Chapitre 3 : Au détour d'un couloir

Lorsque Pietro ouvrit les yeux pour la première fois il fixa un moment le plafond, se demandant où il pouvait se trouver, avant de se redresser pour examiner les lieux. Une chambre dépourvue d'ameublement, aux murs gris souris et un sol en lino bleu. Il n'y avait qu'un grand lit sur lequel il se trouvait, uniquement vêtu d'un pantalon et un t-shirt blancs, ainsi qu'une table de chevet et une chaise sur sa gauche.

- Wanda ? Tu es là ?

Sa voix résonna étrangement à ses oreilles mais il ne s'en soucia pas et essaya de poser ses pieds au sol. Sa tête lui tournait, sa gorge était desséchée et avait l'impression de ne pas avoir mangé depuis plusieurs jours.

- Tu es réveillé. C'est parfait.

Pietro releva soudainement la tête vers la porte. Il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir et encore moins entendu la personne entrer dans la pièce. Il se contenta de fixer son visiteur sans rien dire.

- Comment ça va, gamin ?
- Toi ? Je… Et bien ma tête me fait un mal de chien mais à part ça... je crois que ça va. Où est-ce qu'on est ?
- Le lieu n'est pas le plus important pour le moment.
- Si tu le dis. T'es franchement aussi bizarre qu'avant la… On a gagné, au fait ? S'enquit le jeune sokovien.
- On a gagné.
- Ma sœur va bien ?
- Ta sœur va bien.
- T'as vraiment un souci dans ta tête ! T'es limité en vocabulaire ?
- Je t'emmerde, répondit son interlocuteur et plaçant ses mains dans son dos.
- Parfait, lâcha sèchement Pietro. Puisque tu n'es pas décidé à répondre à mes questions tu veux bien, au moins, me conduire jusqu'à ma sœur ?
- C'est vraiment ce que tu veux ?
- Encore une question débile et je te fais bouffer ton déguisement !
- D'accord, d'accord ! Céda l'homme en réajustant sa tenue noire et violette, un sourire taquin sur ses lèvres. Vient avec moi, on va voir ce qu'on peut faire.

Pietro se leva du mieux qu'il put et le suivi hors de la chambre. Ils se retrouvèrent dans un grand et long couloir blanc qui contenait de nombreuses portes.

- Tu ne veux vraiment pas me dire où on est ? Parce que niveau déco, c'est à chier et un peu flippant.
- C'est au goût du proprio, visiblement. C'est assez nouveau, en fait. Pour le reste… Si tu veux voir ta sœur je serai obligé de te dire où nous sommes.
- Pourquoi ne pas me le dire, alors ?
- Parce que le savoir pourrait bien renverser toute la situation. Et te faire changer d'avis.
- C'est du délire ! Pourquoi je ne voudrai plus revoir ma sœur ? Demanda Pietro en s'immobilisant.

Son guide fit quelques pas de plus avant de s'arrêter à son tour.

- Peut-être parce que ta sœur est vivante. Mais toi, non.
- Quoi ?
- En fait ce n'est pas tout à fait vrai. Tu es mort il y a quelques jours mais ton corps s'est guéri et a cicatrisé tout seul. Chose fortement extraordinaire, puisque toute personne serait morte. Définitivement. Maintenant, ton cerveau pourrait redémarrer mais il semblerait qu'il soit indécis et pèse le pour et le contre.
- Je suis… mort ?
- Tu ne te souviens pas ?

L'individu fit volte-face et s'approcha du jeune en lui désignant son haut. Le sokovien vit très vite son maillot se couvrir d'auréoles rouges et dégoulinantes comme si ses blessures s'étaient rouvertes. Pietro se sentit soudainement très nauséeux et souleva son haut. Plus rien. Il aurait pourtant juré avoir senti le sang s'écouler le long de son ventre.

- Donc t'es en train de me dire qu'on est…
- Dans ta tête. Un peu vide de décoration mais c'est dû au fait de ton réveil en cours, ou non. Je dois savoir si tu es prêt ou non.
- Tu vas me dire que c'est toi mon cerveau ? La bonne blague ! Pourquoi je t'aurai choisi toi et pas quelqu'un d'autre ?
- Je ne sais même pas moi-même si c'est toi qui a choisi ou si cela s'est fait tout seul. Et tu devrai éprouver une certaine fierté d'avoir un cerveau avec une aussi belle gueule ! répondit « l'encéphale » en prenant la pose.
- Dans tes rêves ! Bon alors comment je me réveille ? Je dois prendre une de ces portes et je dois choisir la bonne sinon je ne sortirai jamais de ce coma de malheur ?
- Oh non, ne te mets pas trop la pression. Tu dois juste atteindre le fond du couloir et ouvrir la porte que te fera face. Aucune erreur possible !
- Bien… tu m'accompagnes jusqu'au bout ?
- Je n'ai pas vraiment le choix. Puis tu pourras en profiter pour discuter un peu avec toi-même, si je puis me permettre.
- Je ne suis plus à une blague vaseuse près, capitula Pietro en se mettant en marche.

