Bonjour, Bonsoir à tous/toutes !

Et voici le chapitre 3 de "Son monde à lui" !

Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre cette fiction, alors rien que pour ça, un grand merci !

Merci à Vyersdra, Virtual Hug, Sei4, AngelWinchester44, Miyuzuki, Archess84, Shirayuki Yukine, Mira2a, super mocchi, Sazawen et Kitsumy pour vos reviews et vos encouragements ! !
Merci à ceux qui follow ou mettent à favoris mon histoire !
Merci aussi à ceux qui passent par là et qui s'intéressent à l'histoire, même s'ils ne se manifestent pas !

Je tenais à remercier très fort ma béta lectrice ! Sans elle, je publierai des torchons...

Donc sans plus attendre, le Chapitre 3 !

Bonne lecture !


GUEST :

Miyuzuki : Merci pour ta review et pour tes encouragements !
Aomine est mon personnage préféré, donc ça me fait vraiment plaisir que tu me dises que je maîtrise bien sa personnalité !
Merci de m'avoir prévenue pour les fautes, j'ai renvoyé mon le second chapitre à ma béta, qui a re-corrigé. Donc, normalement, ça devrait être mieux !
A la prochaine et bonne lecture !


~CHAPITRE 3 ~


Je le savais que j'allais le regretter. Les yeux embués de larmes, la main devant la bouche, j'ai arrêté de compter le nombre de bâillements que j'ai lâché depuis que je suis debout. Après avoir reçu le message de Ryouta hier soir, j'ai eu du mal à m'endormir. Trop de choses que je n'arrivais pas à me sortir de la tête. Et l'idée que je faisais peut-être toutes ces recherches pour rien.

Je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à me vider l'esprit, comme d'habitude. Ryouta revient inévitablement envahir mes pensées. J'ai cette sensation que je peux vivre quelque chose d'incroyable avec lui et que je n'ai pas le droit de passer à côté. J'ai la sensation qu'il va changer de façon irrémédiable tout ce que j'ai pris comme acquis au cours de ma vie. Je ne saurais pas l'expliquer si on me le demandait. Et quelque part, je n'ai pas envie de l'expliquer à qui que ce soit. J'ai envie de garder ça pour moi, comme un éventuel secret, un accord tacite entre lui et moi.

Alors quand ma mère m'a vu descendre l'escalier ce matin, avec une tête à faire peur et qu'elle m'a demandé une explication sur mon état, je n'ai rien trouvé à lui dire. Je ne voulais pas lui dire. Je voulais garder mes trouvailles pour moi et je ne voulais surtout pas qu'elle s'inquiète. C'est tellement rare que je m'intéresse à quelque chose ou à un quelqu'un, alors j'aurais eu le droit à un interrogatoire en règle. Et ça, ça ne m'intéresse pas, parce que je n'ai pas envie de donner des explications. Je n'en ai pas.

Perdu dans mes pensées (c'est de plus en plus courant en ce moment, ça devient inquiétant), je ne vois qu'à la dernière seconde Satsu foncer sur moi pour m'interroger sur mon silence de ce week-end, j'imagine.

- Dai-chan ! Tu ne m'as pas répondu de tout le week-end ! J'étais inquiète ! Tu exagères, idiot ! Je voulais qu'on aille se promener et faire les magasins, mais tu n'as même pas daigné me donner un signe de vie !

- Désolé Satsu, j'étais occupé.

- Occupé ? Qu'est- ce que tu as fais ? Tu es allé voir Tetsu-kun, j'en suis sûre !

Non, pas vraiment, non. Pourquoi j'ai dit ça moi ? Curieuse comme elle est, elle ne va pas me lâcher avant de connaître toute l'histoire ! Qu'est-ce que je serai aller faire avec Tetsu en plus ? Je vais pas te le voler ton copain…

- Non j'étais pas avec Tetsu.

J'insiste bien sur tous les mots pour lui faire comprendre que ce n'est pas le moment, je ne suis pas d'humeur. Mais la connaissant, elle ne va pas laisser tomber comme ça.

Il faut que je me casse avant qu'elle n'insiste trop. Je veux pas lui en parler. Je veux pas... elle ne comprendra pas. Moi-même je ne comprends pas. Je la connais, elle voudra me donner son avis sur la situation et je sais que ça ne me plaira pas.

