Chapitre 5 : Prêtre de la phalène et parchemin manquant
« Et bien au final, on aura évité le massacre. » Soupira Raziel, marchant doucement dans les couloirs du Fort de La Garde de L'Aube en cherchant à mettre de l'ordre dans ses pensées.
L'assassin savait qu'il aurait dû s'y attendre, mais comme toujours il avait sous-estimé la haine d'Isran à l'encontre des vampires: à la seconde où il avait vu Tanis, Sérana et Valérica, il avait ordonné à ses hommes de les tuer. Heureusement, un avertissement pour le moins brûlant de Durnehviir avait noirci l'intégralité de la façade du fort. Une fois les Gardes calmés, Raziel avait expliqué toute la situation à Isran qui, malgré les deux Parchemins des Anciens, était demeuré méfiant à la vue des dents pointues. Gunmar et Sorine Jurard l'avaient alors convaincu qu'il valait mieux éliminer Harkon et son clan que des alliés potentiels. Isran avait grogné, mais surtout, il avait finalement accepté une trêve temporaire. Il avait insisté lourdement sur la partie temporaire de leur accord et, avec réluctance, accepté de planifier la contre-attaque. Le lycan était soulagé d'avoir convaincu le vieux rougegarde, mais son instinct lui disait que les représailles d'Isran ne se feraient pas attendre trop longtemps.
Comme si jouer les tueurs à gage pour eux était pas suffisant.
À son grand désarroi, Durnehviir annonça qu'il allait partir pour explorer Bordeciel, qui avait beaucoup changé ces derniers millénaires.
Raziel était étonné de voir à quel point Durnehviir lui manquait.
Juste avant son départ, quelques heures seulement après leur arrivée au fort, l'ancien dragon l'avait prévenu que, si besoin était, il lui suffisait de hurler son nom, peu importait la distance, et il viendrait à son aide.
C'est sympa d'avoir un gigantesque ange gardien écailleux. J'espère juste qu'il ne va pas se mettre à brûler des villages, ça ferait désordre.
Raziel s'appuya sur le mur, observant l'enclos dans lequel Gunmar entraînait ses trolls de combat. Des saloperies mais efficaces au combat.
« Arkay te passe le bonjour. »
Oh non pas lui…
« Florentius Banius. » Soupira Raziel en se tournant vers le prêtre bréton. « Qu'est-ce qui t'amène ? »
Raziel n'avait rien contre lui, mais il était persuadé qu'un jour Florentius allait péter un câble et se mettre à poursuivre des gens avec un couteau en hurlant son amour à Arkay. C'était l'un des rares points sur lesquels Raziel et Isran s'accordaient. Mais fou ou pas Florentius était le meilleur guérisseur qu'il avait jamais vu; il était capable de vous remettre sur pied peu importe l'état dans lequel vous vous trouviez.
« Arkay m'a dit de te donner ça. » Dit le prêtre en fourrant une série de remèdes dans les bras de l'assassin. « Ça accélérera la guérison des brûlures. »
Raziel cligna des yeux. Il avait caché à tous que les blessures infligées lors de son combat contre Durnehviir n'avaient pas totalement cicatrisé.
Il a l'œil.
« Oh, et une dernière chose, Arkay me dit de te dire que dissimuler sa douleur à ceux qui pourraient t'aider n'apporte rien de bon, allez, au-revoir. » Sur ces mots, Florentius abandonna Raziel. Pour le moins troublé, il se demanda un instant ce qui venait de se passer, mais jugea préférable de ne pas trop se poser de questions.
Il retourna dans la chambre qu'on lui avait attribuée et, une fois la porte fut verrouillée, commença à examiner son bras gauche. En théorie il aurait dû guérir en moins d'une journée, mais d'après Durnehviir, la magie contenue dans les flammes d'un dragon rendaient tout rétablissement ardu, voire impossible.
Un peu plus et je finissais manchot. Mon armure a de la chance de se réparer toute seule, et aussi rapidement. Bon voyons voir à quel point les potions de Florentius sont efficaces.
Raziel dénoua lentement le bandage qui entourait son bras et grimaça en voyant l'état déplorable de sa peau.
Par Hircine…
Les choses écœurantes, les cadavres, les zombies, la pourriture, il connaissait, mais il avait toujours détesté la vision de la chair brulée. Grimaçant de douleur, il commença à appliquer les baumes de Florentius. À peine eut-il touché sa peau qu'une décharge douloureuse lui parcourut le membre et fit trembler tout son corps. Les dents serrées, il termina d'étaler les pommades et fut récompensé par une vague de fraîcheur apaisante.
Il faudra que je remercie Florentius.
C'est alors que des coups retentirent à la porte.
« Oui ? »
« Isran veut te voir. »
Raziel reconnut la voix de Celann, le bras droit du chef.
« J'arrive. »
Parfait, je voulais justement mettre les choses au clair avec lui.
Raziel sortit sans dire un mot et suivit Celann, qui le conduisit au second étage du fort, jusqu'à la salle de torture… Raziel examina la pièce, qui n'avait pas dû être nettoyée depuis des années au vu du tapis de sang noirci par le temps. Le lycan fixa l'homme qui l'avait sauvé du Penitus Oculatus, l'homme qui dirigeait la seule organisation capable de combattre Harkon et son clan, l'homme qui le considérait comme une simple machine à tuer.
Isran.
L'assassin et le garde se fixèrent en silence durant plusieurs secondes, puis Isran prit la parole:
« Pourquoi ? » Demanda-t-il d'un ton accusateur.
Nous y voilà…
« C'était la chose à faire. »
« Ce n'est pas la manière de faire de la Garde de L'Aube. » Rétorqua froidement Isran.
« C'est vrai, mais c'est la mienne.» Rétorqua Raziel, pas impressionné pour un sou.
Isran grogna d'irritation devant le ton du lycan.
« Qu'as tu prévu de faire, alors ? » Demanda-t-il en lui jetant le regards qu'il réservait d'habitude au vampires.
