Je vous suis reviendu !

Pour le chapitre qui va suivre, je promets plus de contenu. Car, bonnes nouvelles aux plus perverties d'entre vous, la fanfic passe officiellement en Rating M ! /o/ Ça faisait longtemps que j'en avais pas publié, et récemment, on m'en réclamait, mais prévoyante comme je suis – quand j'oublies d'omettre que je suis juste soit très en retard, soit de mauvaise foi – j'avais déjà prévu le coup. Vraiment, moi-même en manque de scènes hot, je ne pouvais rester de glace tout au long de cette fic... J'espère que vous m'en reverrez ravi. Et bien sûr que c'est français, y'a des mots français dedans !

J'ose espérer la bonne lecture !


Quatre jours se sont écoulés depuis qu'Allister a entendu la voix de son grincheux de petit frère au téléphone.

Et voilà quatre jours qu'il s'active davantage à fouiller le petit repaire secret de ce dernier. Même s'il s'agissait des affaires d'Arthur, l'écossais les remettait toujours à leur place, ces dernières étant des grimoires anciens et des artefacts magiques précieux. En tant que connaisseur en la matière, il ne pouvait se permettre de mettre le bazar dans le sous-sol, même s'il s'agissait de celui d'Angleterre. Ce dernier ne semblait pas avoir avancé dans sa quête des souvenirs perdus. En revanche, il semblait beaucoup plus intéressé en la personne de Francis. Malgré sa haine renouvelée envers le français, il questionnait un peu trop son grand frère au sujet de ce dernier. Mais Écosse n'avait pas mentit : techniquement, il pouvait tout déballer à Arthur. Le soucis, c'était qu'il le prendrait pour une mauvaise blague et claquerait la porte de l'appartement de Paris... avant de tout oublier et d'ainsi, se retrouver perdu au milieu de la capitale. Et pour Francis, le ramener ne serait pas chose aisée.

Assis sur le sofa du salon de la maison anglaise, le rouquin lisait rapidement mais attentivement chaque bouquin qu'il avait ramené du sous-sol. En cohabitation, Matthew n'avait toujours pas quitté les lieux, et s'affairait régulièrement au ménage et à la préparation du thé pour caler l'estomac du britannique, qui disait régulièrement ne pas avoir faim. Ses méninges se creusaient si bien qu'il n'en éprouva nullement le besoin, du moins, pas suffisamment pour s'interrompre dans son travail. On frappa à la porte. D'un bref geste de la main, Allister demanda au canadien d'aller ouvrir, les yeux toujours rivés sur les pages. Peu après, son petit frère (qui était également celui d'Arthur) Irlande du Nord entra dans la pièce.

- C'est moi. J'ai eu un mal fou à la retrouver.

- Elle est où ?

- Euh, je l'ai perdu de vue... Elle a dû se réfugier dans le sous-sol ?

Allister bougea lentement la tête.

- Ce s'rait bien la première fois qu'une fille lui est entièrement dévoué...

- Mais dis frangin... fit l'irlandais en s'asseyant à ses côtés, non sans faire un petit signe à Matthew. Qu'est ce que tu as derrière la tête ? Qu'est ce que ça peut te faire qu'Arthur ait tout oublié de France seulement ? Pour ton meilleur ami, tu devrais plutôt te réjouir qu'il lui fichera enfin la paix, non ?

Pour toute réponse, l'écossais demeura silencieux, tournant les pages du grimoire entre ses mains. C'est vrai, de près comme de loin, la rivalité effacée entre les deux voisins d'Outre-Manche arrangerait tout le monde. Plus de disputes, de chamailleries, de cris inutiles et de poings en trop. La paix régnerait enfin en Europe et l'aîné des Kirkland serait tranquille sans recevoir la plainte de l'un ou de l'autre. Pourtant il s'est bien décidé à aider Francis à réunir les souvenirs d'Arthur et briser la malédiction qui pèse sur lui. S'ils y parvenaient, tout serait comme avant. Pour le plus grand malheur (?) des autres Nations qui assistent aux mêmes meetings qu'eux.

- Tu l'demanderas à Frenchie. C'pas à moi d'dire ça.

Car même si Francis savait cacher ses émotions de près, il se laissait complètement allé de loin. Allister ignorait depuis combien de temps exactement, mais le jour où il s'est pour la première fois douté de quelque chose commençait à remonter. Il ne savait plus exactement où, quand, ni dans quelles circonstances, mais l'écossais se souvenait parfaitement du regard qu'envoyait Francis à Arthur lorsque ce dernier était loin, ignorant la paire d'yeux bleus qui le dévorait silencieusement et discrètement. Enfin, discret, peut-être pas, son crétin de petit frère a toujours été aveugle à ce sujet-là; et il ne serait pas étonné qu'il ne soit même pas capable de comprendre une déclaration de la part de son rival de toujours.

