Mise au point sur la structure de l'histoire : L'écriture apporte parfois des surprises. Donc les Monstres de Serpentard est le premier volet de l'histoire et couvre la 1 année. Je suis Lord Voldemort couvrira la deuxième année et cloture le premier arc narratif. Ca sera le plus sombre et oppressant. La troisième année tiendra en un ou deux paragraphes. La quatrième et la cinquième année seront dans une troisième volet, peut-être intitulé Pride, Wrath et Gloutony. Le dernier volet enfin, devrait s'appeler Les Horcruxes de l'Hydre
Dans la série annonce... Ridicule mon cher Riddle va reprendre du service dans la semaine. Si, si, pour de vrai !
Sinon, réponse à LA review (n'hésite pas à donner votre avis sur l'histoire, les gens, même si vous n'aimez pas et que vous décidez d'abandonner ;) )
IceQueen38 : Merci pour ta review et non, je ne l'ai pas du tout mal prise ;) Oui, dur dur de savoir de quel côté penche Jedusor... Mais le sait-il lui-même ?
Chapitre 5 : Ennemi de l'héritier, prends garde !
Eutropia dormit très mal cette nuit-là. Entre douleur et angoisse, ses songes étaient hantés par des monstres gluants, des serpents affamés et des rapaces aux griffes acérées qui lui labouraient la main. En dépit de la fatigue, elle se réveilla tôt sans parvenir à se rendormir. Une douche rapide pour chasser les miasmes d'une mauvaise nuit, un peu de baume cicatrisant et Eutropia descendit dans la Salle Commune.
L'heure matinale aidant, les lieux étaient pratiquement déserts. Au coin du feu, quelques élèves plus âgés travaillaient déjà, sans doute stimulés par les BUSES et les ASPICS qui arrivaient à grands pas. Eutropia n'était pas la seule que le sommeil fuyait. Jedusor, assis sur un fauteuil un peu à l'écart, feuilletait un gros livre avec un air préoccupé sur le visage.
Après un moment d'hésitation, Eutropia décida de le rejoindre. Il leva alors un regard surpris souligné de grosses cernes. Il avait l'air assez piteux, ce qui collait plutôt mal avec l'image d'un aspirant mage noir.
— Euh salut, hasarda Eutropia.
— Salut… ta main ?
— Ça peut aller.
Eutropia préféra cependant ne pas lui montrer les grosses boursouflures suintantes qui en zébraient la surface.
— On va dire qu'on est quitte, suggéra-t-elle.
Jedusor acquiesça.
— J'ai été stupide hier soir. Je suis désolé.
— Nous avons été stupides, corrigea Eutropia.
Les regrets exprimés par Jedusor la perturbaient un peu.
— Maintenant, nous allons devoir en assumer les conséquences.
— Ta cousine ?
— Elle a décidé d'être neutre. Je pense que c'est le mieux que l'on pouvait espérer de sa part.
— Et toi ?
Jedusor avait posé la question sans la regarder, les yeux rivés sur le livre et ses doigts caressant distraitement les petites lettres noires. D'une manière générale, il évitait son regard. Culpabilisait-il vraiment ? C'était si étrange d'imaginer Voldemort éprouver de la culpabilité. C'était comme de la neige dans le Sahara ou un centre commercial sur la Lune : incongru.
— Je pense que je vais rester à tes côtés.
— Tu ne devrais pas.
— Ça serait plus simple, reconnut Eutropia. Plus facile aussi. Quoique… Je préfère encore affronter les cousines Black plutôt que d'entendre encore une fois Warrington critiquer les boucles d'oreilles du professeur Bletchey.
Plus sérieusement, Jedusor piquait totalement la curiosité d'Eutropia qui éprouvait le besoin de l'observer, de disséquer ses actes et ses paroles pour tenter de mieux comprendre son fonctionnement. Peu à peu, il apparaissait comme un sujet d'étude des plus intrigants. Bon et peut-être qu'elle commençait à avoir pitié de son air de chien battu.
Jedusor secoua la tête.
— Tu ne peux pas avoir oublié ta peur de moi comme ça.
— Non, je reste méfiante. Mais ton projet… particulier m'intrigue et remet en question certains de mes a priori. Et toi ? Je ne pense pas que tu es passé l'éponge sur mes crasses ?
— Je… Je crois qu'on est quitte, bredouilla Jedusor en désignant sa main.
Pour la première fois, Eutropia réalisa qu'elle était plus âgée que lui. La plupart du temps, elle se satisfaisait bien de ces douze ans apparents. Cela lui fournissait une bonne justification pour son comportement puéril. Mais elle avait plus vécu que Jedusor. Et là où il ne semblait voir qu'une conséquence douloureuse, Eutropia prenait du recul et envisageait des opportunités. Accessoirement, elle éprouvait un peu de compassion pour ce môme qui paraissait réellement perturbé par l'incident Hexson.
— Ce n'est rien. Un tour à l'infirmerie et ça sera réglé.
Jedusor opina, peu convaincu.
— Et qu'est-ce que tu lis ? demanda Eutropia pour changer de sujet.
Jedusor lui montra la couverture, représentant un serpent aux belles écailles émeraude qui s'entortillait autour d'un dragon couleur bronze. Dragons et Serpents, par Théodore Nott.
— Ça commence à dater, expliqua Jedusor. C'est un grand-oncle de Héliodore qui l'a écrit.
— Ah… Et c'est intéressant ?
