Merci à Neechu et à Sushi (J'espère que ce chapitre te plaira tout autant, même si lentement, la personnalité de Doflamingo est en train de s'altérer. Pas autant que ce qu'il n'y paraît mais je n'en dis pas plus. Au début, je n'étais pas trop fanatique de ce couple, mais à cause de Neechu, j'y suis devenue totalement accro ! Laisse-toi faire et rejoins-nous du côté obscur ;)) pour leur review.
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Out of Control
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« Montre ton bras. »
La cicatrice est là, une de plus sur le corps de son frère déjà saturé de traces de blessure. Ça fait partie des nombreuses choses qu'il déteste chez lui.
Savoir qu'il a été marqué par d'autres, même dans le cadre des batailles, c'est intolérable. Ça lui donne des envies de massacres à grande échelle. Quant à celles que Rocinante s'inflige à lui-même par faute de son incroyable maladresse, Doflamingo ne sait que faire. Peut-être enfermé son frère à tout jamais dans un cocon de fils protecteurs qui le soutiendront à chaque pas qu'il fait.
L'idée ne lui déplaît pas tant que ça, et lui plaît en réalité beaucoup, mais il suppose que son frère aurait tôt fait de briser les fils. Et sinon lui, Sengoku, qui veille sur son frère avec un soin jaloux, presque un soin d'amant.
Si Doflamingo n'était pas sûr et certain que son frère n'est qu'à lui, il pourrait presque devenir soupçonneux. Mais non, s'il peut accuser Roci de bien des trahisons, du moins il ne l'accuse pas de celle-là. Du reste, il ne sait pas d'où lui vient cette foi. Peut-être parce qu'il sent toujours dans les baisers de son frère une urgence, une passion qu'il ne peut comparer qu'à la sienne et que lui-même, quoique ayant eu d'autres conquêtes, sans nom et sans importance, n'a jamais réellement désiré que son frère.
Il a envie, en frôlant des doigts cette nouvelle cicatrice récoltée à Marineford de lui dire qu'il a tué le pirate qui la lui a causée.
Il ne le fait pas.
Plutôt, du bout de la langue et des dents, il gratte et lèche la plaie jusqu'à la rouvrir, jusqu'à ce qu'un peu de sang y perle.
« Doffy, » râle Rocinante, qui s'est allumé une cigarette de sa main valide et s'est laissé faire, sans doute parce que se débattre aurait immanquablement causé un incendie, « c'est dégueulasse, ça va salir les draps. »
Mais Doflamingo y pose la bouche et suce le liquide à même la peau, comme le ferait un petit animal parasite.
« Tu te prends pour un vampire ?
— Peut-être bien, » fait-il, les lèvres rouges de sang. Il se penche pour embrasser son frère, bouche écarlate contre bouche écarlate.
« C'est dégueulasse, proteste encore Rocinante sans pour autant chercher à l'éviter.
— Un jour, lui chuchote Doflamingo à l'oreille, je te tuerai et je te mangerai.
— Des envies de cannibalisme, Doffy ? »
L'envie plutôt de monopoliser absolument cette chair, de la rendre intangible pour d'autres. Parfois, ce n'est pas par haine qu'il veut tuer son frère, mais par délicatesse.
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Le retour à Mariejoie a été surréel. Rien n'a changé ici alors que Marineford a été balayée dans cette horrible bataille qui ressemble à un immense gâchis.
Sengoku est dans un état... Publiquement, son père d'adoption offre à tous son éternelle sérénité de Bouddha, et Rocinante se demande à quel point il a recours à son fruit pour présenter à tous cette tranquille assurance, mais en privé, son caractère est celui d'un homme en deuil.
Chaque nouveau morceau de l'immense et relativement paisible territoire de Barbe-Blanche qui devient un champ de bataille est pour lui comme un coup de poignard au cœur. Après tout, lorsque les pirates s'affrontent sur terre, la plupart du temps, ce sont les civils qui paient. Marco le Phénix pour l'instant tente de protéger l'empire de son capitaine, mais leurs pertes à eux ont été dévastatrices.
« Je ne voulais pas cela, » lui confie-t-il un soir où il l'a appelé dans ses quartiers. Dérogeant à sa règle de sobriété absolue, il tient un verre de vin au lieu de son thé habituel. C'est un signe de grande détresse chez lui, se dit Rocinante, qui n'a pratiquement jamais vu son père d'adoption boire de l'alcool. « Je pense que je vais... je pense que je vais renoncer, Rocinante.
— Renoncer à quoi ? demande-t-il, un peu bêtement peut-être.
— Mon poste. Je crois que je ne suis plus capable d'être amiral en chef. »
Le monde peut parfois s'écrouler en silence. C'est le cas, hormis l'énorme boum que fait Rocinante en tombant de sa chaise.
« Ce n'est pas possible, gémit-il en se redressant, la chemise tâchée du vin qui était jusque là dans son verre. Ça a toujours été ton rêve !
— Mon rêve était de mettre fin à l'ère de la piraterie. Mais j'ai échoué Roci, j'ai échoué de bout en bout. Barbe-Blanche est mort et une nouvelle menace a surgi, qui semble bien plus dangereuse qu'un vieil homme qui étendait son contrôle sur des îles que le Gouvernement Mondial ne peut pas protéger.
— Tu parles de Teach ?
— Que va-t-il faire avec ces raclures échappées d'Impel Down ? Barbe-Blanche à sa manière avait de l'honneur. L'honneur d'un pirate ne vaut pas grand chose, je te l'accorde, mais c'est toujours mieux que rien.
