[REGULUS BLACK]
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J'ai toujours eu tendance à avoir de la compassion pour les méchants dans les films ou alors à me soucier des personnages secondaires, de l'arrière plan, plus que du héros même dans les livres que je lisais.
Lorsque je rencontre quelqu'un, je ne me fie jamais à la première impression ou à l'image qu'il veut faire transparaître de lui même. Jamais. Je l'observe, j'observe sa gestuelle, la façon dont il réagit à certaines choses, la manière avec laquelle il regarde le monde, son entourage, ses centres d'intérêts. Et ensuite, je me fais une idée globale de ce que cette personne peut être.
Disséquer, observer, être alerte constituent ma devise. J'ai l'impression d'être né avec ces trois réflexes. Même à la maternelle, je restais dans un coin, je regardais les autres jouer, dessiner, écrire, la façon dont ils tenaient leur crayon, dont ils plissaient les yeux lorsqu'ils se concentraient. Mais à tout vouloir analyser, ça en devient quelques fois lourd, même pour moi-même. Et c'est dans ces moments là que je me rends compte à quel point l'application de cette formule devient incontrôlable. Je le fais pour tout, je le fais pour n'importe quoi.
Est-ce pour cela que je me suis intéressé à la photographie depuis l'âge de douze ans ? Sans doute. J'aime la précision, j'aime la netteté. Mais je suis fasciné également par ce qui est abstrait, insaisissable. Peut-être me suis-je également intéressé à la poésie grâce à ça.
Il faut dire que la solitude a largement contribué.
Voyez-vous, le monde est un assemblement d'hypocrisies mises bout à bout. On clame, dans les discours politiques, dans les maisons de couture, dans l'industrie musicale, dans l'âge ingrat de l'adolescence, que l'on a besoin de changement et dès qu'il y en a un, on en a peur et on se rattache à la routine habituelle.
Les gens ont peur de moi.
Parce que je m'habille différemment. Ils ont peur de mes t-shirts noirs amples à slogans contrevenants et provocateurs. Ils ont peur des bracelets sur mon bras, des colliers sur mon cou. Ils ont peur de mes bagues.
Parce que j'ai l'air différent. Ils ont peur de mes longs cheveux noirs, de mes yeux gris entourés de khôl. Ils ont peur de la manière dont je regarde les autres. Ils ont peur de ma voix.
Parce que je suis différent. Ils ont peur de la musique j'écoute. Qui leur a dit d'écouter ? Ils ont peur de mon isolement, de mon manque de sociabilité. Mais je viens vers vous et vous me fuyez. Ils ont sans doute peur du fait que je sois gaucher.
Étant considéré par la société comme un personnage singulier, étrange, en marge, j'ai maintenant l'œil pour repérer mes confrères singuliers, étranges et en marge.
Faites à présent entrer Blaise Zabini.
J'écoute Nine depuis...longtemps. Très longtemps. Avant d'être médiatisé à outrance comme ils l'ont été lors de leur premier album, ils avaient sorti un EP contenant sans doute quatre chansons, même pas six mois après leur formation. Les arrangements étaient encore très garage, la voix d'Hermione ne s'imposait pas assez face aux guitares mais on ressentait déjà un potentiel certain.
Tout portait pourtant à croire que j'allais m'intéresser à Hermione et faire une fixation sur elle, sur sa voix, sur cet espèce de mystère impénétrable et insupportable qui l'entoure, sur ses yeux surnaturels et son allure. Mais non. Comme d'habitude, j'ai passé au peigne fin les coulisses avant de m'intéresser à la scène.
Blaise Zabini, donc.
Jamais sans ses lunettes de soleil. Debout, le dos droit, les jambes écartées, bien que Hermione saute partout sur la scène, que Draco joue en se mettant à genoux sur le sol, que Théo transpire, torse nu, à la batterie, il reste là. Calme. Impassible. Sa guitare à la main.
Au départ, sa posture imperturbable m'avait impressionné. Je me rappelle avoir passé tout un concert à l'observer. Il n'avait presque pas bougé. Seule sa tête balançait en rythme tandis que ses doigts allaient d'un bout à l'autre des cordes de sa guitare. Mais sinon, rien. Et lorsque Hermione s'inclina pour saluer le public et qu'elle disparut, il fut le dernier à sortir, comme pour fermer la marche.
C'est après une rare interview qu'ils avaient accordé à leur début, alors que leur album était au top des ventes pour la troisième semaine consécutive, que j'ai lentement commencé à être fasciné par lui.
Théodore et Draco monopolisaient tour de rôle la conversation, Hermione parlait par moments, lorsqu'elle y était forcée, mais Blaise, jamais. On l'oubliait, presque. Le présentateur n'avait aucune question pour lui et se focalisait sur ce qui sortait de la bouche du batteur et du guitariste lorsqu'il ne se creusait pas la tête pour trouver un moyen de faire parler la chanteuse.
Mais Blaise, jamais il ne lui adressait la parole. Et personne ne semblait s'en rendre compte. Il restait là, à l'extrémité gauche du fauteuil, ses lunettes noires aux yeux, les bras croisés, souriant brièvement lorsque quelqu'un disait quelque chose de drôle, servant d'appui pour une Hermione Granger qui semblait être à deux doigt de bailler puis tomber de sommeil.
Vers les cinq dernières minutes de fin d'interview, le présentateur pris soudainement conscience de son existence sur ce sofa et lui lança :
« Alors hum...euh...Blaise, The King en est presque à un mois dans le top des ventes européennes et outre-atlantiques toutes catégories confondues. Vous étiez-vous attendu à ce succès fulgurant ? »
« Pas le moins du monde. »
« Il y a peine un mois, vous étiez de simples adolescents – je rappelle que Théodore a encore seize ans – et maintenant, vous êtes hissés au rang de superstar, de génies du rock comme l'ont été les Beattles. Qu'est-ce que cela vous fait ? »
Blaise ouvrit la bouche comme s'il voulait répondre puis secoua lentement la tête en souriant, l'air dépassé.
« Nous sommes un peu anesthésiés... Nous ne réalisons pas encore bien ce qui se passe mais ça se passe et c'est maintenant. Alors nous en profitons avant qu'il ne soit trop tard. »
« Et comment percevez-vous le futur ? »
« Comme l'a été le passé. Imprévisible. »
Et ce fut la fin de l'interview.
Mais allez savoir pourquoi, allez vraiment savoir pourquoi la seule personne qui m'intéressa depuis dans le groupe ne fut que Blaise.
L'équipe des coulisses commençait déjà à faire le décompte avant la reprise du show lorsque Jenny vînt se rasseoir, presque tremblante, le teint livide. Aussitôt après, Peggy, son assistante, sauta sur elle et parla, parla, parla. Jenny voulu se prendre la tête entre les mains mais se rappela que l'équipe de maquillage venait de lui refaire une beauté.
Elle releva alors la tête en recherche de soutien et rencontra de plein fouet le regard de Blaise. Il avait enlevé ses lunettes et ses yeux marron très clairs fixaient sans aucune once de compassion la présentatrice désemparée.
« 24...23...22...21... »
Blaise ne la quittait pas des yeux. Et on n'aurait pas pu déterminer s'il était en colère ou s'il ne pensait simplement à rien. Il la fixait seulement, sans aucune émotion particulière. Mais son regard avait l'effet d'un pic de glace.
Et Peggy continuait de parler. Avec des gestes. Elle avait une bouteille d'eau à la main. Elle lui demanda la permission pour je-ne-sais-quoi...bon sang, fais ce que tu veux...Jenny voyait flou. Elle avait mal aux oreilles. Au ventre.
Et Blaise ne la quittait pas des yeux.
« 17...16...15...14...13... »
On lui mit ses fiches sous les yeux tandis qu'une coiffeuse arrangeait une dernière fois ses cheveux. Lorsque Jenny fit signe au Staff de ranger les fiches, elle aperçu que Blaise parlait à présent avec Théo qui avait les yeux rouges.
Blaise lui dit quelque chose en détachant bien chaque syllabe, comme s'il ne voulait pas revenir là-dessus. Théo répondit alors avec une agressivité que Jenny n'aurait jamais soupçonnée venant de lui. Blaise le regarda longuement, fronça des sourcils et répéta la même chose. Théo secoua alors la tête, dégoûté, puis répondit plus calmement et Jenny entendit depuis son siège « ...se casser d'ici ».
« ...10...9...8...7... »
L'équipe de fourmis travailleuses du Staff commença à se disperser à une vitesse ahurissante, laissant Jenny Dillinger face au batteur et au bassiste. Théo, clairement blasé, était affalé sur sa place, un coude sur l'accoudoir, comme impatient que l'émission se termine. Blaise, à côté de lui, avait le dos droit et les bras croisés. Jenny essuya discrètement ses mains moites sur sa jupe puis tenta de s'éventer, sentant les sueurs froides caractéristiques d'un début de crise de panique. Elle fixa les deux places inoccupées juste devant elle puis se retourna vers les coulisses, suppliante.
« 4...3...2... »
« Ils vont revenir. »
C'était la voix de Blaise. Jenny se retourna immédiatement tandis que le générique de l'émission retentissait dans tout le plateau. Elle fixa le bassiste comme s'il était porteur d'une nouvelle capitale et ce-dernier hocha la tête comme pour confirmer ses précédentes paroles.
Bientôt, le signal vert indiqua au public d'applaudir à tout rompre.
« ...but we could be more than that,
If only you would look at me to see, to see,
How bad I want your lips on mine
Every day I imagine how happy we could be
And I hope that one da... »
« Ok, ça va pas. » soupira Draco en faisant signe de tout couper.
Luna leva les yeux au ciel en soupirant.
« Quoi encore ? »
« Comment ça 'Quoi encore' ? C'est censé être une chanson d'amour, je sais pas, pas une putain de comptine pour enfant ! On dirait que tu chuchote affirme-toi, bon sang ! Combien de fois faudra-t-il que je le dise ? »
« Mais je fais que ça, gueuler ! Chaque fois, ce n'est pas assez pour toi ! »
« Eh ben gueule encore plus ! C'est pas ce que tu es en train de faire maintenant ? Si tu chantais comme ça, tout irait pour le mieux ! »
Blaise émit une exclamation agacée.
