Chapitre trois : Abandon
« - Nous allons partir Bella »
Hola ! Temps mort ! Je ne comprenais plus là.... Ou du moins, je ne tentais pas de comprendre… En effet, les paroles qu'Alice venait de prononcer impliquaient trop de conséquences déplaisantes pour moi…. Mais malgré mes efforts, la terrible vérité se fraya doucement- presque insidieusement- un chemin jusqu'à mon esprit. Je me tournais vivement vers Edward, afin de guetter une quelconque dénégation.
-Comment ?
Ma gorge était tellement nouée d'anxiété que ma voix en fut réduite à un murmure à peine audible. Pourtant, j'étais sûre qu'ils m'avaient tous parfaitement entendu. Je vis, alors, Edward faire un signe de tête discret en direction de sa famille. Une seconde plus tard, le salon était vide, comme si nous n'avions jamais été que nous deux.
- Où sont-ils tous passé ?
Ah ! J'avais finalement retrouvé un semblant de voix. C'était déjà ça : j'allais pouvoir argumenter contre ce départ incongru !
- Ils sont partis préparer leurs affaires pour le voyage, me répondit Edward tranquillement
Je remarquai que ce dernier évitait soigneusement mon regard ; grand bien lui fasse ! Je pouvais tout aussi bien parler comme ça.
-Ok ! Et si tu m'expliquais un peu plus en quoi consiste ce… voyage ? , fis-je hésitante
Quelque chose dans ma voix avait du l'alarmer, car il se retourna en un éclair. Il scruta mon visage et une expression horrifiée se peignit peu à peu sur ses traits. Je me demandais vaguement de quoi j'avais l'air. Mais, honnêtement, c'était le cadet de mes soucis.
- Je suis désolé, Bella ! Je ne saurai pas faire autrement ! Il faut que nous partions ! Nous devons prévenir les autres vampires de cette attaque massive et nous préparer à riposter !
Je manquais de m'étouffer: ces imbéciles ne comptaient pas se battre, de surcroît ?!
- Vous battre ? Mais ils sont tellement plus nombreux que vous !
- Si nous arrivons à rassembler assez de monde, il n'y aura aucun problème.
- Justement…. Vous ne pouvez pas laissez quelqu'un d'autre s'en occuper ?
- Et rester terré jusqu'à ce que tout soit fini ?!
- Oui, répondis-je farouchement
J'étais prête à tout pour les savoir en sécurité… Tant pis si, pour la cause, ils devaient laisser un peu de leur dignité sur le banc de touche ! Je m'inquiétais moi !
-Bella essaye de comprendre…
- Je peux vous accompagner ? , quémandais –je soudainement en changeant de tactique.
- Tu n'es pas sérieuse là ; j'espère ! , s'écria-t-il. Je tiens à te tenir en vie ! Cette entreprise est beaucoup trop dangereuse pour que je puisse te laisser venir avec…
- Mais je vais faire quoi, moi ?
Mes yeux commençaient à se faire brûlants de larmes… Les traits de mon adonis se déformèrent encore plus, sous l'effet de mes pleurs… Les vannes étaient ouvertes et je n'arrivais plus à les arrêter. S'en fut trop : il m'attira à lui et me berça comme un bébé, durant de longues minutes. Je me calmais peu à peu…
-Bella, mon amour, ma vie ! Je suis désolé ! Ne pleure plus ; je t'en supplie !!! , répétait-il inlassablement.
Quant à moi, je m'accrochais à lui, comme un naufragé à une bouée de secours. Sa chemise était d'ailleurs trempée de mes pleurnicheries.
- Ne me laisse pas..., murmurais-je entre deux sanglots.
- Je serais de retour dans un mois, deux tout au plus. Je te le promets !
Après plusieurs autres objections, je finis par me résigner à la fatalité ! Je tentais de me rassurer en me disant que un ou deux mois ce n'était pas si long, après tout !
- Quel va être l'excuse fournie à la bonne peuplade de forks ? , finis-je par demander.
- Carlisle a accepté un poste provisoire à Boston pour une durée de deux mois ouvrables.
- Vous avez vraiment pensé à tout… Comme toujours.
- Allez Bella, s'il te plait ! Fait moi un sourire. , me supplia-t*il
- Tu me jures de revenir le plus vite possible ?
- Sur ta vie ! Et tu sais à quel point j'y tiens !
- Vous partez quand, demandais-je sans me dérider face à sa tentative de me détendre.
- Demain, juste après t'avoir déposée au collège…
Si tôt ?! Je ne m'attendais pas à un départ si rapide… Je me disais que l'on aurait quand même quelques jours pour profiter l'un de l'autre… En même temps, c'était logique : ils n'avaient que trois jours ; c'était le délais laissé par la bande de fous…
Je me rendis subitement compte que ma souffrance n'était rien comparée à celle que mon petit ami éprouvait. Il ne supportait pas de me faire souffrir ; et moi comme une idiote je lui étalais toute ma peine sous le nez, au lieu de le soutenir. A ce moment précis, je décidai de prendre sur moi jusqu'à son départ… Mes larmes pouvaient bien attendre un jour de plus !
J'inspirai un grand coup.
-Bon, ok ! Mais je veux ta parole que dés que tu auras mis une bonne raclée à ces imbéciles tu reviendras !
Il me scruta, quelque peu étonné par ce revirement de situation…. Son front d'albâtre se plissa sous l'agacement de ne pouvoir suivre les chemins douteux de mon esprit… Je souris en moi-même : il n'était pas prêt de savoir à quoi je pensais !
- Tu es sûre que ça va ? , demanda-t-il
Il restait sur ces gardes. Décidément, ce bougre me connaissait trop bien ! Il savait que je lui cachais ma peine…
-Mais oui ! Si tu me dis que vous reviendrez saints et saufs, toi et ta famille ; je te fais confiance !
