Bonsoir !
Je suis heureux et fier de reprendre ce recueil avec un cadeau ! Un cadeau pour Dabidouw et Dry ! Mais qu'est-ce donc que ce cadeau, me direz-vous ? Ce cadeau n'est rien d'autre qu'un Shinéo (mon premier) basé, en partie, sur un de leur rp.
J'ai encore du mal à choisir mon style d'écriture et je pense que c'est ce que vous constaterez ici. Je suis retourné à ce que je faisais avant, en, je pense, mieux. Moi, ça m'a permis de voir si j'avais ou non progressé dans ce style.
Mais bref ! Cet OS, je vous le dédie donc Dabi et Dry ! Vous êtes superbes ! On vous aime ! J'espère que vous l'apprécierez - et que ce sera toi aussi ton cas cher lecteur !
Voilà !
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La lumière tremblotante du feu de camp des aventuriers éclairait la clairière baignée de ténèbres d'un doux rayonnement. La nuit avait étendu son lourd manteau sur l'entièreté du Cratère et avait revêtu sa plus belle parure, faite d'opales et de diamants et d'argent et de nacre. Les joyaux brillaient de milles feux sur la douce étoffe nocturne et leur centre se trouvait une pierre qui ne brillait pas d'un feu éclatant comme les autres mais d'une aura pâle et fantomatique. Cette pierre centrale articulait le collier et, malgré son éclat tremblotant, elle attirait plus l'œil que tout l'attirail précieux qui allait autour d'elle.
La forêt d'Emeraude était calme et paisible en ces jours et ainsi l'était la nuit, dont le silence presque oppressant n'était brisé que par les cris et mouvements de hiboux, chouettes, renards et autres animaux. C'était le genre de silence qui s'emparait des esprits et les faisait divaguer, c'était le genre de silence qui était mélodieux et non odieux aux oreilles humaines. Le genre de silence qui fait s'abîmer dans les océans de calme et de volupté ceux qui s'aiment, qui empêche même la parole de venir.
Le ciel était clair et dégagé et une brise fraîche soufflait sur la cime des arbres. L'hiver arrivait vite, l'automne agonisait lentement, l'été était oublié depuis longtemps et le printemps avait commencé à se faire désirer.
Dans un arbre, assis sur une branche et caché dans le feuillage, suffisamment éloigné du feu de camp pour que la lumière des flammes ne fasse qu'effleurer le bout des feuilles, Shinddha veillait, promenant son regard entre les arbres et les ombres, ne l'arrêtant jamais, captant le moindre mouvement dans l'environnement. Une feuille craqua sous le poids d'une botte, bientôt suivie d'une branche alertant aussitôt l'archer.
Il généra une flèche de glace et, ne se fiant qu'à son ouïe et son instinct, il visa et tira dans les ténèbres. Le projectile fonça et fit siffler l'air à son passage, s'enfonçant dans la masse nocturne avant de se planter avec bruit dans la terre, ce qui eut pour effet de stopper les craquements. De son côté, Shin avait déjà créé une nouvelle flèche et, tâchant de prendre la voix la plus calme, neutre et glaciale possible, avertit son potentiel ennemi :
- La prochaine flèche ne manquera pas de vous abattre. Qui êtes-vous.
- Eh ben elle est pas passée loin ta flèche Shin !
A ces mots et cette voix, le semi-élémentaire soupira et détendit son arc, faisant disparaître le projectile d'un geste de la main.
- Théo… tu aurais pu me prévenir.
Le paladin se rapprocha de l'arbre où Shin s'était installé en lui souriant.
- Je ne savais pas que tu étais là, je n'arrivais pas à dormir, du coup je suis allé faire un tour. Et puis bon, j'étais sûr que tu ne me tirerais pas dessus dès le premier coup.
- Tu sais, un coup de vent est bien vite arrivé…
Il mima le mouvement de l'arc se déplaçant d'un centimètre ou deux et fit semblant de relâcher une flèche, ce qui fit grimacer le paladin.
- Ça ne m'empêche pas d'avoir confiance en tes talents d'archerie. Enfin bon, je retourne marcher un peu moi.
Shin leva les sourcils étonnés par la confiance que le paladin avait en lui. Il se remit cependant en position sans trop se questionner et recommença à observer les alentours. La fraîcheur nocturne avait laissé sa place à une diffusion de chaleur dans son corps, qui s'accompagna bien vite d'une torpeur tranquille. Sous le tissu de ses habits, chaque parcelle de sa peau le brûlait ses pupilles se recouvrirent de plomb son esprit s'embruma.
Le ciel se recouvrit des mêmes nuages qui embrumaient sa raison et son attention se dissipa.
La Lune glissa dans le ciel pendant longtemps, nageant dans les fourrures de la nuit, caressant sa peau, plongeant derrière des nuages de jais, suivant à son rythme le courant des ténèbres qu'elle illuminait, faisant tinter dans le dédale du silence le bruit des étoiles.
