L'ange et le magyar

Chapitre 4

Anniversaire et Lendemain de fête

Et voilà le cinquième chapitre dans la foulée. Je ne voulais pas vous faire attendre. Bonne lecture, on se retrouve en bas :)

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Les rires, les cris, cette stupide Celestina Moldubec qui s'égosillait, c'était trop pour lui. Il n'y était pas habitué. Il savait bien qu'ils avaient tous voulu bien faire, lui faire plaisir. Mais ils avaient définitivement vu trop grand. Toute cette agitation, ce n'était pas lui. Bien sûr, ça le touchait, il n'était pas ingrat. Il était même heureux que tout le monde ait pensé à lui. Mais il se serait volontiers contentait d'un repas ordinaire avec quelques bougies et un air de Joyeux Anniversaire. A la place, tout y était, ballons, guirlandes, banderoles, dîner gargantuesque. Sans parler du fond musical qui résonnait dans toute la pièce depuis le début de la soirée et qui lui tapait à la tête.

Le salon du Terrier semblait plein à craquer. Hermione et Ron, ainsi que Ginny et Harry était revenus, tout comme la veille passer la soirée. Il avait aussi aperçu Angelina. Il s'était demandé ce qu'elle faisait là, jusqu'à ce qu'il surprenne George lui caressant la main du bout des doigts, dans un geste trop tendre pour être amical. Et il s'était alors rendu compte qu'il avait vraiment raté beaucoup de choses ces dernières années.

Il prit une nouvelle gorgée de Bièrraubeurre et finit son verre par la même occasion. Ses oreilles bourdonnait, il fallait qu'il prenne l'air. Il faisait vraiment trop chaud dans ce salon, entre la cheminée, l'alcool et la trop forte densité de chaleur humaine pour une si petite pièce.

Il se glissa discrètement au-dehors par la petite porte de gauche, qui donnait directement sur l'arrière du jardin, et s'assit sur les marches glacées. Il hésita à sortir une cigarette. Ça aussi, c'était une chose qu'il avait découverte en Roumanie et dont il ne pouvait plus se passer. Il devait reconnaître que les moldus étaient doués lorsqu'il s'agissait de rendre les gens dépendants. Accros. Oh, et puis, au diable la culpabilité ! Il sortit son étui décharné où il rangeait les précieux bâtonnets et en prit un du bout de ses doigts désormais gelés.

Il tira une première bouffée et inspira profondément, avant d'expirer. La tension qu'il ressentait depuis quelques minutes s'évanouit aussitôt. Il se sentait bien, là, solitaire face à la nuit. Presque comme chez lui. Il n'aurait pas été étonné d'entendre le rugissement d'un dragon fendre le silence de la nuit.

Il ferma les yeux, appréciant l'air glacial de décembre qui lui picotait le cou et lui mordait les joues. Il se riait de la neige qui l'entourait et de ses bras dénudés. Du rhume qu'il pourrait attraper. Il ne bougerait pas. Il était bien.

Mais ce répit fut de courte durée. Il aurait dû s'en douter. On ne peut pas être l'invité d'honneur d'une soirée et s'éclipser sans se faire remarquer. Il se retourna en soupirant pour voir qui venait troubler ses instants de tranquillité. La porte s'ouvrit en grinçant et une silhouette se coula près de lui. Il faisait nuit, mais il en était sûr, à la lueur de sa cigarette allumée, il reconnaissait son profil délicat. Il se reconcentra sur les champs qui s'étendait devant lui, prit une autre bouffée de nicotine, et lâcha :

« Ils t'envoient pour me convaincre de rentrer au chaud ? »

« Même pas. » répondit-elle, et il aurait juré l'avoir vu sourire, du coin de l'œil. « Je t'ai vu sortir comme un voleur et je me demandais où tu allais. C'est tout. »

« C'est tout ? Alors ils n'ont pas remarqué que j'étais sorti ? »

« Non. Du moins pas encore, parce que ta mère est partie à la cuisine s'occuper du gâteau et tu peux être sûr que lorsqu'elle va revenir, ils vont tous te chercher. »

Il ferma les yeux en un signe d'assentiment.

