.

~ Danny The Dog – Massive Attack ~

.

Jon serra le scratch de son gant au maximum, bougea ses poignets puis ramena ses avant-bras en arrière, ses poings crispés et prêts à frapper. Devant lui, son coach ajustait le punching-ball de sorte à ce qu'il soit bien placé devant l'adolescent. Il lui fit ensuite un signe de la tête pour lui indiquer de commencer. Et Jon frappa. Une fois. Deux fois. Cinq fois. Dix fois. Chaque coup plus fort que le précédent.

« Bien. Très bien. » commentait Jeor à côté de lui.

Mais Jon n'entendait sa voix qu'en sourdine. La seule chose à laquelle son ouïe prenait attention était le bruit de ses poings s'écrasant avec de plus en plus de violence contre le sac de sable.

Parti. Il est parti.

Sa main droite donna alors un coup magistral dans le punching-ball qui vacilla. Cela ne sembla pas calmer outre-mesure le brun qui revînt une nouvelle fois à la charge avec plus de force encore.

Il avait promis de venir avec moi au tournois. Et il est parti.

Ses gestes étaient déchaînés. Son énergie trouvait sa source dans son agressivité, son agressivité trouvait sa source dans sa tristesse. Et il s'attaquait toujours au grand sac vertical sans aucune pitié, déchargeant toute la déception qui coulait dans ses veines à chaque assaut.

Il a dit qu'il viendrait. Il a même dit que ce serait une belle journée. Il l'a dit. Et il est parti.

Son champs de vision était embué et il ne voyait plus qu'un grand trait rouge flou à la place du punching-ball. Mais ses poings ne fatiguaient pas. Ils ne fatiguaient jamais. Il fallait qu'il frappe. Il fallait qu'il se débarasse de toutes ces ondes négatives qui vibraient dans son corps, qu'il les mette KO.

« Eh ben dis-donc ! T'étais en grande forme, toi, aujourd'hui ! » le félicita d'une claque dans le dos Jeor lorsqu'ils eurent fini l'entraînement.

Au contraire, Jon ne s'était jamais senti aussi misérable.


Daenerys attacha ses cheveux en un chignon soigné sur le haut de son crane puis entra dans l'étroite cabine de douche et tourna le robinet. Le pommeau de douche cracha presqu'immédiatement un jet d'eau brûlant qui fit rougir sa peau pâle. Loin de sursauter, la jeune fille ferma les yeux et colla son front contre la paroi floutée de l'habitacle. Elle lava son corps, puis ses cheveux, paressa quelques secondes sous le jet puis finit par sortir et enroula une serviette autour de son corps.

De retour dans sa chambre, la blonde sécha ses cheveux puis les tressa de ces jolies nattes dont elle avait le secret. Pour aujourd'hui, ce fut de multiples petites tresses à quatre mèches de part et d'autre de son crâne se réunissant en une seule et même natte vers la fin. Rapprochant sa tête du miroir de la coiffeuse, elle appuya son index en-dessous de l'œil qui avait autrefois été bleuté d'un hématome et regarda si cela servait de mettre encore de la poudre pour aujourd'hui. Elle avait encore une petite marque brune que l'on aurait pu prendre pour une cerne creusée ou un grain de beauté. Pas de quoi ameuter les foules. Néanmoins, ne voulant pas prendre de risques, la jeune fille opta pour une fine couche de fond de teint pour unifier sa peau. Juste au cas où.

Chemise, jean et ballerines plus tard, elle était fin prête pour descendre manger. Viserys était déjà dans la cuisine, son habituel verre de vin du matin devant lui, le journal dans les mains. Il leva distraitement la tête lorsque sa soeur passa le seuil de la porte puis passa en revue ses vêtements avant même de la saluer.

