Chapitre 4 :
C'était certainement le jour le plus froid de l'année. La neige était tombée depuis plusieurs semaines sans interruption, recouvrant tous les trottoirs, tous les jardins, chaque centimètre carré de la ville de Lima. Le paysage était blanc mais cette nuit la neige avait cessé de tomber. La lune éclairait d'une lueur bleutée la neige entrain de geler, lui faisant apparaitre de petits diamants brillant. C'était calme. Chaque bruit était étouffé par l'immense couverture neigeuse.
Personne ne se serait risqué à sortir, la température battait des records négatifs. Et pourtant, allongés dans l'herbe, des yeux verts fixaient le ciel dénudé de ses nuages. Les étoiles brillaient par milliers, reflétant le sol perlé d'argent. Elle était allongée là depuis un peu moins d'une heure, immobile, écoutant le silence. Mais, si quelqu'un était passé à côté de la haie du jardin de la famille Fabray, on aurait pu entendre des sanglots étouffés.
Quinn étais frigorifiée, les joues rouges, les lèvres bleues. Mais elle n'avait perdu en rien sa beauté. Malgré les yeux rougis, malgré les traces de mascara sur les joues. Malgré ses mains tremblantes. Elle restait tout de même absolument magnifique.
En ce 24 décembre, on pouvait apercevoir, à travers les fins rideaux qui recouvraient de l'intérieur les fenêtres des maisons de ce quartier huppé de la lumière. Dans toutes les maisons, sans exceptions. Chaque famille vivait un moment de bonheur et de partage.
Cette pensée la fit sangloter à nouveau. Les mensonges. Elle savait que toutes ces familles riches qui composaient son voisinage étaient tous tachés par le mensonge. Toutes ces personnes ne juraient que par l'apparence, par la richesse et les valeurs qui leur semblaient respectables aux yeux des autres. Elle savait pertinemment que Santana, sa plus proche amie passait un réveillon de noël beaucoup plus joyeux et beaucoup moins hypocrite que le sien. Et pourtant elle vivait dans Lima Heights Adjacent. La banlieue moins populaire de Lima.
La blonde devinait sa mère en train de préparer un diner qui ne sera pas assez parfait aux yeux de son mari alors qu'elle y travaille depuis son levé. Et son père, il était surement assis sur son fauteuil, devant la cheminée, un cigare à la main, surveillant l'heure du diner.
Cette année, personne n'étais de visite. Ils fêteraient noël à trois. D'habitude, ils avaient la joie de recevoir toute leur famille à diner, mais pas cette année. Ils n'avaient pas fait le déplacement.
Quinn respira quelques instants calmement, les yeux toujours fixés sur la plus brillante des étoiles. Elle constata que son chagrin s'était un peu calmé même si elle ressentait toujours que son cœur pesait beaucoup trop lourd. Elle ne comprenait pas ce sentiment. Les larmes ne coulaient plus mais le poids dans son estomac et son envie de vomir n'avaient pas diminué en intensité. Son chagrin était toujours là au fond d'elle, et il était de plus en plus difficile de le cacher. Et de l'expliquer.
Sa mère l'appela du perron pour qu'elle rentre, de peur qu'elle tombe malade. Quinn se releva, sans un mot. Elle essuya son visage et constata qu'un vent glacial lui caressa la nuque, soulevant ses cheveux. La main sur la poignée de la porte close devant elle, elle remit son masque de petite fille parfaite. Quelques secondes plus tard et entra dans la maison et alla embrasser son père. Il ne daigna pas lever les yeux de son journal. La blonde souri à sa mère qui préparait la table de noël pour le repas et elle monta les escaliers. A l'étage, elle passa devant une porte, toujours close et s'arrêta devant l'inscription en couleur. Des lettres étaient accrochées sur la porte, avec de formes enfantines et deux traces de minuscules mains étaient peintes sur une feuille en dessous. « Eva »
Quinn posa sa main sur l'une des deux empreintes et soupira. Sa main était maintenant une main d'adulte par rapports à celles de l'enfant. Elle baissa les yeux et avança jusqu'à sa chambre et s'assit sur son lit. Elle semblait complètement sonnée.
Comme si son cerveau s'était mis en pause. Cela faisait une semaine qu'elle était en vacances, de sa deuxième année de lycée. La première partie de l'année, s'était bien passée. Elle y songea quelques instants. Elle sortait avec le Quaterback, était capitaine des Cheerleadeurs, chantait au Glee Club. Elle était la fille la plus populaire, ce qui lui autorisait tous les droits. Elle était la reine du lycée et pourtant elle se sentait toujours aussi seule et encore plus hypocrite qu'avant.
Elle avait l'impression que jamais elle ne pourrait à nouveau être elle-même. Jamais elle ne pourrait retrouver cette jolie et gentille blonde qu'elle était au jardin d'enfant. Jamais elle ne pourrait à nouveau rire avec innocence, simplement parce que la vie est belle. Jamais elle ne trouverait plus la vie belle.
Le corps de Quinn s'affaissa de tout son long sur le lit et elle fixa le plafond, les jambes ballantes.
Elle pensa à Santana. Elle se surprit à sourire. Elle avait deviné ses sentiments pour Brittany depuis leur première rencontre. Et aujourd'hui, elles passaient noël ensemble, en tant qu'amies certes –Parce que Santana ne s'avouera jamais ses propres sentiments à l'égard de la danseuse- mais elles passaient noël ensemble. Et finalement, c'était ça qui était important.
Elle pensa à Finn. Il passait noël avec la famille de sa mère.
