Avé ! Avé ! Merciiiiiiiiii pour vos reviews, j'y réponds très très vite :)
PA (à qui je ne peux pas répondre directement) : je suis heureuse que tu aimes cette histoire. Un millier de merci pour te reviews :)
Petites précisions historiques :
-Le dieu Mithra est le dieu de la légion. Des sanctuaires sont élevés pour lui dans tout l'Empire et notamment à Londres. C'est une religion à mystères, c'est-à-dire que seuls les initiés peuvent y participer et nous ne connaissons quasi rien des cérémonies. Les hommes comme les femmes et les esclaves peuvent y participer. - Le sudatorium est l'ancêtre du sauna.
- Les citations du Banquet de Platon sont tirées de l'édition FoliosPlus, traduction de Paul Vicaire. Un symposion est, d'ailleurs, un banquet.
Rating : M
Bêta : SomeCoolName, évidemment. Merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci et merci.
Aruns appose sa signature sur le parchemin donnant les pouvoirs de commandement du camp à son légat pour le prochain mois. Les Grandes Fêtes en l'honneur de Mithra sont célébrées tous les cinq ans par les légionnaires et Aruns se languit d'y participer dans le nouveau sanctuaire de Londres. Il doit y représenter l'empereur pour l'inauguration. Par chance, Egkis est aussi un initié, comme presque tous les soldats romains peuvent l'être. Son rang est inférieur au sien mais ils pourront, ensemble, assister aux mystères qui sont donnés.
Une année s'est écoulée depuis leur première fois et Aruns apprécie plus qu'il n'aurait pu l'imaginer de partager sa couche avec quelqu'un qu'il respecte et aime. Egkis est toujours son esclave mais Aruns pense qu'ils ont réussi à trouver un équilibre dans leur intimité, faisant d'eux presque des égaux. Il sait que ses soldats ont remarqué l'évolution de leur relation mais rien dans leur comportement (hormis quelques plaisanteries et sous-entendus) ne montrent que cela les dérange. Et c'est ce qu'Aruns souhaite.
Egkis est un jeune homme brillant. Le général s'étonne souvent de sa capacité à le surprendre sur le terrain comme dans l'intimité de leur tente. Il apprécie particulièrement cette intelligence pratique, si utile sur un champ de bataille : il comprend les avantages que l'armée peut tirer d'un lieu et aide Aruns à magnifier ses tactiques. Aruns le récompense gracieusement dans ces moments-là, en sesterces ou en sexe, selon son humeur.
Le sexe arrive la majorité du temps quand ils s'entraînent ensemble. Aruns avait l'habitude de croiser le fer avec ses soldats même s'il savait très bien qu'ils retenaient leurs coups afin d'éviter de blesser leur chef (et d'être fouetté en punition). Alors, quand il a vu Egkis esquisser quelques mouvements avec un bâton, un jour, à l'abri des regards, il n'a pas hésité une seule seconde. Depuis, ils passent les premières heures de la journée à se battre. Leurs corps se heurtent, se rejettent. Ils ne cherchent pas à faire du bien à l'autre, pas lors de ces instants. Egkis le taquine, se moque de son jeu de jambe et de sa cheville faible avant de se retrouver à terre, le genou de son maître entre les omoplates, lui donnant une leçon en riant. Et, lorsqu'ils ont fini, Aruns le remercie en soignant ce corps de la meilleure des façons.
Il rit. Ces échanges lui manqueront à Londres, il en est certain. Il vérifie une dernière fois ses notes, s'assure que tout est fait pour que Mervius puisse tenir le camps puis lève pour rejoindre son amant dans sa chambre. Il soulève le rideau qui sépare les deux pièces et sourit en voyant la position du jeune homme.
Totalement nu, Egkis est allongé sur le ventre, un livre posé devant lui. Ses bras sont croisés sous son menton et il semble inconscient de ce qu'il se passe autour. Aruns détache sa ceinture et la pose à sa place sur la commode. Il a déjà pris son bain, profitant des mains de son amant et est revêtu de sa tunique dont il se débarrasse seul.
"Tu as fini toutes tes tâches ?"
"Les bagages sont dans le corridor prêts à être chargés. J'ai ravivé le feu pour la nuit et prévenu les gardes qu'on part à l'aube. Lucius est sensé réveiller Mervius aux premières lueurs et un messager a été envoyé pour prévenir le gouverneur de notre arrivée prochaine. Ah ! Et Seneca et Socrate ont été soigné, nourri et leurs selles sont cirées et nettoyées." répond le jeune Grec sans lever les yeux de son ouvrage.
"Je suis encore étonné par le nom de ton cheval." plaisante Aruns en s'asseyant sur le bord du lit, nu lui aussi. Il effleure les cicatrices visibles sur les jambes. "Je ne sais pas si le philosophe aurait apprécié l'hommage, surtout pour une bête aussi têtue."
