Chapitre 3 : Prêt ou pas, me voilà


- Bref... dit Rin.

Pause.

- Bref... dit Luka.

Pause.

- Bref... dit Luki.

Longue pause.

- ...Breeeef, dis-je.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Rin.

Nous sommes en route depuis trois heures, juste après que Luki se soit arrêté pour m'acheter de la nourriture que Rin n'aurait pas besoin de régurgiter, ce qui est assez sympa considérant que je n'ai pas exactement mangé de déjeuner... Ni de petit-déjeuner. Enfin de toute façon, je prends rarement de petit-déjeuner.

- On devrait sécher les cours demain, continua la blonde.

- Je suis totalement d'accord, j'ai dit. Sauf pour mon examen d'histoire renforcée. C'est demain après-midi.

- J'avais oublié. Moi aussi, je l'ai. Luki, tu as le cours d'histoire renforcée ?

- Jamais de la vie, postillonna-t-il. Je ne me déteste pas assez pour prendre cette option.

- Mikuo, depuis quand un examen t'a-t-il empêché de sécher les cours ? demanda Luka. J'veux dire, tu peux toujours sécher la moitié de la journée et te montrer seulement pour l'exam, tu sais.

- C'est vrai, renchérit Rin. Du coup, pendant ce temps, que fera-t-on ?

- Je vote pour qu'on reste à la maison-monstre de Luki pour jouer à cache-cache ! m'écriai-je. Qui est avec moi ?

- J'adore ce jeu ! Je dis oui ! approuva Luka.

- Pareil, dit Rin.

- Vous êtes complètement fous, grogna Luki en souriant.

- On devrait probablement limiter le jeu à une seule partie de la maison pour que personne ne se perde, marmonna Luka.

- On restera sur le troisième étage. Comme ça, nos parents ne pèteront pas de câbles avec ces gens qui courent dans tous les sens. Je suis même sûr qu'il ne sauront pas que vous serez là, conclut Luki.

- Ça m'a l'air tout bon, j'ai dit.

Le troisième étage était le plus petit des quatre étages de la maison-monstre de Luki, ce qui voulait dire qu'il fait la taille de l'espace vital de deux ou trois maisons normales. Il y a sept chambres d'amis possédant chacune leur propre dressing et leur salle de bains et une télévision HD, mais aussi un bureau, une salle de jeux, une buanderie, un salon et une petite cuisine. En gros, dans cette maison, cache-cache devenait le jeu le plus épique du monde. La ferme. On est mature.

- Luki, tu m'as rendu mon téléphone ? demandai-je.

- Non. Luka, veux-tu bien être gentille et prendre le téléphone de Mikuo hors de ma poche, je t'en prie ?

- Beuh, non. Je ne mettrai pas ma main dans ton pantalon pour prendre le stupide portable de Mikuo.

- Mon portable se sent offensé ! m'écriai-je.

Luka m'observa un instant avant de reporter son attention sur Luki :

- Prends-le par toi même.

- Peux pas. Je conduis. Concentré.

- Luki, si tu veux que quelqu'un mette sa main dans ton pantalon, tu n'as qu'à demander, j'ai dit, tout en me penchant nonchalamment et récupérant mon portable près de l'entrejambe de Luki.

En me rasseyant, je trouvai Rin me fixant avec un regard de surprise, d'intrigue et de dégoût mêlé.

- Tu es soit le pire ado secrètement homo soit l'hétéro le plus à l'aise du monde.

- Le deuxième. Crois-moi, insista Luka.

Pensif, je levai un doigt.

- Attends, j'essaye de réfléchir à quelque chose de sexuel et d'offensif pour te le prouver... Oh ! La poitrine de Luka !

- Très bien, éclaire-moi, répondit Rin. En quoi la poitrine de Luka peut être considérée offensive ?

- Et bien ça doit être offensif pour toi, Rin. Au fait, je pense que le soutien-gorge de sport que tu mets actuellement est bien trop grand pour toi.

SLAP.

Mais ça en valait la peine.

- De deux choses l'une, commença froidement Rin, tout en se frottant les mains pour calmer la brûlure. Ma taille de bonnet ne te concerne pas, et enfin; coooomment savais-tu que je porte un soutien-gorge de sport ? Je porte un T-Shirt et un sweatshirt par-dessus.

- Je ne le savais pas, répondis-je simplement.

Trololololol.

- ...Tu ne mérites même pas d'exister.

Je pris cette opportunité pour envoyer un message à ma mère en disant que je resterai chez Luki et qu'il y aurait beaucoup d'alcool et de sexe. Et qu'elle devrait déposer Miku au collège. Elle m'a répondu, je cite : "Amuse-toi bien à cache-cache ! Ne sèche pas ton examen."