« Je reste avec la Garde jusqu'à ce qu'on ait réglé le problème d'Harkon, mais ensuite… »
« Tu partiras. » Compléta Isran.
« Oui. »
Isran ferma les yeux. Lui et Raziel savaient parfaitement qu'il ne pouvait rien faire pour le retenir : les pertes seraient trop élevées.
« Tu as conscience que tu seras traqué par la Main d'Argent à la seconde où tu quitteras l'ordre ? »
Raziel sourit à cette remarque.
« Isran, tu penses réellement que ces lâches représentent un quelconque danger pour moi ? Même si ça me coûte de l'avouer, un seul de tes hommes vaut au moins dix des leurs. » Ricana-t-il.
« Je suis étonné de t'entendre chanter les louanges de la Garde. » Siffla Isran.
« Je n'ai jamais haï la Garde, Isran. Ta cause est juste, mais tu te laisses aveugler par ta haine. » Répondit calmement le lycan.
« C'est ma haine qui m'a maintenu en vie toutes ces années. Elle est ma force et mon arme. »
« C'est une arme à double tranchant. »
« … Sans doute. Je ne peux pas parler pour la Main d'Argent, mais les Gardes ne te traqueront pas. »
« Et les autres ?» Questionna Raziel.
Il savait que Isran aurait préféré bouffer des charbons ardents plutôt que de gracier les vampires qui avaient accompagné le lycan, mais celui-ci avait bien montré ce qui se passerait si la Garde touchait à un seul de leurs cheveux.
« Tant qu'ils ne se nourrissent pas d'humains, nous les épargneront. »
Whoa, ça a dû lui coûter de dire ça.
« Merci. » Répondit Raziel du bout de la langue.
« Considère ça comme le paiement pour ton aide. » Grogna Isran.
«Alors, quel est le plan ? »
« Simple: la vielle Valérica va rester ici pour garder les Parchemins des Anciens. Tanis et Sérana vont partir à l'Académie de Fortdhiver pour chercher des indices concernant le parchemin manquant. »
Au moins il est bon stratège.
« Et moi ? »
« Toi, tu vas devoir trouver un Prêtre de la Phalène pour qu'on puisse décrypter les parchemins. »
Attends quoi ?
« Le seul endroit où on peut trouver ces prêtres c'est à la Tour d'or blanc dans la Cité Impériale. Le temps que je fasse l'aller et retour Harkon aura eu tout le temps nécessaire pour récupérer les parchemins.»
« Un prêtre est arrivé en Bordeciel il y a peu. Mes hommes l'ont aperçu à Faillaise. Je ne connais pas son but, mais il se dirigeait vers Pondragon avec une escorte de soldats Impériaux. »
« Il y a combien de temps ? »
« Environ quinze jours. » Raziel calcula rapidement. Un coursier seul avec un cheval rapide pouvait rallier Pondragon en partant de Faillaise en un mois mais un convoi mettrait le double.
« Je pars tout de suite. »
« Bien. »
Dès que Raziel eut quitté les lieux, Celann, qui était resté silencieux durant toute la conversation, interrogea Isran.
« Est-ce judicieux de laisser en liberté un monstre comme lui ? » Demanda le bréton en jetant un regard haineux là où avait disparu le concerné.
« Celann, tu crois vraiment qu'on a les moyens de le garder en cage ? » Demanda Isran d'un ton las.
« Le Penitus Oculatus y est parvenu. » Rétorqua son compagnon.
« Seulement parce qu'il le voulait. Crois moi je l'ai vu combattre… Il n'y aucun humain capable de rivaliser avec lui. »
« Nous affrontons des vampires au quotidien. Je ne vois pas la différence.»
« C'est bien ça le problème Celann… De toute manière, l'objectif de notre ordre est de combattre les vampires. Les loups-garous ont la Main d'Argent.»
Celann poussa un grognement méprisant, mais n'ajouta rien de plus. Isran s'adossa à sa chaise et examina les rapports devant lui. Au fond de lui il savait une chose que Celann refusait de voir: si Raziel décidait de massacrer la Garde de L'Aube, personne ne pourrait l'arrêter. Après tout même la Confrérie Noire au grand complet n'avait pas réussi à abattre ce monstre. Isran haïssait les non-humains mais il connaissait ses limites. Si pour permettre à la Garde de L'Aube de continuer sa tâche il devait laisser trois vampires et un loup-garou en vie, il le ferait.
Avant de partir, Raziel désirait parler avec Tanis et Sérana. Il savait que ses compagnons étaient largement capables de se débrouiller seul mais un mauvais pressentiment le tiraillait.
L'assassin remarqua le duo, qui se tenait à l'abri des regards sous l'ombre des arbres de la forêt entourant le fort. Il s'apprêtait à les rejoindre quand il remarqua leur comportement: proches l'un de l'autre, le sourire aux lèvres, dans un endroit discret…
Et bien si je m'attendais à ça, pensa-t-il en souriant discrètement dans un hochement de tête.
Pendant tout la durée du voyage il les avait vus se rapprocher. Au début, il avait craint que Sérana cherche à séduire Tanis pour avoir son propre esclave, mais la différence entre cette amourette et les sortilèges des vampires demeurait trop flagrante pour qu'il s'inquiète.
Sachant que je ne l'ai jamais vécu, c'est curieux que j'arrive à le reconnaître. Bon laissons les jouir l'un de l'autres tant qu'ils le peuvent encore. Lorsque le sang commencera à couler il sera trop tard.
Raziel sentit une odeur particulière s'insinuer dans l'air.
Oh non pas elle…
Le lycan se tourna pour faire face à la mère de Sérana.
« Valérica. » Salua froidement le lycan
« Raziel. » Répondit la vampire millénaire sur le même ton.
« Tu veux quelque chose ? »
« … J'ai appris que vous partiez à la recherche d'un prêtre de la Phalène et je désirais simplement vous remercier tant que j'en ai l'occasion. »
« Hein ? »
« Ma fille m'a raconté comment vous lui avez sauvé le vie. Sans vous elle serait entre les mains d'Harkon. J'ai une dette envers vous. »
« … »
« Bonne chasse, fils d'Hircine. » Sur ces mots, Valérica abandonna Raziel.
