- Ce rocher faisait dix fois sa taille.
Judal écoutait au porte. L'organisation parlait de lui, dans leur salle de réunion secrète. Avait-il fait quelque chose de mal ? C'est vrai que quelques colonne et une partie du jardin de l'empire avait été détruite mais ce n'était pas de sa faute, c'était Ithnan qui avait insisté pour qu'il déplace cette fichu roche. Cependant, lorsque qu'il avait assimilé que c'était bien Judal qui avait réussi son objectif, il avait attrapé la petite main du bambin et l'avait tiré fortement jusque devant la salle secrète en lui demandant de l'attendre ici.
- Il faut lui apprendre à utiliser sa magie.
C'était une voix de femme. Une voix moqueuse, mais néanmoins glaciale. Qui était-ce ? Judal n'avait jamais eu l'occasion de la voir. De toute façon, ici, ils étaient pratiquement tous masqués et voilés ici.
- Je peux lui apprendre, moi.
- Non, Falan. Toi, tu lui apprendras à la maitriser.
Ou était la différence ? Utiliser, maitriser… C'était la même chose, non ? Les personnes dans la salle semblèrent se poser la même question car un silence parut s'abattre dans la pièce à côté. Mais personne ne posa ne serait-ce qu'une interrogation et la porte s'ouvrit.
Judal sursauta.
Il commença à trembler lorsque des doigts sec et cachectique empoignèrent son poignet pour l'emmener où il ne savait. Ce n'était pourtant pas la direction de sa chambre. Non… On dirait qu'ils se dirigeaient tout droit vers les cachots… Ou… La salle de torture.
Dieu. Etait-ce une de tes plaisanteries ? Ce n'était pas vrai, cela ne pouvait pas être vrai. Qui ferait ça à un enfant ? A un innocent ? Doucement au début, puis de plus en plus ardemment, Judal essaya de se détacher de l'emprise de l'homme masqué mais sans aucun succès. Il était faible, ne l'oublions pas.
Il avait envie de pleurer. Pourquoi lui ? Pourquoi avait-il mérité ça ? Avait-il été un mauvais garçon ? Avait-il fait de la peine à l'organisation ? Avait-il offensé Ithnan ?
Non.
Alors, pourquoi ?
. . .
Le collier en cuir noir était beaucoup trop serré autour de son cou, il l'étranglait. Il allait avoir des marques, il en était pratiquement sûr. La corde retenant ses poignet derrière son dos lui brulait la peau, et la position inconfortable dans laquelle il était - attaché sur une chaise - lui broyait la colonne vertébrale, mais il fallait se l'avouer, il préférait ça aux cinq jours qu'il avait passé en position de Salhab. Maintenant, un bandeau autour des yeux, le cuir chevelu brulant à force que son tortionnaire ne lui tire les cheveux, la peau comme embrasée et couverte de sang, le manque de sommeil car bien évidemment, il n'avait pas le droit de sombrer dans les bras de Morphée… Tout cela le rendait complètement fou. Et les paroles de Monsieur inconnu se répétant sans cesse dans sa boite crânienne de gamin lui donnaient de terribles maux de tête, n'arrangeant rien à sa situation.
"Tu n'es pas assez puissant. Tu ne sais même pas utiliser ta magie. Crois-tu que tu puisses te protéger toi-même en étant aussi faible ? C'est ça la force d'un Magi ? Pitoyable. Tu es inutile. Crève. Tes propres parents t'ont abandonnés. Tu n'as que nous mais tu ne nous sers à rien. Pourquoi ne meurs-tu donc pas ? Tu n'es pas assez bon pour être un Magi. Non, tu n'en es tout simplement pas un. Sale merde, souffre. Souffre, Crie et meurt."
Depuis combien de temps était-il enfermer ici, sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, seul, pratiquement sans rien avoir bu ou avalé. C'était comme si il allait vraiment mourir. Tout était noir. Il avait peur du noir, Judal, ne l'oublions pas. La seule chose qu'il sentait était les fils rêches de la corde déchirant sa chaire, et puis le bruit des instruments qui étaient passés sur lui se faisait entendre en arrière-plan, le gout de la mort remplissait son estomac également et l'odeur du sang emplissait ses narines. Alors voilà comment il allait finir. Comme une charogne abandonnée dans la rue, picorée par des corbeaux gourmands avant d'être avalé par les vautours sournois, semblant attendre ce festin depuis des siècles.
Il allait mourir alors qu'il était un Magi.
Un Magi.
Peut-être qu'en fait, il n'en était pas un… Peut-être que depuis tout ce temps on se foutait de lui juste pour pouvoir profiter de son innocence, de sa trop grande gentillesse et de son amour pour le monde l'entourant. Peut-être qu'il était juste un bon à rien depuis sa naissance, et c'était pour cela que ses parents l'avaient laissés à ces gens. Oui. Et tout s'expliquerait.
Non.
Ces voix, ce chant ; il les avait entendu, il en était sûre.
Il était un Magi.
Certes, un Magi faible, mais il était quand même un Magi.
Un Magi qui allait changer, un Magi qui allait évoluer, un Magi sans pitié, un Magi puissant, un Magi méchant, un Magi sans amour pour personne.
Son regard, le bourreau l'aimait à présent. Déterminé, cruel C'était tout ce qu'il voulait.
Il le détacha donc, terrible erreur.
Judal avait attrapé un morceau de bois sur le sol en tant que baguette, et en moins d'une seconde l'impitoyable homme avait disparu dans une explosion.
Le sang gicla sur le visage de poupon de l'enfant.
