4. The never-ending Why...

(Parce que je n'ai pas eu DS d'LVB cet aprèm', ce qui m'a permis de terminer mon analyse de Baudelaire et de ses Fleurs du Mal plus tôt que prévu. Et vu que je suis déjà allée faire les courses, et déposer mes affaires pour cette nuit chez Alice, mais que la soirée d'intégration n'est que dans... 5heures. Ducoup j'ai du temps libre (et mine de rien, c'est quelque chose qui devient de plus en plus rare au fur et à mesure que l'année avance...) DUCOUP. Vu que je suis bien tranquille, sur le balcon de ma chambre, avec vue sur la mer à l'arrière arrière plan, et avec les Cure en bande-son, je peux (enfin) avancer cette fic! Voire peut-être la finir ce soir. Et si vous avez énormément de chance, je trouverais le temps d'aller le poster ce soir avant de partir du lycée. :D)

« Suivez-moi. C'est dans la pièce d'à coté. »

Stefan sentit son ami se crisper à ses cotés. Il fronça les sourcils : décidément, il se passait quelque chose entre les deux leaders. Sinon comment expliquer la tension de Brian dès qu'il s'agissait d'être dans la même pièce que lui? Sans parler de lui parler, ou de croiser son regard. La jeune femme au talkie-walkie qui les guidaient leur avait expliqué que le studio était plongé dans le noir et qu'il fallait juste ne pas faire de bruit pour ne pas déranger l'interview en cours. S'ils restaient au fond de la salle, Matthew et ses acolytes ne risquaient pas de les voir. Alors pourquoi Brian semblait si tendu? Il y avait baleine sous caillou. Placebo n'avait pas que des amis dans le monde de la musique, et le sale caractère de Brian n'avait pas arrangé les choses, mais d'ordinaire, lorsqu'ils étaient obligés de cohabiter avec un groupe « ennemi », comme aimait les appeler le chanteur, il se contentait de les prendre de haut avec son masque habituel. Il n'était pas question pour le jeune androgyne de montrer sa tension intérieure, même aux autres membres du groupe. Alors que là, justement, Brian ne le cachait pas. Au contraire, son expression trop impassible et ses mains crispées, légèrement tremblantes étaient des signes évidents pour le bassiste. Cela ressemblait même à un appel à l'aide, une sorte de 'Je vais pas tenir, aide moi.' silencieux. Ou alors des signes représentant une colère intérieure qui ne demandait qu'à exploser. Au choix. Stefan posa une main sur l'épaule de son ami :

« Eh. Ça va? » Une question qui pouvait paraître anodine, mais le grand brun vu que ce n'allait décidément pas du tout en constatant le sursaut de Brian au contact de sa main sur son épaule et à la vue de son regard vif et agité. Il grommela une réponse qui se voulait affirmative. Stefan se retint de lever les yeux aux ciel et fixa la porte noire en face d'eux. Il avait peut-être été trop loin en voulant savoir la nature du lien qui existait entre les deux leaders. Mais il était trop tard pour revenir en arrière. De toute façon, connaissant Brian, maintenant qu'il savait que ses faiblesses avaient été découvertes, il refuserait d'abandonner sa fierté et lutterait pour qu'on voit que malgré tout, il gardait le contrôle de lui-même. Même si ce 'on' n'était constitué que de son meilleur ami.

« Hum hum. Allez, on y va. » Le bassiste, qui avait toujours sa main posé sur la fine épaule de son ami, le poussa légèrement vers l'avant pour bien lui signifier qu'il n'était pas dupe de sa réponse, mais que s'il voulait quand même affronter les membres de Muse malgré son manque d'assurance, qu'il le fasse. Stefan, lui, serait derrière lui de toute façon. Prêt à le rattraper si jamais il s'effondrait en plein combat. Après tout, c'était lui le fautif, dans cette histoire. S'il avait dit clairement à Brian que les membres de Muse allaient être présents, il aurait peut-être évité cette confrontation.

«... fait vraiment plaisir, et je pense pouvoir parler au nom de nous trois, hum..? »

Brian reconnut instantanément la voix de Matthew avant même d'être entré dans la salle. La jeune fille du staff qui les précédait leur avait ouvert la porte et se tenait maintenant en retrait, attendant visiblement que les deux artistes entrent dans le studio télévisé. L'échange qu'il venait d'avoir avec Stefan ne l'avait pas réellement rassuré, mais il savait que le bassiste de Placebo était à ses cotés. Il jeta un dernier regard à son ami avant de se composer un masque d'arrogance typiquement Molkesque et de franchir les deux portes successives menant au studio plongé dans la pénombre. Une fois à l'intérieur, il avisa un pan de mur inoccupé non loin de l'entrée et s'en approcha, tirant Stefan par la manche afin qu'il le suive. Ce dernier s'y adossa d'un air serein et observa le plateau éclairé par des projecteurs. D'expérience, il savait qu'on ne pouvait voir que ce qui était éclairé, le reste étant non seulement dans la pénombre, mais surtout en contre-jour. Pourtant, pendant que son regard dérivait sur le plateau, il eut l'impression que Matthew les avait vu. Il regardait dans leur direction. Et lorsqu'il reprit la parole, Stefan ne put s'empêcher de se mordre la lèvre d'un air nerveux, pressentant que quelque chose allait arriver d'ici peu.