Je lui fis le plus beau sourire que j'avais en réserve dans ce genre de situations… Pitoyable, le sourire… Mais il ne dit rien. Il a du penser que je vais bien finir par de nouveau éclater à un moment ou à un autre d'ici demain matin ; il lui suffisait juste d'attendre.
Le bruit strident de la pendule sonnant midi me fit sursauter. J'avais l'air d'une bombe à retardement… Il fallait que je m'éclipse avant de vraiment recommencer à exploser…
- OH ! Il est déjà midi ? ! , m'écriais-je. Il faut absolument que je rentre, car j'ai promis à Charlie de lui préparer un souper de roi pour mon dernier jour de congé ! Je compte lui mitonner ma spécialité. Mais ce plat nécessite des heures de cuissons !
- D'accord, je te raccompagne !
- Non, répondis-je un peu trop brusquement. Si Charlie te voit, ça va être ma fête… N'oublie pas qu'il ignore encore ton retour ! , argumentais-je pour me rattraper. Viens plutôt ce soir après le souper. Tu lui feras croire à un retour un peu prématuré en raison de la proposition d'emplois à Boston faite à Carlisle.
- Si tu crois que c'est mieux ainsi, soupira-t-il.
- Oui c'est mieux…, répondis-je sur le même ton.
L'idée de perdre quelques heures en sa compagnie, alors qu'il nous en restait si peu, me déchirait en deux. Lui aussi, je vis que mes excuses idiotes le faisaient souffrir… Mais, c'était mieux ainsi, car la peine qu'il aurait ressentie en me voyant pleurer aurait été mille fois plus grande que celle qui je lui infligeais maintenant.
Après avoir fait mes adieux à toute la famille, je me dirigeais accompagnée d'Edward vers mon antique Chevrolet. Ce dernier m'embrassa une dernière fois en me promettant de me retrouver plus tard dans la soirée. Je démarra et parti aussi vite que ma voiture me le permettait…. Je pouvais, enfin, laisser libre court à mes larmes… Oh ! Non ! Zut ! Il me suivait, afin de s'assurer que j'allais bien ! L'imbécile, trop inquiet ! Bon, ce n'était pas la mer à boire ; encore quelques minutes à tenir, puis ce serait fini !
Une fois que je fus chez moi et certaine qu'Edward était partit, je me laissa allée à pleurer. A pleurer sur mon sort… Je pensais aux Cullens qui avaient l'air beaucoup plus inquiets de mon état que de leur propre problème- qui pourtant était de taille. Des milliers de questions m'assaillirent l'esprit : « Quand les reverrais-je ? Reviendront-ils tous saints et saufs ?.... » La petite Alice m'avait l'air si fragile… Quant à Esmé, si maternelle, je ne la voyais vraiment pas se battre ! Sans parler de Carlisle le pacifiste…. Emmet, Jasper… Même Rose ! Et Edward… Oh Edward ! Je ne supporterais pas de le perdre ! J'en suis incapable !
J'ignore combien de temps, je restai là assise à pleurer. Mais je finis par me lever. Il fallait sauver les apparences ! Charlie n'allait plus tarder ; et je n'avais même pas commencé à cuisiner. Après une brève toilette pour me rendre plus présentable, je me dirigeais en direction de la cuisine, tel un robot sans vie ni volonté.
Les évènements qui se passèrent ensuite demeurent vagues dans ma mémoire… Le retour de Charlie, le repas, l'arrivé d'Edward, l'excuse fournie à mon père, la nuit mouvementée passée dans les bras de mon apollon… Tout cela baigne dans une brume épaisse de mon cerveau. La seule chose que je sais, c'est que le matin arriva beaucoup trop vite à mon goût !
Comme prévu, Edward « passa me prendre » pour m'amener à l'école. Charlie lui souhaita bon amusement à Boston avec toute sa famille et se montra désireux de les voir tous revenir à Forks le plus vite possible. Le trajet jusqu'au bahut passa à une vitesse encore plus ahurissante que la nuit passée. Edward se gara sur le parking et se pencha vers moi.
-Tu vas tellement me manquer, me dit-il.
J'inspirai le plus possible…. Que son haleine glacée sentait délicieusement bon !
- Toi aussi, plus que tu ne le crois ! , marmottais-je en rougissant de la proximité.
Il m'embrassa, tout à coup, avec passion. Je n'étais pas habituée à ce qu'il baisse à tel point sa garde. Mais bon, je décidai de profiter de cette opportunité et me laissa toute allée au baisé. Ce baisé aurait aussi bien pu duré quelque instants que des heures, tellement il était parfait. Malheureusement, la sonnerie nous rappela à l'ordre.
- Non…, gémis-je haletante
- Il le faut mon amour…
- Je ne veux pas ! Je ne peux pas !
- S'il te plait ! N'oublie pas que je t'ai fait la promesse de revenir. Et je tiens toujours mes promesses !
La sonnerie retentit de plus belle, comme pour couper dans l'œuf la moindre autre protestation de ma part. Fichue cloche ! Je te déteste !
Après quelques baisers rapides et aussi beaucoup de protestation venant de la sonnette, je sortis de la voiture. Il redémarra en trombe et partit le plus vite possible. Il ne voulait pas prolonger les adieux qui étaient tout aussi pénibles pour lui que pour moi. Une fois la Volvo grise hors de vue, les larmes coulèrent de nouveau lentement sur mes joues rosies par la fièvre qui commençait à pointer le bout de son nez.
Je me dirigeais, alors, vers l'infirmerie… Les cours pouvaient bien attendre. Et les questions – qui ne manqueraient pas de fuser- sur l'absence de ma deuxième famille aussi…
