Troisième Age
L'Empire (du Mordor) contre-attaque
La Terre du Milieu connut une longue période de paix pendant que Sauron dormait - il paraît qu'il ronflait aussi, d'où des tremblements de terre assez fréquents, d'une magnitude comprise entre 3 et 7 sur l'échelle de Richter. Pendant 1500 ans, il passa pour être mort, son esprit étant aussi perdu que son anneau. Une légende disait que seule une princesse charmante pourrait lui donner le fameux baiser qui le ramènerait à la vie (genre Blanche-Neige inversé). Cela dit, les Elfes espéraient que cela n'arriverait jamais.
Isildur s'exila en Arnor avec ses fils. Il fut tué sur la route. Des orques l'ont pris en embuscade près du fleuve Anduin. Il (Isildur, pas le fleuve) s'est servi de l'Unique : il l'a mis au doigt et est devenu invisible, puis il a plongé dans le fleuve. Mais l'Anneau a vengé son créateur et lui a glissé du doigt. Du coup, il est redevenu visible et il est mort. Paix à son âme. L'Anneau, quant à lui, s'est perdu dans le fleuve. Elendur, Aratan et Ciryon sont morts eux aussi. Seul Valandil s'en est tiré et il a ramené en Arnor les tronçons de Narsil, l'épée d'Elendil, la lame qui a été brisée. Elle ne serait reforgée que lorsque Sauron reviendrait.
Je restais pendant plusieurs siècles à Minas Anor. Je suis devenue la grande prêtresse voyante, genre de Pythie pas droguée et sans décodeur. Je devais lire l'avenir dans le Palantir de la ville, mais, comme je n'avais pas souscrit d'abonnement, comme pour Canal +, le décodeur ne marchait pas souvent. J'ai porté le deuil de Sauron pendant des années. Un jour, un gars me demanda :
- Pourquoi êtes-vous sapée en noir ?
- Je porte le deuil de mon mari, disparu pendant le siège de Barad-dûr.
- Toutes mes condoléances. Mais ça fait un bail !
Du coup, tout le monde ou presque crut que j'étais une humaine devenue immortelle grâce au pouvoir de l'Unique. Enfin, quand on voit la tête de Mumu après 700 ans d'utilisation d'un anneau de pouvoir secondaire, on n'imagine même pas la tête d'un humain après 1000 ans d'utilisation du plus puissant et du plus corrupteur des anneaux de pouvoir.
Je fis voeu de chasteté, au plus grand désespoir des descendants de Meneldil, fils d'Anarion. Je prétextais que si ce voeu était brisé, je serais dans l'incapacité de voir quoi que ce soit dans le Palantir - déjà que je n'y voyais pas grand chose. Bref, je me suis éclatée à jouer la Pythie intouchable pendant 1500 ans jusqu'à ce que le 16ème descendant de Meneldil - si je ne me suis pas trompée dans le compte - me fasse jeter dehors, ne croyant pas à la voyance.
Je me fis donc chasser de Minas Anor le jour de l'avènement du 16ème roi de la lignée de Meneldil, neveu d'Isildur le héros assez idiot. Je m'enquiquinais ferme alors je suis retournée à Barad-dûr, à la recherche de mon bien-aimé. Manque de pot, la tour était rasée, il ne restait que les fondations. En plus, il n'y avait plus un péquenot, ils ne m'avaient pas attendue. Et évidemment, il n'y avait aucune trace de mon bien-aimé.
J'errais alors pendant des années sur cette vaste terre, à la recherche de son âme perdue et damnée, en espérant qu'elle n'avait pas rejoint celle de Melkor. Mais bon, la probabilité de l'événement contraire était très faible.
Un jour, en pleine forêt, je tombais sur un esprit invisible qui me semblait familier et assez terrifiant.
- Ma Reine, vous revoilà enfin, qu'il me dit.
- Vous êtes qui au juste ?
- Le Roi-Sorcier d'Angmar.
- Mumu ?
- Le Maître a besoin de vous. Son esprit nous a abandonnés. Il ne subsiste que son corps.
- Ben v'là autre chose ! Quand il est revenu de Numénor, c'était le contraire !
- Cela fait plus de mille ans que nous veillons sur lui. Vous êtes notre seule chance.
- Menez-moi à lui.
Je le suivais dans la forêt jusqu'à tomber sur les neuf esprits - pas ceux de la forêt, mais les esprits servants de l'Anneau, les NHE, quoi - dans une clairière. Ils étaient disposés en cercle, enfin, je pense, autour d'une sorte d'autel. Dessus, il y avait un beau mec qui pionçait. Mais il avait plutôt l'air mort. C'était Sauron - au cas où vous ne l'auriez pas compris.
Je m'effondrais par terre, au pied de l'autel en hurlant de désespoir. Tout était de ma faute s'il était mort. Je l'avais trahi. C'était moi qui avais ordonné à Isildur de lui enlever l'Unique. Et si Isildur avait suivi mes ordres, il aurait détruit l'Unique. Enfin, le résultat était le même : l'instrument qui avait auparavant fait la grandeur de Sauron était désormais responsable de sa décadence. Je lui adressais ces mots, la voix brisée :
- Sauron mon amour, je regrette tellement. Je t'en supplie. Si tu m'entends, reviens vers moi. Je ne pourrai pas vivre une minute de plus sans toi.
Pas de réaction. Il était toujours aussi mort et toujours aussi beau. J'ai hésité. Et si la légende était vraie ? Et si un simple baiser pouvait le ramener à la vie ? Un doute affreux assaillit mon esprit : si j'embrassais Sauron, il se réveillerait et causerait des siècles plus tard la fin du monde. Alors je me dis que parfois les légendes étaient fausses.
Devant son minois charmant (à Sauron, pas à la légende), je n'ai pu résister (ça a toujours été ma grande faiblesse). Comme il l'avait déjà fait pour moi quand il avait essayé de me tuer, je lui donnais un dernier baiser d'adieu, puis m'écroulais sur le sol, attendant de mourir d'amour et de désespoir, attendant un quelconque miracle qui m'amènerait à nouveau à lui. Mais je ne me faisais plus d'illusions : même après la mort, son esprit était condamné à errer dans les limbes abstraites de je ne sais où - ou en enfer, tout simplement. Bref, son âme - oui, il en avait une - était damnée à tout jamais. Et là, comme tout le monde s'y attendait, il s'est... pas réveillé. Malgré moi, je poussais un soupir de soulagement. Manque de bol, il s'est réveillé en différé (Sauron, pas le soupir).
- T'étais où ?
C'était lui. Il se leva de son plumard improvisé. Je restais à genoux et lui embrassais les pieds, le suppliant de me pardonner.
- Qu'est-ce que tu as fichu pendant tout ce temps ? (genre, t'es en retard)
« Non mais, je l'ai ramené à la vie, il pourrait me remercier ! » pensais-je.
- Peu importe. Je t'ai retrouvé. Pardonne-moi, je t'en prie.
Il descendit à ma hauteur et me serra contre lui.
- Nous sommes enfin réunis, mon amour. Et jamais plus rien ne nous séparera, je te le jure sur la vie des Neuf, me dit-il avant de me relever.
Les Nazgûls n'avaient pas imprimé, ils s'agenouillèrent devant lui et crièrent :
- Ave Sauron notre roi. Respect et robustesse.
- Respect et robustesse, les Neuf. Merci d'avoir veillé sur moi.
- Rappelez-vous que nous sommes vos humbles et fidèles serviteurs, c'était normal, fit un des Neuf. (enfin, de toute façon, les Neuf n'avaient que ça à faire : veiller sur Sauron)
- Je sais, Mumu, et je t'en suis reconnaissant.
Il s'adressa ensuite à l'assemblée des Nazgûls - toujours invisible.
- Camarades Nazgûls syndiqués, une nouvelle ère s'ouvre à nous. Bientôt, le monde sera à nos pieds. Il vous suffit de retrouver mon précieux.
- Et où est-il ?
- Ben... Je sais pas. Toute façon, je ne suis pas pressé. Avant toute chose, n°1, retourne en Angmar reprendre tes terres, l'Arnor les occupe.
- Bien, Maître.
- Et dis un chiffre entre 2 et 9.
- Euh, 3, dit le n°1, pris au dépourvu par une question inattendue.
- D'accord. N°3, tu accompagnes n°1, il se sentira moins seul. Les sept autres, restez ici.
- Ne devrions-nous pas faire reconstruire Barad-dûr ? fit un des sept autres.
- Non, il y a un déficit de main d'oeuvre. Et puis, je ne veux pas que les Elfes me chassent alors que je viens juste de revenir. Cette Terre peut attendre. J'aurai acquis le pouvoir de la dominer bien assez tôt. Ensuite, je retrouverai l'Unique, cela marquera mon grand retour et ma victoire sera totale. Maintenant, laissez-nous.
Apparemment, les Sept - Neuf moins les deux qui sont repartis en Angmar - s'exécutèrent sans broncher. Sauron me contempla un moment puis il m'embrassa longuement. Le soleil eut le temps de se lever et de se coucher dix fois pendant ce temps-là - il fallait bien rattraper le temps perdu. Nous souhaitions tous les deux que cet instant s'éternise. Puis, mon bien-aimé s'arrêta et me demanda :
- Au fait, t'as retrouvé mon précieux, celui qu'Isildur m'a chouré ?
La phrase pour casser l'ambiance.
- Euh, non. Et tu pourrais pas penser à quelque chose d'autre maintenant qu'on s'est retrouvé ?
- Et merde !
- Ecoute, chéri, on n'en parlera un autre jour, tu veux ? T'es pas pressé ?
- Non. Tu sais quoi ? Je ne suis plus eunuque. (il venait de sentir ses castagnettes repousser...)
- Ah. C'est bien. Et alors ? (ça me faisait une belle jambe)
- Alors il est temps de rattraper le temps perdu, fit il avec un petit sourire coquin. Cette fois, tu n'as aucune crainte à avoir. Melkor ne risque pas de nous surprendre.
Je n'ai même pas eu le temps de dire « paix à son âme ». Sauron me cloua le bec en collant le sien dessus et il m'allongea sur l'autel qui lui avait servi de plumard. Ma foi, je ne pouvais rien lui refuser, je le comprenais. Après tout, c'était humain, même si nous ne l'étions pas, enfin, c'était vital, quoi (pour lui, pas pour moi). Après 6000 ans de privations dont 1500 de détention à Valinor, mon pauvre chou pouvait bien se détendre un peu. Et puis...
Devant la violence de cette scène, nous préférons vous passer ce document consacré à la langouste : « Contrairement à une idée très largement répandue, la langouste se nourrit exclusivement de fruits de mer, ce qui ne m'empêche pas de rester très humaine. »
Nous restâmes ensemble durant trois mois. Nous nous sommes promenés, et je dois l'avouer, avons pratiqué la chose à répétition (eh il fallait bien rattraper le temps perdu... qu'un certain Proust est parti rechercher. Je ne sais pas s'il l'a retrouvé depuis)
Un jour, je lui dis :
- Mon chéri, j'attends un enfant. Il naîtra selon toute logique dans neuf mois. Je suis un peu fatiguée... pourrais-tu prendre soin de moi ?
Contrairement à toute attente, il accepta. Nous nous rendîmes dans une pension à Sirich. Durant neuf mois, il me chouchouta. Il fut le mari le plus attentif, le plus inquiet, se souciant sans cesse de mon état... bref, la perfection même. Lorsque les premières douleurs arrivèrent, il m'assista comme jamais. Je mis au monde après 103 heures de travail (pas de péridurale) un petit bébé normalement constitué (et tout propre, c'est l'avantage d'être une elfe), qui me fit promettre de ne plus jamais recommencer, tant sa mise au monde avait été difficile. A vrai dire, c'était une très belle petite fille. Je demandais à mon époux comment il comptait appeler le fruit de nos coupables étreintes. Il me répondit :
- Guenièvre. Je la vois bien se marier plus tard à un Arthur, Guenièvre et Arthur, ça sonne bien, non ? Pour leur mariage, je leur offrirai une table ronde, ça pourra leur servir.
- Comme tu voudras mon chéri, fis-je, au bord de l'épuisement. Pourrais-tu mettre la petite Guenièvre dans son berceau ?
Il me sourit, prit le bébé dans ses bras et le coucha. Il vint s'asseoir à côté de moi et m'embrassa comme jamais (eh oui, à chaque coup, il s'améliore). Il me murmura un je t'aime et me dit de me coucher et de prendre un repos bien mérité. Je m'endormis.
Lorsque je me réveillais, je le trouvais à mes côtés, comme s'il avait veillé sur moi durant tout mon sommeil. Il m'embrassa comme jamais (eh oui, il progresse vite) et me proposa de faire des pas dehors.
Quelques semaines plus tard, j'étais fraîche et dispose. Il me proposa de regagner la terre noire pour reconstruire sa tour... J'acceptais en mettant comme condition que nous ayons un joli logis où nous loger. (avec ascenseur, enfin, sans-efforceur)
Sur le chemin, il me demanda si je savais où se trouvais son anneau. Je lui répondis :
- Je ne sais pas. Et l'autre est toujours - je suppose - dans ton coffre fort. Le problème, c'est que ta tour a été rasée.
- Et merde ! Putain de fait chier !
- Sauron, surveille ton langage. Si les Neuf te voyaient... En plus, il y a ta fille !
- Mais les Neuf ne nous voient pas. Nous sommes cachés aux yeux de tous. Et ma fille dort.
Il m'embrassait, après quoi Guenièvre eut faim (faites des gosses). Après cette mini corvée, je dis à mon amour de mari :
- Pour autre info, les fondations et les sous-sols de Barad-dûr sont encore debout. Donc ton précieux de rechange n'a pas bougé de là.
- Tu me l'a amené ?
- Ben non, je ne connais pas le code du coffre.
En fait, je le connaissais. Mais je voulais laisser au monde un peu de répit. Je m'en voulais déjà assez d'avoir ramené Sauron à la vie, la terreur de la Terre du Milieu, comme on l'appelait dans le temps. Je voulais qu'il reste pacifiste et renonce à la conquête du monde, lui étant désormais impossible de remettre la main sur son précieux de rechange. Mais il se serait débrouillé pour faire sans. C'était sans espoir.
- Ah merde ! J'ai oublié le code moi aussi.
- T'es con ou quoi ?
- Hé ! Surveille ton langage !
- Tu peux parler, toi ! Avec ton langage de charretier !
- Mais qu'est-ce que tu...
- Stop, il n'y a rien à ajouter. J'ai raison, t'as tort et le tort tue. En plus, tu risque de réveiller le bébé, alors CHUT !
- Tu m'emmerdes avec tes théories à la noix. C'est quoi, le code ?
- Change pas de conversation. T'es de mauvaise foi. T'es pire qu'Isildur.
- Isildur ? Isildur l'enflure ? L'autre crétin qui m'a chouré mon anneau ?
- Oui, je confirme, il était crétin.
- Tu le connaissais ? Tu te l'es fait ? Avoue !
- Qu'est-ce que tu me racontes ? Avec le QI qu'il avait !
Alors ça, c'était le pompon ! Sauron m'accusant de l'avoir trompé avec Isildur, c'était une première ! Remarquez, il n'avait peut-être pas tort... En plus, Isildur était d'accord, alors, je l'ai pas violé.
Bon, j'avais eu ma dose. Je me dégageais de son étreinte oppressante. Il répondit :
- Reviens tout de suite ! Sulring, je te veux !
- Tu m'as déjà eue. Laisse-moi respirer un peu. Et puis je ne veux pas d'autre enfant !
- Bon d'accord, puisque tu veux pas, j'irais à Pigalle ce soir ! Bon, qu'est-ce que tu as fait à Minas Anor ?
- J'y suis restée pendant 15 règnes de rois, après Meneldil, le neveu d'Isildur. J'étais voyante jusqu'à ce que le 16ème roi me mette à la porte. C'était (le roi, pas la porte) un rationnel pur, il doutait de tout, sauf qu'il y avait en lui un je qui doutait de tout.
- Hein ?
- Deux.
- Très drôle. Rembobine, j'ai pas imprimé.
- Tu me prends pour un magnétoscope ?
- Très drôle. Bon, continue ton histoire de roi douteux qui doute.
- Il s'appelait Descartes...
- Des cartes ? De quel pays ?
- Très drôle. Il a écrit un bouquin barbant, que j'ai commencé et que je n'ai jamais pu finir : le discours de la méthode : il vise à tout démontrer.
- Il est ouf, lui ! Mais dans quoi lisais-tu l'avenir ?
- Dans le Palantir de Minas Anor.
- Un Palantir... C'est vrai, c'est vachement pratique, ce genre de choses. Je devrais m'en acheter un. Au fait, toi qui étais voyante, tu n'aurais pas vu où ce crétin d'Isildur a bien pu fourrer mon précieux ?
- Non, désolée. De toute façon, à moins d'être très doué, on ne voit rien dans un Palantir. La dernière fois que j'ai vu ton précieux, Isildur l'avait mis sur une chaîne à son cou et il se vantait de son trophée de guerre... Puis il s'est barré et n'est jamais revenu. Ton précieux non plus. Et toi, où étais-tu ?
- Mon esprit était à Valinor. Je me suis fait engueuler par les Valar. Ils m'ont dit que j'étais un tyran sanguinaire irresponsable. Mais ce n'est pas de ma faute. Je ne peux pas contrôler mon envie d'avoir plus de pouvoir. Je ne peux pas refouler cette pulsion dans les profondeurs de mon inconscient.
- Sauron, t'as fumé un Ent ou quoi ?
- Ou quoi. Je m'emmerdais alors j'ai lu du Freud, là-bas. Et c'est la vérité, ce que je te dis. Ma soif de pouvoir est insatiable. C'est Melkor qui m'a donné ce goût du pouvoir. Mais je suis entièrement responsable car c'est librement que j'ai choisi de le servir... Mais c'est de ta faute, en fait !
- Quoi ? Mais t'es gonflé !
- Bref, j'ai supplié les Valar de me libérer pour que j'aille te retrouver où que tu sois. Ils m'ont dit que cela ne servait à rien, que tu ne m'aimais plus. C'est vrai ?
- Pas vraiment. Disons qu'on était un peu à froid quand on s'est quittés. Je t'ai cru mort et j'ai porté ton deuil. Dans un sens, et pardonne-moi pour ce que je vais te dire, j'étais assez soulagée, le monde allait enfin connaître la paix. Mais je ne t'avais pas oublié. Tu dois comprendre que, certes, l'amour rend aveugle, mais je ne pouvais pas rester insensible et ignorante face à la triste vérité : tu étais un tyran sanguinaire sans scrupule et sans pitié.
- Je comprends, fit-il d'un ton amer, ton du type déçu.
- Ecoute, je...
- Non, ce n'est pas la peine. J'ai imprimé. J'avais seulement espéré que notre amour triompherait de tout et que tu continuerais à m'aimer tel que je suis.
- Tel que tu étais, tu étais fou et prêt à tout pour diriger ce monde, même à en exterminer la population. Rien d'autre ne t'importait. Ta folie allait conduire tôt ou tard à la fin du monde.
- Il s'en porte pas trop mal, le monde, à ce que je vois.
- Normal, il a eu 1500 ans pour se remettre.
- Bon, si tu veux me quitter, fais-le, je ne te retiens pas.
- Arrête de dramatiser. Si je suis revenue vers toi, c'est que je t'aime malgré tout.
- Ca reste à prouver.
- Ca reste à prouver ? T'es con ou quoi ? Et Guenièvre, c'est quoi ? De la gnognote ?
- Je n'ai jamais cessé de t'aimer, moi, au moins.
- T'es vraiment trop con, elle est tout de même le fruit de notre amour... Alors ? qu'est ce que tu as à dire pour ta défense ?
- Certes.
Maintenant, c'était à moi de me plaindre.
- Et le jour où tu as voulu me tuer, tu m'aimais ?
- Je n'étais pas moi-même, ce jour-là.
- Enfin, là n'est pas le problème. Bon sang, quand est-ce que tu admettras que tu avais tort, nom d'un balrog ?
Il me regarda droit dans les yeux et dit clairement :
- Jamais.
- Sauron, t'es qu'une tête de pioche. On dirait un écossais, et c'est pas une référence !
- Je suis comme je suis. Tu ne me changeras pas.
- D'accord. Si tu remets la domination du monde à l'ordre du jour, je divorce.
- Ce n'est pas possible. Nous sommes liés depuis trop longtemps. Ne m'avais-tu pas dit un jour : Sauron, je t'aimerai toujours ?
- Si, mais tu n'étais pas le même. Ca ne compte pas : c'était le Premier Age. Tu sais bien que tu as tort, alors arrête !
- De toute façon, tu ne peux pas te passer de moi.
- J'ai réussi pendant 1500 ans alors je réussirai encore.
- On parie ? Si dans 500 ans, tu n'es pas revenue te jeter à mes pieds en avouant que tu avais tort, je reconnaîtrai publiquement, devant l'Assemblée des Neuf...
- Tu parles d'un public.
- Je reconnaîtrai devant l'Assemblée des Neuf que j'avais tort. A dans 500 ans.
J'ai tenu le pari. Je me suis emmerdée comme un rat mort dans cette forêt. Lui, de son côté, captura des elfes et les tortura pour recréer des orques. Il captura aussi des femmes elfes pour assurer la survie de l'espèce. Elles pondaient des oeufs : l'élevage eut un rendement de 10 000 orques par an, avec 10 femelles elfes au début. Sauron essaya même de m'utiliser comme matériel de reproduction des orques. Je lui répondis :
- Alors là, va te faire. Essaie toujours et je retourne à Barad-dûr, je fais des fouilles, je retrouve ton coffre avec ton précieux de rechange et je le balance dans la Montagne du Destin.
Normalement il aurait dû être furieux que je m'en prenne à son assurance vie mais il s'est retenu de me passer un savon - ce n'était pas ça qui allait arranger la situation. Au contraire, il me fit des avances. Je le repoussais fermement, disant :
- Sauron, tu m'emmerdes, fous-moi la paix.
- Dis, dis, ma Sulring chérie, tu me fais toujours la tête ? fit-il avec une voix de gamin cherchant à se faire pardonner.
- Oui, jusqu'à ce que tu admettes que tu avais tort et que le tortue.
Macho comme il était, il n'avoua jamais son tort, ni devant moi, ni officiellement devant les Neuf. Ceux-ci auraient éclaté de rire si ça avait été le cas.
Un jour, le n°1 revint du royaume d'Angmar (genre 6 ans après). Il y avait laissé le n°3, prétextant que celui-ci s'y sentait bien.
Ma fille avait eu 6 ans. Elle était censée commencer à aller à l'école. Sauron la fit étudier chez le n°1, ce qui n'était pas trop ce que je souhaitais pour elle, mais comme je n'avais jamais mon mot à dire avec mon mari dictateur : je m'écrasais comme je l'avais toujours fait... Un jour, j'en eus marre, après que ma fille ait subi pendant 6 mois les cours de n°1. J'allais le voir et lui dis :
- J'aimerais bien que ma fille apprenne les vraies valeurs. C'est pourquoi, je vais l'envoyer à Minas Anor pour la faire étudier.
- Mais...
- Il n'y a pas de mais qui tienne.
- Je lui enseigne les vraies valeurs, ma Reine...
- Les vraies valeurs selon Sauron, c'est à dire : tu tues et tu discutes après, et ton but dans la vie est de gouverner le monde.
N°1 baissa la tête. Il savait que j'avais raison (c'est bien la première fois qu'un mordorien admet son tort).
- Que dois-je faire, alors ?
- Vous dites à Sauron d'aller se faire voir et j'emmène ma fille à Minas Anor. Si vous voulez m'accompagner, venez, sinon, restez là.
Il décida de m'accompagner, et malgré les protestations de Sauron, Guenièvre, n°1 et moi sommes partis pour Minas Anor. Nous avons été pas très bien accueillis (c'est un euphémisme) par le gardien de la ville car il régnait encore là-bas le roi qui m'avait virée (quel con). Il nous dit (le gardien) :
- Qu'est-ce que vous foutez là ?
- Je viens inscrire ma fille dans une école normale.
Il nous lança un regard soupçonneux et je lui lançais, à mon tour, un regard signifiant : « tu nous fais entrer sinon n°1 t'empale ». Du coup, il nous amena dans le bureau du seul dirlo de la seule école de la ville.
- Je me présente, je m'appelle Rachin (je voudrais bien réussir ma vie, être aimé, être beau, gagner de l'argent et surtout être intelligent...). M'emmerdez pas et remplissez les fiches de renseignements.
