Scène dédicacée à Enyo85 et Ozias pour leurs adorables reviews !

Scène 6 – Blanche-Neige

Arthur était super bien. Plumard confortable etttttt

« Vous devriez faire attention, lui dit Démétra en lui glissant un petit bisou sur la nuque. Vous allez tomber.

… et confortables oreillers. Chauds, généreux et tout à lui les deux p'tits oreillers bien ronds. Il posa sa joue sur le gauche. Il essaierait le droit plus tard.

- Ben, elle a raison vous savez, vous devriez vraiment faire attention lui dit Aziliz qui venait de se glisser dans le lit. Vous allez tomber.

Oh, là ! Deux autres petits oreillers ! Certainement, ceux de Tumet ne devaient pas être bien loin.

Ce n'était plus des oreillers mais des traversins que lui offraient les jeunes femmes allongées auprès de lui.

- Ouais, ça c'est sûr, si vous continuez comme ça, vous allez vous prendre un bon gadin dit Aelis en souriant.

Arthur fronça les sourcils. Mais pourquoi qu'elles lui parlaient toutes de s'casser la binette ?

- Sire, c'est sûr, là, vous allez tomber, fit une voix masculine.

Pas grave, il avait des oreillers, des tas de petits oreillers pour amortir les chocs et –

BOUM !

« Ouille ! Pt'ain ! Grogna Arthur, nez aplati contre le sol.

- Ben, c'est pas faute de vous avoir prévenu Sire. Vous rêviez de quoi pour vous trémousser comme ça ?

Arthur leva les yeux vers la personne qui avait parlé.

Perceval le fixait, un petit sourire aux lèvres.

Arthur épousseta ses vêtements, releva le tabouret dont il venait de tomber et se réinstalla dessus, se postant devant le lit.

- J'aimerais bien vous y voir, assis sur c't'engin de torture depuis des heures … j'pense sérieusement à interdire les tabourets. Quelles saloperies, grogna t-il à nouveau en massant son appendice nasal.

- Vous êtes là depuis des heures ! Pourquoi ?

Arthur leva les yeux au ciel.

- Pt'être que ça a quelque chose à voir avec le fait que vous avez été un pt'it peu à deux doigts d'calancher.

Les yeux de Perceval s'arrondirent comme des soucoupes.

- Ah bon ?

Arthur soupira.

- Perceval vous êtes cloué sur ct'e putain de lit depuis presque trois jours. Vous vous souvenez de rien ?

- Non … p't'être … je sais pas. C'est confus.

- Houlà, bah vu l'état dans lequel est habituellement c'qui vous tient de cerveau, ça promet, grommela Arthur.

- Désolé.

- Soyez pas con, y'a pas de raison d'être désolé. Bon, on essaye un truc, je commence l'histoire et vous la finissez.

- L'histoire ?

- Oui, comment vous êtes arrivé ici. Vous savez où vous êtes au moins ?

Pour toute réponse Perceval cligna des yeux.

- … fatigué.

- Oui, je sais que vous êtes fatigué mais il faut que vous fassiez un effort, okay ? Vous êtes dans une auberge au pays de Galles.

- Ah. Qu'est-ce que je fous là ?

Arthur secoua la tête.

- Je sens que ça va être long mais long … gémit-il. Vous êtes partis il y a presque quinze jours de ça de Kaamelott avec Lancelot, le père Blaise et trois clampins qui viennent d'un bled au nom imprononçable. Un coin chez vous, au pays de Galles.

Aucune lumière ne semblait se faire dans les yeux du chevalier gallois.

- Faites un effort quand même ! S'énerva Arthur. Tout ça, c'était à cause d'un putain d'loup !

- LE LOUP ! S'écria Perceval qui se redressa dans son lit … pour s'affaisser quelques secondes plus tard, ses yeux roulant dans leur orbite. Arthur le rattrapa juste avant que lui aussi n'aille à dames.

- Génial, maugréa le Roi tout en replaçant Perceval dans son lit. Non vraiment, génial. MERLIN ! MERLINNNNNNNNNNNNN ! Putain, y l'est passé où ce grand nigaud de –

- Sire ! Cria une voix dans l'escalier. Z'êtes où !

- Dans la chambre de Perceval sombre crétin ! Cria à son tour Arthur avant de maugréer, mais où y veut que je sois ce con.

- Sire, qu'est-ce que – Oh ! Fit Merlin en découvrant Arthur soutenant Perceval inanimé.

- Ouais, « Oh », il a tourné de l'œil.