— Plutôt, oui. Il y a des humains qui sont capables de parler aux dragons, comme les Fourchelang parlent aux serpents. On les appelle les Flamboilang. Ce Théodore Nott était un grand-oncle d'Héliodore Nott. Un modèle pour lui, à ce qu'il m'a dit.
Cela, Eutropia l'ignorait. Elle avait bien entendu parlé d'un grand-oncle farfelu qui était mort transpercé par la queue d'un Magyar à pointe, mais elle ignorait qu'il avait pondu un bouquin sur ces charmantes bestioles.
Dans l'heure qui suivit, Eutropia feuilleta l'épais volume avec Jedusor. Il traitait pour l'essentiel des monstres volants cracheurs de feu, mais il y avait bien cinq pages dédiés au basilic, à son habitat, à ses habitudes et sa longévité. Ainsi apprit-elle que le basilic était un être stérile à l'appareil génital incomplet. Ils ne pouvaient donc se reproduire entre eux même s'ils s'accouplaient systématiquement les rares fois où deux basilics se rencontraient. Un paragraphe entier décrivait les étranges pratiques sexuelles de la créature, ce qui était particulièrement malaisant à lire à côté de Jedusor. À lire tout court. Quel genre de malade mental assistait à ce genre de scène pour prendre des notes aussi détaillées ? C'était quoi à la fin ? Un livre sur les monstres ou le kamasutra du serpent ? Heureusement, Jedusor n'eut pas de questions sur certains termes techniques (mais au cas échéant, Eutropia l'aurait renvoyé vers Bishop en espérant être témoin de la scène). Du reste, le basilic aimait chasser et pouvait tuer pour le seul plaisir.
En résumé, une charmante créature contre nature issue d'expériences douteuses de magie noire. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête, à Herpo l'Infâme, pour faire couvrir un œuf de poule par un crapaud ? C'était déjà tordu de base, non ?
Peu à peu, la Salle Commune se remplit des présences ensommeillées des adolescents au petit-levé et Abraxas Malefoy arriva en baillant d'abord, puis en cilla, stupéfait de découvrir Eutropia et Jedusor en train de lire un livre en bonne entente.
— Me suis-je réveillé dans un univers parallèle ?
— Non, on s'est juste réconcilié avec Jedusor grâce à un troll dans les toilettes.
Eutropia servit à Malefoy à peu près la même fable que celle servie à Hexson. Jedusor corrigea le début cependant, précisant qu'il avait d'abord attaqué Eutropia dans l'idée de lui faire payer la lettre et/ou d'obtenir des excuses.
— J'ai l'impression que vous ne me dites pas tout… enfin, quand Tom a décidé de garder un secret, il est bien inutile de chercher à le lui extirper.
Rosa MacNair arriva quelques minutes plus tard, eut droit au même rapport de la situation alors qu'ils montaient vers la Grande Salle pour prendre un petit-déjeuner.
— Hexson est vraiment un enfoiré, conclut Rosa.
Elle avisa le sablier des Serpentard qui talonnaient de très près les Serdaigle. Ça bruissait pas mal à la table des vert et argent, et l'on se demandait quelle pouvait bien être la cause de cette brusque chute.
— Je préviendrai les autres garçons de mon dortoir et je leur ferai passer le message qu'il ne faut jamais laisser Tom seul, ajouta Abraxas Malefoy.
— Hé ! protesta Jedusor. Ça ira, je peux me débrouiller.
— Pas sûr que tu dises la même chose quand les cousines Black t'auront coincé dans un coin, rétorqua Abraxas Malefoy. Et puis ça évitera que tu fasses d'autres bêtises du genre. Tu as de la chance qu'Eutropia ne t'en veuille pas. Sinon on n'aurait plus qu'à ramasser à la petite cuillère ce que Selwyn aurait laissé de toi. C'est aussi une chance que Selwyn se moque de la coupe des quatre maisons.
Jedusor envoya un regard noir à Malefoy, mais n'ajouta rien.
— Et pour Robin Avery ? s'inquiéta Rosa.
— Il n'aura pas le choix, affirma Malefoy. Si j'apprends qu'il a agi contre nous par son action ou son inaction, je lui montrerai de quoi un Malefoy est capable.
Il avait l'air méchamment sévère. Malgré son goût pour la paix et ses tendances protectrices envers les siens, Malefoy était un Serpentard qui n'hésiterait pas à se montrait implacable au besoin. Rosa approuva d'un hochement de tête. Sans doute qu'Avery aurait également à faire à elle en cas de dérapage.
— Pour les filles, ça va être plus compliqué, dit Rosa. Je ne peux pas faire pression sur Warrington et Eileen Prince la suit comme un petit chien. Asha Merrygold sera sûrement neutre, si ce n'est de notre côté si elle a quelque chose à y gagner.
Les quatre petits Serpentard passèrent ainsi un long moment à lister leurs alliés certains, leurs alliés potentiels et ceux dont il faudrait se méfier, ainsi que des stratégies de défense à appliquer.
oOoOoOo
Asphodèle Bones officiait en tant qu'infirmière de Poudlard depuis une dizaine d'années. Si elle avait le titre d'infirmière, Asphodèle Bones avait largement les compétences d'un Médicomage et aurait pu être responsable, d'après Sirseï, d'un service à St-Mangouste. Elle soigna donc la main d'Eutropia en deux coups de baguette magique tout en marmonnant de sinistres imprécations à l'encontre de Hexson.
— Tu vois ? dit Eutropia en montrant sa main à Jedusor avec un sourire. Ça va. Toute neuve comme une peau de bébé !