Elles étaient du genre : nom, espèce (proposition : homme, elfe, nain, hobbit, autre précisez), âge, profession, adresse etc. Je fus obligée de remplir celle de n°1 qui ne se souvenait même plus de son nom (c'est pas nouveau, que les Nazgûls avaient Alzeimer avancé...). Je mis donc pour moi : « Sulring, elfe, 7500 ans à 500 ans près, reine des ténèbres, dans un coin de la forêt de Mirkwood avec le reste de la clique dont mon crétin de mari », et pour n°1 : « Murazor, Nazgûl, 3500 ans et des brouettes, Roi-Sorcier d'Angmar, au même endroit que les 8 autres ». J'ajoutais :
- Et nous venons en paix...
Le mec commença à flipper (passa du rose au rose pâle) et il nous fit :
- C'est vous les parents ?
- Je suis la mère mais c'est Sauron, le père.
Le mec flippa encore plus (passa du rose pâle au blanc) et j'ajoutais :
- C'est pour lui donner une éducation normale, pas façon Sauron : genre, ton but dans la vie doit être de gouverner le monde et de supprimer ceux qui s'opposent à toi.
- C'est vrai qu'il est bizarre, papa, en ce moment, dit Guenièvre (qui n'avait rien dit depuis notre arrivée).
- Bon, et bien, vous avez de la chance, il reste une place et la rentrée est demain, dit le dirlo.
Il nous lança un grand sourire, histoire de ne pas nous contrarier et de ne pas se faire passer la tête au lance-flammes (en fait, je le comprenais, qu'il ait la trouille. Notre réputation nous précédait, enfin, surtout celle de n°1).
- Bon, votre fille est acceptée dans notre école, à une condition, la suivante : qu'elle ne dise à personne qui sont ses parents.
- D'accord. Bon, t'as compris, Guenièvre, tu peux dire mon nom (personne ne le connaît) mais tu ne dis à personne que c'est Sauron, ton père, lui dis-je.
- J'ai compris, maman.
- On viendra te voir à chaque vacance, c'est à dire, tous les deux mois, ajoutais-je.
Je ne voulais pas qu'elle se sente trop abandonnée. La pauvre, elle n'avait que 6 ans.
- Et si vous pouviez laisser le Roi-Sorcier dans la forêt, ce serait pas plus mal, pour le moral de notre peuple, pria le directeur. Et puis Sauron aussi, ça le ferait pas s'il venait ici.
- Ne vous inquiétez pas, il me fait la gueule parce que je suis allée contre sa volonté. D'ici qu'il arrête de me faire la gueule, ma fille aura le temps de finir ses études. Surtout qu'on n'a pas arrêté de s'engueuler depuis qu'il est revenu... Donc il ne mettra jamais les pieds ici.
- Bien, alors bienvenue à Fond de l'Etang, Guenièvre fille de Sauron, qu'il lui dit.
Il nous prit alors ma fille et nous mit dehors. (genre le mec super aimable, un peu comme le roi actuel, quoi...). Et puis quelle idée d'appeler son école « fond de l'étang »...
- Bon, qu'est-ce qu'on glande ? demandais-je à n°1.
- J'ai pas envie de retourner là-bas.
- Moi non plus. On reste ici. C'est très joli comme ville, j'y ai vécu 1500 ans.
Nous nous sommes posés dans un hôtel (enfin, une auberge, quoi). Nous n'avons pas fait fuir tous les clients (point positif). L'aubergiste regarda n°1 avec une drôle de tête. L'autre fit :
- Quoi, vous voulez ma photo ?
Le mec le regarda, l'air de dire « ça cause ce genre de choses ? ».
- Je viens en paix, bordel de merde !
Nous prîmes deux chambres séparées (on sait jamais ce qu'il peut lui passer par la tête, à celui-là). Pas de bol, il vint me voir. Je l'acceptais, tant qu'il n'essayait pas de me faire le même coup qu'Isi (auto (pack de la caisse d'épargne)) 1500 ans avant... Au contraire, il fit le psy.
- Vous allez bien ? qu'il me dit.
- Non. C'est de ma faute si Sauron est revenu, et ce sera de ma faute s'il essaye de gouverner le monde. Je pourrai plus le contrôler bientôt. Ce sera la fin du monde.
Il me serra dans ses bras et je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps.
- C'est pas pour tout de suite, me rassura-t-il. Il doit d'abord retrouver son anneau, reconstruire sa tour et reprendre Minas Ithil.
- Vous avez peut-être raison.
- Mais évidemment, que j'ai raison ! Vous me prenez pour qui ?
- Pour le Seigneur des Nazgûls...
- C'est ce que je suis, ma Reine.
Non, sans blague ?
- Pour en revenir à ce qu'on disait, tôt ou tard, l'issue sera la même.
- Vous n'avez pas à vous en vouloir. Vous avez suivi votre coeur car vous espériez que Sauron redevienne bon, comme avant.
- J'espérais en vain. Il est passé du mauvais côté dès le jour où il a forgé des anneaux de pouvoir... euh, pardon...
- Pourquoi ? Si j'étais resté roi, je serais mort depuis longtemps. Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. (dit du ton Edith Piaf)
- En fait, nous sommes tous soumis à sa volonté et nous ne pouvons rien y faire.
- Il reste à espérer que l'Anneau sera retrouvé et détruit.
Je le regardais bizarrement. Il ajouta :
- Ce serait le seul moyen de contrôler Sauron, ou au moins, de le raisonner. De toute façon, il y en a un deuxième, c'est bien ce que vous m'avez dit ?
- Oui. Et coup de bol, Sauron a oublié le code du coffre où il l'a mis.
- Vous voyez, ça ne va pas si mal que ça, finalement.
- Vous auriez fait un bon psy.
- J'étais pas psy, j'étais roi, mais parfois, les deux vont de paire. Un roi normalement constitué doit être à l'écoute de son peuple.
- L'étiez-vous ?
- Je ne m'en souviens plus. (silence) Ma Reine, faut que je vous dise quelque chose.
Je m'attendais au pire. Dans le fond, je n'avais pas tort.
- Ca fait 3000 ans que je le garde pour moi. Je vous aime.
- Q-quoi ? V-vous avez fumé un Ent ?
- Pas que je sache, non.
Il m'embrassa. Jamais on ne m'avait embrassée de la sorte. Je souhaitais que cet instant magique s'éternise. Mais il décolla sa bouche de la mienne trop tôt.
- On est cuits, lui dis-je.
- Non, il n'est pas encore trop tard.
Je m'apprêtais à l'embrasser à nouveau, pour éprouver une fois de plus cette sensation merveilleuse, mais il me repoussa et me dit :
- Et si Sauron l'apprend ?
- Qu'il aille voir à Valinor si j'y suis pas.
- Dites, c'est une bonne situation, ça, femme de Sauron ?
- Mais, vous savez, moi, je crois pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd'hui, avec vous, je dirais que c'est d'avoir des rencontres, des gens qui m'ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j'étais seule chez moi. Et c'est assez curieux de voir comment les hasards et les rencontres forgent une destinée. Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l'interlocuteur en face, je dirais, le miroir qui nous aide à avancer. Alors ce n'est pas mon cas, comme je le disais là, puisque moi au contraire, j'ai pu et je dis merci à la vie, je chante la vie, je danse la vie, je ne suis qu'amour. Et quand beaucoup de gens aujourd'hui me disent : « mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? » et bien je leur réponds tout simplement : « c'est ce goût de l'amour, ce goût de la vie, qui me pousse aujourd'hui à entreprendre une construction mécanique, mais demain, peut-être, tout simplement, à me mettre au service de la communauté, à faire le don de soi.
- Quesquellemechieelle ? fit-il d'un air (je suppose) ahuri.
- J'ai l'impression que je vous gonfle là, non ?
- Du tout.
Il m'embrassa une nouvelle fois (purée qu'est-ce qu'il embrasse bien, mieux que Sauron et Isildur réunis (je sais pas si c'est une caractéristique des morts-vivants)) puis il me dit :
- Bon ben maintenant c'est dit. Je vous dis bonne nuit.
- On repart demain ?
- Faut bien.
- Bonne nuit à vous aussi.
Il me quitta. Dans le fond, il valait mieux qu'on en reste là. Cela dit, même si on allait plus loin, Sauron ne pourrait rien y faire, il ne pourrait pas le castrer. Il s'était comporté en individu responsable, ce qui m'étonnait fort de lui. Il était un peu plus mature qu'Isi (auto)... bon, c'est un peu normal, il avait 150 fois son âge. Il n'avait pas pensé qu'à me sauter. (c'est vrai quoi, je suis pas une pomme de terre, et encore moins une crêpe).
Sauron n'en sut rien. Nous sommes revenus. Nous nous sommes vus en secret pendant près de 500 ans (fallait vraiment que Sauron soit aveugle ou bigleux). J'avais fini par m'y attacher, à n°1, c'est un mec bien, après tout, et notre amour réciproque resta platonique (ça vaut mieux quoi. Je me suis déjà fait avoir là-dessus... et avoir un môme qui braille tout le temps (16 000 Hz, 99,90 dB), pas trop pour moi).
Quelques années plus tard, comme tous les deux mois, je retournais à Minas Anor avec Psy bien aimé voir ma fille. Il paraît qu'elle prenait régulièrement des cours de chant dans son école. Ce jour-là, elle me présenta son nouvel amoureux. Celui-ci ne m'inspirait pas confiance. Il me faisait penser à Melkor, mesurait 1.47m au garrot, à savoir 2 têtes de moins que ma fille. C'était donc un petit nain surexcité (voyez Mini-Moi ? et ben pareil). Je me demandais ce que ma fille pouvait lui trouver (elle se posait la même question à propos de Sauron et moi). Je me disais aussi que ma fille , à 16 ans à peine, était un peu jeune pour décider d'aimer un homme pour la vie. Mais bon, c'est les jeunes, complètement inconscients, un peu comme moi à cet âge-là. Je me souvenais encore du jour où j'avais promis à Sauron de l'aimer toujours. Depuis, j'avais changé d'avis. Le chéri de ma fille se présenta :
- Enchanté de faire votre connaissance je suis. Mon nom est (il prit une longue inspiration) Acidesetbromohuiclorotroitroidiméthylneufluorodeuhydroxysixiodocinquoxononanoïx, de formule brute C9H16O4FClBrI.
Je le regardais, l'air de dire : « y a pas moyen d'avoir des noms pareils. Ils avaient fumé quoi ses parents, je jour où il est né ? ». Guenièvre me dit :
- Son nom à rallonge veut dire qu'il est très réactif en milieu aqueux. Il est entré dans le livre des records pour le nom le plus long : 79 lettres. Et inutile de dire qu'il cartonne au scrabble.
- Je n'en doute pas.
- Messire C9H16O4FClBrI est un grand chimiste, continua-t-elle.
- Ca s'entend dans son nom. Mais messire au nom bizarre, vous devez bien avoir un autre nom plus facile à utiliser ?
- Non, gente dame. Cela représente un véritable défi, de prononcer mon nom en entier. Celui ou celle qui y parvient a droit à mes services pour la vie.
- Je vois ça.
- T'as l'air emballée maman, me dit Guenièvre.
- Disons que le jour de votre mariage, faudra qu'il s'accroche le prêtre...
- On a le temps d'ici là, dit l'homme au nom barbare de composé organique.
Guenièvre me prit à part et me dit :
- En fait, je n'ai pas vraiment l'intention de l'épouser.
- A cause de son nom ?
- Non, ça encore on s'y fait. Mais si c'est un chimiste dans le genre de papa...
- Parce que forger des anneaux de pouvoir, t'appelles ça de la chimie, toi ?
- C'était des réactions chimiques...
- Ne file pas la recette à ton copain.
- Je ne la connais pas. Et toi ?
- Non plus. Sauron garde ses secrets. Et si je lui en reparle, il s'énervera et me tapera dessus, croyant que c'était de ma faute s'il a paumé le sien.
- Mon père est de mauvaise foi.
- C'est pas nouveau. A son âge, on ne va pas le changer.
- Mais tu l'aimes, oui ou non ?
- Oui. Malheureusement, je n'ai jamais cessé de l'aimer. C'est ça, mon drame.
- Ne désespère pas.
- Je vais essayer. J'espère peut-être en vain qu'il redevienne comme avant, pendant le Premier Age.
- En même temps, pendant cet Age-là, tu n'étais pas sa femme mais celle de son maître.
- C'est vrai.
- Au pire, t'auras toujours n°1 pour te consoler.
- Comment qu'tu sais ça, toi ? demandais-je d'un air inquiet.
- Ben, c'est ton psy, non ? Pourquoi, c'est plus que ton psy ?
- Non non, ne t'inquiète pas, ne te fais pas des idées.
Elle me jeta un regard plus que soupçonneux. Et alors ! C'était mon droit ! Elle sortait bien avec un type au nom de composé organique instable et à la tête de psychopathe alors j'avais bien le droit de sortir avec mon psy quand même !
Puis, Sauron réunit ses orques plus ou moins fraîchement pondus et les envoya assiéger Minas Ithil de nouveau. J'avais beau avoir fait mettre à Isildur un panneau sur les portes de la ville : « cette cité est la propriété privée du royaume du Gondor, et pas du Mordor », cela n'empêcha pas cette ville de devenir un poste avancé du Mordor deux ans après le début du siège, puis plus tard encore, le QG officiel des Nazgûls. Sauron s'empara du Palantir de Minas Ithil : je m'en doutais. J'avais décelé depuis longtemps son attirance pour ces boules de verre d'un noir de jais, aussi sombres que la Tour Sombre (quand elle serait reconstruite) et que son âme - s'il en avait une. En fait, ces pierres, appelées Palantiri (pluriel de Palantir), celles qui voient de loin, avaient été importées de Numénor par Elendil et ses fils avant que l'île ne soit engloutie sous les flots.
Minas Ithil, la Tour de la Lune, fut désormais connue sous le nom de Minas Morgul, la Tour de la Sorcellerie. Sur la porte était placardé le message suivant, une bonne pub pour attirer les touristes : « propriété du Mordor et pas du Gondor. La voie est close. La ville fut prise par les Neuf et les Neuf la gardent. Celui qui osera y pénétrer ne pourra jamais en ressortir ». On s'étonne alors qu'il n'y ait pas beaucoup de tourisme en Mordor.
Sauron lui-même squatta la ville un moment, histoire de ne pas se faire prendre par les Elfes. Un jour, le Roi du Gondor prit contact avec lui par l'intermédiaire du Palantir de Minas Anor (la Tour du Soleil, renommée en Minas Tirith, la Tour de la Garde).
- Minas Ithil est à moi, braillait le Roi du Gondor, passablement furieux.
- T'as un train de retard, mon vieux. Cette ville s'appelle Minas Morgul désormais. Et si tu n'es pas content, va voir à Valinor si j'y suis.
Le Roi du Gondor, nommé Eärnur, se mit à beugler. Sauron l'arrêta tout de suite :
- Tais-toi. Je te passe le Roi-Sorcier, négocie avec lui.
Peu après, le n°1 répondait :
- Ici n°1, alias Roi-Sorcier d'Angmar (Mumu pour les intimes), Seigneur des Nazgûls et proprio officiel de Minas Morgul. J'écoute.
- Ok, alors écoute-moi bien, espèce de Nazgûl empaillé, tu vas me rendre ma ville, tout de suite ! Pigé ?
- D'accord. Si tu la veux, viens la réclamer. Je t'attends. On se battra en duel.
Le Roi du Gondor, ne sachant quoi répondre, coupa la communication. Le Roi-Sorcier, outré, se tourna vers Sauron et cria :
- Cet enculé m'a raccroché au nez ! D'abord, j'ai une tête de Nazgûl empaillé ?
- Non. T'as une tête de Nazgûl, c'est tout. Ce mec (Eärnur) ne sait pas ce qui l'attend. Nul ne peut bafouer l'Empire du Mordor. Quand on l'attaque, l'Empire contre-attaque.
Et l'Empire contre-attaqua. Eärnur, le dernier Roi du Gondor, entra dans Minas Morgul, se battit contre le Roi-Sorcier, combat arbitré par Sauron - quel con, ce roi, d'avoir choisi un arbitre pareil -, et ne ressortit jamais de la ville. La lignée des rois du Gondor fut brisée. Commença celle des Intendants.
Peu après, j'errais sans fin dans Minas Morgul, désespérée par le sort du monde. Tout était de ma faute : Sauron était revenu par ma faute, il allait à nouveau essayer de contrôler le monde. Je m'écroulais, rongée par la culpabilité, dans un coin de couloir, entre l'asile psychiatrique et la Grande Salle de torture. Devinez qui vint me voir ? Mon n°1 adoré, mon psy chéri. Il me dit :
- Qu'est-ce qui vous arrive ?
- Je vais causer la fin du monde.
- Pourquoi dites-vous ça ?
- J'ai ramené Sauron à la vie. Il recommencera sa guerre pour diriger cette terre.
J'enfouis ma tête dans mes genoux et pleurais. Le n°1 releva ma tête et essuya (les vitres) mes larmes - à la main, il n'avait pas de mouchoir. Je frémis à son contact.
- Vous êtes froid comme la mort, Mumu, lui dis-je.
- C'est normal, je suis un mort-vivant. Mais vous êtes brûlante comme la lave de la Montagne du Destin. Ca prouve que vous êtes vivante.
- Il n'empêche que si ce monde se termine, ce sera entièrement de ma faute.
- Séchez vos larmes, ma Reine. Vous n'avez pas à vous en vouloir. Vous n'avez fait que suivre votre coeur. Et puis, vous avez votre fille...
- Oui, j'ai ma petite fille que j'aime de tout mon coeur... d'ailleurs elle s'est trouvé un mec. Elle va déménager et abandonner sa pauvre mère.
- Je suis désolé.
- Mes enfants ont toujours déserté, ce sera pas la première fois. Et puis, tant que vous restez là, ça ira. Je sais pas ce que je ferai sans vous.
- Oui, mais bon, y a Sauron dans le coin...
Sur ce, le n°1 me releva, m'embrassa (pas trop longtemps quand même) et me ramena à la chose qui me servait de mari. Il lui dit :
- Vous pourriez vous occuper un peu plus de votre femme, Monseigneur.
- N°1, occupe-toi de tes fesses, et moi, je m'occuperai de ma femme (et de ses fesses).
Peu après, genre, en 2400, Sauron attaqua Osgiliath, sur un coup de tête - il devait s'enquiquiner, il avait rempli son réservoir d'orques et avait envie d'emmerder le monde. Il lança ses orques sur la cité. Aucun n'en est revenu : ils étaient à usage unique. Mais la cité fut prise quand même. Sauron revint à Minas Morgul avec les Neuf et un Palantir qu'il me montra fièrement.
- Vise le trophée de guerre !
- Qu'est-ce que tu veux en faire ? Tu en as déjà un. Tu fais une collection ?
- Mais non !
- Non, parce que je ne sais pas, moi. Tu collectionnes les anneaux de pouvoir : tu as retrouvé les neuf anneaux et trois des sept. Alors je pensais que tu allais te lancer dans une collection de Palantiri aussi.
- Tu te crois drôle ? C'est pour le Roi-Sorcier.
- Qu'est-ce que tu veux qu'il en fasse ?
- Communiquer avec moi depuis Minas Morgul.
- Mais tu y vis, à Minas Morgul. C'est complètement idiot !
- Je ne vais pas passer le restant de mes jours à Minas Morgul. C'est trop glauque et ça braille trop : entre les Nazgûls et les salles de torture, on n'est pas aidés. Je vais faire reconstruire Barad-dûr.
- Qu'est-ce que tu attends ?
- La stratégie, ça te dit quelque chose ?
- Ben oui, tu me prends pour qui ? Quand tu as été deux fois la femme d'un Seigneur des Ténèbres, tu finis par savoir ce qu'est la stratégie.
- Faire reconstruire Barad-dûr maintenant annoncerait au monde que je suis de nouveau prêt à me battre. Or je ne le suis pas. Et puis, il faut que je renouvelle mon stock d'orques. Il faut de la main d'oeuvre.
- Et ça ne te dirait pas un jour, de faire la paix ?
- Non. Ca m'occupe, ça met un peu de piquant dans ma vie, sinon qu'est-ce que je m'emmerderais...
- Je t'ordonne de faire la paix !
- Je te dis que c'est MOI qui commande. Je suis le mâle dominant. C'est une dictature et le dictateur c'est moi ! Pigé ?
- Sauron le détesté, tu m'emmerdes.
- Je sais, je suis né pour ça... Dis, ça fait des siècles que tu ne m'as plus appelé comme ça. Tu as la nostalgie du Premier Age ?
- Oui. Parce qu'au moins, quand j'étais la femme de Melkor, tu m'obéissais.
- Maintenant, ce n'est plus le cas. Vois dans la Constitution du Mordor : le mâle domine, la femelle se soumet à sa volonté.
D'où cette question fondamentale : le mâle, pourquoi ? Pour la survie de l'espèce.
Il (le mâle, le dictateur, enfin, Sauron, quoi) ordonna ensuite l'ouverture d'un immense chantier visant à construire une ligne de métro entre Minas Morgul et Barad-dûr en ruines. Ce chantier était dirigé par le Roi-Sorcier - comme s'il avait que ça à faire. Sauron, quant à lui, alla à Minas Tirith consulter les archives pour savoir ce qu'était devenu Isildur et son précieux par la même occasion. Il en revint quelques mois plus tard. Apparemment, aucun elfe n'était sur place pour le reconnaître. Il se pointa avec une chose étrange et rectangulaire sous le bras.
- C'est quoi, c'te chose ?
- Un ordinateur portable.
- Un quoi ?
- Une sorte de bibliothèque portative. J'y ai enregistré toutes les archives de Minas Tirith. Et j'ai eu une imprimante laser et un appareil photo numérique dans le même pack : c'était en promo, j'en ai profité.
- C'est bien. Comme ça, tu n'auras plus d'excuse quand tu ne comprendras pas ce que je te dis : tu ne pourras pas dire « j'ai pas imprimé ».
- Sulring, t'es lourde... 3,5 T (hauteur limitée à 2.50m).
- Et où les as-tu trouvés ?
- A Minas Tirith, c'te blague ! Punaise, ils sont drôlement évolués, les humains de ce bled.
- T'es pas passé par la douane ?
- Si.
- Et alors, qu'as-tu dit ?
- Nom : Sauron. Pays d'origine : Mordor. Profession : Seigneur des Ténèbres. Motif de la visite : savoir où est mon précieux.
- T'es ouf ou quoi ? Tu veux que les Istari nous tombent dessus ?
- Les Istari ? C'est quoi c'te chose ?
- Les membres du conseil secret cherchant à te contrer. J'ai vu ça dans ton Palantir.
- QUOI ? Je t'ai déjà dit : défense de toucher à mon Palantir ! T'es ouf ou quoi ? Enfin, pour ce qui est de la douane, ne t'en fais pas. J'ai dit : nom : Annatar - ça avait déjà marché la dernière fois - ; pays d'origine : aucun ; profession : SDF, Seigneur des Fainéants ; motif de la visite : visiter le bled. D'ailleurs, c'est vachement sympa, comme ville. Il faudra qu'on se fasse une semaine en amoureux là-bas un de ces quatre.
- Bien sûr mon chou. Tu sais bien que je ne peux rien te refuser.
- J'ai trouvé où était censé être mon précieux.
- Et où est-il ?
- Quelque part dans le fleuve Anduin.
- C'est précis...
- C'est déjà mieux que : quelque part dans le monde.
Il fit entreprendre des recherches. Inlassablement, les orques fouillaient dans les sédiments du fleuve Anduin, entassés ici depuis le commencement du monde (même qu'ils y ont trouvé du pétrole). Mais sans trouver une quelconque trace de l'Unique - qui, entre nous, n'était pas unique -. Ces recherches ne servaient à rien, une sorte de Hobbit nommé Sméagol avait trouvé le précieux. J'avais vu ça dans le Palantir de Sauron - heureusement, il (le Palantir, pas Sauron) n'était pas à mémoire. Je ne lui en ai jamais parlé. Il ne l'apprit que 500 ans plus tard, lorsque Sméagol fut emprisonné à Barad-dûr. Et là, manque de pot, il venait de se faire chourer l'Anneau Unique. Ce n'était pas seulement par pitié pour le Sméagol en question que je me suis gardée de divulguer cette information. Je savais que si Sauron récupérait l'Anneau soi-disant Unique, les terres seraient à nouveau recouvertes de ténèbres. Et ça, je tenais à tout prix à l'éviter. Je m'en voulais déjà assez de l'avoir ramené à la vie. J'espérais qu'il ne se souvienne plus jamais du code du coffre du précieux de rechange et qu'il ne retrouve jamais l'autre.
Guenièvre quitta son chéri. Elle ne pouvait plus le sentir. Ce jour-là, j'étais allée les voir dans leur appartement à Minas Morgul. Elle lui a demandé ce jour-là :
- Tu comptes faire quoi plus tard mon chou ?
- Régner sur le monde.
Quand je disais qu'il me faisait penser à Melkor... en plus d'avoir une tête de psychopathe, il avait les mêmes projets que lui.