Arthur fit de la place à Merlin pour qu'il examine son « patient » (« C'est comme ça qu'on dit en médecine » « Ah ouais, et en magie ? » « Bah, on parle plutôt de miraculé » « Miraculé, ça veut dire que le type s'en sort et pour le patient ? » « Ben, là, c'est selon … »).

L'enchanteur posa sa main sur le front de Perceval et ferma les yeux. Un bon moment. Un très long moment. Un moment beaucoup trop long au goût d'Arthur en fait.

- Hé ! Cria Arthur. Vous vous endormez ou quoi ?

- Mais si vous croyez que c'est facile aussi de se concentrer, soupira Merlin.

- J'croyais que c'était Kelliwic'h qui bloquait vos facultés de concentration et il est pas là que je sache.

- Non mais là, c'est toute cette neige, jamais aimé la neige moi, se plaignit Merlin. Ca bloque les incantations.

- Vous comptez vous foutre de moi encore longtemps ? Demanda Arthur. Quinze ans que j'me demande si vous êtes vraiment un druide.

- Oh, ça va. Y va bien j'vous dis.

- Pt'ain mais arrêtez de dire ça alors qu'il vient littéralement de m'tomber dans les bras ! J'devrais peut-être demander à l'aubergiste de s'occuper de lui, y m'a l'air un peu plus doué côté diagnostic. J'vous dis qu'y tient pas les yeux ouverts plus de dix minutes, ce con !

- Ouais mais ça en même temps c'est normal avec la Rue, c'est un des effets indésirables de –

- La quoi ?

- La Rue, c'est certainement ça qu'il a ingéré.

Arthur en resta un moment coi.

- Et vous comptiez me mettre au parfum à quel moment exactement ? Dit–il contenant mal sa colère.

- Euh, bah, on vient juste de l'apprendre, alors …

- « On » ?

- Ouais, Karadoc et moi. C'est une des filles de l'auberge, une des serveuses, qu'est venue nous voir. C'est fréquent vous savez, utiliser la Rue – c'est une plante médicinale – pour, euh, pour … enfin, quand elles tombent enceintes … euh … pour pas l'garder …

- Oui, bon, j'crois qu'jai compris. Et ce truc là …

- De la Rue.

- Ouais, comment ça c'est retrouvé DANS Perceval ? Non parce que y l'a franchement pas inventé l'eau chaude, ça j'en conviens, mais j'crois qu'y sait quand même qu'y peut pas « tomber enceinte ».

- Non, mais la Rue, c'est des feuilles séchées. Une des serveuses y a eu recours y'a pas longtemps et elle pense qu'y a pu avoir mélange avec un truc que Perceval a mangé.

- Humouais, ça vous parait pas un peu tiré par les cheveux vous ct'affaire ?

- Bah, je sais pas. C'est vrai que fraîche, la Rue, ça pue, c'est pas pour rien qu'on appelle ça de la « Rue Fétide », on peut difficilement la préparer en cuisine sans s'en rendre compte mais séchée, l'odeur se dissipe, alors, ben, je sais pas. C'est plausible. La gamine a reconnu les effets. Ça arrive quand on surdose un peu …

Arthur soupira.

- Bon, j'suppose qu'on va devoir se contenter de cette réponse. Et pour lui ? Il désigna Perceval du menton.

- Du repos, une alimentation saine et beaucoup d'eau, lui répondit Merlin.

Arthur fit la moue.

- Et la magie, ce s'rait possible, non parce que moi, ça me semble un peu plus efficace que vos conneries de « médecine » là.

- Bah oui, mais avec la neige, c'est plus dur …

- Ah oui, la neige, j'lavais oubliée celle-là, soupira Arthur. Et donc, vos pouvoirs y fonctionnent quand en fait ? Non parce que faudrait qu'je sache pour pouvoir prendre rendez-vous, histoire de bien calculer la date où j'me trouve dans la merde, vous voyez. »


Arthur enfila ses bottes puis ajusta les raquettes. La neige ne tombait plus et le soleil brillait. Il avait décidé qu'il fallait profiter de cette accalmie pour reprendre le chemin vers Ystradgynlais. A pied, puisqu'ils devaient passer par la forêt. Sa décision n'était cependant pas du goût de tout le monde.

« Perceval, arrêtez de faire la gueule. Vous n'êtes pas en état de nous accompagner, un point c'est tout, soupira le Roi.

Perceval, bras croisés sur la poitrine, faisait en effet la tête : sourcils froncés et moue boudeuse. Pire qu'un môme ! Un môme pâle comme un cul. Le gallois était loin d'être remis.

