Chapitre 6 :

L'entrepôt qui leur servait de lieu de répétition avait des allures de tribunal. Ayako, Junko, Keiji et Misaki faisaient à un Akaba, debout et droit comme un I.

« Je ne peux pas dire que je ne m'y attendais pas, soupira-t-il. »

Et c'était bien ce qu'il y avait de plus triste cette histoire. Il n'y avait pas d'autres issues possibles. Et c'est ce qu'elle annonça à Akaba.

« On n'a pas le choix, on ne peut pas continuer ainsi, dit-elle. On joue sans guitare les trois-quarts du temps et toi, tu ne peux pas rester coincé entre les deux.

- Je sais, fit Akaba. Je comprends votre décision. Seulement, ça m'embête de laisser le groupe maintenant.

- Maintenant ou plus tard, ça revient au même, fit Keiji.

- Et puis ne crois pas que tu vas partir aussi facilement, renchérit Ayako. »

Akaba releva la tête, surpris.

« Tu quittes le groupe, d'accord, poursuivit Ayako. Mais avant, tu nous trouves ton remplaçant. »

Puis, se levant, elle prit la guitare d'Akaba et la lui montra.

« Ça, c'est ma garantie. Je la garde tant que le nouveau guitariste n'est pas là. Ça te va comme condition ? »

Akaba réfléchit, pesa le pour et le contre. Vu sous un certain angle, on pouvait penser qu'Ayako le retenait prisonnier. Seulement, il ne comprenait que trop bien ce que ses amis pouvaient ressentir. Tout recommencer lorsque l'on avait été au sommet était ce qu'il y avait de plus difficile.

« Très bien, dit-il. Je chercherai un nouveau guitariste. Et je le formerai s'il y a besoin. »

Il tendit la main et Ayako la serra pour sceller leur accord. Quelques minutes plus tard, la musique retentit dans l'entrepôt jusque tard dans la nuit.


Même des heures plus tard, cette conversation la poursuivait toujours. Ayako savait qu'ils avaient fait le bon choix en mettant Akaba à l'écart. Mais cela n'empêchait pas de la rendre triste. Akaba était son meilleur ami. Ils avaient monté le groupe ensemble, chercher les membres et fait leurs premiers concerts tous les deux. Et elle avait du mal à croire que dorénavant, il ne serait plus à ses côtés sur scène. C'était une page qui se tournait.

Les lumières de la ville se reflétaient dans le canal. Ayako marchait d'un pas lourd, sa guitare sur le dos. Elle était épuisée. Elle n'avait qu'une envie : rentrer chez elle et s'effondrer sur son lit et dormir jusqu'à midi. Mais elle savait que ça ne serait. Elle travaillait tôt demain, son patron comptait sur elle pour tenir la boutique pendant qu'il s'occupait du stock.

« Ayako-chan ! lança une voix. »

Elle se retourna et vit Kurita courir vers elle lui faisant de grands signes.

« Ah. Kurita ! s'écria-t-elle.

- Comment vas-tu ? lui demanda-t-il. Tu as travaillé tard aujourd'hui ?

- Ça va, ça va. Je suis juste un peu fatiguée. Je sors de répét' en fait.

- C'est vrai ? Alors tu as repris ton groupe !

- Ouais… On a repris y'a quelques mois. Ça se passe bien pour le moment. »

Kurita lui fit un grand sourire et les deux adolescents poursuivirent leur route.

« Ça faisait longtemps qu'on s'était pas vu, dit-il.

- Ouais, fit Ayako. Je suis désolée de pas être venue plus souvent te voir mais avec les problèmes de santé de papa et le boulot…

- T'en fais pas, je comprends. Ça a pas été évident pour toi et Musashi ces derniers mois.

- Ouais mais on remonte la pente. C'est comme vous. Le tournoi de Kantô, Kurita, vous y participez !