— Mais c'est justement une raison de combattre ! Si tu abandonnes, tu le laisses gagner ! »
Sengoku a un air méditatif : « Je crois qu'il a déjà gagné. En fait, c'est peut-être même le seul qui ait gagné quelque chose dans toute cette histoire. »
La conversation roule encore quelques temps sur le même sujet, et Rocinante se rend compte que la passion de la justice qui a toujours animé son père d'adoption a en quelque sorte disparu. Il espère que ce ne sera que passager, parce que personne plus que Sengoku ne mérite d'être Amiral de la Flotte.
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Sengoku renonce à son poste d'Amiral de la Flotte. La nouvelle fait les gros titres et amuse tout à fait Doflamingo.
Officiellement, c'est dû à son âge, qui commence à être certain, mais qu'il soit damné s'il croit un seul mot de ce mensonge plus gros qu'un galion. L'homme qu'il a vu à Marineford irradiait de puissance et d'assurance. Non, il y a assurément autre chose, et même s'il n'a aucun espoir de faire cracher la pastille à Rocinante, qui lui doit être au courant, ça ne l'empêche pas d'être d'excellente humeur. Que le vieux en crève, rien ne lui ferait plus plaisir si ce n'est que ce soit de sa main. Rocinante serait sans doute fou de rage s'il lui faisait encore perdre un autre père.
La perspective le fait sourire. La haine de Rocinante n'est pas un sentiment qui lui déplaît. Il pourrait la mettre en balance avec les autres et contempler le résultat. Ce serait au moins intéressant et ça ne briserait pas pour autant le lien qui les unit.
Pas un mot sur son éventuel successeur. Ce sera sûrement un des amiraux, à moins d'une exception qui serait plutôt curieuse. Doflamingo ne sait pas lequel serait le plus profitable à ses affaires. Aokiji est paresseux, Akainu inflexible et Kizaru laxiste. Le dernier serait sûrement le plus intéressant, mais c'est aussi le moins probable. Les affinités de Sengoku sont connues. Ce sera sûrement Aokiji. Une fois en poste, la personnalité indolente de l'amiral de glace changera-t-elle ou bien gardera-t-il cette nonchalance dont Doflamingo se promet bien de tirer parti ?
En tout cas, cela causera un certain désordre et il a bien l'intention d'en profiter, tout comme il profite du morcellement, île par île, de l'empire du vieux Barbe-Blanche. Tout se qui secoue la stabilité du Gouvernement Mondial est bon à prendre, d'autant plus quand il peut augmenter ses ventes d'armes.
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Aokiji et Akainu vont se battre pour le poste d'Amiral de la Flotte. Rocinante songe avec horreur que c'est de la folie, que cette bataille même est une honte, car elle ne fera que donner raison au plus fort. Et ce n'est pas l'idée que doit servir la justice, bien au contraire. Quant à savoir qui l'emportera, il n'en a aucune idée, mais pour lui, toute victoire sera en soi une défaite.
Pourtant, par sympathie personnelle, il souhaite le triomphe d'Aokiji. Il ne connaît pas particulièrement l'homme, il ne l'a pas vu plus de dix fois et lui a parlé encore moins souvent, mais il sait que c'est le choix de son père. De plus, il se méfie de l'intransigeance d'Akainu. La justice absolue a souvent trop tendance à punir les innocents pour atteindre aussi les coupables.
Il en parle à Mjosgard et celui-ci a un air navré. « Je ne peux rien faire. Personnellement, je soutiens le choix de Sengoku, mais la vaste majorité d'entre nous préfèrent Akainu. Ils ont peur, ajoute-t-il sans chercher à dissimuler son mépris. Est-ce que tu penses que cette tasse serait mieux avec un liséré vert ou un liséré rouge ?
— Rouge, répond aléatoirement Rocinante. Mais peur de quoi, au juste ? » Il est sincèrement curieux car rien ne semble pouvoir atteindre les Dragons Célestes et un sentiment comme la peur devrait leur être totalement étranger.
« Du D, bien évidemment ! Tu as oublié les histoires, Rocinante ? Le D qui viendra te manger si tu n'es pas sage ? Il se trouve que Dragon, l'homme le plus recherché du monde, l'homme à la tête de la Révolution qui veut renverser le Gouvernement Mondial est un D. Alors, pris de bigoterie, ils préfèrent un homme dur plutôt qu'un homme juste. »
Rocinante est abasourdi par cette révélation, même si quelque part, ça ne l'étonne pas.
« Je me disais aussi qu'il était étrange qu'il y ait débat sur la question. Traditionnellement, c'est l'Amiral lui-même qui choisit son successeur.
— Si le successeur plaît au Gouvernement Mondial, » ajoute Mjosgard en ornant sa tasse du liseré rouge. Il semble sur le point d'ajouter quelque chose, mais tout à sa concentration, il ne dit plus rien.
« Ça me déprime, en conclut Rocinante.
— Il n'y aura aucune conséquence pour toi, si cela t'inquiète.
— Je n'y avais même pas pensé. Quelles conséquences cela pourrait avoir ?
— Et bien, les visites de ton frère étaient tolérées parce qu'on savait que tu étais le fils adoptif de l'Amiral de la Flotte. »
À la perspective qu'elles ne le soient plus, Rocinante ressent un mélange de peine, d'angoisse et de soulagement. Les visites de son frère, comme le dit si pudiquement Mjosgard, réveillent en lui des sentiments compliqués. Il a la sensation de s'attacher de plus en plus à lui alors même que l'enfermement auquel le condamne son lien amenuise son sens du devoir. Et comme il ne fait aucun doute que si Doffy le pouvait, il l'enlèverait immédiatement, les perspectives pour l'avenir ne sont guère plus réjouissantes que celles concernant le présent.
« Ce serait peut-être pour le mieux, mon oncle.
