Chapitre quatre
Essence
Contrairement à sa sœur, Gaara n'avait pas passé sa nuit à parcourir tout Suna à la recherche de son frère. A la place, il avait envoyé une équipe avec Baki pour fouiller la ville. Il aurait bien voulu partir lui-même à la recherche du loup et de Kankuro, mais en tant que Kazekage, certains devoirs n'attendaient pas. Cependant, si l'idée de rester à l'écart lui déplaisait, il avait suffisamment confiance en Temari et Baki pour savoir que si eux n'étaient pas capables de retrouver Kankuro, personne ne le pourrait.
En début de matinée, un messager vint lui annoncer que deux équipes de shinobi de Konoha étaient arrivés à leurs portes. A peine quelques minutes plus tard, un truc orange et hyperactif débarqua dans son bureau, souriant de toutes ses dents.
« Hey, Gaara ! Ca roule ? Alors, c'est quoi son délire, à Kankuro?»
Sakura, qui s'était placée à quelques pas de son remuant coéquipier, râla et lui cogna le crâne. « Crétin. »
« Kankuro a disparu depuis hier soir. » Répondit Gaara, supposant que quelqu'un avait informé les ninjas de la Feuille de l'absence de son frère.
« Mais on vient juste de le voir ! Juste à l'entrée du village ! Pourquoi il bouffait un lapin mort ? » Demanda Naruto, sans tenir compte de Sakura qui tentait en vain de le faire taire.
Gaara fixa Naruto pendant un long moment. Moment durant lequel tous les autres ninjas présents s'étaient tus, l'air embarrassés. Tous mis à part Kiba, qui s'était renfrogné et se contentait de secouer la tête de temps en temps depuis qu'il avait capté l'odeur de Kankuro.
« Ca n'est pas drôle, Naruto. » Dit froidement Gaara. Il ne savait pas si c'était dû à son total manque de sens de l'humour ou si le blond avait tenté une mauvaise plaisanterie, mais il n'aimait pas ça, pas du tout.
« Hey ! Je déconne pas ! Dites-lui les gars ! On l'a tous vu!"
Gaara regarda tour à tour les autres ninjas, dont la plupart acquiesçaient. Gaara soupira discrètement. Il pouvait bien imaginer Naruto inventer une blague pareille, et Kiba aurait également pu trouver quelque chose de ce genre amusant, mais il savait que Sakura, Rock Lee et Hinata n'étaient simplement pas assez cruels pour y adhérer. Quant à Shino… Gaara serait incapable de dire si le maître des insectes possédait un quelconque sens de l'humour.
« Vous avez vu mon frère manger un lapin mort ? » Demanda Gaara, doutant toujours de la véracité de l'information.
« Ouais, » continua Naruto, ignorant toujours les vociférations de Sakura. « Et il… »
« Mais tu vas la fermer ! » Comprenant que de simples frappes ou protestations étaient inefficaces, Sakura se décida à attraper directement Naruto et lui coller sa main sur la bouche.
Après un long silence embarrassé, Hinata murmura gentiment, « Ca a peut être en rapport avec l'autre nuit ? Une malédiction ou quelque chose de ce genre ? »
Gaara croisa ses doigts et ferma les yeux. « C'est possible. Ce que vous venez de me décrire ne ressemble pas à Kankuro. Ce qu'il s'est passé la dernière fois ressemblait à une sorte de rituel… Où est t'il à présent ? »
Naruto haussa les épaules. « Aucune idée, il s'est barré en courant. Temari est partie à sa poursuite. »
Gaara hocha la tête. « Je vois. » Il prit une profonde inspiration. Calme. Il avait besoin de calme. « Pourriez-vous sortir un moment ? Il me reste certaines affaires à régler. » Comme essayer de considérer tout ça en privé.
Sakura, sentant que Naruto allait certainement recommencer à brailler et à lancer quelque chose de déplacé, prit les devants. « Hey, vous n'avez pas faim ? J'ai aperçu un stand de ramens à quelques rues d'ici. » A la mention du mot en R, le cerveau de Naruto se mit immédiatement en mode « nourriture ».
Cependant, alors qu'il s'apprêtait à quitter les lieux, il vint finalement à l'esprit du jeune homme que toute cette histoire de frangin-mangeur-de-charognes ait pu rester en travers de la gorge de Gaara. Il se retourna vers le Kazekage et leva le pouce en l'air. « Hey, T'inquiète Gaara. On va briser cette malédiction en vitesse, tu verras ! » Sur ces bonnes paroles, les pensées de Naruto se concentrèrent de nouveau sur les ramens et il fila vers la sortie. Le reste du groupe, soulagé que cette entrevue soit enfin terminée, partirent à sa suite.
Tous sauf Kiba.