Elle me connaît trop bien.

Puisqu'on parle de ma mère et que personne n'ouvre la bouche dans la voiture, je devrais peut-être partager avec vous l'histoire de ma famille. Mes parents ont divorcé quand j'avais dix ans, l'âge idéal pour penser que c'est de ta faute ou quelque chose du genre, et je ne voyais pas souvent mon père parce qu'il est parti en Europe vivre avec une belle blonde ou autre truc stupide. Du coup ma mère était seule à s'occuper de deux enfants de dix et cinq ans. Et non, ce n'est pas ce genre d'histoires où l'aîné devient le chef de famille. C'est la vraie vie dont je vous parle. Je n'aurais jamais su quoi faire et ma mère le savait. Elle a dû devenir l'adulte pour trois. En conséquence, ma petite sœur n'a jamais vraiment grandi. La suite de l'histoire est un peu plus controversée, il va peut-être falloir s'asseoir. Mon père a laissé ma mère alors qu'elle était enceinte d'un troisième. Ouais. De trois mois. Ça n'a jamais été un secret. Ma mère n'avait pas les ressources financières et émotionnelles pour s'occuper d'un troisième enfant, alors elle a fini par faire un avortement. Là. C'est le sujet qui fâche. Je sais ce que vous pouvez penser : pourquoi se faire avorter quand on peut le faire adopter ? La réponse est très simple : à cause de l'argent. Ma mère n'avait pas d'assurance à cette époque, ce qui voulait dire que ça aurait coûté vingt fois plus que nécessaire à la maternité. La vie craint.

En tout cas, ma mère a toujours été assez clémente avec Miku et moi. Nous sommes plus amis que mère et fils. Et j'ai fini par prétendre que j'étais responsable... près des gens. J'étais toujours impulsif et impatient, bien que ma mère ait fini par trouver un boulot décent qui payait juste assez pour remplacer un parent absent. J'ai toujours piqué du fric à Luki. Je ne pouvais pas entamer ma fortune familiale. Je suis un profiteur.

- Mikuo, est-ce que ça va ? Ton visage vient d'avoir une conversation avec lui-même, dit Rin.

- Hm, quoi ? marmonnai-je, sortant de mes pensées.

- Et bien au début tu étais très pensif. Et puis tu avais l'air un peu triste, puis ça s'est transformé en inquiétude, puis en dédain, encore de la tristesse, et puis d'un coup tu es devenu tout arrogant et fier, et puis t'as commencé à rire tout seul et je veux savoir ce que je rate.

- Je pensais aux Avengers, mentis-je habilement. C'est un beau film. Tu l'as vu ?

- Non. Je n'aime pas trop les super-héros, expliqua Rin.

- Oh, il faut que le voies. Les scènes après le générique de fin sont les plus drôles. On va le voir. Demain. C'est un rendez-vous, j'ai dit, ne lui laissant pas placer un mot.

Je souriai narquoisement quand elle se mit à rougir.

- Ah... Oh- d'acc', dit-elle, abasourdie.

Luka sentit que Rin était inconfortable et ajouta :

- Ne t'inquiète pas. Luki et moi viendrons aussi. Ca sera un double-rencart !

- Oh... kay ?

Je ne pus m'empêcher de rire en voyant sa tête.

- F-ferme-là, crétin !


OoOoO


Alors pendant à peu près une heure et demie, Luki prit la sortie se dirigeant vers son immense maison, l'immense silhouette de ladite immense maison illuminée entre les arbres noirs et le ciel. Il était environ neuf heures. L'heure parfaite pour jouer à ce jeu.

- Jouons avec les lumières éteintes ! s'écria Luka avec enthousiasme.

- C'est une idée géniale. Faisons-ça, approuvai-je.

- Peu importe, soupira Luki. Ce ne sera pas de ma faute si vous vous cassez une patte.

Le troisième étage de la maison des Megurine était assez intéressant. La salle principale/cuisine donnait sur trois couloirs, un à gauche et deux à droite, tous dirigeant vers des pièces variées. C'était PARFAIT pour ce jeu. C'n'est pas puéril du tout. Luki avait une fois fait une fête avec au moins, vingt-cinq personnes pour y participer, et c'était la meilleure nuit que j'ai jamais passée.

- Vous feriez mieux de vous planquer maintenant, si vous ne voulez pas que je vous trouve, chantonna Luki.

Nous nous sommes tous précipités hors de la voiture comme les cafards dans Animal Crossing tandis que Luki commençait à compter, lentement. Je me dirigeai droit vers la buanderie. C'était toujours là que je me cachais quand je voulais qu'on me trouve, parce que je suis super fort pour trouver et chasser les autres. Je vis Rin et Luka se diviser chacune dans les deux couloirs; et alors, je commençai à fomenter un plan pour les faire flipper leur race.