L'assassin était stupéfait que Valérica soit venue le remercier.
Je l'ai sous-estimée.
Avec un sourire, il décida de laisser le jeune couple profiter l'un de l'autre.
« Crin d'Ombre. »
À son appel, le cheval daedrique se matérialisa à ses côtés et Raziel lui flatta affectueusement le flanc. « À nouveau, c'est juste toi et moi vieux frère. »
Le cheval frotta sa tête contre son maître avec impatience.
«Oui, oui on est partis. »
L'assassin ajusta la selle, vérifia son équipement et enfourcha son destrier.
« Oy ! Raziel ! »
Tiens, il a fini avec Sérana ?
« Tu n'allais pas partir sans dire au revoir quand même ? »
« Si, Tanis. »
Le mage s'approcha de lui avec un sourire.
« Oh, allez, fait pas ton timide. »
« Je ne suis pas timide. »
« C'est ça. » Moqua le mage.
« Lorsqu'on est poli, on n'interrompt pas des amis qui sont en train de s'échanger des mots doux. » Dit Raziel d'un ton amusé.
Tanis fronça les sourcils, indécis.
« Qu'est-ce que tu… » Il écarquilla les yeux en comprenant ou l'assassin voulait en venir. « Oh… Ce n'est pas… On n'a pas… » Bégaya-t-il. Découvert, pensa-t-il en ricanant silencieusement.
Décidant qu'il avait assez embêté son camarade, il changea de sujet:
« Au fait tu sais où commencer les recherches ?»
Tanis soupira de soulagement et répondit:
« Je pensais aller à l'Académie de Fortdhiver. Même s'ils ne savent pas exactement où chercher, ils peuvent sûrement nous donner une piste. J'ai juste peur qu'ils refusent de nous aider. »
« Si jamais tu as besoin de fournitures ou d'ingrédients rares cherche un bosmer nommé Enthir. S'il est réticent dis-lui que tu es envoyé par Hawke. Tant que tu le payes, il te procurera tout ce dont tu as besoin. »
« Hawke ? » Demanda Tanis avec curiosité.
« Ne pose pas de questions. »
« Comme d'habitude. » Soupira le mage. « Dis, je ne sais pas si tu es au courant, mais le look 'bel inconnu au passé ténébreux' c'est plus à la mode. »
« C'est là que je dois rire ?» Rétorqua-t-il d'un timbre moqueur. « Tanis, ne contacte Isran que lorsque tu seras sûr d'avoir trouvé le parchemin. »
« Hein ? Pourquoi ? »
« Je crains que Harkon ait bien plus de connexions qu'on ne le soupçonne. Il fera tout pour retrouver Sérana, alors fait attention. »
« Ne t'inquiètes pas, si un des chiens d'Harkon rapplique, je lui apprendrai ma définition du mot enfer. Une seconde, s'il a tant d'influence, il ne risque pas d'attaquer le Fort ?» S'inquiéta-t-il soudainement.
« Pour ça il faudrait d'abord qu'il le trouve, et ensuite ce fort a été bâti pour résister aux attaques de vampires et de morts -vivants en tout genre. Il y a une quantité ahurissante de pièges et d'autres petites surprises pour les attaquants. Si Harkon commet l'erreur d'attaquer, il le paiera. » Assura Raziel.
« Je ne sais pas si ça va rassurer Sérana que sa mère reste enfermée dans une forteresse dédiée à la destruction de sa…notre race. »
«Elle devra faire avec. » Soupira l'assassin.
« Tu es rude. »
« Pragmatique. »
« Il y a une différence ? »
« La même qu'entre conciliant et gentil. »
« …Si je te connaissais pas je serais persuadé que tu te fous de moi. »
« Moi ? Voyons, je n'oserais jamais. »
Tanis éclata de rire et secoua la tête.
« Okay… Sois prudent Raziel. »
« Ne t'inquiètes pas, j'ai vu pire comme mission. »
L'assassin salua son compagnon et talonna sa monture. Un peu avant qu'il soit hors de portée, il entendit Tanis crier :
« Au revoir mon ami ! »
Ami, hein…
Raziel soupira et contempla l'horizon. Désormais c'était juste lui et Crin d'Ombre. Il devait avouer que le retour à la solitude lui faisait un bien fou. Il avait beau apprécier Tanis et Sérana, l'atmosphère du fort l'étouffait. Rien ne lui ferait jamais comprendre comment les humains pouvaient préférer une maison en pierre sans âme a la beauté sauvage de la nature.
Bah tant pis…
Il fit claquer les rênes et Crin d'Ombre partit au galop, en direction de Pondragon.
Le voyage se déroula sans véritable problème. Un petit groupe de bandit avait pris l'assassin pour un simple pèlerin, mais leurs cadavres témoignaient de cette fatale erreur.
Le lycan entra dans le village et fut aussitôt arrêté par un garde.
« Halte ! Que venez-vous faire ici ? »
« Je suis à la recherche d'un prêtre de la Phalène. Par hasard l'auriez-vous vu ? »
« Pour quelle raison le cherchez-vous ? » Questionna le garde avec méfiance.
« On m'envoie pour renforcer sa protection. Mes employeurs craignent qu'il ne lui arrive malheur. »
Satisfait par ces explications, le garde hocha la tête.
« Il a quitté le village il y a quelques heures, il se dirigeait vers Rorikbourg. »
Oblivion ! Je l'ai manqué !
« Merci. »
Raziel talonna Crin d'Ombre et traversa le pont de pierre millénaire qui avait donné son nom au village. Comme à chaque fois, il eut l'impression que les yeux en pierre des dragons sculptés semblaient le suivre. Il poussa sa monture à pleine vitesse en espérant rattraper le prêtre et son escorte, mais son espoir mourut rapidement à la vue de la caravane détruite. Tous les gardes étaient morts, entourés de nombres de leurs assaillants, mais pas de signe du prêtre. Raziel mit pied à terre et examina les traces tout en humant les parfums de la bataille. Après la mort du dernier légionnaire, un quatuor de vampires, dont un seigneur d'après l'odeur, était apparu pour se saisir du prêtre avant de partir en abandonnant les cadavres de leurs esclaves et des légionnaires.