« Vous ne pouvez pas rester ne serait-ce que dix minutes sans vous hurler à la figure vous deux ? On ne peut pas être un groupe soudé si on ne fait que se disputer ! » soupira-t-il. « Bon, je pense qu'on est tous un peu fatigué. On va faire un break d'un quart d'heure et on se retrouve dans cette salle après. »
Luna fut la première à sortir en trombe, les larmes aux yeux. Dans sa précipitation, elle faillit décrocher l'affiche que Blaise et Draco avaient accroché quelques semaines plus tôt, à la recherche d'un batteur pour leur groupe, The Golden Filter.
« Dray, va falloir que t'arrête d'être aussi commando avec elle. Tu sais qu'elle est très sensible. »
« Mec, il y a sensible et sensible. Ta copine, sauf ton respect, elle a l'air de croire encore au Père Noël. C'est encore une gamine, Blaise, je t'en supplies, elle n'est pas faite pour le groupe. Rends-toi à l'évidence. »
Blaise hocha négativement la tête tout en ouvrant une canette de Coca Cola. La pression fit jaillir presque la moitié de la boisson qui tâcha la chemise de son uniforme de POUDLARD.
« Merde » marmonna-t-il avant de répondre à Draco : « Non, on en a déjà parlé Draco. Je suis sûr que si on on la pousse au bout d'elle-même, elle sera excellente. Et tu en a toi-même convenu quand tu l'as entendu chanter à la fête de l'école, au début de l'année. Ne mens pas. »
« Et ce n'est pas ce que je fais ? La pousser jusqu'au bout d'elle-même ? » se justifia Draco en se perchant sur une des tables de la salle de musique que l'école avait accepté de leur emprunter.
« Oui...non. T'es brusque, mec. C'est Luna Lovegood, faut savoir comment s'y prendre avec elle. Elle est...délicate. » Il prononça le dernier mot presqu'en chuchotant puis cassa l'effet en avalant bruyamment sa première gorgée de soda.
Il y eut un silence pendant lequel Draco fit craquer ses doigts, les yeux fixés sur les batteries que personne n'utilisaient puis, le regard toujours bloqué sur les baguettes reposant sagement sur les cymbales dorées, il dit :
« Eh... »
« Mmh ? »
« Je peux te poser une question ? »
Blaise se tourna vers lui et il vit que son meilleur ami avait un sourire en coin, comme riant déjà de ce qu'il allait dire.
« T'en pose déjà une à vrai dire. »
« Oui, bon, t'as compris ce que je voulais dire. »
« Parle toujours. »
Le sourire de Draco devint pervers.
« Quant vous couchez ensemble, elle pleure aussi ? Je veux dire, t'as pas peur quelque fois de la briser en morceaux ? »
Blaise ne se contenta que de rouler des yeux en terminant sa canette tandis que Draco émettant un petit rire narquois en imitant les pleurs de Luna.
« Si tu savais ne serait-ce que le quart de ce qu'elle faisait lorsqu'on est au lit, tu rougirais, mon petit. » lui assura Blaise en jetant à distance sa canette dans la poubelle.
« Ben voyons ! » faillit s'étouffer Draco. « Elle n'a... »
Sa phrase s'interrompit brusquement lorsque la porte s'entrouvrit timidement. Le regard de Draco se liquéfia quant le nouveau des Troisième passa la porte, le teint livide, tremblant comme une feuille. Il y eut un nouveau silence puis Draco dit d'une voix extrêmement polaire et cassante :
« Tu t'es perdu, sans doute ? »
Théodore acquiesça immédiatement, puis ferma rapidement la porte derrière lui, tétanisé. La seconde d'après, Blaise sautait de la table puis sortait de la salle pour aller le rattraper.
« Eh ! » s'écria-t-il tandis que Théodore courrait.
Ce-dernier ralentit puis s'arrêta et se retourna lentement. Lorsqu'il aperçu Blaise le dépassant d'une tête, il eut un sursaut accompagné d'un pas en arrière. Blaise eut un rire surpris et plaça ses paume de main en avant comme pour lui signifier qu'il venait en paix.
« Je ne vais pas te mordre. » lui assura-t-il puis, étant donné que Théodore avait toujours la langue nouée. « Excuse Draco...il est un peu agressif par moment mais lui aussi ne mord pas. Enfin...pas tellement. »
Théodore ne bougeait pas d'un seul pouce et le fixait, interdit.
« ...Ok, hum, bon. Je pensais que tu étais venu pour quelque chose...enfin bref. Passe une bonne fin de journée. »
Il tenta un sourire mais Théodore resta toujours droit comme un piquet.
« Bon. » fit-il avant de se retourner pour rejoindre la salle de répétition.
Il n'avait pas avancé de trois pas lorsqu'une voix s'éleva dans son dos.
« J'étais venu p...pour l'affiche. Conc...concernant la batterie. »
Blaise se retourna immédiatement. Théodore n'avait toujours pas bougé mais ses épaules s'étaient décontractées.
« Tu fais de la batterie ? » demanda-t-il, comme n'y croyant pas ses oreilles.
Théodore hocha lentement la tête. Blaise avança un peu plus vers lui.
« Depuis combien de temps ? »
Théodore compta dans sa tête puis répondit :
« Ca va faire presque neuf ans maintenant. »
« Oooh mon Dieu... » souffla Blaise en secouant la tête. « Mais ça y est, c'est bon, on est un groupe. »
Quelque chose se débloqua dans l'expression de Théo. C'était comme si l'on venait de lui annoncer qu'il avait gagné au loto mais qu'il n'y croyait pas encore vraiment.
« De...comment...enfin, vous...vous voulez dire que vous me...prenez ? »
« Et comment ! » s'exclama-t-il avant de lui tendre la main. « Au fait, moi c'est Blaise Zabi... »
« Je sais. » répondit un peu trop rapidement Théo avant couvrir sa bouche comme s'il venait de dire une bêtise.
En effet, Blaise l'observa bizarrement le temps d'une seconde puis reprit avec amusement :
« Et je sais que tu t'appelle Théodore Nott. En tout cas, bienvenue dans The Golden Filter. » dit-il en lui tendant la main.
Théo la serra timidement et tout deux revinrent dans la salle de musique où Draco bichonnait sa guitare. En voyant son meilleur ami revenir avec celui qui traînait partiellement avec Hermione Granger, il faillit lâcher son amante par terre. Anticipant une réaction très certainement violente, Blaise annonça rapidement :
« Théodore fait de la batterie. Depuis neuf ans. »
Les yeux de Draco passèrent de Blaise à Théodore à Blaise à Théodore.
« ...Neuf ans ? » répéta-t-il, malgré lui avant de siffler d'une voix méprisante. « Et t'as une preuve de ce que tu avance ? »
Théodore se mit automatiquement à fouiller son sac et en sortit un petit dossier qu'il tendit à Draco. Ce-dernier le lui arracha des mains puis parcouru d'un œil de faucon les diplômes de passage en année supérieure délivrés par plusieurs conservatoires différents. Il les lui rendit puis croisa le regard de Blaise qui lui disait : « Tu ne peux pas dire non ».
« Ton nom ? »
« Théodore Nott. »
« Ok Nott. Ici, c'est Blaise et moi qui décidons alors oublie tout principe de liberté d'expression en passant le seuil de cette porte. Toi, tant que tu ne fais rien d'autre que de la batterie, tout ira bien. Ensuite. Ponctualité, c'est le mot d'ordre. Si tu n'es pas là à l'heure, cela pourra être interprété comme de la négligence, comme si tu ne considérait pas le groupe. On te vire si tu es en retard plus de deux fois car cela voudra dire que l'on ne pourra plus te faire confiance. »
Théodore ne faisait que hocher religieusement la tête à chacune des paroles de Draco, trop aux anges pour être heurté par le ton dur que prenait le guitariste.
« Ensuite. Tu dois rester avec nous. Rien qu'avec nous. Ce qui veut dire que tes fréquentations ces derniers temps, tu les oublie. On vit en groupe. Et j'insiste sur ce terme. En. Groupe. »
Là, le sourire de Théodore vacilla. L'image de Dean Thomas qui s'était dernièrement rapproché de lui et avec qui il traînait de plus en plus régulièrement lui vint à l'esprit. Mais celle d'Hermione prit plus de place.
Ils avaient instauré cette relation étrange dénuée de dialogue à la fin des cours. Hermione venait directement lui prendre le briquet des mains pour allumer sa propre cigarette puis ils prenaient le même chemin pour rentrer. Quelques fois ils parlaient, d'autres fois non. Peu importait. Théo éprouvait quelque chose de bizarre mais de rassurant lorsqu'elle était à côté de lui.
« Un problème, sans doute ? » demanda innocemment Draco.
Blaise lui envoya son fameux regard : « Arrête tout de suite tes conneries » mais Draco l'ignora royalement.
« Y a-t-il un souci ? » appuya-t-il en prenant le soin de prononcer chaque syllabe distinctement.
Théo déglutit puis hocha négativement la tête.
« Aucun. »
« Bonjour, ou devrais-je dire re-bonjour à tous sur le plateau du « Jenny Dillinger Show » ! » s'exclama d'une voix chantante et extrêmement fausse Jenny en offrant le sourire le plus préfabriqué à la caméra. « Ahlala, que d'émotions n'est-ce pas ? Je ne m'attendais pas à ce que l'affaire de Millicent puisse raviver tant de...de...hum, d'émotions. Nous avons juste là eu la démonstration en direct qu'Hermione n'était pas aussi froide qu'elle en avait l'...Non pas que ce fut le but ! Loin de nous cette idée ! D'ailleurs... »
Elle tapota son index contre son oreillette.
« Ah ! On vient de me dire à l'oreillette que Draco et Hermione sont dans les coulisses, à mi-chemin du plateau. Comme quoi ! »
Il y eut un extraordinaire moment de solitude qui suivit ses paroles. Blaise eut presque honte pour elle et se sentit obligé d'intervenir.
