Nouveau chapitre ! Pardon pour le retard ... j'ai eu un peu de mal avec ce chapitre. Et un grand merci à Yuuko, pour sa patience et son aide précieuse ( en particulier ce coup-ci ) !

Petite note importante pour la compréhension du chapitre : Hestia était la divinité grecque du feu sacré et du foyer. Elle incarne le foyer domestique, la flamme sacrée qui brûle sans cesse dans les demeures et dans les temples, et qui les purifie. Ses prêtresses devaient rester vierges. En Rome Antique, les vestales ( équivalent des prêtresses d'Hestia ) qui brisaient leurs voeux de chasteté étaient souvent enterrées vivantes.

Petite réponse aux reviews :

Anders Andrew : Merci beaucoup, comme toujours :). Quant au héros de PB, je suis de ton avis (même si je ne l'aimais pas dès la saison un XD). Et pour Théophane ... attends de voir le prochain chapitre, il devrait te plaire ;). A suivre : La fondation du cirque Tsubasa, avec Shaolan dans le rôle du clown XDD

Sanashiya : J'espère que celui-là va pas trop te perturber ... Ahem ... #va se planquer#

Gwendolen66 : XD Je pensais pas que cette petite phrase aurait autant d'impact. Merci pour ta review pas constructive mais adorable x3

Subakun-sensei : Ahem ... #sourire innocent# (T-Bag dans le rôle de Krycek, ça te va ? x3)

Martelca : Une fan de T-Bag ! Copiine XDDD

Zo-chan : Il y a quand même pas mal de Kuro dans ce chapitre, rassure-toi ;). Mais aussi beauuucoup de Fai #sifflote#

Ptite Clad : XDDD Sans com', jette un petit coup d'oeil au chapitre et tu verras ... x3

Hitokage83 : Je pense que ce chapitre va te plaire, il répond aux questions que tu te posais ;)

Angel of Dark Wings : J'espère qu'après ça tu sauras mieux qui est qui :)

Hokutoxtora : Je dois avouer que j'avais pensé à ce moment en écrivant ça. Ça fait plaisir de voir que tu l'as remarqué x3

Narcyss : Wouf x3

Chii46 : Le KuroFye commence ici et dans le prochain chapitre justement. Tout doucement p

Kuroxfye : J'espère que ce chapitre ne te vaudra pas de gifle de ta soeur ;)

Butterflyellow, Nate02, Ichigolove1, Ayaka Maeda : Merci :) Voilà la suite !

Bonne lecture !


Plusieurs jours avaient passé, et le chaton n'avait pas repointé le bout de son nez. Ce qui était plutôt une bonne chose, dans l'absolu. Des gardes traînaient un peu partout dans la prison, en particulier Théophane et Cruzade, qui étaient occasionnellement accompagnés d'un puissant chien-loup aux mâchoires peu engageantes, qui n'aurait fait qu'une bouchée de l'animal s'il avait eu le malheur de tomber sous sa patte.

L'humeur du blond, elle, n'avait pas changé. Il n'avait pas reparlé du chaton, ni de Yuui, depuis ce jour-là. L'air aussi serein, et agissait comme si rien ne s'était passé entre eux. Kurogane, lui, restait fidèle à sa décision de rester en dehors de ses affaires. Et avec son attitude fuyante, le blond lui était d'une aide certaine, il fallait bien l'avouer ...

Kurogane sortit du bain d'eau chaude - dans lequel il se trouvait depuis quelques minutes, et s'essuya en vitesse avant de s'habiller. Il lui restait près d'une heure avant de commencer son tour de garde, et il comptait bien en profiter pour effectuer quelques entraînements matinaux. Cela lui permettrait peut-être de se vider l'esprit ... il avait recommencé à penser à Fai, ces temps-ci, et ce fait l'irritait au plus haut point. Que pouvait donc bien avoir cet idiot d'aussi unique, pour qu'il ne parvienne pas à l'oublier ?

Il allait partir lorsqu'il aperçut quelque chose briller au fond de l'eau. Il se rapprocha pour voir ce que c'était : il y avait peut-être fait tomber quelque chose sans s'en apercevoir. Mais tout ce qu'il vit en se penchant, ce fut son propre reflet. Non ... pas le sien ... Sa prise sur le bord du bain se raidit, et il ne put que continuer à regarder ce qui se trouvait en face de lui d'un air éberlué : le reflet, qui aurait dû être le sien, était celui d'un enfant blond au visage empli de peine, dont les yeux implorants étaient rivés aux siens. Kurogane ne put s'empêcher de se sentir intensément coupable, sans qu'il sache encore bien pourquoi. Fai. Ou plutôt ...

