Un mois.

Cela faisait un mois que sa vie s'était arrêté.

Un mois qu'il ne quittait plus son appartement.

Un mois qu'il vivait en ermite.

Sa vie n'avait plus aucun sens pour lui, il n'avait plus remis les pieds au travail depuis un long moment, a quoi bon pensait-il elle n'était plus là, comment pouvait-il songer à continuer ce travail alors que chaque endroit dans cette unité lui rappelait le souvenir douloureux de son absence.

Il n'était plus que l'ombre de lui-même, errant dans son appartement à se souler. A chaque fois qu'il fermait les yeux il revoyait son sourire si merveilleux et cela l'emmenait un peu plus profond vers l'abime.

Il ne voyait personne à part ses enfants, ils essayaient tant bien que mal de l'aider, de le sortir de cet enfer mais c'était peine perdu et la douleur au fond de son cœur se faisait encore plus intense lorsqu'il rencontrait les yeux tristes de ses enfants, ils se sentaient tellement impuissant face à la déchéance de leur père.

Ce soir là en quittant la morgue, il n'était plus le même homme bien sûr Cragen avait essayait de l'aider, de le pousser à voir un psychologue pour traverser cette épreuve mais il n'en avait que faire, personne ne pourrait l'aider, personne ne pourrait atténuer cette douleur sourde qui avait pris résidence dans son cœur.

Il poussa un soupir et se leva avant de se diriger en titubant vers la salle de bain, il se regarda dans le miroir et eu du mal à se reconnaitre. Il avait les yeux cernés de noirs et rougies par les larmes et l'alcool, une barbe rugueuse avait pris possession de son visage amaigri mais ce qui était le plus frappant c'était ses yeux, ses yeux si ternes et sans vie. Il resta là un moment le regard vide face au miroir avant de finalement se diriger vers les escaliers.

Son salon était jonché de cannette de bière vides et sur la table trainait des boites de repas à peine entamé, la pièce était sombre reflétant l'intérieur de son être. Seule la petite lumière rouge clignotante du répondeur brillait dans la pénombre de la pièce, mais encore une fois depuis un mois Elliot passa à côté sans y toucher il ne voulait aucun contact avec l'extérieur, il ne voulait surtout pas entendre ces gens dire à quels points ils étaient désolé, à quel point ils comprenaient sa douleur…foutaises ils ne comprendraient jamais ce qu'il ressentait au fond de lui, à quel point son absence était cruel.

Il n'avait même pas assisté à son enterrement, bien sûr au début il voulait y aller, il s'était habiller et était descendu dans le salon attendre Fin mais lorsque celui-ci avait frappé à sa porte, il ne put faire aucun geste.

Il ne pouvait pas, lui dire a dieu lui était impossible, il ne pouvait se résigner à voir son cercueil descendre au fond de ce trou, non cela lui était insupportable.

Il n'était pas prêt à supporter tout ces regards compatissant, prêt à la laisser partir…au fond de lui il savait qu'il ne la laisserait jamais partir.

Il se dirigea et se servit une tasse de café, son estomac se mit à grogner mais il l'ignora complètement. Il repassa devant le répondeur et jeta un coup d'œil à cette lumière clignotante et l'observa un long moment avant de finalement appuyer sur le bouton.

Bien sûr comme il s'y attendait il y avait pleins de messages de condoléances, de ses collègues voulant prendre de ses nouvelles, de ses enfants, de Kathy et il serra les poings ne pouvaient-ils pas le laisser tranquille, toute cette compassion lui était insupportable et une rage s'empara de lui. Il n'en pouvait plus, c'était trop difficile…

Il s'apprêtait à jeté violement le répondeur contre le mur lorsqu'il entendit le message suivant.

Cette voix.

Cette voix qu'il ne pensait ne plus jamais entendre, son cœur s'emballa aussitôt et sa tasse vint s'écraser dans un bruit sourd contre le sol.

« Euh…El c'est moi…je sais que je viens juste de te quitter mais je voulais juste te dire avant de prendre cette avion que…que tu allais énormément me manquer mais aussi… » Elle poussa un soupirsuivit d'un silence, « que…que je t'aime » ajouta t-elle la voix rauque par l'émotion.

Et ce fut le silence.

Il resta là les yeux ronds submergés par les larmes fixant l'appareil, il s'adossa au mur ne sentant plus ses jambes et se laissa glisser au sol. Un sanglot étouffé s'échappa de sa gorge, il avait l'impression qu'on lui arrachait le cœur, elle ne lui avait jamais avoué ses sentiments même si au fond de lui il savait qu'elle ressentait la même chose. Mais entendre ces mots lui brisait le cœur et il se rendit compte qu'il ne pourrait jamais lui dire que lui aussi il l'aimait, qu'il l'aimait plus que la vie elle-même, que la vie sans elle lui était insupportable.

Et il pleura de rage, et de culpabilité si seulement il avait eu le courage ce jour là de lui dire à quel point il l'aimait sur ce trottoir, si seulement…

Mais c'était trop tard maintenant, elle était partie …elle était partie et il ne pourrait jamais le lui dire.