- C'est débile. J'vais très bien, grommela ce dernier. Et puis vous connaissez pas la route, moi oui.

- Bah voyons, quinze ans qu'vous habitez Kaamelott et vous vous paumez encore dans les couloirs ! Ricana Arthur. Quant à vous repérer dans une forêt, laissez moi rire … vous pouvez me rappeler à qui est-ce que je suis obligé d'attribuer systématiquement une escorte pour qu'il aille pisser lorsqu'on est en campagne ?

- Oui, mais là, c'est pas pareil … répondit Perceval, tout penaud.

- Ouais bah rétablissez-vous et après qu'on ait réglé cette histoire, vous me montrerez vos nouveaux talents de pisteur mais pour le moment, vous restez là sagement. Tiens, j'vous laisse même Gauvain et Yvain pour vous tenir compagnie !

- Euh, bah, moi, j'pourrais rester aussi si vous voulez, proposa Karadoc.

- Non, vous, vous venez avec nous. J'peux encore vous supporter mais ces deux là, j'crois qu'j'ai mon compte grommela Arthur.

- Sire, dit Perceval, c'est ma mission, vous me l'avez confiée. Et Lancelot, je sais qu'y va pas chercher plus loin, y va prendre ces foutues armes et y va buter mon loup !

- Votre loup ? Non mais vous débloquez complètement mon vieux ! Et puis, on va pas revenir là-dessus, Lancelot fera ce que je lui ordonne de faire et si je lui dis de se mettre les mains dans les poches, il a intérêt à pas les en sortir ! S'énerva le roi.

- Tout ça, c'est pas juste, grommela Perceval.

- C'est pas "juste" !? Mais enfin, depuis quand est-ce que le danger ça vous fait plus peur à vous ?

Perceval ouvrit la bouche.

- Ooooooooooooh non, le coupa le roi, j'veux rien entendre. Vos conneries sur les loups, ça va bien.

Arthur soupira en voyant Perceval se renfrogner.

- Bon, ok, dit-il. On fait un test. Vous réussissez vous v'nez avec nous, vous vous plantez, vous restez ici.

- Ouais, faut voir … c'est quoi votre test ? Demanda Perceval, méfiant.

- Très simple. Karadoc, passez-moi votre épée s'il vous plaît.

- Voilà Sire.

Arthur se tourna vers Perceval, lui présentant l'épée.

- Si vous arrivez à la tenir levée plus de dix secondes d'une seule main, j'vous empêcherais pas de vous joindre à nous.

Un large sourire apparut sur le visage de Perceval.

- Trop facile !

- Parfait, dit le roi, alors tenez.

Perceval prit l'épée que le roi lui tendait … et son bras retomba immédiatement sous le poids de la lame (13). Son sourire disparut. Il saisit alors l'épée à deux mains et la souleva.

- Perceval, j'ai dit d'une main, celle que vous utilisez pour le combat. Allez.

A contre cœur, Perceval obtempéra. Sa main tremblait mais il parvint à lever le bras.

- Bien. Un, deux, trois, quatre, cin –

Le bras de Perceval flancha et l'épée frappa le sol de l'auberge avec un petit cling triste.

- Donnez-moi ça, dit le roi gentiment en posant la main sur le pommeau de l'épée.

Le gallois le laissa faire. Sa main et son bras tremblaient. Il avait même pas tenu cinq secondes … Il avait manié une épée pendant des années, c'était pas léger ça c'est sûr mais il avait jamais trouvé difficile d'en soulever une !

- Perceval … Perceval regardez-moi, lui ordonna le roi.

Le chevalier qui fixait le sol comme s'il était responsable de son échec finit par lever les yeux.

- Je vais vous l'sauver votre loup là, faites moi confiance, ok ?

Perceval ne répondit rien. Arthur soupira et se tourna vers Merlin et Karadoc.

- Z'êtes prêts ?

Les deux hommes hochèrent la tête.

- Bon, alors on y va.

La lourde porte en bois se referma sur les trois hommes avec un clac sonore.

- Allons seigneur Perceval, dit Gauvain, vous avez entendu mon oncle ? Votre loup est entre de bonnes mains. Vous devez lui faire pleinement confiance : le Roi de Bretagne ne faillirait point à une promesse donnée à l'un de ses plus vaillants chevaliers !

Perceval secoua la tête.

- C'est pas en lui qu'jai pas confiance, murmura t-il avant de remonter, lentement, dans sa chambre.