Ils marchèrent longtemps, le jeune sokovien assimilant les choses lentement mais surement. Au bout d'un moment le couloir pris des couleurs et Pietro se senti mieux.
Et puis d'un seul coup, elle apparut devant eux. Grande et solide. D'une apparence si simple et pourtant si belle.

- C'est elle, articula difficilement Pietro. On dirait qu'elle cache de merveilleuses choses de l'autre côté.
- Je n'en doute pas. Mais pour moi le chemin s'arrête ici. Tu devrai te changer avant de partir, tu seras plus à l'aise.
- Sérieux ?
- Bah qui sait ? Ou peut-être que si tu as la même tenue que celle que tu portes dans ton cercueil je serai moins déstabilisé à ton réveil.
- Si tu insistes... ça devient vraiment n'importe quoi dans ma tête.
- Ne me tends pas trop le bâton, non plus.

Pietro ne pris pas la peine de répondre et avisa l'armoire que son interlocuteur lui montrait. Il aurait juré qu'elle n'était pas là, il y a quelques secondes. Il en sorti un costard sobre et élégant de couleur noire, pas tout à fait ses vêtements de prédilection mais il n'avait pas vraiment le choix.

- Tu veux bien te retourner ?
- Tu te demandes à toi-même de te retourner le cerveau ? Et tu dis que mes blagues sont pourries…
- Écrase et tourne-toi ! Pervers !
- A qui la faute ? plaisanta l'homme en se tournant vers l'armoire.

Une fois le jeune sokovien habillé son interlocuteur se tourna vers lui, il tenait un globe en verre dans sa main.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Pietro.
- Je dirai que c'est un des liens que tu possèdes avec ta sœur et qu'il est rempli de sa magie.
- Oui, ça à l'intérieur, ça ressemble bien à sa magie. Où l'as-tu trouvé ?
- Par terre, dans l'armoire. On dirait qu'il représente ton avenir. Avenir qui s'est retrouvé enterré avec toi par ceux qui t'aiment vu qu'ils te croient mort.

Le jeune sokovien posa la main sur le globe rougeoyant et tous deux se retrouvèrent dans un autre endroit.
C'était en pleine campagne, non loin d'une grande ferme. Pietro se voyait à une centaine de mètres de lui, accompagné de sa sœur et d'autres personnes. Les avengers, pour la plupart. Le soleil se couchait mais le jeune homme était sûr que son… autre lui tenait la main de quelqu'un en particulier. Ses doutes furent confirmés quand la fameuse personne se pencha pour embrasser son double. L'original eu un hoquet de surprise qui lui fit lâcher le globe qui était restée dans les mains de l'homme en noir. La scène se volatilisa et tous deux se retrouvèrent devant la porte. L'orbe avait disparu.

- Voilà qui est très intéressant. Et plein de sens aussi, annonça l'homme en posant ses mains sur ses hanches, tout sourire.
- Intéressant ? C'est vraiment gênant, surtout ! Je sais même pas si j'avais le droit de voir ça.
- Ça ne posera aucun problème, étant donné que tu ne t'en souviendras pas à ton réveil.
- Je vais oublier ?
- Tu vas tout oublier depuis que tu t'es réveillé, pour être précis.
- Même toi alors ?
- Vaut peut-être mieux, je suis pas sûr que ce soit très sain de discuter avec son cerveau.
- Pas faux. Bon, c'est le moment alors. Comment je suis ?

L'interlocuteur de Pietro s'avança et posa une main sur la joue de ce dernier, devinant aisément ses craintes.

- Tout se passera bien, j'en suis sûr. Ce futur est tout à fait possible, maintenant. Et visiblement, je ne serai pas loin.
- En fait t'es plutôt cool comme mec ! Mais comme je me souviendrai pas avoir dit ça, ça va. Je peux savoir ton nom ?

Il avait demandé ça à l'homme et non à son cerveau qui se cachait derrière. Son interlocuteur afficha un grand sourire, planta ses yeux gris dans ceux du jeune homme et lui murmura son nom à l'oreille. Satisfait de la réponse, Pietro prit une grande inspiration s'avança vers la porte qui venait de s'ouvrir toute seule. Alors qu'il franchissait le seuil il se tourna et finit sa marche à reculons.

- Clint Barton, toi et moi on va bien s'entendre dans ma nouvelle vie !