— Tu ne le penses pas vraiment, répond doucement Mjosgard. Alors, quel est ton avis sur cette tasse ? »
Il a élevé l'objet pour mieux le voir à la lumière du soleil, qui entre à grand flots par les vastes fenêtres de la petite pièce.
« En toute honnêteté, elle est hideuse. »
Le Dragon Céleste soupire. « Oui, tu as raison. Et pourtant, j'essaie, mais qu'est-ce que tu veux, on dirait que je n'ai aucun talent pour la poterie. Je ferais volontiers fouetter mes précepteurs, qui, enfant, m'ont dit qu'il suffisait que je le veuille pour réussir.
— Là, c'est vous qui ne le pensez pas vraiment. »
L'homme se mit à rire. « Ah, tu commences à trop bien me connaître. »
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« Je ne l'aurais pas laissé en vie.
— Ça ne m'étonne pas, » répond aussitôt Roci, qui, la tête sur la poitrine de Doflamingo, écoute leurs pulsations reprendre leur rythme habituel. Puis il ajoute : « Qui donc ?
— Aokiji. Akainu a fait une bêtise.
— C'est Kuzan maintenant, corrige son cadet en traçant distraitement des lignes sur sa peau. Et Sakazuki.
— Que penses-tu de ton nouvel amiral en chef ?
— Je pense surtout que tu es nul pour les conversations sur l'oreiller.
— Tu préférerais des mots d'amour ? demande Doflamingo en souriant.
— Non. J'aimerais qu'on... parle.
— Ce n'est pas ce que nous faisons ? »
Roci soupire et s'éloigne de lui. « Bien sûr, tu as raison. Après tout, ce n'est pas comme si nous avions tellement de sujets de conversation. »
Il y a un silence, comme s'il s'attendait à ce que son frère dise quelque chose, mais Doflamingo n'a rien à dire. Avoir une discussion sérieuse avec Rocinante serait comme mettre un couteau sous sa propre gorge. Il sait que tout ce qu'il dira sera retourné contre lui à la première occasion. « Ce que je pense de Sakazuki..., finit par lâcher Roci. Rien pour l'instant. C'était un bon amiral et je suis sûr qu'il fera ses preuves en tant qu'Amiral de la Flotte. Ce que tu appelles une bêtise, moi j'appelle ça un acte de clémence et je suis heureux que sa montée au pouvoir ne soit pas teinte du sang d'un de ses camarades.
— Il n'y a pourtant pas de meilleur marchepied que les cadavres. Surtout qu'eux ne peuvent pas revenir vous mordre le cul ensuite.
— Tu es sinistre.
— Réaliste tout au plus. » Doflamingo ouvre les draps et se lève. D'un mouvement, il attire à lui ses vêtements.
« Tu pars déjà ? demande le cadet avec quelque chose dans la voix qui ressemble à de la déception.
— J'ai un royaume à gouverner. Les tracas du pouvoir, et tout ce qui s'ensuit. Si je te manque tellement, je peux t'emmener, tu sais.
— Fut une époque où tes pièges étaient un peu plus subtils...
— Mais comme la subtilité n'a rien donné, j'essaie d'y aller franc jeu. Viens avec moi, Roci. Tu dois en avoir marre de cette cage où tu ne sers à rien.
— Je te trahirai, répond le cadet. Je te trahirai parce que je ne pourrais pas m'empêcher de fouiller dans la merde et tu ne me feras jamais croire que tu as les mains propres. »
Doflamingo s'interdit de se sentir blessé par les mots d'un traître.
« Qui te dit que je te laisserais sortir assez souvent de mon lit pour ça ? » plaisante-t-il plutôt.
Mais Rocinante est aujourd'hui d'humeur sérieuse : « Ce serait juste une autre cage, alors. Et cage pour cage, Doffy, même si tu ne comprends pas, je préfère encore celle où je peux te faire le moins de mal. »
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« Pourquoi votre mission a-t-elle échouée ? »
Rocinante est un peu déconcerté face au tout nouvel Amiral de la Flotte qui l'a convoqué, fait attendu trois heures et a débuté l'entretien par cette question on ne peut plus étrange. Qu'il soit dans le bureau qu'occupait jusque-là Sengoku n'arrange rien.
« Monsieur, j'ai formé du mieux que je pouvais les nouveaux cadets arrivés à la base. Je pensais que leur entraînement avait satisfait mes supérieurs. »
Sakazuki retire son cigare de sa bouche.
« Je ne parle pas de ça, imbécile. Je parle de la dernière fois où vous avez été plus ou moins utile. Je parle de la mission d'infiltration de la Donquixote Family !
— Monsieur, j'ai été découvert et retenu captif.
— Ça n'a pas dû être une captivité si pénible. » Le ton de Sakazuki est agressif, accusateur.
« Monsieur ? répète Rocinante qui fait semblant de ne pas comprendre mais ne comprend en réalité que trop bien.
— Nous reparlerons de ce détail plus spécifique plus tard. Comment expliquez-vous que l'Ope Ope no Mi, qui était censé être dans les mains de Doflamingo selon tous les rapports est actuellement en possession de Trafalgar Law ?
— Law faisait partie de la Donquixote Family. J'ai réussi à l'en tirer.
— En omettant au passage de mentionner qu'il avait mangé le Fruit ?
— Je ne le savais pas. À l'époque, Doff...lamingo ne me faisait déjà plus confiance.
— Alors pourquoi avoir emmené ce gamin avec vous ?
— Parce qu'aucun enfant ne mérite de rester dans la Family.
— Et vous ignoriez son pouvoir ?
— Oui. » Rocinante espère juste que si tous les mensonges qu'il a pu fabriquer à l'époque pour protéger Law sont découverts, il sera le seul à en payer les conséquences.