Oui, ça crevait les yeux : Francis était dingue de lui.

Ne connaissant que trop bien son allié français, Allister en était venu à la conclusion que même lui n'était pas au courant. Sans doute aveuglé par la haine mutuelle qu'ils partageaient depuis des siècles. France semblait donc incapable de s'avouer qu'il aimait autant son ennemi qu'il le détestait. Ou peut-être le savait-il, mais qu'il s'était fait à la fatale réalité comme quoi jamais ses sentiments ne seront rendus un jour. Il est vrai qu'Arthur est incroyablement têtu, langue de vipère et gratuitement méchant.

Ce qui faisait également de lui un être rongé par une lourde mauvaise foi.

Donc, bien sûr, Écosse s'est esnuite un peu plus penché sur le cas de son frère, et a cherché à connaître le ressentit exact de ce dernier vis-à-vis de Francis. Impossible d'y voir plus clair que chez l'autre, cependant. Mais la possibilité n'était pas à exclure. Car bien que fait de rage, il était aussi d'une sensibilité que seuls ses frères et France connaissaient chez lui. Alors Arthur était-il également amoureux de Francis ? Fifty-fifty. « Oui » a autant de chances que « non ». Et ce n'est pas la situation actuelle qui va l'aider à comprendre.

En revanche, Francis, qui lui l'aimait sans l'ombre d'un doute d'un amour sincère, était blessé.

À un moment ou un autre, cette réalité allait lui revenir en pleine figure. Et si l'on ne faisait rien pour guérir Angleterre, il ne s'en remettra jamais. Par amitié donc, pour le moral et la santé de son meilleur ami, Allister s'était résolu à l'aider. Il referma son livre et se leva en même temps que son frère, s'apprêtant à descendre au sous-sol.

- Ah mais... S'il guérit...


Durant ces quatre jours, Francis avait changé son comportement. Peut-être n'était-ce pas une bonne idée, puisque la méthode pot de colle a valu le retour de l'affectueux et détestable surnom de « frog », pourtant le français ne se sentait pas d'emprisonner autant qu'il le faisait son invité. De plus, la dispute avait révélé qu'Arthur commençait vraiment à perdre patience, et qu'il valait mieux lâcher un peu la bride histoire de ne pas le faire fuir. Leur relation était redevenu ce qu'elle a toujours été : la pire qu'ils puisse avoir. Mais le but n'est pas de se faire détesté. Et puis, quand bien même ce serait le signe de sa mémoire qui refait peu à peu surface, avoir un invité aussi froid toute la journée ne lui plaisait pas vraiment, surtout qu'il s'agissait d'Angleterre...

Francis avait alors opté pour la méthode « docile », où il accepterait de laisser le choix à l'anglais de sortir, de rester, de faire ce qu'il veut... tant que ça ne l'éloigne pas de sa mission. Sauf que ce dernier n'avait envie que d'une chose : rentrer chez lui. Sans oublier qu'il avait attisé sa curiosité en plus de ses foudres : Angleterre voulait entendre les raisons de son voyage forcé. Dans tout les cas, il ne veut plus voir ma tronche... S'il pouvait le faire sans qu'Arthur ne le remarque, il s'applaudirait pour avoir été trop fonceur : il n'avait pas pensé aux conséquences de son comportement habituel avec lui. Les mauvaises habitudes étaient restés et il a frôlé l'échec de sa tâche. Dire que c'était son idée de l'emmener ici... Il devait se rattraper.

Alors, en premier lieu, il lui fallait récupérer sa confiance. Pour Angleterre, actuellement, France est Francis Bonnefoy, un ami d'Écosse qui s'occupe de son séjour à Paris. En tant qu'hôte, il est normal de vouloir renouer les liens et de mieux s'entendre avec son invité. De toutes façons, il n'a pas d'autres choix. Il l'a échappé de justesse, mais il est clair qu'à la prochaine erreur, l'anglais prendra la fuite.

Ce dernier avait d'ailleurs déjà prit l'initiative de s'enfermer dans sa chambre depuis le dernier coup de fil d'Allister. Il ne sortait que lorsqu'il avait faim, et en dehors de cela, on ne le voyait ou ne l'entendait jamais. Ce qui étonna fort le latin. Plusieurs fois, il pensait que, ça y'est, le britton allait plier bagage et essayer de trouver l'aéroport ou la gare tout seul. Mais non, il demeurait « prisonnier » de la pièce, comme si au final, il avait changé d'avis. Il ne connaissait que trop bien cette rébellion : soit Arthur boudait, soit il attendait des excuses. Francis hésitait à lui en donner, après tout, lui aussi avait sa part de responsabilité. Cette malédiction le rendait rustre et méchant. Même l'original Angleterre n'en ferait pas autant. L'idée qu'il se soit infligé chose pareille exprès pour se comporter ainsi avec son rival l'attristait. Le haïssait-il à ce point... ?

