Disclaimer: voir chapitre 1, 2, 3, 4, 5

Note: chose promise, chose due !


"De la visite? Qui… Oh mon Dieu! Ron!"

Harry s'est écarté. Et je la vois, enfin, ailleurs qu'en rêve.

Il avait raison. Hermione est très belle, trop belle pour être réelle. Je sens mes doigts qui se tendent, pour la toucher et me prouver qu'elle est vraie. Mais je retiens mes doigts. Je retiens d'ailleurs tout ce qui pourrait me trahir, mon souffle, ma respiration, mes larmes, mes mots. Si je pouvais aussi empêcher mon cœur de battre, je le ferais.

Mais elle ne connaît pas mon tourment.

« Ron, Ron, par Merlin… c'est toi ! »

D'un seul geste, elle a rejeté ses livres et se précipite à présent vers moi. Elle me serre, m'étouffe, me comprime de ses petits bras d'apparence si fragiles. Et de plus près, je la reconnais enfin.

Hermione a vieilli, mais d'une façon troublante. Ses yeux sont moins brillants qu'avant, son regard semble voilé, plus lourd, presque sensuel. Ses belles joues rondes ont disparu pour laisser place à des traits parfaits qui s'animent au gré de ses expressions. Sa bouche aussi semble plus lourde, plus ourlée que dans mon souvenir, délicatement rosée par les nombreux mordillements qu'elle fait subir à ses lèvres. Ses cheveux sont plus clairs et s'ils n'étaient pas retenu en un chignon lâche, je jurerais aussi qu'ils sont moins broussailleux. Et son corps… Merlin, son corps… Son petit corps de Tanagra qu'elle serre à présent si fermement contre le mien. J'ai du mal à y croire mais ma petite Hermione a un corps de femme, des seins et des hanches de femme.

Je suis maudit, je suis perdu… Luna, viens-moi en aide…

« Arrête Hermione, laisse-le respirer un peu ! » dit Harry en riant.

Elle fait un pas en arrière mais me serre toujours fortement le bras, comme si elle aussi avait peine à croire que je suis réel.

Je m'aperçois que je n'ai toujours pas parlé. Mais pour dire quoi ? Je me croyais guéri et fort et je me découvre muet. Simplement en la regardant.

Bon sang, Weasley, concentre-toi, dis quelque chose, même quelque chose de stupide, mais parle !

« Hermione… je suis euh… content de te revoir. Tu as changé. »

Elle me sourit et d'un seul coup, je n'ai plus peur. J'ai reconnu ce sourire, c'est celui de mon Hermione d'avant, celui de ma meilleure amie.

Elle me prend gentiment, mais fermement, par la main et me tire vers le canapé. Elle repousse un peu plus loin les livres qui encombrent le tapis devant moi et me force à m'asseoir dans un coin du divan. Toujours debout devant moi, je sens qu'elle me bloque le passage de ses jambes, certainement pour s'assurer que je vais rester à ma place.

« Harry, tu veux bien aller nous chercher à boire dans la cuisine ? Je crois qu'il doit y avoir du vin blanc au frais, ça serait bien. Ou plutôt non, il y a du champagne au frigo. Ca s'impose ! »

Je vois Harry lui rendre son sourire en murmurant « A vos ordres, Princesse… » avant de se diriger vers la cuisine.

Hermione s'agenouille face à moi et enfonce son visage dans mon cou.

« Oh Ron, tu m'as tellement tellement manqué… »

Je suis presque choqué de sentir à présent des larmes s'écraser contre le col de ma chemise. Je la redresse pour essuyer les gouttes salées de mes pouces.

« Chut, Mione, je suis là maintenant. Je ne m'en vais plus nulle part. »

Elle laisse échapper un petit rire avant de replonger sa jolie frimousse au creux de mon épaule.

« Je sais que ce n'est pas vrai, Ron, je sais que tu as d'autres endroits plus importants qu'ici, mais ça fait si longtemps que, rien que pour ce soir, je vais essayer de te croire. »

J'entends Harry revenir de la cuisine dans un bruit de cristal.

Hermione s'est assise à côté de moi dans le canapé et a essuyé ses yeux d'un geste rageur, mais sa main est toujours posée dans la mienne.

« Champagne pour tout le monde ! »

Le Survivant fait le service et je suis étonné d'entendre Hermione glousser quand il lui tend son verre qui déborde.

« Non mais vraiment, Harry, tu l'as vu ? On nous a changé notre Ronald ! »

Il secoue la tête en souriant.