Egkis rit et jette un oeil par dessus son épaule pour apercevoir son maître captivé par les traces qui parcourent sa peau. Comme à chaque fois, on dirait qu'il cherche à les effacer, à gommer de ses doigts ces souvenirs de souffrance et de captivité. Le jeune homme se redresse sur ses coudes et se penche en arrière afin de pouvoir récupérer un baiser de son maître. Leurs lèvres se répondent automatiquement, bougeant à l'unisson.
"Qu'est-ce que tu lis ?" grogne le général, en se déplaçant entre les cuisses du plus jeune qui sourit une nouvelle fois.
"Le banquet de Platon." La voix d'Egkis est tendue lorsqu'il répond, se retournant vers son livre dont il ne voit plus les lignes. "J'en suis au discours de Socrate."
"Encore et toujours lui." soupire le militaire en embrassant les lignes qui strient le dos de son amant. "Rappelle-moi de quoi ça parle."
"C'est un symposion sur l'amour…" arrive à dire Egkis avant de gémir en sentant la morsure de son maître dans son cou. "Mais peut-être que je devrais vous le lire ? Je me rappelle que l'empereur avait sous-entendu haut et fort que vous aimiez ça."
"Et ce serait dommage de donner tord à Hadrien." se réjouit Aruns en soulevant les hanches d'Egkis.
Il tend la main vers le chevet, récupère l'huile de calendula qu'il fait importer de Rome et l'étale sur ses doigts alors qu'Egkis écarte encore les jambes de part et d'autre de son maître, les fesses soulevées, ses avant-bras toujours croisés. Il commence à lire le passage lorsque le militaire fait pénétrer un doigt lubrifié en lui.
"Il y a bien une théorie selon laquelle chercher la moitié de soi-même, c'est s'aimer."
Deux doigts l'écartent tandis qu'une main caresse son dos pour l'apaiser. Sa voix est rauque, il essaie d'articuler comme il peut. Il sait quels sont les mots qui vont suivre, il connaît le texte presque par coeur et son maître n'y résistera pas.
"Mais selon ma théorie, il n'est d'amour ni de la moitié ni du tout, si l'objet n'est point bon de quelques manières que ce soit."
Le général retire ses doigts et se penche au-dessus de lui pour murmurer à son oreille "Ne t'arrête pas. Sous aucun prétexte." avant de pousser son gland contre son entrée. Egkis soupire fort, plisse les yeux, emporté par le plaisir. Mais la claque sur sa fesse, alors que son maître est entré totalement en lui, le rappelle à sa mission.
"Car les hommes n'aiment rien d'autre que ce qui est bon... Mais, peut-on dire simplement que les hommes aiment ce qui est bon ?"
Il pousse un gémissement étranglé quand Aruns prend en main son sexe et le caresse au même rythme que ses coups de rein.
"Ne faut-il pas ajouter... qu'ils aiment aussi posséder... ce qui est bon ? Et dès lors n-non pas seulement le posséder mais... le posséder toujours."
Le rythme s'accélère. Derrière lui, son amant halète, marmonne un mélange de mots dont Egkis ne comprend que son nom et des oui, comme des réponses aux questions que Socrate s'est posé sur l'amour entre deux êtres. Ces questions, les deux hommes se les approprient et prouvent qu'ils ont compris ce que le philosophe leur dit : que les hommes cherchent le bonheur et quand ils le trouvent, ils veulent le garder pour toujours. Egkis lâche les derniers mots en jouissant, vite accompagné par le militaire qui s'accroche aux hanches dans un dernier mouvement, le pénétrant plus loin et plus fort.
Ils s'effondrent tous les deux, épuisés, collés par la sueur et le sperme. Egkis pousse le livre plus loin, le faisant tomber du lit avant de se retourner pour embrasser le général qui, dans un dernier souffle murmure Toujours. Le jeune esclave regarde son maître s'endormir paisiblement, un sourire triste aux lèvres en pensant que, parfois, Socrate se trompe.
Leur arrivée à Londres le lendemain se fait dans le froid et la brume. Egkis ramène contre lui le manteau de fourrure que le général lui a donné avant de partir et qui porte encore son odeur. Il lève les yeux au ciel face à tant de sentimentalisme. Il chevauche en tête, devant son maître et les hommes qui font partis du convoi. Le palais du gouverneur est situé face au forum, près du temple de Mithra. Ils doivent y rester un mois, le temps des mystères. Egkis espère pouvoir retrouver un peu de l'intimité qu'ils ont au camp. Il n'en est pas sûr.