Il secoua la tête et prit le plateau qu'il confectionnait durant sa rêverie. Ce n'était pas le moment de confondre sa mission avec les sentiments, sinon il n'allait jamais en voir le bout.

Les mains prises, il ne pouvait pas frapper à la porte.

- Arthur ? Tu peux m'ouvrir ?

Le silence qu'il reçut comme réponse lui fit craindre d'avoir manqué sa tentative de réconciliation. Mais il soupira discrètement de soulagement lorsque la tête ébouriffée lui apparut. Celle-ci baissa tout de suite les yeux sur le service à thé, prêt et dégageant une délicieuse odeur de menthe, que Francis se hâta de lui mettre pratiquement sous le nez. Pour accompagner cette bonne attention – qui se voulait vraiment bonne – il lui offrit un sourire rayonnant.

- Il est 17h.

Un frisson d'appréhension le parcouru tout de suite après qu'il l'ait dit. Peut-être qu'Arthur allait se vexer parce qu'il se fiait à des clichés pareils ? Sauf que celui-ci hocha seulement la tête en approbation et s'écarta de la porte pour rejoindre la petite table située à l'autre bout de la pièce. Apparemment, la première étape était franchie. Rassuré, le français entra sans oublier de refermer la porte derrière lui, qu'il poussa à l'aide de son talon.


Dans la chambre que Francis avait préparé quelques jours plus tôt, l'anglais semblait s'y être parfaitement installé, et ce malgré leurs querelles. Soit parce qu'il n'avait de toutes façons nulle part où aller, soit parce qu'il était tout de même trop poli pour oser mettre sans dessus-dessous la chambre d'invité d'un homme qui gâchait ses soi-disant vacances. Sa valise était vide, rangée dans le fond de l'armoire qui abritait tout ses vêtements parfaitement posés sur les cintres mis à disposition. Son pyjama était plié, reposant sur la commode, et le lit était si bien fait qu'on ne dirait pas que cela faisait déjà bientôt un mois qu'il vivait dans cette chambre. Un temps que Francis n'avait pas vu passer, et ce malgré l'envie pressante du britannique de repartir et qu'il répétait à tout va. L'habitude d'avoir ce grincheux sous la main sans doute. Après tout, avoir Arthur à la maison ne lui était pas tout à fait étranger. Lui, au moins, n'avait pas oublié une miette de leur « ancienne » relation.

Le plateau était posé sur la table, de façon à ce que les deux hommes, installés face à face, puisse boire leur thé sans gêne. À voir la satisfaction que semblait ressentir l'anglais à boire de l'eau chaude avec quelques feuilles, Francis se félicita de cette idée simple mais efficace. Maintenant, il s'agissait de faire la paix.

- Je dois dire que...

Quoi, encore une remarque ? Il n'était vraiment pas apte à en recevoir d'autres...

- Tu connais un bon nombre de mes habitudes.

Agréablement surpris par le ton poli et presque doux qu'il employait, France se surprit à sourire naturellement à ce visage encore figé par la froideur des derniers jours.

- Ton frère me parle beaucoup de toi. Je n'ai pas connaissance uniquement de tes habitudes.

- J'ai cru comprendre. Il y a apparemment des choses que vous savez et que j'ignore.

- Oh, par pitié, pas encore...

Presque. Cette fois-ci, Francis n'a pu retenir sa plainte. L'anglais en face de lui fronça légèrement les sourcils et prit sa tasse en regardant ailleurs.

- Mais je ne vais pas te questionner là-dessus aujourd'hui. Je suppose qu'on s'est assez prit la tête comme ça.

- Je t'en serais immensément reconnaissant...

- Ça m'énerve quand même de ne pas savoir...

- Tu sauras tout le moment venu, c'est promis.

Il afficha une moue plus ou moins vexée en lâchant un « hmm » désapprobateur. Arthur sait qu'Écosse et Francis trament quelque chose ensemble, et être dans l'ignorance le mettait hors de lui. Or, sans qu'il n'en vienne à l'avouer, Angleterre savait que lui aussi était allé trop loin, et que pour une fois, il lui valait peut-être mieux obéir à son grand frère... sur lequel il n'oubliera pas de cracher à son retour, sans doute renseigné comme il le voulait.