Ces abrutis sont tellement sûrs d'eux qu'ils n'ont même pas pris la peine de cacher leurs traces.
Ce comportement et cette tactique pour le moins grotesques ne ressemblaient pas aux vampires Volkihar.
Un autre clan vampires sans doute… Sont-ils des mercenaires à la solde d'Harkon ou une autre faction opposée à lui ? Connaissant la nature perverse de ces créatures, tout est possible. Enfin ça n'aura plus d'importance une fois qu'ils seront morts.
Ces vampires avaient emportés sa proie et pour cela ils devaient mourir.
Raziel renvoya Crin d'Ombre et continua à pied suivant les traces laissés par les vampires et leurs esclaves. Les traces étaient encore fraîches, vielles de quelques heures au maximum, en plus de ne pas avoir été masquées. D'habitude, Raziel ne se plaignait pas qu'on lui facilite la tâche, mais là ils exagéraient. Franchement il avait plus l'impression de poursuivre un groupe de nobles gros et gras accompagnés de leurs chiens plutôt que de chasser des prédateurs nocturnes renommés pour leur discrétion. Comparée au combat contre Durnehviir cette chasse lui semblait bien fade.
Tiens je me demande ce qu'il devient, je n'ai pas eu de nouvelles depuis qu'il a quitté le Fort… bah, pas de nouvelles, bonnes nouvelles, comme on dit.
Très vite Raziel finit par arriver à l'une des trop nombreuses grottes qui perçaient la Crevasse. Ne repérant aucun garde, il se glissa silencieusement à l'intérieur et comprit immédiatement pourquoi personne ne faisait le guet. Devant ses yeux ébahis se dressait un fort. Certes plus petit que les forts conventionnels, mais quand même…
Quel genre de malade peut faire bâtir un château dans une grotte ?
Ce qui attira son attention ensuite ne furent ni la vingtaine de gardes non-vampires, ni les innombrables statues de gargouilles, mais plutôt le cercle de pierre antique qui maintenait une sorte de champ de force emprisonnant un vieil homme en robe grise.
Trouvé.
Raziel sourit en voyant le Prêtre de la Phalène vivant, mais s'assombrit soudainement lorsqu'un des vampires s'approcha du vieillard. Il était trop loin pour entendre les mots échangés par les deux hommes, mais les intentions du suceur de sang ne laissaient aucun doute.
Par le sang d'Hircine ! Il veut en faire un esclave !
En temps normal il aurait pris son temps pour éliminer ses ennemis discrètement, sans risque inutile, surtout avec un bras tout juste guéri, mais les circonstances ne lui laissaient guère le choix.
Raziel ferma les yeux et amorça sa transformation en loup. Il sentit sa part sauvage rugir de plaisir tandis que ses os et ses muscles s'épaississaient, se remodelaient. Il ne put s'empêcher de sourire devant l'exubérance de son alter-ego. Après une fraction de seconde, une bête immense se tenait à la place de Raziel. Dans l'obscurité de la grotte, son pelage noir fournissait un camouflage parfait. Il se glissa silencieusement jusqu'au mur d'enceinte en esquivant sans peine les gardes. Arrivé au mur, il l'escalada de manière à pouvoir avoir une vue dégagée sur le cercle de pierre et nota que seuls les vampires étaient présents, dont l'un se tenant juste au-dessous de lui.
Parfait.
Il se laissa tomber sur le malchanceux qui hurla de douleur lorsque le loup-garou d'une demi-tonne atterrit sur son dos et lui brisa les os. Les cris du vampire s'achevèrent quand les griffes de Raziel lui cisaillèrent la gorge.
Les trois autres revenants bombardèrent aussitôt le lycan de sorts furieux. Les éclairs et les pics de glaces volèrent, mais sous sa forme bestiale, Raziel se déplaçait trop vite. En un instant, il avait parcouru la distance qui le séparait de ses ennemis. Le premier vampire eut le crâne explosé par le poing de Raziel, et le second ne tarda guère à l'imiter, gisant, éviscéré, sur le sol rocailleux. Le dernier recula et amorça sa propre transformation mais le lycanthrope l'empala avant qu'il n'ait le temps de finir.
Raziel arracha ses griffes du corps inerte dans un bruit de succion et tourna ses yeux jaunes vers le prêtre. Il fut soulagé de voir qu'il était inconscient; ça éviterait les explications gênantes.
Bon comment je désarme ce champ de force ?
Avant qu'il n'ait trouvé une solution, les esclaves humains entrèrent dans la cour et, à la vue des cadavres de leurs maitres, chargèrent Raziel en hurlant de rage. Il roula des yeux, ennuyé par cette vaine interruption.
Abrutis, je vous aurais laissés en vie.
Les malheureux furent décimés en quelques minutes, réduits en pièces, leurs armures offrant à peu près autant de protection qu'une feuille de papier face aux coups de Raziel.
Après avoir éliminé toute résistance, il reprit forme humaine, revêtit son équipement et chercha un moyen de libérer le prêtre.
Dans les vieux contes, le héros est censé aller au secours d'une belle demoiselle en détresse… Et moi je me retrouve à sauver les fesses d'un vieux barbu. Karma quand tu nous tiens…
Après avoir fouillé la zone, il finit par trouver une sorte d'autel avec un trou gravé de symboles bizarres.
Mmm quelque-chose doit s'insérer là-dedans… Le seigneur vampire doit avoir la clé.
Suivant son intuition Raziel fouilla le corps du vampire. Dans l'une des poches, il trouva une sorte d'orbe couvert des mêmes symboles que ceux sur l'autel. Raziel y retourna, enfonça l'orbe dans la cavité prévue à cet effet et aussitôt le champ de force disparut. Ceci fait, il se rua sur le prêtre.