Gauvain le suivit des yeux et soupira.

- C'est triste vous ne trouvez pas, dit-il à Yvain.

- Quoi qu'est triste ?

- Et bien, toute cette histoire. C'est très mélodramatique. Ce loup qui sait, c'est peut-être une princesse sous un enchantement qui attend qu'un chevalier vienne la libérer du joug de ce terrible sort ! S'enflamma le jeune homme.

- Ah ouais, et vous trouvez ça aquatique vous, c'genre d'histoire ? Quoique pour la joue, j'peux comprendre, c'est là qu'y faut les embrasser les princesses, non ?

Il bâilla bruyamment et s'exclama :

- Houlà, toutes ces émotions, ça m'crève ! J'crois qu'vais aller faire un pt'it somme moi.

- Mais le roi nous a donné ordre de veiller sur le seigneur Perceval, répondit Gauvain, et de ne pas le quitter des yeux. Je crois que mon oncle pense qu'il n'est pas tout à fait dans son état normal et qu'il pourrait commettre quelque geste désespéré.

- Ouais, répondit Yvain, z'avez raison. Ben, on fait quoi alors ?

- Nous restons en alerte, ici, dans la salle commune. Si le seigneur Perceval veut sortir de l'auberge, nous ne pourrons manquer de le voir et de le retenir.

- Ouais, répondit Yvain, d'autant qu'y tient pas super bien sur ses guiboles. Y devrait pas être trop difficile à stopper. Bon, bah alors, on reste là ! Youuuuuuuuu …. »

Les deux jeunes gens éxécutèrent une petite danse avant de se taper dans les mains et de s'installer à la table se trouvant devant le feu, épée aux côtés, air féroce sur le visage.

Une demi-heure plus tard, lorsque Perceval descendit, harnaché des pieds à la tête pour faire face aux rigueur de l'hiver, sa besace sur l'épaule et son sac de couchage soigneusement roulé, c'est là qu'il les trouva.

Il passa sur la pointe des pieds devant leur table et prit grand soin de refermer la porte derrière lui en faisant le moins de bruit possible.

Dans la salle déserte, les ronflements des deux jeunes chevaliers faisaient presque trembler les murs.


Arthur ouvrit les yeux sur … une paire d'yeux bleus. Un bleu si limpide qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait des eaux d'un lac en été. Certainement, on pourrait se noyer dans ces eaux là ! Ce genre d'yeux étaient dangereux, surtout s'ils appartenaient à la gente féminine …

« Agahreeeeeeeeeehrgggggghhhaa aaa ! Fit la personne à qui appartenaient les yeux. Raaaaaaaaaaaaaah ?

Le tout fut suivi d'un petit gloussement et l'être devant lui saisit brutalement une mèche de ses cheveux et se mit à tirer de toutes ses forces, essayant visiblement de les mettre dans sa bouche.

- Mais p'tain ! S'exclama le roi de Bretagne en récupérant ses pauvres cheveux.

- Ggggggggggggggeuhhhhbbbbbbll lle, répondit son agresseur en faisant des bulles.

Un bébé. Il était dans un lit avec un bébé !

Arthur se redressa et le regretta aussitôt, assailli par la nausée. Il se laissa retomber sur le lit.

- Hhaaaaaghhhhheu ? Demanda le bébé comme s'il compatissait au sort de son pauvre compagnon.

- Merci, tout pareil, répondit le roi. Mais qu'est-ce que je fous là moi, grogna t-il.

Avait-il lui aussi été victime comme Perceval, de ce truc là, la Rue ?

- Oh Sire, vous êtes réveillé ! Vous nous avez fait une belle frayeur !

Merlin était entré dans la pièce.

- Merlin ? Mais vous pouvez me dire ce que je fous ici ? Et d'ailleurs, c'est où ici ?

- Ystradgynlais, lui répondit Merlin en l'aidant à s'asseoir sur le lit. Tenez, buvez ça, ça va vous requinquer en un rien de temps.

- Ou m'rendre invisible, marmonna Arthur.

Il prit le gobelet en en vida le contenu. Et bonne surprise, c'était super bon !

- J'sais pas si c'est efficace mais au moins, c'est pas de la daube comme d'habitude, dit Arthur. C'est quoi ?

- Un fortifiant pour la pt'tite, répondit Merlin. C'est pas moi qui l'ai fait.

Ah bah, y s'disait aussi. Il fronça les sourcils :

- La p'tite ?