Francis profita que le rosbif soit plongé dans ses réflexions pour l'observer. C'est vrai, il connaissait tout de ses habitudes. Et même s'il avait perdu la mémoire, rien chez lui n'avait changé. Encore une fois, l'idée que la présence ou l'absence du français dans sa vie n'aurait eu aucune incidence sur sa personne l'assombrit. Décidément, France ne pouvait se résoudre à n'être « rien » pour Angleterre. Il lui fallait une place, une apparition brève et soudaine dans l'esprit de l'anglais qui rappelle à ce dernier que, si, son Némésis est toujours son voisin le plus proche et sera toujours là pour lui mener la vie dure. Il voulait que chaque matin, en révisant son planning dés le réveil, il apparaisse un instant dans ses pensées, lui affichant cette quotidienne mine boudeuse que le latin a toujours trouvé adorable... Les choses ont toujours été ainsi et ça l'amusait.

Ça le faisait marrer.

Ça l'enchantait même.

On peut même carrément dire qu'il adorait ça. Être dans la tête d'Arthur. Le hanter. Lui rappeler chaque jour et à chaque instant qu'il existe. Qu'il n'est pas loin. Qu'il pourra toujours surgir de n'importe où. L'original Arthur savait cela. Du matin au soir, il savait qu'il existe. Comme n'importe qui d'ailleurs. Seulement, n'importe qui n'était pas Arthur. Il pouvait bien occuper l'esprit de quelqu'un, mais si ce n'était pas lui, ça n'avait rien d'amusant.

Ça ne le faisait pas rire.

Il s'en fichait, même.

Son égocentrisme était certes surdimensionné, mais rien ne l'intéressait plus que d'avoir une répercussion sur Arthur. Le petit chasseur qu'il avait rencontré dans la forêt. C'est lui qui l'a trouvé, lui qui fut son « premier ami » si l'ont devait choisir des mots. C'est grâce à France qu'on connut Angleterre. C'est lui qui s'est occupé de lui rendre visite régulièrement, et même plus encore... Il était si important pour lui – à savoir pour son existence – à cette époque... Et pourtant, aujourd'hui, il n'avait aucune idée de qui il avait en face de lui. Tout ces souvenirs qui remontaient jusqu'à sa naissance, envolés. Emprisonnés. Perdus.

- Tu m'écoutes ?

Francis sortit de ses songes, n'ayant même pas remarqué qu'Arthur lui parlait à nouveau. Ce dernier posa sa tasse vide, tandis que le français leva les yeux qu'il avait posé sur la sienne, à moitié pleine et froide.

- Tu as fini de mater ? fit-il sur un ton faussement ironique, non sans quelques rougeurs de gêne.

- Hm ?

- Rien... rien... Je disais, tu n'as pas de petite amie ?

Le temps de comprendre qu'Arthur lui avait bel et bien posé une question sur sa vie privée, il cligna des yeux et le fit répéter – une troisième fois.

- Comme tu n'avais visiblement rien de mieux à faire que de t'occuper d'un type sortit de nulle part pendant presque un mois, je me suis dis que tu ne devais pas avoir de fiancée, ni même de copine... ou d'amis. Enfin, je te demande ça pour discuter... parce que... parce que tu m'as apporté le thé et je serais vraiment un imbécile pour ne pas te faire la causette cinq minutes. Ne crois pas que je fais ça parce que je passe un bon moment, hein !

Le discours de la mauvaise foi. Il y avait longtemps que Francis ne l'avait pas entendu. Ravi – d'il ne sait où – il répondit avec un sourire franc :

- Non, je n'ai personne. Pour tout te dire, je n'y ai pas vraiment réfléchi. J'ai eu beau rencontrer des gens tous aussi intéressants et différents les uns des autres, l'idée ne m'a jamais effleuré l'esprit. Sans doute parce qu'aucun ne m'inspirait un avenir à deux.

Ce n'est que maintenant qu'il se rendit compte qu'Arthur le regardait dans les yeux. Il semblait s'intéresser à la conversation, pas comme il l'aurait fait quelques jours plus tôt. Avant que le silence ne s'installe trop longtemps, Francis reprit, les jambes croisées :

- Même si tes beaux yeux m'y encourageraient~

- Je crois avoir une idée de pourquoi personne n'a voulu de toi...

- C'est rude à dire, mon lapin.

Il accompagna sa réplique d'un petit rire amusé. Malgré le ton, il était sérieux. Arthur avait de beaux yeux. Verts comme de l'émeraude, il l'a toujours pensé. Seulement à l'époque, lui dire aurait gonflé son ego, et bien évidemment, France s'est toujours abstenu de faire un compliment sur son physique. Mais même s'il se trouvait beau, Arthur était pour lui une beauté subjective. Entre autres, il ne le trouvait pas désagréable à regarder. Peut-être parce qu'il avait longtemps l'habitude de le trouver mignon lorsqu'il était petit. Voyant les yeux ouverts et figés de son interlocuteur, Francis prolongea un peu plus son rire, cherchant à détendre encore plus l'atmosphère. Mais Angleterre semblait partit ailleurs. Le silence qui pesait après était assez gênant, mais il le brisa assez rapidement.

- Tu peux répéter ?

- « C'est rude à dire » ?