"Yuui ? C'est toi n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu me veux, à la fin ?"

Les lèvres de l'enfant s'agitèrent, et même si elles ne produisirent aucun son le garde n'eut aucun mal à discerner ce qu'elles articulaient.

"Ai-dez-le."

"Non." Kurogane secoua la tête. "Je ..."

Il n'eut pas le temps de continuer. Une main blanche et pâle - presque translucide – sortit de l'eau et lui saisit le poignet. Une lumière éblouissante le força à fermer les yeux, et lorsqu'il les rouvrit il ne se trouvait plus dans la salle de bains de la prison. Il se trouvait dans le palais royal, plusieurs années en arrière.


"Yuui … tu es sûr ? Cette dame … elle me fait peur …"

Les deux jumeaux étaient cachés derrière un large rideau, dans le grand hall du palais, chuchotant entre eux avec empressement.

"Ne dis pas de bêtises Fai.", lui répondit son frère avec une pointe d'impatience, sans cesser de jeter des regards discrets en direction de l'escalier principal. " Tu as bien vu comme notre père était furieux lorsqu'il l'a chassée, tout à l'heure. Il faut qu'on sache à tout prix ce qu'elle lui a dit … Avant qu'elle sorte du palais."

"Oui …" Ses petites mains agrippant avec force la tunique de son frère, il leva la tête au-dessus de l'épaule de ce dernier pour regarder alentour. Puis la baissa de nouveau, dépité, réalisant que personne ne venait.

"Tu es sûr qu'elle va passer par ici ? Elle est peut-être déjà sortie …"

"Non ..." Affirma Yuui, d'une voix qui avait malgré tout perdu un peu de son assurance. "C'est impossible … On ne peut sortir du palais que par ce hall, on aurait dû la croi …"

Il s'interrompit soudain. Quelque chose de long et brun pendait juste devant son visage … depuis quand ? Comme des cheveux, venant de quelque part au-dessus de lui ...

"BOUH !"

Fai poussa un cri étouffé et se serra contre son frère, terrorisé. Yuui – en train de se retourner, alarmé, pour voir qui avait bien pu les surprendre – perdit l'équilibre et les deux enfants se retrouvèrent au sol, pèle-mêle, dans un entremêlement de bras et de jambes qui bougeaient dans tous les sens. La femme qui quelques secondes plus tôt - après s'être sournoisement approchée par derrière – s'était penchée au-dessus d'eux, éclata de rire, tandis que son serviteur secouait lentement la tête, navré.

"Mademoiselle Yuuko, je vous avais demandé de ne pas faire ça …" Lui reprocha-t-il, d'une voix où l'on sentait poindre une certaine lassitude. "Ces pauvres gamins, vous les avez sûrement traumatisés …"

Yuuko éclata d'un rire impérieux, regardant les deux enfants avec délice, comme elle aurait regardé un nouveau territoire qu'elle viendrait tout juste de conquérir.

"Ce que tu peux être rabat-joie, Watanuki ! Regarde-les tous les deux, ils ont l'air de s'amuser comme des petits fous, à quatre pattes par terre – on dirait deux petits chatons !"

Elle ponctua la fin de sa phrase d'un petit cri de béatitude, qui arracha un soupir à Watanuki. Yuui, tentant de se relever comme il pouvait, malgré son frère qui s'accrochait toujours à ses habits avec la hargne d'un naufragé, écarquilla les yeux en reconnaissant la femme qui se trouvait devant lui.

"Vous ! C'est vous que je cherchais !"

Le rire de Yuuko mourut. De nouveau sérieuse, elle semblait prête à l'écouter avec attention.

"Je vous en prie ! Vous devez …"

Il s'arrêta soudainement. Les yeux d'un rouge ardent , emplis de gravité, qui le regardaient fixement lui firent baisser les siens. Ce qu'il sentait en elle était semblait bien trop pesant ... comme si un simple mot de sa part était capable de changer leur destin irrévocablement. Il ne pouvait pas lui parler. Si elle ne leur offrait aucun espoir ... Personne ne le ferait. Il ne pouvait pas ... La main de Fai se glissa dans la sienne, et il réalisa que les tremblements qu'il sentait ne venaient plus de son frère, à présent. Il serra de ton son cœur leurs doigts entrelacés, reconnaissant, sentant revenir en lui le courage qui lui avait manqué. Et releva la tête.