- J'y crois toujours pas ! C'est un rêve qui se réalise ! On a une chance d'accéder à la Christmas Bowl ! Quand je pense qu'au début on était que deux, et maintenant on a une vraie équipe et même Musashi est revenu ! Oh, tiens, met ça. »

Le joueur avait ôté sa veste d'uniforme en voyant Ayako frissonner et la posa sur ses épaules. Ayako sourit. Kurita était si gentil et si serviable ! C'était tout le contraire d'Hiruma. Ayako s'était souvent demandé comment ils pouvaient s'entendre aussi bien alors qu'ils étaient diamétralement opposés. La seule chose qui les reliait était cette passion pour le football américain. Et elle espérait fortement qu'ils parviendraient tous les deux à atteindre leur but.


« Il veut que quoi ? »

Quelques clients se tournèrent vers Ayako. Takeshi, le propriétaire de la boutique, arriva en trombe dans l'arrière-boutique.

« Ça va pas de crier comme ça ? s'écria-t-il. Et les clients alors ?

- Désolée, s'excusa-t-elle. Je suis au téléphone avec mon frère…

- Ouais bah va discuter plus loin ! Tu gênes ! »

Ayako hocha la tête et sortit dans la petite cour adjacente à l'arrière-boutique.

« Je me suis fait engueuler à cause de toi ! lança-t-elle. En tout cas, c'est non ! Je n'entrerais pas au lycée !

- C'est le vieux qui le demande, t'es obligée de t'y plier, rétorqua Musashi.

- Mais ça servirait à rien que j'entre au lycée maintenant ! J'ai loupé tout un semestre et ça ferait une dépense en plus dans le budget !

- Papa a mis de l'argent de côté pour ça et vu tes résultats au collège, tu rattraperas ton retard en un rien de temps si tu t'en donnes la peine.

- Je ne veux pas aller au lycée ! Est-ce que c'est clair ?

- T'as pas le choix, on a déjà pris rendez-vous pour l'examen d'entrée.

- Quoi ?

- Vendredi prochain à quinze heures. Sois à l'heure.

- Grand frère, toi et papa vous m'avez inscrite en douce.

- Sois honnête, t'aurais jamais accepté.

- Oui parce que je voulais pas ! C'est une bonne excuse, non ?

- Ayako, s'il te plait, essaye au moins. Ça te coûtera… »

Clic.

« …rien. »

Musashi posa son téléphone en soupirant. Il ne pouvait pas dire qu'il ne s'était pas attendu à cette réaction parce que ce n'était pas le cas. Ayako détestait par-dessus-tout que l'on agisse dans son dos. Mais c'était aussi une tête de mule qui refusait tout conseil un tant soit peu différent de ce qu'elle avait décidé à la base.

« Elle m'a raccroché au nez, dit-il en s'asseyant.

- Toujours aussi directe, ta frangine, lâcha Hiruma.

- Elle changera peut-être d'avis ? suggéra Kurita.

- Kurita, tu la connais. Elle changera jamais d'avis.

- Pourquoi est-ce qu'elle ne veut pas reprendre le lycée ? demanda Mamori. »

C'était après l'entraînement de l'après-midi. Dès leur arrivée au lycée le lundi matin, ils avaient été accueillis en héros. Sena, dont l'identité était désormais connue de tous, pouvait à peine faire un pas sans avoir des hordes de fans à ses trousses. Et bien entendu, Hiruma pouvait profiter de la nouvelle notoriété du lycée pour obtenir d'autres services auprès du principal. Tout le monde y avait gagné quelque chose !

« Elle n'est pas très école, expliqua Musashi. Elle est plutôt indépendante et autodidacte.

- Mais pourquoi est-ce que ton père veut qu'elle reprenne ? poursuivit la manager.

- Ce n'était pas prévu qu'elle arrête après le collège. C'est son accident qui a provoqué ça. Alors maintenant que les choses rentrent dans l'ordre, il veut qu'elle reprenne les cours. »

Après l'accident de leur père, Ayako avait décidé de renoncer au lycée pour travailler. Cela lui avait également permis de mettre de l'argent de côté pour financer l'activité de son groupe de musique. Elle avait pris de ce fait un certain goût à l'indépendance et visiblement, n'avait pas l'intention d'y renoncer.

« Ça va être au vieux de la convaincre, soupira Musashi.

- Heu… Ça se passera bien ? »

L'entêtement était un trait distinctif des Takekura. Kurita avait raison de s'inquiéter.