- Ouais, votre copine de chambrée, là …

Merlin désignait le bébé du menton.

- Ah.

- Elle s'appelle Eirwenn. Ca veut dire « blanche-neige », parce qu'elle est née aux premières neiges, c'est joli non ?

- Ouais, super. Et si vous m'expliquiez comment j'ai atterri dans le lit de cette jeune demoiselle ?

- Vous êtes dans la maison de Bryn, vous savez, le boisselier, et de sa femme, Siwan (14). C'est leur petite … leur premier enfant, y'l'a un ou deux mois, j'sais plus.

- Pt'ain mais j'men fous de leur progéniture, à ces gens grogna Arthur. Allez droit au but pour une fois.

- Ben on est arrivés aux abords du village en fin d'après-midi. Y faisait déjà bien sombre et ... et y s'peut qu'un des villageois vous ai confondu avec le loup, là.

- QUOI !

- Il vous a donné un sacré coup. Vous avez eu de la chance parce que les cheveux et puis vos vêtements ont amorti le choc. Faut pas leur en vouloir, y sont carrément sur les dents.

Arthur massa sa pauvre nuque. Ouais, une superbe bosse se trouvait là.

- Génial … Et Lancelot ? Le père Blaise ?

- Le père Blaise attend dehors. Lancelot est parti en début de journée avec quelques hommes faire une battue, y sont pas encore rentrés.

- Ok, dit Arthur aidez moi à m'lever.

- Euh, vous êtes sûr que c'est bien prudent ?

- Mais oui, ma tête en a vu d'autre. Allez zou !

Une fois debout, Arthur prit une large inspiration, compta jusqu'à trois et fit quelques pas. Gros bourdonnements dans la tête mais pas de nausée. Ca devrait aller.

Arrivé dehors, Arthur fut surpris par le silence qui y régnait.

Les hommes et les femmes du village se trouvaient là, silencieux, le fixant … avec crainte.

- Euh, dit le père Blaise, Bonjour Sire.

- C'est quoi le problème là ?

- Je crois qu'ils ont un peu peur de votre réaction après l'incident de tout à l'heure, répondit le père Blaise.

- Soyez pas con, qu'est-ce que vous voulez que j'leur fasse ! Grogna Arthur.

- Bah, y z'ont assomé le roi de Bretagne quand même …

Arthur soupira. Il se racla la gorge et prit la parole :

- Bonjour à tous ! Vous n'avez rien à craindre, d'accord. C'était … votre compagnon a juste défendu sa vie et celles de ceux qu'ils aiment.

Un murmure parcourut la foule mais aucun des villageois ne bougea jusqu'à ce qu'un homme, un vieillard, ne prenne la parole :

- Ne vous l'avais-je pas dit ? Le Roi de Bretagne fait honneur à sa réputation d'homme juste. Remercions-le comme il se doit.

Le murmure s'amplifia jusqu'à ce qu'un homme lance un « vive le roi de Bretagne ! ». Il fut immédiatement suivi par les autres et en quelques secondes, la foule l'acclamait.

- Ouais, y'a pas à dire, les bains de foule en liesse, c'est vraiment cool, dit Arthur, sourire aux lèvres. »


Le vieillard, Rhian, druide attitré du village, accueillit Arthur et ses hommes sous sa tente, placée un peu à l'extérieur du village.

« Oui, je sais, nous sommes au pays du bois, mais franchement quel druide voudrait se retrouver enfermer entre quatre murs et avec un plafond qui l'écrase, rit le vieil homme en s'installant autour du foyer.

Arthur entendit Merlin pousser un soupir juste derrière lui.

- Ah, mon bon roi, reprit Rhian, merci, merci de nous avoir envoyé le seigneur Lancelot, nous n'avons jamais été aussi près de tuer la bête qu'avec lui.

- Et bien, oui, y'a pas de quoi, c'est normal, répondit Arthur. Et cet animal là, vous pouvez m'en dire un peu plus à son propos ? Rien sortant de l'ordinaire ?

Rhian écarquilla les yeux, surpris par cette question.

- Vous en dire plus ? Mais, c'est un loup.

- On m'avait parlé d'un loup « maléfique » …

Rhian éclata de rire.

- J'ai bien peur que la superstition ne prenne souvent le pas sur la raison parmi tous ces jeunes gens. L'animal est rusé et ne se laisse pas prendre à leurs pièges, cela n'en fait pas un diable !

- Ben quand même, un loup blanc, c'est pas si fréquent que ça, fit remarquer Merlin.