Eutropia venait de rejoindre ses amis dans la bibliothèque où ils effectuaient des recherches sur l'art du duel et de la défense. Il y avait toute une pile d'épais volumes sur la table qui attendaient d'être parcourus. On lui attribua De l'art de l'esquive et de la dérobade, par Filibert Fly. L'auteur y exposait les différentes méthodes pour échapper à un duel, pour plonger sous un sortilège et éviter un maléfice. Il encourageait d'ailleurs vivement le lecteur à pratiquer le Quidditch qui, selon lui, affutait bien les réflexes. Sans doute Harry Potter avait-il lu ce livre.
— Wouah, dommage que ça envoie à Azkaban, regretta Armael Green.
Héliodore Nott qui avait pour une fois accepté d'être traîné à la bibliothèque jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
— Euh… Attends trente secondes…
Il lui prit le livre, le feuilleta rapidement avec quelques grimaces de dégoûts puis le tendit à Abraxas Malefoy et à Philophore Prewett, qui passaient pour être les plus sages du groupe.
— Ça ne devrait pas être dans la réserve cette horreur ? s'étonna Héliodore. Ils détaillent très explicitement comment lancer les Impardonnables.
— Qu'est-ce que c'est, les Impardonnables ? demanda Jedusor.
— Trois sortilèges particulièrement atroces dont l'usage te condamne immédiatement à Azkaban, répondit Philophore Prewett dont le père était Auror. L'Imperium force à obéir à n'importe quel ordre, même les plus ignobles. Le Doloris inflige une douleur telle qu'elle peut rendre fou. Et, le plus effroyable de tous, l'Avada Kedavra, le maléfice de mort tue sur le coup. Il est bien sûr hors de question d'utiliser un doloris sur Walburga Black.
Armael Green afficha un petit air déçu qui mit Eutropia mal à l'aise. Lancer un Doloris, ce n'était pas rien. Il fallait vouloir, sincèrement vouloir, la souffrance de sa victime. Il fallait se délecter de la voir souffrir. C'était loin d'être anecdotique.
Eutropia risqua un regard à Jedusor. Bien loin de l'enthousiasme effrayant de Green, Jedusor affichait une mine sombre et préoccupée.
— C'est l'Imperium le pire, lâcha-t-il d'une voix tendue. Il peut obliger à se tuer soi-même. À attraper un couteau et à s'ouvrir la gorge.
— Et après, il y a du sang qui gicle partout, woush ! dit Green en faisant de grands gestes pour mimer le sang sous-pression s'échappant d'une artère sectionnée.
— Ce n'est pas drôle, claqua Jedusor d'un ton très sec. Imagine que ça t'arrive à toi ? Ou pire, que l'on t'oblige à tuer Héliodore ?
Green avait perdu son sourire. Il commençait à réaliser que l'Imperium n'avait rien de réjouissant et qu'il pouvait avoir des conséquences particulièrement morbides.
— Un jour, j'ai entendu une conversation de mon père, dit Philophore. Il paraît que Grindelwald utilise l'Imperium pour punir ses opposants en les obligeant à tuer un de leurs enfants. C'est absolument ignoble, mais très efficace : savoir que l'on risque sa vie est une chose, celle de ses enfants en est une autre.
Héliodore hocha de la tête, écœuré.
— Tom a raison, c'est l'Imperium le pire.
Philophore se leva avec le livre dans les mains.
— Je vais le rendre à Mme Hulotte pour qu'elle le range à l'écart.
— Non, s'opposa Rosa. Je crois qu'on devrait garder le livre. Ce qui est dedans est moche, mais le feuilleter nous apprendrait des moyens de défense très efficaces.
— Je suis d'accord pour qu'on le garde, appuya Jedusor. Pour le moment, le conflit avec Grindelwald est loin, mais tôt ou tard, ses Schattenaltern risquent de frapper l'Angleterre. Et même s'il est vaincu, il est possible qu'un jour ou l'autre, nous ayons un mage noir pire que lui à affronter.
— Pire que Grindelwald ? s'étonna Héliodore Nott. Grindelwald est déjà le pire mage noir de tous les temps. Après ça, on aura peut-être la paix jusqu'à la fin du siècle, non ?
— On ne sait jamais, insista Jedusor. Nous devons apprendre à nous défendre.
— Nous devons apprendre à nous défendre contre les cousines Black, corrigea Abraxas Malefoy. C'est différent. Les mages noirs, c'est l'affaire des adultes. Nous, on est que des enfants. On a douze ans, encore toute une scolarité à faire et des cours de défense contre les forces du mal pour nous apprendre… et bien, à nous défendre, justement ! Je suis d'accord avec Philophore : il faut que l'on rende le livre.
— Et moi, je suis d'accord avec Jedusor, intervint Eutropia à la surprise de tous.
Parce qu'Eutropia prenait rarement partie pour Jedusor.
— Les cours de défense, c'est deux heures par semaine seulement et il y a beaucoup de théorie. Nous devons nous exercer. Six ans, c'est vite passé : qu'est-ce qui nous dit que d'ici là, Grindelwald aura été vaincu ? Rien. Peut-être sera-t-il même en train de s'en prendre à l'Angleterre. Et là, nous n'aurons plus d'excuses pour nous défiler. Je vote pour que l'on garde le livre.