- C'est bon, j'ai déjà un père qui veut faire ça. Trouve autre chose, lui fit Guenièvre.
- C'est qui ton père ? demanda le sosie de Melkor d'un air bizarre.
- Sauron, pourquoi ?
Le mec se mit à hurler, il s'enfuit de la cité et n'en revint jamais. Il s'exila sur un autre continent et devint vizir au service d'un grand calife assez naïf. Il se fit appeler Iznogoud, de peur que son nom barbare de composé organique ne fasse fuir tout le monde. Il vécut dans une grande cité avec des murailles d'enceinte très hautes... il avait manifestement quelque chose à compenser. Pendant toute sa vie, il s'employa à essayer de devenir calife à la place du calife, du moins, c'est ce qu'en disent les légendes racontées sur lui.
Vers l'an 2950, renonçant à chercher son anneau à la con, Sauron envisagea de se reconstruire sa tour et d'arrêter de squatter le QG des Nazgûls, pour la bonne et simple raison que Mumu en avait marre de lui prêter ses appartements et ses concubines par la même occasion. D'accord, le Mordor était une dictature libérale et il y avait circulation libre des concubines des Nazgûls - des elfes parce que les humaines ne duraient pas assez longtemps - dans toute la ville de Minas Morgul, mais bon. Elles se retrouvaient souvent chez les orques en manque ou chez Sauron, ayant investi les appartements du n°1. Les Neuf firent une révolte : ils firent castrer les orques de la ville pour avoir la paix. Les concubines, malgré ces précautions, finissaient toujours traumatisées quand les Neuf leur étaient passés dessus - manque de pot, elles n'étaient pas marquées au numéro du Nazgûl à qui elles appartenaient. Et quand Sauron s'y mettait aussi, les pauvres filles étaient bonnes pour l'asile psychiatrique aménagé exprès à Minas Morgul juste à côté de la Grande Salle de torture et du réservoir d'armées.
Sauron me disait :
- Et là, devant ma tour, je vais mettre deux statues monumentales, mais pas trop monumentales non plus : 15m de haut, pas plus.
- Pourquoi pas. Ca décorera. Parce que niveau déco, le Mordor, c'est pas trop ça...
- C'est vrai. Donc je ferai deux statues monumentales : moi et mon anneau.
- Quoi ??? Et moi alors ?
- Tu m'arriveras au genoux.
- Et puis quoi encore ? C'est quoi cette société machiste ?
- C'est la société mordorienne. Faut t'y faire, mon chou.
- Si tu fais ton anneau plus grand que moi, ça veut dire qu'il a plus de place dans ton coeur que moi.
- Ben lui au moins, il m'est fidèle.
- Elle est forte celle-là ! C'est un anneau, je te rappelle. Ne me fais pas une leçon sur la supposée fidélité des anneaux ! Un anneau, c'est un objet, c'est un truc que tu mets au doigt, ça pense pas... enfin bon, ça sert à rien de discuter avec toi...
- Je voulais aussi dire que c'est aussi parce qu'il a une place plus importante dans la hiérarchie du Mordor.
- Mais ça je m'en tape. Je suis ta femme quand même ! Et ton anneau t'a quitté, enfin, c'est Isi (auto) qui te l'a chouré. Mais en tous cas si tu fais ton anneau plus grand que moi, je divorce, j'épouse le Roi-Sorcier et je le rallie à nos ennemis !
- T'as pas intérêt ! Il est à moi et à moi seul ! Et toi aussi. Mais bon, on va se mettre d'accord. Je ferai une seule statue...
- Tu feras faire, ai-je corrigé.
- Ouais, enfin bon, c'est pareil. Je ferai faire une statue monumentale de moi, de 15m de haut, avec toi qui m'arrivera aux genoux et mon anneau à mes pieds, en beaucoup plus petit. Ca te va ?
Je soupirai. J'en avais assez de cette société machiste. La femme doit être à l'égal de l'homme. Quand je pense qu'en Gondor, elles ont le droit de divorcer et qu'elles font du karaté, je me dis : « qu'est-ce que je suis allée foutre en Mordor où ce sont les hommes qui gouvernent ? Il faudrait vraiment changer nos mentalités ici »
- Oui ça me va, mais ça pourrait être mieux, lui dis-je pour qu'il ne me fasse pas la gueule pendant 3000 ans.
- Bah tu vois quand tu veux...
Il ne me fit pas la tête. Il m'embrassa longuement et mieux que jamais (bref le pied quoi) et puis... ben voilà quoi.
Et Barad-dûr fut reconstruite tant bien que mal avec la statue de Sauron devant. Ce n'était pas seulement dû au déficit de main d'oeuvre que ces idiots d'ouvriers mirent 50 ans à la reconstruire. La chose qui me servait de mari avait mis en place les 35 heures. Cette tour fut reconstruite à l'identique, en gros, avec les prisons en bas, les salles de torture au milieu (avec nos ministres, dans un espace critique) et nos appartements en haut. Je dormais juste au-dessus des salles de torture : autant dire que ce n'était pas coton de dormir, surtout avec Sauron qui ronflait au-dessus, du moins, quand il dormait. Le reste du temps, il le passait en salle de torture à torturer (évidemment) ou à se faire les prisonnières (de la torture morale, d'après lui... enfin, c'était surtout parce que je lui refusais l'accès à ma couche depuis mon accouchement, non, mais je limitais les risques ! En plus, vu où et avec qui il avait traîné, je voulais pas me ramasser des MST... Alors Sauron se consolait comme il pouvait. En plus, les Nazgûls lui refusaient l'accès à leur harem .
Le pire était qu'il n'avait même pas eu l'idée de mettre un ascenseur. Franchement, 3000 marches à pied, c'est crevant.
Guenièvre se trouva un nouveau chéri. Celui-là me faisait penser à Merlin l'enchanteur, avec une longue robe bleue avec un grand chapeau pointu et une longue barbe grise. Ma fille avait toujours le chic de se trouver des copains aux looks bizarres. Elle me le présenta un jour alors que nous étions encore à Minas Morgul en attendant que Barad-dûr soit entièrement reconstruite.
- Mère, je te présente Isaac Newton. C'est un grand physicien.
- Ah... le précédent était chimiste. T'es vraiment portée sur les scientifiques, ma parole...
- T'as raison. Mon chéri, je te présente ma mère, Sulring, reine du Mordor.
- Enchanté de faire votre connaissance.
- Moi aussi.
- Messire Newton s'est pris une pomme sur la tête et c'est comme ça qu'il a mis au point sa théorie de la gravitation.
- Tu sous-titres s'il te plaît ?
- Tous les corps s'attirent.
- Exception à la règle, fis-je : Sauron et moi, on se repousse...
- Mais vous êtes attirés par le sol, ce qui fait que vous ne flottez pas dans l'air.
- Laissez, Dame Guenièvre. Je vais lui expliquer.
Il m'exposa sa théorie pendant une bonne heure. Je me demandais ce qu'il était allé faire en Terre du Milieu alors qu'il semblait si heureux en Europe. Il paraît qu'il avait rencontré ma fille lors d'un de ses multiples voyages. Elle ne l'avait pas encore présenté à son père car celui-ci avait d'autres choses plus urgentes à faire, du genre : reconstruire sa tour.
Quand il eut fini, j'avais à peu près pigé. Je pris ma fille à part et lui dis :
- Pourquoi ne ramènes-tu toujours que des vieux ?
- Parce que les jeunes sont idiots et inconscients. Avec l'âge, on acquiert une certaine sagesse.
- Si tu le dis...
Je pensais à Sauron : c'était le contraire chez lui : plus il vieillissait, plus il était irresponsable et irréfléchi.
Quelques années plus tard, Barad-dûr étant totalement rebâtie, mon cher et tendre époux eut à nouveau l'occasion de s'intéresser à son humble épouse soumise (plus pour longtemps) et à sa fille. Il fit enfin la connaissance du chéri de celle-ci et décida, pour se changer les idées et apprendre à connaître le gars, de nous emmener en voyage tous les quatre.
Il nous fit faire un tour complet de la Terre du Milieu (allez savoir pourquoi... peut-être pour nous montrer l'étendue d'un territoire qu'il imaginait déjà sien). Mais pendant le voyage du retour, un événement étrange se produisit.
Entre Edoras et Minas Tirith, au milieu de nulle part, nous avons vu apparaître une colonne de lumière verte que même Mister Newton le physicien ne pouvait expliquer. Par contre, il disait que ce n'était pas dangereux. Nous nous sommes rendus alors à l'endroit où elle commençait et nous nous sommes alors sentis aspirés vers le haut dans un tourbillon de lumière.
Je fermais les yeux et me blottis contre mon cher époux, comme s'il avait pu arrêter ce gigantesque aspirateur.
Quand je les rouvris, nous étions à nouveau sur la terre ferme. Sauron me serra dans ses bras, à m'en briser les côtes. Ma fille nous regarda d'un air paniqué. Seul Isaac Newton ne semblait pas étonné. Il était déjà venu ici.
- Dites donc, espèce de Merlin l'enchanteur, commença mon époux adoré, vous pouvez nous expliquer ce que nous faisons ici !
- Ne vous inquiétez pas. C'est normal. Mon destin était sûrement de revenir ici.
Un homme - encore fallait-il que c'en soit un - au look bizarre nous accosta. Il nous dit :
- Bienvenue sur Gaïa.
Sauron me regarda d'un air paniqué, ayant compris qu'on était arrivés dans un autre monde, mais n'ayant aucune idée des raisons ou des causes qui nous avaient menés ici.
L'homme étrange s'adressa à Isaac :
- Vous êtes l'envoyé de la Lune des Illusions...
- Il ne vient pas de la Lune des Illusions, il vient de Terre du Milieu, corrigea Sauron.
- Calmez-vous, Seigneur Sauron, lui conseilla Newton.
- Vous êtes le futur empereur de notre peuple, les Zaibacher et vous guiderez Gaïa vers un meilleur destin.
Isaac Newton le regarda, l'air de dire : « empereur, ça me branche, comme boulot... ». Il alla rejoindre le mec bizarre et dit à ma fille :
- J'accepte mon destin. Je suis navré ma douce Guenièvre, mais nos routes se séparent ici.
Guenièvre lui lança un regard à geler un volcan en éruption - c'est de famille - tandis qu'il demandait à mon cher mari :
- Vous joindrez-vous à nous, Seigneur Sauron ?
- Non merci. Sans vouloir offenser votre altesse impériale, j'ai moi aussi un pays à gouverner. J'aimerais bien y retourner, d'ailleurs...
- Vous serez exaucé.
Une colonne de lumière verte apparut à nouveau et nous aspira tous les trois. Nous nous sommes alors retrouvés sur notre bonne vieille Terre du Milieu et sommes rentrés chez nous.
Guenièvre nous fit une mini déprime car tous ses chéris fuyaient. Ca ne m'étonnait que peu, étant donné qu'ils étaient très étranges. Je me demandais ce que ma fille pouvait leur trouver. Elle s'imagina alors ne jamais en avoir à nouveau et se crut maudite. A tort, je pense. Car si la prédiction qu'avait faite Sauron le jour de sa naissance était vraie, l'empereur de Zaibacher ne pouvait pas être l'amour de sa vie. Guenièvre était censée épouser un certain Arthur, qui lui aussi, serait roi. Elle avait tort de s'inquiéter.
Celui qui avait failli devenir mon gendre a donc préféré - et pour cause - le destin d'empereur mégalo (comme tous les empereurs) à celui de physicien. Il passa alors les trois quarts de son temps à observer sa machine à manipuler le destin - son grand trip - et le dernier quart à chercher ses bigoudis. Et trouvant que « Isaac Newton » n'était pas un nom digne d'un empereur, il se fit appeler Dunkirk.
Quelques douze ans après le sacre de Dunkirk, je me retrouvais dans ma chambre dans ma tour - enfin, celle de Sauron... ç'aurait été la mienne que j'aurais fait refaire la déco - : je m'apprêtais à me coucher quand je vis mon cher époux sur le pas de la porte. Il me regardait attentivement.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demandais-je.
- Je te contemple. J'ai le droit, non ?
- Oui. Tu as tous les droits sur moi, je suis ta femme, dis-je d'une petite voix en baissant les yeux.
Pour éviter les conflits, j'avais appris à m'écraser devant l'autorité de Sauron. Après tout, c'était lui le chef, et ce n'était pas une femme qui allait lui donner des leçons. Et puis, ce soir-là, j'étais trop fatiguée pour m'effriter avec lui.
Cela me rappelait ce que mon premier mari m'avait un jour dit, pendant les 2000 ans où je l'avais cuisiné pour qu'il me dise où était mon So-so chéri : « Tu es née à la mauvaise époque, Sulring. Tu vis dans une époque où les femmes n'ont pas le droit à la parole. Chez les pauvres, elles doivent faire à manger et le ménage, s'occuper des gosses et se taire. Chez les riches, on leur demande s'être belles, d'avoir des gosses, si possible des mâles et de se taire. Toi, tu es belle, tu fais des gosses mais tu ne te tais pas. Ca pose parfois quelques problèmes. Mais un jour viendra où les femmes seront écoutées et respectées. Seulement ce n'est pas pour tout de suite. Mais ne perds pas espoir, ça viendra » Cela avait dû être sa seule réflexion intelligente dans toute sa vie. Mais il avait plus que raison sur ce point. J'avais espéré qu'avec Sauron, ce serait différent. Mais il n'en était rien. A notre époque, un individu masculin en restait un : macho, borné et misogyne sur les bords.
Je repensais alors aux contes de fées de mon enfance. Ma vie s'était avérée très différente. Je ne ressemblais en rien aux fameuses princesses sauvées par des princes charmants. Je m'étais rendue compte que ces filles-là n'avaient pas vraiment plus qu'un pois chiche dans le cerveau, surtout la belle au bois dormant : fallait vraiment être cruche pour se piquer avec un fuseau... même dans le Ramayana (légende d'Asie), la princesse Sita n'avait pas plus d'un pois chiche dans le crâne. Fallait vraiment être cruche pour se faire enlever par Ravana. Elle était ce qu'on attendait d'elle : belle, aimable, aimante et admirative de son époux, le « mâle dominant pensant ». Elle n'avait pas le droit de penser. Même si, entre nous, à part bander un arc de dieu et lever une armée de singes, Rama n'était pas non plus très futé... quand il a accusé sa chère Sita de l'avoir trompé avec Ravana... fallait vraiment qu'il soit idiot.
Ces deux là, comme tous les héros de contes, se contentaient de vivre heureux et d'avoir beaucoup d'enfants dans un royaume en paix. Ils ne connaissaient pas la guerre. Ils n'étaient jamais confrontés à des situations limites, lors desquelles on pouvait alors savoir ce qu'ils étaient au plus profond d'eux-mêmes. C'était ce qui nous différenciait des héros de contes de fées. On ne se contentait pas de vivre heureux et d'avoir beaucoup d'enfants... Ma petite nièce, Arwen, avait elle, plus de chance de vivre ça un jour.
Par contre la princesse Fiona n'avait pas eu de bol : ses parents l'avaient enfermée dans une tour ; et au lieu que ce soit un prince charmant qui l'en sorte, ça avait été un ogre, le prince charmant proprement dit s'étant révélé ne pas avoir plus qu'un pois chiche dans le crâne.
Et moi, j'étais le cas à part : arrachée à mon triste sort, non pas par un prince charmant, mais par un Seigneur des Ténèbres... on arrête pas le progrès...
J'ai l'impression que je vous gonfle avec mes histoires, non ?
C'est dingue ce que je pouvais philosopher quand je me trouvais face à mon époux bien-aimé...
Il s'approcha de moi et m'enlaça. Je me laissais aller contre lui et posais ma tête sur son épaule. Pour la première fois depuis quelques milliers d'années, je me sentais avec lui comme au premier jour. Il était devenu, pour une nuit, celui d'avant, celui que j'avais tellement aimé. Mais je ne me faisais pas d'illusion. Le lendemain, tout changerait à nouveau et je ne redeviendrais que l'épouse pas soumise vivant dans l'ombre et indépendamment de son mari tyran sanguinaire irresponsable.
- J'aimerais que tout redevienne comme avant, mon amour, me dit-il. Que l'on s'aime comme au premier jour.
Je le souhaitais également. Mais il savait très bien quelle était la condition à remplir : ne plus faire la guerre. Mais il la ferait quand même. Et si je le lui rappelais, il m'engueulerait comme du poisson pourri et nous finirions une fois de plus la nuit fâchés, lui vingt étages au-dessus , prétextant que c'était parce que je ronflais. Il était gonflé quand même.
Il resserra son étreinte et posa ses lèvres sur les miennes. Je me sentis défaillir, comme toujours dans ces moments-là. Il me guida jusqu'à mon lit et m'y allongea. Il fit alors ce qu'il avait à faire, d'autant plus facilement que je n'avais pas la force de lui résister. Puis je m'endormis comme une masse.
Le lendemain matin, je me réveillais et vis un mot de mon cher époux, disant : « je suis remonté dans mes appartements. Tu dormais tellement bien que je ne voulais pas te réveiller avec mes ronflements ». Je n'en croyais pas mes yeux : Sauron admettait qu'il ronflait. Il n'était pas dans son état normal. La nuit qu'il avait passée avec moi lui avait quelque peu obscurci l'esprit. Elle ne risquait pas de se reproduire avant longtemps. En fait, j'étais alors un peu tranquille pour une fois.
Je ne croyais pas si bien dire. Pendant les 4 mois qui suivirent, je ne vis plus du tout mon mari. Même le soir, il n'était pas dans ses appartements. J'attendais un enfant de lui. Il fallait que je lui dise dans les cinq mois à venir, sinon j'aurais eu l'air malin...
Cependant, je n'apercevais mon cher et tendre époux que rarement, entre deux salles de torture... il tenait à tout savoir sur ce qui se passait dans le monde. Il libérait toujours ses prisonniers, du moins, ceux qui survivaient, quand il avait appris ce qu'il voulait savoir. Ils ressortaient de la tour vivants, parfois pas entiers, mais vivants. Sauron ne tuait pas gratuitement. Cette faiblesse était compensée par ses tortures. La douleur que l'on éprouvait, nul ne pouvait l'imaginer avant de l'avoir vécue. Les prisonniers ainsi libérés étaient alors considérés comme des traîtres par les leurs et étaient exécutés, s'ils ne mouraient pas de leurs blessures avant.
Au bout de quatre mois de chasse, je le retrouvais enfin en pleine séance de torture. Il se trouvait avec une humaine. Pour les femmes, le programme était pire encore : en plus des traditionnels écartèlement, privation de nourriture, arrachage des ongles, piqûres de scorpions et autres joyeusetés, elles avaient l'immense privilège de passer une ou plusieurs nuits avec Sauron lui-même. Il les rendait dépendantes de ce genre de pratiques en les droguant à fond. Et lorsqu'elles étaient en manque, il ne cédait que si elles lui avouaient tout. Pour une femme, garder le silence était impossible. Elles devenaient dépendantes de Sauron, à tel point qu'elles désespéraient quand il les libérait et en mouraient peu après, sur le voyage du retour.
Il était donc en pleine action avec cette pauvre fille, traumatisée à vie quand j'osais enfin l'interpeller :
- Sauron, faut que je te cause !
- Tu vois pas que je suis occupé ?
- Ben si, mais c'est important...
Il se retourna vers moi et me dit :
- Bon, je t'écoute.
- Ca fait huit mois que j'essaie de te causer.
- Bon, tu peux, maintenant. Alors ?
- Je suis enceinte.
- Non ?! Depuis combien de temps ?
- Huit mois !
Il vit enfin mon énorme ventre. J'ajoutais :
- J'espère que tu pourras au moins te libérer pour l'accouchement !
- On verra. En tous cas, j'espère que cette fois, ce sera un mâle.
Le pauvre Sauron... il était nul en biologie et ne savait pas que c'était l'homme qui déterminait le sexe du gosse. Il fallait que je la lui sorte, celle-là, un jour...
- Qui est-elle, Seigneur Sauron ? questionna sa victime d'une voix faible.
- Ma femme.
- Elle a de la chance.
- Vous parlez d'une chance... grinçais-je entre mes dents.
Je lui aurais bien donné ma place. Sauron se tourna à nouveau vers moi, ses yeux lançant des éclairs :
- Tu as en effet de la chance que je sois occupé et que tu sois enceinte, sinon, je t'en aurais collé une. Maintenant, laisse-moi finir ce que j'ai commencé, veux-tu. Elle est sur le point d'avouer, là ! T'as tout gâché !
Je sortis de la salle d'un pas furieux à en faire trembler la tour - moi aussi, je savais faire -. Ce que j'avais vu me confortait dans l'idée que Sauron n'avait pas de coeur, mais un anneau à la place, anneau qui lui avait été retiré.
Sa victime fut libérée deux semaines après. Elle n'y survécut pas. J'accouchais peu de temps après. Ce fut ma fille qui m'y aida. Je m'étais rendue à Minas Morgul pour la voir.
Je mis au monde deux créatures étranges, des jumelles. L'une avait des cheveux d'un jaune d'or et l'autre les avait bleu mauve. Mis à part ça, on aurait dit de loin des petites filles tout à fait normales. Mais en plus de leurs oreilles pointues, spécifiques des elfes, elles étaient déjà très poilues, plus que moi à la naissance - et ce n'est pas peu dire - et avaient une sorte de petite queue entre les jambes et leurs ongles étaient semblables à des griffes.
Guenièvre me regarda d'un air paniqué, genre : « qu'est-ce que tu as mis au monde, ma pauvre maman ? ». J'étais au moins contente que mon mari ne soit pas là, sinon il aurait été doublement furieux, parce que non seulement ce n'était pas un mâle que j'avais mis au monde, mais c'était deux étranges filles-chats qui avaient vu le jour. Et moi qui croyais comprendre quelque chose à la génétique... Je me mis à pleurer de désespoir. Ma chère fille essaya de me réconforter en disant :
- Peut-être que quand on croise une elfe avec un demi-dieu, on a quelques problèmes...
- Je ne pense pas. Tu en es la preuve.
- Que vas-tu faire alors ?
- Les garder. Je refuse qu'elles soient exposées comme des phénomènes de foire. Elles restent mes filles et tu devras toi aussi les considérer comme telles.
- Je n'aurais aucun mal. Mais avec Sauron...
- Sauron, qu'il aille au diable ! T'as compris ? Enfin, ce serait difficile pour lui, étant donné que c'est lui, le mal en personne.
- Tu serais pas un peu défaitiste sur les bords ?
- Je suis assez perturbée, vois-tu.
- Je te comprends. Peut-être qu'il les acceptera quand même.
- T'as de l'espoir. Encore faut-il qu'il daigne jeter un regard vers son humble épouse.
Mes filles ne pipaient mot, elles s'étaient endormies.
- Bon, comment veux-tu les appeler ? me demanda ma fille.
- Ecoute, je ne sais pas. Je ne suis pas habituée à choisir les noms de mes enfants.
- Nenya et Narya ? proposa-t-elle.
- Euh, écoute Guenièvre, ce sont les noms des anneaux des elfes.
- Ah... mais c'est joli quand même... mais tu sais, les elfes donnent des noms à tout : aux anneaux, aux épées... c'est quand même une autre culture.
- C'est notre peuple, Guenièvre.
- Narya et Erya ?
- Ok. Bon, alors Erya sera la blonde et Narya l'autre.
Guenièvre décida de les garder avec elle et de les élever seule. La colère de Sauron aurait été trop terrible s'il avait appris leur existence. Il m'aurait crue anormale et m'aurait répudiée. Je l'aimais trop et ne voulais plus lui déplaire. De plus, j'avais l'espoir secret et fou qu'il renonce à la conquête du monde.
Mes jumelles vécurent donc toute leur enfance à Minas Morgul chez n°1 au milieu des ultrasons de lui et ses collègues. De toute façon, les déplacer à Barad-dûr aurait été encore pire : elles auraient eu les ultrasons des prisonniers et les ronflements de leur père... de plus, celui-ci risquait de les découvrir et ça aurait été leur fin. Je n'allais les voir que rarement, quand le métro n'était pas en grève. Je voyais ainsi tout le monde en même temps : Guenièvre, Erya et Narya et mon psy bien-aimé, le tout sans que Sauron ne le sache. A la limite, il s'en foutait.