« Alors même que vous l'avez fait dispenser des cours de natation ?
— Law enfant était sujet à des otites chroniques. » C'était du moins la raison qui avait été invoquée pour obtenir la fichue dispense.
— Admettons, » fait finalement Sakazuki, qui au ton de sa voix n'en croit pas un mot. « Je pense que mon prédécesseur a été peut-être un peu léger dans la confiance qu'il vous a accordée, mais admettons. Ce que j'aimerais présentement savoir c'est pourquoi le capitaine-corsaire Donquixote Doflamingo pénètre régulièrement par effraction dans la base marine de Mariejoie et plus précisément dans vos quartiers. »
Sakazuki le sait parfaitement. Il est impossible qu'il ne le sache pas, mais il veut me forcer à le dire, réalise Rocinante. Il veut m'humilier.
« Mon frère, dit-il d'une voix qu'il espère tranquille et pondérée, est également l'Alpha avec qui je suis lié en tant qu'Omega. »
La bouche de Sakazuki se tord de dégoût.
« Comment est-ce arrivé ? »
Rocinante se demande où mène cet interrogatoire sordide et presque obscène. Tout est consigné dans ses rapports, du moins tout ce qu'il était indispensable à la Marine de connaître. Il n'a pas fait mystère de son lien avec Doffy, mais il est vrai qu'il n'a pas jugé bon d'étaler les détails. Visiblement, c'est ce que Sakazuki souhaite.
« Mes suppresseurs étaient périmés. Mes chaleurs se sont déclenchées.
— Les Omega, » grogne l'amiral en chef avec mépris, et Rocinante ne devine que trop bien qu'il le juge inférieur de par sa simple nature. Comme s'il avait demandé à naître Omega, comme s'il avait pu choisir ! « Vous ne pouviez pas faire attention, vraiment ! Ensuite, que s'est-il passé ? »
C'est une question incroyablement grossière.
« Mon frère est un Alpha. Il est entré en rut et sans savoir exactement ce qu'il faisait, il m'a mordu. Depuis, nous sommes liés.
— Et vous n'avez jamais cherché à profiter de ce lien ?
— Jusqu'à ce qu'il découvre que j'étais une taupe infiltrée, si, je l'ai fait.
— Et depuis ? Depuis ? Il vous visite pour quoi exactement ? »
Rocinante a fortement envie de répondre une impertinence, quelque chose comme 'À votre avis ?' mais à quoi bon engager un combat qu'il ne pourra que perdre ? Il se contente donc d'un laconique : « C'est la force du lien.
— Ce lien, il marche à double-sens ?
— Oui.
— Alors qui me dit que désormais, vous n'êtes pas un espion de Doflamingo infiltré dans la Marine ? »
L'idée est tellement absurde que Rocinante a presque envie de rire.
« Je n'ai jamais révélé la moindre information sur la Marine à Doflamingo.
— Si jamais j'obtiens la moindre preuve... Vous savez que ce qui attend les traîtres, c'est la peine capitale, n'est-ce pas ?
— Oui, monsieur.
— Vous pouvez disposer, commandant. Mais n'oubliez pas que désormais, je veille. »
Il a dit cela avec une passion farouche, comme si à lui tout seul, il pouvait contrôler chaque action de chaque soldat.
« Encore une chose. Chaque visite que vous rendra votre frère équivaudra à un jour de cachot. Tâchez de lui faire comprendre qu'il est de votre intérêt qu'il se montre le moins possible. »
Rocinante salue et se retire, ne sachant si son émotion dominante est la colère ou le dégoût.
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Punk Hazard est désormais une île interdite d'accès à tous. Le combat titanesque qui y a eu lieu a transformé pour toujours la topographie et la moitié de l'île est un océan de lave tandis que l'autre est un désert de glace. Même pour Grand Line, même pour le Nouveau Monde, c'est une île étrange.
Ça tombe très bien, Doflamingo cherchait justement un endroit assez grand pour aménager un complexe dédié à la production du SAD. Le SAD est une petite merveille mise au point par le scientifique Caesar Clown et qui permet de produire des Smile, des Fruits du Démon artificiels de type Zoan. La perspective de ce que pourrait rapporter cette plus qu'intéressante découverte si on y investit assez de temps et d'argent est fabuleuse. Sans compter qu'en pouvant distribuer des Fruits du Démon à grande échelle, Doflamingo s'assure de provoquer un chaos sans précédent. Tout ce qui peut déstabiliser l'ordre mondial lui plaît.
Il a à peine fait filtrer quelques informations sur la question qu'il est contacté par un émissaire de Kaidou, qui déclare son intérêt pour une telle trouvaille, et propose des conditions extrêmement alléchantes à la condition d'un monopole. Après diverses tractations, Doflamingo s'engage à reverser l'intégral de sa production de Smile à Kaidou à l'exception d'un vingtième. L'Empereur fait savoir que la clause ne lui plaît pas entièrement, mais il accepte néanmoins.
Il est temps de fabriquer des Smile à grande échelle. Malgré le SAD, les plants sont extrêmement fragiles et difficile à faire fleurir puis mûrir. Heureusement, Doflamingo a sous la main des petits êtres crédules qui sont des pros du jardinage.
Il savait bien qu'il avait eu raison de ne pas exterminer les Tontattas.
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Law était peut-être un mauvais Marine, mais c'était clairement parce qu'il n'y mettait pas de bonne volonté. En piraterie, il se révèle vite un maître.