- Non, après.

- « Mon lapin »... ?

Cette fois, la voix d'Arthur s'évapora pour de bon. Francis s'interrogea un bref instant avant de comprendre – du moins, il espérait avoir raison. Et si ce surnom faisait écho dans les souvenirs perdus du britannique ? Je ne dois pas le perdre... Dans l'idée qu'il devait l'encourager à se souvenir encore un peu, le français rapprocha sa chaise et croisa les bras sur le bord de la table, rapprochant son visage en même temps que sa voix. Comme un appel à l'original Arthur entravé par la malédiction, il répéta :

- Mon lapin...

Le regard verdoyant d'Angleterre était rivé sur lui, comme s'il cherchait encore la personne qui l'appelait par ce petit nom ridicule mais affectueux. Ou moqueur. Ou juste dégradant. Qu'importe, il l'avait déjà entendu quelque part, et son esprit voulait le pousser à se rappeler où. Francis priait en son fort intérieur pour que ça fonctionne. Il en avait assez d'être ignoré par l'Arthur qu'il a toujours connu, qui est tapi au fond de celui-ci. Il ne pouvait plus supporter l'idée d'être ignoré à jamais. De ne plus pouvoir représenter quoi que ce soit pour lui. Il avait besoin d'un nom et d'un visage dans sa vie. Il voulait qu'il l'appelle, qu'il le désigne, qu'il sache toujours qu'il est bien là...

Tout à coup, une brusque tentation le prit.

Il contrôla cette envie à temps, tout en dissimulant ce malaise comme il put malgré la proximité qu'il venait d'engager.

Hélas, Arthur approcha de lui-même, encore à la recherche de réponses.

Ce fut le geste de trop et, comme s'il tombait de sa chaise, Francis déroba ses lèvres.

Lui-même surpris par cette initiative incontrôlée, il emprisonna le visage de l'anglais dans ses mains pour le forcer à ne pas s'enfuir tout de suite, en panique. C'était sans doute l'erreur de trop qui allait le séparer définitivement de lui. Pendant qu'il embrassait maladroitement – maladroitement, lui ! - son invité, des dizaines d'images embarrassantes et tristes lui brouillèrent l'esprit. Il voyait Angleterre le frapper, vociférer des insultes, claquer la porte après lui avoir hurlé de ne plus s'approcher de lui et se perdre dans la capitale. Il le voyait aussi se disputer avec son hôte pendant de longues et désagréables minutes. Il le voyait disparaître sans jamais revenir. Il le voyait même dans le futur, reprendre sa vie de Nation d'un côté pendant que France évoluerait de l'autre. Plus jamais les choses ne seront comme avant. Francis avait échoué.

C'est du moins ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'une langue vint danser avec la sienne. De lui-même, Arthur avait approfondit leur baiser et semblait même enclin à aller plus loin.

Reprenant doucement son calme, le français fit glisser ses mains, passant des joues à la nuque. Ses doigts vinrent chatouiller la peau sous le col de chemise, incitant ainsi le britannique à se détendre un peu plus. Réticent au début, il s'abandonna rapidement à sa demande et posa sa propre main à l'arrière du cou de son hôte, cherchant une proximité plus intime. La table entre les deux commençait à devenir gênante. Alors, sans lui demander son avis, Francis se leva doucement de sa chaise sans interrompre leur baiser et avança prudemment jusqu'à lui pour entourer sa taille et son dos de ses bras. Arthur poussa un discret gémissement de satisfaction, ravi de ce rapprochement.

Et tout de suite après, Francis en voulut encore plus.

Les réponses positives de l'anglais l'encourageaient à avancer sans préjugés. Il le fit donc lentement reculer jusqu'à ce que tout deux perdent l'équilibre, s'étalant ainsi sur le lit dans lequel Arthur dormait seul jusque-là. Un mois à s'occuper de lui, sans avoir vu ou toucher personne entre-temps, ça aussi, c'était des facteurs qui l'emportaient doucement sur sa raison. D'ailleurs, l'idée que la malédiction ne retint pas Arthur de s'abandonner à un homme qu'il était forcé de détester par cette dernière ne l'effleura même pas. Celle-ci semblait s'être éteinte le temps qu'ils profitent de leur étreinte. N'avisant alors plus aucun obstacle, le français balaya le peu de bon sens qui lui restait et entreprit de satisfaire ses désirs comme ceux d'Arthur.

Leur baiser était devenu passionné et faisait monter la température de leurs corps, obligeant les deux hommes à se déshabiller petit à petit mutuellement. Leurs gestes étaient si doux et prudents qu'ils semblaient effrayés à l'idée d'être trop brusque. Pourtant, leurs regards brûlaient d'envie, et progressivement, l'un put lire l'impatience chez l'autre. Remarquant la timidité d'Arthur – qui restait un type coincé, au fond – Francis reprit le contrôle des préliminaires. À chacun, il ne restait plus que leur sous-vêtement, retenant prisonniers le signe évident de leur excitation. Il baissa celui d'Arthur, libérant son membre en plus d'un visage déformé par la gêne.

