches auparavant ? Non.
- As-tu des chiffres ?
- Mais pourquoi veux-tu tout prouver ? Ah, oui, notre siècle… Tu te laisses un peu envahir par les aspirations de ton peuple quand tu es stressé.
- Mais non, protesta Francis.
- Peur d'être papa ? C'est pourtant toi qui le voulais au départ. »
Alice venait de le moucher efficacement. Il était effrayé à vrai dire. Bien sûr, il avait élevé des enfants nations tout comme Arthur, ils avaient toujours eu minimum deux ans d'âge physique, il n'avait jamais vraiment tenu de nourrisson dans ses bras qui soit le sien. Il n'avait jamais vécu la longue attente d'une grossesse, il n'avait fait qu'être enthousiasmé à la découverte de nouvelles terres à s'approprier, il n'avait jamais désiré un enfant de sa propre initiative bien qu'il se soit battu pour les garder près de lui car ils avaient des bouilles trop adorables. Il était tout chamboulé par tout ce qui arrivait en ce moment, il se sentait très vulnérable et très fort à la fois.
Alice se colla contre lui en caressant son torse de ses doigts fins.
« Je saurais te convaincre de baisser ton pantalon et de perdre tes mains sous mes jupons.
- Ah, oui, peut-être comme ça, ce pourrait être bon.
- Je te veux tout entier, imbécile ! »
Francis déglutit bruyamment mais se laissa emporter par le baiser initié par sa compagne. S'il la jouait fine, ils pourraient se contenter d'attouchements, il fallait être rusé. Elle s'occupa des boutons dorés de sa redingote bleue ciel alors qu'il s'amusait avec ses longs cheveux. C'était déjà plaisant de recevoir et de donner autant d'attentions. Il embrassa délicatement son visage puis il l'attrapa par la taille. Elle eut un sourire amusée en croyant que la partie était gagnée d'avance. Francis était un redoutable stratège quoi qu'elle en dise surtout quand cela concernait les voies de l'amour.
Oh, mais pourquoi elle met déjà sa main là ! Ce n'est pas fairplay !
Après autant d'abstinence, le français ne put que soupirer bruyamment en portant son poids contre le mur derrière lui. Son ventre se creusait sous le plaisir qui affluait et sa raison luttait contre autant de facilité.
« Ar…Alice…Tout doux… Je sais que tu es pressée… Je ne suis même pas déshabillé… que tu m'attaques déjà…
- J'ai très envie de toi, frog !
- Je… le… sens bien.
- Ne me dis pas que mes atours de femme te laissent indifférent.
- Non, mais… Alice ? »
Une vague de chaleur l'envahit quand il la vit se baisser à hauteur de son entrejambe. Elle ouvrit sa bouche tentatrice juste devant son érection emprisonnée en le défiant du regard. Il se sentait toute chose, il adorait quand Angleterre le prenait au dépourvu…
Et ce n'était pas du jeu de seulement le défroquer !
Francis fusilla du regard son amante revenu près de ses lèvres, on ne lui faisait pas ce genre de coup foireux.
« Non, si ça continue comme ça, je démissionne ! »
Alice ne put s'empêcher de rire avant de lui confier tout près de son oreille qu'elle mordilla au passage.
« Je ne crois pas que tu puisses à ce stade de l'excitation… »
La jambe douce d'Alice glissa le long de la sienne jusqu'à remonter haut, très haut contre sa hanche.
« Oh, quelle souplesse, se réjouit-il en glissant sa paume avec envie le long de cette cuisse fine jusque sous les plis et recoins des jupes.
Alice bougea légèrement son bassin vers le sien sans pour autant l'atteindre.
« Baisse-toi, frog, je suis trop petite, damnit !
Mais il n'est pas question de…
J'ai dit baisse-toi ! »
Francis se retrouva pris en joue par un pistolet de belle manufacture. Elle avait tout prévu pour le coincer ! Elle était trop forte en stratégie ! En plus, loin de le rendre timide, l'idée d'être sous la menace du feu ennemi ne faisait qu'attiser le désir qu'il ait pour elle.
« Où as-tu pris cette arme ?
- A ta ceinture, idiot !
- Non, ne tue pas le père de ton enfant !
- Arrête de faire dans le mélodrame ! Et à genoux !
- Oui, Amiral Kirkland ! Tout ce que tu veux ! »
Vaincu, Francis glissa le long de la cloison, Alice accrocha ses bras à son cou, elle l'accompagna dans un froufrou plaisant, elle le surplombait, elle était superbe, il l'aimait tellement que son cœur pourrait en exploser… Il suffirait d'une balle d'ailleurs, il eut un petit sourire narquois à cette pensée.
La belle blonde s'installa confortablement sur lui, cette sensation contre son sexe le surprit agréablement, elle avait vraiment tout calculé pour le rendre fou.
« Oh non, tu as oublié ta culotte… Hum… Tu es diabolique quand tu veux à tout prix quelque chose…
- Francis, c'est de toi dont j'ai besoin… »
L'arme à feu glissa sur le côté dans un bruit sourd, pas de danger, elle n'était pas chargée. Leurs bas-ventres pulsants d'attente se rejoignirent. Du plaisir se faufila jusqu'au bout de ses doigts, et il oublia ses craintes dans la chaleur de l'étreinte de son amante. Il lui fit l'amour avec retenue pour l'accompagner avec douceur vers des sensations encore plus agréables.