« Alors quel va être ton vœu ? » reprit-elle après quelques secondes.

« Mon vœu ? »

« Lorsque tu souffleras tes bougies. » répondit-elle, comme s'il était idiot.

« Ah... ça. Je ne sais pas encore. »

« Commence à réfléchir, alors on ne fait pas des vœux à la légère. » termina t-elle, d'un ton docte.

Il se retourna vers elle, un sourcil moqueur relevé mais ne fit aucun commentaire.

« Dis ? »

Etait-elle incapable de se taire ?

« Oui... »

« C'est quoi ce truc dans ta bouche ? Je vois vraiment pas à quoi ça pourrait servir. »

« Moi non plus à vrai dire. Et concrètement je crois que ça sert à rien, à part peut-être te tuer à petit feu. Mais j'y crois pas trop. C'est Olga qui m'a dit ça. Et elle a toujours peur de tout. Tout ce que je sais c'est que c'est pas dégueulasse, et que là, j'en avais besoin. »

« C'est anglais ? »

« Moldu. »

« Ah... »

Cette fois, ce fut lui qui reprit la parole.

« Tu veux essayer ? »

Gabrielle sembla aviser le petit bâton que lui tendait Charlie entre deux doigts d'un air suspicieux, mais finit tout de même par le prendre

Elle toussota un peu la première fois, tout en lui jetant un regard noir qui le dissuada de rigoler.

« C'est qui Olg... » commençait Gabrielle entre deux inspirations.

Elle fut interrompue par la porte derrière eux qui s'ouvrait. Charlie pesta. Pas moyen d'être seul deux minutes, c'était un vrai défilé. Il se retourna et les mots qu'il s'apprêtait à prononcer restèrent au fond de sa gorge. Hermione.

C'était étrange, il ne l'avait jamais beaucoup vu, mais il ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Elle était forte, elle. Même si la guerre était passée par là, même si une barre plissait son front, comme si elle était inquiète à longueur de journée, elle n'avait jamais renoncé. Elle était restée, quand lui avait fui. Alors, même si elle le mettait toujours un peu mal à l'aise, il ne pouvait se résoudre à s'énerver contre elle.

Et puis à y réfléchir, elle n'avait rien fait. Elle était juste sortie. Peut-être détestait-elle ce genre de soirée tout autant que lui. Alors, pour toutes ces raisons, il choisit de se taire.

Pas elle.

« Oh, vous êtes là. Vous feriez mieux de rentrer. Surtout toi, Charlie, on va pas tarder à souffler les bougies, et si Molly se rend compte que tu n'es pas là... enfin, tu sais mieux que moi comment elle est. » acheva t-elle, d'une voix lasse, tout en s'asseyant à son tour.

Gabrielle regarda Charlie, attendant qu'il se lève, comme lui conseillait Hermione, mais il ne bougeait pas, les yeux toujours rivés vers le paysage.

« Gabrielle, c'est quoi dans ta bouche, une cigarette ? »

« Euh... oui. » répondit Gabrielle, surprise par le ton de reproche d'Hermione. « C'est à Charlie. »

La brune reporta ses yeux plein de colère vers le dos du concerné.

« Charlie, tu fumes ? »

« Ouais, j'vois pas le problème. Tu n'es pas Molly à ce que je sache. »

« Ce truc te ronge de l'intérieur, tu sais ça ? Je ne sais toujours pas pourquoi c'est en vente libre. Ça me sidère. »

« Mouais, c'est moldu de toute façon, ça peut pas faire bien mal. »

« Détrompe-toi. Les moldus aussi sont très forts pour l'autodestruction. »

Il ne répondit rien. Olga lui faisait déjà la leçon six fois par jour. Il en avait plus que marre. Même à des kilomètres de la Roumanie, il trouvait quelqu'un pour le réprimander. Il se leva d'un bond et retourna à l'intérieur. Pa moyen d'être tranquille. Gabrielle haussa les épaules et jeta la cigarette par terre avant de la piétiner et de suivre Charlie.