« C'est vrai quoi ! C'est un homme maintenant ! Non, mais vraiment… et cette barbe ? Tu as vu cette barbe, Harry ? »

« Oui, ma puce, j'ai vu sa barbe. Je lui en ai parlé déjà… »

Je me joins à mon tour à la conversation qui me concerne quand même un tout petit peu.

« Une putain de montagne barbue… c'est ça que tu as dit, Harry. »

Elle glousse un peu plus fort.

« Tu as vraiment dit ça, Harry ? Olala, il ne faut pas que Fyfe t'entende parler ainsi ! Mme Finnigan serait furieuse. »

Je m'aperçois que je suis le seul à ne pas encore avoir vidé mon verre. Harry et Hermione en sont déjà à leur deuxième, mais je n'ai pas trop l'habitude de ce genre de boissons.

Harry s'est assis face à nous sur le tapis. Son regard passe alternativement de l'un à l'autre, amusé.

C'est vrai que c'est amusant de voir notre Hermione si volubile. Elle enchaîne les gorgées de champagne et les gloussements, de temps en temps ponctués d'un « oh non vraiment, c'est fou, c'est fou ! »

A nous voir tous les trois, on pourrait presque croire qu'il n'y a pas eu de mariage, pas eu trois ans de séparation et des mois de douleur entre nous. On pourrait croire que rien n'a changé.

Mais je me souviens des paroles de Harry au Chaudron Baveur, des photos qu'il m'a montrées. Je me souviens d'autres photos aussi, des photos de leurs fiançailles, de leur mariage que j'avais fini par méthodiquement déchiqueter pour les reléguer à un coin très retiré de ma mémoire.

Je murmure à mon tour des paroles qui me déchirent mais qui sonnent pourtant si justes. "Vous aussi, vous m'avez manqué. Plus fort que je ne l'aurais voulu."

Hermione me regarde, visiblement émue mais je sens que ni Harry ni moi n'avons envie de la voir pleurer.

Harry se retourne vers elle.

"Hermione… tu sais que Ron a vu des corn flakes ronfleurs?"

Je le corrige en riant. "Des Ronflaks cornus!"

Elle m'interroge, un demi sourire aux lèvres mais je trouve son regard un peu froid.

"C'est vrai ça, Ronald? C'est extra… je suppose que Luna est ravie."

Harry s'est un peu tendu et lui reprend le verre des mains.

"Tout doux, ma puce… je crois que tu as assez bu."

"Oh laisse-moi tranquille Harry. Je pose juste une question à Ron, j'ai le droit non?"

Je jette un regard à Harry pour lui signifier de laisser filer.

"Oui, Mione. C'est vrai, j'ai vu des ronflaks… Autre chose que tu veux savoir?"

Elle secoue la tête et se mordille la lèvre inférieure.

"Non, Ron, je ne veux rien savoir. Ca ne me regarde pas."

Elle a lâché prise un peu trop vite, je suis presque déçu, l'ancienne Hermione m'aurait incendié de questions…

Le charme est rompu. La pièce à présent est chargée d'anciennes rancœurs et de mystères irrésolus.

Je piétine un peu plus la douce atmosphère de retrouvailles qui nous a envahi auparavant et m'adresse à Harry.

"Tu m'as dit que tu avais des lettres à me montrer…"

"Oui, c'est vrai. Tu n'es pas venu ici sans raison."

Oh comme je lui en veux d'avoir prononcé ces mots quand je vois le beau visage d'Hermione se fermer dans une grimace de douleur… Mais il est souverain pour ma santé mentale que je reprenne pied dans ma réalité. Et ma réalité est un monde dans lequel Harry et Hermione jouent un autre rôle, bien plus trouble.

Harry se lève et se dirige vers un secrétaire dont il ouvre un tiroir. Il en ressort une large enveloppe et vient se rasseoir face à moi.

Hermione s'est couchée dans le canapé à courte distance des mes cuisses, les yeux fermés, mais je devine aux mouvements erratiques de sa poitrine qu'elle n'est pas endormie.

J'ouvre l'enveloppe que Harry m'a tendue et en retire une dizaine de parchemins, tous couverts de lettres découpées dans des magazines.

J'en lis une au hasard.

SaLE pUtain JE SaIs Où tU Vis eT biENTôt je VaIs te CrEVEr

Une autre, plus longue.

TU ne MeritEs PaS dE vIvRe tOn EspEce va êTRe EXTerMiNEe eT TES S A L E petIts Amis N' aurOnt Plus qU'à MarCHER au pAs de Nos BoTTes

En tout, neuf torchons aussi insultants les uns que les autres. Avec invariablement le même message: Hermione va mourir.