Daenerys avala en quatrième vitesse son petit-déjeuner plus pour sortir le plus rapidement possible qu'à cause de l'heure. Depuis l'épisode des devoirs livrés à domicile, Viserys se comportait comme un chien de garde avec elle, la fliquant comme s'il pouvait déceler une ADN masculine sur son épiderme à l'œil nu. Et c'était assez oppressant. Comme toujours, l'adolescente ne put respirer que lorsqu'elle posa un premier pied dehors. Elle chassa quelques mèches de cheveux de son épaule pour percher la lanière de son sac dessus puis marcha en direction de l'arrêt de bus où ses amies l'attendaient.

« Punaise mais comment est-ce que tu fais pour te faire ces coiffures ? » soupira Jhiqui en tâtant les tresses que s'étaient faites Daenerys. « Elles sont juste magnifiques ! »

« C'est vrai qu'elles sont à tomber. » acquiesça Irri à côté d'elle. « Tu nous apprendras à en faire, un jour ? »

« Avec plaisir ! » consentit la blonde en souriant.

« Les filles, j'ai acheté un nouveau sac hier. Vous le trouvez comment ? » intervînt soudainement Doreah en secouant son sac à main en cuir marron foncé devant le nez des trois autres adolescentes.

Irri et Jhiqui se désintéressèrent alors de la chevelure blanche de Daenerys pour noyer la chef de groupe de compliments. Car c'était toujours comme ça. Chaque fois que Doreah n'avait plus le monopole de la conversation, il fallait qu'elle recentre l'attention sur elle dans les secondes qui suivaient. Que tout revienne à la normale. Ainsi, les quatre filles attendirent le bus en discutant de la garde-robe de Doreah puis entrèrent dans l'autocar en déblatérant sur la future coupe de cheveux de Doreah puis s'assirent à leur place habituelle en débattant sur le futur petit-ami de Doreah.

Lorsque le véhicule amorça une montée, Daenerys jeta un coup d'œil par la fenêtre et tomba sur la maison des Stark. La maison de Jon Snow. Ses yeux verts détaillèrent la bâtisse en pierre à moitié cachée par de grands arbres et un colossal portail en fer forgé. Du peu qu'elle pouvait en entrevoir, elle ne pouvait s'empêcher de constater à quel point cette demeure semblait immense. Combien de mètre carré devait faire ce château ? Et combien étaient-ils à vivre ici ? Une vingtaine ? Trentaine ? Dans quelle aile Jon logeait-il ? Depuis que le brun était assis à côté d'elle en cours, sa curiosité pour lui ne s'était qu'accrue.

Et d'ailleurs, en parlant de lui, ne devait-il pas lui donner des cours à la coupure du midi d'aujourd'hui ? Daenerys ne savait pas si elle avait bien fait d'apporter toute sa pochette de feuilles. Peut-être ne voulait-il aborder qu'une matière à la fois et non pas tout d'un seul coup. Mais elle s'était dit qu'en amenant toute la paperasse qu'elle était censée réviser ils pourraient faire un tour d'horizon des notions nouvelles pour ensuite ne les aborder que petit à petit...bon. Après tout, elle n'avait qu'à attendre le déjeuner pour voir comment tout ceci s'orchestrerait.

C'est avec cette pensée que la blonde passa le pas de la porte de la classe et marcha jusqu'à sa table...pour la trouver vide. Étrange car, la plupart du temps, son voisin était toujours celui qui s'y asseyait le premier. Daenerys posa son sac à terre et tira son tabouret tandis que ses camarades tout autour d'elle s'installaient dans la cacophonie la plus bruyante. Peut-être était-il légèrement en retard. Hypothèse qui tomba à l'eau lorsque les deux sonneries eurent retentit et que le professeur prit place sur l'estrade sans que Jon ne se pointe.

Le cours fut un calvaire de bout en bout. A commencer par la voix mortuaire et désintéressée de l'instituteur qui semblait répéter son cours comme un zombie, en passant par la multitude de termes étrangers à Daenerys qui passa la barrière de ses lèvres, sans parler du fait qu'elle se fit à nouveau interroger et qu'elle n'eut personne pour lui souffler la réponse, cette fois-ci. Le cours suivant s'enchaîna, puis l'autre encore. Et toujours pas de Jon Snow.