L'incident de Port Rocky, une véritable bataille entre une poignée de pirates et deux régiments entiers de Marines, rase l'île suite à une explosion provoquée, selon la Marine, par les pirates eux-mêmes. Heureusement qu'un jeune capitaine du nom de Cobby a pris sur lui d'évacuer les civils, contrevenant à ses ordres directs, parce que sinon ça aurait été un carnage. À Mariejoie, la rumeur court que c'est la Marine elle-même qui aurait fait sauter l'île.
Toujours est-il qu'en plus de la perte de deux régiments, il faut compter plus de vingt navires par le fond : un désastre que certains n'hésitent pas à comparer au ravage d'Enies Lobby.
Sa prime augmente jusqu'à 440 millions. Et alors que Rocinante s'inquiète des répercussions que cela risque d'avoir, notamment par rapport aux chasseurs de primes, Law a l'idée d'un goût discutable d'envoyer cent cœurs de pirates à la Marine, en échange du titre de capitaine-corsaire.
Rassuré de ce point de vue-là, une autre inquiétude surgit, celle de voir Law à Mariejoie, et en présence de Doffy, mais la décision de Sakazuki de faire passer le QG de la Marine de l'autre côté de Red Line diffère la réunion habituelle de présentation.
Rocinante aimerait tant revoir son fils adoptif, mais il refuse de le voir mettre un pied à Mariejoie, pas en tout cas s'il peut l'éviter et encore moins avec son frère dans les parages.
Law semble partager son point de vue car malgré la légalité de son nouveau statut, il ne cherche pas à le rencontrer. Rocinante reçoit une lettre, dans son habituel style laconique, où le brun parle d'un plan pour le sauver.
Le sauver de quoi, Rocinante ne le discerne que vaguement. Il espère simplement qu'avec son plan insensé, Law ne risque pas de se perdre lui-même.
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Roci est très enthousiaste, aujourd'hui, et tout à la fois d'une docilité troublante.
Il ne faut pas longtemps à Doflamingo pour comprendre pourquoi.
« Rocinante, grogne-t-il, et tes suppresseurs ? »
Maintenant qu'ils sont liés, Doflamingo est le seul Alpha qui répond aux chaleurs de son frère, rendant les suppresseurs moins nécessaires, et il semblerait que son cadet ait été quelque peu négligent dans sa prise de médicaments.
« Je ne comprends pas, déclare Roci, je suis sûr de les avoir pris ce matin.
— Il faut croire que non...
— Merde ! Oui, je m'en souviens, j'en ai donné hier à Joan qui n'en avait plus, sans m'apercevoir que c'était ma dernière plaquette. Et je n'ai pas eu le temps de passer à la pharmacie ce matin. »
Doflamingo passe la main sur la joue de son frère. Elle est brûlante. Lui-même commence à sentir monter en lui un feu dévorant. Répondant à l'odeur de l'Omega, il va bientôt entrer en rut.
« Merde, Doffy, je suis vraiment désolé ! Et il a fallu que tu viennes aujourd'hui ! Attends, je file à l'infirmerie pour que... »
Doflamingo retient son frère par le bras.
« Pour que rien du tout. Ça nous rappellera des souvenirs. »
Rocinante fait mine de résister, mais bientôt l'instinct est trop fort, et il est dans les bras de son frère, avide et empressé. Doflamingo apprécie tout à fait mais il n'oublie pas qu'il est en territoire ennemi. Il a soin d'entraver la porte et la fenêtre. Personne ne pourra venir le surprendre.
Les onze prochaines heures sont spectaculaires. Mais son endurance est à bout, et il ne souhaite pas s'endormir à Mariejoie.
Roci lui n'a pas ce genre de problème et il est étalé au milieu des draps, ouvert, confiant. Ses cheveux sont en désordre, et dans les draps froissés, c'est une débauche de sperme et de sang : ils ne sont pas du genre tendres, ni l'un, ni l'autre. En se rhabillant, Doflamingo jette un coup d'œil sur la scène et apprécie l'écho rouge des tâches écarlates sur le drap blanc qui rappellent les lèvres tatouées sur la peau pâle.
« Roci, chuchote-t-il, tu dors ? »
Le ronflement de son cadet lui assure que oui, et tout semble le confirmer.
Curieux, Doflamingo examine le ventre de Roci en quête d'une cicatrice d'opération précise. Sur le patchwork qu'est le corps de son frère, ça se révèle vite impossible.
Il passe ses doigts sur le ventre musclé. Avec une grande prudence, il sonde son intérieur du bout de ses fils. La matrice est toujours là, ce qui exclut la possibilité d'une opération commanditée par la Marine, qui n'a généralement pas de délicatesse et vide tout. Et puis, il lui semble qu'il l'aurait senti aujourd'hui. Mais il ne faut pas oublier que Rocinante a eu dans sa vie un autre genre de médecin. Dans North Blue, on a plus l'habitude de ligaturer. Doflamingo le sait car il a lui-même 'déligaturé' plusieurs esclaves Omega qui avaient subi cette procédure. Cela n'empêche pas les chaleurs, mais cela empêche, en même temps que les grossesses, les liens. C'est plus utile pour des prostitués mais certains clients souhaitent la grossesse d'un Omega.
Doucement, Doflamingo effleure les organes reproducteurs, et il ne lui faut pas longtemps pour trouver le problème.
Oh, son petit frère lui a encore faire des cachotteries. Très bien, il fera semblant de ne pas savoir, et ne dira, ou ne fera, rien. Jusqu'au moment bien sûr où ça se révélera utile.
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Rocinante a beau argué qu'une semaine de cachot pour une seule visite de son frère, ça ne correspond pas aux ordres de l'amiral Sakazuki, il ne convainc guère ses supérieurs ; mais il faut dire qu'il a aussi raté tout une journée sans préavis, en plus d'avoir fait l'erreur de ne pas prendre ses suppresseurs.