Un jour où je m'ennuyais ferme (plus encore que les autres jours), je jetais un coup d'oeil au Palantir installé bien au chaud dans le bureau de Sauron. Au début, il ne captait rien puis ensuite, je distinguais les traits d'un vieux barbu aux longs tifs blancs. Ce vieux eut l'air complètement terrifié et coupa la communication - quelle impolitesse. Je regardais alors sur l'ordinateur portable de Sauron, une merveille de la technologie importée de Minas Tirith. Il y avait de tout et n'importe quoi dans ce machin. On trouvait notamment un programme intitulé « oeil en haut de la tour ». Je cliquai dessus. Une fenêtre s'ouvrit et montra le sommet de la tour. J'avais deux propositions : activer ou désactiver. Sans réfléchir, je cliquai sur activer, pour le fun, quoi. L'écran s'enflamma puis tout le bordel s'organisa pour former une forme ovale qui ressemblait plus ou moins à un oeil de feu. J'ai enfin admis que malgré ses innombrables défauts (a) obsession par l'Unique b) folie du pouvoir c) mauvaise foi d) tendance à la violence e)...), Sauron était un génie. Mais je me demandais à quoi allait servir ce programme. D'accord, c'est décoratif, un oeil de feu en haut d'une tour, ça fait phare, mais bon...
Sauron entra en trombe dans son bureau. En me voyant, il hurla si fort que la tour trembla (4 sur l'échelle de Richter), et moi aussi par la même occasion.
- QU'EST-CE QUE TU FOUS LA ? Je t'ai déjà dit : défense d'entrer dans MON bureau ! Bordel ! T'écoutes jamais rien !
- Toi non plus, mon chou.
- TAIS-TOI ! Je ne suis pas ton chou ! J'ai une tête de chou ?
Il s'avança vers son ordi.
- Pourquoi tu as mis mon oeil en haut de la tour ? brailla-t-il.
- Mais tes yeux sont sur ta figure, chéri.
- Commence pas à faire de l'esprit ! (es-tu là ?)
Je n'ai pas commencé à faire de l'esprit, mais lui commença à me frapper. Ca lui arrivait de temps en temps : ses sautes d'humeur étaient dus à une forte contrariété. Il avait déjà tabassé de la même façon son ministre des affaires étrangères à cause des Elfes qui voulaient le contrer (Sauron, pas le ministre). Le ministre, quant à lui, a fini dans l'asile psychiatrique de Minas Morgul, où il a trouvé Eärnur, le dernier Roi du Gondor - vous savez, l'enculé qui avait raccroché au nez du Roi-Sorcier puis l'avait combattu en duel - et aucun des deux n'en est ressorti. Il y a d'ailleurs dans cette ville plus d'internés que de soldats, c'est dire... Mais de temps en temps, quelques cas désespérés partaient pour Cirith Ungol pour rassasier Arachné (faut bien qu'elle bouffe, la « chatte » de Sauron (à croire qu'il ne savait pas à quoi ressemble une chatte normalement constituée. Elle a quatre pattes, pas huit, mais bon... c'était une autre culture)).
Le nouveau ministre - de l'intérieur, cette fois (le précédent avait fini dans l'estomac d'Arachné lui aussi) - entra dans le bureau.
- Monseigneur, pardonnez-moi de vous déranger...
- Tu me déranges. On frappe avant d'entrer ! T'es un mal élevé.
- Arrêtez ! Vous êtes fou !
Sauron se tourna une nouvelle fois vers son ministre, ses yeux lançant des éclairs.
- Ne te mets pas entre le Seigneur des Ténèbres et sa victime. On m'a dit : bats ta femme trois fois par jour. Si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait. Alors j'applique le règlement.
Il lui avait lancé ces derniers mots avec l'amabilité d'une porte de prison. Le ministre s'enfuit sans demander son reste, sinon il aurait fini comme son prédécesseur, chez Arachné - quoique non, la ligne directe Barad-dûr - Minas Morgul était en grève (une fois de plus).
Je me jetais au pieds de mon tortionnaire de mari, le futur islamiste, en pleurant et en hurlant de douleur.
- Sauron, mon chéri, je t'en supplie, arrête ! Tu veux me tuer ou quoi ?
- NON ! fit-il d'une voix brisée.
Et il tomba à genoux - à peine lunatique, le gars.
- Pardonne-moi, je t'en prie. Je ne savais pas ce que je faisais. Je n'étais plus moi-même. Tu sais que je t'aime et que je ne pourrai jamais consciemment te faire de mal.
Il me serra contre lui et m'embrassa passionnément et désespérément, comme du temps de notre jeunesse, en souvenir de cette époque révolue.
- C'est le stress, expliqua-t-il. Les affaires ne vont pas aussi bien que je le voudrais.
- Raconte-moi, je ne suis pas au courant. Et puis, prends Optimum (homéopathie) ou fais du yoga. C'est pour lutter contre le stress.
- L'homéopathie ça sert à rien, ça n'a que des effets psychologiques. Et puis tu serais au courant de mes problèmes si tu ne faisais pas chambre à part.
- Ecoute chéri, tu ronfles à en réveiller Minas Morgul et à en faire trembler Barad-dûr.
- QUOI ? Je ronfle, moi ?
- Et puis je ne veux pas d'autre enfant !
- Chérie, tu ne peux pas savoir à quel point tu me manques ! Reviens à moi s'il te plaît ! Et puis tu sais, les gosses, ça n'arrive qu'aux autres !
- Hem, hem... Tu m'as déjà dit ça pendant le premier âge et je suis tombée (du ravin) enceinte de Eldarion !
- Ah, c'est vrai.
- Et depuis, il s'est rallié aux elfes et a attaqué Angband avec eux... mais bon, ça fait longtemps.
Toujours est-il qu'il était tellement macho qu'il n'a jamais admis qu'il ronflait en faisant plus de bruit qu'un troupeau d'oliphants qui charge. En fait, les sons forts et traumatisants se situaient à la limite des fréquences audibles par l'oreille humaine : à la fois dans les graves et les aigus : les aigus étaient les cris de Nazgûls (d'une fréquence de 16 000 Hz et d'un volume de 99,90 dB) et les graves étaient les ronflements de Sauron (d'une fréquence de 15 Hz et d'un volume de 140 dB) qui donnaient à chaque fois l'horrible impression qu'un raz-de-marée ensevelissait tout le Mordor, éteignait la Montagne du Destin et recouvrait la moitié de Barad-dûr façon statue de la liberté dans le jour d'après. Toujours est-il que j'ai dormi avec lui (avec Sauron, pas avec le jour d'après) ce soir-là et ceux qui suivirent. En mettant l'option que si je tombais enceinte, je le castrerais et lui ferais bouffer ses roubignoles en sauce...
Il arriva que peu après, le vieux barbu rappela. Mon cher et pas franchement tendre époux prit l'appel, alors qu'il m'avait autorisée à venir dans son bureau. Sauron examina son correspondant et s'exclama :
- Tiens, Dooku, ça faisait longtemps ! Qu'est-ce que tu deviens, mon pote ?
- Hein ? bredouilla le vieux.
- Ben quoi ? Tu ne te souviens pas ? Dooku, pourquoi tu t'es laissé pousser les cheveux ?
- Dites, vous pouvez m'expliquer pourquoi votre pote m'appelle Dooku ? me demanda-t-il.
- Euh, il doit vous confondre avec quelqu'un d'autre, apparemment.
- Sûrement, parce que mon nom est Saroumane, pas Dooku.
- Ah, ben je me suis planté, admit Sauron.
- Je suis votre humble serviteur, Seigneur Sauron.
- Ah, ça c'est cool.
- Je connais plus ou moins vos projets et vous aiderai à les mener à terme. Je suis un magicien blanc très puissant.
- Ok, j'accepte l'aide de tout le monde. Vous m'aiderez pendant la Guerre de l'Anneau.
- La quoi ? demandais-je.
- La guerre pour la domination du monde. Je ne vais pas attendre encore 1000 ans que mon précieux me revienne. Je fais sans.
- Tu ne peux pas ?
- Si. De toute façon, les neuf rois ne gouvernent plus, ils braillent. Les sept nains ont disparu je ne sais où et les trois elfes n'utilisent plus leur anneau. Alors retrouver l'Unique m'assurerait au moins que personne ne pourra le détruire, mais franchement, ça ne sert à rien de gouverner des elfes qui n'obéissent pas, des nains qui sont hors course et des rois qui ne sont plus des rois. Tu sais, je suis assez fier de moi, sur les 19 dirigeants de peuples prévus, j'en ai entubé 9. C'est un score honorable, c'est la moyenne mais entre nous, j'aurais préféré avoir une mention.
- Mais tu as bien besoin de l'Anneau pour diriger les Neuf ?
- Tu rigoles ou quoi ? Ils ne pensent même plus par eux-mêmes. Ce qui m'amène à dire que les hommes sont faibles, ils veulent toujours plus de pouvoir et donc passent leur temps à se battre. Il leur faut un roi, que dis-je, un empereur pour leur faire cesser leurs conflits et les maintenir en paix. Et devine qui ce sera ?
- Ben, toi. Ecoute-moi un peu pour une fois : tu as déjà essayé il y a un Age, Melkor lui aussi a essayé, il y a deux Ages. Vous avez tous deux échoué. Tu veux vraiment remettre ça ? Ce n'est pas en voulant dominer le monde que tu y parviendras. Au contraire, tous les peuples de la Terre du Milieu s'uniront contre toi.
- T'as peut-être raison. Mais je reste maître de mes décisions, et faire la paix signifierait admettre mon tort et perdre ma dignité. Mais si j'échoue, je reconnaîtrai publiquement, devant les Neuf et toutes les armées du Mordor - s'il en reste - , que j'avais tort.
- Tu n'as jamais rien reconnu devant les Neuf, et encore moins que tu avais tort - et que le tort tue. Et puis, qu'est-ce que Saroumane vient faire là ?
- En fait, (il coupa la communication, enfin, raccrocha au nez de Saroumane), je soupçonne Saroumane de vouloir mon précieux. Il s'est servi du Palantir d'Orthanc pour voir au loin et essayer de le repérer. Mais il m'a trouvé avant. De toute façon, il est prêt à tout, tout comme moi, pour retrouver l'Unique. Il m'obéira aveuglément.
Il me regarda, l'air de dire : « youpi, j'ai déjà corrompu un magicien blanc. Au suivant ! »
- Et ton programme « oeil en haut de la tour », il sert à quoi ?
- Je fais croire à tout le monde - y compris à Saroumane - que je suis trop faible pour prendre une forme physique et que je ne peux m'incarner qu'en oeil de feu en haut de ma tour. Il ne faut surtout pas que l'on se doute que j'ai un autre anneau. J'imagine d'avance la tronche de Saroumane quand il verra que je l'ai entubé bien profond.
- Tu es un génie, mon chéri.
- Hé hé, je sais. Je suis né comme ça, c'était inné.
J'avais décidé de le caresser dans le sens du poil, histoire qu'il ne me refasse pas le coup du verset du Coran appliqué : « bats ta femme trois fois par jour. Si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait ». Je passais ma main sur son ventre (assez proéminent, entre nous) et lui disais à l'oreille :
- T'as de belles tablettes de chocolat. (des abdos, quoi)
- Ah ouais ? fit-il avec une banane jusqu'aux oreilles. Hé, hé, c'est ça de faire de la musculation tous les jours, poupée.
- Fondues, n'ai-je pu m'empêcher de rajouter.
- Sulring, t'es pas drôle. Oui, je suis gras et fier de l'être !
- T'es pas gros, t'es juste un peu enveloppé. C'est comme ça que je t'aime, mon chéri. Bon, t'entubera Saroumane et après ?
- Ben voilà. Je l'entuberai, c'est à dire, je le mettrai dans un tube. Puis, je le vendrai aux enchères, (du Saroumane en tube, promo, stock limité) ça renflouera les caisses du Mordor. Mais non, je plaisante. Mais là où j'admets - et profites-en, pour une fois que je l'admets - que je ne suis pas doué, c'est que j'ai oublié le code du coffre où j'ai mis mon précieux. J'avais même un moyen mnémotechnique pour m'en souvenir : un poème idiot à 1 000 000 de mots : il commence par : « que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux sages », transcrit en chiffres par 3,1415926535. C'est un vieux pote à moi, nommé Pythagore, qui me l'a donné. Si tu as un cercle d'un mètre de diamètre, son périmètre est de 3,14 etc. mètres. Enfin, je n'ai jamais été très doué en maths, alors retenir ce nombre à la con...
Je remerciais intérieurement Pythagore de lui avoir donné ce nombre à la con. Au moins, il (Sauron, pas le nombre à la con) avait oublié qu'il fallait taper Pi au lieu de 3,14 et ses brouettes de décimales à la noix. Heureusement - il y a Findus - il avait (Sauron, pas Findus) oublié ce nombre. Dans le cas contraire, toute la Terre du Milieu aurait ressemblé au Mordor : pays mort au ciel noir - Sauron était tellement ténébreux qu'il contaminait le ciel -, à l'air sec et rempli de cendres, crachées d'une part, par la Montagne du Destin et d'autre part, par l'oeil de Sauron, programme informatique formé de vrai feu, sorte de bougie perpétuelle éclairant le pays comme la lumière d'un certain phare qui faisait naufrager les papillons de ma jeunesse.
- Juste une question, mon chéri : c'est qui, Dooku ?
- Un gars que j'ai connu entre le Second et le Troisième Age, pendant mon errance dans des mondes parallèles. Il était Comte.
- Ah.. Je connaissais le Comte Dracula, mais je n'avais jamais entendu parler du Comte Dooku.
- Il y a un début à tout, ma chérie.
Toujours est-il que je n'ai su qui était le Comte Dooku que quelques années plus tard.
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je m'emmerdais. J'en parlais à la chose qui me servait de mari - entre nous, malgré tous les noms d'oiseau que j'ai pu lui donner, je n'ai jamais cessé de l'aimer - et dans un moment de générosité, il m'autorisa à utiliser son ordinateur portable, son imprimante laser couleur 3 millions de pixels, 30 pages par minute et son appareil photo numérique pour créer un hebdomadaire dont j'étais rédactrice en chef, enfin, rédactrice tout court. Il était intitulé « Aujourd'hui en Mordor ». Hebdomadaire ou pas, c'était vite lu : il ne se passait rien dans ce pays de morts qui dorment à tel point que parfois, ce journal ne paraissait même pas. De toute façon, personne ne le lisait : les orques étaient analphabètes, les ministres connaissaient toute l'actualité - des détournements de fonds qu'il faisaient la plupart du temps - et les Nazgûls étaient miros alors leur faire lire quelque chose...
Cependant, en l'an 3009, un événement vint faire la une : Gollum avait été arrêté. C'était un gars bizarre et décharné, une sorte de FI pleurant et gémissant tout le temps, désespéré par son triste sort. Il mesurait 1,10 m déplié et braillait « mon précieux » à la fin de chacune de ses phrases. En réalité, il faisait partie d'un peuple du genre Hobbit. Il se nommait Sméagol et renommé en Gollum le maudit.
Un jour, je venais de m'engueuler avec Sauron l'abominable (Ok, c'est un pléonasme, mais il y a des jours où il l'est plus encore). Je descendis la tour à toute vitesse pour aller prendre le métro voir Psy bien-aimé mais il était en grève (le métro, pas Psy bien-aimé). Sauron m'a rattrapée. J'ai eu du pot : je n'ai pas fini dans l'estomac d'Arachné comme le ministre de l'intérieur, ni à l'asile psychiatrique de Minas Morgul comme le ministre des affaires étrangères. Sauron me fit juste mettre en prison dans la cellule de Gollum - la prison était pleine, comme celles de France. Il me dit :
- Ca t'apprendra à me donner des leçons. Et estime-toi heureuse de ton sort.
- Tu ne vas quand même pas me laisser moisir ici jusqu'à la fin des temps ?
- Tu y resteras le temps qu'il faudra. Bon, Gollum, viens ici !
Gollum s'avança, ses yeux globuleux écarquillés par la terreur que Sauron lui inspirait. Il le fit ramper jusqu'à la table d'écartèlement importée des ruines d'Angband, et l'y attacha.
- Le Seigneur Sauron ne doit pas nous faire de mal ! dit Gollum avec une voix de chat qui s'étouffe avec ses propres poils. Il ne doit pas faire de mal à nous ! Nous sommes gentils, nous.
- Le Seigneur Sauron fait ce qu'il veut ! Non mais !
Il commença l'écartèlement sous mes yeux. Gollum hurlait de douleur.
- Sauron, je t'en prie ! Arrête ça ! lui criais-je.
- Tais-toi, toi ! Ou je te donne à bouffer à Arachné !
« Merci, je retiens... me disais-je. Ah, c'est beau l'amour… »
Il se tourna vers Gollum et lui hurla à la figure :
- Où est mon précieux ?
- Nous ne savons pas, Seigneur. Nous vous supplions de nous détacher de là.
- Tu as possédé cet anneau pendant près de 500 ans ! Dis-moi ce que tu en as fait !
- Nous jurons que nous ne l'avons pas détruit, mon précieux.
- Je sais bien ! Sinon je serais mort et toi aussi ! Et d'abord, c'est MON mien, MON trésor, MON précieux ! Je l'ai créé, il est à MOI et à MOI SEUL ! hurla-t-il.
Hors de lui, il détacha Gollum de l'engin et l'envoya comme un sac de patates dans sa cellule. Sauron venait d'inventer un nouveau sport : le lancer de Gollum. Il détenait le record des 20 m (pauvre Gollum). Il me regarda :
- Et oui, je suis médaille d'or.
- C'est très bien, chéri. Dis, tu veux pas me sortir de cette cage ?
- NAN !
- Sauron, t'es un enfoiré !
Il sortit d'un air furieux, d'un pas à faire trembler la tour. Il était désespéré. En vérité, Gollum et lui étaient dans le même cas : ils désiraient par-dessus tout retrouver l'Unique, mais l'enjeu n'était pas le même : si Gollum récupérait l'Unique, cela ne poserait pas de problème, mais si Sauron le trouvait avant lui, cela causerait la fin du monde libre, ou la fin du monde tout court.
- Il nous ont maudits, meurtriers qu'ils nous ont appelés. Ils nous ont maudits et ils nous ont chassés ! Et nous avons pleuré, mon précieux, nous avons pleuré d'être si seuls.
- Qui, ils ? que je lui demandais.
- Pas d'importance. Sale hobbit ! Il a volé mon précieux et nous le voulons !
- Qui ?
- Sacquet.
- Ecoutez, quoi qu'il vous fasse, n'en dites rien à Sauron.
- Z'êtes qui, vous ?
- Sa femme, enfin en principe, mais bon, des fois, il me met en prison, des fois, il me bat, des fois, il me saute. Vous trouvez ça normal, vous ?
- Non. Nous ignorions que le méchant, vil et perfide Seigneur Sauron était marié.
- Maintenant, vous le savez. Et sachez que ce n'est pas facile tous les jours.
- Ses vilains orques nous ont fait du mal, mon précieux. Ils nous ont affamés, torturés et mutilés. Nous les haïssons, ces maudits orques et le sale Sacquet aussi !
Il parlait de lui en employant « nous ». C'était un être déchiré et désespéré : il s'était dédoublé.
- Que vous est-il arrivé, Gollum ?
- Nous avons trouvé le précieux dans le fleuve. Nous avons tué Déagol pour le garder pour nous. Nous avons été maudits et chassés. Nous avons oublié la saveur du pain, le bruissement des arbres et la caresse du vent. Nous avons même oublié notre propre nom.
- C'est l'Anneau. Vous en êtes devenu dépendant, comme pour les Neuf et les leurs.
- Les Neuf ? Qui sont-ils ?
- Autrefois des rois. Puis Sauron le diplômé entubeur professionnel, ceinture noire 7ème dan, leur a offert neuf anneaux de pouvoir. Aveuglés par leur avidité, ils les acceptèrent sans poser de question et sombrèrent peu à peu dans le néant et les ténèbres. Ils sont Ses esclaves. Ce sont les Nazgûls, les Spectres de l'Anneau. Ni vivants ni morts. La nuit marche avec eux et la mort crie par leur bouche - malheureusement pour les autres habitants de leur QG, les boules Quiès ne sont pas encore en vente. Donc ensuite ?
- Sacquet a volé mon précieux. Un Sacquet de la Comté.
- C'est où, ça ?
- En Eriador, au Nord-Ouest des Terres du Milieu, à l'ouest de l'Arnor et de l'Angmar.
- N'en dites rien à Sauron.
- Mais il continuera à nous torturer. Il faut que nous parlions.
- Alors dites uniquement : la Comté et Sacquet. En espérant que Sauron ne le trouvera pas - sinon, paix à l'âme de Sacquet. Enfin, lui ne bougera pas de sa tour, il enverra les Neuf et les Neuf sont assez idiots, donc ça ira.
Peu de temps après, Sauron - après avoir envoyé quelques ministres à Arachné - revint interroger Gollum. Il l'attacha sur la table d'écartèlement.
- Alors Gollum, reprenons là où on s'en était arrêtés. PARLE !
- Nous parlerons et serons gentils avec le Seigneur Sauron s'il est gentil avec nous.
Sauron lui colla une baffe et hurla :
- Le Seigneur Sauron n'est pas gentil ! Non mais, j'ai une tête à être sympa ? T'es ouf ou quoi ? OU EST MON PRECIEUX ? Non mais, c'est qui le dictateur ici ?
Gollum ne répondit pas. Il considéra son tortionnaire avec un air de terreur mais aussi de pitié. Il avait compris que Sauron avait autant besoin de l'Anneau que lui. Ils en étaient tous deux dépendants et Sauron encore plus car il l'avait possédé plus longtemps. De cet anneau dépendait tout, y compris le sort du monde.
Sauron emmena Gollum dans une autre salle. Ils y restèrent pendant huit ans. J'ignore ce que Gollum eut à subir, mais il ne cessa de hurler de douleur pendant ces années. Jusqu'à ce qu'il lâche, entre deux hurlements, ces deux mots :
- La Comté ! Sacquet !
Sauron et Gollum revinrent là où j'étais. Gollum était encore plus décharné qu'avant. Il fut libéré, enfin, mis à la porte à coups de pieds au derrière.
Sauron me libéra moi aussi et m'envoya - non pas par la poste, mais par le métro - à Minas Morgul transmettre les informations aux Neuf. De son côté, espérant que Gollum chercherait le fameux Sacquet, envoya quelques uns de ses serviteurs le suivre pour qu'il l'amène à Sacquet et à son précieux.
Je descendis jusqu'à la station de métro. Manque de pot, le métro était une fois de plus en grève - le tramway à Lyon n'a jamais fait mieux que cette ligne Barad-dûr - Minas Morgul - jusqu'à la fin de l'année, autrement dit, pour encore neuf mois. Je m'épuisais à remonter les 3000 marches menant au bureau de Sauron, qui, j'en étais sûre, me collerait trois baffes (Sauron, pas le bureau). Comme si c'était de ma faute si le métro était en grève.
- Chéri ! que je lui dis. Le métro est en grève.
Il laissa échapper un énorme juron se finissant par « sa mère en tongues devant carrouf ». J'ignorerais toujours le rapport entre carrouf, les tongues, sa mère et le métro en grève. Sauron faisait décidément partie d'une autre espèce, parfois difficile à comprendre : l'espèce des mâles.
- Qu'est-ce qu'ils veulent, encore ? continua-t-il.
- Une augmentation de salaire.
- QUOI ? Punaise, la moitié des caisses du Mordor est utilisée pour les payer ! Entre mes ministres qui détournent les fonds, le métro en grève, il va falloir que j'emprunte pour faire la guerre ! J'en ai marre ! S'ils continuent, je vais les envoyer un par un à Arachné !
- Il faudrait passer par Minas Morgul pour ça.
- Grrrr...
- Ce n'est pas en grognant que tu feras changer les choses, mon So-saucisson chéri.
- C'est quoi cette lubie, encore ? So-saucisson ? Pourquoi tu m'appelles comme ça ?
- T'es à croquer, mon chou. Je te boufferais tout cru.
- Je ne suis pas comestible. Tu ne pourrais pas m'appeler Sauron, comme tout le monde ?
- Mon Saurounet d'amour adoré, non.
- Mais qu'est-ce qui te prend ? T'es ouf ou quoi ? T'as fumé un Ent ?
- Il ne faut pas fumer des Ents, c'est le poumon de la planète !
- T'es écolo, maintenant ? C'est nouveau ! Mais réponds à ma question !
- Je t'aime, voilà ce qui me prend.
Le volume de sa voix diminua immédiatement de 40 dB.
- J'en doutais depuis longtemps. Je ne te voyais presque plus. Tu étais distante.
- Normal, tu torturais Gollum 24h/24, 7j/7, 365j/an et tu m'avais mise en prison.
- Pardonne-moi, chérie.
Il se jeta dans mes bras, me serra fort contre lui et m'embrassa. Je n'avais droit à ses baisers brûlants et passionnés que lorsqu'on venait de s'engueuler et qu'on se réconciliait (autrement dit, assez souvent). Là, il était à nouveau sociable. Mais pour combien de temps ? A mon avis, jusqu'à ce qu'on lui reparle de Sacquet.
- Tu dois vraiment être de bonne composition pour me supporter. Je ne réalise pas la chance que j'ai, tu es vraiment unique, pas comme l'Anneau. (super comparaison)
- Oui, je suis de bonne composition. Ce n'est pas toujours facile de te supporter.