Après un vote donc, il fut décidé de garder le livre à cinq voix contre deux. En vérité, Eutropia s'inquiétait bien plus de la Seconde Guerre Mondiale qui éclaterait dans quelques mois seulement et de la montée en puissance de Voldemort. Oh, bien sûr, elle n'avait pas l'intention d'affronter héroïquement Voldemort. Mais elle devait apprendre au mieux à se battre pour tenir tête à des Mangemort pour mettre toute les chances de son côté. Quant à mettre un tel livre entre les pattes de Jedusor… Eutropia était résignée sur le fait que Jedusor apprendrait ces choses-là tôt ou tard. Autant que ce soit dans un contexte de défense et non dans des projets de dominations du monde. Sait-on jamais que ça lui donne des idées de reconversion.
— Bon, d'accord, et qui garde le livre ? grommela Philophore. Pas moi. Mon père est Auror, ça pourrait attirer des ennuis si on le découvrait avec moi.
— Vues toutes les sales rumeurs qui courent à propos de mon frère, je préfère éviter, ajouta Héliodore Nott. Rosa ?
— Pas bonne idée de garder un tel livre dans le même dortoir que Warrington, rétorqua Rosa avec une grimace. Abraxas ?
— Non. Je serais trop tenté d'apprendre certains maléfices et de les essayer sur mon frère.
Abraxas semblait vraiment sérieux.
— Je pense que le mieux, c'est Tom, dit-il.
— Euh… non ! protesta Jedusor. Je ne veux pas être le gardien de cette chose !
— Pourtant, c'est bien à toi qu'il est pertinent de confier. Tu es un bon élève, apprécié des profs, ce qui te protège en cas de découverte, surtout que tu as l'air très convaincant avec ton idée d'apprendre à se défendre contre les mages noirs. Ça passerait sans problème et tu n'aurais que quelques retenues. De plus, contrairement à Armael, Eutropia ou moi et bien, tu seras sans doute moins tenté d'apprendre à lancer des maléfices cruels.
Eutropia préféra se taire. D'abord parce qu'elle était un peu vexée que l'on pense à elle en ces termes. Ensuite parce qu'il s'agissait peut-être du futur Lord Voldemort. La question fut de nouveau portée au vote et à six voix contre une (celle de Jedusor), Florilège de sortilèges à lancer à vos pires ennemis fut remis à la garde de Jedusor. Même s'il serrait des dents, Jedusor accepta la responsabilité avec dignité. Peut-être se réjouissait-il intérieurement. Du moins commença-t-il à le feuilleter. Il étudiait les pages dédiées à l'Avada Kedavra lorsqu'Elisa Bishop fit irruption avec une mine inquiète.
— Tom, c'est vrai ce qu'on raconte ? demanda Bishop. Que Hexson vous a surpris dans les toilettes, toi et Grayson ? Est-ce que ça va ?
— Oui, oui, ça va, marmonna Jedusor.
— Tu es sûre ? insista Bishop. Hexson a des méthodes de barbares.
— Ça va, coupa Jedusor d'un ton plus sec.
Pourquoi n'évoquait-il pas la plume ? Pourquoi rechignait-il à plus entrer dans les détails ?
— Elisa, je pense que ça serait mieux qu'on te confie ce livre, dit soudain Jedusor en refermant le grimoire à maléfice.
Le changement de sujet était abrupt. Bishop lut le titre, découvrit l'atroce image de corps torturait qui en ornait la couverture et perdit toutes ses couleurs. Elle leva les yeux sur Jedusor, très pâle.
— Il est hors de question qu'on lui confie le livre ! protesta Eutropia.
— Pourquoi pas ? On peut lui faire confiance, répliqua Jedusor. Elle le comprendra sans doute mieux que nous !
— Elle va nous le confisquer, oui !
— Peut-être que ça vaut mieux. Comme ça, aucun d'entre nous ne sera tenté d'en apprendre quelques maléfices pour les utiliser pour de vrai.
— Une minute, intervint Bishop d'une voix qui s'efforçait d'être calme. Serait-il possible de m'expliquer ce qui se passe ?
Pour Eutropia, ce fut la goutte de trop qui fit déborder le vase. Parce que déjà, elle prenait mal le fait que ses amis se méfient d'elle. Parce qu'elle était frustrée de ne pas pouvoir feuilleter le livre. Parce qu'elle ne supportait pas Bishop, que Bishop s'immisçait dans leur conversation et surtout que Jedusor semblait avoir une confiance aveugle en elle.
Alors Eutropia se leva, très droite avec un sourire fier, parce que oui, elle était très fière de la pique qu'elle s'apprêtait à lancer.
— Va te faire bouffer par un Basilic, Bishop, cracha-t-elle.
Et elle s'en alla d'un pas rapide. Eutropia était en colère. Dans ces moments-là, un monstre s'agitait en elle, un monstre de fureur qui détestait le monde entier et surtout qui la détestait, elle, son caractère emporté, son manque de gentillesse et de patience. Eutropia se rêvait parfois avec la gentillesse sincère d'Héliodore Nott, la sociabilité instinctive d'Abraxas Malefoy, l'aplomb si ferme de Rosa MacNair, la sagesse prudente de Philophore Nott, l'enthousiasme d'Armael Green, le talent inné de Jedusor, l'intelligence retorse de Sirseï Selwyn, l'aisance et l'élégance vestimentaire de Vera Warrington, l'influence d'Elisa Bishop. Mais elle n'était qu'elle, Eutropia Grayson, une gamine au sale caractère, irritable et lunatique, pas forcément à l'aise en société, qui se montrait facilement méchante avec les personnes auxquelles elle tenait le plus.