L'un dans l'autre, ce ne serait pas si horrible si être condamné au cachot ne signifiait pas être à l'eau et au pain sec.
Rocinante a horreur du pain, et s'il peut aisément tenir un jour sans manger, une semaine c'est une autre paire de manche. Alors pour éviter de mastiquer et de prolonger le supplice, il trempe le pain dans l'eau afin de le réhydrater. Il ne sait pas ce qui est pire de la texture ou du goût mais pour un peu, il en viendrait vraiment à remettre en question ses amours avec son frère.
Il ment, bien sûr qu'il ment. Plus le temps passe, plus il se rend compte qu'il glisse vers des pensées dangereuses pour l'intégrité de sa conscience.
Des 'et si' commence à affleurer dans son esprit. À qui rend-il service en restant dans la Marine ? Law est assez puissant pour faire son chemin tout seul, Sengoku n'a pas démissionné uniquement parce que cela aurait fait mauvais genre et lui... n'a pas mis les pieds en dehors de la base depuis près de neuf ans, si ce n'est pour une expédition de quelques heures jusqu'à Marineford ou la Terre Sainte.
Sa vie est ennuyeuse et vide de sens.
Mais ce que Rocinante sait, c'est que même si son frère s'est apparemment rangé en surface du côté du Gouvernement Mondial, sa soif de destruction et de domination n'a pas pu se contenter de la récupération du trône de leurs ancêtres.
S'il le rejoignait à Dressrosa, la vérité, c'est qu'il a peur non pas pour sa vie mais de ce qu'il y découvrirait. Car alors, ce qu'il a de conscience se réveillerait et à nouveau, il le trahirait.
Rocinante se déteste de sa lâcheté, mais il se rend compte qu'il aime trop son frère pour le blesser encore plus, même au nom de la justice.
Ce qui en dit long sur l'être misérable qu'il est devenu.
Cette constatation a dans sa bouche, un goût bien pire que celui du pain rassis retrempé d'eau.
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« Doffy, je te cherchais.
— Je suis là, » dit tranquillement Doflamingo, étalé dans un canapé à sa taille et savourant le soleil en ce tôt début de matinée. La ville est encore calme à ses pieds.
Vergo s'avance de quelque pas et s'assoit à un des bouts du canapé. Le blond n'oublie pas, n'oubliera jamais, ce qu'il doit à Vergo. Mais depuis ce jour maudit sur Minion où la trahison de son frère s'est avérée vraie et où le premier Corazón a foutu une branlée si magistrale au second, leur rapport sont teintés de peur. Lui-même, car il a peur de le tuer, Vergo, car il a peur qu'en le faisant, Doflamingo réduise à néant le reste de la Family. Le chemin du sang est une voie que le roi de Dressrosa est toujours bien trop prompt à emprunter. Il vaut mieux éviter de l'inciter à y faire un pas.
« Tu ne pars pas aujourd'hui ?
— Je ne pars pas tous les jours.
— Ce n'est pas un reproche, dit tranquillement Vergo. Juste une constatation. Tu pars beaucoup ces derniers temps.
— Je n'en ai pas l'impression.
— Doffy, est-ce que la Family est toujours aussi importante pour toi ?
— La Family est ce qu'il y a de plus important pour moi, répond Doflamingo en chassant de son esprit l'image de son frère. Je trouve même offensant que tu le demandes, camarade. »
Le sourire de Doflamingo s'est élargi, et c'est comme la promesse de ce qui risque de se passer si Vergo tire trop sur la corde prête à se rompre.
« Mais Rocinante aussi est important pour toi. »
La première impulsion est d'effacer ce nom de la bouche de Vergo à coups de pied.
« Et Doffy, s'il est important pour toi, alors il est important pour moi, et pour les autres.
— Que veux-tu dire ?
— Qu'il serait peut-être temps de le récupérer. »
Doflamingo ne s'attendait certainement pas à cette proposition, qu'il médite un instant.
« Peut-être, finit-il par dire, plus pour se donner du temps pour réfléchir que parce qu'il le pense vraiment.
— Quand tu seras prêt, nous serons prêts également. Comme toujours.
— C'est ce que fait la famille, » acquiesce Doflamingo.
Sur ces mots, Vergo se lève et s'éloigne.
Immédiatement, l'idée vague d'un projet se forme dans la tête de Doflamingo. Enlever son frère de Mariejoie requerrait de la préparation mais ne serait pas impossible. Le plus compliqué serait de s'arranger pour qu'il n'y ait pas de preuve qu'il est lié à sa disparition. Évidemment, tout le monde se douterait de la vérité, mais pour sauver les apparences, ce qui compte, c'est qu'elle ne soit pas prouvée.
Rocinante est en lui-même un paramètre hasardeux. Serait-il réceptif à l'idée ? Il ne semble pas, et il faudrait donc le mettre devant le fait accompli.
Le mieux, ce serait une drogue qui le rende inconscient jusqu'à ce qu'il soit hors de porté de Mariejoie. Et une fois à Dressrosa, oh comme Doflamingo se chargerait de le protéger, de le tenir bien soigneusement à l'abri de tous les sombres secrets de la Family.
Peut-être l'emprisonnerait-il, non plus sur une île, et certainement pas non plus dans un cachot, mais dans une jolie cage dont il ne pourrait pas sortir et où lui seul, Doflamingo, pourrait entrer.
Comme ce serait bon de l'avoir toujours là, à disposition, de savoir ce qu'il fait, ce qu'il mange, ce qu'il dit. D'être son seul contact avec le monde extérieur, le pont entre lui et le reste du monde, le centre de son univers.