Sa respiration était calme et posée, à peine plus forte que les caresses du vent et à peine plus bruyante. Mais une autre respiration jurait avec ce souffle continu. Un bruit régulier d'inspiration puis d'expiration, qui accompagnait celui de Shin.
Au pied de l'arbre où il était posté était adossé Théo, la main sur la garde de son épée, scrutant les environs avec attention. Remarquant que son ami semi-élémentaire s'était réveillé, le paladin l'apostropha.
- Bien dormi Shin ?
La voix encore pâteuse et les yeux embués de fatigue, l'archer tâcha de répondre, complètement perdu et désorienté. Il ne savait absolument pas quelle heure il était, combien de temps il avait effectivement dormi, mais il se doutait qu'il ne s'était pas juste assoupi une minute ou deux.
- Ai dormi longtemps ..?
Il n'avait pu retenir un bâillement, ce qui n'échappa bien entendu pas au paladin, qui faillit éclater de rire mais se retint pour éviter de perturber le sommeil du pyromage et du nain.
- J'étais sur le point de repartir quand tu t'es endormi. Donc, plutôt que de te réveiller, j'ai préféré veiller sur le camp à ta place. Et sur toi aussi. Quitte à avoir une insomnie, autant que ce soit utile.
L'archer ne répondit pas et regarda Théo. Son discours ne tenait qu'à moitié la route, c'était l'intuition qu'il en avait. Déjà, parce que ça ne ressemblait pas au paladin de ne pas le réveiller pour finir son tour de garde. Ensuite, parce qu'il était sûr et certain qu'il ne s'était pas endormi immédiatement après avoir tiré sur le paladin. Le visage du jeune homme était caché, ce qui empêchait Shin de l'examiner plus attentivement pour y déceler quoi que ce soit. Il abandonna dans un soupir et tourna la tête vers le ciel. Derrière le feuillage parsemé çà et là de trous, la toile du ciel s'étendait. Quelques fils de cette robe sombre avaient été emportés par le temps et s'étaient envolés vers d'autres voûtes célestes, mais leur absence ne se remarquait pas.
Les étoiles brillaient moins et la Lune s'était déplacée. La nuit était bien avancée et il y avait fort à parier que les premières torches de l'aube ne tarderaient pas à illuminer le ciel, accompagnées de lances innombrables. Les fers dorés déchireraient la robe de la nuit sans aucun égard pour son corps, couperaient le fin fil d'argent qui retenait les joyaux de son collier, disperseraient les perles et les diamants entre leurs mains avides.
Sans qu'il sache pourquoi, Shin sentit son cœur accélérer. Chaque battement de l'organe vital de l'archer lui semblait être comme un coup de lance. Pourtant, il continuait de rêvasser. Et à vrai dire, les coups de lance dans son cœur, les picotements qu'il éprouvait et sa rêverie n'étaient pas tout à fait incompatibles.
La voix de Théo le sortit de sa rêverie, le rappelant à la réalité sans pourtant faire se dissiper la douleur.
- Le jour ne va pas tarder. J'vais aller pioncer un bon coup histoire de. Enfin, tout du moins essayer.
- Tu ne voudrais monter dans l'arbre pour voir les étoiles ? Elles sont particulièrement belles ce soir.
Il avait lâché ça tout de go, comme si c'était la chose la plus naturelle à répondre. Le paladin jeta un regard surpris au demi-élémentaire avant de décliner, relativement, poliment.
- Non, ça va. Et puis y a pas besoin de monter dans un foutu arbre pour voir les étoiles.
- En forêt, c'est tout de même mieux. Tu y vois plus clairement, tu n'as pas toutes les feuilles qui te gênent. Tu as à ta disposition l'infini et ses reflets, tu n'es pas cantonné par des branches.
- Mais qu'est-ce qui t'arrive à parle comme ça Shin ? T'as choppé froid ?
Froid ? Non, il n'avait pas vraiment tout à fait froid. Il ne répondit pas à la question du paladin. Il avait lui-même du mal à savoir pourquoi il lui proposait ça. Il avait juste spontanément eu envie de lui proposer de venir voir les étoiles. Juste… comme ça.
Il se sentait tout léger, attiré dans les airs par un cœur bondissant, d'une certaine manière, extrêmement heureux. Chaque seconde passée là, à vivre, à sentir l'air sur son visage et dans ses poumons, il voulait la voir durer éternellement. Elle s'écoulait certes normalement mais était si merveilleuse et si splendide. Ils restèrent tous les deux silencieux à ne pas s'observer, contemplatifs, sans bouger, profitant juste du temps qui s'écoule lentement.
- Bon, allez, je vais aller les voir tes étoiles. Aide-moi.
Shin avait à ces mots tourné son regard vers le paladin, ne semblant pas comprendre ce qu'il lui disait. Théo tendit les mains vers les branches en grommelant.
- Tu m'aides oui ou non ?