Je me retourne et commence à partir, mais c'est sans compter sur la miss aux cheveux roses qui me tient par l'uniforme et essaye de m'arrêter.

- Non non Dai-chan, tu ne partiras pas comme ça ! Tu as déjà loupé l'entraînement de vendredi, tu vas venir avec moi ! L'entraînement du matin se termine dans 20 minutes, tu pourrais au moins faire acte de présence ! Puis qu'est-ce que tu as fais ce week end, tu as l'air épuisé ! Tu as couru après des jolies filles et tu veux pas m'en parler ? ça te gène ?

- Tu racontes n'importe quoi Satsu. Ce que j'ai fait ce week-end ne te regarde pas. Maintenant si tu veux bien me lâcher, je viendrais pas à l'entraînement, et tu peux déjà préméditer ma non-venue ce soir aussi.

Ceux qui passent dans ce couloir à ce moment pourront voir un mec traîner une nana qui s'accroche à sa veste en lui hurlant de s'arrêter. Ce que je ne fais pas d'ailleurs. Elle n'a vraiment aucune honte ou ça se passe comment ?

- Arrête ça Satsu, tout le monde nous regarde, tu te rends ridicule !

- Je m'en fiche complètement ! C'est toi qui est ridicule ! Arrête de faire ta tête de con et viens avec moi !

- Je t'ai dit non.

Bordel, si c'était pas mon amie d'enfance et une fille de surcroît, elle se serait déjà mangée ma main dans sa gueule. Voyant que je n'étais pas prêt à capituler, elle me lâche, pose ses deux poings sur ses hanches et fait la moue.

"J'ai trop l'habitude Satsu, c'est pas en faisant ton air grognon que je vais te céder quoi que ce soit."

Je me pose en face d'elle, les mains dans les poches, le regard blasé. On se fixe du regard. J'ai plus qu'à attendre quelques seconde avant qu'elle…

- Très bien ! Fais ce que tu veux ! Mon seigneur peut bien faire ce qu'il veut ! Mais saches que je n'essaierais même pas de te couvrir devant le reste de l'équipe.

Elle le fera quand même. Je le sais. Je lui tourne rapidement le dos en haussant les épaules. En partant, je lui lance un dernier signe de main sans m'arrêter pour autant.

- Bye Satsu !

Je la vois d'ici taper du pied et partir furibonde. Tant pis, une prochaine fois je me ferai pardonner. Peut-être. Je me dirige vers le toit, pour récupérer ma nuit de sommeil.

Allongé sur le toit, je repense à ce qu'il s'est passé en seulement un week-end. Je ne peux rien faire d'autre de toute façon... La sonnerie retentie, je me bouge tout de même pour aller en cours. Ça me changera sans doute les idées, au lieu de tourner les mêmes pensées en boucle.

La journée passe lentement, très lentement. Les cours n'arrivent même pas à me divertir. Je passe le plus clair de mon temps à regarder par la fenêtre. Lorsque j'entends la dernière sonnerie de cours de la journée, qui laisse place aux clubs, je me dépêche de déguerpir de la salle et même, du lycée. Satsu à beau dire, je sais bien qu'elle tentera de me convaincre de venir au club. Mais il est encore tôt, alors je me dirige vers mon terrain, une idée bien claire en tête. Arrivé, je pousse le portail et regarde qui est sur le terrain.

En me voyant, il arrête de dribbler et me lance un sourire comme je n'en ai jamais vu sur personne. Je dénoue ma cravate, jette mes affaires près du banc et le rejoins pour passer du temps avec lui.

- Salut Ryouta…

- Dai-i-ki !


2 mois. Ça fait deux mois depuis les derniers événements. Ryouta et moi, on se retrouve souvent sur le terrain où on s'est rencontré. Mon terrain est devenu notre terrain. Sa présence ne me dérange jamais. Parfois on fait une activité ensemble. Des fois, il s'installe près des lignes et me regarde jouer. Quelque part, j'aime beaucoup le regard qu'il me porte à chaque fois que je fais quelque chose qui lui paraît incroyable. C'est plaisant.