Ce brouillard qui avait envahit sa vie se fit encore plus dense à ce moment là, il s'enfonçait dans sa douleur, dans son désespoir.

Dans une petite maison à l'extérieur de la ville…

La jeune femme regardait par la fenêtre perdue dans ses pensées. Un mois qu'elle essayait de retrouver les bouts manquants de sa vie mais en vain, elle se sentait toujours comme une étrangère.

Bien sûr Joe lui avait raconté ses souvenirs qu'elle avait tant de mal à retrouver mais elle avait du mal à s'y faire. Joe son mari, même cela lui mettait mal à l'aise, pourtant il avait été très patient répondant à ses questions.

Il lui avait raconté qu'ils avaient quitté la ville pour la maison de sa grand-mère espérant trouver paix et tranquillité. Cela faisait un an qu'ils étaient mariés selon lui et lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi ils ne portaient pas de bagues, il lui avait répondu qu'ils s'étaient fait cambriolés et que tous leurs bijoux avaient été volés c'était d'ailleurs une des raisons qui les avaient poussés à quitter la ville, ils avaient marre de ce stress, de cette violence. Et ils avaient donc emménagés dans cette petite maison en dehors de New York éloignée de tout.

Mais plus les jours passaient plus elle se sentait mal à l'aise, il y avait encore beaucoup de questions qui restaient en suspend, beaucoup de question que Joe évitaient d'y répondre et cela la troublaient énormément.

Un bras vint s'enrouler autour de sa taille et la sortit brusquement de ses pensées la faisant sursauter, elle sentit un baiser au creux de sa nuque et elle ne pu empêcher un frisson de la parcourir. Elle n'arrivait pas à s'habituer à son toucher, cela la mettait extrêmement mal à l'aise.

Pourtant elle savait qu'elle ne devrait pas, c'était son mari après tout mais ce sentiment était plus fort qu'elle. A chaque fois qu'il la touchait ou qu'il la serrait contre lui le soir dans leur lit, elle avait envie de pleurer tellement cela lui paraissait inhabituel, pas naturel.

Pourtant il ne l'avait jamais brusqué, il lui avait dit qu'il comprenait qu'il lui donnerait le temps qu'il lui faudrait mais elle avait cette drôle d'impression que cette gentillesse, cette tendresse cachait quelque chose de beaucoup plus sombre. Plus les jours passaient plus elle sentait qu'il s'impatientait et quelques fois il se mettait même en colère le plus souvent lorsqu'elle voulait en savoir plus sur son passé. Ils ne sortaient presque jamais, ne voyaient personne et cela l'intriguait beaucoup.

« Hey ca va ? » demanda t-il en la serrant plus fort contre lui.

Elle sentit son ventre se crisper.

« Oui je vais bien » répondit-elle en s'éloignant de lui, et elle vit une lueur de déception et de contrariété dans son regard.

Il poussa un soupir.

« Je vais faire quelques courses à l'épicerie du coin, je ne serais pas long » fit-il en prenant sa veste et ses clés.

Elle se rapprocha de lui.

« Je viens avec toi » déclara t-elle.

« Non ! » fit-il brusquement la faisant sursauter.

Il ferma les yeux, « excuse –moi je ne voulais pas crier… je préfère y aller seul tu as l'air un peu fatigué…reste ici te reposer Rose » fit-il d'un ton plus doux avant se diriger vers la porte.

Rose, à chaque fois qu'il l'appelait comme cela elle ne pouvait s'empêchait de faire une grimace comme si ce nom ne lui appartenait pas.

Elle observa la camionnette s'éloigner à travers la fenêtre et son cœur se serra, pourquoi ne pouvait-elle pas s'y faire à cette vie ? Pourquoi avait-elle l'impression que cette vie ne lui appartenait pas ?

Au cœur de New York…

Elliot avait passé la moitié de la journée assis dans son salon à se souler et à écouter en boucle le message d'Olivia, c'était la seule chose qu'il lui restait d'elle, il voulait s'imprégner de sa voix comme s'il avait peur de l'oublier. Et plus il l'écoutait plus il s'enfonçait dans sa douleur.

Et puis quelqu'un frappa à sa porte, comme à son habitude Elliot l'ignora mais le visiteur insista.

« Elliot ouvre cette porte ! C'est Fin ! » s'écria ce dernier mais n'obtint aucune réponse.

Il cogna plus fort, « Elliot ouvre cette porte ! Je sais que tu es là ! » répéta t-il.

Elliot sentit l'agacement le gagnait mais ne bougea pas d'un pouce.

« Putain Elliot tu vas ouvrir cette foutu porte où je te promets que je la défonce ! » s'énerva Fin.

« Vas t-en Fin ! Je ne veux voir personne ! » s'écria t-il.

« Elliot ouvres moi…il faut qu'on se parle…tu ne pourras pas rester cloîtrer toute ta vie » s'exclama t-il.

« Casse-toi ! Laisse-moi tranquille » s'énerva Elliot.