Je me tourne vers elle et je vois qu'elle a entrouvert les yeux. Elle guette mes réactions et je lis dans son regard qu'elle est plus soucieuse que ce que Harry a l'air de penser.

"Je ne sais pas de qui ça vient, mais je suis sur que ça n'est rien… Souviens-toi des lettres que tu as reçu après l'article de Rita Skeeter, en quatrième année."

Harry se penche vers moi, l'air concerné.

"Ron, ce n'est pas la même chose. Ce sont des menaces de mort. Et il y a plusieurs éléments qui font craindre plus qu'une méchante blague."

"Lesquels?"

"Des détails dans la rédaction des lettres. Pas de faute d'orthographes, l'évocation des activités d'Hermione et puis surtout, l'endroit où on les a retrouvées."

"L'endroit? Où ça?"

"Les premières étaient déposées au Ministère, d'abord dans la boîte aux lettres extérieure, puis à la réception et enfin, directement dans le bureau d'Hermione. Mais ce sont les deux dernières qui nous inquiètent…"

"Pourquoi?"

"Parce que je les ai retrouvée, ici. Sur le seuil, devant l'ascenseur." dit Hermione dans un souffle.

"Ici? Mais c'est impossible? Seul le gardien du secret peut révéler l'emplacement de l'appartement."

"Oui, c'est ce qu'on croyait" répond Harry "et pourtant, quelqu'un est monté jusqu'ici et a déposé ces messages devant la porte aux dragons…"

Il poursuit, à voix rauque. "Quelqu'un d'assez puissant pour contrer un sort de Fidelitas… Quelqu'un d'assez informé pour connaître les projets du Ministère concernant Hermione… Quelqu'un d'assez déterminé pour souhaiter sa mort…"

Hermione pousse un petit cri à côté de moi et je sens des frissons qui lui secouent les épaules. Je pose ma main sur son dos et regarde Harry dans les yeux.

"D'accord Harry, qu'est-ce que je peux faire pour elle?"

"Beaucoup, mon vieux, beaucoup plus que tu ne le crois."

Je regarde Hermione du coin de l'œil. Ma main est toujours posée sur son dos, entre ses omoplates, elle n'a pas essayé de se déplacer. Elle est peut-être la femme d'Harry Potter, elle est certainement responsable de mes nombreuses nuits sans sommeil mais c'est mon amie, ma meilleure amie. Et je sais que tant que je vivrai, je ne pourrai pas supporter qu'elle souffre.

"Explique-moi, Harry. Je ferai ce qu'il faudra…"

Harry me sourit un instant, il sait qu'il a gagné, ce petit con, que devant elle, je renonce à toute prudence, mais franchement, en ce moment précis, je me fous totalement d'avoir donné raison au Survivant.

"Tu peux déjà dormir ici ce soir… Ce serait un bon début."

Je le regarde, paniqué. Ca ne se passe pas du tout comme prévu, je ne suis pas sensé être seul avec elle.

Il poursuit, sans me laisser le temps de répliquer.

"Tu peux dormir ici, donc... et demain, nous accompagner au Ministère. Tu pourras lire le compte rendu de l'enquête en cours. Et puis, tu pourras rencontrer Kingsley Shacklebolt. Je lui en ai déjà touché un mot, mais je crois qu'il serait heureux de pouvoir lui-même faire la mise à niveau de tes capacités."

"Depuis combien de temps as-tu prévu ceci? Dis-moi, Harry?"

"Depuis le jour où Ginny m'a dit que tu rentrais au pays. Une quinzaine de jours, à mon avis…"

Hermione n'a pas bougé d'un pouce depuis le début de la conversation entre Harry et moi, je suis donc un peu étonné d'entendre sa toute petite voix me supplier.

"Ron, reste ici ce soir, s'il-te-plaît. Je serai plus rassurée…"

Harry s'estredressé et nous regarde de l'embrasement de la porte du salon.

"Puisque c'est elle qui te le demande, vieux… Moi, je dois filer, on m'attend."

Hermione se lève d'un bond et se précipite vers Harry. Je les vois, plus que je ne les entends, se murmurer quelque chose. Puis, Harry lui dépose un léger baiser sur le front avant de se retourner vers moi.

"Bonne nuit vous deux… A demain, au Ministère!"

Et sans bruit, il quitte l'appartement.

Une autre longue nuit commence.

Voilà, j'espère que vous avez aimé ce chapitre. L'action commence à montrer le bout de son nez. Le prochain chapitre est presque terminé et devrait être publié avant mercredi, il sera classé NC-17 mais peut-être pas pour les raisons les plus attendues. D'ici là, bisous à tous/toutes.