J'attendis patiemment que Luki vienne me trouver. Je comptai jusqu'à 107 avant qu'il ne s'approche, souriant à ma vue. Il avait des pistolets à eau. Et pas ces stupides petits pistolets à eau de sept centimètres, non : il s'agissait des énormes pistolets à eau à quadruple réservoir, le genre qui fait chialer un gosse dans les jupes de sa maman.

Nous n'échangeâmes pas un mot en traçant notre chemin dans la salle à manger. Nous avions créé un langage de signes quelques années plus tôt pour surprendre nos victimes. On avait aussi planifié nos attaques en faisant attention à ce que les stratégies ne soient les mêmes qu'une fois tous les trois ou quatres parties de cache-cache. Personne ne nous arrêtait.

J'indiquai que j'attendrai Rin dans le premier couloir et que Luki devait lui faire peur en faisant crier Luka. Il me fit un autre signe, disant d'attendre au moins trente secondes et que si je n'entendais rien, je pouvais y aller.

Je n'avais même pas compté jusqu'à dix que j'en entendis un hurlement à faire dresser les cheveux sur la tête, venant du couloir de Luka. Je bougeai rapidement dans le couloir de Rin, m'arrêtant juste pour écouter les mouvements. Rin était à l'intérieur, et venait apparemment de réagir au cri de Luka, puisqu'elle ne faisait aucun effort de discrétion.

Je balançai la porte de côté et rencontrai les yeux de Rin.

- Oh merd-

Elle n'eut pas le temps de sortir deux mots que mon superultragénialmerveilleux pistolet à eau vida sa charge sur tout son visage. Elle cria et trébucha en arrière, contre le mur. Non, pas contre. DANS le mur. J'étais plié en deux tant je riais.

- Qu'est-ce que t'as foutu, Mikuo ? demanda Luki, un sourire évident dans sa voix.

- Oh mon dieu, Mikuo. Qu'est-ce que tu as fait à Rin ? accusa Luka.

Je reportai mon attention sur Rin qui essayait désespérement de se relever, mais elle était coincée. Elle me jeta un regard noir.

- Oooh, c'est une très bonne idée de porter un T-shirt blanc, Kagamine, riai-je.

Elle croisa immédiatement les bras sur sa poitrine inexistante.

- Ouais ouais, croise tes bras. Ca t'aide, continuai-je, sarcastique.

- Connard, lâcha Rin.

- J'aimerais bien savoir comme Rin, cinquante kilos max, a réussi à briser un mur des Megurine, Luki. Je ne savais pas que tes parents étaient aussi pauvres, rigolai-je.

- Tu veux savoir ce qui s'est passé ? Eh bien, c'est une belle histoire, rétorqua Rin. Je suis là, me cachant dans le noir à m'occuper de mes histoires quand j'entends depuis l'autre chambre ce hurlement macabre qu'on n'entend que dans les films d'horreurs, alors je commence à paniquer et je me lève quand je vois quelque chose d'écrit sur le mur.

Elle pointa le trou qu'elle avait fait dans le mur.

- Alors tu as décidé de détruire ma maison ? demanda faiblement Luki.

- Non ! Je n'essayais pas de casser ta maison ! C'était juste bizarre. Sans rire, y avait écrit "quatrième dimension" au milieu ! Et là ce connard de Mikuo arrive et m'attaque avec un pistolet à eau et je tombe.

- Dans le mur, ajoutai-je.

- Non, tête de cul, il y avait quelque chose dans la "quatrième dimension" !

Luki s'avança vers la scène du crime et sortit quelque chose du trou.

- Luka, allume la lumière, ordonna-t-il.

Il posa une valise noire au milieu de la chambre alors que Luka appuyait sur l'interrupteur. Le mot "intrigue" était écrit en larges lettres blanches sur la valise.

Un silence inconfortable s'installa entre nous.

Attendez. Rin vient de traverser la quatrième dimension et de trouver une intrigue...

- C'est quoi c'bordel ?

- Je sais pas...

- Qu'est-ce qu'on attend ? intervint Luka. Ouvrons-la !

Elle tourna la valise vers elle et la fixa un instant avant de jurer.

- Merde. Y a un code. Dix chiffres, en plus.

- Quoi ?! s'écria Rin. Je n'ai pas traversé la quatrième dimension pour trouver une intrigue fermée ! Il doit y avoir le code quelque part !

Elle se mit à fouiller dans les débris du trou du mur, et Luka la rejoignit. Luki et moi échangeâmes un regard et levèrent nos hydro-armes.

Rin m'a frappé si fort, je crois que j'ai retrouvé ma virginité.