Eutropia se réfugia dans la Salle sur Demande et y resta jusque tard le soir. Dans ces moments-là, elle ne voulait adresser la parole à personne. Pourquoi ? Par crainte que l'on brise les motifs de sa colère comme une porcelaine fragile ? Que l'on insiste encore sur son caractère infect qui faisait souffrir son entourage ? Qu'on lui donne encore le rôle de la gamine capricieuse tout en niant la douleur qui lui broyait les tripes ?
Parce qu'Eutropia souffrait et qu'un enfant pleurait en elle. Elle souffrait d'avoir été arrachée à sa première réalité, elle souffrait d'avoir tout à recommencer, elle souffrait de ne pouvoir en parler en personne, elle souffrait enfin, de toujours passer pour la méchante sans que personne ne s'intéresse réellement aux motifs de sa souffrance.
oOoOoOo
Le lendemain matin, Eutropia se leva très tôt pour n'avoir à parler à personne. Elle passa par les cuisines récupérer assez de nourriture pour tenir la journée et retourna se réfugier dans la Salle sur Demande. Elle termina sa nuit dans le canapé confortable qui faisait face à une belle cheminée au manteau de calcaire finement ouvragé. Le crépitement du bois léché par les flammes offrait une berceuse mélodieuse et apaisante. Eutropia dormit jusque vers midi. Après cela, elle mangea et se mit à ses devoirs. Elle décida de bâcler celui de Sortilège et puis parce qu'elle était vraiment en colère que Bishop lui ait pris Florilège de sortilèges, elle bâcla également son devoir de Défense. Ne restait plus que la métamorphose qu'elle soigna, pour préserver les apparences et éviter d'attirer davantage l'attention de Dumbledore.
Lorsque tout cela fut fait, Eutropia retourna sur le canapé. Assise à contempler les flammes, elle sombra dans ses ruminations, sur son passé, sur son avenir, sur Bishop et sur Jedusor.
La porte s'ouvrit et Jedusor, justement, entra. Eutropia sursauta. Elle attrapa sa baguette.
— Qu'est-ce que tu fiches-là, Jedusor ? siffla-t-elle sur ses gardes.
Très calme, Jedusor referma la porte.
— Je suis venu te parler.
— Comment t'as su où je me trouvais ?
— J'ai posé la question à Selwyn.
— Tu as quoi ?
Eutropia ne savait pas vraiment si elle était en colère contre sa cousine d'avoir vendu son refuge, irritée par l'intrusion de Jedusor ou stupéfaite par son audace de Gryffondor.
— Oui, je suis allé lui poser la question, confirma Jedusor tout en restant à distance, à côté de la porte, les deux mains bien visibles.
Aucune ne tenait de baguette.
— Et elle t'a répondu ?
— Oui. Je lui ai dit que j'étais inquiet pour toi et elle a accepté de me parler de la Salle sur Demande.
— Tu t'inquiètes pour moi ? Ou pour les conséquences sur toi, si je te lâche et que les Black en profitent pour te faire payer les quatre-vingts points ?
— Un peu des deux, admit Jedusor.
Il s'avança d'un pas.
— Philophore et Héliodore étaient d'avis de te laisser tranquille. Ils m'ont dit que ça t'arrivait parfois et que le plus prudent, c'était de rester à l'écart en attendant que l'orage passe. Mais moi, je ne suis pas d'accord. L'orage ne passe jamais totalement. Il se calme juste, il s'endort, il macère et il nous ronge petit à petit de l'intérieur. Les adultes nous disent que c'est des caprices parce que ça leur évite de prendre la peine de nous écouter. Ils ne se rendent pas compte qu'en disant « caprice », ils ridiculisent notre peine et nous enragent davantage.
Eutropia ne dit rien. Elle se contenta de se recroqueviller un peu plus sur elle-même et d'éviter Jedusor du regard. Ils ridiculisent notre peine. C'était la première fois, dans cette vie comme dans la précédente qu'on lui reconnaissait cette peine, justement, sans la traiter comme une gamine problématique qu'on ne savait pas par quel bout prendre.
Jedusor s'assit sur le canapé, à une distance raisonnable.
— As-tu l'intention d'ouvrir la Chambre des Secrets ?
La question prit Eutropia de court.
— Pourquoi je ferais ça ? bredouilla-t-elle.
Elle était nerveuse. Parce que discuter de la Chambre des Secrets avec Tom Jedusor, ce n'est pas l'idéal pour se détendre et qu'on a vite fait de l'imaginer avec un sourire cruel de méchant, se promenant avec sa bestiole meurtrière.
— Réponds-moi juste, oui ou non. As-tu l'intention d'ouvrir la Chambre des Secrets ?
Sa voix était neutre. Son regard, bien droit, fixait les flammes.
— Non, je n'ai pas l'intention de l'ouvrir.
Jedusor opina légèrement. La lueur dansante du feu agitait des ombres inquiétantes sur son visage pâle.
— Moi si.
Eutropia se figea d'horreur.
— Je dois tuer le Basilic.
Pour se détendre presque aussitôt.
— Ah euh… tant mieux pour toi.
Pourquoi lui rebattait-il encore les oreilles avec le basilic ?
— Et pour Elisa, compléta Jedusor. Ne dis plus que tu vas la donner à manger au basilic, c'est clair ? Ni elle, ni personne.
Lentement, Jedusor se tourna vers elle. Il avait un regard lourd de menaces. Cette fois-ci, il faisait vraiment peur. Si Eutropia osait s'en prendre à Bishop, les retombées seraient douloureuses.