« Mais nous sommes là, en attendant. »
Non pas qu'il l'ai dit en tentant de ramener les projecteurs sur lui mais plus pour la prévenir du crash vers lequel elle courrait.
« Oui ! Oui, bien sûr ! Hahahahahahaha ! Oui, vous êtes là. »
Jenny surjouait. Ça en était douloureux à regarder. Elle se tourna vers Blaise.
« D'ailleurs, vous faites bien de vous manifester haha, vous n'avez pas beaucoup parlé depuis le début de l'interview. Vous êtes plutôt timide, c'est ça ? »
« Non. Seulement que je n'aime pas tellement me mettre en avant. »
« Ah ! Tiens donc ! Comme c'est intéressant ! »
Théo ne prit même pas la peine de masquer son sourire, tant il trouvait la situation hilarante.
[REGULUS BLACK]
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Je n'étais pas dans mon élément.
La musique était trop forte, ahurissante. L'atmosphère était moite, étouffante, chargée de sueur. Les lumières étaient tamisées mais vulgaires.
Les filles se déhanchaient, offraient leur intimité à la vue de tous, s'entortillaient autour des barres de fer criblées de traces de doigts, secouaient leur cheveux transpirants, descendaient leurs culottes sur leurs hanches squelettiques, marchaient avec des plate-formes transparentes de presque quinze centimètres qu'elles rêvaient d'ôter dans la seconde qui suivait, attiraient les clients de leurs yeux sur-maquillés et éteints.
Devant moi, un groupe d'enterrement de vie de garçon hurlait, apparemment émoustillé par la performance d'une jeune thaïlandaise dont les points sur les bras indiquaient qu'elle se droguait régulièrement. Un d'eux lui glissa un billet de cinquante Livres dans l'élastique de son string et la thaïlandaise enleva mécaniquement son soutien gorge.
J'avançais, dans cet espace qui empestait l'argent, qui respirait l'argent, et je n'eus pas beaucoup de mal à la trouver.
Lorsque je la repérais, elle était en train de se déhancher, la barre frottant contre son entrejambe, sur « Justify My Love » de Madonna et Lenny Kravitz. Son autre main ébouriffait ses cheveux et elle descendait jusqu'en bas, lentement, prenant bien soin de bouger le plus lascivement possible contre cette barre de fer. Autour d'elle, un attroupement s'était créé. Le parterre scintillant de son estrade était recouvert de billets.
Elle suçota son index tout en se redressant puis tourna autour de la barre et, sans crier gare, se retrouva la seconde d'après perchée presqu'en haut, la tête en bas, tournoyant sur elle-même.
J'attendis patiemment jusqu'à la fin du spectacle et je mis assez sur l a table pour l'avoir pour moi tout seul ne serait-ce qu'une quinzaine de minutes. Parce qu'il y avait déjà une longue liste d'attente.
Le reste du temps, je me promenais dans la boîte de strip-tease comme lorsque je parcourais un magasin. Partout autour de moi, je voyais des hommes baver devant des jeunes étudiantes en droit dansant en tenue d'Ève. Mon manque de réaction me fit douter de mon orientation sexuelle le temps d'une minute.
Puis ce fut mon tour.
Elle s'appelait Léana. Du moins, c'était son pseudo. Elle vînt me prendre par la main, m'emmena dans sa chambre, ferma la porte et m'ordonna de m'asseoir sur le lit. J'obtempérais. Lorsqu'elle se mit à monter sur moi, je n'eus par contre aucun doute quant à mon hétérosexualité. Elle me mordit le lobe de l'oreille, me demanda d'une voix chaude ce que je voulais qu'elle me fasse.
« Juste...répondre à quelques questions » lui répondis-je et elle me rit à l'oreille.
« C'est ta première fois ici, c'est ça ? Ne t'inquiète pas, relaxe-toi et laisse-moi tout prendre en charge... »
J'eus tout le mal du monde à rassembler mon courage pour la repousser. Une fois que je me fus redressé, elle m'adressa un regard interloqué.
« Je suis sérieux. Je voudrais que vous répondiez à quelques questions. »
« Vous êtes de la police ? »
Le ton de sa voix avait nettement changé. Adieu le sucre et le miel, elle parlait à présent froidement.
« Non ! Pas du tout ! Je suis...je m'appelle Regulus Black. Je ne suis que photographe, ou du moins, je suis encore étudiant en art mais je fais de la photographie. Je ne veux simplement poser que quelques question Luna...vous permettez que je vous appelle Luna ? »
Luna Lovegood me dévisagea, interdite.
« Qui vous a donné mon vrai nom ? »
« Je n'ai fait que faire mon enquête, je vous le jure. »
« Est-ce que vous êtes là pour ce que je pense.. ? »
« A quoi est-ce que vous pensez ? »
Luna éclata de rire puis secoua la tête comme n'en croyant pas ses oreilles.
« Oh mon Dieu. Ça me suis même jusqu'ici. » s'exclama-t-elle.
« Euh...je ne veux que vous poser des questions à propos de Blaise Zabini, c'est tout... »
« Qui d'autre ? » ricana amèrement Luna avant de se lever et de tendre la main, ne laissant aucun doute sur ce que je devais lui donner pour qu'elle parle.
Je soupirais puis dodelinais de la tête en lui tendant un billet de cent Livres supplémentaire.
« Là. Je suis sûr d'obtenir des réponses à mes questions maintenant ? »
Luna s'assit sur une chaise à côté de la porte et croisa des jambes en haussant des épaules.
« Vous voulez savoir quoi sur lui ? » demanda-t-elle d'une voix cassée tout en sortant un paquet de Vogue.
« Tout ! Enfin, tout ce que vous savez. A commencer par savoir qui il est. »
« Qui est Blaise ? » répéta Luna, presqu'en rigolant.
Elle tira une taffe de sa cigarette et rejeta plutôt élégamment la fumée en l'air.
« Blaise est un connard. Mais un connard génial. Blaise est un paradoxe. »
Elle tapota sur la tige de nicotine puis continua :
« Je suis sortie un an et demi avec lui au lycée et pendant ces un an et demi, j'ai eu l'impression de ne pas le connaître. »
« C'est à dire ? »
« C'est à dire qu'il est trop renfermé sur lui-même. Il ne s'ouvre jamais. Il est impassible. Tout le temps. Tout a l'air de le laisser indifférent. »
« Même lorsque vous... »
Luna roula des yeux tout en reprenant une bouffée de sa cigarette.
« Bien sûr que non. Mais une fois que c'était fini, ça y était, il se renfermait encore sur lui-même. »
Elle tapota une nouvelle fois sur son mégot.
« Je ne dis pas non plus que je sortais avec un robot. Loin de là. Aux premiers abords, il pouvait sembler froid, indifférent, timide et sous l'influence de Draco mais lorsque vous le connaissiez bien, vous vous rendiez compte que c'était tout le contraire. Il me faisait rire en permanence. Je crois que je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi drôle que Blaise. C'était hallucinant. Une machine à blagues. »
Elle secoua lentement la tête, le regard perdu. Elle entrouvrit lentement la bouche, libérant un long halo de fumée grise.
« Et il faisait l'amour comme un roi. » soupira-t-elle. « Aucun répit. Je veux dire, j'avais ma part de participation également mais lui...j'ai bien faillit mourir sur le lit deux ou trois fois. »
Elle soupira une nouvelle fois encore.
« Il y a eu deux raisons à notre séparation. La première a été son problème à s'ouvrir, à parler de ce qu'il ressent. La seconde » Elle tira sur sa cigarette et ses traits se durcirent « ça a été l'arrivée d'Hermione. »
Je me redressais, l'oreille tendue.
« Ah bon ? »
« A l'origine, Nine s'appelait The Golden Filter. J'en était la chanteuse, Draco et Blaise les guitaristes. »
« Où était Théodore? »
« Théodore n'était pas encore présent. » Elle rejeta sa fumée puis continua : « Draco et moi, depuis la nuit des temps, nous n'arrivions pas à nous entendre. Je crois qu'il n'a pas aimé le fait que je lui pique Blaise du jour au lendemain. C'est un mec super possessif Malfoy, pire qu'une fille. Il n'aime pas qu'on lui emprunte ni même que l'on touche à ce qui lui appartient.
Donc, j'étais la chanteuse de The Golden Filter. Mis à part quelques petites altercations entre Draco et moi, le groupe battait à peu près de l'aile. Vînt Théodore pour faire de la batterie quelques mois plus tard. Dès lors, tout s'est passé en un éclair et je n'ai absolument plus rien compris. Blaise s'éloignait de plus en plus de moi, il pouvait passer deux semaines entières sans que nous ne nous voyions ou nous adressions la parole en dehors des cours. Il ne me regardait même plus et ne se souciait encore moins de savoir si j'allais bien.
De plus, je les surprenais chaque fois parler entre eux – je parle de Draco et Blaise – avec un air très sérieux et dès que j'arrivais dans les parages, ils stoppaient leur conversation. J'avais presque l'impression qu'ils complotaient contre moi. Ce qui s'avéra vrai car même pas trois semaines après l'entrée de Théodore dans le groupe, Blaise vînt m'apprendre 1) qu'il me quittait 2) qu'il était désolé mais qu'ils ne pouvaient plus me garder en tant que chanteuse pour X ou Y raisons. Il m'avait remplacé l'heure d'après par Hermione. »
Luna écrasa sa cigarette contre le talon de ses stilettos avec un rictus profondément amer.
« Tout ça en une seule journée. » Elle secoua la tête : « Connard de Malfoy. »
« Ah, parce que vous pensez que c'est Ma... »
« Qui d'autre ? » s'exclama-t-elle en sortant une autre cigarette. « Si vous saviez à quel point ce mec ne pense qu'à son cul, vous en auriez froid dans le dos. Même Blaise, il serait capable de le trahir. »
« Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? »
L'embout de la nouvelle cigarette de Luna s'embrasa et elle rejeta la fumée par le nez.