Son frère, quoiqu'il en dise, aspire à être attaché par des liens si forts qu'il ne pourra jamais les rompre, même s'il le voulait. Car l'ennemi de Rocinante, c'est Rocinante lui-même et sa conception erronée de la justice, cette odieuse idée d'humanité que Sengoku lui a mis en tête. Rocinante veut une prison dont il ne pourra pas s'évader afin justement de ne pas être tenté d'en sortir.
Son frère est ainsi, c'est seulement dans la contrainte, qu'il pourra être libre et heureux.
L'idée est tentante, décidément. Une jolie cage pour un bel oiseau au plumage noir.
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Les nouvelles du Nouveau Monde sont déprimantes. Une bataille a eu lieu entre Barbe-Noire et le reste des forces de Barbe-Blanche, et ça n'a pas été en faveur de ces derniers. Le résultat des courses, c'est que le titre d'Empereur, que Marco le Phénix réclamait comme sien, est définitivement échu à Barbe-Noire.
Rocinante n'a aucune raison d'aimer les pirates, et ce n'est d'ailleurs pas le cas, il ne les aime ni les uns, ni les autres. Mais au moins reconnaît-il aux pirates de Barbe-Blanche une certaine noblesse qu'il n'y a pas chez Barbe-Noire, qui semble de nature essentiellement traîtresse et opportuniste.
En tout cas, voilà qui va encore secouer les fondations de plus en plus fragiles de l'équilibre mondial. Contrairement à Kaidou et à Big Mom, tous les deux solidement ancrés au centre de leur territoire, contrairement à Shanks le Roux, Empereur errant dont le territoire s'il est vaste est difficile à défendre, couvrant des îles éparses, Barbe-Noire semble rechercher le conflit. Aspire-t-il lui aussi au One Piece et au titre si dérisoire de Seigneur des Pirates ? Et qui sera le premier Empereur qu'il affrontera ?
Est-ce que Doffy sera sauf dans ce conflit ?
Rocinante se désespère lui-même de cette pensée inopportune. Après tout, son frère est assez grand pour faire ses propres choix, même s'ils sont absolument tous contestables et mauvais, et il est peut-être temps d'arrêter d'essayer de le sauver de lui-même.
Peut-être que s'il se le répète assez souvent, il arrivera à s'en convaincre. Il faut dire qu'il n'a pas grand-chose d'autre à faire.
La vie monotone qu'il mène à Mariejoie est encore plus ennuyeuse depuis que le quartier général de la Marine est passé de l'autre côté de Red Line.
Marineford a été rapidement reconstruite, dans l'optique évident du gouvernement de faire croire que les ravages du côté de la Marine avaient été mineurs pendant la Guerre au Sommet, mais ce n'est pas la même chose. Avant, les soldats de deux garnisons se mêlaient, et Mariejoie recevait des nouvelles, mais à présent, elles arrivent au compte-goutte ou par les journaux.
Les jours passent et se ressemblent. Les cadets formés à la base de Mariejoie sont tous des fils de bonnes familles qui ne serviront jamais ailleurs, dans la crainte d'un vrai combat. On exige d'eux qu'ils aient une belle prestance et une tenue impeccable mais ils ne sont rien de plus que des gardes fantoches pour faire joli.
Si c'est l'ultime rempart qui gardera la Terre Sainte d'un éventuel ennemi, Rocinante songe qu'on peut tout aussi bien livrer Mariejoie à qui la réclame. Doflamingo de son côté n'a pas fait beaucoup de bien à la réputation d'impénétrabilité de la base en s'y baladant régulièrement comme s'il était chez lui.
Et avec tout cela, Sengoku, désormais en éternelles tournées d'inspection, lui manque terriblement.
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Le granit marin a coûté une fortune, mais Doflamingo a été inflexible. C'est peut-être de la folie de construire une usine avec ce matériau, mais il a l'intention d'en faire un bunker absolument imprenable. Ce qu'elle recèle et trop rare, trop précieux. On ne fait pas des affaires avec un Empereur impunément et il sait que sa vie est dans la balance. Or, si Doflamingo craint peu de choses en ce monde, il craint définitivement Kaidou. Bien sûr, il aurait été tellement plus simple de construire l'usine en pierre, il n'aurait fallu à Pica que quelques minutes, une heure tout au plus. Mais lorsque l'on a un bien si précieux, on le protège avec soin.
L'usine se dresse dans le port souterrain de Dressrosa. Le manque de soleil est pallié par des tournesols élégants, une variété de fleurs qui produit une bioluminescence intense, semblable à celle du soleil. Seuls les Tontattas sont capables de faire éclore de telles merveilles sous terre, et comme prévu, les nains se montrent à la hauteur de la tâche.
Au passage, car les duper est d'une facilité dérisoire, Doflamingo a également mis la main sur leur princesse qui possède la précieuse faculté du Fruit de la Guérison. Elle sert d'abord d'otage, même si les Tontattas n'ont pas l'air de comprendre tout à fait le principe et croit travailler dans le but de la soulager d'un mal imaginaire, ce qui revient au même. Puis, elle est un atout en cas de bataille.
Pour tout dire, elle soigne surtout les lumbagos de Lao G tant la puissance de Joker est crainte dans les réseaux des trafiquants du marché noir. Les batailles, il y a longtemps qu'elles ne sont plus le quotidien de la Family, et heureusement que le Colisée est là pour donner quelques émotions fortes à ses membres, et par la même occasion, aux habitants. Inconscients de la face sombre de Dressrosa, inconscients qu'ils peuvent eux-mêmes y être précipités à tout moment, ils vivent de jeux, de danse et d'amour dans un royaume qui semble en tout point idyllique tandis que sous terre, la vraie nature de ce pays, jadis phare lumineux de la paix, est révélée, répandant dans les pays avoisinants la guerre, le désordre et la misère.