— C'était des paroles en l'air, se défendit Eutropia. Je n'ai jamais songé à réellement…
— Je suis un legilimens naturel, coupa Jedusor. Certains legilimens captent les pensées des gens. Moi, ce sont leurs émotions. Et j'ai bien senti ta rage quand tu t'es adressée à Elisa.
Le besoin impérieux de partir, de mettre de la distance entre elle et Jedusor saisit Eutropia à la gorge. Elle sauta sur ses jambes avec la ferme intention de quitter la pièce, mais Jedusor la retint par le bras et sa baguette lui échappa des doigts. Eutropia eut le réflexe de se jeter sur Jedusor, mais à peine ses doigts trouvaient-il le chemin vers le cou fragile de Jedusor que…
— Petrificus totalus !
Jedusor repoussa sans douceur son corps pétrifié sur le côté.
— Tu m'excuseras, mais je n'ai pas envie de me faire de nouveau étrangler, marmonna-t-il.
Il s'écarta de plusieurs pas d'Eutropia et leva le maléfice.
— En fait, tu ne t'inquiétais pas pour moi, mais pour Bishop, cracha Eutropia furieuse.
Bishop, Bishop, il n'y en avait toujours que pour elle !
— Non, je m'inquiétais pour vous deux. Tu es sur une pente glissante, ajouta Jedusor d'une voix qui s'était considérablement adoucie. Il y a tellement de peurs en toi. De colère, de souffrance…
Jedusor baissa sa baguette.
— Et tu gardes tout ça pour toi. Tu es comme une cocotte-minute sur le point d'exploser. Ça siffle, ça siffle, mais personne n'entend vraiment que la pression devient trop importante. Pour eux, ce n'est qu'un bruit de fond un peu agaçant.
Jedusor soupira en secouant la tête d'un air dépité.
— La vérité est que, si je t'ai attaquée vendredi, c'est parce que j'ai paniqué. Je craignais que tu n'ouvres la Chambre des Secrets.
— Jamais je ne ferai ça ! protesta Eutropia. Je ne suis pas un monstre. Je ne suis pas comme toi !
— Je ne suis pas un monstre.
Jedusor se détourna. Il s'accroupit pour faire face au feu et commença à agiter les braises rougeoyantes avec un tisonnier.
— J'essaye de ne pas en être un, ajouta-t-il dans un murmure.
Cette dernière remarque intrigua beaucoup Eutropia et lui fit oublier une bonne partie de sa colère.
— De ne plus en être un, corrigea-t-il. J'ai fait des choses horribles à l'orphelinat. Des choses dont je ne suis pas fier et qui continuent de me hanter…
Sa voix se fondit dans le crépitement du bois. Eutropia eut la tentation de lui poser plus de questions sur son passé à l'orphelinat. Seulement, d'après Philophore, c'était un sujet que Jedusor refusait d'aborder. L'interroger risquait donc de le braquer complètement. Elle préféra donc se taire et le laisser parler.
Jedusor resta silencieux. Il continuait de triturer les braises d'un air pensif.
— À l'orphelinat, j'avais l'habitude que les gens aient peur de moi. C'était normal. Alors quand on s'est rencontré, à King's Cross, je n'ai pas réalisé que ta peur était bizarre. Maintenant, je crois que tu avais peur de moi parce que tu sais que je suis un descendant de Serpentard. Tu n'arrêtais pas de me regarder lundi, lorsque tu parlais de la Chambre des Secrets et tu avais très peur. Vendredi quand je t'ai attaquée, ça ne t'a pas surpris que je veuille ouvrir la Chambre des Secrets. Par contre, que je veuille tuer le Basilic, ça oui, tu ne t'y attendais pas.
Eutropia ouvrit grand la bouche, stupéfaite.
— Ce n'est pas ça… tenta-t-elle.
— Comment as-tu appris que je descendais de Serpentard ?
Dans un livre pour enfant moldu ? Non, là, ça ne passait pas comme explication. Eutropia ne parvenait à rien formuler de plausible qui ne soit un mensonge ou au contraire, qui ne révélait trop de ses véritables origines.
— Je ne peux pas te répondre.
À sa grande surprise, Jedusor accepta cette réponse.
— Fais-tu parfois des rêves bizarres ? Des cauchemars ?
— Comme tout le monde, supposa Eutropia.
Au détail près qu'en général, on n'était pas hanté par sa mort et on ne la revivait pas au détour d'un cauchemar.
— Si un jour tu fais des cauchemars vraiment effrayants, avec une odeur de charogne qui te poursuit au réveil… Préviens-moi.
— Euh… d'accord.
Où voulait-il en venir ? Eutropia ne se souvenait pas avoir lu le moindre passage qui évoquait ce genre de problème. Mais ce n'était pas la seule interrogation qui agitait l'esprit d'Eutropia et elle se résigna à poser une question qui lui brûlait la langue.
— Pourquoi tu ne dis pas que tu descends de Serpentard ? Ça t'éviterait bien des ennuis.
— Je n'ai presque aucune preuve.
— Mais tu es Fourchelang ! C'est un indice ça.
Jedusor posa le tisonnier, la pointe enfouie au milieu des braises chaudes.
— Il ne faut pas que ça se sache. Que je suis Fourchelang, que je descends de Serpentard. C'est une question de vie ou de mort. Pour moi. Pour mon entourage. Personne ne sait que je suis Fourchelang, pas même Elisa. Il faut que tu gardes le secret. C'est très important.