« Eh ! Vous allez bien ? » Raziel regarda le prêtre se relever en marmonnant quelque chose à propos d'un maître décédé et de vengeance.
Oh merde !
Le prêtre ramassa une épée et se jeta sur Raziel qui esquiva aisément les coups maladroits du vieil homme, tout en cherchant un moyen de le neutraliser sans le tuer. Une idée effleura l'assassin; il désarma le prêtre avant de lui décocher une gifle monumentale. Le coup envoya valdinguer le vieillard, malgré les efforts que Raziel déployait pour retenir sa force. Il se précipita auprès du pauvre homme et fut soulagé de le trouver encore en vie.
Reste à espérer que cela suffira à briser le sort.
Il s'assit sur le corps d'un des vampires et attendit que le vieil homme se réveille. Après une attente qui lui parut interminable, le prêtre finit par grogner et ouvrit les yeux.
Enfin !
Le vieil homme se redressa, les yeux papillonnants, apparemment confus.
« Où…Où suis-je ? » Bégaya t-il.
« Dans une grotte, dans la Crevasse. »
La voix froide de Raziel fit sursauter le vieillard qui se tourna pour lui faire face.
« Qui êtes-vous ? » Demanda-t-il homme d'un ton inquiet.
« Mon nom n'a pas d'importance, nous n'avons pas de temps à perdre en politesse, d'autres vampires peuvent arriver à n'importe quel moment. »
Et j'aimerais éviter de devoir les affronter avec un boulet dans les pattes.
« Des…vampires ?... Oui je me rappelle, après que les bandits ont attaqué la caravane et abattu les légionnaires, ils sont venus et m'ont emporté. Mais après ça… »
Pour l'amour D'Hircine on n'a pas le temps pour les explications !
« Vous inquiétez pas pour la légère perte de mémoire c'est l'un des effets secondaires du sort de séduction que le vampire utilisé pour vous asservir. »
« M'asservir ?! Mais pourquoi ? »
Ce prêtre commence à m'énerver…
« Pour la même raison que la Garde de L'Aube m'a envoyé vous sauver : pour décrypter les Parchemins des Anciens. » Exposa Raziel en contenant difficilement son irritation.
« Si je me rappelle bien, la Garde de l'Aube est un ancien ordre de chasseurs de vampires… »
Ah ! t'es bien le seul à t'en rappeler !
« …Attendez-vous avez un parchemin des anciens ? »
« Deux, pour être exact. »
« Par la grâce de Mara ! Et bien vu que vous m'avez sauvé des griffes de ces monstres, c'est la moindre des choses que je vous aide. »
« Parfait, suivez-moi. »
« Oh, pardonnez mes manières, j'ai oublié de me présenter : Je suis Dexion Evicus, Prêtre de la Phalène au service de l'empereur. »
Et vous voilà à voyager avec l'homme qui a tué votre seigneur. Le destin a un sens de l'humour bien étrange.
Le prêtre tendit la main à L'assassin qui la serra.
« Raziel. » Répondit-il simplement. « Maintenant si vous avez fini nous ferions mieux de partir, l'odeur du sang va attirer tous les prédateurs à plusieurs kilomètres à la ronde. »
Et je ne parle pas que des animaux.
« Mais de quoi parlez-vo… »
Dexion remarqua alors la scène de carnage sanglante, dernier témoignage de la furie de Raziel. La vue des corps démembrés le fit tourner de l'œil et c'est dans un soupir que Raziel lui saisit le bras et le traîna à l'extérieur.
« M-merci, j-je ne suis pas habitué à ce genre de spectacle. »
« Bienvenue en Bordeciel. »
« Euh, désolé de vous poser cette question, mais où allons-nous ? »
« … Blancherive, il y a un poste de la Garde de l'Aube là-bas. »
« Nous y allons à pied ? »
Raziel se contenta d'appeler Crin d'Ombre. Dexion sursauta en voyant le cheval daedrique se matérialiser.
« Pour répondre à votre question: non »
Il enfourcha sa monture et tendit une main au prêtre pour l'aider à monter. Dès qu'il furent tous deux en selle, Crin d'Ombre s'élança sur la route.
« Enfin arrivés. » Soupira Dexion lorsqu'ils atteignirent la ville.
Bien que Raziel refuse de l'admettre, il était bien d'accord avec le prêtre. Non pas que Dexion soit particulièrement énervant, ses connaissances historiques rendaient la conversation plutôt agréable, mais l'assassin se sentait mal à l'aise dans le rôle de garde du corps. À toujours devoir être aux aguets, il avait l'impression d'être une proie et cela commençait à le rendre fou. Plus que jamais auparavant, il avait hâte de confier son fardeau aux agents de la Garde de L'Aube.
Je me demande si Tanis et Sérana sont parvenus à trouver le parchemin manquant.
Raziel et Dexion descendirent de Crin D'Ombre, qui disparut aussitôt, et se hâtèrent de rejoindre les portes de Blancherive. Raziel prit la peine de retirer son masque et de repousser sa capuche, histoire que les gardes n'attaquent pas à vue. Ceux-ci se montrèrent curieux de voir un vieil érudit en robe grise accompagné par un guerrier à l'équipement exotique.
Encore des gens qui n'ont jamais vu une arbalète.
Dexion, quant à lui, parvint à les convaincre qu'il était un simple érudit voyageant avec son garde du corps. Ce qui, en l'occurrence, était vrai. Après une courte hésitation, les gardes finirent par ouvrir les portes. Tandis qu'ils entraient, Raziel examina Blancherive avec curiosité. Malgré ses nombreux déplacements, il n'avait jamais pris le temps de s'y détendre, venant toujours ici pour des raisons professionnelles.
Faudra que je prenne un jour le temps de la visiter.
Il secoua la tête et fit signe à Dexion de le suivre.
Bon voyons voir… d'après les instructions d'Isran, la cellule serait…Ici ?