C'est le gouverneur Salone Aper en personne qui les installe dans les appartements qui leurs sont réservés. Le jeune Grec a compris très vite les liens qui unissent son maître à l'Empereur, comme toutes les personnes qui veulent bien se faire voir de César. Il pousse un soupir soulagé lorsqu'il entend son maître dire de faire apporter un lit supplémentaire pour lui. Ils savent très bien qu'Egkis ne l'utilisera pas mais les convenances le veulent et le jeune homme veut conserver son image de magister même s'il est désormais l'amant du général. Son maître lui répète constamment qu'il ne le considère pas comme son esclave de lit, qu'il demeure son aide de camps et, donc, qu'il conserve son statut particulier dans la hiérarchie sociale. Mais Egkis a besoin de se rassurer et le fait d'avoir son propre lit de prêt est un moyen comme un autre.
Pendant un mois, ils parcourent la ville, chaque jour, de la tombée de la nuit au lever du soleil, afin de se rendre au temple et de prier. Les célébrations sont fastueuses, Egkis n'en a jamais connu de pareilles. Cela lui rappelle des souvenirs de la légion, de son initiation et cela lui semble si terriblement loin, comme la réminiscence d'une vie antérieure. Et il déteste ça, il hait penser que ses souvenirs les plus précieux appartiennent à un autre. Ses montagnes, ses amis, sa famille. Tout cela lui a été enlevé à cause de son insolence et de son sens de la justice inflexible. Il a tellement perdu à cause de cela. Sa mère a toujours cru que c'était une bénédiction. Comme Aruns. Plusieurs fois, son maître lui a dit admirer son caractère droit et incorruptible. Ca lui fait hausser les yeux au ciel et soupirer. Cet homme est un homme vraiment particulier.
Le dernier jour, le maître profite de la fin du culte pour mener son jeune amant aux thermes. Il en rêve lui-même depuis qu'ils ont quitté Rome, il y a de ça deux ans. Il le répète à Egkis sur le chemin. Pour Aruns, c'est bien le seul plaisir que lui procure la vie en ville : pouvoir se dépenser à la palestre avant de profiter des différents bains offerts voire de massages. Aujourd'hui, il sait très bien comment il veut passer son après-midi.
Ils passent par le vestiaire déposer leurs affaires et s'habillent chacun d'un tissu en coton autour de la taille. Avant qu'Egkis ne se dirige vers le gymnase, Aruns lui prend la main et le mène vers le fond des thermes où il a réservé un sudatorium. Il voit le jeune homme sourire et, pour une fois, il ne pas dégage pas sa main. Le geste touche Aruns qui a souvent l'impression que son amant retient ses envies avec lui par peur du regard des autres. Il peut le comprendre mais souffre quand il se voit donner à contre coeur une caresse ou un baiser.
Le général fait sortir les esclaves qui alimentent le bain puis va s'asseoir sur un des bancs. Egkis le rejoint et s'agenouille devant lui. Cela fait bien trop de temps, leur journées ayant été accaparées par les différentes cérémonies. Le plus jeune ôte le linge et commence à embrasser toute la longueur de son maître qui s'accroche à ses cheveux courts, déjà humides. Il continue à déposer ses baisers, essayant de n'oublier aucun endroit. Il passe sa langue sur la fente, léchant les quelques gouttes de sperme qui en sortent déjà. Aruns pousse un râle de plaisir et s'efforce de ne pas augmenter la pression sur la tête de son amant afin de le laisser le prendre dans sa bouche à son rythme. Et Egkis le fait, l'avale entièrement, s'étouffant légèrement lorsque le bout de la verge de son maître s'enfonce dans sa gorge. Il joue de sa langue et le général ne laisse échapper plus que des gémissements.
Aruns sent la main qui était posée sur sa cuisse s'enlever et il comprend que le jeune homme n'est pas loin lui aussi de la délivrance. Alors, il pousse sur ses hanches, s'enfonce dans cette main qui tient la base de son sexe et cette bouche qui lui fait subir un millier de délicieuses tortures. Et il jouit, Egkis poussant de petits grognements appréciateurs tout en avalant avant de le lâcher pour pouvoir respirer et jouir à son tour. Il pose son front contre la cuisse de son maître, la respiration saccadée, comme lui.
Aruns le tire dans ses bras et l'allonge contre lui, sur la banquette. La chaleur humide les aide à calmer leur souffle et ils se reposent ainsi, nus l'un contre l'autre, en silence jusqu'à ce que le légionnaire le brise.
"Comment c'est chez toi ? Raconte-moi."
"Pourquoi ?" demande le jeune esclave à voix basse, se replaçant dans l'étreinte de son amant, son dos contre la poitrine puissante. "Je vous ai déjà expliqué."
"Tu n'as été que très superficiel. J'ai envie de savoir d'où tu viens vraiment."