L'adolescente était étonnée que personne ne le spécifie. Pourtant, lorsqu'un autre élève était absent, près de quatre personnes prévenaient le professeur en début de cours. Mais là...rien. Tout le monde semblait se ficher éperdument que le brun manque à l'appel. Les seules personnes s'en étant rendues comptes au bout de trois heures de cours étaient les deux garçons du rang devant celui de Daenerys. Mais en les entendant ricaner, la blonde aurait même préféré qu'ils ne se soient jamais retournés.

« Eh, regarde, Le Bâtard a séché. » avait sifflé le garçon de gauche en donnant un coup de coude à son voisin.

« Il se croit vraiment tout permis, ce salaud. »

« Bah ! Moins je vois sa gueule, mieux je me porte de toutes les façons. »

« Tu m'étonnes, moi aussi. Je paris que sa mère s'est cassée parce qu'elle ne pouvait même plus voir sa tronche en photo. »

Daenerys était tout bonnement écœurée. Et elle le fit savoir en détournant brusquement la tête lorsque l'auteur de cette phrase pleine de finesse lui adressa un sourire moqueur de connivence. Comment pouvaient-ils se complaire encore et encore dans une telle méchanceté ? N'en avaient-ils pas marre ? Ne pouvaient-ils pas changer de disque et se trouver un nouveau bouc-émissaire ? Il fallait croire que non et c'était bien pathétique.

De plus, Daenerys était persuadée que son voisin ne séchait pas. Elle ne l'avait pas vu rater un seul cours depuis le début de l'année ; pourquoi commencerait-il aujourd'hui ? Surtout qu'il savait qu'ils avaient un séance de révision entre midi et deux. Non, l'adolescente pensait plutôt que Jon était malade. Le temps commençait peu à peu à se rafraîchir donc il n'était pas exclu qu'il ait attrapé un rhume qui l'ait cloué au lit ce matin. Viserys avait eu ça un jour et l'avait obligée à s'occuper du service toute seule pendant toute la journée. Ca avait été horrible.

Ou peut-être s'était-il fait mal quelque part et ne pouvait plus se déplacer jusqu'à nouvel ordre. C'était une autre hypothèse aussi. Daenerys espérait cependant qu'il ne lui soit rien arrivé de grave car...

« Danny ? » claqua des doigts Doreah devant les yeux de son amie. « Tu redescends sur Terre ? »

Daenerys sursauta légèrement et reprit ses esprits. La bande se trouvait actuellement à la table près des portes de la cafétéria. La chef de groupe choisissait toujours ces places car la table des garçons restait dans son angle de vue.

« Qu'est-ce que t'as depuis ce matin ? T'es tout le temps dans la Lune. Y'a un souci ? »

Daenerys savait qu'elle ne posait pas cette question par réel intérêt pour sa personne mais simplement pour lui spécifier qu'elle n'écoutait pas un mot des paroles précieuses que Doreah déblatérait.

« Non, c'est juste le restau... » mentit Daenerys en faisant un geste évasif de la main.

« Tu auras tout le temps d'y penser après. Là, il s'agit de cibler mon futur cavalier pour le Bal de Noël. »

« Mais tu ne penses pas qu'il est un peu tôt pour s'en occuper ? » lui fit remarquer Jhiqui.

« Oui, c'est vrai, on est encore en septembre après tout. » acquiesça Irri.

« Il n'est jamais trop tôt pour planifier ce genre de chose. » répondit la brune avant de prendre un air conspirateur. « Alors ? Vous pensez quoi du petit blond là-bas ? Pas mal, hein ? »

« Carrément. » répondirent en choeur les deux autres brunes de la table.

« Danny. » la rappela de nouveau à l'ordre Doreah.

« Hein ? » émergea la jeune fille. « Ah, euh, oui, il est mignon. » s'empressa-t-elle de bredouiller sans même avoir pris la peine de regarder le garçon en question.