« Ayako ne s'opposera jamais au vieux, répondit Musashi. Y'a que lui qui peut la convaincre. »

Toutefois, Musashi songea qu'il valait mieux qu'il soit présent, histoire de tempérer la colère de sa sœur.


Le magasin ne désemplissait pas et les employés ne savaient plus où donner de la tête. Le soir était l'un des moments de la journée où il y avait le plus d'affluence. Le magasin se trouvait dans une rue marchande, à proximité de plusieurs écoles. L'heure de la sortie des cours était de ce fait un moment propice pour le chiffre d'affaire tout en étant redouté par les employés.

« Aya-chan, tu peux vérifier si on a reçu le dernier album de The Gazette ? lui demanda Eri.

- J'y vais ! intervint Takeshi. Aya-chan, reste à la caisse.

- Sans souci, fit la jeune fille. »

Elle n'avait pas arrêté depuis l'après-midi et ses pieds étaient douloureux et elle ne terminait que dans deux heures. Deux très longues heures de souffrance.

« 3500 yens, déclama-t-elle d'une voix las. Bonne fin de journée. La personne suivante, s'il vous plait… Oh, c'est toi.

- Pas très sympa d'accueillir ses clients comme ça, rétorqua Hiruma avec un grand sourire diabolique. »

D'ordinaire, Ayako était d'une amabilité exemplaire avec les clients sauf qu'Hiruma était loin d'être un client normal.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle.

- Je suis venu acheter ça, répondit le quarterback en posant un CD sur le comptoir.

- Les Rolling Stones ? Sérieux ? T'écoutes ça, toi ?

- Ça te surprend ?

- Comment dire… A part le foot américain et les petits secrets gênants des autres, on n'a pas l'impression que tu t'intéresses à grand-chose.

- Tout comme toi avec la musique.

- Dois-je comprendre que tu sais pour le lycée ?

- Ça te fout mal d'avoir été mis au pied du mur, hein ? »

Ayako le fusilla du regard. Hiruma lui faisait son regard qui lui donnait l'impression d'être passé sous un rayon X. C'était très désagréable comme sensation.

« Si on veut, reconnut-elle. Mais j'ai aussi mes raisons pour ne pas vouloir aller au lycée.

- Autres que ton groupe ?

- Un problème avec ça ?

- Non, aucun c'était juste une constatation.

- Aya-chan, qu'est-ce qui te prend de draguer maintenant ? Y'a des clients qui attendent ! tempêta Takeshi. »

Hiruma éclata de rire tandis qu'Ayako rougit. De colère ou de gêne, elle n'en savait rien, mais elle encaissa rapidement le CD d'Hiruma et le lui tendit furieusement en lui demandant expressément de partir. Et au diable l'amabilité !


Deux heures plus tard, Ayako finit enfin sa journée. Ses pieds et son dos la faisaient particulièrement souffrir et elle était si fatiguée qu'elle avait l'impression que son cerveau s'était liquéfié dans sa boite crânienne. Dans ce cas, il n'y avait qu'une seule chose qui pouvait l'aider à garder un tant soit peu de lucidité : écouter de la musique.

La musique commençait doucement, calmement et s'alliait parfaitement avec le décor : le canal au beau milieu de la nuit. Elle s'arrêta un moment pour observer.

Trees have dropped their leaves,

Clouds their waters

All this burden is killing me

Quelque chose perturba tout d'un coup cette vision digne d'un décor de cinéma : une silhouette allongée sur l'herbe et qui observait le ciel.

Distance is covering your way

Tears yours memory

All this beauty is killing me

Elle le rejoignit et s'assit à côté de lui. Il ne bougea pas d'un pouce et fit comme s'il n'avait pas remarqué sa présence. La chanson continuait à tourner.

Oh, do you care

I still feel for you

So aware,

What should be lost is there

Ayako finit par briser le silence qu'elle trouvait bien trop tendu.

« En fait, je pense que l'on peut dire que la musique est pour moi ce qu'est le football américain pour toi. »

I fear I will never find anyone

I know my greatest pain is yet to come

Will we find each other in the dark

My long lost love

« Ça, je le savais déjà fuckin'musicienne, répondit Hiruma. J'commence à te connaitre.