- Blanc !? Y l'est blanc votre loup, là ? Demanda Arthur. Et vous trouvez pas que ça sort de l'ordinaire ça ?

Rhian fixait Merlin. Une lueur froide brilla un moment dans son regard puis s'éteignit si vite qu'Arthur pensa l'avoir imaginée.

- Oui, sa couleur est inhabituelle, répondit Rhian, mais les loups blancs, même s'ils sont rares, ne sont pas pour autant des démons.

- Ah. Vous penchez donc toujours pour un vulgaire loup.

- Un démon ne décimerait pas notre cheptel pour se nourrir, sourit Rhian. Depuis quelques jours, il égorge les bêtes dans leurs enclos derrière le village. Je ne m'inquiète plus votre majesté, je sais que le chevalier Lancelot en viendra bientôt à bout. Tôt ou tard, même le plus hardi des animaux commet une erreur. Et vous pouvez être sûr que le seigneur Lancelot, ne la laissera pas passer.»

Et merde, pensa Arthur.

Qu'allait-il pourvoir raconter à Perceval ?


« Bon, dit le roi, une fois qu'ils se retrouvèrent une fois encore dans la maison de Bryn, cette fois sans bébé, Siwan ayant récupéré sa progéniture pour les laisser seuls et sans Karadoc, ce dernier étant allé faire un tour « pour voir si on peut s'trouver un pt'it truc à se mettre sous la dent, Sire ! ». Si vous m'expliquiez un peu ce qui s'est passé à l'auberge ?

- Sire, je … j'ai quelques inquiétudes à propos de –

- Perceval ? Ah mais y va mieux Perceval, répondit Arthur sur un ton ironique, merci de poser la question. Et je peux savoir ce qui vous a pris de le laisser tout seul ?

- C'était … c'était peut-être mieux ainsi Sire, répondit le père Blaise.

- Pardon ? Mais vous déconnez ou quoi ? Vous laissez un chevalier de la table ronde SEUL et MALADE dans une auberge paumée au beau milieu de nulle part. Et pas n'importe quel Chevalier. C'est de Perceval qu'on parle, non de dieu. Déjà au mieux de sa forme, ce type est plus inoffensif que le bébé là, Eirlys, alors malade …

- Eirwenn, corrigea Merlin, parce que Eirlys, ça veut dire « chute de neige », c'est pas pareil.

- Mais la ferme vous, grommela Arthur en s'adressant à Merlin.

Il se tourna à nouveau vers le père Blaise.

- Vous trouvez que « c'est mieux ainsi » ?! Reprit-il, C'est quoi votre problème ? Vous aussi on vous a accueilli avec un coup dans la tronche ? Ca tourne plus très rond là-dedans ?

Le père Blaise soupira.

- Non Sire mais la tension entre Lancelot et Perceval n'a cessé d'escalader pendant tout le voyage et quand Perceval a compris quel était le sens de la mission que vous aviez confiée à Lancelot, il ne l'a pas très bien pris.

- C'est-à-dire ?

- Il a détruit toutes les armes de Lancelot. A coup de fléau. Un véritable massacre.

Arthur sourit. C'était bien un coup d'éclat à la Perceval ça ! Kaamelott devait être la seule forteresse bretonne à abriter un chevalier qui n'aimait ni les armes, ni se battre, ni chasser, ni pêcher. Arthur était certain que Perceval n'avait jamais rien tué de sa vie ni homme ni bête. La seule chose qu'il pouvait en effet « massacrer » c'était bien des armes !

- Ça n'explique pas que vous l'ayez abandonné comme ça. Vous au moins, vous auriez pu rester auprès de lui, votre présence n'était pas absolument nécessaire pour tuer le loup.

- Ben, à ce moment là, on était encore sur la théorie du loup maléfique, donc Lancelot à jugé préférable que je les accompagne, mais Sire, ce n'est pas pour Perceval que j'ai des inquiétudes, c'est pour -

- Sire ? Mais qu'est-ce que vous faites là ?

Arthur se tourna vers le nouveau venu.

- Lancelot ! Ah bah vous tombez bien, nous parlions justement de vous ».

A suivre ...

(13) Pour info, les épées du moyen âge pesaient entre 1,5 et 2 kilos. Faites le test : essayez de brandir une bouteille d'eau d'1,5 l (l'eau a une densité égale à 1 donc 1 l est égal à 1 kilo) plus de dix secondes ! Et dire, qu'ils se battaient avec ça, gah !

(14) Siwan est l'équivalent en gallois de notre « Jeanne ».