Malgré sa taille et sa force, il ne parvenait pas à grimper, ses mains refusaient de s'accrocher aux branches, lâchant le bois à peine y étaient-elles posées et ses pieds ne décollaient jamais de plus de vingt centimètre du sol. L'archer l'aida, descendant de son emplacement pour aller l'attraper.
Il saisit sa main en frémissant et, après une courte hésitation, le haussa tant bien que mal jusque vers lui, lui permettant de s'accrocher avec ses bras.
- Maintenant ça ne devrait pas être très difficile. Tiens-toi au tronc et mets-toi debout sur la branche.
Le paladin y alla en douceur. Il poussa et se retrouva subitement en équilibre sur le tronc, ce qui le fit se précipiter vers le tronc pour éviter de tomber. Il jeta un rapide coup d'œil au-dessus de lui afin d'évaluer la distance qu'il lui restait à grimper avant d'arriver au niveau de Shin et du sommet de l'arbre, là où la vue se dégageait enfin. Les branches montaient et montaient et montaient et s'élevaient jusqu'à percer les étoiles. Il lui semblait qu'il n'arriverait jamais à atteindre la main de Shin. Chaque centimètre entre les branches s'étendait à l'infini, chaque millimètre entre les feuilles feuille était une galaxie. Il ferma les yeux, prit une inspiration, et sauta. Il atterrit bien sur une branche mais à peine ouvrait-il les yeux pour contempler son progrès qu'un craquement retentissait et qu'il se sentait attiré vers le sol.
En un éclair, Shin se précipita vers lui et attrapa son bras. Il avait pressenti la chute de Théo et s'était préparé à lui venir en aide. Cette main chaude qu'il tenait, il y sentait les palpitations du cœur du paladin. Il sentait le sang passer, il l'entendait.
Il suivait le sang jusque dans le cœur du paladin. C'était comme une forteresse toute d'acier, imprenable. Et avec une petite porte d'or sur le côté. Toute petite, toute légère. Indestructible. Derrière cette porte, il entendait battre le cœur du paladin. Il l'entendait chuchoter. Il pouvait créer une clé pour ouvrir la porte. Il pouvait pénétrer dans ce cœur, l'observer. Il effleura la porte, ce qui la fit réagir. Elle commença à se métamorphoser, à ronronner, à se plaindre. Là, c'était le cœur du paladin.
Il créa une rose de glace et la laissa devant.
- Je te tiens !
Théo avait pris une teinte vermeille, que l'archer ne vit pas, concentré sur le bras du jeune homme. Il le tira jusqu'à lui en s'assurant que la branche pourrait résister à leur poids cumulé.
Finalement, et ce au prix de bien des efforts, ils finirent par atteindre la cime. Toute la montée avait été effectuée en silence, moment magique où leurs mains ne se quittaient pas qui n'était interrompu que par quelques « merci » gênés du paladin. Une fois au sommet, assis sur une branche qui donnait au-dessus du feuillage, il s'accapara la parole.
- Plus. Jamais. Ça. Compris Shin ? Même pour te faire plaisir !
Le demi-élémentaire regardait le ciel. Les étoiles se dissimulaient déjà derrière un rideau de lumière naissante et la lune s'appropriait peu à peu la lumière du ciel qu'elle avait parcouru. La reine du bal, cette nuit à la si belle robe et aux si beaux joyaux, était repartie dans son lit, en avait eu assez de danser. Elle laissait un petit roi à la cape d'azur et la couronne d'or avec un cadeau. Une belle opale, ronde et énorme. L'arrivée du matin avait dénudé la nuit et cette dernière s'était éclipsée sans même que Théo ou Shin s'en soit aperçu.
Théo suivit son regard et vit le ciel avec consternation. Tout cette escalade n'avait servi à rien.
- Et merde…
Shin acquiesça, trop dégoûté d'avoir perdu une telle occasion pour ajouter quoi que ce soit.
- Bon bah… je suppose qu'il faudra bien réessayer au moins une fois alors…
Le cœur de l'archer faillit le faire s'envoler. Il battait à si vive allure qu'il crut en mourir. Il jeta un regard pétillant de joie au paladin. Paladin qui soupira avant de murmurer.
- Autant en faire quelque chose du coup… que ça ne serve pas à rien… qu'on en reste pas là sans rien ajouter.
Il vit le regard interrogateur de Shin et, sous le soleil de début de journée, le plaqua contre le tronc de l'arbre avec douceur, à moitié dans les feuilles, retira le masque qui couvrait sa bouche, et, se plaquant contre lui et s'accrochant à lui de toutes ses forces comme pour ne pas tomber, l'embrassa. L'archer fut surpris et entendit le déclic de la petite porte qu'il avait trouvé plus tôt. Et rendit le baiser avec tendresse.
Théo était tombé. Tombé dans le plus profond des gouffres. Tombé là où rien ne peut servir d'accroche. Tombé sous le charme du demi-élémentaire et le goût de ses lèvres.