« Dis-donc, si ce que je dis t'emmerde, tu peux tout aussi bien te tirer de cette table. »

Et Daenerys aurait pu profiter de cette occasion pour se tirer. Elle aurait pu. Car elle commençait effectivement à se désintéresser des sujets de conversation répétitifs de Doreah. Mais le courage lui manqua. Alors elle ne se contenta que de baisser légèrement la tête et marmonner :

« Excuse-moi. »

Doreah lui lança un dernier regard d'avertissement muet puis s'en retourna à son observation de la gente masculine.

Ce ne fut qu'à la reprise des cours que Daenerys put s'autoriser à replonger dans ses pensées. Abandonnant la prof de mathématiques à ses algèbres poussés, elle appuya son menton contre le creux de sa paume et fixa le paysage de fin d'après-midi par la vitre. Leur classe se situant au troisième étage du bâtiment scolaire de l'aile ouest, la vue offerte balayait en hauteur une grande partie de la ville. Ainsi, l'adolescente pouvait entrevoir au loin la Grande Avenue principale du centre-ville sur laquelle se situait le Stormborn puis, plus loin, les toits identiques des quartiers résidentiels parsemés de quelques petites touches de verdure. Enfin , tout au bout, le Lac Rouge.

Un grand ovale à moitié bordé par les bois et entouré par un champ d'herbe verte sur laquelle quelques promeneurs profitaient des derniers rayons de la journée ainsi que de la saison. Le Lac avait été autrefois au bas d'une colline et était de ce fait à un niveau plus bas que le reste de la ville. Un observatoire le surplombait et donnait une belle vue en hauteur, un petit dôme en bois équipé d'une table et de bancs permettant aux passants de s'y installer et de profiter du spectacle. De part et d'autre de l'observatoire se trouvaient des marches en pierres menant au Lac Rouge.

Daenerys ne s'y était rendu que très peu de fois et ne s'y était jamais attardée trop longtemps. Une erreur peut-être car de loin, le soleil déclinant se reflétant sur l'étendue d'eau limpide, l'endroit ne lui avait jamais paru aussi plaisant. Elle laissa échapper un sourire en inclinant la tête. Et ça la prit à nouveau aux tripes, cette envie de partir, de fuir, de s'évader. Elle s'enfuirait du lycée, des notes, des cours, de Doreah, de Viserys, du restaurant, des contrainte et elle courrait dans la rue, se débarrasserait de son sac, dévalerait les marches jusqu'au Lac et s'allongerait sur l'herbe, laissant les rayons lui caresser le visage et observant comme ils faisaient scintiller la surface de l'eau. Et elle resterait là sans bouger, laissant la tombée de la nuit la surprendre. Peut-être même s'endormirait-elle là-bas.

La sonnerie de fin de cours vînt mettre un terme brusque à ses rêveries et la blonde sursauta.

« ...finirait cet exercice pour demain et vous en profiterez pour commencer le second ! » tentait de se faire entendre la prof tout en secouant un polycopié que Daenerys n'avait jamais vu de sa vie.

Comme émergeant en Terre inconnue, la jeune fille regarda partout autour d'elle et vit ses voisins de cours ranger leurs affaires en bavardant, tirer bruyamment leurs chaises et se bousculer presque pour partir. Ah, c'était déjà la fin de la journée ? Toujours un peu dans la Lune, Daenerys glissa ses propres affaires dans son sac et se leva. Elle contourna la place que Jon n'avait pas occupé de la journée et quitta elle aussi la classe. Cela ne servait à rien d'attendre les filles devant l'école pour la simple raison qu'elles terminaient toutes plus tard. Et puis, de toutes les manières, la jeune fille ne voulait pas trop cheminer avec elle aujourd'hui si c'était pour parler garçons, Bal, maquillage ou Dieu-sait-quoi. Maintenant qu'elle y repensait, elles n'avaient jamais eu de conversations instructives ou intimes toutes les quatre – à part lorsque Doreah relatait ses histoires d'un soir sulfureuses où elles avaient droit à toutes sortes de détails intimes, pour le coup.