Allongé contre elle, ses doutes revinrent de plus belle. Alice le rassura en lui faisant sentir le bébé à travers le lien territorial qu'il partageait dorénavant. Seulement, il n'y avait pas que pour l'enfant qu'il avait des peurs.
Francis n'arrivait jamais à véritablement se lâcher avec Arthur, il avait toujours peur de franchir des limites interdites sous la puissance de son désir, et donc, il contrôlait toujours la force de ses pulsions en prenant souvent les affaires en main. C'était mauvais pour lui, il le savait, même s'il était ravi de combler son amoureux. Ce frein l'empêchait de ressentir assez de plaisir par rapport à ses propres besoins. Il ne pouvait pas tout simplement se laisser porter par la haine et le désir de conquête de son peuple pour l'Angleterre.
Aimer la personnalité réelle d'Arthur ne serait peut-être bientôt plus suffisant pour canaliser ce genre de problème. Et il espérait que leur enfant n'en pâtirait pas malgré toute l'affection qu'il pouvait ressentir pour Arthur.
Il se sentait mal, il y avait des changements en France. Depuis Louis XIV, on l'éloignait du pouvoir ne faisant appel à lui que pour consolider les relations avec les autres nations. Ce ne serait bientôt plus le cas, il le pressentait. Tout remuait en lui pour le perdre.
« Francis, tu es préoccupé ?
- Oui mais je ne peux pas t'en parler, lui avoua-t-il. C'est à propos de la France... Je ne me sens plus le même… Je n'ai pas à te dire cela…
- Je peux comprendre ce qui te tracasse. Quand je me suis changé en femme la première fois, j'étais en proie à de grands bouleversements émotionnels. A cause de la politique… J'ai eu tellement peur que je me suis caché en usant de cet artifice…
- C'était quand ?
- English Civil War, le peuple avait décapité mon Roi, j'avais la trouille. On a toujours fonctionné sur le principe de la monarchie, changer de régime est vraiment déstabilisant.
- Cela n'a pas toujours été le cas.
- C'était il y a très longtemps, et on n'était que des gamins…
- Ah, la belle époque. On était tellement insouciants, et tu étais tellement mignon que j'avais envie de te serrer tout le temps dans mes bras...»
Alice se calla encore plus contre lui pour avoir un câlin.
« Je veux être encore et encore serrée dans tes bras. »
Le voyage se passa sans réelle encombre dès le moment où Alice mis à terre le premier matelot ayant osé mettre la main où il ne fallait pas. L'installation d'Alice dans les appartements privés de Francis se passa à merveille. Les domestiques étaient vraiment ravis d'accueillir Mme Bonnefoy, ce ne s'était jamais produit dans toute l'Histoire de France, et ils étaient heureux d'être privilégié d'une telle présence féminine au côté de Francis. Alors quand ils surent qu'Alice attendait un heureux événement, ils furent aux petits soins avec elle. Et ils ne posèrent même pas de questions sur son accent anglais, ils étaient la discrétion même.
Alice avait râlé les premiers temps d'être autant chouchouté par des français puis elle avait apprécié à sa juste valeur de les avoir à ses ordres. Elle n'abusait pas trop de leur gentillesse (autant que son côté anglais dominateur le lui permettait) et elle prenait ses aises dans sa prison dorée.
Francis eut beaucoup de mal à la convaincre de rester consignée dans sa résidence. Le jardin d'intérieur avait ses attraits mais ne suffisait plus à la belle anglaise.
Leurs sorties se faisaient toujours dans le plus grand anonymat et leur apportait un peu de piment dans leur vie de couple bien qu'ils devaient prendre beaucoup de précautions pour le bébé.
Arthur fut présent lors de la signature du Traité de Paris en 1783 grâce à une coupe de cheveux efficace et des vêtements plus amples que d'habitude. Son ventre n'était pas très rond pour le moment mais ce ne serait tarder.
Ses représentants l'eurent mauvaise qu'Arthur revienne après autant d'années d'absence pour signer l'Indépendance d'America. Arthur leur expliqua qu'il risquait de ne pas être disponible encore un certain temps.
Alfred très inquiet pour son paternel ne fit que l'assaillir de questions sur sa disparition et se fit très insistant également auprès de Francis devinant qu'il était le nœud du problème. Le couple franco-anglais préféra le tenir à l'écart de leurs histoires. Il ne manquerait plus que la nouvelle de la venue de leur futur enfant se répande.
Arthur ne réapparut pas par la suite dans le monde politique, il avait tenu à être présent pour donner son Indépendance à Alfred parce que c'était très important. Même s'il en avait beaucoup pleuré, les hormones n'aidant pas.
Les ennuis ne vinrent que plus tard lorsque Francis fut convoqué par son Roi au sujet de la femme enceinte dans ses appartements privés. Sentant une menace pour son enfant, il préféra renvoyer Alice en Angleterre avant que la charogne de la Cour ne se jette toutes griffes dehors sur sa femme et sur son bébé à venir.
La séparation fut bien difficile surtout qu'en dehors de Versailles la révolte grondait.