« Dès que Draco voit ses intérêts, il saute la tête la première dedans et élimine tout ce qui pourrait entraver son chemin. C'est un fait, une vérité générale à propos de Draco. Je ne vois pas pourquoi est-ce que ça ne s'appliquerait pas avec sa relation avec Blaise. »
« Vous en voulez à Hermione ? »
Luna prit le temps de réfléchir.
« Je pense que ça ne sert à rien de lui en vouloir. Je ne crois pas qu'elle ait voulu être à la tête de Nine au départ mais Draco a tellement du lui marteler l'esprit ou a sans doute du inventer un stratagème rocambolesque pour qu'elle finisse par accepter. Ça m'a pris du temps pour digérer. Mais j'ai digéré. Et je crois qu'Hermione a beaucoup plus sa place en tant que chanteuse de Nine que moi. Leur succès est dût 50 % à elle. »
« Et Blaise ? Vous lui en voulez ? »
Là, Luna prit beaucoup plus de temps à répondre. Ses traits s'endurcirent à nouveau tandis que ses yeux devenaient brillants.
« Est-ce que ça en vaudrait la peine, après tout ? » dit-elle. « Il est là où il est et il m'a oublié. Je suis là ou je suis et je n'y arrive pas. C'est la vie. Est-ce que ça vaudrait la peine de la gâcher encore plus en me faisant du mal avec ces questions ? Non, je ne pense pas. »
« Mais pourquoi ? » continua Jenny d'un ton trop enjoué.
Blaise haussa des épaules.
« C'est comme ça. Depuis ma naissance. J'aime être l'homme de l'ombre. »
« L'homme de l'ombre, c'est à dire ? »
« Hum, c'est à dire le mec qu'on ne voit jamais mais qui est là. Un peu comme l'appui de Nine. En quelque sorte. »
« Hmm-hmm...ok. Et vous Théo, vous préférez être en avant ou plus à l'écart. »
« En avant. »
« Tiens donc ! En avant ! Comme c'est intéressant ! »
« N'est-ce pas ? » renchérit sarcastiquement Théodore.
L'interview tournait au réel désastre et il ne lèverait pas un petit doigt pour la repêcher.
Il était facilement une heure du matin dans le studio de W.O.L.F.
Théo et l'équipe travaillaient à l'arrangement des harmonisations avec Draco aux commandes, Blaise jouait du piano près de la cabine d'enregistrement tandis qu'assise en tailleur sur le sol, Hermione griffonnait les futures paroles de l'instrumental résonnant dans toute la pièce.
Elle écrivait deux ou trois phrases d'affilée, relisait le tout, barrait ça et là les tournures qui sonnaient faux puis chantait en bougeant sa tête en rythme, sa voix couverte par la musique ainsi que les voix des ingénieurs du son.
Les doigts de Blaise parcouraient le clavier du piano sans vraiment de préméditation, effectuant des accords en totale improvisation tandis que ses yeux ne quittaient pas Hermione du regard. Il la vit ainsi prendre son portable lorsque l'objet se mit à vibrer mais tarder à y répondre, les yeux parcourant toujours son bloc note puis finalement appuyer sur la touche verte et...
« Coucou ma belle, tu te souviens encore de moi ? Parce que moi, je ne t'ai pas oublié. »
Blaise commença à jouer plus lentement quant le visage d'Hermione devint tout à coup blême, pâle, livide. Ses mains se mirent à trembler sur son téléphone.
« Quoi ? Je te laisse sans voix ? Tu sais que ce n'était pas très très gentil de m'avoir laissé sans nouvelle, tout seul après ton départ. Tu le sais ça, hein, Mione ? »
Hermione raccrocha, lâcha son portable à terre et haleta. Elle leva les yeux vers Blaise qui ne jouait à présent plus que d'une seule main. On aurait dit que l'on venait de lui apprendre le décès d'un proche. Elle avait l'air totalement tétanisé.
« Mione ? Ca va ? » demanda Blaise en articulant pour que cette-dernière puisse lire sur ses lèvres.
Hermione se leva d'un bond et marcha comme un somnambule vers la porte puis disparut.
« On va lancer la prochaine coupure de pub dans cinq minutes à peine juste pour que vous ayez le temps de vous installer. » leur annonça Peggy.
Draco hocha la tête tandis qu'un membre du Staff lui accrochait son micro. Hermione, à côté de lui, était en état léthargique et se laissait maquiller par dix mille mains. Au milieu de sa torpeur, elle se tourna vers son voisin qui, au même moment, se tourna vers elle. Draco lui tira la langue puis lui fit un clin d'œil, ayant pour récompense un maigre sourire de sa part. Mais un sourire quand même.
Hermione s'étira puis se leva du lit en titubant, encore dans les vapes. Elle longea le long couloir menant au reste du petit appartement londonien dans lequel elle venait d'emménager puis poussa la porte de la cuisine en boxer et caraco, les pieds traînants. Théo était attablé et regardait d'un œil vitreux la petite télévision diffusant un programme de dessin animé, sa cuillère faisant des aller-retours mécaniques de sa bouche à son bol de céréales.
« 'lut. »
« 'lut. »
Hermione ouvrit paresseusement le frigo, sortit une bouteille d'eau et, la portant à sa bouche, but tous les 1,5 litres. Lorsqu'elle ferma la porte du frigidaire, elle remarqua qu'un post-it violet était collé dessus. Se rapprochant, elle put lire : « JE TE VOIS, HERMIONE GRANGER. JE TE VOIS. ».
Hermione fit presque un bond en arrière, épouvantée, puis s'appuya en tremblant contre l'évier derrière elle et passa la petite pièce en revue, l'œil alerte. Théodore, qui n'avait pas remarqué le brusque changement d'attitude de sa voisine, continuait de mâcher mollement ses Kellogg's.
« Thé...Théo ? »
Hermione chuchotait presque, comme craignant que quelqu'un d'autre ne l'entende.
« Mmmh... ? »
« Est-ce q-que quelq-qu'un est rentré d-dans cette mais-son ce matin ? O-ou cette n-nuit ? Est-c-ce que tu as v-vu quelqu'un r-rentrer dans cet-tte maison ? »
« Nan, 'solé. Personne. »
Hermione faillit se cogner lorsqu'elle sortit en trombe de la pièce. Elle regagna sa chambre, hystérique, et découvrit un autre post-it collé sur le miroir de sa penderie.
« JE T'AI TOUJOURS TROUVEE TRES BELLE LORSQUE TU DORMAIS. »
Hermione s'effondra au sol, regarda son reflet ramper, apeuré, tétanisé, vers le fond de la chambre. Elle tâta désespérément dans le vide à la recherche de son portable puis, lorsqu'elle tenta d'y composer quelque chose de cohérent, un Numéro Masqué apparut sur son écran.
A ce stade là, Hermione pleurait déjà.
Elle décrocha avec difficulté.
« A-allo-o ? » suffoqua-t-elle.
« Qui est-ce que tu tente d'appeler Hermione ? Ne crois pas un seul instant que tu pourras me fuir. Tu m'appartiens. »
Hermione sentit alors quelque chose se briser en cinq mille morceaux à l'intérieur d'elle. Elle s'affaissa contre le mur, au plus bas, des larmes roulant sur ses joues livides.
« Tom. Je t'en supplies. Laisse-moi vivre. » chuchota-t-elle d'une voix à peine audible. « Laisse-moi vivre... »
[REGULUS BLACK]
.
Bip.
« Ecoute...hum, Regulus. C'est moi. Si tu écoute ce message c'est que j'ai déjà pris toutes mes affaires.
Je te quittes.
Je...écoute, je sais que tu aimes Nine et tout et moi aussi, je veux dire, y'a pas de problèmes pour ça mais...mais ton obsession pour Blaise...désolée, je peux pas. Je peux vraiment pas.
Ça a empiété sur notre couple, à croire que tu sors avec lui maintenant. Écoute. Arrête. Si tu veux vraiment qu'entre nous deux ça marche, tu dois arrêter avec ça. Avec Blaise Zabini.
Tu te rends compte que je suis obligée de partir ? C'est encombrant Regulus, tu ne t'en rend même pas compte. C'est encombrant et c'est malsain. Je ne voulais pas une énième dispute sur le même sujet, c'est pour ça que j'ai préféré retourner chez ma mère au moins le temps de quelques semaines. Pour te faire réfléchir, pour te faire réagir.
Je t'aime, ne l'oublies pas. Et j'ai envie d'être avec TOI, et non avec...un mec dont tu ne connais même pas le numéro de téléphone.
Appelle-moi dès que tu te sens prêt à reconstruite une relation saine. Tu sais que je serais toujours là.
Amélia. »
A la fin de ce message, faites le 1 po...BIP ! Message supprimé.
« Je pense plus à quelque chose de...provocateur. Mais pas non plus à outrance. Quelque chose qui interpellerait la personne qui regarde. Tout en la choquant un peu. » exposa Pansy en croisant des mains.
L'équipe faisait un brainstorming à présent sur le thème de la pochette ainsi que du livret du second album nommé Spleen & Ideal. Attablés avec une dizaine de photographes, directeurs artistiques, concepteurs visuels, chargés de communications, les Nine réfléchissaient sur toutes les idées jetées tour à tour par les différents protagonistes de la table pour déterminer quel thème siérait le mieux à l'esprit du nouvel album.
« C'est en soit quelque chose de poétique. C'est un hommage à Baudelaire, il faudrait donc reprendre quelques éléments de ses poèmes et les mixer avec l'esprit Nine. » dit Blaise.
« La recherche constante du bien mais l'attrait pour le mal...peut-être faudra-t-il jouer avec des paradoxes. » intervint Javier qui avait shooté la pochette de The King.
« Reprendre sans doute des termes bibliques. Eve ? La pomme ? Le serpent ? » proposa Maggy, en bout de table.
« Oh, par pitié ! Vous n'auriez pas quelque chose de plus commun à proposer ? On parle de Nine, bon sang, pas d'un vulgaire groupe de rock. » s'insurgea Pansy.
« Moi je serais bien d'accord pour le serpent. » intervint Théodore. « Ca rentre un peu dans la ligne de la provocation. » s'empressa-t-il d'ajouter en sentant le regard de son agent le transpercer.