Elle pensa à Rachel, qui passait surement noël avec ses deux papas. Enfaite, elle n'en avait aucune idée, puisque Quinn ne lui parlait que pour l'humilier.
« Berry, on t'a déjà dit que tu t'habillais comme une grand-mère ? Et encore, ma grand-mère a beaucoup plus de sex appeal que toi ! »
« Berry, c'est à cause de ton gros nez que tu m'as pas vue dans le couloir et que tu t'es permise de me bousculer ? »
Quinn tournait les pires phrases qu'elle lui avait adressées dans sa tête. Les pires insultes. Les pires fois ou elle l'avait humiliée publiquement. Les slushies. Les bousculades. Les regards noirs.
Les mains de Quinn agrippèrent ses cheveux dans un geste de rage. Pourquoi faisait-elle tout ça ? Parce que Finn s'intéressait à Rachel ? Ou parce que Rachel s'intéressait à Finn ?
Le visage apparaissait clairement face aux yeux clos de Quinn. Elle tentait de lui chercher les pires défauts pour lui en vouloir. Pour se justifier. Mais rien ne la justifiais et au fond d'elle, elle savait pourquoi. Cela lui avait pris des semaines pour se l'avouer et maintenant, rien que cette pensée la mettait dans une rage folle.
Rachel l'attirait. C'était indéniable. Et rien ne pouvais changer cela, alors elle s'escrimait à rendre sa vie en véritable cauchemar pour pouvoir repousser cette pensée au plus profond d'elle-même.
Voilà une semaine que Quinn n'avait vu personne d'autre à part ses parents. Elle n'avait pas le droit de sortir pendant les vacances pour voir ces « voyous des bas quartiers ». Parce que Quinn était « une fille respectable ». Les larmes recommençaient à couler sur son doux visage tordu par la colère et la rage. Pourquoi était-elle comme ça ? Pourquoi devait-elle supporter ce péché qui l'empêchait d'avancer tellement Rachel hantait ses pensées. Tellement elle rapportait tout à la jeune chanteuse ?
Le regard de Quinn se posa sur le crucifix accroché au-dessus de son lit. En dessous de la croix, elle fixa pendant quelques secondes une photo. Sur cette photo, deux petites filles blondes souriaient dans un parc de jeux. Deux petites filles blondes heureuses d'être ensemble.
Quinn fronça les sourcils et s'accroupit devant son lit. A genoux, les coudes sur la couverture parfaitement bordée, elle pria. Sa voix, à peine audible, débita tous les vers de la bible que son père lui avait fait apprendre par cœur. Et pendant une heure durant, jusqu'à l'heure du diner, elle pria pour redevenir une jeune fille normale. Une jeune fille donc ses parents pourraient être fiers. Une jeune fille heureuse sans ce péché qui la rongeait.
Quinn se tenait sur la balancelle de la terrasse, une cigarette entre les doigts, refoulant tant bien que mal les souvenirs qui refaisait surface de temps à autre. Elle fixait ses amis qui se chamaillaient dans la mer en face d'elle, quelques mètres plus loin. Puck était arrivé il y a quelques heures et était allé se coucher, fatigué par les longues heures passés sur la route.
« - Tiens, Shelby me l'a envoyée il a une semaine. »
Ce dernier c'était assis à côté d'elle, en short. Il s'adossa complétement sur la balancelle et la fit bouger, ce qui agaça Quinn. Elle tenait à sa solitude. Elle tenait à préserver son espace vital. Personne ne pourrait plus percer sa carapace à nouveau. C'était terminé.
Elle baissa les yeux sur la photo. On y voyait une petite fille blonde jouer sur un cheval à bascule. Les yeux verts de l'enfant fixaient l'objectif de l'appareil et on pouvait y distinguer une grande joie. Ses yeux brillaient.
Ceux de Quinn devinrent brumeux et elle refixa son attention sur la mer. Le temps avait tourné à l'orageux en début d'après-midi et elle constata qu'il reflétait exactement son état.
Puck lui tendit à nouveau la photo, pour lui donner. Il se doutait que la blonde n'allait pas bien. Il s'approcha un peu plus d'elle.
« - Q, si tu as besoin de parler, je suis là. »
Elle tourna la tête vers lui et leurs regards se croisèrent. Elle ne tentait même plus de cacher son mal être.
« - Prend-la. Beth est magnifique dessus, elle te ressemble tellement. »
Le jeune homme tendit à nouveau la photo. Quinn se leva doucement et écrasa sa cigarette lentement dans le cendrier, expirant la dernière bouffée de fumée qui avait occupé ses poumons. Elle fixa à nouveau la mer alors que Puck tentait de comprendre celle qui fut son amante pendant longtemps. Celle qu'il avait aimée. La seule qu'il avait vraiment aimée.
« - Garde la Puck. Je n'en ai pas besoin. »
Elle se retourna vers lui, le regardant avec un visage sans aucune expression. Pas de rage, pas d'amertume, pas de joie, pas de tristesse.
Un visage fermé, comme si rien ne pouvais l'atteindre. Il se leva et posa la photo délicatement devant le cendrier à quelques centimètres d'elle. Il restait immobile, tandis que la jeune femme resserra la robe de chambre qu'elle portait et s'avança vers l'intérieur de la maison. Il la fixa silencieusement en train de passer la porte vitrée et disparaitre dans la villa silencieuse.
Le jeune homme soupira et reporta son regard vers le cendrier. La photo n'était plus là. Il se surprit à sourire inconsciemment.