"S'il vous plaît … Il faut que vous nous aidiez."

Le regard de Yuuko s'adoucit, et l'espace d'un instant un petit sourire tendre vint se peindre sur son visage. Puis elle ferma les yeux, et dit doucement :

"Je vais vous dire ce que je sais. Mais je n'ai malheureusement que peu d'espoir à vous offrir."


Des ennemis s'étaient approchés des frontières de la cité, dans la matinée, obligeant le roi à diminuer le nombre de gardes à l'intérieur du palais pour les envoyer sur le terrain. C'est ce qui avait permis aux jumeaux de s'éclipser de leur chambre pour aller trouver la voyante, et une fois cela fait, d'y retourner avec elle pour parler à l'abri des oreilles indiscrètes. Watanuki, par acquis de conscience, était resté debout près de la porte pour faire le guet.

Yuuko s'assit sur le petit lit que Yuui et Fai se partageaient habituellement. Elle croisa les mains sur ses genoux, et attendit que les jumeaux se soient installés à leur tour, prêts à l'écouter, pour parler.

"Tout d'abord, vous êtes bien victimes d'une malédiction, tous les deux … celle-là même qui est en train de causer la perte de notre cité."

Comme deux regards alarmés se posaient sur elle, elle ajouta :

"Mais en dépit de ce que votre père a pu vous dire, ce n'est ni vous, ni votre mère qui en êtes responsables. Cependant, avant que vous n'en tiriez la moindre conclusion, laissez-moi vous raconter ce qui s'est passé ... depuis le commencement."

Ainsi débuta son histoire. Les jumeaux l'écoutèrent, attentifs, n'osant pas faire le moindre bruit de peur d'en perdre la moindre miette.

"Avant de connaître votre père," commença-t-elle, "votre mère n'était pas – contrairement à ce qu'il a prétendu par la suite - une princesse venant d'une lointaine cité. Elle appartenait à un temple, situé un peu plus loin au Nord du pays, où elle se consacrait au culte de la Déesse Hestia. C'était sans nulle doute la plus belle et la plus douce des prêtresse qu'on ait vu depuis des générations, la favorite de la Déesse elle-même. Un jour, un guerrier vint demander l'hospitalité à sa porte. Il s'agissait de votre père, le Roi Bishamon-Ten, qui revenait tout juste de la guerre contre le Roi Ashura, qu'il avait menée aux côtés du Roi Taïshaku-Ten. Ils se plurent presque aussitôt, et Bishamon-Ten s'empressa de la courtiser jusqu'à ce que, par amour pour lui, elle accepte de quitter le temple pour l'accompagner, renonçant ainsi à son devoir de prêtresse ... et à son voeu de chasteté. C'est ainsi qu'elle vint s'établir au château de cette Cité, pour y régner aux côtés de son bien-aimé."

"Votre père s'était attiré le courroux des Dieux, en enlevant et souillant ainsi cette précieuse mortelle, dont la vie et la beauté devaient leur être destinées. Mais, par égard pour elle, ils décidèrent de pardonner l'affront que Freya leur avait fait en brisant son serment, et pardonnèrent à celui qui la leur avait enlevée. Quelques temps plus tard, elle tomba enceinte de deux jumeaux ... et votre père commis alors un acte qui devait attirer le malheur sur toute la cité."

"Quelques jours à peine après que le grossesse de votre mère ait été annoncée, une jeune femme vint se présenter au palais. Il s'agissait de la fille d'Ashura, Dame Kisshou-Ten, qui avait fui la cité à présent occupée par Taïshaku-Ten, et – comme aucune autre cité des environs ne se sentait le courage de la laisser entrer en ses murs, par crainte de représailles - venait demander asile auprès de votre père. Ce dernier accepta de l'accueillir ... en premier lieu, par sens du devoir envers elle, après avoir participé à la guerre contre la cité de son père. Mais très vite, leur relation se fit plus profonde. Jusqu'au jour où ils découvrirent qu'ils étaient liés par autre chose qu'une simple affection ... il ne leur fallut alors plus que quelques mois pour céder à la tentation de s'aimer en secret."

"Mais c'est impossible !" Fai cria tout à coup, se redressant. "Père n'a connu notre nouvelle reine qu'après la mort de notre mère ! Il l'a rencontrée quelques mois ensuite, et …"

Il chercha du regard le soutien de Yuui, mais celui-ci se détourna, et Fai s'interrompit.