Daenerys emprunta donc le bus qui la fit descendre à quelques pas seulement du Stormborn et elle trouva les habitués du bar déjà attablés et ivres, pour ne rien changer. La blonde les salua d'un mouvement de tête et s'engouffra en cuisine pour poser ses affaires et se changer. Elle croisa son frère qui revenait de la cave, un pack de bières dans les bras. Le jeune homme les posa sur le plan de travail puis attrapa le manche de la serpillière et le lui tendit.

« Y'a un des soûlards du comptoir qui a dégobillé près de la table sept. Faut aller nettoyer. » lui dit-il avant de lui faire signe d'aller en salle.

Daenerys hocha promptement la tête et alla chercher le balai. Et c'est parti pour quatre heures de service, se dit-elle en regagnant la pièce principale pour effectuer sa tâche.

Les quatre heures se doublèrent rapidement. L'adolescente était rentrée au restaurant dans les coups de quinze heures et eut l'autorisation d'en sortir à seulement minuit moins le quart. Elle regagna la cuisine en traînant des pieds, attrapa le sac d'école qu'elle y avait laissé et traversa la cour intérieure baignée dans la nuit pour gagner l'appartement d'en face. Monter les escaliers fut une épreuve, prendre sa douche en fut une autre mais elle eut sa récompense en se jetant dans son lit, à presqu'une heure du matin. Par réflexe, ses doigts vinrent jouer avec le petit dragon qui pendillait sur sa chaîne et ornait son cou tandis que ses yeux se fermaient tout seul.

Le réveil fut rude.

Et comme pour ne pas aider la blonde à se lever du bon pied, la pluie diluvienne du dehors vînt ajouter à la rudesse de ce réveil. Daenerys effectua tant bien que mal sa routine matinale et décida de se vêtir au gré de son humeur ; col roulé noir, jean noir, bottes noires. Le courage et l'énergie lui manquant, elle ne se contenta que de tresses lambda pour aujourd'hui et descendit les escaliers pour manger. Sans surprise, son frère était déjà à son poste, verre d'alcool sur la table, journal dans les mains, yeux passant en revue ses habits.

« Ce n'était pas le col-roulé de Maman, ça ? »

Et, d'un seul coup, Daenerys se sentit parfaitement réveillée. Elle hocha craintivement la tête.

« Et tu comptes le mettre pour aller en cours ? »

« Je...il fait froid, donc c'est... »

« Et alors ? Tu vas te changer. »

La blonde se tut et obtempéra. Ce fut avec un autre col-roulé qu'elle se présenta, quelques minutes plus tard, et qu'elle courut jusqu'à la station de bus. Le trajet aux côtés de ses copines lui apprit que Doreah avait finalement jeté son dévolu sur un élève de la Terminale 4 comme cavalier pour le Bal de Noël et la jeune Targaryen n'oublia pas de s'enthousiasmer à l'entente de cette nouvelle pour ne pas s'attirer à nouveau les réprimandes de la brune. Arrivées dans le hall du lycée, les quatre filles se séparèrent pour suivre leurs cours respectifs et Daenerys rejoignit sa classe. Toujours pas de Jon Snow. Peut-être était-il vraiment malade, en fin de compte. La blonde sortit ses affaires de son sac et coinça la lanière sur le dossier de sa chaise. Et lorsqu'elle se redressa, elle vit le présupposé malade passer le pas de la porte, sa capuche sur la tête, ses mains dans la poche de son sweat, l'air d'être d'une humeur massacrante. Plus massacrante que d'habitude.

Il gagna sa place sans prêter une seule attention à sa voisine, tira brusquement son tabouret, lâcha son sac sur le carrelage et adopta sa posture favorite. Les avant-bras sur la table, les yeux rivés sur le tableau sans ciller une seule fois. Daenerys se racla timidement la gorge.

« Salut. » lui dit-elle.

Aucune réaction de sa part. La blonde s'humecta les lèvres nerveusement. Bon. Peut-être n'avait-il pas entendu.

« Tu, hum, tu étais malade hier ? » demanda-t-elle.

« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? » siffla Jon glacialement sans daigner tourner la tête vers elle.