- Je ne sais pas ce qui m'arrive.
- C'est le stress. Tu subis trop de pression. Destresse. Zen, mon chou. Un cercle est un carré, un carré est un cercle. Une sphère est un cube, un cube est une sphère.
- Ca se voit que tu es nulle en géométrie, chérie...
- On s'en fout. Respire.
- Je ne peux pas le sacquer, ce Sacquet ! hurla-t-il.
- Aïe !
- Oignon !
- Echalote !
- Terre cuite !
- Mes tympans !
- C'est quoi le rapport entre aïe, oignon, échalote, terre cuite, tes tympans et Sacquet ?
- Tu m'a hurlé dans les oreilles.
- Désolé. Et ce pain de métro en grève ! Comment je vais joindre les Neuf, maintenant ?
- Ton Palantir !
- Je suis con !
- Oui. (il me colla une baffe) Il n'y a que la vérité qui fâche.
Il me jeta un regard noir. J'aurais mieux fait de me la fermer. Enfin, j'en avais marre d'être l'épouse fidèle et soumise qui dit oui à n'importe quoi. J'avais moi aussi ma personnalité, et personnellement je trouvais que Sauron était con sur les bords, mais pas en profondeur : je suis sûre qu'il a un bon fond (l'essentiel - est dans Lactel - c'est d'y croire, ou l'espoir fait vivre, comme on dit).
- T'as de la chance que le métro soit en grève. Sinon, je t'aurais envoyée à Minas Morgul en tant que duègne. Les Neuf, intéressés comme ils sont, te seraient tous passés dessus à la chaîne - prenez un ticket, servez-vous : faites la queue, ne doublez pas, s'il vous plaît et restez disciplinés - ou en même temps et tu aurais fini à l'asile.
- Pas sûr. Entre Melkor et toi, je suis blindée de ce côté-là.
- Peut-être. Mais traite moi encore une fois de con et je t'envoie à Minas Morgul, métro en grève ou pas !
- Calme toi. Ca se voit que tu es sur les nerfs, chéri. Mon chou, lui disais-je en l'embrassant.
Cela suffit à le clamer.
- Ma belle Sulring, flatte-moi.
- Tu es le plus grand, le plus beau, le plus sage, le plus courageux et le plus intelligent de tous les êtres vivants sur cette terre. Nul ne t'arrive à la cheville, mon amour.
- Merci. C'est pas une flatterie, ça, c'est vrai ! Bon, je vais appeler les Neuf. Pendant ce temps, trouve moi ce crétin de ministre des transports.
« Non mais, je ne suis pas sa bonne ! » pensais-je.
- J'aurais quoi en échange ?
Il me reluqua quelques instants, me déshabilla du regard et déclara :
- Une nuit inoubliable. Tu l'as bien mérité.
Je levais les yeux au ciel. Il était désespérant (Sauron, pas le ciel) avec ses manies de toujours vouloir me sauter et de ne jamais admettre qu'il a tort même quand il le sait. Surtout qu'il était en manque et qu'il allait jouer les prolongations pendant une semaine (Que diable allais-je faire dans cette galère ? Ah, maudite galère ! Traître de turc !...).
Je descendis jusqu'au bureau du ministre des transports. Tous les ministres logeaient entre les prisons et les salles de torture - à croire qu'ils étaient prédestinés à y passer un jour. Plusieurs ministres des finances y ont avoué leurs détournements de fonds. Ils ont tous fini dans l'estomac d'Arachné. Souvent paraissaient dans « Aujourd'hui en Mordor », des annonces du genre « recherche ministre, l'autre ayant fini chez Arachné ». Les ministres se succédaient plus rapidement que les gouvernements sous la quatrième République. Cela nourrissait ma chronique dans « Aujourd'hui en Mordor » : « le triste destin des ministres mordoriens » (après le fabuleux destin d'Amélie Poulain). Arachné bouffait tout le temps du ministre. Elle ne s'en lassait pas : ça devait avoir meilleur goût que les orques.
Sauron limitait les dégâts : il n'avait que quatre ministres : des finances, des transports, de l'intérieur et des affaires étrangères. Le reste, Sauron essayait de le gérer. Enfin, il gérait ça par l'intermédiaire du Roi-Sorcier : le pauvre faisait des heures sup gratuitement, il était de bonne composition (il faisait office de premier ministre, il était psy et dirigeait plus ou moins bien l'Angmar... bref, c'était un Nazgûl multi-usages). Chaque fois qu'un conflit éclatait entre des orques - c'était fréquent, des débuts de guerres civiles -, Sauron appelait le n°1. Celui-ci se pointait avec une grande lance, alignait les orques mécontents, beuglait un coup et les embrochait. Ca fournissait de la bouffe aux autres. Il n'y avait plus qu'à y faire griller. Entre nous, cela devait avoir un goût infect.
Je proposais un jour à Sauron de publier dans « Aujourd'hui en Mordor » des annonces de recherches de ministres, histoire de le soulager de ses responsabilités.
- Parce que quatre ne me suffisent pas ? De toute façon, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Et ces ministres sont tous corrompus et plus sinistres que ministres.
Bref, j'arrivais devant la porte du bureau du ministre des transports. Dessus (sur la porte, pas sur le ministre) était écrit : « ne pas déranger sauf en cas d'extrême urgence ». J'ouvris cependant la porte - après tout, j'avais le droit, en tant qu'épouse unique du Seigneur de cette tour - et le surpris en pleine action. Sa copine n'avait pas l'air contente.
- Non mais, vous ne savez pas lire ou quoi ? C'est écrit ne pas déranger ! cria-t-il.
- Mon mari, le Seigneur Sauron, demande à vous voir.
- Ma Reine, pardonnez-moi, je ne vous avais pas reconnue.
- Ben ça, j'avais compris. Il est pressé de vous voir.
- Je vois que notre Seigneur a bon goût.
J'allais vers lui, lui collais une baffe et lui dis :
- Arachné aussi a bon goût. Elle serait ravie de vous bouffer. Elle adôôôôre bouffer du ministre corrompu. Alors fermez-la et venez.
- Euh, ne dites rien au Seigneur sur ce que vous avez vu.
- Il le saura sans que je lui dise. C'est qui, cette fille ?
- Je suis la Reine-Sorcière d'Angmar ! brailla la fille.
« Ah ! Une concubine de Nazgûl... C'est rare ces temps-ci... elle est bien conservée » pensais-je. Et qu'est-ce qu'elle me pique mon psy bien-aimé, celle-là, pour qui elle se prend ?
- C'est pas trop traumatisant ?
- Non, mais ce crétin de ministre corrompu m'a enlevée à Minas Morgul et s'est arrangé pour que le métro soit en grève !
- Quel con. Et combien le n°1 a-t-il de femmes ?
- 17. Sauf votre respect, il ne s'emmerde pas. Et le Seigneur Sauron ?
- Une, moi. Mais ce n'est pas pour ça qu'il m'est fidèle et soumis.
- Ah les mecs, qu'est-ce que vous voulez... Le Mordor n'est pas un pays féministe.
- Bon, vous, le ministre, suivez-moi.
- Maintenant ?
- Non, à la fin du Quatrième Age ! Je vais vous apprendre à piquer les concubines du n°1.
- Ben, il en a 17. Une de plus, une de moins...
- C'est pas le record : Melkor en avait 365, alors LA FERME ! Suivez-moi.
Il s'exécuta, un peu honteux. Arrivé au bureau de Sauron, il était devenu rouge pivoine.
- Ben qu'est-ce que tu fous à poil ? T'es pas gêné ! dit Sauron, assez surpris par les manières de son ministre sinistre et corrompu des transports.
- Pardonnez-moi, Seigneur. Votre Reine m'a pris en pleine action.
- M'en fous. Fais en sorte que ce pain de métro marche de nouveau ! Tout de suite !
- Bien, Maître.
Il sortit en courant.
- Je n'arrive pas à joindre le n°1.
- Laisse-moi faire.
Je m'avançai vers la boule de verre.
- N°1, mon Nazgûl adoré, répondez, mon chou. C'est très important. Mumu !
Je distinguais quelques secondes plus tard la tête du n°1 dans le Palantir.
- Et ne me dis pas que je ne sais pas me servir de ton Palantir, dis-je à Sauron.
Celui-ci fit semblant de ne pas avoir entendu.
- C'est ton chou, le Roi-Sorcier, maintenant ?
- Ben, il est sympa. Lui au moins ne me crie pas dessus quand je l'appelle mon chou.
- C'est ton amant, ton Nazgûl adoré ?
- Mais qu'est-ce que tu vas encore imaginer ? Le pauvre vieux n'a même pas de corps !
- Ben si ! Pourquoi il aurait 17 concubines, sinon ?
- Ecoute, Sauron, tu ne vas pas me faire une scène ! Je ne t'ai jamais trompé ! Ni avec Isildur, ni avec le Roi-Sorcier, ni avec personne !
En fait, c'était pas tout à fait vrai. Disons que j'aurais dû lui dire : « je t'ai trompé avec Isildur et pas encore avec le Roi-Sorcier, mais ça viendra... » Bon, je sais, c'est pas bien de mentir, comme si lui (Sauron) ne le faisait pas... Ca lui apprendra.
- Je confirme, fit le n°1. Je ne me suis jamais fait votre femme, Monseigneur (du moins pas encore).
- N°1, je ne t'ai pas demandé ton avis !
- Et Isildur était con comme un balai (et encore, c'est insultant pour les balais) alors crois-moi ! Surtout que tu ne peux pas en dire autant ! Tu me trompes, Sauron, je le sais !
- Dites, vous avez fini de vous engueuler ? dit le n°1. Ca coûte cher, nos communications.
- Mais moi, c'est normal. C'est pour le boulot.
- Ah ouais ? Boulot imposé par qui, si ce n'est toi ?
Il ne me répondit pas et s'adressa au n°1 :
- La Comté, Sacquet. C'est tout ce que l'autre crétin m'a dit. Allez-y, cherchez où vous voulez, démerdez-vous comme vous pouvez et retrouvez mon précieux.
- C'est où, la Comté ? fit le n°1.
- Euh... franchement, je n'en sais rien. Peut-être pas loin de l'Anduin où Gollum a trouvé le précieux. Et puis, démerdez-vous, c'est votre boulot, je vous paye pour ça, non ?
- Sauf votre respect, Monseigneur, nous travaillons gratuitement.
Le prenant au mot, les Nazgûls quittèrent illico presto Minas Morgul pour partir on ne sait où, à l'aventure. Ils ne savent pas d'où ils viennent, ils ne savent pas où ils vont, ils ont oublié leurs noms, ils se demandent à quoi ils servent (à rien, c'est vite vu), le sens de ce qui doit être leur vie (si on appelle ça une vie) : ce sont des esprits errant sans fin entre Minas Morgul et la Comté, et plus spirituellement entre la vie et la mort. On dit qu'ils étaient rois mais cette époque est révolue. Même le Roi-Sorcier n'est pas plus roi qu'il est sorcier : on se demande pourquoi on l'a appelé comme ça.
Cet événement marqua le début de la Guerre de l'Anneau. Il paraît que les Neuf ont failli attraper le fameux Sacquet (prénom : Frodon) mais ils sont revenus à Minas Morgul détrempés et la queue basse. Sauron les a d'abord réunis dans son bureau puis engueulés comme du poisson pourri :
- Abrutis ! Imbéciles ! Idiots ! Pourquoi ne suis-je entouré que de crétins de la pire espèce !
- C'est vous mêmes qui avez créé cette espèce de crétins, Monseigneur, lui dit l'un d'eux.
- N°5, la ferme ! Tu n'étais même pas avec eux ! Non mais je rêve ! A 8 contre une elfe et vous n'avez même pas été foutus de me ramener Sacquet ! Sortez d'ici tout de suite, prenez le métro avant que je m'énerve, BANDE DE POULES MOUILLEES !
- Tu es déjà énervé, mon chou.
- Arrête de m'appeler mon chou ! Tu viens de voir les plus grosses andouilles de tout le Mordor ! Et je ne suis pas un chou ! Si l'on apprend qu'un hobbit et une elfe ont réussi à terrasser 8 Nazgûls, je vais devenir la risée de toute la Terre du Milieu.
- C'est déjà le cas, ô Sauron le Grand, Seigneur des Anneaux...
- Comment ça, déjà le cas ?
- A cause d'une forêt d'irréductibles elfes qui résistent encore et toujours à l'envahisseur.
- Ca va, ça va, je sais. Ta soeur est une emmerdeuse.
- Non, c'est une fille bien, Galadriel... et puis, ça n'a rien à voir mais le métro est en grève.
- Encore ?!
- Ben oui...
Les Neuf sont passés ensuite à l'essoreuse et ont attendu pendant quelques temps ses ordres (les ordres de Sauron, pas de l'essoreuse).
Quant à moi, je l'ai eue, ma nuit inoubliable. Elle se prolongea une semaine. Pour la dernière fois, nos corps se sont unis, mais nos coeurs, non. Ce n'était qu'une façon de nous mentir à nous-mêmes : on ne s'aimait plus vraiment. La preuve arriva la semaine d'après.
- Tu m'aimes ? lui demandais-je (à Sauron, pas à la semaine).
- Ben oui, je suis ton mari.
- Serais-tu prêt à tout pour moi ?
- Bien sûr. J'ai même été castré à cause de toi. Je ferais n'importe quoi pour toi. Je t'offrirais le monde si tu me le demandais.
- Et arrêter la conquête du monde, tu voudrais ?
- Non, sûrement pas.
Je me demandais pourquoi j'avais épousé cette chose avide de pouvoir. Je souhaitais plus que tout m'échapper de Barad-dûr une fois pour toutes. Malgré moi, je souhaitais aussi que Frodon aie la bonne idée de détruire l'Unique et de ne pas faire la même bêtise qu'Isildur. C'était le seul moyen de sauver le monde et de raisonner Sauron. Seule la destruction de l'Unique pourrait le faire stopper la Guerre de l'Anneau : il se rendrait compte qu'il n'est pas tout puissant - à l'inverse de Bruce -, on ne pouvait pas dire : Sauron tout puissant. Seul cet événement pourrait nous unir à nouveau.
Un jour, Saroumane - surnommé Roi des Anes par Sauron -, lui donna un aperçu du monde qu'il allait bientôt dominer, avec une pointe d'optimisme :
- Le monde change. A présent qui a la force de s'opposer aux armées d'Isengard et du Mordor, de s'opposer à la puissance de Sauron et de Saroumane et à l'union des Deux Tours ? Ensemble, Seigneur Sauron, nous gouvernerons cette Terre du Milieu.
- Merci mon coco, mais je veux la gouverner tout seul. Bon, continue ton baratin.
- L'ancien monde brûlera dans les flammes de l'industrie. Les forêts tomberont. Un nouvel ordre naîtra. Nous mènerons la machine de guerre avec l'épée et la lance et la poigne de fer des orques. Nous n'avons qu'à supprimer ceux qui s'opposent à nous.
- Pacifiste, comme discours, fis-je.
- Il est complètement soumis à ma volonté. Vouloir mon anneau a fini par le corrompre. Et c'est tant mieux pour moi, me dit Sauron à l'oreille.
- Cela commencera en Rohan...
Saroumane n'eut pas le temps de finir. Sauron lui raccrocha au nez et dit :
- C'est bon, je regarderai les info, je suis assez grand pour le faire tout seul. Mais ne soit pas trop optimiste, mon coco... On ne sait jamais ce qui peut arriver.
Plus tard encore, Saroumane envoya son armée d'OGM - Orques Génétiquement Modifiés - au Gouffre de Helm, la forteresse refuge des Rohirrims. Il en envoya aussi quelques-uns (des OGM, pas des Rohirrims) à Sauron comme échantillon de test. Ceux-ci se multiplièrent et l'on vit là les débuts d'une guerre civile en Mordor. Enfin, ça faisait des cons en moins, c'était déjà ça. En plus, cela fournissait de nouveaux articles dans « Aujourd'hui en Mordor » et de la bouffe pour Arachné.
Saroumane, quant à lui, subit deux défaites : celle du Gouffre de Helm - Sauron n'a jamais compris comment il s'était démerdé pour perdre - et la révolte des Ents qui inondèrent Isengard. Dans le fond, Isengard inondé, c'était assez joli : ça faisait Venise, alors que Isengard pas inondé, c'était laid : on aurait dit Barad-dûr et ses immondices, le tout à ciel ouvert.
Saroumane, pleurant face à la défaite, appela Sauron. Manque de pot, c'est moi qui ai reçu l'appel. Il se moucha bruyamment (Saroumane, pas l'appel) et dit en reniflant :
- Les Ents ont inondé ma cité ! Vengez-moi, Seigneur Sauron !
- Minute, je vous le passe. Chéri ! Saroumane (roi des ânes) pour toi !
Il se pointa et dit :
- Alors Sa-sa, ça boume ?
- Non. Les Ents ont inondé ma cité ! Vengez-moi, Seigneur Sauron ! répéta-t-il.
- Ecoute, arrête de pleurer, ce n'est pas ça qui va arranger les choses. Et puis, tu n'avais qu'à pas embêter les Ents. Je suis ni ton père ni ton psy alors arrête de pleurer et assume. Sois un grand garçon mature. Oublie le coup de pied au cul que je t'ai collé il y a 5000 ans. Et puis, je ne crois pas que je te vengerai, désolé. Ce n'est pas que je ne veux pas, mais bon, j'ai déjà la moitié de la Terre du Milieu à dos, alors je ne vais pas me mettre à dos les Ents en plus, même s'il n'y a pas de rivière à côté de ma tour. Mais si ça peut te consoler : Isengard inondé deviendra un lieu touristique. C'est très joli, je t'assure ! On dirait Venise. Alors ma foi, fais de la pub, développe le tourisme. Qu'est-ce que tu veux que je te dise, moi ?
Saroumane se mit à chialer et raccrocha. Pauvre vieux. En plus, c'était un homme (enfin, un magicien) seul, le pauvre : il n'était même pas marié. Enfin, il y avait toujours Grima face de rat pour lui tenir compagnie. Et comble du désespoir, Gandalf lui avait volé la vedette et avait fait ce que Saroumane avait toujours rêvé de faire : il était apparu sur des panneaux publicitaires pour le nouvel Orco Tablets : « grâce au nouvel Orco Tablets, votre linge est plus blanc et vous avez moins l'air d'un gland. ». Et comme on dit, jamais deux sans trois : Saroumane enviait Sauron pour la bonne et simple raison que Sauron bénéficiait de la jeunesse et de la beauté éternelles alors que Saroumane devait se contenter de la vieillesse, de la laideur et de la connerie éternelles, et Sauron et Saroumane appartenaient à la même espèce d'êtres vivants. Il y avait vraiment de quoi déprimer, vous ne trouvez pas ?
Ma fille s'installa dans mes appartements au 280ème étage de la tour : elle en avait assez, ou plus précisément, ses oreilles en avaient assez, de vivre à Minas Morgul. Cela dit, Barad-dûr n'était pas beaucoup mieux. Au lieu d'entendre les Nazgûls beugler, on entendait les prisonniers hurler et Sauron ronfler. En vérité, aucun endroit de ce pays n'était calme et silencieux. Elle laissa ses soeurs à la charge de n°1. Je pense que ce gars n'avait pas eu beaucoup l'occasion de faire baby-sitter mais il s'en sortait pas mal quand même. Il fallait dire aussi que ces gamines n'étaient pas difficiles.
De mon côté, en ayant marre de publier des articles non lus dans « Aujourd'hui en Mordor », je regardais dans le Palantir (ancêtre de la Webcam) ce qui se passait dans le monde, sans, évidemment, en aviser mon mari. Je suivais la quête de Frodon Sacquet vers notre pays. Vous comprenez maintenant pourquoi je n'en parlais jamais à mon mari. Il avait essayé d'entrer par la Porte Noire, mais celle-ci demeurant désespérément close, il s'était résigné à prendre une autre route. Il était accompagné par Sméagol (la FI de 1.10m dépliée), en qui je n'avais pas vraiment confiance. Ils avaient été arrêtés par des humains, conduits par un certain Faramir, fils de l'Intendant du Gondor (Denethor le dépressif) qui les prenait pour des espions de Sauron. Ensuite, il comprit qu'ils portaient sur eux l'Anneau - supposé - Unique. Mais Faramir, ayant enfin compris que ces hobbits et leur forme indéterminée de compagnie n'agissaient que pour leur bien à tous et devaient absolument détruire l'Unique, les avait libérés, risquant ainsi de se prendre un savon de la part de son papa qui ne souhaitait qu'une chose : avoir l'Unique pour lui, avec pour excuse de défendre son pays. Le plus paradoxal dans l'histoire était que tout le monde voulait ce maudit anneau, sauf celui qui le portait... En effet, Frodon n'en voulait pas. Il sentait que cet objet s'emparait de lui de jour en jour, c'est pourquoi il souhaitait arriver au Mont du Destin au plus vite. La seconde raison était que ses réserves de nourriture s'amenuisaient. Mais en dehors de cela, j'ignorais comment ils allaient faire pour entrer dans notre pays si bien gardé.
J'étais tellement prise dans mes pensées que je n'entendis pas Sauron entrer dans son bureau. Quand il en ferma la porte, je coupais la communication. Sauron me demanda :
- Qu'est-ce que tu regardais ?
- Euh... je regardais les nouvelles du monde, bredouillais-je, terrifiée à l'idée qu'il puisse un jour être au courant de la quête secrète de Frodon Sacquet pour sauver le monde.
- Quel genre de nouvelles ?
- Je regarde un genre d'émission de télé-réalité.
C'était vrai. Mais ce n'était pas le genre que Sauron imaginait.
- Quoi ?
- L'histoire entre une elfe et un humain. Comme tu t'en doutes, l'elfe est immortelle et l'humain non.
- C'est pas un scoop, en effet. Comme ta fille qui a épousé le premier empereur de Chine.
- Un peu oui. Donc du coup, elle voudrait abandonner son immortalité pour lui. Mais lui ne veut pas qu'elle meure pour lui. Surtout qu'il n'est pas sûr de survivre à cette guerre.
- Quelle guerre ?
- Tu te fous de moi, Sauron ? Ta guerre !
- Ah, la Guerre de l'Anneau... dis, ces deux-là ne s'appelleraient pas par hasard Aragorn et Arwen ?
- Si, pourquoi ?
- Non, rien. Mais pour quelles raisons vis-tu une histoire d'amour à travers d'autres plutôt que de vivre la tienne, enfin, la nôtre ?
- Parce que la nôtre est terminée depuis longtemps. Mais je garde espoir et c'est pourquoi je reste avec toi.
- Mais je t'aime, chérie. Plus que tout.
- Plus que l'Anneau Unique ?
- L'Anneau Unique, c'est un autre problème. D'ailleurs, il n'est pas unique.
Je levais les yeux au ciel tandis qu'il me prenait dans ses bras en me disant à l'oreille :
- Je t'aime comme au premier jour, chérie.
Je n'en croyais pas un mot mais je me laissais aller contre lui tandis qu'il continuait dans un autre registre.
- Tu peux me passer le Palantir s'il te plaît ?
- Ben oui...
Je m'écartais de lui. Il ressortit la boule de verre et commença à regarder dedans. L'image se stabilisa et mes craintes furent apaisées. Sauron ne regardait en aucun cas la Quête de l'Anneau, mais un de ces sports, nommé le football qui avaient cours dans un autre monde. Je trouvais stupide que mon mari s'absorbe dans se spectacle de 11 gars courant après un seul ballon : la seule chose qui changeait était la couleur de leur maillot... surtout que d'après les dires de mon mari, on les payait beaucoup, voire trop, pour courir après un ballon. Donc, vu comme on les payait, ils auraient pu au moins s'en acheter un chacun plutôt que de se battre. C'était une autre culture. Ce qui me fit le plus marrer dans l'histoire était que Sauron s'est arrêté après la mi-temps, car ils en étaient toujours à 0-0.
Un jour, une autre personne prit contact avec Sauron, sans doute, pas intentionnellement, avec le Palantir de Saroumane. Sauron s'énerva sur lui, croyant que c'était Saroumane :
- Purée, Saroumane ! T'es pire qu'un môme ! Je t'avais dit de ranger ta chambre, pourtant ! T'as vu le bordel qui règne en Isengard ? Allez, et que ça saute, range-moi tout ça ! Tu laisses traîner tes affaires de partout ! T'as paumé ton Palantir ! T'es chiant, j'en ai pas de rechange pour toi. Je garde le mien, il me sert bien. Et Barad-dûr, c'est pas une usine à Palantiri (ils ont été importés de Numénor) !
Le gars était terrorisé.
- Oups, je me suis gouré. Tu peux me passer Saroumane, que je l'engueule ?
Pas de réponse. Le mec, du nom de Pippin (alias Peregrin Touque, un pote de Frodon Sacquet), était terrifié.