- C'est pour ça que je veux pas aller au lycée. J'en ai pas besoin. Je dois juste passer du temps avec mon groupe.

- Pourquoi tu me dis ça à moi ?

- J'en sais rien… »

Oh, do you care

I still feel for you

So aware,

What should be lost is there

La chanson tournait toujours. Une voiture passa derrière eux.

Safely away from the world

In a dream, timeless domain

A child, dreamed eyed

Mother's mirroir, father's pride

« À part ça, ça fait quoi de voir ton équipe au complet ? Et en plus avec le ticket pour le tournoi du Kantô.

-Y'a pas de raisons de se réjouir maintenant, fuckin'musicienne, répondit Hiruma. On était encore loin d'arriver à la Christmas Bowl.

- Ouais, ouais, tu dis ça parce que tu veux maintenir tes joueurs sous pression mais en fait, t'es super content. Moi aussi je commence à te connaître. »

I wish I could come back to you

Once again feel the rain

Falling inside me

Cleaning all that I've become

Hiruma fit une bulle avec son chewing-gum qui éclata Presque aussitôt. Cela avait quelque chose de particulier de se retrouver à discuter avec lui si simplement alors qu'ils ne s'étaient pas adressé la parole depuis plus d'un an.

My home is far but the rest it lies so close

With my long lost love under the black rose

You told I had the eyes of a wolf

Search them and find the beauty of the beast

« Tu sais que le lycée, ça serait un bon moyen de faire ta pub, finit-il par dire.

- Sans doute…

- Et malgré ça tu veux pas reprendre ?

- Je suis pas comme toi, je ne considère pas n'importe quel crétin comme un moyen d'atteindre mon but.

- Les crétins, c'est utile.

- Ouais mais dans mon milieu, ça serait un poids.

- T'as la trouille, fuckin'musicienne ? »

A saint blessed me, drank me deeply

Spitting out the misery in me

Still a sinner rapes 1000 saints

Sharing the same hell with me

« J'ai pas la trouille, crétin ! lâcha Ayako. De quoi j'aurai peur d'ailleurs ?

- D'un tas de choses.

- Quoi par exemple ?

- La fuckin'manager. »

Sous le coup, Ayako éclata de rire tellement l'idée lui paraissait ridicule.

Sanest choice in this insane world :

Beware the beast but enjoy the feast he offers

« Ta manager ? La rousse, là ? Tu délires !

- Elle est bien mieux que toi au même poste.

- Tant mieux pour elle et pour toi, mais je t'avais dit le départ que j'avais autre chose que ton équipe en tête. Donc si elle te convient, tant mieux ! Surtout qu'elle a l'air exactement comme tu les aimes : mignonne et manipulable à souhait.

- Ce serait pas de la colère par hasard que j'entends ? Avec une pointe de jalousie en plus.

Sanest choice in this insane world :

Beware the beast but enjoy the feast he offers

Ayako resta muette sans savoir si c'était à cause de la colère ou de la stupeur.

« On va dire les choses comme ça : je n'ai pas peur et je ne suis pas jalouse. Est-ce que c'est clair ? »

Hiruma ne répondit pas mais il lui lança une nouvelle fois ce regard si perçant qu'elle se sentit mise à nue. Furieuse contre lui et contre elle-même, elle se leva, enleva les brins d'herbes de son pantalon et s'en alla.

« C'était sympa de rediscuter avec toi ! lança-t-elle en s'éloignant. »

All of my songs can only be composed

Of the greatest of pains

Every single verse can only be born of the greatest of wishes

I wish I had one more night to live


Comme l'avait prédit Musashi, Ayako dû se plier à la volonté paternelle : elle allait commencer le lycée qu'elle le veuille ou non. Alors comme elle ne voulait pas perdre son énergie sur des devoirs ou des cours trop exigeant, elle choisit le lycée Deimon. Comme ils acceptaient n'importe qui, elle se dit qu'elle n'aurait pas de trop gros efforts à fournir pour avoir une bonne moyenne. Ayako avait certaines facilitées à l'école et elle en était heureuse car cela lui permettait de se consacrer à son groupe.