« Je n'y vois pas d'inconvénient aussi. » renchérit Draco. « Cependant, il faudrait opposer le serpent à quelque chose d'autre... »
« Une colombe ! » s'exclama Dave.
« Et pourquoi pas un pigeon ? » ricana Pansy en contemplant ses ongles. « Ou non : une chèvre. Parfaitement antithétique, ça. Une petite chèvre qui se balade, comme ça, au beau milieu de la photo... »
« Pansy, on essaie de réfléchir ensemble, si tu n'y vois pas d'inconvénients. » s'agaça Draco en levant les yeux au ciel.
« Et toi Hermione, t'en pense quoi ? » demanda Blaise en se tournant vers la concernée.
Toute la table en fit de même la seconde d'après.
Cette-dernière avait l'air totalement dans les vapes et fixait son portable, l'air lointain. Lorsqu'elle réalisa que tous les yeux convergeaient à présent vers elle, elle releva lentement la tête, l'air ahuri.
« ...Quoi ? » demanda-t-elle.
« Est-ce que tu es d'accord sur le fait de porter un serpent sur t... »
« Quel serpent ? » demanda-t-elle en fronçant des sourcils.
Blaise soupira.
« Il s'agit de toi, tu sais que sur chacune de nos pochettes d'albums, on ne met que toi. Tu pourrais au moins faire l'effort de t'intéresser à l'élaboration. »
« Je le ferais lorsque tu arrêteras de me faire chaque jour la morale. » rétorqua Hermione avant de se lever et de prendre son portable. « Faites ce que bon vous semble. » lança-t-elle avant de sortir à grands pas de la pièce.
La salle resta silencieuse un long moment après que la porte en verre ne se soit refermée sur elle-même puis la voix de Draco s'éleva :
« Je vais aller la chercher. »
Le regard dissuasif de Blaise vrilla en une demi-seconde sur lui et suffit pour lui faire changer d'avis.
« Je ne sais pas ce qu'elle a ces derniers temps. Peut-être la pression du nouvel album. » déplora Pansy en jouant avec sa bague en topaze. « Elle est de plus en plus lunatique, de plus en plus agressive, elle sursaute au moindre bruit, elle crie sur tout ce qui bouge... »
« Et elle ne lâche pas son portable. » rajouta Théo.
Blaise plissa des yeux, serra des poings.
Et puis finalement non, on décida de lancer la pub bien après mais de lancer Hermione et Draco sur scène en grandes pompes. Alors qu'elle tentait désespérément de meubler la conversation avec un Blaise modéré et un Théo qui avait décidé de jouer l'asocial, quelqu'un annonça que l'autre moitié de Nine attendait dans les coulisses dans son oreillette et Jenny se leva alors d'un bond en plein milieu de sa phrase.
« Mesdames et messieurs, à présent, je veux un tonnerre d'applaudissements de votre part pour accueillir à nouveau sur notre plateau Draco et, surtout, Hermione ! »
Tandis que les gradins s'animaient, elle se retourna elle-même et frappa dans ses mains, un grand sourire aux lèvres. Draco entra et ce fut comme s'il débutait l'émission : même euphorie de la part du public, même folie. L'effet tripla de volume lorsqu'Hermione sorti elle aussi des coulisses.
Ils se dirigèrent vers les fauteuils à nouveau et s'assirent cette fois-ci côté à côte, Hermione se retrouvant entre Draco et Blaise.
« Drapeau blanc ? » demanda Jenny d'une petite voix en se rasseyant.
« Il n'y a jamais eu de guerre. » répliqua Draco d'un ton glacial mais avec un merveilleux sourire.
« Eh bien c'est parfait ! » rebondit Jenny qui reprit de nulle part son professionnalisme. « Dans ce cas, l'émission peut continuer. Vous savez que j'ai encore une tonne de questions à vous poser. »
Honnêtement, plus aucun des quatre n'avait envie de rester assis sur ce sofa.
Dès lors qu'Hermione posa un pied dans son appartement, elle sut que quelqu'un y était entré. Elle ne savait pas comment et elle ne savait pas pourquoi cette intuition l'avait prise d'un coup mais elle savait que quelqu'un se trouvait ou était passé dans son appartement à son insu.
Posant délicatement son sac par terre, elle y pris les deux bombes lacrymogènes qu'elle avait acheté quelques jours plus tôt, redoutant cette confrontation. Elle tâta également la poche avant de son jean pour être bien sûr que son couteau suisse s'y trouvait.
A pas de loup, elle remonta le vestibule d'entrée puis le couloir, rasant le mur, avançant le plus lentement possible. Et plus elle avançait, plus elle entendait des bruissements de feuilles provenant de sa chambre.
Son cœur battait furieusement dans sa poitrine. Des souvenirs qu'elle avait pris soin d'enfouir au plus profond d'elle-même tentaient de resurgir et lui amenaient un goût de sang dans la bouche. En quelques secondes, c'était comme si elle était redevenue cette adolescente de quatorze ans vêtue d'une robe blanche de patiente et fixant le plafond de la chambre 99, des rêves de meurtres parcourant à longueur de journée son esprit.
Ses mains tremblaient comme jamais lorsqu'elle poussa lentement la porte de sa chambre puis...
« B-Blaise... ? ? »
Même s'il n'était que de dos et fouillait à présent la boîte à chaussure dans laquelle Hermione avait enfermé tous les post-its violets qui apparaissaient chaque jour dans un coin de sa maison, elle l'avait reconnu.
Il se retourna en lui adressant un regard déstabilisé, ne s'attendant apparemment pas à ce qu'elle revienne si tôt. Hermione secoua lentement la tête, ne croyant pas à la scène qui se déroulait devant ses yeux. Blaise entrant en effraction chez elle pour fouiller dans ses affaires.
« Puis-je savoir ce que tu FOUS dans ma maison ? » siffla-t-elle en se rapprochant lentement de lui, ne baissant pas ses deux bombes lacrymogènes pour autant. « Réponds-moi vite Blaise, réponds-moi très vite parce que je serais capable de n'importe quoi sinon. »
Blaise resta un petit instant à court de parole puis sembla reprendre sa contenance habituelle.
« T'allais me le dire quand ? » demanda-t-il, un kilo de reproches pesant dans sa voix.
« Te dire quoi ? Et réponds D'ABORD à MA question. »
Blaise prit une poignée de post-it dans la boîte remplie à raz bord et les lui lança.
« Me dire ça ! Quant est-ce que tu allais me le dire ? ? »
« Ca ne te regarde en rien. »
Blaise eut un rire méprisant tout en se relevant.
« Il y a des choses à propos de toi qui ne me regarde pas. Et je le respecte. Mais dès lors que ça menace le groupe, ça nous regarde TOUS, ma chère. Tu pensais vraiment, mais alors VRAIMENT que je ne savais pas ce qui se passait ? Que personne n'avait remarqué ton changement d'attitude ? Que je n'allais rien faire ? »
« J'ALLAIS M'EN OCCUPER TOUTE SEULE ! » hurla Hermione.
Blaise eut un second ricanement puis se rapprocha de la chanteuse. Leur visage n'était même pas à dix centimètres d'écart l'un de l'autre.
« Et t'allais faire quoi ? Hein ? Dis-moi. Appeler la police ? Laisse-moi rire. » murmura-t-il. « Tu savais que ce mec t'espionne ? Tu savais qu'il avait mis des caméras jusque sous ton lit ? Dans ta douche ? Au dessus de ta télévision ? Tu n'aurais même pas eu le temps de composer le numéro du commissariat le plus proche qu'il aurait déjà déboulé chez toi pour te dépecer en mille morceaux. Tu pensais que je ne savais VRAIMENT PAS ce qu'il se passait, Hermione Granger ? »
Hermione, qui essayait de tenir tête, ne put empêcher son regard de s'embuer puis vaciller au sol.
« C'est qui ? Dis-le moi. Tu le connais ? » demanda d'une voix impatiente Blaise.
Hermione secoua la tête négativement.
« Tu mens. »
La voix de Blaise était dure. Il la pris par le menton et lui redressa la tête.
« C'est qui Hermione ? Dis-moi qui c'est. »
Hermione fit non de la tête puis se mit à pleurer silencieusement, lâchant les bombes lacrymogènes au sol.
« Qu'est-ce que ça changerait de toutes façons si je te le disais ? » renifla-t-elle.
« Ca changerait que je saurais qui te harcèle. »
« Et alors ? Ca avancerait à quoi ? Tu viens de dire qu'appeler la police ne servirait à rien ! Qu'est-ce que tu compte faire ? »
« Ne t'inquiètes pas pour ça. J'ai seulement besoin que tu me DISE, Hermione, qui te harcèle depuis plusieurs semaines. »
Les épaules d'Hermione s'affaissèrent, comme si elle se rendait à l'ennemi.
« Il s'appelle Tom. Tom Jedusor. » chuchota-t-elle, tout son corps pris de chair de poule, comme redoutant que l'infirmier passe le pas de sa porte et ne la frappe comme il en avait l'habitude de faire.
« Ok, ok, parfait Hermione. » chuchota également Blaise en lui caressant la joue. « Et d'où tu le connais ce Tom Jedusor ? »
Les épaules d'Hermione s'affaissèrent encore plus et elle baissa la tête.
« Hôpital. » fut tout ce qu'elle put dire à travers ses sanglots.
Blaise hocha lentement la tête, se rappelant que Draco lui mettait souvent des plans au dernier moment en quatrième sans jamais lui expliquer et qu'il avait dû enquêter pour découvrir que son meilleur ami allait faire des visites régulières à l'hôpital psychiatrique de Ste Mangouste.
« Il t'a fait quelque chose de mal à l'hôpital ce Tom, Hermione ? » lui demanda dans le creux de l'oreille Blaise.
Hermione se mordit la lèvre en passant la main sur son front mais hocha lentement la tête en signe d'affirmation.
« Ne me...je t'en supplies...ne me demande pas quoi. » supplia-t-elle les yeux clos, sentant ces images dégoûtantes qu'elle avait mis tant de temps à cadenasser au plus profond d'elle même reprendre peu à peu vie sous ses paupières.