- Ben quoi ? T'as jamais vu la tête de mon oeil (programme activé) ? Dis, t'as une tête de hobbit, toi ! C'est pas toi qui a mon anneau ?
- N-non, j-j'ai p-pas votre an-anneau, bégaya Pippin.
- Ne me prends pas pour un con ! Vous n'êtes pas 50 hobbits à faire du tourisme à l'est ! T'es qui, d'abord ? (grand silence) T'as un nom ! T'es pas comme un Nazgûl ! Eux n'ont pas de nom, pas de tête et pas de cerveau. Alors ? Accouche !
- J-je ne s-suis p-pas enceinte.
- Ne fais pas de l'esprit ! Dis-moi ton nom !
- C-ce n'est pas m-moi qui l'ai.
- Ton nom ou mon anneau ?
- V-votre an-anneau.
- Où qu'il est, celui qui l'a ? Parle ! Outchébé !
- N-non.
- Pas outchébé ? Esprit contrariant ! Où est Frodon Sacquet, bordel de merde ?
- J-je ne s-sais p-pas. J-je l'ai p-perdu à A-amon Hen.
- Crétin de Touque !
La communication fut interrompue. Le malheureux Pippin tomba dans les pommes. Plus tard, une fois réveillé, il se fit à nouveau traiter de crétin, mais par Gandalf cette fois.
Guenièvre, ma fille bien-aimée, se trouva un nouveau chéri. Cette fois, il n'était ni vieux, ni scientifique ni mégalo. Elle savait qu'avec ceux-là elle n'arriverait à rien. Elle avait eu sa dose, après Iznogoud et Dunkirk. Son dernier en date était jeune et beau. Je sus tout de suite que c'était le bon. Il s'appelait Arthur et était destiné à devenir roi. Par contre, ma fille ne le vit pas aussi souvent qu'elle l'avait souhaité. Il était tenu par des obligations.
Un jour, Sauron invita des alliés, des hommes de l'est. Il voulait préparer l'attaque contre Minas Tirith qui allait arriver incessamment sous peu. Sauf que ce jour là, il avait oublié qu'il les avait invités. Il s'écroula sur le canapé dans notre chambre, que, entre parenthèses, je ne fréquentais plus vraiment. Sauron me dit, d'un air vachement enjoué :
- Y a quoi à la télé ?
- Ben, rien, parce qu'on n'a pas de télé. Tu pourrais peut-être prévoir dans le budget du Mordor de l'année prochaine, de nous en prendre une, non ?
- Boah, y a jamais rien. J'ai des potes qui en ont une, et ils la regardent jamais. Bon allez, je vais me coucher.
- Tu te fous de moi ?
- Pourquoi ? fit-il en laissant échapper un énorme bâillement digne d'un troupeau de rhinocéros du Zimbabwe.
- Tu as invité les rois des hommes de l'est ce soir.
- Oh merde !
- Tu croyais que c'était pourquoi que j'avais mis le couvert sur la table ronde dans le salon ? Pour inviter les chevaliers du Roi Arthur ? J'ai déjà la dinde qui est prête à mettre au four (boulot de nana...) Toutes façons, je te l'avais dit la semaine dernière : je t'ai dit, samedi en huit, y a les hommes de l'est qui viennent dîner.
- Quand c'est que tu me l'as dit ?
- Ben, samedi en huit, mais dans l'autre sens. Je venais de me laver les cheveux et je suis allée te le rappeler parce qu'avec ton Alzeimer...
- Evidemment, t'as dû me mettre le séchoir plein pot sous le nez...
- Le séchoir sous le nez ?? Mais on n'a pas de séchoir ! Ca serait à rajouter dans le budget de l'année prochaine, ça aussi !
- J'ai déjà un gouffre financier plus gros que le trou de la sécu. T'aurais pas un truc pour arrêter ça ?
- Arrête la guerre et change de ministre des finances. Le tien fait des détournements de fonds. Et après, tu m'achèteras un sèche cheveux. Parce que, c'est pas la joie, tous les samedis, de sécher mes cheveux.
- T'as qu'à te les couper.
- J'ai pas envie de les couper.
- Remarque, c'est pratique, tu fais la poussière avec quand tu marches. Et puis d'abord, arrête de râler et va mettre la dinde au four. Ils vont arriver et rien ne sera prêt.
- Mais attends, c'est pas dans le four que je vais la mettre, la dinde. Je vais te la balancer dans la gueule, dans ta gueule de con !
- Sulring, tu me parles pas comme ça ! se mit-il à beugler.
- Sauron, tu vas te faire voir !
Puis un orque débarqua. Il nous dit :
- Ils sont en bas de la tour et râlent parce qu'il n'y a pas d'ascenseur.
- Ah tu vois, il n'y a pas que moi qui me plains qu'il n'y en ait pas, lui dis-je.
- Oh puis merde ! Ils sont jeunes et sportifs, qu'ils se démerdent ! râla Sauron.
- Je leur dis ça ? reprit l'orque.
- Non, tu leur dis de monter, c'est tout.
Le pauvre orque se retapa les 3000 marches à descendre. Je repartis à la cuisine et Sauron me cria depuis le salon :
- Bon tu la cuis, c'te dinde !
Je lui envoyais dans la figure tandis que ma fille entrait dans le salon. Elle l'évita de justesse et s'écria :
- Il pleut des dindes ici ?
- C'est la dinde que je viens de voir passer ? ajouta Sauron.
- Non, c'est ta mère en tongues qui va à Carrouf !
- Mets là dans le four s'il te plaît...
- Qui, ta mère ?
- Ben non, la dinde.
Il me renvoya la dinde que je fourrais sans ménagement dans le four. Ma fille vint dans la cuisine, me calma, ressortit la dinde du four et me dit :
- Calme-toi, maman. Cette dinde ne t'a rien fait.
Je la serrais dans mes bras et lui dis :
- Heureusement que tu es là, ma fille. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi.
- Une dinde immangeable.
Je souris tandis qu'elle plumait la dinde, l'ouvrait, mettait des herbes dedans, la refermait, la recouvrait de moutarde, la mettait dans un plat et l'enfournait délicatement dans le four.
Contrairement à moi, ma fille avait appris à cuisiner. Elle savait mitonner des bons petits plats quand il le fallait. Quant à moi, la seule chose que je savais faire était ouvrir des boîtes de conserve - encore que... - : je ne me cassais pas la tête, je ne mangeais que des lembas à différents parfums. L'avantage était qu'il en fallait peu pour se nourrir : une bouchée par repas, ce qui permettait de ne pas s'éterniser à table.
La dinde rôtissait au four - mmmm... - et avait à présent une magnifique couleur dorée très appétissante. Il n'y eut aucun incident remarquable jusqu'à l'arrivée de ces couillons de mecs, trop cons pour savoir qu'il ne fallait jamais s'allier à Sauron si on ne voulait pas avoir toute la Terre du Milieu à dos. Sauron leur dit, avec un ton de voix enregistrée annonçant les arrêts de métro :
- Bienvenue dans ma modeste demeure.
Une tour de 1km de haut, vous appelez ça une modeste demeure, vous ?
Ma fille resta à la cuisine - son papa adoré l'ayant interdit de venir troubler le repas même si elle n'était plus une gamine depuis longtemps - et m'ordonna de retourner auprès de mon époux, histoire de faire bonne figure.
- Avec ascenseur, elle serait mieux, fit un des mecs, encore essoufflé.
- On n'a pas assez de sous, expliqua-t-il.
- Pfft, tu parles, ton oeil en haut de ta tour, dis-je. Arrête la guerre et t'en auras, des sous.
- Je vous présente aussi ma femme... qui tire la tronche.
- Elle est charmante, fit le même gars.
- Oui mais elle est à moi, fit Sauron, d'un air « pas touche ».
- Elle a l'air d'avoir un mauvais caractère mais un joli nez, dit l'un.
- Très joli nez, fit un autre.
Sauron m'attira à lui et me dit à voix basse :
- Sulring, tu te calmes maintenant.
Nous nous sommes mis à table. Sauron chercha les entrées, histoire de pas trop me contrarier. Ils échangèrent des potins de Terre du Milieu, des histoires de mecs. L'un des gars avait cinquante femmes, les cinquante le trompaient. Bref, la routine quoi. L'autre avait essuyé une révolte d'ouvriers qui lui construisaient une pyramide (il se prend pour Kheops ou quoi ?) et voulaient passer aux 35 heures... bref, il n'y avait pas qu'en Mordor où la situation était délicate. Puis enfin, Sauron passa aux choses sérieuses.
- Si je vous ai réunis ici, c'est pour vous parler de la grande bataille qui aura bientôt lieu, celle qui déterminera le destin du monde. J'enverrai d'abord mes armées, puis vous viendrez après. Quand vous arriverez (le lendemain), j'aurais pris la Porte, et il y aura des Rohirrims qui essaieront de défendre la cité. Je parie que les Gondoriens les appelleront. Ce pays est faible, nous gagnerons cette guerre.
- Il y aurait aussi une autre stratégie, dis-je. Arrêter la guerre, se réconcilier avec les autres peuples et vivre en paix. Tu te ferais inviter au couronnement d'Aragorn.
- Toi, retourne à ta dinde ! me lança Sauron d'un ton sec et cassant.
Je le baffais et retournais à ma dinde. Il me cria :
- De toute façon, Aragorn ne posera jamais son cul sur le trône du Gondor !
Pfft... C'est ce qu'on verra. C'est pas parce qu'il il y a un vieil intendant sénile et gâteux (Denethor le dépressif, quoi...) à sa place que le roi ne reviendra pas...
Je l'entendis dire à ses potes :
- On rasera Minas Tirith avant. Et n'oubliez pas (même si ça n'a rien à voir) : il y a deux façons de voir les choses : la bonne et celle des femmes.
Je retournais là-bas, franchement furieuse, baffais à nouveau mon idiot de mari et, avant qu'il ait pu riposter, m'intéressait à ma dinde qui était cuite. Ma fille me la sortit du four et me conseilla de me calmer.
Au loin, l'un des invités disait à Sauron :
- C'est une maîtresse femme. Elle n'en a pas l'air.
- Oui, approuva-t-il. Elle paraît faible et fragile mais elle ne l'est pas du tout. Cependant, je n'ai pas à me plaindre, elle est quand même gentille. Elle est mignonne mais les épices lui montent facilement au nez, qu'elle a joli d'ailleurs.
Je retournais dans le salon avec la dinde. Je fus félicitée pour ma cuisine... Ils ignoraient évidemment que le cordon-bleu de la famille était ma fille. A vrai dire, je crois qu'ils ignoraient que j'avais une fille. Evidemment, un héritier mâle aurait fait plus de pub pour Sauron. De plus, il voulait éviter que l'un des rois de l'est ne veuille l'épouser. Elle méritait mieux mais pour le moment, Sauron ne se souciait guère de l'avenir de sa fille.
Les invités engloutirent la dinde en moins de deux et en faisant un bruit d'enfer. Chez eux ne devaient s'en doute pas s'appliquer les manières de la Cour (de Louis 14), à moins que cela fasse partie de l'Etiquette, de bouffer comme des porcs... Enfin bon, c'était une autre culture.
Je m'ennuyais à mourir, à écouter d'une oreille distraite Sauron racontant ses exploits guerriers. J'eus envie de lui dire « et le jour où Isildur t'a chouré ton anneau, tu t'en souviens pas, hein ? Tu fais moins le fier ? ». Je me retins. Je m'étais suffisamment engueulée avec lui pour aujourd'hui. Je fis la tête jusqu'à la fin du repas. Je me tirais après le dessert, pour faire la vaisselle (boulot de nana). Enfin, rien n'était pire que de rester plantée là. Puis ils partirent enfin, en promettant de revenir (le plus tard possible, souhaitais-je). Sauron entra en trombe dans la cuisine. Prise de panique, ma fille se retira pour nous laisser s'engueuler en paix.
- Ah bravo ! me dit-il.
- Quoi ?
- Tu as fait la tronche pendant tout le dîner !
- Ca te pose un problème ?
- J'aurais voulu que nous apparaissions comme le couple parfait. C'était mieux pour mon image, histoire que je reste crédible.
- 1) Je me fiche de ton image. 2) Cela fait longtemps que nous ne sommes plus un couple modèle.
- Mais ça je sais. C'était une question de paraître.
- Il n'y a que ça qui compte pour toi.
- Pas pour moi, pour eux.
- Pour toi aussi.
- T'es vraiment chiante.
- Ben oui, je suis une femme, je suis née pour ça. Tu vois, je suis née pour autre chose que pour faire la bouffe, la vaisselle et pour coucher avec toi !
- Ne me parle pas comme ça !
- Je te parle comme je veux. Tu vois la pile d'assiettes sales là ?
Je lui montrais la pile assez impressionnante d'assiettes crades.
- Si tu t'arrêtes pas de m'emmerder, tu vas te la recevoir dans la tronche.
- T'es pas une fille facile à vivre.
- Je ne suis pas une femme soumise, c'est ça qui te pend au nez.
- Tu devrais, gueula-t-il. C'est moi le dictateur, c'est moi qui commande !
- Va te faire voir, Sauron, Seigneur des Ténèbres et des Emmerdeurs ! braillais-je en lui envoyant une assiette qu'il évita de justesse.
Et c'était parti pour une bonne scène de ménage, avec lancer d'assiettes à la chaîne. J'y étais habituée, mais pas les voisins du dessous, apparemment. L'un d'eux gueula :
- C'est pas bientôt fini, non ? Mais qu'est-ce que vous foutez ?
- On s'engueule, comme tout couple marié qui se respecte ! criais-je.
Je sortis de la cuisine et laissais Sauron se débrouiller avec les quelques assiettes sales qui avaient survécu à notre vague. Je retrouvais ma fille un étage plus bas et descendis avec elle jusqu'en bas de la tour. Je voulais aller à Minas Morgul raconter mes malheurs à Psy bien aimé (n°1, quoi) en lui jurant que je divorcerais si Sauron continuait ainsi à me casser les couilles. Pas de bol, le métro était en grève, suite à une panne. Encore un type suicidaire qui s'est jeté sur la voie, entraînant une grève de 3 mois, avec des orques défilant dans le tunnel du métro, dans tous les camps et dans les rues de Minas Morgul (So-so leur avait interdit l'accès à l'escalier de sa tour), en proclamant « vive l'anarchie, à bas le système concentrationnaire mordorien, vive les 35h... » etc. A la station, on entendait une annonce préenregistrée par Sauron, habitué aux grèves : « Mordoriennes, mordoriens, j'ai le regret de vous annoncer que la ligne Barad-dûr - Minas Morgul est momentanément en grève, et ce pour une durée indéterminée. Merci de votre compréhension. De toute façon, c'est pas de ma faute, c'est celle des orques qui font chier. »
Ce jour-là particulièrement emmerdants les orques du Mordor étaient. C'était le maître du chéri de ma fille qui parlait comme ça. Il avait tout enseigné à Arthur, le chéri de ma fille, notamment à devenir un vrai Jet-D'ail et à manier très bien l'épée laser).
Dans le tunnel du métro, comme je l'avais prévu, les orques manifestaient en gueulant : « vive l'anarchie, à bas le système concentrationnaire mordorien, vive les 35h. Pas contents ! Pas contents ! Pas contents ! ». Ils arrivaient à ma hauteur sur le quai en criant toujours. Je leur fis :
- Vos gueules s'il vous plaît, j'ai mal à la tête. Choisissez un porte parole pour négocier au lieu de beugler.
Là un trop laid s'avança en boitant - aidé par la vie, le gars... - et me dit :
- Je serai la voix de mes camarades pour vous faire passer le message. Je m'appelle Cochonou.
- Le bon saucisson comme on l'aime chez nous. J'écoute.
- Vous avez deux nouveaux messages (bien, cultivé le cochonou). D'abord, nous travaillons plus de 20h par jour, ce qui fait 40h en deux jours. Nous exigeons de passer à 35h.
- 35h, ça ne marchera jamais. Déjà qu'on a un métro par jour ! Et en plus, vous croyez qu'on va vous les compter, vos heures quand ce couillon de Sauron vous enverra à Minas Tirith ?
- Ensuite, et pardon si je vous coupe, nous exigeons une augmentation d'au moins 50.
- Vous vous foutez de moi ? On vous paye assez comme ça !
- C'est pas ça le problème. Nous exigeons une augmentation de nos effectifs ! On n'en peut plus, on n'est pas assez, on bosse comme des malades !
- Attendez, vous vous foutez de moi ! La tour de Barad-dûr produit 10 000 orques par semaine et ça vous suffit pas ? Avec les 1000 à la semaine produit par Minas Morgul, ça en fait 11 000 ! C'est pas suffisant, non ?
- Ben non. La mortalité est très importante ici.
- Ah ça, si vous arrêtiez de vous entre-tuer aussi...
- Le problème n'est pas là. Quand on arrive sur un champ de bataille, notre espérance de vie passe de l'infini à 15 minutes.
- Ecoutez voyez ça avec Sauron, c'est lui qui s'occupe des problèmes administratifs. Moi je suis juste bonne à faire la bouffe (vive la femme mordorienne pas libérée... quel pays de demeurés attardés...).
Quand il entendit le nom de Sauron, Cochonou blanchit. J'ignore si c'était Sauron lui-même ou les 3000 marches à monter pour lui parler qui le paniquaient, mais toujours est-il qu'ils repartirent, lui et ses potes, vers Minas Morgul, probablement pour négocier avec Psy bien-aimé, ce qui n'était pas une tâche aisée, Psy bien-aimé se révélant très dur en affaires.
Nous nous sommes tapées l'incruste chez le lieutenant de notre tour, la momie ambulante, sans explication. C'était la première fois qu'on allait chez lui, et probablement la dernière. Maudit métro ! Vive les TCM (Transports en Commun Mordoriens)...
Un beau jour, ou peut-être une nuit, près d'un lac, je m'étais endormie... euh, non, je rembobine. Deux semaines plus tard, Sauron vint nous voir un soir dans mes appartements vingt étages en dessous des siens (pour cause de nuisances sonores). Ma fille dormait déjà. Il la réveilla, elle râla et il nous dit :
- Chérie, ça te dit d'aller à Minas Morgul ?
- Pourquoi pas... mais pour l'instant ce qui me brancherait, ce serait de dormir, si tu le veux bien.
- Oui, mais on partira demain matin.
- Mais au fait, qu'est-ce que t'as à y faire ?
- Les Neuf sont en concert.
- Et c'est pour ça que tu m'as réveillée ? râla Guenièvre, la tête dans le seau.
- Guenièvre on en parlera plus tard, répliqua Sauron. Donc, je disais que les Neuf étaient en concert...
- Oh mon dieu... fis-je.
- C'est pas si terrible que ça, de voir les Neuf en concert. Beaucoup de gens viendront des quatre coins de la Terre du Milieu pour les voir.
- Ouais, et ils repartiront avec leurs tympans hors d'usage pour le restant de leurs jours.
- Bon si tu le prends comme ça... j'étais venu t'inviter.
- Ah ça c'est gentil... alors tu t'es réconcilié avec les Neuf finalement ?
- De quoi tu parles ?
- Tu leur faisais la tête parce qu'ils n'avaient pas réussi à te ramener Sacquet.
- M'en parle pas de celui-là. Mais bon, il reviendra par lui-même, fais-moi confiance.
J'en doutais. Un hobbit normalement constitué porteur de l'Anneau Unique n'aurait jamais l'idée farfelue de venir en Mordor, à moins qu'il soit vraiment suicidaire.
Sauron prit congé et nous laissa dormir en paix ce soir-là.
Le lendemain, nous partîmes avec lui en métro pour la cité morte. Le métro n'était pas en grève, ce qui était vraiment un événement national, plus rare encore que les concerts des Neuf. En vérité, écouter les Neuf brailler ne me branchait pas des masses : j'y allais surtout pour voir mon psy bien-aimé que je n'avais en vérité jamais entendu chanter et pour en même temps, voir comment évoluaient mes filles bien-aimées.
Nous y sommes arrivés le soir même. Sauron avait raison : le réservoir d'armées, transformé pour l'occasion en salle de concert, était plein. Il acheta un programme avec marqué dessus : « les Neuf à Minas Morgul, avant leur tournée mondiale, avec n°9 à la flûte, n°8 au piano, n°7 à la trompette, n°2 à n°6 au choeur et n°1 soprano. Ames - et oreilles - sensibles s'abstenir ou prendre des boules Quiès. Interdit aux moins de 12 ans ». Sauron veilla justement à ce qu'aucun enfant ne fût sur place. Si ça avait été le cas, le gosse en question risquait d'être traumatisé et sourd à vie s'il écoutait le chant-de-la-mort-qui-tue des Neuf.
Mon bien-aimé époux nous conduisit en coulisses. Lui et sa fille réunirent les numéros 2 à 9 et il me laissa à la garde de n°1. Celui-ci se jeta sur moi et commença à m'embrasser fougueusement. Je lui dis :
- Mais calmez-vous un peu ! Ce n'est pas que ça me dérange mais mon mari n'est pas loin.
- Pardonnez-moi. Comment ça se passe alors ?
- Comment ça ?
- Vous survivez ?
- Oui, je survis, c'est le mot. Je regrette le Premier Age.
- Pourquoi ?
- Parce qu'à l'époque, j'étais au même niveau hiérarchique que Sauron : j'étais la femme de son maître. Donc il me respectait. Là non.
- Ce n'était peut-être pas une question de hiérarchie.
- Vous avez peut-être raison. A l'époque, Sauron n'avait pas forgé d'anneaux. Il n'était pas encore corrompu par le pouvoir. Je n'étais pas sa femme, donc pas non plus sa propriété.
N°1 me serra dans ses bras et je lui dis :
- Heureusement que vous êtes là. Je mourrais sans vous.
- Ne parlez pas de malheur, mon amour. Tout s'arrangera, je vous le promets.
- L'espoir fait vivre.
Il m'emmena voir mes filles. Elles dormaient, avec des boules Quiès dans les oreilles, pour préserver leur oreille interne. Elles venaient d'avoir 6 ans et semblaient assez heureuses de vivre.
- Vous vous en êtes bien occupé, dis-je à Psy bien-aimé.
- Je n'ai que ça à faire, voyez-vous.
C'est à se moment qu'on frappa à la porte. Sauron venait chercher n°1 que les 8 autres attendaient impatiemment. N°1 partit rejoindre ses camarades syndiqués (comme tout mordorien qui se respecte). Sauron me dit :
- T'en fais une tête ? N°1 t'a traumatisée ?
- Non.
- Il ne t'a pas touchée au moins ?
- Non. Pourquoi, ça t'étonne ? Sauron, t'es lourd. Si tu ne fais même plus confiance à ton général en chef, où va le monde ?
- Je ne sais pas. En tous cas, de notre côté, nous allons dans le réservoir d'armées transformé en salle de concert.
Il m'y emmena. Le concert dura un certain temps, voire un temps certain. Et contrairement à ce que je pensais, les Neuf ne chantaient pas comme des casseroles : ils hurlaient, mais avaient des belles voix et chantaient bien et juste. Comme quoi, il ne fallait pas se fier aux apparences.
Après, nous avons passé le reste de la nuit là-bas. Sauron squatta les appartements du n°9 qui partit demander asile chez n°8 qui ne fut pas ravi de le voir, qui se tira chez n°7, lui-même partit chez n°6 et ainsi de suite (comme pour les chaises musicales). Finalement le n°2 accueillit de bonne grâce le n°3 (il aura par ce biais acquis plus de mérites et ira donc au nirvana plus vite). Quant à nous, ma fille et moi, nous avons été envoyées chez le n°1. Celui-ci me prit à part pendant que ma fille s'installait. Elle ne pouvait pas s'empêcher d'emporter la moitié de ses affaires quand on partait de chez nous, comme si elle ne savait pas quoi mettre le soir même... elle alla dans la pièce à côté, où dormaient ses soeurs. Je disais à n°1 (alias Psy bien-aimé) :
- Vous avez bien chanté ce soir.
- Ma Reine, je vous prierais d'arrêter de vous foutre de moi.
- Non mais c'est vrai. Seulement, il faut vous écouter avec modération.
- Pour préserver l'oreille interne, je le sais. Mais je n'y peux rien.
- Je n'ai jamais dit que vous y étiez pour quelque chose. Nous nous sommes tous laissés piéger par Sauron.
- Arrêtez un peu. Vous vous faites du mal et culpabilisez alors que vous n'avez rien à vous reprocher.
- Vous faites vraiment un bon psy...
- Faut bien que j'ai quelques points positifs.
Il me prit une nouvelle fois dans ses bras et m'embrassa longuement. Il fallait bien qu'il prenne de l'avance. La date de notre prochain rendez-vous n'étant pas encore fixée, il pouvait aussi bien se produire trois jours après que trois ans après. Pas de bol, j'entendis une voix proche : ma fille. Elle nous avait vus.