Il n'empêchait qu'elle n'aimait pas ça du tout ! Elle ne voulait pas aller au lycée, reprendre les cours et tout ce qui allait avec. Et pendant tout le trajet qui la menait au lycée, la petite voix dans sa tête lui répéta sans arrêt « pas envie, pas envie, pas envie. »

Et en plus, son frère lui avait demandé d'aller le retrouver au local de football américain ! Elle imaginait déjà la tête réjouie de crétin de démon.

« Pas envie, pas envie, pas envie. »

C'était l'humeur noire qu'elle arriva au lycée. Son attitude tranchait avec celle joyeuse des élèves quittant les cours avec la seule idée en tête de se détendre devant un milk-shake. Ayako se glissa discrètement dans la foule d'élève et pénétra dans la cour. Le terrain était occupé par l'équipe de baseball. Le tirage pour les phases finales du tournoi du Kantô était dans une dizaine de jour, les joueurs avaient le droit à quelques jours de vacances. Enfin, vacances dans le sens « Hirumien ».

Elle frappa à la porte du local et sans attendre la réponse, entra. Tous les joueurs étaient présents, occupés à feuilleter les magazines sportives, étudier les stratégies de jeu ou tout simplement discuter du tournoi à venir.

« Grand frère, on y va ? lança-t-elle.

- On frappe avant d'entrer, fit remarque Hiruma sans lever le nez de son écran d'ordinateur.

- Toi, la ferme. »

Pendant un moment, les joueurs se turent, se demandant ce qui venait de se passer là, à l'instant, sous leurs yeux. Est-ce que quelqu'un venait réellement de répondre à Hiruma ?

« J'arrive, fit Musashi qui était le seul à ne pas avoir réagi. T'es en avance, tu sais.

- Ah bon ? Zut alors.

- T'es déçue, fuckin'musicienne ?

- Disons que si j'avais le choix entre être ici ou être chez moi, je choisirai chez moi. »

Si elle voulait éviter de passer du temps au club de football américain, c'était raté. De leur côté, les membres du club étaient d'accord sur un point : la sœur de Musashi ne tenait pas à la vie.

« Alors finalement, tu as choisi Deimon ? demanda la manager, Mamori.

- Finalement, répondit machinalement Ayako.

- Pourquoi cela ?

- Parce qu'on peut facilement y entrer.

- Ah ?

- Peu importe. »

La remarque d'Hiruma sur sa manager était encore dans sa tête et bien que la demoiselle n'y soit strictement pour rien, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine antipathie envers elle. Mais ce qui la dérangeait le plus dans cette histoire, c'était qu'elle ignorait pourquoi.

« Heu… Est-ce que tu veux un test de l'an dernier pour voir à quoi ça ressemble ? lui demanda le grand type au front dégarni.

- Pas besoin. »

Sentant que l'ambiance n'était pas des plus détendue, Musashi rangea vite ce qu'il était en train de faire et emmena sa sœur voir le principal pour passer le test d'admission. Quelque chose lui disait que les premiers jours d'Ayako à Deimon ne serait pas des plus calmes.


Ayako réussit haut la main l'examen d'entrée du lycée. La rumeur disait même qu'elle avait plus que la note maximale. Dès la semaine suivante donc, Ayako fit ses débuts au lycée Deimon, en première année.

En quelques jours seulement, tout le lycée avait entendu parler de la nouvelle élève. On savait par exemple, qu'elle était la sœur de Musashi, ou bien qu'elle avait un groupe de musique. Certains trouvaient qu'elle avait un certain magnétisme sans être spécialement une beauté, d'autres pensaient qu'elle était bien trop hautaine et lui reprochaient son manque de sociabilité. Et enfin, les professeurs étaient souvent cois devant ses résultats alors qu'elle ne semblait même pas se fatiguer à écouter en cours. Dans tous les cas, Takekura Ayako ne laissait personne indifférente.

« Ils ne disent rien parce qu'elle est super bonne en cours, raconta Monta qui se trouvait dans la même classe que la jeune fille, mais ils aiment pas trop son attitude. »

C'était le midi et comme tous les jours, les membres du club de foot américain se retrouvaient au local pour un petit debriefing. Il ne manquait qu'Hiruma, sûrement occupé à chercher des informations compromettantes et Mamori, retenue par une réunion du conseil de discipline.