- N'ai pas honte, ria doucement le français pour le mettre en confiance.

- Ta gueule...

Au moins, il se laissait faire. Le caractère que France lui a toujours connu était avec lui, et pourtant rien de la malédiction ne l'en sépara. S'enivrant un peu plus de l'instant, il caressa son torse et ses hanches, glissant entièrement sur le corps de son amant pour pouvoir embrasser son entre-jambe. Un frisson d'excitation parcourut l'anglais et fit réagir son membre, que Francis s'empressa de porter à ses lèvres. Honteux, Arthur ne trouva d'autre tactique que de relever le menton, la tête presque jetée complètement en arrière. Francis retint un autre petit rire amusé, de peur de le vexer, et offrit une série de baisers taquins le long du sexe de son invité. Celui-ci se mordait déjà les lèvres, sans doute ivre d'avance du plaisir qu'il allait ressentir par la suite. Ou juste par peur de gémir trop fort. N'ayant jamais touché à Arthur, Francis ignorait quels étaient ses points sensibles, sa force, son endurance...

Il allait devoir découvrir tout cela rapidement pour lui offrir une agréable soirée.

Sachant la nation anglaise de nature peu patiente – avec lui en tout cas – il brûla – à regret – l'étape et lâcha sa verge qui se tendait peu à peu pour la laisser aux soins de sa bouche. Ainsi, les mains du français descendirent le long de son entre-jambe pour caresser doucement les cuisses. Un petit hoquet de surprise secoua Arthur. De ce qu'il sait de son Némésis, l'anglais est peu expérimenté dans les sports de chambre. Ça se ressentait sur son corps. Ses réactions montraient sa faiblesse, son étonnement. Soit Arthur était vierge – ce qui étonnerait fort Francis – soit sa dernière relation sexuelle remontait à plusieurs années. À tel point qu'il a dû en oublier les sensations. Pour le français, le côté humain d'Arthur était fragile. Il se cachait toujours derrière sa dureté de nation. Certes, il était le grand Empire Britannique, l'Angleterre, le plus gros morceau du Royaume-Uni mais... pour Francis, qui l'a trouvé et connu comme le plus farouche des petits gamins têtus dans son genre, il était bien moins que ça, pour ne pas dire, d'une autre part, beaucoup plus.

Francis détestait peut-être Angleterre, mais il devait adorer Arthur.

La nation était égocentrique, égoïste et froide.

L'humain était adorable, bien élevé et... attirant.

France trouvait Arthur attirant.

Quand on le prend avec ces mots, la malédiction prenait tout son sens.

Non... pas encore. Francis ne voulait plus penser à cette bêtise magique de malheur. Il voulait profiter de la présence de l'anglais, de l'ouverture qu'il s'est permit d'agrandir et de l'autorisation bénie à le toucher. Peut-être était-ce temporaire. Peut-être qu'il n'allait plus avoir cette chance ensuite. Il devait s'oublier, lui aussi. Se laisser aller. Obéir aux demandes d'Arthur et les coordiner avec les siennes.

Il écoutait ses soupirs pendant qu'il gâtait sa verge. Francis le prit comme une invitation à oublier tout le reste. Tant pis pour ce qui arrivera demain, il le regretterait amèrement s'il laissait passer cette chance. Alors, comme si son esprit s'était éteint et qu'il ne vivait plus que pour l'instant présent, il augmenta la cadence. Ne se fiant qu'à ce qu'il voulait sur le moment, il n'avait envie que d'une chose : goûter Arthur, l'essayer, le dévorer. Une main vint se perdre dans ses boucles blondes, l'encourageant à continuer. Il aurait bien voulu lever les yeux pour admirer l'effet qu'il devait produire, mais concentré à cet endroit, il reporta ceci à plus tard. Les secondes qui suivirent furent comblées par les gémissements d'Arthur, plus bruyants, qui envahissaient la pièce. Puis, lorsqu'il l'entendit murmurer son prénom dans un souffle gêné, il recula la tête, échappant de peu à finir trop tôt son amant. Ça aurait été avec plaisir qu'il aurait « avalé », mais Francis voulait partager cette jouissance avec lui. Et à voir les bras tremblants de désir que lui tendit Arthur, lui aussi.

Le français remonta et se pencha vers lui pour répondre à cette demande d'affection. Mais il fut prit de court lorsque le britannique captura ses lèvres et sa langue dans un geste précipité. Collé à lui, l'aîné pouvait sentir sa peau moite, ses frissons de plaisir et ses doigts cherchant à s'enfoncer un peu plus dans les muscles de son hôte. Même pendant l'amour, il était impatient.