- Euh maman... commença-t-elle.
N°1 s'écarta de moi, comme s'il pouvait faire comme si rien ne s'était passé.
- Guenièvre...
Elle était sans voix. Je la suppliais de garder le secret, ce qu'elle fit (c'est ça, la solidarité féminine). Nous avons dormi là-bas et sommes reparties le lendemain.
Le soir même, Sauron me fit une crise de jalousie :
- Sulring, tu me trompes !
- Non ! Je n'aurais jamais idée de te tromper. Je t'aime, moi ! Tu ne peux pas en dire autant !
- Ah bon ? Et qu'est-ce qui te permet t'affirmer ça ?
- Tu me bats, tu m'engueules tout le temps, t'en as que pour ton anneau et tu me trompes, toi !
- Moi, c'est normal...
- Pourquoi ? Parce que t'es un homme et que l'homme est toujours supérieur à la femme. Je te hais ! Tu es pire que Melkor ! Lui au moins ne me battait pas !
- Tu lui foutais la paix aussi.
- Tu veux que je te foute la paix ?
- Oui.
- D'accord, je me tire !
- Où ?
- Pourquoi je te le dirais ? Que je vive ou que je meure, tu t'en fiches complètement.
C'est à ce moment que firent irruption dans notre chambre deux inconnus cagoulés, des épées à la main. L'un d'eux dit :
- Sauron de Mordor ?
- Non, c'est pas ici... enfin, ça dépend, c'est pourquoi ?
- Vous êtes en état d'arrestation.
- Pfft... si tu crois que tu me fais peur avec ton cure-dents...
Pour lui donner tort, le gars fondit sur lui. Ils se battirent vaillamment et j'en profitais pour m'enfuir le plus discrètement possible quand l'autre m'attrapa par le bras, se colla à moi et me mit un poignard sous la gorge. J'appelais mon mari à l'aide. Celui-ci envoya valser le premier tueur à gages et se tourna vers le second et lui dit :
- Qui t'envoie ?
- Je ne dirai rien.
- T'es un gros boulet.
- Vous avez le choix : ou vous faites la paix, ou je tue votre femme.
- On vient de s'engueuler. Vous pouvez la tuer.
Sauron sortit de notre chambre, le second tueur à gages me libéra et alla réveiller son pote.
Je me mis à haïr Sauron comme jamais je ne l'avais haï de toute ma vie. Je le haïssais mais l'aimais en même temps. J'étais désespérée. Plus jamais il ne deviendrait comme avant. J'aurais voulu mourir à ce moment-là, pour éviter de souffrir inutilement (hypothèse que la vie n'est que souffrance.. demandez à Bouddha). Je ne pouvais rien contre lui et jamais je ne pourrais empêcher les guerres suivantes. En vérité, je ne servais à rien et je ne trouvais plus aucun sens à ma vie.
Je n'eus pas cependant le loisir de m'égarer plus dans mes pensées déprimantes. Une armée d'orques sortit de nulle part (du couloir en réalité) et nous traîna en prison 100 étages plus bas. Sauron nous suivit et nous colla dans la même cellule. Il nous y enferma lui-même. Je lui dis :
- Tu m'enfermes avec eux ?
- Oui, car, tout comme eux, tu as essayé d'aller contre ma volonté.
- Sauron, attends !
- Quoi ?
- Quand tu as dit que tu préférais me voir mourir plutôt que de faire la paix, tu le pensais vraiment ?
Il me jeta un regard haineux et me dit :
- Oui. Rien ne m'empêchera de dominer ce monde, ni toi ni personne d'autre. Et maintenant que tu es en taule, j'ai enfin la paix.
Puis il sortit et retourna dans ses appartements comme si de rien n'était. Je m'écroulais sur le sol et pleurais toutes les larmes de mon corps - en un Age j'avais eu le temps de refaire des réserves -. L'un des tueurs à gages me dit :
- Ne vous inquiétez pas, on arrivera à s'évader. On vous emmènera loin d'ici et vous trouverez peut-être un mari qui vous mérite.
- A quoi bon ? Vous auriez dû me tuer et le tuer après.
- Vous êtes marrante, vous... si vous croyez que c'est si facile que ça, d'assassiner Sauron. D'ailleurs, j'ai été étonné qu'il ait un corps.
- Et bien, voyez, il en a un. Il a fait croire à tout le monde qu'il s'était incarné en un oeil de feu en haut de cette tour pour tous vous duper. C'est la seule chose qu'il sait faire : duper tout le monde et foutre sa femme en taule.
Pendant que nous dissertions sur mon horrible et inhumain mari, l'autre assassin trafiquait la fenêtre minuscule de notre cellule.
- Qu'est-ce que vous foutez ?
- Je vais nous faire évader, vous êtes drôle, vous.
- Vous voulez sauter par la fenêtre ? Bon courage. Si vous le faites, vous aurez une chance sur 1000 de vous écrabouiller au sol sans finir empalé sur un des pics. Nous sommes au 200ème étage de la tour, voyez-vous.
- Vous avez une autre solution ?
- Peut-être.
J'appelais ma fille qui venait d'arriver dans le coin. Elle fut assez contente de me voir parce qu'elle me cherchait depuis longtemps. Je lui dis :
- Sais-tu si le métro est en grève ?
- J'pense pas, non. Il l'a été la semaine dernière. D'ailleurs, j'en viens. Tu dois te rendre à Minas Morgul au plus vite.
- T'es marrante, toi. Mon mari m'a foutu en taule.
- Encore ?
- Ben oui. Faut pas chercher à comprendre.
- N°1 te réclame. Il est en pleine dépression.
- Il n'est pas tout seul. Bon, fais nous sortir de là.
- Si mon père l'apprend, ce sera ma fin.
- Mais non ! tu es sa fille et il n'aurait jamais idée de te tuer. Il compte sur toi pour diriger le monde s'il échoue.
- Il peut toujours se brosser ! Je ne deviendrai pas un monstre comme lui !
- J'espère bien, tiens. Bon, tu nous sors de là s'il te plaît... mes camarades de cellule sont avec moi.
Pas contrariante, elle piqua la clé à un orque qui traînait dans le coin et nous ouvrit. Nous avons descendu la tour et ma fille nous a emmenés à la station de métro où j'appris les noms de mes compagnons : ils se nommaient Elrohir et Elladan, fils d'Elrond de Fondcombe. Je leur appris à leur plus grande surprise qu'en tant que fils d'Elrond, ils étaient en même temps mes petits neveux (compliquée la famille). Le métro arriva enfin et nous partîmes pour Minas Morgul. Sur la route, le métro faisait un drôle de bruit qui nous donnait l'impression qu'il allait se casser en 1000 morceaux en plein milieu du voyage. Nous sommes arrivés à la cité morte le lendemain matin. Je menais mes camarades (pas syndiqués) chez n°1. Ils me suivaient, pas rassurés, mais ils savaient qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de me faire confiance.
Arrivée chez n°1, je me jetais dans ses bras sous les yeux effarés des fils d'Elrond et de ma fille à moi. Je racontais tous mes malheurs à mon psy bien-aimé (c'est à ça que ça sert, un psy), du moins tout ce qui s'était passé depuis la veille où je l'avais vu en concert. Finalement il me dit :
- Alors vous voulez vraiment fuir ?
- Oui. Je n'en peux plus de vivre ici. Je m'en vais jusqu'à ce que Sauron m'ait complètement oubliée. Ensuite, je reviendrai pour vous.
- Ca c'est gentil, commenta-t-il. Mais d'ici là, on sera peut-être tous morts.
- Des temps meilleurs viendront, lui dis-je, plus pour me convaincre moi-même.
Puis une voix furieuse se fit entendre.
- N°1 ! Bordel de merde ! Tu réponds ?
Celui-ci se précipita vers son Palantir et décrocha. C'était Sauron qui lui demandait :
- T'aurais pas vu ma femme non ?
- Votre femme ? Mais elle est en taule, non ?
- Elle est censée y être mais bon... je crois qu'elle s'est évadée. Et puis, je m'en fous. Mais si tu la vois, préviens-moi.
- A vos ordres, monseigneur. Qu'allez-vous faire maintenant, après cet attentat ?
- Empêcher quiconque de m'approcher à moins de 50 pas. Ceci s'appliquera pour tout le monde, sauf vous les Neuf. Et je mettrai à prix la tête de ces tueurs à gages. Celui qui arrivera à les tuer sera récompensé.
- D'accord.
N°1 raccrocha. J'allais dans la pièce à côté, voir mes filles. Les fils d'Elrond me suivirent et ils ont failli hurler en les voyant. Elles étaient très jolies de loin, en faisant abstraction de leurs oreilles et leur queue de chat.
- Qu'est-ce qui t'amène ici, maman ? me demanda Erya.
- Le métro marchait.
- Est-ce qu'un jour, nous pourrons voir notre père ? questionna Narya.
- Je ne pense pas. Il est très occupé.
- Crois-tu qu'il accepterait notre véritable nature ?
- Non.
Elles, par contre, n'avaient eu aucun mal à l'accepter. Elles trouvaient même cela amusant, d'être un peu mutantes. Elles avaient confiance en elles car leurs parents adoptifs (Guenièvre et n°1) leur avaient bien fait comprendre qu'elles n'étaient pas anormales mais qu'elles avaient reçu un don rare des dieux. Elles avaient beaucoup d'esprit malgré leur jeune âge et auraient très bien pu se débrouiller seules. Elles étaient très matures pour leur âge. Les voir me ravissait et me donnait espoir dans l'avenir.
Mais je n'eus pas trop le loisir de m'attarder. Il nous fallait partir au plus vite avant que la chose qui me servait de mari ne se rende compte de notre évasion.
N°1 nous fit sortir de la cité en nous souhaitant bonne chance. Je lui laissais ma fille. Je ne voulais pas qu'elle risque quoi que ce soit. N°1 était la seule personne à qui je pouvais faire confiance dans ce pays et il veillerait sur ma fille bien-aimée. Il avait déjà ses soeurs à charge... il était habitué au baby-sitting.
Les fils d'Elrond me menèrent chez leur père. Ils considéraient que, vu que je les avait aidés à s'évader, que j'avais changé de camp et était prête à tout pour mettre Sauron hors d'état de nuire. C'était partiellement vrai, mais pour le moment, j'avais surtout besoin de réfléchir. L'un des fils - je ne sais jamais lequel - me demanda :
- Quels sont exactement vos rapports avec n°1 ?
- On se psychanalyse mutuellement.
- Rien d'autre ? me fit-il avec un air on ne peut plus soupçonneux.
- Non mais ça vous regarde ? Votre soeur sort bien avec un humain ! et bien moi, je sors avec un ancien humain ! Et alors ? On ne va pas en faire un flan !
Le mec s'écrasa, sachant qu'il ne devrait plus jamais me parler à ce sujet. Mais il démarra sur un autre :
- Et vos filles étranges, d'où viennent-elles ?
- De mon ventre. Je ne sais pas ce qui s'est passé, pourquoi j'ai mis des mutantes au monde. Il a beaucoup de choses que j'ignore.
- Ah...
Nous sommes arrivés à Fondcombe trois jours plus tard. Elrond accueillit ses fils dans la joie et la bonne humeur. Ils lui racontèrent tout et Elrond leur dit :
- Je voulais la tête de Sauron sur un plateau, pas sa femme sur un plateau !
- C'est grâce à elle que nous nous sommes évadés.
- Mais comment avez-vous fait ?
L'un des fils raconta tout. Elrond fit une drôle de tête et ajouta :
- Alors Sauron a donc été trahi au plus haut niveau, par celui qui est censé être son plus fidèle serviteur ?
- Semblerait oui.
Nous sommes restés à Fondcombe deux jours, le temps de mettre au point une nouvelle stratégie qu'Elladan (à ne pas confondre avec Aladdin) présenta à son père :
- Voilà. Nous entrerons par la cité morte.
- Ah... je ne savais pas qu'on entrait là-bas comme dans un moulin, commenta le père.
- Sulring nous aidera à entrer. Elle a une touche avec n°1.
- Je vous prierai de ne pas exposer ma vie privée en public, dis-je, assez énervée. Comme son nom l'indique, elle est privée !
- Nous prendrons ensuite le métro vers la tour, monterons en haut et assassinerons Sauron.
- Faut voir... fit Elrond, sceptique.
Ce fut à ce moment que j'ai eu un éclair de génie - c'était rare - :
- Attendez ! J'ai une meilleure idée.
- Je vous écoute.
- Sauron a mis vos têtes à prix. Il l'a dit à n°1. Personne n'a le droit de l'approcher à moins de 50 pas, sauf les Neuf. Nous passerons par la cité morte et vous vous ferez passer pour deux des Neuf. Je prendrai vos armes - prenez-en de rechange au cas où - pour faire croire à Sauron que je vous ai tués. Il me laissera l'approcher et je le tuerai.
- Il vous reconnaîtra ! fit l'autre fils, paniqué.
- Pensez-vous ! Cela fait belle lurette qu'il ne me connaît plus. Il m'a remplacée par l'Anneau Unique.
- C'est vache, ça, commenta Elrond.
- Vous vous attendiez à quoi de la part de Sauron ?
- A vrai dire, à rien de mieux.
- Et vous serez là au cas où ça dégénérerait, ajoutais-je aux fils.
- Cool...
- Mais vous n'êtes pas là pour que ça dégénère, leur soulignais-je.
- Mais arriverez-vous à assassiner votre mari ? me demanda Elrohir.
- Il m'a fait tant de mal que je n'aurai aucune peine à le voir mort. Je ne l'aime plus depuis longtemps
- Vous l'avez donc aimé ?
- Ben oui... mais passons. C'est du passé. Nos routes se sont séparées dès le jour où il a créé l'Unique.
Elrond fut d'accord avec notre plan. Nous sommes donc repartis vers le Mordor. N°1 nous accueillit dans sa cité - il fut d'ailleurs super content que je sois revenue aussi vite -. Les fils d'Elrond lui prirent deux robes pour entrer dans la tour. N°1 m'habilla en noir et me mit un voile sur le visage pour que Sauron ne me reconnaisse pas.
Nous avons ensuite repris le métro, qui, coup de bol, n'était pas encore en grève - il n'allait pas tarder à l'être de nouveau - et sommes montés en haut de Barad-dûr. Le soir tombait. Je me présentais à Sauron avec les armes de Elrohir et Elladan. Sauron me regarda attentivement : il ne se doutait de rien. Il me dit :
- Qui es-tu ?
- Je n'ai pas de nom.
- Que m'apportes-tu là ?
- Les armes des tueurs qui complotaient contre vous, Seigneur Sauron.
- Tu les as donc vaincus, toute seule ?
- Oui.
Il s'assit sur son trône à une vingtaine de pas de moi et me demanda comment.
- Je les ai séduits. Ils se sont battus pour moi. L'un a tué l'autre avant de mourir de mes mains.
- Je dois admettre que tu es douée. Mais une question : pourquoi portes-tu un voile sur le visage ?
- Je cache mon chagrin.
- Que t'est-il arrivé ?
- Mon mari m'a abandonnée. Mais je préfère ne pas vous en parler.
- Je comprends. Mais sache que le voile est interdit dans ma tour. Alors retire-le pour que je voie le visage de celle qui m'a sauvé.
Je dégainais mon épée et fondit sur lui. Il tomba de son estrade et je l'immobilisais au sol en pointant mon épée sur son cou. Sauron me regarda d'un drôle d'air et me dit :
- Tu m'as fait croire ça pour pouvoir m'approcher et me tuer. Fais-le si tu veux. Moi, j'ai abandonné ma femme et je le regrette aujourd'hui.
Il jouait sa vie à ce moment-là. Pour lui, il avait une chance infime que son agresseur soit sa femme abandonnée. Coup de bol pour lui, c'était le cas. Je me figeais sur place. Elrond avait raison : j'étais incapable de l'assassiner. Il se mit à rire et me dit :
- En tant que femme elfe, tu es évidemment incapable de résister à mon charme. Je m'en doutais.
Je lâchais mon épée et me mis à pleurer. Sauron en profita pour me plaquer au sol. Il ramassa son épée et la pointa sur mon cou. Il me dit :
- Avant que je ne te tue, je souhaite voir ton visage.
- Non !
Il m'arracha mon voile et me reconnut enfin.
- Sulring ? fit-il avec une petite voix.
Je lui jetai un regard suppliant et il n'eut pas non plus le coeur à me pourfendre. Il m'aida à me lever et les fils d'Elrond entrèrent. L'un d'eux me dit :
- Vous nous avez trahis et vous en mourrez.
- Je n'ai pas pu le tuer, pardonnez-moi.
- Quittez ma tour et vous aurez la vie sauve, ordonna Sauron.
Ils s'exécutèrent : ils étaient quelque peu lâches. Sauron me serra dans ses bras et je pleurais contre lui. Il me dit :
- Pardonne-moi mon amour.
- C'est à toi de me pardonner.
Il m'embrassa longuement puis me dit :
- On repart à zéro ?
- On reste à zéro.
- Tu traduis ?
- On ne se fera plus jamais aucun mal.
Je commençais à en avoir assez qu'il me fasse subir les pires choses et qu'ensuite, il se jette dans mes bras et me supplie de le pardonner. Il n'y pouvait peut-être rien, mais il se devait de faire un effort et de me respecter un minimum.
Ce soir-là, il me porta jusqu'à mon lit vingt étages plus bas. Il m'y allongea et me dit :
- Au fait, qui avait donc envoyé ces deux types ?
- Elrond de Fondcombe.
- Ca ne m'étonne pas. Ce type veut ma peau depuis le début.
- Tu ne feras rien ?
- Non. Quand je serai maître du monde, même lui devra s'incliner devant moi.
- Sauron...
- Non, mais il est tard, faut pas m'en vouloir. Tu sais que je sais que jamais je ne deviendrai maître du monde.
- Non, je viens de l'apprendre.
- Dis donc, si tu viens de Fondcombe, tu dois être épuisée.
- Oui. Bien raisonné.
- Alors repose toi.
Il m'embrassa sur le front et prit congé.
Nous étions alors réconciliés mais cela ne dura pas.
Deux jours plus tard, Sauron m'autorisa à voir en avant-première dans son Palantir la finale Mordor - Gondor devant les murs de Minas Tirith. Il (Sauron, pas le Palantir) avait enfin pigé que je savais m'en servir sans risquer de le balancer d'en haut de Barad-dûr. Grave erreur : cela engendra la pire scène de ménage que nous ayons eue.
Je vis donc les horreurs qui allaient se dérouler dans la cité blanche. Je n'en croyais pas mes yeux. C'était abominable. Comment pouvait-on en arriver là ? Les armées du Mordor bombardaient Minas Tirith avec les têtes des prisonniers venus essayer de reprendre Osgiliath, puis avec des boules enflammées - grenades antiques. Les armées brisaient la Grande Porte de Minas Tirith que nul ennemi n'avait jamais franchie. Elles entraient dans la ville, tuaient tout sur leur passage : les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards, les bébés, tout le monde. La vague des orques déferlait comme la peste, une terrible vision de fin du monde. Les Nazgûls, montés sur leurs formes indéterminées, empoignaient les soldats Gondoriens et les jetaient par-dessus la cité. Cependant, au matin, une lueur d'espoir apparut : les Rohirrims, pas rancuniers, venaient aider le Gondor. Mais les Hommes de l'Est rappliquaient sur leurs Oliphants et zigouillaient les Rohirrims par dizaines. Enfin, l'armée des Morts-Vivants, menée par Aragorn, le descendant d'Isildur débarrassait le sol du Gondor des armées de Sauron, tandis qu'aidée par Merry (alias Meriadoc Brandebouc, un hobbit, ami de Frodon), une certaine Eowyn, dame du Rohan, zigouillait le Roi-Sorcier, dont la monture avait failli bouffer son oncle, le Roi du Rohan. Mais malheureusement, le Roi du Rohan mourut lui aussi, de même pour des milliers d'innocents civils Gondoriens.
Fin de la retransmission. J'avais les larmes aux yeux : en ramenant Sauron, c'était moi qui allais indirectement provoquer ce carnage. Là, Sauron, l'air de rien, débarqua.
- Alors, la bataille te plaît, chérie ?
- Sale con ! Je n'en peux plus ! J'en ai assez de vivre avec un tyran sanguinaire qui s'est fait chourer son anneau !
- C'est de moi dont tu parles ?
- D'après toi ? J'en connais beaucoup, des tyrans sanguinaires qui se sont fait chourer leurs anneaux ?
- Ben il y a Melkor...
- Pôv'nouille !
- Spaghetti !
- Tortellini !
- Coquillette !
- Tagliatelle !
- Euh, je ne m'y connais pas en pâtes.
- Melkor n'a jamais eu...
- Bon, ça va. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- J'ai vu dans ce foutu Palantir les horreurs que TON armée va faire à Minas Tirith !
- Ce n'est pas de ma faute. Plains-toi au Roi-Sorcier !
- Il est sous tes ordres, le Roi-Sorcier ! Il est incapable de décider quoi que ce soit par lui-même ! Et puis j'en ai marre. Tu as tort, le tort tue, et moi, je divorce !
- T'aurais pu attendre notre anniversaire de mariage quand même.
- C'est demain, j'ai pris de l'avance.
- NOOOON ! Je t'en prie ! Ne m'abandonne pas ! Tu es l'amour de ma vie !
- Tu parles ! Ton oeil ! En haut de ta foutue tour (et qui ne voit même pas tout) ! Tu es incapable d'aimer. L'amour de ta vie, c'est ton anneau, rien de plus !
- Mes deux anneaux, s'il te plaît...
- Sauron, TETE DE CON ! C'est fini entre nous, je me barre !
- Pour aller où ? Qui, en Terre du Milieu, voudra fréquenter l'ex de Sauron et la veuve de Melkor ? Sulring, réfléchis avant. Je suis fou de toi, tu le sais.
- Mes fesses, tiens. T'es fou de mes fesses. Je me tire à Minas Morgul.
- Mais qu'est-ce que tu vas y faire ?
- Voir mon psy ! Et puis ça ne regarde que moi !
- Le métro est en grève.
- Encore ! Purée, il m'emmerde, le ministre des transports ! M'en fous, j'irai à pied.
- En passant par Cirith Ungol ? Ne me fais pas rire. C'est trop dangereux pour toi.
- Non, dans le tunnel, avec les orques qui manifestent.
- Là aussi, c'est très dangereux. La meilleure solution est que tu restes ici, chérie.
- Dans ce cas-là, fais la paix.
- Alors là, rêve toujours. Va voir à Minas Morgul si j'y suis.
- Sombre crétin ! Tu m'as dit il y a deux minutes que le métro était en grève ! T'as Alzeimer ou quoi ?
- A mon âge, c'est probable. Mais je suis d'accord sur « sombre », mais pas sur « crétin ».
- Tu préférerais : « grand, beau, tendre et mystérieux seigneur ténébreux » ?
- Ben ouais.
- Aujourd'hui, je t'appelle sombre crétin sans te demander ton avis, voilà. Et puis, si tu ne fais pas la paix, je te détruis ton anneau.
- Celui qui est dans le coffre ?
- Ben oui ! L'autre, c'est Frodon Sacquet qui l'a.
- Ne me parle pas de ce maudit Sacquet !... Ah, il s'appelle Frodon ?... Mais de toute façon, tu ne connais pas le code. Nananananère !
- M'en fous. Je jetterai le coffre dans la Montagne du Destin.
- Tu n'en serais pas capable. Tu m'aimes trop pour me faire un coup pareil.
- Ca reste à prouver, Sauron le détesté. C'est pas parce que je te laissais me sauter cinq fois par semaine que je t'aime.
- Tu as bien hésité l'autre jour quand tu t'es pointée avec les fils d'Elrond, je me trompe ? (je me tus) Et puis, si je meurs, tu meurs avec moi. Nos destins sont liés depuis trop longtemps.
- Je m'en fous. Je n'attends plus rien de la vie et je deviendrai la libératrice de la Terre du Milieu. Tu ne m'arrêteras pas.
- Ok, je vais faire la paix.
Mais il pensait : « non mais ça va pas ? J'ai une tête à faire la paix ? »
- Foutaises ! Tu promets la paix et c'est toujours la guerre !
- Parce que : « qui veut la paix prépare la guerre. Civis pacem para bellum ».
- Tu me GONFLES ! Et n'essaie pas de me taper dessus ou j'appelle SOS femmes battues.
- C'est quoi, c'te chose ?
- Une association créée par les femmes battues à Minas Tirith. Je l'ai conseillée aux concubines des Nazgûls.
- Ton association ne pourra pas me contrer. En tant que Seigneur officiel des Ténèbres, nul ne peut me contrer.
- Et Isildur qui t'a coupé la main ? Et la défaite du Gouffre de Helm ? Tout ça, c'est quoi ? De la gnognote ?