Il y a des fois aussi où il fait ses trucs dans son coin. Je garde un œil sur lui au cas où, mais il reste juste un peu à l'écart à observer quelque chose, à penser, ou à s'amuser avec ce qu'il trouve. Dans ces moments là, je le laisse faire, je sais que quand il en aura assez, il reviendra vers moi pour avoir mon attention.

Je me suis de plus en plus habitué à être avec lui. Sa différence ne me dérange plus, ne me surprend plus. J'ai passé tellement de temps à l'observer que je connais toutes ses mimiques et tous ses tocs par cœur. Je sais quand ça ne va pas, je sais deviner ce qu'il veut au bon moment... J'ai appris à le connaître et à réagir en conséquence. Je ne regrette rien. Lui aussi a appris à me connaître, à sa façon. Je n'ai pas besoin de jouer un rôle, je ne veux pas garder mon air blasé et supérieur devant lui. Il n'a pas à subir mes états d'âmes.

On communique aussi beaucoup par téléphone. Au début, il avait un peu de mal à utiliser son portable et il n'osait pas trop m'appeler. Alors, il m'envoyait des sms. Je prenais un temps fou à les déchiffrer des fois, mais maintenant, ça va mieux. Je me souviens de la fois où, prise de conscience, je me suis rendu compte qu'il savait lire et écrire. C'est bête, mais je ne me suis pas fais la réflexion avant. Et pour l'aider à s'améliorer, on a passé du temps sur le terrain pour que je lui explique comment fonctionne son téléphone, comment s'écrivent certains mots... Des fois, j'emmène un livre et on fait la lecture ensemble. Ça peut paraître stupide, mais ça l'aide dans son élocution et dans son écriture.

Maintenant, je reçois fréquemment des messages de lui, à toute heure de la journée. Ce qui me vaut souvent des regards curieux de la part de ma mère et de Satsuki. Mais je ne suis toujours pas décidé à leur en parler, c'est mon secret à moi.

Je peux passer des soirées avec lui au téléphone. Des fois on ne se dit rien du tout, on fait nos trucs, chacun de notre côté, tout en écoutant la respiration de l'autre. Je crois que quelque part ça le rassure, il se sent moins seul chez lui et moi ça ne me dérange pas, même si c'est régulier.

J'ai continué mes recherches aussi. J'ai pu découvrir que Ryouta était à un stade de sa maladie où il ne peut que faire des progrès. Ça m'encourage à lui apprendre des nouvelles pratiques, de nouveaux mots, de nouvelles choses. Il est très curieux, donc c'est toujours amusant de lui apprendre des trucs. Mais j'essaye de ne pas aller trop vite et d'aller à son rythme. Il ne faut pas que je le brusque ou que je le déstabilise. Il a son environnement, ses habitudes, et il ne faut pas que je change ça trop rapidement, au risque qu'il fasse une crise. Une fois, il en a fait une devant moi, et ça ne ressemblait en rien à ce que j'avais déjà vu. Il était à genoux par terre les deux mains sur la tête, pleurait et criait qu'il ne voulait pas. Je n'ai pas su comment réagir sur le moment, j'ai paniqué. Puis je me suis souvenu de certains articles que j'avais lu, qui disaient qu'il ne fallait pas céder et laisser faire, qu'il allait se calmer tout seul. Alors je me suis assis devant lui et j'ai attendu. Au bout d'un moment, voyant que je ne réagissais pas, il s'est calmé et m'a demandé le ballon. Il est parti un peu dans son coin et est revenu, comme si de rien n'était, en me demandant pardon. J'ai pas pu lui en vouloir, mais j'ai compris qu'il fallait que je fasse attention à ce que je faisais. D'un point de vue extérieur, peut-être que j'avais l'air de gérer la situation, mais... pas du tout. Une fois que je me suis retrouvé seul, j'ai perdu mes moyens et j'ai paniqué. Plus jamais ça, je me le suis promis.

Parfois, lors de nos rencontres, il va s'asseoir directement en plein milieu du terrain. Dans ces moment là, je sais qu'il veut discuter avec moi. De tout de rien. Des fois je lui raconte simplement ma journée et il se plaît à m'écouter parler, puis à d'autre moment, on discute d'un sujet qu'on a choisi ensemble. Il a fait d'énormes progrès depuis qu'on se connaît. Il butte moins sur les mots, il a toujours des difficultés à s'exprimer, mais je vois une nette amélioration. Je sais qu'il ne pourra jamais être comme moi, mais je pense qu'il peut s'améliorer, devenir autonome et pouvoir avoir une discussion normale. J'ai aucun doute là-dessus.