… L'amour.

Francis voulait-il lui faire l'amour ? Ou ne cherchait-il que le réconfort charnel ? Combler l'absence du vrai Arthur ? Ou ce manque d'exercice physique nocturne qu'il n'a pas pratiqué pendant plus d'un mois ? Bien qu'il ait décidé de balayer ses sentiments et de ne dépendre que de ses envies actuelles, la nation française se demandait d'où il pouvait ressentir un tel plaisir à toucher ainsi ce corps à première vue fragile et hors d'atteinte de toute perversité. Il sépara leurs lèvres – dans un gémissement déçu du britton – et le regarda.

Dans une splendeur qui le fit rêver, Arthur représentait, là, tout de suite, le plus parfait objet de ses fantasmes. Il était beau, à le regarder avec ses yeux d'émeraudes. Et ses lèvres rougies par ses propres mordillements d'impatience ou ses baisers enflammés le rendait deux fois plus désirable. Non, décidément, Francis ne pouvait pas résister. D'ailleurs, il plongea à nouveau dans la débauche pour répondre à cet attirant appel. C'est à ce moment qu'il sentit son propre membre se frotter contre le sien. Depuis combien de temps réclamait-il de l'attention, celui-là...

Francis le voulait. Tout de suite. Mais il devait attendre encore un peu; restait la préparation qui allait jouer sur la partie la plus importante de leur plaisir partagé. Les doigts de Francis tremblaient d'excitation au fur et à mesure qu'ils approchaient de la bouche française. Mais au dernier moment, la main d'Arthur s'en empara et, précipitamment, le blondinet les fit glisser entre ses propres lèvres. Surpris par l'initiative, France se sentit fondre dans des images encore plus embarrassantes qui sondaient son esprit.

Si là Arthur n'était pas un petit pervers, au fond...

Le corps brûlant de désir, il regarda avec luxure la langue d'Arthur humidifier ses doigts. Il voulait se dépêcher de les récupérer pour passer à l'étape suivante... Tout aussi impatient, l'anglais les laissa aller et Francis n'attendit pas une seconde de plus pour les entrer progressivement. Les gémissements de son amant reprirent, mais quelque part, il insistait pour que son hôte le comble avec quelque chose de plus gros. Il vint l'embrasser comme pour lui faire comprendre que, oui, bientôt, très bientôt, leur plaisir atteindra son paroxysme. Lorsque le moment fut venu, le latin retira ses doigts, puis agrippa d'une main ferme ce fessier qui lui faisait envie. Le souffle d'Angleterre changea de manière à ce qu'il puisse se détendre le plus rapidement possible. Francis se pencha une dernière fois vers lui pour déposer un baiser tendre et rassurant sur la joue, puis il se redressa, prêt. Désireux. Et au final, lui aussi, impatient... Impatient, car qui sait, peut-être que dans la minute qui suit, Arthur va...

- Ah... !

La voix rauque de plaisir, le britannique exprima la grisante sensation d'avoir son hôte en lui. Francis n'y était allé ni doucement, ni trop fort. Il était entré avec un rythme qui leur convenait à tout les deux, c'est à dire précipité, mais doux. Francis masturba quelques instants son amant pendant que celui-ci, yeux clos, s'habituait à sa présence. L'aîné donna quelques coups de hanche pour vérifier s'il pouvait débuter leurs ébats. Face aux soubresauts de plaisir qu'il reçut comme réponse, il ne se fit pas prier.

Il bougea. Assez rapidement.

Car ils étaient impatients.

Arthur rouvrit doucement les yeux, la bouche entrouverte. Cette dernière laissa s'échapper quelques soupirs et gémissements incontrôlés, desquels Francis se nourrissait sans fin; soit par des baisers, soit à l'oreille, pour suivre attentivement le rythme auquel s'habituait son invité. Si Arthur criait plus fort, il y allait plus fort. Si Arthur l'agrippait avec force, il le marquait de suçons. Si Arthur murmurait son prénom avec de la luxure dans la voix, Francis lui répondait sur le même ton, sensuel, envieux, sur la même longueur d'ondes...

Vint un moment où Arthur en demandait à en échanger sa raison avec. Il s'accrochait aux draps ou bien aux hanches qui le satisfaisaient avec générosité. Perdu dans ces appels à la débauche répétitifs, Francis était dans le même état. Il cognait son point sensible, le martyrisait d'une puissance tout à fait jouissive, à tel point qu'il étouffa quelques grognements dans son épaule. Leurs voix se mêlèrent, autant par leurs lèvres scellées dans des baisers brûlants que par les échos de leurs cris de plaisir. C'est fou comme ils ne pouvaient plus se contrôler, ni se comporter comme ils ont l'habitude de le faire entre eux...