« Moi non plus d'ailleurs, poursuivit le wild receiver. On dirait vraiment qu'elle nous prend de haut. »

Puis il croisa le regard de Musashi et se mit à bafouiller.

« Enfin, je veux dire… Elle est pas… Heu, pas très sociable…

- T'inquiète pas, je suis pas vexé, le rassura Musashi. Je connais ma sœur.

- Elle est toujours comme ça ? demanda Yukimitsu.

- Hum… oui et non. Elle a un caractère bien particulier mais c'est pas quelqu'un de hautain. Et puis elle a encore en travers de la gorge le fait qu'on l'ait forcé à reprendre l'école.

- Ouais mais quand même, elle pourrait être plus aimable, pesta Suzuna. En plus, j'ai l'impression qu'elle cherche tout le temps des noises à Yô-nii.

- Oh non ! la rassura Kurita. Ils ont toujours été comme ça. Ils aiment bien se chamailler. Mais y'a rien de méchant entre eux.

- Si tu le dis, bredouilla Sena, pas rassuré pour autant. »

Les quelques discussions entre Ayako et Hiruma auxquels il avait assisté ne ressemblait en rien à une banale chamaillerie mais plutôt à une discussion qui semblait cacher quelque chose de très froid, voir glaciale et d'explosif. Et la dernière chose que Sena souhaitais c'était se retrouver à proximité quand ce… cette chose exploserait.

« Il n'empêche qu'elle est vraiment hautaine, pesta Jûmonji.

- Et antipathique, renchérit Togano.

- Et arrogante, poursuivit Kuroki. »

Musashi soupira. Ayako et son drôle de caractère faisaient toujours jaser. Il y était habitué depuis le temps. Les autres en feront autant.


Mamori dévala en courant l'escalier de l'école. Elle venait de recevoir un coup de fil d'Hiruma, lui demandant expressément de venir au club déposer un dossier. La jeune fille avait dû s'excuser auprès des membres du conseil et partir en quatrième vitesse retrouver le quarterback.

Elle venait d'arriver sur le palier du deuxième étage lorsqu'un son attira son attention. Après quelques secondes, elle l'identifia comme étant celui d'une guitare. Intriguée, elle en chercha la provenance et grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier de services. Le son de la guitare lui parvint de plein fouet une fois qu'elle fut sur le toit de l'école. C'était une mélodie douce et harmonieuse et emprunte d'une certaine nostalgie. Mamori s'appuya contre le mur et se laissa bercer par la musique. De temps en temps, elle s'arrêtait et reprenait légèrement différente, comme si le musicien cherchait à le perfectionner.

Mamori grimpa alors à l'échelle, voulant savoir qui était ce talentueux musicien et eut la surprise de découvrir Ayako, assise en tailleur, la guitare entre les mains et entourée d'une dizaine de feuilles de papier. La jeune fille n'avait pas encore remarqué la présence de Mamori, complètement absorbée par sa musique.

« Ayako-chan ! s'exclama Mamori quand la musique se fut arrêtée. »

Ayako sursauta et Mamori entendit alors un drôle de bruit. Ayako fronça les sourcils et leva sa guitare, l'air contrarié.

« Oh pardon, je t'ai fait peur ! s'excusa la manager.

- Mes cordes sont cassées, maugréa Ayako.

- Pardon, pardon ! Je suis désolée ! Si tu veux, je t'en rachèterai ! se lamenta Mamori.

- Ah ? »

Ayako, pour la première fois, se tourna vers Mamori, surprise, puis sourit.

« Bah laisse, c'est pas grave, la rassura-t-elle. Je peux en avoir facilement au magasin.

- C'est vrai ? fit la manager.

- Ouais, c'est l'un des avantages de travailler dans le commerce. »

Mamori en fut rassurée. Ayako rangea prestement les feuilles étalées sur le sol pour faire de la place à la manager qui vint s'asseoir.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.

- Des chansons, répondit Ayako.

- Ah, c'est vrai que tu as un groupe ! Musashi-kun nous l'avait dit. Tu es guitariste ?