Egkis essaie de se dégager mais Aruns l'en empêche en passant ses bras autour de sa poitrine. Le général lui souffle un S'il-te-plaît à l'oreille suivi par un chaste baiser. Alors, Egkis lui raconte tout, comment les montagnes du Péloponnèse plonge dans la mer Egée, donnant une impression d'infinité. Il lui explique que sa maison est au centre de champs d'oliviers sur lesquels sa mère veille depuis la mort de son père. Il lui dit combien il aime grimper sur la colline voisine afin de voir le soleil se coucher, Apollon finissant sa course dans la mer afin de retrouver cet amant qui s'est noyé pour le rejoindre. Il décrit sa soeur, Flora, ses longs cheveux aussi blonds que ceux d'Aphrodite et son sourire beau comme un ciel plein d'étoiles. Il relâche la pression, ferme les yeux pour voir ces paysages qu'il a toujours aimés et qu'on lui a enlevé un jour de mars pour ne pas avoir voulu punir par le fouet un de ses équipiers qui avait offert sa ration de nourriture à des autochtones. L'autre soldat avait fini par être fouetté à mort alors que lui avait été vendu.
"Tu as fait ce qu'il fallait ce jour-là, tu sais ? Je suis triste de savoir que tous les centurions ne sont pas à la hauteur de leur tâche."
"Vous êtes tellement idéaliste." ricane Egkis. "Vous devez être un des rares hommes que j'ai servi qui mérite véritablement sa place. Les autres étaient là soit grâce à leur naissance soit parce qu'ils connaissaient la bonne personne. Mais tous étaient clairement incompétents. "
"Tu en as eu tant que ça ?" Aruns essaie de paraître détaché mais, au fond de lui, il a envie d'étrangler de ses mains chaque personne qui a fait un jour du mal à son amant.
"Cinq. Et ça s'est toujours fini de la même façon : par des coups de fouets et une vente. Jusqu'à vous."
Aruns passe une main dans les cheveux courts de son esclave, effleure de ses ongles sa nuque avant de déposer tendrement ses lèvres. Egkis gémit et s'adosse contre son maître. La chaleur de la pièce les enveloppe dans un cocon, dans un monde qui n'appartient qu'à eux. Chacun pense aux confidences qui viennent d'être échangées. Si Egkis a l'esprit en Grèce, dans les champs d'oliviers dont les fruits doivent faire ployer les branches en cette saison, Aruns se rend compte que les derniers mots de son esclave l'ont fait souffrir. Cette vie, les maîtres qu'il a dû affronter, les punitions qu'il a dû subir, Egkis ne les mérite pas. Ca lui donne envie de vomir de savoir qu'il a même serré certaines des mains qui ont un jour touché son amant. Aruns veut le protéger, le garder près de lui afin que plus jamais, le jeune homme n'ait à subir cela.
Il embrasse une nouvelle fois la peau à portée, laisse errer sa langue sur la mâchoire de son amant qui ne réagit étrangement pas. Ses bras le resserre contre son torse et il n'ose poser sa question que lorsqu'il entend sont jeune esclave soupirer longuement.
"Qu'y a-t-il ? N'essaie pas nier. Je vois bien que tu n'es pas avec moi en ce moment."
" C'est que…" Il hésite, se mordille la lèvre puis murmure si bas qu'Aruns doit tendre l'oreille pour pouvoir l'entendre. " Je vais retrouver ma liberté… Un jour. Je le dois. Je ne peux pas... Je sais que c'est possible et je trouverai comment le faire."
"Et pourquoi ça ? Tu n'es pas bien à mes côtés ?" Sa phrase sonne plus désespérée qu'il ne le voudrait.
"Ce n'est pas contre vous, Maître. Je vous admire et vous aime mais j'ai besoin de pouvoir prendre mes propres décisions, de faire ce dont j'ai envie parce que je le peux. Être libre de mes mouvements et de mes actes. Ça me manque…"
"Si je pouvais t'affranchir, je le ferai, Egkis." Aruns embrasse le haut de son crâne. "Mais c'est compliqué, tu le sais. Notamment car tu es été acheté par l'empereur. Ce n'est pas moi qui doit le faire. Je ne veux pas que tu aies de faux espoirs... Tu as une belle maison qui vaut la peine de se battre. Nous essaierons d'y aller un jour. Je le promets."
Le jeune Grec se retourne et se laisse embrasser, rendant le baiser. Il aime cet homme mais il ne sera jamais pleinement heureux d'être son esclave.
"Un jour, j'y retournerai. Libre. Je fais tout pour ça."
Aruns ne répond rien, resserre son étreinte et reprend ses baisers. Ils sont possessifs, ils marquent le jeune esclave car il lui appartient. Il a honte de penser ça mais c'est un fait : jamais il ne pourra lui rendre sa liberté.
