Chapitre 6 : Tel père, tel fils.

Quand elles arrivèrent au festival, elles virent que la population s'amusait et donc que le gaz n'avait pas encore été jeté. Comme elles savaient très bien associer travail et plaisir, elles profitèrent des spectacles mais restèrent tout de même sur leurs gardes, jetant de temps à autre des coups d'œil vers le ciel, équipées de leurs lunettes capteurs de colère, à la recherche de l'engin de Toto. Il ne tarda pas à faire son apparition. Le jeune garçon se dévoila dans la nacelle d'une montgolfière à son effigie. Il raconta la blague suivante :

« Alors c'est une blonde, une rousse et une brune… Elles sont au bord d'une piscine magique…»

« Il faut l'attraper avant qu'il ne termine sa blague et ne projette son gaz hilarant sur le festival ! », s'exclama Krikri en attrapant la main de sa coéquipière et courant vers un haut bâtiment d'où elles pourraient atteindre l'engin de Toto. Celui-ci continuait sa blague d'une voix chevrotante :

« Elles doivent dire de quoi elles veulent que la piscine soit remplie… »

Les deux espionnes volèrent très vite jusqu'au sommet de l'immeuble puis d'un même mouvement, elles lancèrent leur ceinture bungee et grimpèrent dans la nacelle aux côtés de leur proie. Mais trop tard ! Toto fut plus rapide qu'elles et appuya sur le gros bouton qui activa le lancement de la bombe. Tout le port et son festival fut inondé de gaz hilarant avant même que le public ait entendu la fin de la blague. Les gens se mirent à se tordre de rire pendant que Toto savouraient sa victoire et que les Spies regardaient vers le festival, complètement hébétées. Les larmes commençaient à remplir les yeux de Krikri quand Phiphi reprit ses esprits et, de rage, poussa Toto dans l'eau sale du port.

En voyant une bouteille de soda coincée sur la tête de Toto, Krikri fut prise d'un rire incontrôlable.

« Krikri ! Reviens à moi ! Tu es touchée par le gaz ! », cria Phiphi, secouant son amie.

Elle sentit tout à coup monter en elle une allégresse malsaine, qui la prit toute entière et lui donna une envie incontrôlable de rire. En baissant les yeux sur le port, elle vit les victimes du gaz commencer à s'étouffer et elle reprit vite ses esprits. Elle attrapa d'une main secouée par son rire les masques à oxygène et en installa un de force sur le museau de Krikri avant d'enfiler le sien.

A nouveau alerte, elle jeta un coup d'œil à l'accident et entreprit de réfléchir à une solution pour ramener tout ce monde à la réalité, bien moins joyeuse.

« Boooh, ça va leur passer. », se dit-elle. Elle donna une tape sur la joue de sa camarade pour qu'elle arrête de ricaner bêtement, puis la traîna hors de la montgolfière. Arrivée à terre, elle voulut se diriger vers le bord du port, à la recherche du corps flottant de leur ennemi, mais Jéjé était déjà arrivé à bord d'un bateau de croisière dans le port de Vannes et tenait Toto au bout d'une canne à pêche.

« Bravo les meufs ! Vous avez réussi la mission brillamment et je suis extrêmement fier de vous ! Ne vous inquiétez pas pour les Vannetais, le Whoops va s'occuper d'eux et leur jeter un gaz antidote. Quant à Toto, on…va s'en occuper aussi » ajouta-t-il en lui accordant un regard attendri.

« Attendez. 0+0… Pitié, dites-moi le résultat ! »

« Redouble le CP mon vieux ! », ricana l'agent du Whoops qui venait de menotter Toto.

Jéjé lui jeta un regard furieux :

« Ne parlez pas de la sorte à ce pauvre enfant ! »

Les deux espionnes victorieuses remarquèrent à ce moment-là que leur boss essuyait discrètement une larme qui perlait sur sa joue ridée et mal rasée. Elles le rejoignirent ensuite dans le bateau et furent intriguées par un gigantesque poster qui représentait un arbre généalogique. Au niveau des racines, la photo de leur prisonnier était collée. Et directement au-dessus de lui, à côté d'une bimbo aux lèvres pulpeuses, apparaissait un homme qui leur semblait terriblement familier.

« Et oui, vous avez découvert mon secret… », dit Jéjé doucement en regardant ses chaussures, mal à l'aise.

« HEIN ?! » s'exclamèrent en cœur les bonasses.

Jéjé soupira un bon coup et jeta un coup d'œil à l'arbre généalogique avant de prendre la parole :

« Je ne souhaitais pas que vous découvriez ce secret. Je croyais l'avoir si bien dissimulé… »

Il secoua la tête.

« Très bien, je suppose que vous voulez tout savoir maintenant… »

« Eh bien, je n'avais pas vraiment l'intention de vous écouter bavasser mais si vous insistez… », dit Phiphi qui rangea le magazine qu'elle avait déjà sorti, apparemment peu intéressée.

Il se lança alors dans le récit de sa jeunesse, où il se décrivit comme étant un « chaud lapin », en manque d'affection féminine un soir d'été. Il raconta que son bar préféré réunissait une panoplie de serveuses bien plus merveilleuses que le rayon bonbon de Super U.

« Et celle que je chérissais plus que tout au monde s'est intéressée à l'histoire de mon faux tatouage. Ah ! C'était la belle époque. Elle a accepté que je la ramène chez moi en échange de 30 euros. »

Il essuya une larme au coin de son œil.

« Vous connaissez la suite. », dit-il, une passion encore inconnue aux sex bombes brulant dans ses yeux.

« Non on ne sait pas la suite… », s'interrogea Phiphi, perplexe.

« Elle vous a convaincu d'adopter ? », renchérit Krikri, les yeux grands ouverts.