J'ai aussi appris à avoir une discussion avec lui. Parce que ça a été difficile pour lui, mais également pour moi. Je ne suis pas quelqu'un de très éloquent et j'ai dû apprendre à lui expliquer les choses, à parler simplement sans utiliser des expressions trop compliquées pour lui. J'ai dû apprendre à décrypter ce qu'il voulait dire parfois. Aujourd'hui, je m'en sors plutôt bien, il n'a plus besoin de se vexer quand je ne comprends pas.

A plusieurs reprises, nous avons pu avoir des discussions sérieuses. Nous avons pu parler de nos familles respectives par exemple. Et rien que d'y repenser, ça me fait sourire.

Flash Back

Nous étions tous les deux au centre du terrain. Face à face, les jambes écartées, nous faisions rouler la balle l'un vers l'autre chacun notre tour. Ça me rappelle quand j'étais gamin, mais ça à l'air de l'aider à rester concentrer sur la conversation. Donc on continue. Même s'il garde ses tocs. Il a tendance à tapoter deux fois la balle avant de me la renvoyer, mais je ne lui dis rien.

- Dai-i-ki ?

- Ouais ?

- Tu as une maman ?

- Oui.

- Elle fait quoi ?

- Elle est infirmière. Elle travaille à l'hôpital dans le centre de Tokyo.

- Tu as un papa ? - Reprend-t-il, comme s'il n'avait pas réellement écouté ma réponse.

- Ouais, mais il est parti.

Il me regarde quelques secondes fixement, tape deux fois sur le ballon puis me le renvoie.

- Parti où ?

- Je ne sais pas.

- Pour-quoi ?

- Je ne sais pas non plus Ryou... C'était y'a longtemps maintenant.

- Tu es triste ?

- Non pas spécialement…

- Il est parti... il t'aimait... pas ?

C'est à mon tour de le fixer, décontenancé. On ne m'a jamais posé la question. On ne m'a jamais parlé aussi franchement de ma situation tout court. Et je ne peux pas m'empêcher d'avoir un fou rire. Parce que c'est Ryouta. Parce qu'il est franc. Parce qu'il dit ce qu'il pense. Et j'adore ça.

- C'est pas ri-go-lo.

- Désolé Ryouta... -J'essaye de me calmer, mais en vain...- C'est juste que... Tu es le seul à me parler aussi facilement. Aussi franchement. Et je ne m'y attendais pas. Mais ça ne me dérange pas au contraire. Pour te répondre, je ne sais pas si mon père m'aime ou non. Il n'a jamais essayé de me voir ou de me parler.

- Le téléphone ?

- Non il n'a jamais essayé de me parler au téléphone non plus.

- Oh... Moi, mes parents... m'aiment pas- dit-il en détachant bien tous les mots.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Ils s'occu-pent pas de moi. Nani non plus.

Ah, Nani. Autrement dit, Nanami, sa grande sœur. Que je ne peux toujours pas encadrer d'ailleurs.

- Et ça te rend triste Ryou ?

- Oui... non... Je suis pas... Plus tout seul !

- Ah ?

- Dai-i-ki !

Fin du Flash Back.

Comment voulez-vous que je ne fonde pas devant lui ? ... Avec son sourire lumineux et les mots qu'il prononce, je me sens sombrer... Trop mignon. Ouais, ça aussi ça à changer. J'ai appris à m'y faire, à ces pensées qui me bousillaient le cerveau avant, et que je refusais complètement d'accepter. Ryouta est adorable, et aujourd'hui, je ne peux plus le nier. Il me donne l'impression que j'ai rendu sa vie plus belle, et je ne peux que lui rendre. Lui-même me le rend bien... C'est pas de l'attirance, je ne pense pas, mais je ne peux pas nier que je suis très attaché à lui.

Au-delà de la famille, nous avons eu d'autres sujets de conversation, où parfois, je ne savais pas vraiment quoi lui répondre.

Flash Back

- Dai-k-i ?!