- Isildur, ça date pas d'hier et au Gouffre de Helm, c'était l'armée de Saroumane, pas la mienne.
- Tu n'as aucune conscience morale. Tu es pire que Melkor.
- QUOI ?
- Oui, pire que Melkor ! Tu agis exactement comme lui, sauf qu'il n'a jamais créé d'anneau de pouvoir ! Si tu savais ce que j'ai vu dans ce Palantir... C'était abominable, comme toi ! Comment peux-tu permettre ça ?
- Tous les coups sont permis à la guerre.
- C'est vraiment nécessaire toute cette violence ?
- Non, ça va...
- Grrrr... Et à quoi ça sert, la guerre ? Je te le demande, moi !
- A écouler les stocks d'orques de Melkor (histoire de les rentabiliser pour limiter les pertes financières).
- Pôv'naze !
- Gûl.
- Tais-toi ! Tu les as écoulés quand tu as construit Barad-dûr la première fois. Ca fait 5000 ans, alors va te faire embaumer chez les grecs à Minas Morgul !
- Il y a des grecs à Minas Morgul ?
- Oh, tu me... c'est cosmopolite, comme cité ! Mais on s'en fout. D'abord, tu les as renouvelés, tes stocks, depuis ce temps-là !
- Sulring, écoute-moi.
- Non ! Tu sais ce que j'aurais dû lui répondre, à notre curé à tête de hamster obsédé, le jour où on s'est mariés ? J'aurais dû lui répondre merde au lieu de oui. Voilà ! Et puis, je me tire maintenant ! Je ne veux plus jamais avoir affaire à toi.
- Où vas-tu ?
- Ca t'intéresse maintenant ? C'est nouveau... Je vais à Minas Morgul me faire les Neuf à la chaîne - premier arrivé, premier servi - ou en même temps. Ca me changera. (dans le même genre de décisions insensées, on trouvait aussi : je vais voler la déclaration d'indépendance)
- Bonne chance.
- Je finirai à l'asile, comme ça, je n'aurais plus à te supporter. Et si t'es pas content, va voir à Valinor si j'y suis pas. Ca fera des vacances à la Terre du Milieu. Et vive Frodon Sacquet !
Franchement furieux, Sauron me sauta dessus et me colla à son bureau, m'empêchant de bouger. Il me dit :
- Ne m'énerve pas, mon amour. Je peux devenir très violent.
- Je sais ! L'autre jour, tu m'as presque battue à mort en appliquant le Coran !
- Ne dis plus jamais « vive Frodon Sacquet », sinon...
- Sinon quoi ?
Il ne répondit pas. Il n'avait plus de menaces de réserve, en plus de me donner à bouffer à Arachné ou de m'envoyer comme duègne à Minas Morgul pour finir à l'asile après que les Neuf me soient passés dessus.
- Sinon, je te tue.
- Tu prétends m'aimer et tu me tuerais pour ça ?
Il doutait :
- Non.
- Lâche-moi !
- Non.
Je lui collais un coup de genou bien placé. Il lâcha prise.
- Aïe !
Je me dirigeais ensuite vers la porte et lui dis d'un air de défi :
- Vive Frodon Sacquet ! Et puis si tu veux tout savoir, OUI, je me suis fait Isildur pendant 4 ans ! Et il baise vachement mieux que toi !
Je sortis en trombe de son bureau et descendis jusqu'au métro. Il n'était plus en grève, c'était du bluff. Il avait été en grève la semaine dernière alors bon...
J'arrivais à Minas Morgul une journée plus tard. Ce métro était d'une lenteur... et sale, par dessus le marché, car emprunté majoritairement par des orques crasseux. Enfin, pour une fois qu'il marchait... Le n°1 était sur le quai à l'arrivée.
- Ah, lui dis-je. Sauron vous a appelé ?
- Non, je comptais aller rassembler les troupes, pourquoi ?
- J'ai à vous parler. Si on sortait de cette station ? C'est trop bruyant.
Il me conduisit dans ses appartements. Ceux-ci étaient magnifiques, du genre de la résidence de Sauron à Angband - pendant la belle époque où je pouvais encore le sentir. On trouvait une cheminée dans un coin avec un bon feu dedans, ce qui fait qu'on se les pelait moins que dans le reste de la ville.
- Alors, quel bon vent vous amène à Minas Morgul ?
- Je me suis engueulée avec Sauron. Je peux demander l'asile politique chez vous ?
- Bien sûr. Vous pourrez même être écoutée.
A le voir comme ça, je ne l'imaginais pas vraiment en train de précipiter des Gondoriens dans le vide ou en train de donner le Roi du Rohan à bouffer à sa monture.
- Racontez-moi tout, dit-il.
- Ah, vous êtes conseiller conjugal ?
- Non, je ne suis plus rien.
- Vous êtes plus important que le péquenot soldat orque de vos armées. Vous êtes le Seigneur des Nazgûls, quand même !
- Enlevez le « gûl », ça revient au même.
- Mumu ! Ne me faites pas une dépression comme le ciel de la nuit de la bataille du Gouffre de Helm : il tombait des cordes. Mumu, mon Nazgûl adoré, qu'est-ce qui vous arrive ?
- Je me demande quel est le sens de ma vie.
Je n'étais franchement pas aidée : entre Sauron qui s'apprêtait à faire un carnage à Minas Tirith et le Seigneur des Nazgûls qui me faisait une déprime en live...
- Ah. Si vous commencez à vous poser des questions métaphysiques, je ne pourrai pas vous aider. Ecoutez, il faut prendre la vie comme elle vient et ne pas se prendre la tête. Si je commençais à me poser des questions existentielles, je deviendrais folle. Vous me direz, je le suis déjà. D'ailleurs, je me demande ce que je pouvais bien trouver à cette tête de lard de Sauron le jour où je l'ai épousé.
- C'est par amour que vous l'avez épousé ? Si oui, vous êtes folle. Sauf votre respect, vous êtes timbrée, prête à poster (la poste, on a tous à y gagner).
- Je sais. Bon, parlez-moi de vous. Je ne veux pas parler de Sauron maintenant.
- J'ai un besoin vital d'amour.
- Mais je vous aime, moi !
- C'est vrai ?
- Mais oui. Sinon, c'est quoi qui vous tracasse, mon cher psy ? (histoire qu'on inverse les rôles pour une fois)
- Je vais aller à Minas Tirith et je ne veux pas y aller...
- Je vous interdis d'y aller !
- Votre cher et pas tendre époux m'a ordonné le contraire.
- Sauron n'a plus toute sa tête, il m'a délégué son autorité, mentis-je. Si vous allez à Minas Tirith, vous mourrez.
- Si vous craignez pour ma vie, je vous rassure : aucun homme ne peut me tuer. Et si je n'y vais pas, c'est Sauron qui me tue.
- Si vous y allez, c'est moi qui vous tue. Bon sang, faites l'amour, pas la guerre !
- Dites ça à Sauron.
- Ah. Vous voyez, il est d'accord pour faire l'amour, mais juste avec moi. Avec les autres, il fait la guerre. Il me saute trop souvent, j'en ai assez. C'est pour ça que je lui ai dit : je me barre à Minas Morgul, je vais me faire les Neuf, ça me changera. Ca vous branche ?
- Désolé, je ne suis pas intéressé. Le faire pour le faire, franchement...
- Ah.
- Pourquoi vous dites toujours « ah » ? Dites B, ça changera !
- Franchement, ça fait 1500 ans qu'on sort ensemble, je vous rappelle. Euh, avant, je peux vous emprunter votre cheminée ?
- Qu'est-ce que vous voulez en faire ?
- Une expérience.
J'enlevais mon anneau et le lançais dans le feu. Peu après je l'en sortis. Aucune écriture de quelque sorte que ce soit n'était apparue. Je dis :
- Sauron ne m'aime plus.
- Comment vous savez ça, vous ?
- S'il m'aimait, il y aurait écrit SMS sur mon anneau.
- Hein ????
- C'est une histoire compliquée.
- Ah. En tous cas, moi, personnellement, je vous aime...
Je passerai sous silence la nuit qui suivit. Au stade où j'en étais, je n'avais plus rien à perdre et je comptais aller me jeter dans la lave de la Montagne du Destin dans les jours à venir, histoire de quitter ce monde où il n'y avait plus d'espoir de liberté. Ma lâcheté m'en aura empêchée.
Le lendemain, le n°2 vint chercher le n°1 pour une dernière réunion syndicale des Neuf avant de partir pour Minas Tirith. Je fis un détour par le réservoir d'armées afin d'appeler les soldats à faire la grève, à défaut d'avoir pu convaincre les Nazgûls (enfin, le seigneur de ceux-ci). Je leur dis :
- Mordoriens ! Sommes-nous revenus au temps de Melkor à aller se battre et à mourir ? Et tout ça pour qui ? Pour Sauron ! Qu'il vienne et qu'il la fasse lui-même, cette guerre ! Chacun chez soi et les hippopotames seront bien gardés !
- Ouais c'est vrai, ça ! hurla le plus laid (le général, quoi : cochonou le bon saucisson comme on l'aime chez nous).
- Vous êtes qui, vous ? fit un orque laid (d'accord, c'est un pléonasme).
- Votre Reine. Ce qui signifie que vous me devez obéissance.
- Et les Neuf, alors ?
- Il n'ont pas plus envie d'aller à la bataille que vous. Camarades, faites la grève !
Ils auraient dû accepter. Ils étaient toujours partants pour faire la grève quand on leur demandait rien. Mais là, alors qu'on leur propose de la faire, ils ne veulent pas. Ils savent pas ce qu'ils veulent, ceux-là.
- Nous n'obéissons qu'à notre maître.
Sauron ne s'était pas seulement contenté de leur faire un lavage de cerveau, il leur avait fait une ablation de cerveau. Et dire que ces choses à qui je parlais étaient des Elfes avant.
- Votre maître a pété un câble ! Vous n'allez pas continuer à vous soumettre à la volonté d'un roi qui n'a plus toute sa tête ? Révoltez-vous contre les Neuf ! Ils vous oppressent ! Redevenez des orques libres ! Enragez-vous ! Camarades, on vous exploite, on vous crève à la tâche, et franchement... voilà.
- Ouais ! hurla un un peu moins laid (le colonel, quoi, avec une tête de mort sur sa propre tête, non moins laide).
- T'es ouf ou quoi ? fit un autre. Tu désobéirais au Maître ?
- Si vous allez à Minas Tirith, je largue une bombe atomique sur Minas Morgul : elle détruira tout, y compris vous.
C'était du bluff, je ne savais pas fabriquer une telle bombe. Toujours est-il que les orques m'ont crue. S'ensuivit ensuite un tonnerre d'applaudissements et des « vive la paix ! » de partout. Ils se mirent à chanter l'internationale. (co-co les orques ? du tout...)
Satisfaite, je retournais l'air de rien, chez le n°1. Celui-ci revint, bien sapé et prêt au combat : une image de sa grandeur oubliée à l'époque révolue où il était roi.
Mais la crainte des Neuf fut plus forte que ma pseudo-menace de bombe atomique. Le n°1 appela ses soldats au combat et sur les 500 000 soldats, il n'y en eut que 3 qui osèrent s'opposer à ses ordres. Ces trois-là étaient désormais destinés à finir à Cirith Ungol comme ration journalière d'Arachné. Quant aux autres, ils étaient destinés à se faire zigouiller à Minas Tirith. Et la crainte de Sauron eut raison du peu de conscience morale qui restait chez les Neuf. Seul l'un d'entre eux, le n°6, resta à Minas Morgul. Il prétendait déprimer. Il faisait grève aussi... Enfin, c'était aussi pour avoir le harem à lui tout seul (81 gonzesses pour lui tout seul, c'est le paradis, c'est ce qui est promis aux terroristes kamikazes d'Al-Qaida, sauf qu'il n'y en a que 70. La place de la femme reste à revoir dans certaines cultures...).
Le n°1, quant à lui, vint, l'air de rien, me dire adieu. Il voulait aussi que je lui souhaite bonne chance. Je lui collai une baffe en disant :
- Roi-Sorcier, vous me gonflez, pour ne pas dire autre chose.
- Qu'est ce qui vous prend ? me fit-il. Qu'est-ce que je vous ai fait ?
- D'abord vous m'avez sautée, et ensuite, vous m'avez désobéi. Je vous avais dit de ne pas aller là-bas.
- Je n'avais pas le choix.
- On peut toujours faire un choix !
- Pas ici. C'est mon destin d'y aller.
- On peut se forger soi-même un destin.
On était pas sur Gaïa où c'était Dunkirk qui décidait tout avec sa machine barbare.
- Vous croyez ça, vous ? Le mien a basculé dès le jour où j'ai reçu un anneau de pouvoir.
- N°1, si vous m'aimez vraiment, obéissez-moi.
- Je ne peux pas. Sinon il se rendrait compte de la chose et nous tuerait tous les deux.
Je n'avais plus aucun argument à lui fournir. Il avait partiellement raison. De toute façon, comme tout le monde, il acceptait son sort sans broncher. Dans ce pays, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.
- Alors je vous dis adieu maintenant. Je me tire.
Je partis chercher mes filles qui dormaient - à croire qu'elles passaient leur temps à dormir - et m'apprêtais à sortir de la cité, en les tenant chacune par une main. N°1 me suivit pour essayer de me raisonner :
- Vous ne pouvez pas tout quitter comme ça ! Vous êtes malade ! Et où irez-vous ?
- Chez ma soeur. Plus rien ne me rattache ici. J'élèverai mes filles là-bas. Je reviendrai chercher Guenièvre pour qu'elle ait enfin la vie qu'elle mérite. Que vous le vouliez ou non.
- Ma reine, je ne veux que votre bonheur.
- Je sais, admis-je.
- Pourquoi tu t'en vas, maman ? On est bien ici, me dit Narya.
- Je vous emmène loin d'ici, loin de la guerre et du désespoir. Vous aurez enfin la vie que vous méritez.
- Si Sauron réussit, plus aucun endroit ne sera sûr, me dit n°1. Tout sera détruit.
- Il échouera.
- Comment pouvez-vous en être aussi sûre ?
- Contre le monde entier, il ne peut y avoir de victoire. Et puis l'Anneau Unique sera détruit par Frodon Sacquet.
Je réalisais mon erreur. J'avais tout avoué. Si n°1 en parlait, ce serait la fin de tout. Je le suppliais de ne rien dire.
- Je ne dirai rien. Cette fois, je vous obéirai. Le monde sera sauvé grâce à ce petit homme. En tous cas, je ne l'empêcherai pas de mener à bien sa quête.
Il me serra une dernière fois dans ses bras. La terre se mit à trembler. Une colonne de lumière verte apparut à nouveau de nulle part et mes filles furent aspirées vers le haut. Je me précipitais à l'endroit où elle commençait, espérant ainsi quitter ce monde avec elles. Mais rien n'y fit. Elles seules avaient le droit à une nouvelle vie. Je restais les pieds collés au sol tandis que ce gigantesque aspirateur emportait mes filles bien-aimées sur Gaïa, car c'était là que menait ce portail étrange. Je me demandais ce qu'elles allaient bien pouvoir y faire.
La lumière s'éteignit et me m'écroulais sur le sol. N°1 me serra à nouveau dans ses bras en essayant de me consoler :
- Sans doute était-ce leur destin de partir et le vôtre de rester.
- Sans doute oui.
- Ne pleurez pas. Elles vivront heureuses là-bas.
Il ne semblait pas des masses convaincu. Une voix nous tira de notre réflexion. C'était Cochonou, l'orque boiteux trop laid. Il dit à n°1 :
- Nous devons y aller, Monseigneur.
N°1 soupira mais partit quand même avec ses troupes, l'armée des moches. J'avais l'impression que le monde s'écroulait autour de moi. Je glandais quelques jours dans cette cité morte, pour la bonne et simple raison que je ne voulais pas retourner à Barad-dûr (Sauron à supporter 24h/24 et 3000 marches à monter, non merci).
Je repartis vers Barad-dûr en métro. Je voyage dura une bonne journée. Le métro était actionné manuellement par les orques et à ce moment-là, les trois quarts étaient en pause déjeuner (lentilles lardons pour les gradés, lentilles nature pour les autres) ou en pleine guerre civile. Enfin bon, un orque a 2 de QI, on ne peut rien y faire.
Je dormais à moitié jusqu'à ce que la voix mélodieuse (ça change) et préenregistrée de Sauron ne me réveille : « Ici Barad-dûr, terminus. Tous les voyageurs sont priés de descendre du métro. Correspondance vers la Porte Noire pas encore construite. Merci de votre compréhension. »
Je me tapais l'incruste chez le lieutenant de la tour et discutais avec lui. Ca avait été un mec il fut un temps, mais Sauron lui avait tellement lavé le cerveau (avec du Destop, produit nettoyant et décapant) qu'il en avait oublié son propre nom ; on ne l'appelait plus que Bouche de Sauron. Et là, il ressemblait plus ou moins à une momie et pensait vraiment comme son maître. En gros, c'était un bel (enfin, façon de parler) enfoiré. Il me dit :
- Ah ma Reine, vous êtes revenue.
- Ben ouais, pourquoi ?
- Sauron a besoin de vous, il a perdu à Minas Tirith.
- Ah, c'est nouveau, il a besoin de moi... il a perdu à Minas Tirith, c'est bien fait pour lui.
- Qu'est-ce qui s'est passé entre vous ?
- Il m'a juste remplacée par un anneau qu'il a été infoutu de garder. En plus c'est un macho insupportable de mauvaise foi et qui ronfle.
- J'entends ça, quelquefois. (sachant que le type est 1km plus bas, imaginez le volume sonore de Sauron qui ronfle...)
- Bref, je ne le porte plus dans mon coeur.
Soudain, il fit une drôle de tête.
- Ben quoi, c'est quoi le problème ?
- Sauron m'appelle. Il paraît qu'il faut que j'aille à la Porte Noire.
- Qu'est-ce que vous allez foutre à la Porte Noire ?
- Négocier avec les envahisseurs. Ce sont Gandalf, Aragorn...
- Ah ? Aragorn le beau gosse ?
- Possible. Je ne sais pas ce qu'ils viennent foutre ici. Vous voulez venir ?
- Bah ouais, pourquoi pas.
Il m'emmena à la Porte sur son cheval qui ressemblait à une momie de cheval.
- Qui veut négocier avec moi ? dit l'homme le plus con du Mordor. Ou du moins, qui est assez intelligent pour pouvoir me comprendre ? Pas toi, fit-il en regardant Aragorn, il en faut plus pour faire un roi.
Il envoya à Gandalf la cotte de Frodon. Pippin blêmit. Le lieutenant se mit à pouffer de rire.
- Vous le connaissez ? Bah tant mieux. Il est prisonnier à Barad-dûr. Franchement, vous êtes cons d'avoir envoyé un espion de la Comté. C'est où d'abord, ce pays de nains ? qu'il me demanda.
- Au Nord, il paraît. Et il paraît que c'est très joli, comme coin.
Apparemment, je n'arrivais pas à faire de la pub. L'autre couillon à tête de momie poursuivit :
- Peut-être qu'il devait accomplir une mission top secrète. Pas de bol, elle a échoué. Et il sera torturé pendant des siècles dans la Grande Tour, parce que Sauron n'aime pas les espions. A moins que vous n'acceptiez les conditions de mon maître.
- Quelles sont-elles ? demanda Gandalf.
- Les terres à l'est de l'Anduin seront à Sauron pour l'éternité. A l'ouest, elles appartiendront au Mordor mais les hommes dirigeront eux-mêmes leurs affaires.
- Bref, vous voudriez que la Terre du Milieu appartienne à Sauron.
- Oui (avec décodeur, c'est ça), et l'Isengard à moi.
- Bien, dit Gandalf. Et qu'est-ce qui nous garantit que ce prisonnier sera libéré ?
- Ben, rien. Ca dépendra de l'humeur de mon maître.
- Vous les prenez pour des débiles ? lui demandais-je.
- Non, je fais comme il a dit, Lui. (Sauron, quoi)
- Il ne faut jamais faire comme il a dit Lui. Il faut faire comme j'ai dit Moi !
- Mais vous n'avez rien dit...
- Je le sous-entends : arrêter de faire chier le monde !
- J'ai comme l'impression qu'on se fout de notre gueule, là... dit Aragorn à lui-même.
- D'accord. Allez vous faire voir, Sauron et vous, lui lança Gangan.
- Ben voilà, je vous l'avais dit, ajoutais-je.
Le type fit demi-tour et nous ramena en grognant vers Barad-dûr. Et les orques à la con (et pas en grève) se déversèrent sur les armées des hommes de l'ouest. Là, Aragorn fit son discours de dernière minute :
- Fils du Gondor et du Rohan, mes frères ! Je lis dans vos yeux la même peur qui pourrait saisir mon coeur. Un jour peut venir où le courage des hommes faillira, où nous abandonnerons nos amis et briserons tout lien. Mais ce jour n'est pas arrivé. Ce sera l'heure des loups et des boucliers fracassés. Mais ce jour n'est pas arrivé. Aujourd'hui, nous combattrons. Pour tout ce qui vous est cher sur cette bonne terre, je vous ordonne de tenir, hommes de l'ouest !
En plus d'être beau gosse, ce type était beau parleur, rien à voir avec Isi (pil) son idiot d'ancêtre... Bon, ok, je suis méchante avec lui. C'est quand même lui qui a mis Sauron HS pendant 1500 ans. Et il a fallu que je le remette en service... Je suis une nouille.
Le phare de Barad-dûr (et pas d'Alexandrie) se fixa sur eux. Des nuées d'orques les assaillirent. Les pauvres humains se battaient, de différentes nations, tous s'unissant pour la même cause : la libération du monde. J'atteignais le bas de la tour, l'air exaspéré, me disant « et merde, encore 3000 marches à me taper ».
Je suis montée en haut et j'ai trouvé Sauron là où je l'avais laissé : dans son bureau. Il méditait sur ce que je lui avais dit, à savoir : « vive Frodon Sacquet » (alias Sacquet gueule de raie). Il se jeta dans mes bras et me serra fort contre lui.
- Sacquet l'a détruit. Je te prie de me... commença-t-il.
- Ca va, j'ai compris. Je te pardonne. (ai-je le choix ?)
Je connaissais la rengaine. Il faisait des bêtises puis me suppliait de le pardonner. Le problème est qu'il recommençait à faire ces mêmes bêtises peu après. Mais bon, à son âge, je n'allais pas le changer.
- Active le programme « effondrement de la tour », dit-il après.
- Pourquoi ?
- Je veux que tout le monde croie que je suis mort. Dépêche-toi.
Je m'exécutais. Il tomba à genoux, sans doute affaibli par la destruction d'un des deux anneaux. Je retournais vers lui et le serrais contre mon coeur. Nous sommes restés ainsi jusqu'à ce que la tour ait fini de s'écrouler. Le sol autour de la tour et de la montagne s'effondra sur lui-même, ouvrant un gouffre infini jusqu'à la Porte Noire. Celle-ci bascula. Seul le sol sous les pieds d'Aragorn Elessar et ses troupes resta en place. La Montagne du Destin explosa et un torrent de lave en jaillit. Je me demandais sur le coup ce qu'étaient devenus Frodon et Sam. Quelques aigles nous survolèrent et loin et se posèrent sur un rocher au milieu du torrent de lave se déversant sur les flancs de la montagne. Gandalf le Blanc conduisait ces aigles. Ils allèrent récupérer Frodon et Sam pour les ramener vers les ruines de la Porte Noire où leurs amis les attendaient.
Je sortis la tête des décombres et dégageais mon cher et tendre époux. Il semblait endormi. Comme il était beau… je me demandais pourquoi je l'aimais tant alors. Je supposais qu'il se trouvait dans le même état que quelques milliers d'années plus tôt, quand je l'avais retrouvé. Son esprit était parti mais son corps était toujours là. J'espérais alors que s'il se réveillait, il aurait compris la leçon et n'essaierait plus jamais de gouverner le monde. L'espoir faisait vivre. Je posais mes lèvres sur les siennes et attendais. (non, non, c'est pas du tout répétitif, ma vie...)
Il se réveilla tout de même, en différé comme la dernière fois, et me sourit. Puis il me serra fort contre lui et attendit qu'on vienne nous chercher. Ce qui ne tarda pas. Un des Nazgûls envoyé à la montagne peu avant vint se poser sur les ruines de Barad-dûr. Je montais sur sa FI. Sauron fit de même. Il emporta sa pierre de vision perdue qui avait survécu à la chute. On nous emmena à Minas Morgul retrouver le reste des Huit : le Roi-Sorcier s'était fait zigouiller. Paix à son âme. Je le lui avais bien dit, pourtant, mais cette tête de lard ne voulait rien savoir.
Sur le trajet, Sauron avoua enfin qu'il avait eu tort. C'était un fait unique dans l'histoire de la Terre du Milieu.
C'est ainsi que se termina le Troisième Age du monde.