« Ne t'inquiète pas. Je ne te demanderais plus rien. » lui assura-t-il en la ramenant contre son torse.
Il la serra contre lui tout en lui massant la tête puis lui embrassa le front.
« Plus rien du tout. » répéta-t-il.
Vers 3h du matin, Luna revint dans la pièce principale du salon de strip-tease, aillant fini sa série d'entrevue d'un quart d'heure pour aujourd'hui. Elle avait réuni pas moins de mille trois cent Livres pour cette soirée, ce qui n'était pas si mal pour un jeudi.
3h du matin, cette heure correspondait souvent aux plus pervers. On leur demandait de danser plus suggestivement et il était possible d'obtenir un lapdance individuel.
Luna se percha sur son podium habituel, tourna autour de la barre, fit lentement coincer sa jambe contre puis se laissa porter par le rythme de la musique lorsque que le reste de son corps virevolta lentement en l'air, ses longs cheveux blonds la suivant dans chacun de ses mouvements.
Bientôt, lorsqu'elle fut prête à enlever sa culotte, le sol du podium n'était presque plus visible tant il était recouvert de billets. Mais Luna avait beau se déhancher contre la barre le plus furieusement possible, elle n'arrivait pas à s'enlever l'entrevue avec Regulus du crane. Elle n'arrivait pas à chasser l'image Blaise de sa vie.
Ce n'était pas qu'une simple obsession.
Non.
C'était un culte que vouait Tom Jedusor à la chanteuse des Nine.
Oh, ça ne se voyait pas aux premiers abords. Grand blond, quarantaine d'années, allure assez propre, jamais un mot déplacé en public, toujours correct avec ses collègues d'hôpital. Sa vie personnelle ne laissait également rien présager. Célibataire, il vivait dans un coin assez huppé de Londres. Troisième étage, loft trois pièces, propreté immaculée, pack de bières dans le frigo, écharpe de Manchester dans le salon.
Quoi de plus normal ? Rien de moins normal.
Tom ferma la porte d'entrée en baillant, enleva son manteau puis l'accrocha au porte manteau. Il posa ensuite son sac contre l'escalier et entra dans le salon tout en desserrant sa cravate. La routine habituelle : il allume sa télévision sur une chaîne d'information, revient dans le vestibule pour troquer ses chaussures de ville contre ses chaussons, repart dans le salon et zappe sur une chaîne de sport, vérifie les scores des matchs qu'il aurait raté, retourne dans le couloir, s'arrête lorsqu'il voit la petite lumière indiquant un message clignoter sur son répondeur, appuie sur le bouton et gratte distraitement une petite tâche sur le mur d'en face tout en attendant le bip de l'appareil électronique. Il fallait décidément qu'il refasse la peinture des murs du couloir.
« Retourne-toi. » fit le message du répondeur.
Tom suspendit immédiatement son geste, pivota très lentement sur ses talons et...
.
Nous disions donc que Tom avait de l'extérieur l'apparence parfaite d'un homme mûr célibataire mais sympathique vivant une petite vie calme et tranquille dans un petit appartement calme et tranquille.
Une chambre, à l'étage, restait cependant toujours fermée à double tour. Et c'est en passant le seuil de cette chambre que Tom laissait tomber son masque.
Un sanctuaire. Nul mot aurait été plus juste pour qualifier la nature de cette pièce.
Du sol au plafond, des photos, posters, images, peintures, dessins, cartes, portraits, gravures représentant Hermione Granger étaient collés. Du sol jusqu'au plafond. Ce qui voulait dire que l'on ne pouvait pas apercevoir ne serait-ce qu'une parcelle de papier peint ou de parquet.
Du sol, jusqu'au plafond.
Sur le grand bureau de droite trônaient deux ordinateurs sur lesquels s'étalaient plusieurs carrés de séquences vidéos semblant filmer plusieurs aspects d'un appartement via caméras cachées. Un petit bloc de post-its violets était posé à côté, derrière plusieurs objectifs de Nikon.
Sur le sol, en bas à gauche du bureau, s'entassaient des magazines dans lesquels était apparue Hermione Granger, que ce soit de la presse à scandales comme des Vogue ou des Elle en passant par le New-York Times qui avait octroyé un très rare sans faute à l'album The King.
Tom bougea sa tête à droite, puis à gauche, très lentement, comme s'il avait été sonné. Il se sentait lourd, lourd... Entrouvrir les yeux fut un véritable effort.
Tout d'abord il vit flou, extrêmement flou, puis sa vue commença à s'habituer à la pénombre de fin de journée et il tenta de rassembler sa mémoire pour reconnaître la pièce dans laquelle il se trouvait.
« Réveillé ? » fit une voix derrière lui.
« Chh...pas...pas si fort. » chuchota Tom en plissant des yeux, sa tête martelant comme pas possible.
Il tenta de bouger ses mains pour agripper son visage mais se rendit compte que celles-ci étaient condamnées. Il tenta alors automatiquement de bouger ses pieds et réalisa qu'ils avaient connu le même sort. Des menottes doublées à de la corde rattachaient ses membres à la chaise sur laquelle il était assis.
Cela sembla lui faire l'effet d'une claque car il se réveilla d'un coup, en oubliant son mal de tête, et regarda tout autour de lui, presque paniqué. Il reconnu les photographies tapissant le mur et cela sembla le calmer un court instant.
« J'ai toujours eu tendance à croire que j'étais un peu dingue dans ma tête. Mais là... » continua la voix derrière lui.
« Q-qui êtes vous ? » balbutia Tom tout en tentant de se retourner. « Qui est-ce que vous êtes ? ? »
« Chh, pas si fort. »
Il entendit des pas se dirigeant vers la droite et tenta vainement de se retourner de l'autre côté.
« Quelle est votre chanson préférée dans The King ? » demanda encore la voix.
Tom se surprit à y réfléchir.
« Je...je sais pas...peut...peut-être « Princess Of the Emptiness »...sans doute... » bégaya-t-il en citant la seule chanson où Hermione ne chantait qu'accompagnée d'un piano. « J-je vous en supplies...je ne sais pas ce que vous allez me faire m-mais...je n'ai r-rien fait, je vous l... »
En une demi-seconde, la voix sans visage fut devant Tom, sa main lui agrippant fermement le cou.
« Ah ça, Tom, c'est un mensonge. »
Il pressa de plus en plus fort sur le cou de Jedusor si bien que de rouge, ce-dernier passa à livide, puis lâcha son emprise juste à temps, laissant un Tom en recherche désespérée d'un peu d'air. S'accroupissant devant lui, il l'observa tranquillement reprendre son souffle.
« Ca y est ? » demanda-t-il en chuchotant, d'un ton presque soucieux.
Tom tenta de reculer – en vain – sa chaise en arrière, terrorisé.
« J-je vous recon-nnais ! Vous êtes... »
« Blaise Marshall Zabini, enchanté. » le coupa Blaise en lui tendant la main, un grand sourire aux lèvres avant de se rappeler : « Oh, j'oubliais. Vous n'êtes pas tellement en mesure de me saluer. »
« Qu'est-ce que vous voulez de moi ? Qu'est-ce que vous voulez ? Dites-le moi ! Je vous en supplies, je ferais tou... »
« Ce qui me ferait plaisir à présent, si tu tiens à le savoir, ce serait que tu fermes ta gueule. » siffla Blaise en lui plaquant la main devant la bouche.
Tom tenta de se débattre, poussant des petits cris étouffés par la paume de main de Blaise puis se calma en comprenant que cela ne ferait qu'empirer les choses.
« Voilà qui est cent fois mieux. » concéda Blaise avant de reprendre son sourire. « Si vous saviez, si seulement vous saviez » son sourire s'élargit « à quel point j'ai envie, là, maintenant, tout de suite » il avait l'air d'être l'homme le plus joyeux de la Terre « de vous ouvrir la poitrine, d'arracher votre cœur et le découper en morceaux. »
Tom haleta et le suivit du regard se remettre sur ses jambes.
« Mais chaque chose en son temps. »
Et il disparut à nouveau derrière la chaise.
« Ça vous plaît d'être infirmier ? » le questionna-t-il d'une voix enjouée.
Tom haussa des épaules, le regard alerte.
« Je...je ne sais pas. Je ne me suis jamais bien posé la question. »
« Vraiment ? Et pourquoi ? »
« Je...j'en sais rien, qu'est-ce que vous attendez de moi à la fin ? »
« Que vous répondiez à mes questions, ce serait déjà un très bon début. »
Il y eut comme un tintement métallique puis :
« Alors ? Pourquoi ne jamais s'être posé la question ? Moi je sais pourquoi j'aime faire de la musique, par exemple. Ça me permet d'exprimer des émotions que dans mes propres mots, je n'aurais jamais su faire. »
Tom prit une grande inspiration puis baissa la tête, comme fautif.
« Je suis désolé Monsieur Zabini. Je ne me suis jamais posé la question. »
« Et Hermione ? Pourquoi Hermione ? »
Deux ou trois anges passèrent avant que Tom ne puisse entrouvrir à nouveau les lèvres. Il déglutit avec bruit.
« Parce que Hermione. »
Comme précédemment, Blaise se retrouva en un clin d'œil accroupi devant lui à le scruter du regard.
« Non non, Tom. J'ai posé une question. Et j'aimerais une réponse claire, nette et précise. Pourquoi Hermione ? »
Les deux hommes se défièrent du regard longtemps avant que Blaise ne se rapproche et articule distinctement :
« Pourquoi avoir volé son enfance, Tom ? »
Là, Tom ne fut pas long à flancher et détourna la tête au bout de quelques secondes.
« Je ne vois absolument pas d... »
« Oh si vous voyez absolument de quoi je parle. » le rembarra Blaise en tournant brusquement la figure de Tom dans sa direction. « Vous les ordures, vous avez tous le même problème. Dès qu'il s'agit de détruire la vie d'une personne, vous êtes là. Mais lorsqu'il s'agit d'en assumer les conséquences, plus personne ne répond à l'appel. »
« Elle a déjà gâché sa vie toute seule. » marmonna Tom.