Daenerys se prit la remarque de plein fouet et ses yeux verts s'écarquillèrent. Venait-il juste de lui dire... lui avait-il vraiment demandé... wow. La blonde en avait la mâchoire décrochée. Elle déglutit et croisa ses mains tremblantes sous la table. Et elle ne lui adressa plus la parole de toute la journée.

Ce qui arrangeait Jon car il ne voulait être emmerdé par personne. Personne. Il ne serait pas capable de se contrôler, sinon. Ca partirait d'un coup, sans même qu'il ne prémédite quoi que ce soit, et il y aurait encore des plaintes. Depuis deux jours, il était une telle usine à agressivité que son coach de boxe en aurait pleuré de joie. Le jour suivant l'annonce du départ de son père, il s'était cloîtré dans sa chambre pour n'en sortir que le lendemain matin. Tous les habitants de la maison avait eu assez d'intelligence pour le laisser broyer du noir en paix et quelqu'un avait même laissé un plat de nourriture devant sa porte. Arya, sans doute, ou peut-être Robb. Jon doutait fortement que cette initiative ait pu venir de sa belle-mère. Et peut-être que le reste du lycée eut cette intelligence car, fait rare, le brun n'eut droit à aucune remarque désobligeante durant toute la journée. Cela réussit à diminuer légèrement sa mauvaise humeur.

A peine l'alarme retentit-elle que Jon logea ses écouteurs dans ses oreilles pour s'octroyer sa dose de death metal. Tout en sélectionnant sa chanson, il vit vaguement sa voisine de classe partir d'un pas rapide mais ne s'en soucia pas une seule seconde. Le brun attrapa son sac à bandoulière, le percha sur son épaule et se mit en route pour la maison. Maison qu'il trouva vide, à son grand soulagement. Même s'il restait le plus souvent en quarantaine dans sa chambre, il adorait se savoir tout seul dans cette grande forteresse. Cela lui évitait de craindre de tomber sur Catelyn en allant aux toilettes ou en descendant à la cuisine, par exemple. L'adolescent grimpa donc les marches d'escaliers jusqu'à ses appartements et lança son sac sur son lit avant de s'y allonger lui aussi. Il croisa des mains sur son torse et fixa le plafond qui s'assombrissait au fur et à mesure que la lumière du jour éclairant la pièce s'amenuisait. Les sons gutturaux que crachaient ses écouteurs ne lui permirent pas d'entendre Arya toquer à sa chambre mais il entrevit le mouvement de la porte s'ouvrant lentement.

« Je te dérange pas ? » lui demanda-t-elle prudemment après qu'il eut ôté un de ses écouteurs.

Jon haussa des épaules puis la désigna du menton.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Arya sortit alors un magazine de derrière son dos et le lui planta sous le nez. Une gigantesque épée comportant des gravures sur la lame s'étalait sur la double-page. Le brun regarda l'arme puis le sourire suppliant de sa petite sœur. Il secoua la tête, dépassé.

« Combien ? »

La petite brune fit un geste approximatif.

« Oh, trois fois rien, tu sais. Juste quatre-vingt d... »

« Quoi ? » suffoqua Jon. « Et c'est ça que tu appelles ''trois fois rien'' ? ! »

« Mais s'il te plaît, Jon ! Elle est magnifique ! Et ils ont cassé le prix ! »

« Hors de question. »

« Allez... »

« Tu peux toujours courir. »

« S'il te plaît, Jon... »

« Non. »

« Je t'en supplies ! » le pria Arya d'une voix agonisante. « Je ferai tout ce que tu veux pendant un mois ! »

Jon ricana.

« Parce que tu crois qu'un mois serait suffisant ? Le seuil minimum serait de un an. Au moins. »

« Deux ans ! » proposa la jeune fille en s'agenouillant devant lui, les mains jointes.

Jon lui lança un regard suspicieux.

« Deux ans, vraiment ? »

« Promis. Juré. »

Le brun feignit de réfléchir quelques secondes puis soupira.

« Bon. Je te passe ving balles dans la semaine pour commencer et... »

« Oh, merci, merci, merci, merci, merci ! » lui sauta dans les bras Arya.