A la hauteur d'Hermione, elle eut une hésitation :

« Tu rentres pas ? »

« Non. Pas tout de suite. »

22 décembre 2004.

Charlie se leva ce jour-là, la mine défaite et l'esprit embrouillé. Il maudit George intérieurement. La veille, alors que tout le monde était monté se coucher, George et lui avaient traîné, discuté, et bu, aussi. Beaucoup. Beaucoup trop.

Ses traits étaient tirés et fatigués, des cernes s'étendaient sous ses yeux, et ces derniers affichaient une teinte rougeâtre qui faisait peur à voir. Il s'agissait maintenant de minimiser les dégâts. Seulement voilà, impossible de se souvenir de ce fichu sort Anti-Gueule de Bois. Accoudé au lavabo de la salle de bains, il se prit la tête entre ses mains pour mieux réfléchir. Mais rien n'y fit. Dès lors qu'il fermait les yeux, le visage de Gabrielle s'imposait à son esprit. Il ne savait pas si c'était les effets de l'alcool, mais ça ne lui plaisait pas du tout. Gabrielle qui souriait, Gabrielle qui parlait, Gabrielle qui riait. « Stop. Stop. Arrête-ça tout de suite » lui cria une voix intérieure. « Toute cette histoire n'apportera que des ennuis. Concentre-toi plutôt sur ce fichu sort. »

Voilà qu'il se mettait à divaguer et entendre des voix dans sa tête.

Et soudain, la porte s'ouvrit. Et la personne qu'il ne voulait surtout pas voir à ce moment-là entra dans la salle de bains.

« Oh, excuse-moi, la porte était entrouverte, je croyais qu'il n'y avait personne.

Il réprima son envie de lui hurler dessus, quelque chose à propos de l'intimité. Il allait même lui répondre que ça ne faisait rien. Mais, alors qu'il ouvrait la bouche, son regard croisa celui de la jeune fille dans le miroir, et il la vit changer d'expression pour adopter à peu de choses près celle d'une Molly Weasley en colère.

« On peut savoir pourquoi tu as la tête d'un déterré ? » cria t-elle.

Ou du moins, eut-il l'impression qu'elle hurla. Les mots tourbillonnaient dans sa tête. Réfléchir était décidément trop douloureux.

« Pitié, tais-toi. » asséna t-il. « J'ai un mal de crâne pas possible. Aide-moi plutôt à arranger ça pour que Molly ne s'en rende pas trop compte. »

Et puis, devant le visage toujours fermé et furieux de Gabrielle, il soupira :

« S'il te plait. »

« Tu me dis de me taire et tu me demandes mon aide deux secondes plus tard. Il y a mieux comme tactique, tu sais. »

Elle faisait exprès, elle ne savait pas trop pourquoi elle le poussait à bout, alors qu'elle avait déjà décidé de l'aider depuis quelques minutes.

« S'il te plait. » répéta t-il, incapable de trouver autre chose.

« Mmmmh... » fit-elle mine de réfléchir.

Elle se surprit à le trouver presque attendrissant à la supplier ainsi, sans sa répartie habituelle. Sans masque ni défense. Elle soupira et lui offrit un drôle de sourire.

« Allez, crétin, suis-moi » lui dit-elle finalement en lui empoignant le bras.

Il ne s'y attendait pas vraiment et frissonna à son contact. Au seuil de la salle de bains, elle tourna la tête à gauche, puis à droite, pour vérifier que personne ne se trouvait là, et, sans doute rassurée, traversa le couloir et emprunta l'escalier.

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« On est où ? » questionna t-il d'une voix enroué, les paupières fermées, se massant les tempes.

« Dans la chambre que ta mère m'a gentiment prêté. D'après les photos, je crois que c'est celle de ton frère Percy. »

« C'était. »

« Pardon ? »

« C'était la chambre de Percy » articula t-il difficilement. « Il ne dort plus ici depuis des années. »

« Toi non plus » fit-elle remarquer.