Gaara fixa Kiba un instant. « Tu voulais quelque chose ? »
Kiba déglutit. « Ouais… Ouais. Il faut que je te dise un truc. »
Gaara arqua un sourcil. « Je t'écoute. »
Kiba soupira. « Bon écoute. Qu'est-ce que tu sais sur les odeurs ? »
« Les choses ont des odeurs. Voilà. »
« Heu, ouais… C'est un peu plus compliqué que ça. Bref, tu sais que mon odorat est aussi développé que ceux des chiens, non ? »
Gaara acquiesça. « Continue. »
« C'est à propos de Kankuro. Son odeur a changé. »
« Comment ça ? »
« Eh bien, voilà comment ça marche. Je suis capable de sentir des choses que des humains normaux ne peuvent pas. Des choses que seuls des canidés pourraient sentir. Il existe deux catégories d'odeurs de base, ce que mon clan appelle l'essence primaire et l'essence secondaire. L'essence secondaire est issue de ton environnement. On va prendre un exemple. Tu sens le sable. C'est le cas de tous les shinobis du Sable. Tu sens également un peu l'encre et le papier. Kankuro, lui, sent le sable, la sciure de bois et le hamburger. Il sent la sciure parce qu'il utilise des pantins en bois. Je suppose qu'il aime les hamburgers non ? » Gaara approuva et Kiba reprit. « Exactement, voilà pourquoi il sent cette odeur. Maintenant, s'il arrêtait d'en manger et qu'il se mettait à manger autre chose, il commencerait à sentir comme ça. Pour conclure, on tire son odeur corporelle de ce qui nous entoure régulièrement. L'essence primaire, d'un autre côté, est différente. C'est une odeur qui est unique à chaque individu. Je ne pourrais pas te la décrire, parce qu'il n'y a pas de mots pour ça. Ca sent ce qu'est une chose. Par exemple, tu sens l'humain. Nous sentons tous l'humain. Akamaru, lui, sent le chien. »
« Je ne vois toujours pas où tu veux en venir. »
« L'essence primaire de Kankuro a changé. Je m'en suis rendu compte quand on l'a vu tout à l'heure. Il ne sent plus l'humain. Il sent comme une combinaison entre un humain et un loup. Ca ne devrait pas être possible. Même s'il avait été près d'un loup, il aurait senti comme s'il était près d'un loup. Pas comme s'il était un loup. Tu me suis? »
Gaara hocha la tête. « Tu penses que cette malédiction, quelle qu'elle soit, aurait changé la nature même de Kankuro, c'est bien ça ? »
« Je… Je ne suis sûr de rien. Je dis juste que… C'est bizarre, et je n'aime pas ça du tout."
Gaara ne sut quoi répondre.
Temari trouva Kankuro dans son repère, plongeant ses mains dans l'eau de la source et les frottant frénétiquement, essayant désespérément de se débarrasser du sang qui les recouvraient.
« Kankuro ? »
Il fit un bond en arrière et posa les yeux sur sa sœur. « Je… Je… Temari qu'est-ce qui m'arrive ? S'il te plaît dis-moi ce que j'ai ! »
Temari secoua la tête.
« Ce n'est pas ce que je voulais faire. Je ne sais pas pourquoi j'ai fais ça. J'ai juste… Ca sentait tellement bon, et j'ai eu envie de le manger. » Il bégayait. Il s'en rendait compte. Mais il était incapable de se maîtriser.
Temari soupira et fit quelques pas vers lui. Il recula.
« Arrête ! Ne t'approche pas ! »
Temari le regarda comme s'il l'avait giflé. « Quoi ? »
Kankuro baissa les yeux, effrayé de revoir cette honte en elle, ou pire : de la peur. « Je ne veux pas te faire de mal, mais je le pourrais. J'ai failli le faire tout à l'heure. Je ne te voyais pas. Je veux dire, je t'ai vu, mais je ne t'ai pas reconnu.
« Non. » Dit Temari. « Tu ne me feras jamais de mal. »
Il releva la tête et la regarda. « Notre père l'a bien fait. Il le faisait tout le temps, à chacun de nous. Pourquoi pas moi ? »
Temari commença à s'énerver. Elle reprit sa marche, ignorant le grondement qui s'échappa de ses lèvres alors qu'elle avançait droit vers lui. Elle attrapa son menton et le força à la regarder dans les yeux.
« Tu ne me feras jamais de mal. Je te connais. Bordel, je t'ai mouché le nez quand on était petits. Tu n'as et n'auras jamais rien à voir avec lui. Alors arrête de jouer les crétins. Et tu sais parfaitement que c'est ce que tu fais. L'espèce de rituel de l'autre fois a dû provoquer un genre de malédiction. Toi, le véritable toi, ne ferais du mal à aucun d'entre nous. »
Il la regarda d'un œil sombre. « Je te fais honte. »
« Bah, évidemment, je ne te savais pas exhibitionniste, Kankuro. » Répliqua Temari, un sourire en coin.
Kankuro rit faiblement. A sa grande stupéfaction, le sourire de Temari s'effaça et elle le prit dans ses bras. Ni l'un ni l'autre n'était du genre à montrer ainsi leur affection. Ce n'était d'ailleurs pas le genre des habitants de Suna en général. On leur avait toujours appris à entretenir une image agressive, forte et arrogante. L'attitude et l'image avait toujours joué un rôle important pour eux, et, quelques soient les sentiments que l'on pouvait éprouver pour les autres, on vous décourageait fortement à les montrer.
Kankuro avait toujours aimé ça. La mise en scène dans toute sa splendeur.
Alors, les premières secondes, Kankuro ne répondit pas à sa sœur. Puis il se détendit et l'enlaça à son tour. Cela faisait des lustres qu'ils ne s'étaient pas serrés dans les bras. A dire vrai, la dernière fois avait eue lieu dans cet endroit même.
« On va arranger ça, petit frère. » Murmura Temari.
« Merci. »
« Nous ferions mieux de rentrer. Gaara doit faire un infarctus en ce moment. »
« Tu penses que je suis assez fort, Temari ? »
« Pour quoi ? »
« Gaara… Quand le démon le possédait, il pouvait le contrôler. Il y a survécu. Je ne sais pas si… S'il y a un démon en moi, si ce rituel a inséré quelque chose en moi, je ne sais pas si je serai capable d'être aussi fort que lui. Je ne veux pas vous blesser… Mais si ça arrivait ? »
« Rien ne prouve qu'il y ait un démon. Et si c'était le cas, tu t'en sortiras. J'ai confiance en toi. »
« Vraiment ? » Demanda t-il avec douceur. Il espérait réellement avoir sa confiance.
Car quelque part, tout au fond de lui, il entendait quelque chose gronder.