Raziel s'arrêta devant l'auberge du Chasseur Ivre.
Une taverne servant d'avant-posteà une organisation secrète... Et moi qui pensais que rien ne pouvait plus m'étonner.
Il entra dans l'auberge, remarquant au passage le nombre restreint de clients, et fut aussitôt accueilli par le propriétaire, un elfe des bois.
Elrindir si je me rappelle bien.
« Bienvenue au Chasseur Ivre ! Que puis-je pour vous ? »
Raziel s'approcha de l'elfe et murmura :
« L'aube se lève. »
Elrindir cligna des yeux surpris puis répliqua:
« Et je réponds à l'appel. »
Raziel hocha la tête, satisfait de voir que, pour une fois, les phrases codées servaient à quelque-chose.
« Comment va le prêtre ? »
« Vois par toi-même. » Disant cela, il fit signe au vieil homme d'approcher. « Dexion, je te présente Elrindir. Lui et son frère vont assurer ta sécurité le temps qu'une escorte arrive. »
« Euh, Sir Raziel ? »
« Oui Elrindir ? »
« Isran a donné des instructions: vous devez aller à la Jument Pavoisée pour y recevoir les prochains ordres. »
Raziel arqua un sourcil étonné; d'habitude, Isran aurait transmis directement ses instructions.
J'ai un mauvais pressentiment… Pensa-t-il en se tournant vers Dexion.
« C'est ici que nos chemin se séparent. »
« Puissent les divins veiller sur vous, Raziel. » Dit respectueusement le vieil homme.
« Je n'ai pas besoin de l'aide des divins Dexion. Du moins pas tant que j'ai mes griffes et mes crocs. » Répondit Raziel, amusé.
Il sortit de l'auberge, laissant l'agent de la Garde de l'Aube et le prêtre déboussolés par cette orgueilleuse déclaration.
Bon, Jument Pavoisée me voilà !
Raziel esquiva à la dernière seconde une gamine qui venait de surgir de nulle-part.
« Attention. » Grogna-t-il en toisant la gamine, avec ses cheveux sombres et son nez pointu, des traits indéniablement impériaux.
« Pardon Monsieur ! » S'excusa-t-elle en jetant un regard curieux a l'assassin. « Est-ce que vous êtes un compagnon ? »
« Pardon ? »
C'est quoi cette question?
« Un compagnon ! Vous savez les guerriers à Jorrvaskr ! Ceux qui aident les gens contre des pièces ! » S'enthousiasma la petite.
« Tu me demandes si je suis un mercenaire ? » Questionna Raziel, de plus en plus troublé par cette conversation.
« Non, vous ne comprenez rien ! Les compagnons ne sont pas des mercenaires ! Ce sont des héros ! Les héritiers d'Ysgramor ! »
Le lycan cligna des yeux devant la verve de l'enfant.
Elle m'arrive à peine au genou et pourtant elle me donne plus de fil à retorde qu'un smilodon.
« Non, je ne suis pas un compagnon. Et pourquoi tu as besoin d'un de ces compagnons d'ailleurs ? »
Le visage de la petite fille se ferma.
« Il y a ce monsieur, Mikael. Il n'arrête pas d'embêter maman ! Elle le repousse à chaque fois mais il revient toujours ! Alors je me suis dit que j'allais demander de l'aide aux compagnons ! »
Raziel pensa un instant à partir et laisser la gamine en plan, mais il vit qu'elle était réellement inquiète pour sa mère. Avec un soupir, il se décida:
« D'accord, je vais aller toucher deux mots à ce Mikael »
Par Hircine, dans quel genre d'emmerde est-ce que je me fourre cette fois ?
« Vraiment ? Mais pourquoi ? » Demanda la fillette avec des yeux écarquillés.
« Parce que j'en ai envie. » Répondit simplement Raziel.
« Vous êtes bizarre monsieur, mais gentil. Merci. »
Raziel se contenta de sourire et partit. Très vite, il arriva à destination: l'auberge de la Jument Pavoisée. Contrairement au Chasseur Ivre, cette auberge-là était bondée. Presque la moitié de la ville se remplissait le gosier de bière et d'hydromel.
L'endroit parfait pour se fondre dans le décor.
Il referma la porte et alla s'asseoir au comptoir.
« Bien le bonjour, vous prendrez ? » lui demanda la tenancière, une grande nordique brune au visage souriant.
« Une chope d'hydromel. »
« Voilà. »
« Merci. Puis-je vous demander quelque-chose ? »
« Allez-y. »
« Vous connaîtriez un certain Mikael ? »
« Le barde ? Oui malheureusement, il chante dans ma taverne quand il n'est pas en train de courir après toutes les femmes de la ville ! »
Raziel fut étonné de sentir autant de colère dans la voix de cette femme qui ne semblait pas être du genre à s'emporter aisément.
Ce Mikael doit être un sacré fout-la-merde.
« Vous ne semblez pas l'apprécier. »
« Ça non ! Si je pouvais, je le virerais de mon établissement, mais le seul autre barde en ville travaille pour les Compagnons à Jorrvaskr. Par les huit, je passe mes journées à prier pour que quelqu'un lui flanque une bonne correction ! » Grogna-t-elle.
« Il ne peut pas être si horrible que ça, si ? » Insista Raziel.
« Hm, vous dites ça parce que vous n'êtes pas une femme. Cette ordure séduit toute les filles qui lui passent sous le nez et dès qu'il a eu ce qu'il voulait, il les jette comme des chaussettes trouées ! Et le pire: lorsque qu'une femme refuse ses avances, il la harcèle jusqu'à ce qu'elle craque ! Sa dernière cible en date c'est Carlotta Valencia, elle est à peine veuve et déjà ce salaud veut se la faire ! »
Oula, je crois bien avoir trouvé un connard de première ordre !
« Et les gardes ne font rien ? »
La tavernière renifla d'un air méprisant.