« Ok...Arya...tu m'étrangles, là ! »

La brune se redressa, un sourire radieux aux lèvres, et quitta la pièce en sautillant. Pour revenir un quart d'heure plus tard avec une tête d'enterrement.

« Non. » répondit d'avance Jon avant même qu'elle n'ouvre la bouche. « Tu as déjà réussi à m'extorquer assez d'argent comme ça. »

Arya poussa un soupir à fendre l'âme et secoua le cahier qu'elle tenait dans sa main.

« C'est pour mes devoirs, cette fois-ci.. » Elle vînt élire domicile sur le lit de son grand-frère et désigna le haut de la première page. « Je n'y comprends absolument rien. C'est catastrophique. »

Jon redressa brusquement la tête avec une impression de déjà vu. Je n'y comprends absolument rien. C'est catastrophique. Ces mots, cette intonation dépitée...c'était comme si quelqu'un avait déjà prononcé ces phrases avant. Quant à savoir qui..?

Et soudain, ça lui revînt. Daenerys. Avant-hier. Les cours du midi. Jon abattit sa paume de main contre son front. Il avait été tellement mal à cause du départ de son père que son esprit avait fait abstraction de toutes autres choses. Les révisions qu'il avait promis à sa voisine était en effet le dernier détail que sa mémoire aurait pu se remémorer lorsqu'il ruminait dans sa chambre. Ce qui expliquait...oh, bon sang. Cela expliquait pourquoi elle lui avait demandé s'il avait été malade la veille. Elle l'avait attendu. Et lui, encore dans sa phase de fureur, n'avait trouvé rien de mieux à lui répondre que d'aller se faire foutre.

« Oh, punaise. »

Le brun se leva d'un bond pour faire les cent pas, sa main toujours cimenté à son front.

« Quel con. Mais quel con ! »

Pourquoi ne s'en était-il pas rappelé ? Pourtant, lorsqu'il était rentré de cours, le jour où le rendez-vous avait été pris, il ne pouvait pas penser à autre chose. Comment se faisait-il qu'il ait pu oublier cet engagement ? Qu'il ait pu la rembarrer aussi froidement alors qu'elle ne faisait que s'informer ? Il y avait de ces fois où il se demandait si son cerveau était en état de marche.

Il fallait qu'il aille s'excuser. Maintenant.

Après avoir lancé une excuse vaseuse à sa petite sœur, Jon attrapa son blouson et dévala les escaliers jusqu'au perron. Capuche rabattue, mains dans les poches, musique dans les oreilles. Ses pieds le guidèrent rapidement jusqu'au centre-ville et il s'arrêta devant le Stormborn, à l'exacte place où il s'était trouvé, quelques jours plus tôt, lorsqu'il avait apporté la pochette de devoirs à Daenerys. A la différence que le restaurant était cette fois-ci ouvert et tournait à pleins régimes. Jon scruta les personnes se trouvant à l'intérieur et reconnut le blond antipathique qui lui avait ouvert la porte, la fois dernière. Mais pas de trace de sa voisine. Son voisin de cours en conclut donc qu'elle devait se trouver chez elle.

Il traversa alors la rue et s'engagea pour la seconde fois dans le passage menant à l'arrière-cour du restaurant. Se dirigeant vers la porte, il leva la main pour toquer mais son geste se suspendit. Peut-être allait-il tomber sur un autre membre de la famille Targaryen qui le traiterait d'une manière toute aussi amicale que celui qui travaillait en ce moment dans le bar d'à côté. Jon décida d'entrer en contact avec Daenerys d'une autre manière, plus directe. Il recula donc de quelques pas et regarda les fenêtres du haut pour enfin s'attarder sur celle tout à droite. Habillée d'un rideau de dentelle, cette vitre fermée avait été celle où Jon avait entraperçu une silhouette l'espionner lorsqu'il était venu. Peut-être était-ce celle de Daenerys, peut-être que non.