"Tu le savais …"

"Oui ...", répondit-il, d'un ton un peu coupable.

Un éclat de trahison passa dans l'expression de Fai, mais ce dernier se rassit, et demanda à Yuuko d'une voix calme :

"Pouvez-vous continuer, s'il vous plaît ?"

Cette dernière eut un petit sourire compatissant, coloré d'une pointe de mélancolie.

"Bien sûr."

Elle reprit aussitôt :

"Les Dieux ont condamné votre père à ne pouvoir avoir aucun héritier. Il ne peut plus enfanter que des filles, comme la Princesse Sakura, incapables de reprendre les rênes de la cité ... le nom et l'essence de sa famille disparaîtront au moment du mariage de cette enfant. Mais vous étiez déjà nés, lorsque cette malédiction fut prononcée. Les dieux ont alors pris la décision de répandre la maladie dans sa Cité ... jusqu'à ce que justice leur soit rendue." Elle ferma les yeux l'espace d'un instant. "Jusqu'à ce que vous soyez tués. Tous les deux."

Aucune expression ne vint troubler le visage des deux jumeaux, mais un oeil attentif aurait pu remarquer la façon dont – presque imperceptiblement - leur étreinte se resserra au moment où Yuuko prononça ces mots. Comme s'ils avaient déjà su depuis longtemps quelle serait leur destinée, mais qu'une petite lueur au fond d'eux ne s'y était pas encore totalement résignée ... Watanuki sembla sur le point de venir les réconforter, mais la sorcière l'arrêta d'un geste de la main.

Elle se leva lentement du lit et s'approcha d'eux, s'accroupissant pour venir les regarder dans les yeux. L'expression de son visage montrait sa douleur, mais également une profonde résolution. Elle apporterait toute l'aide qu'elle pourrait aux deux enfants – même s'il lui fallait pour cela accepter de ne leur en apporter que trop peu.

"Il existe cependant un autre moyen d'effacer la malédiction. Mais il est malheureusement bien différent de ce que vous espériez. Souhaitez-vous quand même l'entendre ?"

Les deux jumeaux se regardèrent, puis, leur mains mêlées l'une à l'autre, hochèrent la tête.


Tout s'effaça avant qu'il ne puisse écouter ce que Yuuko avait à leur dire. La chambre s'assombrit, puis lorsque la lumière revint petit à petit, il s'aperçut que le décor avait changé. L'endroit lui était familier : en regardant attentivement, il finit par reconnaître la salle du trône. Le roi Bishamon-Ten y était assis, le menton reposant négligemment sur son poing. Au bas des marches devant lui se trouvait l'un de ses fils, qui le regardait d'un air assuré – qui cachait presque sa nervosité.

"Les gardes m'ont dit que tu voulais me parler." , dit le roi. "Alors je t'écoute."

L'enfant sembla un instant sur le point de baisser les yeux, mais il garda la tête droite. Il dit fièrement :

"Je viens pour mon frère. Je veux que vous lui rendiez sa liberté."

Bishamon-Ten en fut si stupéfait qu'il en perdit légèrement sa contenance. Amusé, il haussa un sourcil interrogateur :

"Et pourquoi le ferais-je ?"

"Parce que je sais ce que vous avez fait.", accusa le petit blond. "Vous avez volé à la déesse Hestia sa plus fidèle prêtresse, et vous l'avez trompée. Je sais que vous voulez tuer l'un d'entre nous, parce que Fei Wang Reed vous a dit que cela sauverait la cité. "

Bishamon-Ten poussa un long soupir. Plus que de la surprise, les révélations de ce que son fils avait appris semblaient plutôt provoquer chez lui une certaine résignation. L'enfant poursuivit :

"Il faut que l'un d'entre nous deux meure. On ne peut rien y faire ..."

Il serra les poings. Les mots de la voyante revinrent hanter sa mémoire. "Si l'un de vous deux choisissait de se sacrifier volontairement pour son frère, cela suffirait à libérer celui-ci de sa malédiction". Il avait décidé depuis longtemps que cette personne serait lui. Quoi que son frère puisse en penser. Puisses-tu me pardonner un jour de t'imposer tout ça ... Et te pardonner, toi. Car tu ne pourras pas t'empêcher de t'en vouloir, n'est-ce pas ?

Le regard du roi se durcit, mais quels qu'étaient les sentiments qui pouvaient agiter son esprit, il n'en laissa rien paraître sur son visage.