- Non, chanteuse. Mais je sais jouer de la guitare. »

Mamori prit une des feuilles qui trainaient et la regarda. Ce qui était écrit était à peine lisible tant c'était couvert de rature. Mais elle pouvait lire tout de même quelques mots. C'était très beau, très poétique.

« J'aimerai bien t'entendre chanter, murmura-t-elle en lui rendant la feuille. »

Ayako la prit et la rangea.

« Oh, ça devrait pouvoir se faire, répondit-elle. Mais pour le moment, on a d'autres priorités. Et puis comme je suis au lycée maintenant, j'ai moins de temps pour le groupe.

- Tu trouveras le temps, j'en suis sûre. Ça fait longtemps que tu fais de la musique ?

- Un certain temps, oui. J'ai commencé à l'âge de dix ans. Mon rêve est de passer pro et de pouvoir vivre de ma musique.

- J'espère que tu y arriveras. »

Ayako lui sourit. Un sourire chaleureux et plein de sympathie. Mamori l'observa plus attentivement. Ayako avait toujours dégagé une aura pleine d'assurance et de puissance mais là, au lycée, sans son look gothique-punk et son maquillage, elle semblait beaucoup plus accessible. Ses cheveux noirs étaient séparés en deux couettes et la mèche de cheveux qui lui tombait habituellement devant les yeux était retenue par une barrette.

« Quel genre de musique tu fais ? poursuivit Mamori.

- Du metal. Tu connais ?

- Juste de nom. Je n'en ai jamais écouté.

- Oh, eh bien quand tu viendras nous voir en concert, tu pourras en écouter.

- Sans doute mais rien ne m'empêche de commencer maintenant ! »

Les deux filles éclatèrent de rire. Ayako sortit un stylo de son sac, prit la main de Mamori et y inscrit quelque chose.

« C'est l'adresse du magasin où je travaille, dit-elle. Passe-y un de ces quatre et je te conseillerai quelques trucs.

- D'accord, c'est promis. Je passerai quand je pourrai. »

Ayako se leva et s'étira. Mamori remarqua alors quelque chose d'étonnant. La main droite d'Ayako était complètement brûlée.

« Ayako-chan, qu'est-ce qui est arrivé à ta main ? »

Ayako sourit et releva la manche de sa veste d'uniforme. Mamori découvrit alors avec horreur que la brulure s'étalait pratiquement sur tout l'avant-bras.

« Oh mon Dieu ! s'écria-t-elle. Mais comment…

- Un petit accident y'a quelques temps, expliqua son interlocutrice en redescendant sa manche. C'est rien.

- Tu es sûre ?

- Ouais ! Bon sur le coup, ça a fait très mal mais maintenant, ça fait rien. D'habitude je la cache avec des gants et des mitaines mais comme on a pas le droit d'en mettre au lycée… »

La sonnerie de l'école retentit à ce moment-là. Mamori poussa alors un cri d'effroi.

« C'est pas vrai ! Je devais apporter un dossier à Hiruma-kun ! Il va être furieux ! »

Elle quitta le toit-terrasse sans demander son reste. Ayako entendit ses pas précipités dévaler en toute hâte l'escalier. Elle laissa échapper un petit rire avant de prendre sa guitare et son sac et de suivre la manager, beaucoup plus calmement qu'elle.


« Je ne suis pas jalouse d'elle…

En fait…

Elle me fait peur. »

All of my songs can only be composed

Of the greatest of pains

Every single verse can only be born of the greatest of wishes

I wish I had one more night to live


Blable de l'auteur :

Eh bien eh bien ! Que dire après autant d'années sans rien publier ? Pas grand chose à part que je suis désolée ^^". Je passe très peu du coup j'avais un peu oublié que j'avais aussi commencé à publier cette fic sur ce site... Mais certains d'entre-vous auront sans doute remarquer qu'elle est aussi sur fanfic-fr avec beaucoup plus de chapitre XD.

La suite n'est pas pour le moment à l'ordre du jour. Je vais d'abord essayer de rattraper le retard sur ce compte-là. D'ici-là, je vous remercie de me suivre et surtout d'être aussi patient !

Bises,

Sheena