Ça fait quelque temps qu'il essaye de marquer des paniers. Sous mes conseils, il s'améliore petit à petit. Dans le sens, où aujourd'hui, il n'envoie plus le ballon de l'autre côté du terrain en espérant un tour de magie. Il vise l'arceau au moins ! C'est dans cette situation qu'il commence à me poser des questions dont je me doutais pas du tout des répercutions à ce moment là.

- Tu as une... une…

- Une ?

- Femme !

Une femme ? Oh non, il veut me poser des questions sur ma vie sentimentale. Il va être déçu. Je sais que je suis beau, tout ça, mais je suis nul dans les relations humaines. Sauf avec lui. Et mes relations amoureuses se limitent au basket. C'est le vide intersidérale !

- Non Ryou, j'ai pas de femme ou de copine.

- Pas une amou-reuse ?

- Non.

Il a l'air de réfléchir à ce que je lui ai dit. C'est si important que ça ? Il tourne deux fois le ballon dans un sens, puis deux fois dans l'autre puis continue.

- Un am-oureux ?

Là je manque de m'étouffer avec ma propre salive... Il arrête de viser le panier pour venir me taper dans le dos... trop aimable.

- Euh... non Ryouta, j'ai pas... d'amoureux.

- Oh…

Il voulait me faire faire un crise cardiaque en fait ? J'aime son franc parlé, mais là, j'ai pas forcément envie de m'avancer sur la base des relations humaines avec lui. Trop compliqué, même-moi je n'y comprends rien. Il sens qu'il a fait une bêtise. Ce n'en est pas vraiment une, mais ça ne l'empêche pas de se mordre l'index. J'ai compris depuis un moment que c'est une façon pour lui de "se punir". Comme il est encore à côté de moi, je lui prends le poignet délicatement et tourne le sujet vers lui pour qu'il se re-concentre.

- Et toi Ryouta ?

- Moi ?

- Tu as une amoureuse ?

- ...Nooon. -fait-il en rigolant.

Je reprends une respiration normale. Pourquoi je me sens essoufflé ? Me dites pas que j'ai retenu mon souffle en attendant sa réponse ?! Je deviens de plus en plus bizarre.

- Je suis gogole.

- Non Ryou, tu n'es pas gogole.

- Si. tout le monde veut pas... d'un go-gole.

Je déteste quand il dit ça. J'ai l'impression de me prendre un baffe à chaque fois qu'il le dit. Il ne mérite pas qu'on lui dise ça et j'essaye par tous le moyens de lui enlever cette idée de la tête. Je comprends que c'est dur pour lui, surtout si Germaine lui a répété toute sa vie. Ouais Germaine, c'est le surnom affectif que je donne à sa sœur. Je le regarde. Deux fois en avant, deux fois en arrière.

- Tu veux dire que pour toi, personne ne peut être amoureux de toi ?

- Oui. Non. ….

-…

- Je suis...

- Tu n'es pas gogole, arrête de dire ça. Ce n'est pas parce que tu as un handicap que tu trouveras pas une amoureuse.

- Je veux pas.

Euh…

-Tu ne veux pas quoi ? Avoir une copine ?

- Non.

- Pourquoi ?

-…

Je sens les problèmes arriver. S'il ne me répond pas, c'est pas bon. Pas bon du tout. Il faut que je reprenne les reines de la conversation.

- Tu ne veux pas me dire ?

- Je peux pas dire.

Tiens c'est nouveau ça. Jamais il n'a refusé de me dire quelque chose. Ça peut arriver qu'il coupe la conversation brusquement, parce qu'il en a assez et qu'il fatigue. Dans ces cas là, je ne le force jamais. Mais là, ça n'a rien à voir. Il ne veut PAS me dire.

- Même à moi ?

- Non. Nani dit que... Je suis pas... Pas normal.

Encore Germaine. J'ai pour valeur de ne jamais frapper une fille, c'est dans mon éducation. Mais alors elle qu'est-ce que j'ai envie de la…

- Ta sœur dit n'importe quoi et tu le sais.

- Je peux pas dire.

- D'accord, alors je ne te demanderai plus, d'accord ?