Il haussa les épaules. Elle ne comprenait rien. Lui, il revenait, et puis, il vivait loin loin. Percy passait, alors qu'il habitait tout près. Il arrivait le vingt-cinq au matin et repartait l'après-midi. C'était Percy. Un fantôme. Un passant. Un frère qu'on ne voit qu'une journée par an devient un inconnu. Pour Charlie et Percy, qui n'avaient jamais vraiment été très proches, cet éloignement n'avait fait que les séparer un peu plus. Il ne se souvenait même plus à quand remontait leur dernière véritable conversation. Et ce n'était pas dû à son état.

A côté de lui, debout face à la fenêtre, Gabrielle réfléchissait au moyen d'éviter à Charlie de débarquer au petit-déjeuner avec cette mine horrible.

Elle se retourna soudain et dit :

« Bon inutile de nier. Je suppose que George et toi avez abusé du Whisky Pur Feu après mon départ, hier soir. »

Il grommela un propos inintelligible.

« Je prends ça pour un oui. »

Et puis elle pointa le haut de son crâne de sa baguette.

« Si ce n'est que ça, je pense qu'un simple sort de dissimulation pour ton visage et une potion Anti-Gueule-de-bois feront l'affaire. »

Non, il n'avait pas que ça. Il y avait aussi le fait que son frère souffrait, alors même que qu'il pensait qu'il avait fait son deuil. Il se détestait de n'avoir rien vu. Il pensait que George allait mieux. George recommençait à rire. George sortait avec Angelina. Alors tout bêtement, Charlie s'était dit qu'il s'était remis. De la mort de Fred. Mais – et il s'en rendait compte à présent – on ne se remet jamais vraiment de la mort d'un jumeau.

Il y avait aussi les sentiments étranges qu'elle éveillait chez lui. Il la détestait, et en même temps, sa présence lui faisait du bien. Il avait l'impression de la connaître depuis toujours, et en même temps, il ne savait rien d'elle. Et pour finir, il y avait qu'il se sentait minable de se faire soigner pour une gueule de bois par une gamine de vingt ans. Minable et ridicule.

Alors non, Gabrielle, il n'y avait pas que ça.

« Hé ho, redescend de ton chaudron » lui lança alors Gabrielle, « le coupant dans ses réflexions. »

« Euh, oui... » marmonna t-il alors tout en se disant que les français avait vraiment des expressions étranges.

« Bois-ça » dit-elle en lui tendant une fiole remplit d'un liquide d'un marron peu engageant.

Mais comme il en avait marre de la douleur dans sa tête qui le lançait depuis le matin, il avala d'un trait le contenu, tout en grimaçant un peu, pour la forme.

« Bon. Ça devrait faire effet d'ici dix minutes. Je n'ai plus qu'à te jeter un petit sort de dissimulation et le tour sera joué. »

Trop concentré sur ce qui se passait dans sa tête, il ne comprit pas vraiment la formule. Il la vit simplement agiter sa baguette dans sa direction, et sentit aussitôt les traits de son visage se détendre. Il releva la tête.

Elle le détaillait pour s'assurer que le sort était assez efficace. Alors il demanda :

« De quoi j'ai l'air ? »

« A peu près présentable. Ou, en tout cas, tu peux prétexter une mauvaise nuit sans que ce soit louche... »

« Bon, ça ira. »

Il voulut se lever, mais la douleur n'étant pas complètement partie, il se rassit sur le lit, et elle posa une main sur son bras.

« Attends ici cinq minutes que ça agisse. Quant à moi, je vais occuper la salle de bains, maintenant qu'elle est libre. » dit-elle avec un sourire taquin.

« D'accord. » souffla t-il, trop fatigué pour remarquer quoi que ce fût.

Elle hocha la tête.

« Merci, ajouta t-il alors. »

Et elle sortit, refermant la porte derrière elle, sans un mot de plus.

Voilà, merci d'avoir lu, et j'attend vos avis :)