Doflamingo adore cette idée, il s'en délecte comme d'un met rare et choisi.
Quant à l'enlèvement de Roci... L'idée a fini par le séduire. Son frère, tout comme l'usine, fait partie des choses qu'il préfère avoir sous la main pour mieux les protéger, et les contrôler.
Il ira comme il a pris l'habitude de le faire parfois, le soir, et il en sortira tout aussi insolemment au matin. Sauf que c'est son clone de fils qui sortira de la base, tout seul, tandis que lui, par les nuages, il aura depuis longtemps enlevé son frère après l'avoir drogué pour ne pas qu'il se débatte.
Sengoku s'assurait toujours de laisser quelqu'un en garde de Rocinante s'il ne pouvait pas le faire lui-même mais Sakazuki dédaigne de prendre de telles précautions. Alors vraiment, ce serait dommage de ne pas en profiter. À présent qu'il est inspecteur, le vieil homme se voit contraint de se déplacer. Il suffira d'utiliser son prochain déplacement.
Quant à lui, et bien si quelqu'un vient lui réclamer son frère, il pourra toujours prétendre qu'il est lui-même fou d'inquiétude et qu'il ne le sait pas. Ce serait même une jolie raison pour décapiter un Marine ou deux en toute impunité. Sous le coup de la colère, n'est-ce pas... Après tout, il ne sera pas déchu de son titre de capitaine-corsaire pour un peu de sang sur son manteau.
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Doffy est venu ce soir, et Rocinante ne songe pas sans plaisir qu'il dormira sûrement là. C'est un plaisir que son frère lui accorde rarement, car même si Doflamingo se prétend tout puissant il ne l'est pas pour autant et il refuse de dormir à Mariejoie. Mais parfois, lorsqu'il vient le soir, il reste jusqu'aux heures du petit matin, et Rocinante peut faire semblant de prétendre qu'ils sont du même côté, que le reste du monde n'existe pas en dehors d'eux.
Quand l'envie lui en prend, Doffy sait être d'une incroyable tendresse, et même si Rocinante adore le côté parfois brutal de leurs échanges, dont il ressort avec des ecchymoses et parfois de nouvelles cicatrices comme d'un combat, il est ému par la douceur d'une autre manière. Ça lui parle d'un futur qui n'existe pas et n'existera jamais mais qui quelque part aurait pu exister.
Seulement aujourd'hui, en plus d'être tendre, Doffy est d'humeur bavarde. Et non pas ses bavardages habituels, qu'il débite quasiment sans arrêt pour le plaisir jubilatoire de s'écouter parler, mais des questions déroutantes, qui font du mal autant que du bien. Rocinante ne savait pas qu'il n'était pas le seul à se préoccuper de ce genre de choses.
« Es-tu heureux, Roci ? » lui demande-t-il d'un ton grave et sérieux, en embrassant ses paupières.
« Oui, répond sincèrement et ardemment le cadet, car en ce moment, vraiment, il ne voit pas comment il pourrait être plus heureux.
— Et à quoi tient ton bonheur ? »
Pour la première fois, il a l'impression que Doffy l'écoute, cherche, se tend pour trouver lui aussi un équilibre dans la folie de leur vie.
« À toi, » répond-il, et c'est vrai, il a l'impression que les seules heures où il se sent vivant, où il peut respirer c'est quand il est avec son frère. Il sait que c'est le lien, mais il sait que c'est aussi autre chose. Doflamingo est drôle quand il le veut, d'une malice qui n'est pas toujours gentille mais dont Rocinante ne peut s'empêcher de rire. Il est intelligent et intuitif, et lorsqu'il parle de l'actualité, plus d'une fois, il l'a surpris en déduisant, presque en prédisant un événement selon le cours actuel des choses. Son cadet voudrait pouvoir partager plus avec lui, se libérer de l'irritante contrainte qui fait de lui un Marine et de son frère aîné un capitaine-corsaire.
« Alors ton bonheur ? Ce serait d'être toujours avec moi ? » Doffy rit au creux de son oreille alors que ses doigts redescendent le long de son ventre, en petits massages câlins et joueurs.
— Oui.
— Alors tu vas être très heureux, petit frère. Bientôt, tu vas l'être.
— Mais rien que toi, ajoute Rocinante, rien que toi, pas eux, pas la Family. Je les déteste tant, si tu savais. C'est pour ça que je refuse de partir, je crois. Parce que si j'étais avec eux, même si j'étais avec toi, je me tuerais Doffy. J'en suis sûr. »
Il y a un bruit de verre brisé et Rocinante ouvre les yeux et se redresse aussitôt. Son frère s'est écarté de lui, et dans sa main, il tient une petite ampoule brisée qu'il regarde d'un air presque surpris.
« Tu es blessé, ça saigne ! » fait tout de suite Rocinante en se levant pour aller chercher des bandages, quelque chose qu'il a appris à garder sous la main.
« C'est bon, » fait Doflamingo avec un regard torve. Il se lève et se dirige vers le broc où il rince sa main, avant de caresser sa paume meurtrie du bout des doigts de sa main valide, activant son pouvoir en des petites sutures.
« Qu'est-ce que c'était ? demande Roci, sincèrement curieux.
— Rien. Le prix de quelque chose que je n'aurais pas voulu. » Et lui qui n'a jamais peur de rien, il a l'air presque effrayé par ses propres mots.
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Normalement, je dis bien normalement, il reste encore un chapitre et deux épilogues. Et ce sera fini. Pour de bon. (Je ne peux pas croire que ça va être aussi simple...)