Se prêtant au risque, le jeune Snow attrapa un petit caillou par terre et le lança en direction de la fenêtre mais le projectile rata sa cible. L'adolescent réitéra alors avec une autre pierre et mit plus de force dans son jet. L'objet atteignit sa cible mais, lorsque Jon attendit quelques secondes, il n'obtînt aucune réponse. Il réessaya alors une dernière fois en choisissant un caillou un peu plus gros et le lança. Les yeux rivés sur la vitre fermée, le jeune homme patienta avant de se rendre à l'évidence au bout d'une minute. Elle n'était pas là. Replongeant les mains dans ses poches, il fit alors demi-tour et se dirigea vers l'entrée du passage dallé.

Quand soudain, le bruit d'une fenêtre ouverte le fit s'arrêter dans sa marche. Il pivota lentement sur ses talons et redressa la tête. Daenerys venait d'apparaître et, les mains posées sur le rebord, regardait qui pouvait bien s'amuser à lancer des choses contre sa vitre. Ses yeux émeraude se posèrent alors sur Jon et sa figure se décomposa.


J'espère que cette suite vous a plu ! Merci pour vos reviews, j'adore savoir vos avis. Et je sais que je mets beaucoup de temps à publier mais je fais de mon mieux pour m'organiser avec toutes mes autres fanfics. Dans tous les cas, j'espère vraiment que Lonely Souls continuera à vous plaire.

Pour l'observatoire du Lac Rouge, il est inspiré de celui de la Vue Chinoise à Rio de Janeiro.

xoxo,

IACB.

.

Rar :

Triskel : Je suis contente que tu aimes cet UA. Pour ce qui est des Lannister, je vais trouver un endroit où les caser, ne t'en fais pas. C'est juste qu'il y a tellement de personnages que je ne pouvais pas tous les mettre en scène dès le début, il faut juste que je trouve l'instant et l'occasion propice. Merci pour ta review :)

.

Kimninou : Ne t'inquiète surtout pas pour les fautes, j'en fais aussi ;) Pour ce qui est de Mr Snow, il est protecteur envers Bran tout d'abord parce que c'est le rôle d'un frère puis, oui, parce qu'il est handicapé et qu'il se sent responsable de lui. Et pour ce qui est de la relation entre Jon et ses demi-soeur, disons qu'il est plutôt distant voir même très distant avec Sansa mais que c'est tout l'inverse avec Arya envers qui il se sent également responsable. Si tu as d'autres questions, n'hésite pas ! Et je suis contente que cette fic ait suscité ton enthousiasme :)

.

Sleeping Beauty : Hey ! Tout d'abord merci pour tes reviews postées sur mes autres fanfics et qui m'ont fait très plaisir :) Ensuite, je suis contente que Lonely Souls te plaise également. Il est vrai que Jon est rapidement obsédé par Danny mais le fait est qu'elle est pratiquement l'une des seules personnes le considérant comme un être humain à part entière, indépendamment de ses origines bâtardes. Je ne sais pas si ça suffit à justifier son obsession... J'espère que ce chapitre t'a plu en tout cas !

.

Guest : Ohhhh nous avons une fan de Kaamelott ! Je suis une droguée finie de cette série alors il y a une bonne série d'expressions qu'ils y utilisent que je dois également employer. Je suis contente que cette fic te plaise, en tout cas, et j'espère que ce chapitre t'a plu également :)

.

Lilo : Mais oui, je ne vais pas l'abandonner...du moins, je ne pense pas l'abandonner ;)

.

Lokki : Non, ne t'inquiète pas, Drogo sera vite rangé dans un placard. Je suis moi même une fanatique de ce couple et ce sera difficile de continuer ce pairing s'il rôde dans les parages, haha ! Je suis contente que cette fic te plaise et j'espère que tu as apprécié ce nouveau chapitre ! :)

.

Piitch : Hey ! Je suis contente que la retranscription des personnages soit fidèle à tes yeux car j'ai toujours peur de me planter sur ce plan là. Contente également que le chapitre dernier t'ait plu ; est-ce la même chose avec celui-ci ? J'espère ;)

.

Je vais répondre aux reviews enregistrées dès que j'en aurai le temps, sans fautes ! Merci encore pour tout et portez-vous bien :)