- Hum…

Fin du flash back

Et il a recommencé à jouer comme si de rien n'était. Mais je voyais bien qu'il y avait un truc qui n'allait pas. Même si ça m'intrigue, je n'ai jamais fait en sorte de remettre le sujet sur le tapis. Ça le bouleverse trop je pense. Après ça on n'a plus vraiment parler, je pense qu'on avait dépasser son quota pour la journée. Mais à cause de ça, j'ai commencé à me poser beaucoup de questions sur moi-même. Je me suis jamais posé la question avant, parce que pour moi c'était évident que si j'étais avec quelqu'un, ça serait avec une fille. Mais … « Un amoureux... ». Pourquoi ça ne me répugne pas tant que ça ?

- Dai-i-ki !

Je reprends conscience de se qui se passe autour de moi. Je suis assis sur le terrain et je fixais un point vide. Ryouta est à genoux à côté de moi et me regarde avec un air inquiet.

Je lui souris et lui dis de ne pas s'inquiéter, que je réfléchissais. Comme lui quand il est dans son monde. Il me sourit à son tour et je prends appuie sur le sol pour pouvoir me relever. Je suis à peine sur mes deux jambes que je sens deux bras m'encercler et un corps se coller contre le mien.

Ouais, encore une chose qui a changé. Ryouta est devenu beaucoup plus tactile. Il adore les câlins et ne se prive pas pour m'en voler quelques uns. Au début ça a été assez gênant pour moi. On a eu une longue discussion pour que je puisse comprendre ce qu'il cherchait en faisant ça et s'il faisait ça à tout le monde. J'ai vite compris que c'était juste moi. Je pensais presque que c'était malsain et que ça allait finir par partir en couille. Mais je m'y suis habitué, comme le reste. Comme le fait qu'il peut mettre sa main sur mon bras pendant que je parle. Quand on discute, il peut s'asseoir dos à moi et poser sa tête sur mon épaule. Beaucoup de petites choses qui m'ont perturbées au début, mais auxquelles je suis très attaché aujourd'hui. Il ne fait jamais de choses déplacées comme je pouvais le penser au début.

Je ne prends même plus la peine de réfléchir pour l'entourer à mon tour et le serrer contre moi. Il pose son nez dans mon cou et on reste comme ça un petit moment, jusqu'à ce qu'il s'éloigne. Règle n°1, c'est toujours lui qui décide quand ça se termine. Il panique si je le retiens contre moi et ça lui fait peur si c'est moi qui arrête. De ce que j'ai compris il a peur de me déranger, ou que je le rejette. Et moi j'ai peur qu'il ne le fasse plus. Je suis persuadé d'avoir une relation privilégiée avec lui, et je ne veux pas gâcher ça. Alors je le laisse faire, à son rythme.

N'importe qui peut passer près du terrain dans ces moments là et ça ne m'étonnerait même pas de voir des regards choqués. Ça peut leur paraître bizarre de voir deux mecs enlacés comme ça. Mais je m'en fous, c'est Ryouta. Ils peuvent pas comprendre, et qu'est-ce que je m'en fiche de leur avis ! Ma mère m'a toujours dit de ne pas faire attention aux regards des autres, c'est "néfaste". Elle m'a aussi dit de ne jamais croire aux préjugés. Pour une fois, en plus de l'avoir écouté, j'applique ce qu'elle me dit. Si un jour je lui dis, je suis sûr que je pourrais lui demander n'importe quoi tellement elle sera fière de moi !

C'est vrai, je néglige le reste de ma vie sociale depuis que je connais Ryouta. Je pense que je n'ai jamais autant séché les entraînements de ma vie. Je ne parle presque plus à Satsu, sauf au lycée. Mon week-end, je le réserve à Ryouta. Il a pris une place énorme dans ma vie et je n'ai pas envie que ça change. Je me sens bien. Je m'en fiche de savoir s'il est doué au basket ou non. Je sais qu'il aime ça et lui apprendre à jouer me redonne goût à ce sport. Beaucoup ne comprendront pas le sens de ma relation avec Ryouta. Certains me diront même que c'est à sens unique, qu'à moi il ne m'apporte rien, mais c'est faux. Moi je le sais et c'est le principale.

Il s'appelle Ryouta. Kise Ryouta. Il a 16 ans, il est autiste et ... ouais je l'aime bien. Vraiment bien.