« Tch, ils disent qu'il n'a commis aucun crime et donc qu'ils ne peuvent l'arrêter ! »
« Je vois… »
Finalement c'est pas une si mauvaise chose que cette gamine me soit rentrée dedans.
« Tiens, quand on parle du loup. »
Raziel se retourna pour voir un jeune nordique blond entrer dans l'auberge.
Cible acquise….
L'assassin remercia la tavernière et la paya avant d'aller à la rencontre du barde.
« Mikael ? »
« Qui le demande ? »
Voix posée, timbre clair …Ce type est bien un barde.
« Un homme qui veut que tu laisses Carlotta Valencia tranquille. » Rétorqua Raziel.
« Oh je vois, la petite impériale vous a tapé dans l'œil, hein ? Mais dommage, c'est ma proie. »
Raziel sentit la colère monter en lui, mais la refoula de son mieux.
Je veux lui donner une leçon, pas le tuer.
« Dernier avertissement. » Prévint-il froidement.
Il remarqua que tous les clients s'étaient tus et regardaient la confrontation avec des yeux curieux.
« Sinon quoi ? » Provoqua le barde dans un rictus arrogant.
Le blond ne vit rien venir.
Le poing de Raziel percuta le visage de Mikael, lui brisant le nez et l'envoyant voler contre un mur. Le barde percuta le mur et s'écroula en grognant de douleur. Raziel fut ravi de voir qu'il avait parfaitement contenu sa force. Il approcha du blondinet qui peinait à se lever, le saisit par le col et le redressa de manière à ce que les yeux bleus du barde soient à la hauteur des siens.
« C'est le seul avertissement que je te donne, la prochaine fois je ne serai pas aussi gentil, compris ? »
Le barde hocha la tête vigoureusement, totalement terrifié.
« Bien. »
Raziel le lâcha et Michael fila aussitôt sous les huées des autres consommateurs.
Une bonne chose de faite.
L'assassin retourna s'asseoir au comptoir tandis que les discussions reprenaient dans l'auberge comme si de rien n'était.
Pas étonnant, c'est courant les bagarres en Bordeciel.
À peine fut-il assis qu'une chope d'hydromel se matérialisa devant lui. Raziel jeta un regard interrogateur à la tavernière.
« Cadeau de la maison. »
« …Merci. »
Il resta au comptoir plusieurs heures, attendant que l'agent de la Garde prenne contact.
Divins ! que je m'ennuie.
Le lycan soupira, espérant que quelque chose arriverait, n'importe quoi. Sa prière fut exaucée lorsque qu'une séduisante impériale aux cheveux noirs vint lui parler. Elle se présenta comme Carlotta Valencia et était venue le remercier d'avoir remis Michael à sa place. Elle voulut payer l'assassin, mais celui-ci la convainquit que c'était inutile, il n'avait fait qu'agir comme quelqu'un de normal. Après une discussion pour le moins fort agréable, Carlotta s'excusa et retourna s'occuper de sa fille sans manquer de remercier Raziel pour son aide.
Cette preuve de gratitude le déstabilisa, abandonnant un sentiment inconnu dans son estomac. Tous les mercis qu'on lui avait offerts dégageaient un goût amer, forcé, et toujours ceux qui les prononçaient semblaient plus heureux de le voir déguerpir que d'accepter son aide.
Ma foi il faut une première à tout.
Soudain, la porte de l'auberge claqua violemment, faisant sursauter le lycan perdu dans ses pensées. Alors qu'il portait une main à sa dague. Un trio de guerrières pour le moins atypiques venait d'entrer dans l'auberge. Raziel les détailla du coin de l'œil avec un intérêt certain.
La plus jeune du groupe était une impériale nerveuse armé d'une épée et d'un bouclier qui, aidée d'une nordique aux cheveux blancs, transportait la carcasse d'un énorme élan tué d'une flèche dans l'œil. Les deux arboraient un équipement semblable, mais leurs épées étaient faites d'un acier que Raziel n'avait jamais vu. Reportant son attention sur la meneuse, il en eut le souffle coupé; cette nordique était d'une beauté divine, capable de faire passer Dibella pour une souillon. Elle portait une antique armure nordique qui dévoilait bien plus de peau qu'une armure ordinaire et mettait en valeur son corps entraîné de guerrière. Raziel remarqua ensuite ses longs cheveux auburn ainsi que sa peinture de guerre, trio de lignes vertes lui barrant le visage. Raziel calma sa respiration, parvenant enfin à se calmer.
Putain, mais qu'est-ce qui m'arrive ? Depuis quand je réagis comme ça aux femmes moi ?
Le premier choc passé, Raziel nota plusieurs détails: mouvements fluides et assurés, yeux froids et vigilants, arc d'ébonite… La femme était une guerrière chevronnée bien plus dangereuse que les deux autres.
Non pas un guerrière …une chasseuse.
Ladite chasseuse tourna les yeux et remarqua à son tour Raziel. Leurs regards se croisèrent et il comprit qu'elle agissait exactement comme lui; elle le jaugeait, l'analysait, et d'après la lueur qui anima ses iris métalliques, elle était arrivée à la même conclusion que lui.
Cette femme est dangereuse, bien plus que tous les vampires que j'ai affrontés jusque-là…Intéressant. Mais pourquoi j'ai l'impression de l'avoir déjà croisée ?
« Aela ! » Interrompit la tenancière d'une voix chantante.
La dénommée Aela se tourna vers l'aubergiste pour la saluer:
« Hulda. »
Raziel remarqua que la voix d'Aela était étonnamment mélodieuse, grave et claire tout à la fois. Elle engagea la conversation avec Hulda tandis que les deux autres guerrières transportaient l'élan dans les cuisines. D'après les échos de la conversation, il semblait qu'Aela et les deux autres, Ria et Njada, étaient membres des Compagnons. Ils rentraient d'une mission lorsqu'Aela avait repéré un élan et s'était remémoré les complaintes d'Hulda concernant ses réserves vides. La chasseresse avait donc décidé de faire d'une pierre deux coups. Pendant la conversation, Raziel inspira doucement le parfum de la guerrière.