Donc Eutropia savait quelque chose que Bishop ignorait. Jedusor lui avait confié un secret qu'il taisait à Bishop. Cette constatation apporta une joie un peu mesquine à Eutropia.
— D'accord, mais qui s'en prendrait à toi ?
Jedusor se leva et la regarda d'un air très grave :
— Grindelwald, lâcha-t-il.
Ah, évidemment… Que serait Poudlard sans un mage noir qui voudrait s'en prendre aux élèves ? Seulement voilà, Grindelwald était bien loin et Eutropia n'avait pas l'intention de lui courir après ou d'accompagner Jedusor à dos de Sombral vers une quête périlleuse. Elle ne s'alarma donc pas de ce dernier aveu. Sans doute expliquait-il l'intérêt de Jedusor pour des sortilèges de combat qui n'avaient rien de scolaire.
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Eutropia apprit qu'elle avait loupé pas mal de choses ce week-end. Juste après son départ et sa mention du basilic, Malefoy avait interrogé Bishop sur la Chambre des Secrets, laquelle s'était répandue doctement en un cours digne d'un prof d'histoire. Jedusor soupçonnait Bishop d'en connaître l'entrée, mais refusait pour le moment de la questionner plus avant, ne souhaitant pas la mêler à son projet de tuer le basilic. Eutropia jalousait un peu les précautions que Jedusor prenait vis-à-vis de la sécurité de Bishop. Pire encore, Bishop avait décidé de garder le livre. Elle prétendait l'étudier au préalable pour déterminer ce qu'il y aurait d'utile à apprendre dans une optique de défense. Jedusor, comme à son habitude, se fiait au jugement de Bishop. Cela agaça profondément Eutropia.
Et puis il y avait eu la sortie de Green dans la Forêt Interdite, dans le cadre de sa colle auprès de Greengrass. Sans grande surprise, Héliodore Nott s'était porté volontaire pour l'accompagner. Ils avaient alors croisé une licorne, une vraie licorne très belle et argentée, avec une longue corne toute blanche. Elle était venue vers Héliodore qui avait même pu la caresser ! Étrangement fascinée par les licornes, Rosa MacNair avait déclaré qu'elle voudrait participer à la prochaine excursion du professeur de Botanique dans la Forêt Interdite. De fil en aiguille, au cours de la discussion, il avait finalement été proposé de mettre en place un club de la Forêt Interdite, pour organiser des sorties encadrées par les professeurs.
Eutropia fut donc harcelée par Rosa pour participer à des expéditions dangereuses, en pleine nuit, au cœur de la Forêt Interdite. Non merci, mais elle n'était pas Gryffondor !
Jedusor lui-même tenta de la convaincre. Il s'assit à côté d'elle, le lundi matin en cours de métamorphose, ce qui était assez inhabituel et ne manqua pas d'attirer l'attention de Dumbledore bien sûr. Le professeur ne fit cependant aucune remarque lorsque Jedusor se pencha vers Eutropia pour lui murmurer à voix très basse :
— Il pourrait y avoir des serpents. Cela pourrait être utile pour en apprendre plus sur notre don.
Il s'exprimait en fourchelang, ce qui le rendait indiscernable d'un chuchotement normal, au détail près qu'il était impossible d'en saisir le moindre mot.
— Pourquoi veux-tu que je vienne ? rétorqua Eutropia méfiante.
— Je te l'ai dit, pour les serpents.
— J'ai une grand-mère qui a une valise remplie de serpents. J'ai déjà pas mal pratiqué le Fourchelang.
Jedusor cilla légèrement. Sans doute ne s'attendait-il pas à cette réponse.
— Ça nous permettrait d'enterrer la hache de guerre pour de bon… ajouta-t-il.
— Hum… Fit Eutropia peu convaincue.
Parce que même si Jedusor semblait toujours plus s'éloigner de Voldemort, Eutropia n'était pas prête à se défaire de sa méfiance pour autant et que la Forêt Interdite offrait un beau cadre pour un « accident ».
Mais finalement, Rosa lui imposa la décision :
— Bon, je t'inscris, décréta-t-elle le jeudi soir alors qu'elle achevait la liste des inscrits.
Il y en avait une bonne dizaine sans doute tous déficients en matière d'instinct de survie (les Gryffondor étaient en effet en majorité). Eutropia croisa donc les doigts pour que Greengrass refuse l'idée… et ce fut tout le contraire ! Bien sûr, il ne pouvait encadrer autant d'élèves à lui tout seul, mais promit d'en toucher deux mots à Dumbledore et à Brûlopot qui enseignait le soin aux créatures magiques, sur la base d'une sortie mensuelle.
Génial. Voilà qui ajoutait une nouvelle possibilité de mort violente.
Les jours qui suivirent furent plutôt paisibles. Oh, bien sûr, il y avait de nombreux regards noirs en la direction de Jedusor et les Serpentard murmuraient souvent sur leur passage. Mais aucun ne semblait suffisamment audacieux pour s'en prendre à Jedusor en la présence d'Eutropia, au risque de s'attirer les foudres de Sirseï Selwyn. Parce que si Selwyn ne réagissait pas sur l'amitié naissante de sa cousine préférée avec un Sang-de-Bourbe, c'était qu'il devait bien y avoir une bonne raison, non ? Peut-être…
Les cousines Black les dévisageaient avec une hostilité de plus en plus ouverte.