- Francis ! Francis !

La voix d'Arthur rendue perverse par ses violents mais ô combien délicieux coups de hanches le rendait dingue. Ce prénom, combien de fois a-t-il rêvé de l'entendre ? De l'entendre sa bouche à lui, pour savoir qu'il est présent ? Qu'il sait qu'il existe, qu'il s'en souvienne... Il lui répondit avec le sien, sur un ton plus doux et plus intime qu'il ne l'aurait jamais fait avec une autre de ses conquêtes.

Un ton amoureux.

Sur cette réalisation, Francis se libéra en son amant. Ce dernier, dans un gémissement étouffé, fit de même contre le torse fort et chaud de son hôte français.

La descente dans le monde réel allait être longue.

Pourtant, même une fois revenu sur Terre, Francis se sentait encore rêvé.

Il n'était pas sûr de s'endormir ou bien de continuer un songe.


Allister était assis sur le fauteuil du coin le plus rangé du sous-sol. Il attendait depuis tellement longtemps déjà qu'il se demandait pourquoi il ne fumait pas encore. Ah oui, on est en intérieur, et fumer à l'intérieur d'une pièce remplie de grimoires magiques sans fenêtres, ça ne lui disait pas grand chose. Il avait passé tout l'après-midi à attendre que la « jeune fille » qu'avait ramené Irlande du Nord daigne se montrer. Hélas, elle avait un caractère bien trempé, et plutôt coriace. Tout comme son frère. Sérieusement, comment élevait-il ses créatures magiques ? Quand on voit le cercle d'amis inédit d'Angleterre, on a plutôt tendance à trouver qu'au final, le petit Amérique, il n'a pas été si raté que ça. Il aurait pu être têtu et imbu de sa personne, comme son père.

Les jambes croisées, signe d'impatience à la limite presque atteinte, il claqua la langue et jeta un très bref coup d'oeil au livre entrouvert à côté de lui, celui dont la page manque. Dire que l'état du sourcilleux ne se limitait qu'à ça. Franchement, qu'est ce qu'il lui a prit, au wee bro, de s'infliger tel maléfice ? Quand bien même il le découvrirait, ça n'allait sûrement pas l'aider. Et même si en fait ce serait le cas, Écosse se voyait mal fouiller dans la vie d'Angleterre pour comprendre. Surtout des petits indices qui n'en sont peut-être pas et qui datent d'il y a plus d'un mois. Voire peut-être bien avant. La barbe. Toujours seul, du moins à première vue, il perdit patience et s'exclama au vide :

- Tu sais, il le vivait pas si mal, son quotidien avec Frenchie. Il récupérera la mémoire et tout ses plus merdiques souvenirs, mais c'est pas ça qui va l'casser en morceaux. Il est pas en sucre, le morveux.

Quelque part, un signe lui transmit une réponse silencieuse et invisible.

- Aye, j'sais qu'il t'a demandé d'garder la page, mais là c'est plutôt un cas d'urgence, tu vois ? Je te dénoncerai pas si c'est tout c'qui t'inquiète. Allez, dit-moi tout. Tout r'deviendra comme avant.

Dans un coin de la pièce, cachée entre deux épais livres, Pixie secoua la tête. La petite fée, que personne hormis les Kirkland ne pouvait voir, était bien résolue à rester fidèle aux demandes d'un Angleterre amnésique. Déçu et fatigué de se répéter, Allister soupira bruyamment et tourna la tête vers le sol. Quel argument pouvait-il encore utiliser contre la volonté d'une si petite chose ? Il resta silencieux, comme si le temps d'un passage angélique, il changeait subitement d'avis. Ce qui n'était pas le cas, évidemment, mais un détail lui revenait au fur et à mesure que Pixie résistait.

C'est qu'une chose pourrait en effet changer irréversiblement, si Arthur recouvrait la mémoire.

L'écossais se souciait des sentiments de France, qui lui n'avait d'yeux que pour son rival d'Outre-Manche. Et pourtant, quel cadeau allait-il lui faire ? Lui rendre un Angleterre haineux de sa république ? Pour le bien du monde, il ne pouvait laisser son petit frère dans cet état. Arthur devait se souvenir.

Mais derrière, il allait devoir laisser sa promesse en pâtir.

Le choix était... problématique.


À 3h du mat', je me disais que j'aurais pu/dû finir sur le lemon. Mais j'avais prévu de finir sur le dilemme cornélien. 'fin, je sais pas ce que vous en pensez, si c'est grave à ce point ou pas, c'vous qui voyez hein, moi je sais de quoi il retourne-

Je ne suis point très inspirée à l'heure là pour les notes random d'ailleurs, je vais juste aller me coucher et espérer me réveiller avec autre chose que des menaces de mort. Même rien, pour le coup, ça m'irait c:

Passer une bonne nuit blanche~