« Elliot je te préviens si tu ne m'ouvres pas tout de suite je défonce cette porte ! » menaça t-il.

Elliot serra les poings, bon sang pourquoi il ne lui foutait pas la paix !

Et puis de grands coups se firent entendre comme si quelqu'un jetait son corps contre la porte.

Il sentit la colère le submerger et se leva avant d'ouvrir la porte avec rage.

« Qu'es que tu ne comprends pas dans casse-toi Fin ?» s'enragea t-il le regard noir.

Fin l'observa un moment et il se demanda si c'était bien Elliot qui se tenait là devant lui, il avait perdu beaucoup de poids, son visage était mal rasé et il avait les yeux rouges. Il semblait porter les mêmes vêtements depuis plusieurs jours, ce n'était le Elliot qu'il avait connu, ce qu'il avait devant lui était une véritable loque humaine.

Il poussa un soupir.

« Laisse-moi entrer quelques minutes Elliot » fit-il.

Elliot hésita un moment et finit par le laisser entrer.

Fin pénétra dans son appartement qui ressemblait à un véritable champ de bataille, la vaisselle n'avait pas était faite depuis plusieurs jours et des cannettes jonchés le sol du salon sans oublié les vêtements sales éparpillés dans tout les coins.

Elliot passa à ses côtés sans un mot et s'affala sur le canapé avant de prendre la bière qu'il avait laissé sur la table basse.

Fin vint s'assoir près de lui.

« Elliot tu ne peux pas continuer comme ca… » fit-il après un long silence.

Elliot passa une main lasse sur son visage, c'était exactement ce genre de remarque qu'il ne voulait pas entendre.

« Ca…ca ne la ramènera pas… » rajouta Fin la gorge serré.

Il émit un petit rire sarcastique.

« Oui ca ne la ramènera pas…rien de ce que je ferais ne la ramènera Fin…tu ne peux pas comprendre. » répondit Elliot

« Si au contraire je comprends Elliot…tu as perdu ta partenaire...ta meilleure amie…c'est normal de ressentir ce que tu ressens. »

« Arrête Fin ! Arrête ! Tu ne comprends rien…tu ne sais rien » s'emporta Elliot en se levant du canapé.

« Je sais qu'Olivia n'aimerait pas te voir dans un état pareil…tu crois qu'elle serait contente de te voir te laisser dépérir ? »s'enquit-il, « Non…elle voudrait que tu te relèves que tu reprennes goût à la vie ! » ajouta-il.

Elliot serra les poings et ferma les yeux, car au fond de lui il savait qu'il avait raison. Mais cette douleur était beaucoup trop intense.

« Arrête Fin tu ne sais rien…tu ne sais rien ! » s'énerva Elliot.

Fin se leva et s'approcha de lui posant sa main sur son épaule.

« Qu'est que je ne sais pas Elliot ? Dis-moi ce que je ne sais pas ? » s'enquit-il le regard compatissant.

Et cela était trop pour lui, cette compassion, cette aide qu'il voulait lui donner lui était insupportable.

« Je l'aimais ! J'aimais Fin ! » s'écria t-il en saisissant Fin par sa veste avec rage.

Ils restèrent un long moment à s'affronter du regard avant qu'Elliot finisse par le relâcher et s'affaler sur le canapé passant une main tremblante sur son visage.

« Je l'aimais Fin et je ne lui ai jamais dit…elle est morte sans que je lui dise à quel point je tenais à elle » fit-il dans un sanglot.

Fin se rapprocha de lui et serra son épaule comme pour le soulager de sa peine.

« Elliot je suis persuadé qu'elle savait que tu l'aimais…tout le monde dans cette brigade savait les sentiments que vous éprouviez l'un pour l'autre » déclara t-il.

Il poussa un soupir.

« Ce n'est pas pareil Fin …elle n'a jamais entendu ces mots sortir de ma bouche…et maintenant…et maintenant elle est morte…et ca fait tellement mal…tellement mal »fit-il la voix rauque et les joues submergés par les larmes.

Fin se leva, « il n'est pas trop tard Elliot…viens avec moi » ordonna t-il.

Elliot lui lança un regard perplexe, ne comprenant pas ou il voulait en venir.

« Viens avec moi … » répéta t-il, « mais avant je te conseille de prendre un douche…allez vas y je t'attends ici » rajouta-il.

Il l'observa un long moment avant de finir par céder et se diriger vers la salle de bain.

Un quart d'heure plus tard, ils roulaient à travers les rues de la ville un grand silence régnant dans la voiture.

Finalement ils finirent par s'arrêter et Elliot tourna la tête vers le lieu qui leur faisait face, il ferma les yeux, il ne savait pas s'il avait le courage de faire cela.

« Il faut que tu le fasses Elliot, pour toi et…pour elle » fit-il

Elliot poussa un profond soupir comme pour se donner du courage et sortit de la voiture avant d'ouvrir le petit portail du cimetière, le cœur battant la chamade.

TBC


Merci pour vos reviews…voici donc un nouveau chapitre et n'oubliez pas de me laisser vos commentaires…à bientôt