Ce n'était pas le seul sujet d'irritation d'Eutropia. Bishop. Certes, Bishop était déjà un sujet d'irritation à part entière en temps normal, mais là, ça s'était sérieusement empiré ! Eutropia surprit plusieurs regards à la dérobée de Bishop dans sa direction. Elle la croisa un nombre inhabituel de fois dans les couloirs, en particulier dans celui du deuxième étage.
— Elle me surveille, râla-t-elle auprès de Jedusor.
Ce qui le fit sourire.
— À quoi t'attendais-tu après l'avoir menacé de se faire manger par un basilic.
— Je ne l'ai pas menacée ! se défendit Eutropia. Et puis tu lui as dit que je n'avais pas l'intention d'ouvrir la Chambre ?
— Pas exactement. Je lui ai dit que c'était des paroles en l'air et que tu ne souhaitais pas littéralement qu'elle se fasse manger par un basilic.
Concernant la Chambre des Secrets, Jedusor et Eutropia n'avaient encore rien décidé. Si Jedusor était bien déterminé à tuer le basilic, restait à réfléchir à un plan d'action. Rien ne pressait : ils étaient les deux seuls Fourchelang de Poudlard (d'après Sirseï), donc les deux seuls susceptibles d'ouvrir la Chambre des Secrets. Le basilic avait attendu des siècles.
— Je suppose qu'il peut bien attendre quelques semaines de plus, admit Jedusor à contrecœur.
— Années, tu veux dire ? répliqua Eutropia.
— J'aimerais nous en débarrasser avant les vacances d'été. Comme ça, je serais plus tranquille, argumenta Jedusor.
— À ce compte-là, autant en parler à Dumbledore.
— Je te l'ai déjà dit, je ne veux y mêler personne. Toi, c'était une erreur parce que j'ai paniqué à l'idée que tu puisses l'ouvrir.
Eutropia foudroya Jedusor du regard. Comme à chaque fois qu'ils parlaient de la Chambre ou d'autres sujets délicats, ils s'étaient retrouvés à l'abri de la Salle sur Demande.
— Ne le prends pas mal, précisa Jedusor. C'est juste que c'est très dangereux.
— Précisément, c'est dangereux. Je comprends bien pourquoi le Choixpeau a failli t'envoyer à Gryffondor, mais attend un peu, veux-tu ? Au moins la quatrième ou la cinquième année… Un basilic, ce n'est pas rien ! Rien ne presse, alors attends d'être en âge.
Oui, peut-être bien qu'Eutropia commençait à s'attacher à Jedusor et qu'elle n'était pas très enthousiaste à l'idée de le voir descendre aussi jeune vers un lieu aussi dangereux. Et puis rien ne pressait, non ? N'était-ce pas Tom Jedusor qui était le premier à l'ouvrir depuis sa création dans le canon ?
Un message en lettre rouge et scintillante la détrompa deux jours plus tard.
C'était un samedi matin et avril touchait à sa fin dans une épaisse grisaille qui enveloppait Poudlard d'un manteau d'humidité. Les Serpentard se réjouissaient d'avoir la Salle Commune dans les souterrains du château, afin de ne pas subir à longueur de journée, la vision déprimante d'un sempiternel ciel gris et bouché.
Comme à leur habitude, Rosa MacNair, Abraxas Malefoy, Tom Jedusor et Eutropia se retrouvèrent dans leur Salle Commune. Ils découvrirent que le calamar géant était de sortie et dansait derrière les fenêtres qui donnaient sur les profondeurs verdâtres du lac. Ils s'attardèrent un temps pour l'observer avant de céder à l'appel du ventre et de monter vers la Grande Salle.
En raison de l'heure avancée (Rosa tenait à sa grasse matinée), la Grande Salle se clairsemait : la majorité des élèves avaient déjà déjeuné.
Rosa la carnivore se servit généreusement en lard et en œuf au plat, qu'elle dévora accompagnés d'une tartine de beurre. Abraxas Malefoy jeta sa préférence sur du hareng, qu'il mangea également avec une tartine de beurre et une pomme. Eutropia, elle, ce qu'elle aimait, c'était les bananes. Une banane écrasée donc, avec du porridge et une pointe de miel. Pour Jedusor, trois bananes écrasées, avec une grosse cuillère de miel et une pointe de porridge. Quant à sa tasse de thé, il y mit un morceau de sucre, deux, trois, quatre, cinq, six, sept ! Sept morceaux de sucre !
— Et sinon… un peu de thé avec ton sucre ? se moqua Rosa.
Elle écopa d'un regard noir.
— Je pense qu'à ce stade-là, c'est plus du sirop que du thé, ajouta Malefoy.
Nouveau regard noir.
Ils en étaient sur les dernières bouchées lorsque Bishop fit irruption à leur table, la mine inquiète et les joues pâles. Il sembla à Eutropia que son regard s'attardait particulièrement sur Jedusor… Et sur elle-même, ce qui la fit automatiquement grincer des dents.
— Vous avez entendu ce qui vient de se passer ?
— Hexson a bu un coup de trop et il s'est brisé la nuque dans les escaliers ? suggéra Eutropia.
Ce qui lui valut un regard pénétrant de la part de Bishop.
— Quelqu'un a écrit sur le mur un avertissement, énonça lentement Bishop en scrutant attentivement leur groupe de Serpentard. « La Chambre des Secrets est ouverte. Ennemi de l'héritier, prends garde ! ».
Jedusor faillit s'étouffer avec son sirop de thé.
La suite dimanche prochain ou dans deux semaines en fonction du temps que j'aurais !