« Pardon ? »
Le prisonnier se racla la gorge.
« Elle n'a pas eu besoin de moi pour la gâcher, sa vie. On vient pas en psychiatrie comme on viendrait à Disneyland. Elle était déjà assez ravagée dans sa tête. »
Blaise l'observa un instant avec une extrême neutralité. Une impassibilité avec laquelle Draco n'aurait pas put rivaliser.
« Le viol faisait donc partie du pack de bienvenue, c'est ça ? » demanda-t-il d'un ton informatif.
Tom ne put s'empêcher d'avoir un petit rire.
« Voyez ça comme vous voulez. »
La seconde d'après, la main de Blaise s'abattit sur sa joue avec une telle violence qu'il aurait put en recracher sa mâchoire. Sa tête se renversa à gauche tandis que sa poitrine se soulevait furieusement. Puis ses épaules se secouèrent lentement tandis qu'il continuait de rire.
« Bizarre. Je pensais que si, éventuellement, l'un de vous viendrait me faire la peau, ce serait plutôt le petit blond. Il n'arrêtait pas de venir la voir à Ste Mangouste. »
Tom réunit tout ses efforts pour faire à nouveau face à Blaise. Il lui adressa un sourire provocateur. Ce fut comme si la claque venait de lui enlever d'un coup toute peur. Comme s'il réalisait qu'il n'avait absolument plus rien à perdre.
« Ça me rendait un peu jaloux d'ailleurs. J'ai du en faire pâtir votre jolie Boucle d'Or plus d'une fois à cause de ça. »
Blaise continuait de l'observer mais si sa figure ne laissait rien transparaître, ses poings, eux, étaient serrés comme prêts à administrer des coups.
« Mais elle restait toujours très, très obéissante. Ou du moins, la plupart du temps. Lorsque ça n'allait pas vraiment et que je sentais un petit air de rébellion...la corde. Et tout revenait par-fai-te-ment dans l'ordre. »
Blaise tourna lentement sa tête de côté.
« La corde ? » répéta-t-il d'une voix hachée. « Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Le sourire de Tom s'élargit.
« Vous tenez vraiment à le savoir ? » murmura-t-il.
Ils s'affrontèrent à nouveau du regard et là, ce fut Blaise qui perdit car son masque de neutralité vacillait dangereusement.
« Moui. Ce serait sans doute un peu trop dur pour vous. » continua Tom tandis que Blaise commençait à faire les cent pas devant lui.
Blaise prenait bien soin d'inspirer puis d'expirer à chaque pas pour ne pas perdre le contrôle trop rapidement.
« Vous vouliez savoir pourquoi Hermione ? »
Blaise se massa l'arrête du nez en fermant les yeux...
« Pour la même raison que vous. »
...puis s'arrêta net et se tourna vers Tom, intrigué.
« Elle vous fascine cette fille, hein ? Avouez-le. »
Blaise continua ses cent pas.
« Elle ne sourit jamais. Elle ne parle presque jamais. Elle est insolente juste par sa façon de regarder. Mais putain ce qu'elle fascine. »
Blaise ferma à nouveau les yeux.
« Ses yeux...vous avez déjà vu des yeux pareils ? Couleur miel. Orange. Avez-vous déjà vu de pareils yeux ? Ils pourraient hypnotiser n'importe quel homme sain d'esprit sur Terre. »
« Et c'est ce que vous êtes ? » rétorqua Blaise.
« Et c'est ce que vous êtes ? » retourna la question Tom.
Blaise s'arrêta, se tourna vers lui et eut un demi-sourire.
« Qu'est-ce que vous êtes en train d'essayer de faire au juste ? »
« Retarder ma mort, je suppose. » répondit franchement Tom.
« Et qui a dit que vous alliez mourir ? »
Tom le regarda en plissant des yeux, l'air de dire : « Allez, à d'autres ». Blaise continua ses cent pas.
« Continuez de parler d'Hermione. »
Tom éclata de rire.
« Ca vous plaît ? Vous vous reconnaissez dans mon discours ? »
« Gardez vos putains de commentaires inutiles pour vous et faites ce que je vous ai demandé. » répliqua du tac au tac Blaise, d'une voix où vibrait la tension.
Il ferma à nouveau les yeux et entendit Tom se racler la gorge pour la seconde fois.
« Elle était belle, que voulez-vous que je vous dise ? Belle et singulière. Je n'avais jamais vu une femme aussi...aussi...pfff, je sais pas. Mystérieuse ? Extraordinairement attirante ? Sensuellement froide ? Magnifique ? Prenez l'expression qui vous plaît. »
Tom soupira.
« Quelque fois, je la voyais dans les couloirs, et je n'avais qu'une seule envie : l'embrasser. »
La figure de Blaise se plissa de dégoût mais il continua de marcher.
« Je sais ce que j'ai fait. Je sais que c'est mal. J'aurais aimé que cela se passe d'une autre façon mais...mais elle ne m'en a pas laissé le choix. »
« D'une manière ou d'une autre, ça reste du viol. »
« ...Oui mais... »
« PUTAIN MAIS Y'A PAS DE MAIS ! » hurla Blaise en secouant la chaise.
C'était avec toute la haine du monde que le bassiste dévisageait Tom Jedusor à présent. Et ce-dernier se fendit en un nouveau sourire narquois.
« Mais c'est qu'il est amoureux de son Hermione... » murmura-t-il. « Comme c'est mignon...tout s'explique à présent. »
« Vous n'êtes qu'un sac à merde. » siffla Blaise.
« Soit. Soyons des sacs à merdes tous les deux dans ce cas. J'ai bien senti que vous n'étiez pas si différent de moi. »
Tom plissa des yeux en reprenant d'un chuchotement presque persuasif :
« Ça ne vous arrive pas, en la voyant entrer dans un pièce, ou en sentant son odeur, son parfum flotter près de vous, d'avoir envie de sauter littéralement sur elle ? De lui embrasser le cou, d'enfouir votre tête dans sa poitrine, d'être le seul à la posséder corps et âme ? La seule et unique personne vers qui son cœur pencherait ? Dites non et ce sera le plus gros mensonge de votre vie. »
Blaise l'observa un très long moment, n'approuvant pas sans pour autant nier ce qu'il venait de dire.
« J'aime Hermione. Comme jamais je n'ai aimé une personne au monde. » finit-il par dire.
Tom haussa un sourcil.
« ...et ? »
« Et rien. C'est la toute première fois que je le confesse. Donc oui, je vais être obligé de vous tuer. » lui annonça-t-il dans le plus grand calme.
Sur ce, il se redressa et sortit à nouveau du champs de vision de Tom.
« On se ressemble tellement, Blaise. Tellement. En me jugeant, vous vous jugez vous-même. Et vous savez pertinemment pourquoi. »
Il y eut un silence de quelque seconde puis quelque chose fut tiré derrière son dos.
« Soit. En vous éliminant, j'éliminerai ainsi la partie sombre de moi-même. Problème résolu. »
Tom eut alors un rire peiné.
« On se ressemble tellement toi et moi, Blaise. » se contenta-t-il de répéter.
Blaise réapparut devant lui, un grand bidon rempli d'eau juste à côté de lui.
« Un jour, tu comprendras. » lui assura Tom.
« Remballe tes formules, connard. »
« Un jour. »
Blaise l'étrangla.
« J'ai dis : Remballe. » articula-t-il en prenant soin d'enfoncer ses ongles dans le cou de Jedusor avant de le lâcher.
Pour une fois, Tom resta sans répliquer mais un sourire insupportable flottait sur son visage. Blaise entreprit d'enlever le couvercle du bidon.
« Je te lègue toutes les photos de cette chambre en tout cas. Disons que tu seras mon héritier. »
« Tout partira en fumée. » lui répondit Blaise sans prendre la peine de se retourner.
« Donne-les à Draco, dans ce cas. Il l'idolâtre lui aussi. Enfin...moins que toi apparemment. »
Blaise s'interrompit dans ce qu'il faisait mais ne se retourna toujours pas.
« J'ai dis : tout partira en fumée. Qu'est-ce qui n'est pas clair là dedans ? »
Le rire étouffé de Tom parvint jusqu'à ses oreilles.
« Tout partira en fumée. » répéta-t-il. « Tu parles de votre amitié, de Nine ou alors simplement des photos ? »
Là, Blaise s'immobilisa complètement. Puis il se releva. Tourna un peu la tête. Se retourna totalement. Un rictus perçait presque malgré lui son visage.
« En fait, tu n'avais pas totalement tord. On a quelques similarités. »
« A la bonne heure, il s... »
La seconde d'après, tout le corps de Tom se retrouva baptisé d'un liquide incolore qui commença à lui piquer la peau et éclaircir ses vêtements. Il leva des yeux étonnés vers Blaise qui balança le bidon de Javel vide contre les ordinateurs puis se retourna vers lui, un linge à la main. Il lui bâillonna solidement la bouche avec tandis que Tom le regardait faire, reprenant brusquement son état apeuré.
« Et c'est bien pour ça, Tom, que tu dois disparaître le plus vite possible. » lui expliqua Blaise en sortant de nulle part une boîte d'allumette.
Il fit craquer une tige, fit naître une petite flamme et la lança sur les genoux de Tom qui prirent immédiatement feu. Ce-dernier commença à gesticuler dans tous les sens en hurlant, la moitié de ses cris étouffés par le linge. Blaise, imperturbable, fit craquer une autre allumette qu'il jeta sur sa tête et la figure de Tom s'enflamma à la seconde même.
Un peu sadique, il resta là à contempler à quel point le feu consumait son corps à une vitesse incroyable. Les flammes rampaient, s'enflaient, s'unissaient, donnaient naissance à d'autre. Elles brûlaient sans pitié la chair, s'attaquant à l'âme. Les couleurs s'altéraient.
Et cet orange. Blaise crut apercevoir les yeux d'Hermione.
.