Là c'est sûr, j'ai déjà senti cette odeur, mais où ?
Il eut beau cogiter, il ne parvint à s'en rappeler. Sa réflexion fut interrompue par Aela qui marchait vers lui d'un pas décidé.
« Alors c'est toi qui a remis ce buveur de lait à sa place. »
Raziel planta son regard dans les yeux de la chasseuse et y vit de la curiosité.
« Exact. » Répondit-il simplement. « Raziel Vedgrohiik. »
« Aela la chasseresse…Tiens pas la moindre vantardise ? » Questionna-t-elle en s'asseyant à côté de lui.
« Il n'y a aucun honneur à assommer des faiblards comme ce barde. Les types comme lui ont une grande gueule, mais dès qu'il faut agir il n'y a plus personne. » Répondit-il simplement.
Elle me teste.
« Et pourtant tu t'es occupé de lui. »
« Faut bien que quelqu'un sorte les ordures. »
Aela sourit à cette réponse.
« Ah ! Tu plairais au vieux Kodlak. » S'exclama t-elle.
« Il aime les ramasseurs d'ordures ? » Railla amicalement Raziel.
« Il apprécie les guerriers qui n'ont pas peur de faire ce qui est juste. »
L'humeur de Raziel s'assombrit brutalement.
Si j'étais le genre de personne à faire ce qui est juste, jamais je n'aurais…
« Alors il ne m'appréciera pas… » Murmura Raziel.
Aela cligna des yeux, mais resta silencieuse, respectant le fait que Raziel ne voulait pas en parler. Celui-ci finit par changer de sujet.
« C'est comment la vie de Compagnon ? »
« Pourquoi ça t'intéresse ? » Demanda Aela d'un ton surpris.
« Simple curiosité. »
Aela resta silencieuse un instant, Raziel crut qu'elle allait snober la question, mais elle finit par répondre d'une voix chargée d'émotion:
« Pour moi les compagnons sont bien plus qu'une simple guilde de guerriers. Nous sommes une famille, frères et sœurs par le sang que nous versons et par celui que nous faisons couler et je suis prêt à mourir pour chacun d'eux parce que je sais qu'il ferait pareil pour moi. Certes nous sommes des mercenaires mais nous nous battons avant tout pour l'honneur de la guilde et au nom des traditions héritées d'Ysgramor. Me lever chaque jour en sachant qu'il pourrait être le dernier et le vivre en savourant chaque secondes, pour moi, c'est cela la vie de compagnon. Loyauté, honneur et festin bien arrosé; voilà les maîtres mots de notre fratrie. »
Raziel resta bouche bée et regretta de ne pas avoir remis remis son masque. Il ne s'était absolument pas attendu à une telle tirade, mais les mots d'Aela avaient touché une corde sensible au plus profond de l'âme de l'assassin, comme si quelque chose qu'il avait toujours désiré sans être capable de le décrire venait d'apparaître devant lui.
« Ça a l'air d'être le paradis. » Dit Raziel d'un ton rêveur.
« Pourquoi tu n'essaies pas de nous rejoindre ? »
L'assassin sursauta en entendant l'offre. Il se tourna vers Aela, croyant qu'elle plaisantait, mais vit dans ses yeux qu'elle était sérieuse. Au fond de lui, Raziel sentit une folle envie d'accepter, de les rejoindre, de dire adieu à la Garde de L'Aube et d'oublier son passé, mais…
« J'en meurs d'envie Aela, mais j'ai une certaine personne que je dois abattre avant de penser à faire quoi que ce soit d'autre. »
Pas une bonne idée de laisser Harkon en paix.
« Vengeance ? » Questionna Aela.
« J'aurais aimé que ça soit aussi simple. »Soupira Raziel.
Avant qu'Aela ait pu répondre, un cri retentit et l'assassin vit débouler Gunnar.
Mais qu'est-ce qu'il fout là?
« Que … »
« Raziel, on a perdu le contact avec l'équipe de recherche ! »
L'assassin fit aussitôt signe à Gunnar de se taire et se tourna vers Aela.
« Désolé mais je dois partir. » S'excusa-t-il.
« Je comprends. » Répliqua la guerrière avec un sourire en coin.
Raziel salua la chasseresse avant de traîner Gunnar à l'extérieur.
« Explique-moi tout. » Ordonna-t-il au Garde.
« Il y a une semaine, on a reçu un message de l'équipe partie à la recherche du Parchemin des Anciens. Apparemment il aurait été scellé dans les profondeurs d'une ancienne ruine naine. Une autre équipe est venue en renforts et les a attendus pendant deux semaines à l'extérieur des ruines. Comme ils ne revenaient pas, le second groupe est parti à leur recherche. La moitié a été décimée par les pièges et les saloperies qui vivent dans les profondeurs, ils ont été forcés de faire demi-tour avec comme seules infos les cadavres de deux membres de l'équipe de recherche. »
« Deux membres de la Garde ? »
Ça m'étonnerait que Tanis ou Sérana meure pour si peu.
« Oui. »
« …Ok je vais aller les aider, où tu as dit qu'il allaient ? » Demanda Raziel.
Je ne vois pas pourquoi il s'inquiète,Tanis et Sérana sont largement assez puissants pour gérer les machines dwemers et quelques Falmers.
« Dans le message, ils disaient qu'ils allaient passer par les ruines d'Alftand pour rejoindre un lieu appelé Griffenoire. Raziel tu vas bien ? Tu es pâle comme un linge. »
« Tu…tu as bien dit Griffenoire ? » Articula Raziel.
Putain ça change tout !
« Euh oui. » Répondit Gunnar, étonné et inquiet de cette réaction. « Euh Raziel qu'est-ce qu'il y a ? »
« …Rien. Je pars tous de suite. » L'assassin tourna les talons et fonça vers la sortie de la ville.
Par Oblivion ! De toutes les putains de caches possibles sur Tamriel, il a fallu que le parchemin soit planqué dans cet enfer ! Faites que j'arrive à temps .