« Mais en fait, je suis vraiment reconnaissant aux organisateurs de cette soirée d'avoir fait en sorte que ce soit le leader de Placebo qui nous remette le prix. Mine de rien, c'est un détail que j'ai beaucoup apprécié. »

Brian en eut le souffle coupé. Son cœur manqua un battement. Il ne s'attendait pas du tout à ça : une réflexion qui, il le savait pertinemment, lui était personnellement destinée. Il l'avait vu. Il ne pouvait pas savoir qu'il était là, et pourtant il l'avait fait. Il l'avait regardé. Observé en disant cette simple phrase. 'Un détail qu'il a beaucoup apprécié'. Qu'est ce que ça voulait dire? Sous le regard oppressant du chanteur, Brian avait baissé les yeux. Il fixait dorénavant le sol, les yeux écarquillés. Qu'est ce qu'il avait voulu dire par là, bordel? Il sursauta au contact de la main de Stefan sur ses cheveux. Stefan. Stefan était là. Comme une bouée de sauvetage. Inconsciemment, Brian avait lancé une fusée de détresse avant d'entrer dans cette salle. Les secours étaient venus. Sa bouée de sauvetage. Le chanteur releva la tête et croisa le regard de son ami dans la pénombre. Ses yeux rassurants. Grands, bruns. Brian s'immergea dans ce regard couleur chocolat, s'y plongea. Il s'y livra également. Livra toute l'incompréhension qui le saisissait à ce moment précis, le sentiment qu'il avait, celui d'être dirigé par le bout du nez, comment il détestait ça, comment il ne supportait pas que l'on joue comme cela avec lui. Qu'on lui prédise comment il allait réagir. Ce qu'il allait devenir. C'était comme avant, comme au Luxembourg. Et à toute cette détresse visible dans les yeux de son ami, Stefan ne put que lui répondre par gestes. Sa main ramena la tête du petit androgyne vers lui, contre son cœur. Posa son menton sur le sommet de son crâne pendant que le chanteur s'agrippa à sa veste en cuir comme un enfant. Aspirant à grandes goulées l'odeur rassurante de son ami en faisant fi des personnes autour d'eux. De toute façon, ils étaient dans le noir, et tout le monde était occupé. Alors il pouvait bien rester comme ça un petit moment. Contre la personne qui le comprenait le plus au monde.

A la fin de l'interview, qui dura quand même une bonne demi-heure, Brian avait reprit son masque habituel, et apparut sur de lui lorsque la lumière du studio se ralluma et éclaira la salle en entier. Ils étaient à nouveau simplement adossés au mur, près de la porte d'entrée. Lorsque les membres du trio anglais passèrent devant eux, les deux chanteurs se firent face quelques secondes.

« Molko... »

« Bellamy. Alors comme ça, tu as... Apprécié? » fit le jeune androgyne en haussant un sourcil.

« Tu peux pas savoir à quel point ça m'a marqué. Jouissif. Mais j'en déduis que tu as assisté à toute l'interview? » répondit Matt' avec un sourire en coin.

« Hum. Jouissif, huh...? Profites-en bien, dans ce cas. C'était la dernière fois que ça arrivait. »

« Ah. Quel dommage, je m'amuse bien, pourtant. Je ne savais pas que tu étais dans la salle. J'arrive. » ajouta-t-il à l'attention de Dom qui s'impatientait à lui tenir la porte. Le chanteur de Muse reporta son regard sur Stefan qu'il salua d'un signe de tête amical, avant de faire un pas en direction de Brian, s'amusant de voir les yeux vert clair s'agrandir imperceptiblement en pressentant ce qui allait suivre. Ils demeurèrent ainsi un instant, les yeux dans les yeux, se frôlant presque, tendus, chacun dans l'attente de ce qui allait se passer. Brian plongé, une fois de plus, dans l'incertitude. Son masque était fêlé depuis peu, et son incompréhension se voyait sur son visage, dans son regard. Yeux dans les yeux. Matthew eut un petit sourire narquois et se détourna finalement pour sortir.

Brian, lui, ne put que jeter un regard à Stefan, qui avait assisté à la scène depuis les premières loges, avant d'être appelé par la présentatrice blonde. C'était à son tour de passer. Stefan lui adressa un sourire rassurant avant de se radosser au mur. Ils en reparleraient plus tard, de tout ça. Pour l'instant, il espérait juste que l'interview ne dure pas trop longtemps. Il jeta un regard en direction de la porte dorénavant close. Décidément, Matthew Bellamy avait un comportement bien étrange. A l'opposé de ce qu'il avait connu de lui.