Blaise ferma la porte, remit sa capuche sur sa tête ainsi que ses lunettes de soleil puis emprunta les escaliers pour ne pas avoir à tomber sur quelqu'un sur le palier de la cage d'ascenseur. Il fut étonné de constater que la nuit était presque tombée lorsqu'il regagna le hall. Il glissa les mains dans ses poches, marcha jusqu'à la porte et distingua une silhouette toute de noire vêtue venir dans l'autre sens.
« Et merde.. » marmonna-t-il.
Il ne voulait croiser personne de peur d'être reconnu. Il songea une seconde à reculer mais, au risque de paraître suspect, continua à marcher dans le même sens.
« Merci. » fit-il rapidement lorsque l'homme venant de dehors lui tînt la porte.
Il n'eut même pas le temps de faire deux pas qu'il entendit dans son dos.
« Excusez-moi...je...je suis vraiment désolé si je me trompe...enfin, vous me trouveriez vraiment bête...mais, hum...je... »
Blaise prit une grande respiration, enleva ses lunettes, ôta sa capuche et se retourna.
« Blaise Zabini. Oui. »
Le jeune homme en face de lui n'en croyait pas ses yeux.
Il s'appuya contre les boîtes aux lettres, à deux doigts de défaillir. Il avait une allure gothique de longs cheveux noirs, un t-shirt de groupe de métal appelant au chaos, des bagues ornant presque tous ses doigts et des chaussures en cuir ornées de têtes de mots métalliques. Mais ses yeux entourés de noirs exprimaient un tel ébahissement que Blaise eut peur qu'il tombe la seconde d'après en transe.
« Oh...mon...Dieu. Si vous saviez seulement à quel point je vous admire Blaise Zabini, je...merde, j'ai pas de mots pour exprimer mon respect, ma fascination pour vous. Mais, attendez, ne me prenez pas pour un dérangé ou je sais pas. Je...merde, putain, si seulement je savais que j'allais vous rencontrer. »
Lorsqu'une larme roula sur sa joue et que le jeune homme la balaya d'un coup de main nerveux, Blaise ne sut définitivement pas quoi faire. Il lui tapota maladroitement l'épaule, déstabilisé.
« Je...ça me fait très plaisir en tout cas. Merci beaucoup. »
« Est-ce que...est-ce que je peux vous prendre en photo au moins ? » demanda-t-il, plein d'espoir.
« Je suis navré. Il faut vraiment que je file. »
Le jeune homme hocha un peu trop rapidement la tête.
« Y'a...y'a pas de problème. Oui. Je comprends. Excusez-moi. »
Il y eut un petit silence puis Blaise reprit :
« Bon, eh bien ça m'a f... »
« Attendez, attendez juste une seconde, je n'en ai même pas pour une minute. J'habite au rez-de-chaussée. Permettez-moi juste de vous offrir quelque chose qui me tient à cœur. S'il vous plaît. »
Blaise ouvrit la bouche puis, devant l'expression suppliante du jeune homme, soupira mais hocha la tête.
La seconde d'après, son interlocuteur jetait son sac contre le sol puis courait vers la porte près de la cage d'escalier. Il chercha ses clés en poussant toutes sortes de jurons, se retourna pour s'assurer que Blaise n'était pas parti, trouva enfin les clés, ouvrit la porte avec une précipitation monstre et ne prit même pas le temps d'allumer la lumière. Il y eut des bruits d'objets renversés, brisés même, des exclamations étouffées puis il ressortit essoufflé de chez lui, une pochette à la main.
« Je...j'ai travaillé sur ça les deux mois précédents...j'espère vraiment que...enfin...j'espère que ça vous plaira. Vraiment. »
Sur ce, il ouvrit la pochette et sortit une affiche de l'équivalent de deux feuilles A4 représentant le portrait de Blaise fait en assemblant de milliers de petits carrés de photos qu'il avait prises de lui. Le bassiste fixa l'œuvre sans pouvoir dire ne serait-ce qu'un seul mot.
« C'est...remarquable. Magnifique. » souffla-t-il enfin, les sourcils haussés.
Mais lorsqu'il releva la tête, un masque de tristesse avait revêtit son visage.
« Mais...pourquoi ? Pourquoi avoir fait ça pour moi ? » demanda-t-il. « Je veux dire...qui suis-je ? »
Le jeune homme sembla un peu déstabilisé par la question puis répondit avec un sourire étonné :
« Vous êtes Blaise Zabini. » répondit-il. « J'ai pensé que ça vous ferait pl... »
« Non ! Il n'y a aucun doute là-dessus, je suis vraiment honoré que vous aillez fait ça pour moi mais...je veux dire, qui suis-je pour vous ? Pourquoi vous être donné autant de mal ? Pourquoi ne pas en avoir fait pour Hermione ou encore pour Théodore... »
« Parce que c'est VOUS qui m'inspirez. Vous ne vous imaginez pas à quel point vous êtes un modèle pour moi. »
« Un modèle ? » répéta Blaise en murmurant, presque terrifié par cette idée.
Il resta quelques secondes avec cette expression catastrophée puis se reprit.
« Merci beaucoup en tout cas... ? »
« Regulus. Regulus Black. Photographe, artiste, si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit... »
« C'est gentil de votre part. » dit-il en hochant la tête, le montage sous le bras.
« Je viens à votre concert vendredi ! » s'exclama Regulus tandis que Blaise descendait les escaliers de l'entrée de l'immeuble.
« J'aurais une pensée pour vous. » lui assura Blaise avant de se diriger vers le 4x4 noir aux vitres fumées avec lequel il était venu.
Il le déverrouilla à distance, ouvrit la portière conducteur puis la ferma à clé sur lui. Il examina son portrait et quelque chose dans le mal que s'était donné Regulus à l'accomplir lui provoqua un douloureux pincement de cœur. Il le retourna, le plia et le rangea dans la boîte à gants pour ne plus jamais l'en ressortir.
Blaise démarra, quitta la rue, le quartier, entra dans l'autoroute, sortit de l'autoroute, s'arrêta à un feu, fixa la pleine Lune au loin dans le ciel encore rougeâtre.
Il ne s'était jamais senti aussi intérieurement vide.
Il rentra chez lui. Se déshabilla dès le pas de la porte. Entra dans la cabine de douche et fit infiniment couler l'eau chaude sur lui. Et sans même s'en rendre compte, il pleurait.
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Une bulle.
Voilà dans quoi je me sentais enfermé lors des Universal Music Talents Award qui avaient lieu le soir même.
Assis presque au premier rang entre Théodore et Draco, je n'avais plus goût à rien. Tout autour de moi était fade. Sans attrait. Les lumières. Fausses. Les gens. Faux. Les parfums. Étouffant. Écoeurant. Les sourires. Faux.
Partout.
C'était présent.
Le vide.
Le vide.
Le vide.
Hermione n'avait pas put venir, je n'avais même pas cherché à savoir pourquoi.
On appela Nine pas moins de cinq fois dans la soirée. Les récompenses pleuvaient. Théo hurlait. Draco n'en croyait pas ses yeux.
Moi, caché derrière mes lunettes, je ne ressentais
rien.
Absolument rien.
Je crois que c'est le plus long chapitre de l'histoire. Alors si avec ça vous n'êtes pas contents...je ne sais vraiment pas quoi vous dire. Je crois que c'est aussi mon chapitre préféré.
Hmm, sinon je réitère : avez-vous une question à poser au Nine ? Ou même plusieurs, sentez-vous libres ! La plupart seront cités dans les chapitres suivants.
Voilà...
...est-ce que j'ai...
...tout dit...Non. Je passe mon bac la semaine prochaine...ce serait gentil de croiser les doigts pour moi, s'il vous plaît. Je ne ressens pas encore de stress mais ça va venir.
Ciao,
IACB.
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REPONSES AUX REVIEWS :
Faith & Hope : Règle n° 1 : AUCUNE review ne s'étale en longueur ni n'est inutile. Au contraire. Tant qu'elle exprime ce que vous pensez de la fanfiction, je vous donne la permission d'user jusqu'au dernier caractère de l'encadré. Ensuite, merci beaucoup pour ta review, je suis contente que l'histoire ainsi que son style d'écriture te plaise. Ah ! Hermione. Elle en a vécu des choses. Et, oui, elle est forte, mais elle doit cette force aux trois autres membres du groupe qui sont constamment là pour la soutenir. Et je suis d'accord avec toi, chacun souffre un peu au fond. Mais dans certains cas, la souffrance peut devenir quelque chose de beau...et je m'arrête là, de peur de m'égarer moi aussi. En tout cas, merci beaucoup. IACB.
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Lh42 : ...Je ne sais pas quoi écrire. Merci ? Merci beaucoup ? En tout cas, tu ne peux pas savoir à quel point ta review m'a encouragé. Je suis super contente que vous aillez changé votre avis sur Hermione, vraiment. C'est mon but. Vous faire changer d'avis sur tous les personnages. JK Rowlings devrait porter plainte contre moi. Et oui, sa relation avec Draco avait débuté depuis le plus jeune âge, d'une façon assez maladroite certes mais tout de même. J'espère que ce chapitre t'auras dépeint un nouveau Blaise, en tout cas. Merci encore. Vraiment. IACB.
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Alice D : Aaah...question très intéressante. Bizarre que je n'y ai jamais pensé...tu peux être sûre qu'elle sera posée. Très heureuse de faire partie des fanfics les plus libres que tu n'aies jamais lu en tout cas. Je prends ça comme un compliment. Merci pour ta review & j'espère que le chapitre a plu. IACB.
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Marie : J'ai répondu à la moitié de ta question dans ce chapitre, je crois. Sincèrement désolée de t'avoir dégoûtée haha, ce n'était justement pas mon but mais je voulais vraiment dépeindre Hermione telle que la percevais. Mais merci pour ta review en tout cas ! En espérant que tu aies aimé ce nouveau chapitre...Ciao, IACB.
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J'ai l'impression de recevoir de chapitre en chapitre les plus belles reviews...non pas que je m'en plaigne ! Non pas que je m'en plaigne. Dommage qu'il ne reste plus beaucoup de chapitres cependant.
N'oubliez pas : si vous avez une question à poser au groupe (ou à un membre en particulier)...vous avez la parole !
A bientôt,
IACB.