"En deux mots, tu es venu me demander de te tuer, pour qu'en échange je laisse la vie sauve à ton frère."

"Oui", répondit le blond, sans quitter son regard.

"Bien", statua son père - posément, calmement, comme s'il s'agissait d'une scène qu'il avait répété des centaines de fois ; une scène qu'il savait qu'il aurait à jouer un jour, et à laquelle il s'était longuement préparé. "Je n'ai plus qu'à jouer mon rôle comme il se doit."

"Gardes !"

Les gardes postés à l'entrée de la porte apparurent aussitôt. Bishamon-Ten leur désigna son fils, puis leur ordonna :

"Faites venir le deuxième."

Les gardes le saluèrent aussitôt, puis sortirent. Ils réapparurent quelques instants plus tard, l'un d'eux accompagné du second enfant blond qu'il poussait devant lui. Ce dernier regarda alternativement son père, puis son frère, et son expression d'abord courroucée se mêlait de crainte alors qu'il commençait à réaliser ce qui se tramait devant lui.

Mais avant qu'il ne puisse prendre la parole, le roi dit d'une voix calme :

"Fei Wang Reed, répétez-leur ce dont vous m'avez fait part."

"Bien, Votre Majesté."

Fei-Wang Reed sortit de l'ombre, derrière le trône, pour venir se placer juste à côté de son souverain avec un sourire largement empreint de supériorité. Les deux jumeaux reculèrent instinctivement en l'apercevant, l'un deux laissa échapper une exclamation de dégoût. Ils avaient en horreur l'ignoble conseiller du roi, qui semblait sans cesse comploter quelque noir dessein sous ses airs mielleux teintés d'une pointe de mépris.

"Il n'y a qu'un seul moyen de rompre la malédiction.", commença Fei Wang Reed, droit et digne. "Deux enfants, deux sorts opposés. L'un d'eux doit mourir, l'autre ne devra jamais voir sa fin arriver par la main d'un mortel. Les dieux seuls décideront de son sort, ainsi que du temps que durera sa vie."

"Et j'ai trouvé un moyen très simple de m'assurer de tout ceci", reprit le roi avec un sourire.

"Toi." Il désigna le second jumeau, celui qui était arrivé en dernier. "Tu seras enfermé dans l'une des cellules de la prison, à l'écart des autres criminels. Quant à toi ..." Il se tourna vers celui qui était venu le trouver. "Conformément à ton souhait, tu mourras. Tu seras emmuré vivant, dans la même prison, à l'exact opposé de l'endroit où se trouve ton frère. Tu y resteras sans eau ni nourriture, jusqu'à ce que mort s'ensuive."


La vision s'estompa, laissant Kurogane au milieu de la salle de bains, à court de mots, incapable de savoir ce qu'il devait en penser. Il se tourna vers le bassin mais n'y vit que son propre reflet ... Une expression d'intense confusion mêlée de colère se peignait sur son visage.

Que s'était-il passé, après ce qu'il venait de voir ? Si l'un d'entre eux était mort, cela voulait certainement dire que la sentence du roi avait été exécutée ... De toute façon, qui aurait pu l'en empêcher ? Yuui, donc ... emmuré vivant ... Kurogane sentit une rage sourde, irrépressible monter en lui à cette pensée. Pour la première fois, il avait réellement envie de mettre un terme à la vie de son supérieur – de ses propres mains.

Il entendit soudain des cris venant de l'extérieur. Apparemment, quelqu'un avait donné l'alarme : une évasion ? En tendant l'oreille, il distingua les mots "maudit", et "mur" ... Fai. Il sortit en trombe pour se précipiter là où il était sûr de le trouver ... et ne fut pas déçu. Un attroupement s'était formé au fond de la prison, à l'endroit où se trouvait cette fichue fente devant laquelle il avait parlé avec Théophane, à peine quelques jours plus tôt. Il s'y fraya aussitôt un chemin, ignorant les protestations qui en découlèrent.

Á quelques pas du mur à peine, se trouvait Fai, et pas moins de trois gardes d'un bon gabarit étaient nécessaires pour le tenir en place. Le blond ne ménageait pas ses efforts, redoublant de coups de pieds et d'ongles, remuant dans tous les sens dans l'espoir de se dégager. Les gardes le forcèrent tant bien que mal à reculer, mais il continua de se débattre de plus belle.

Le cri sorti, déchirant, du fond de sa gorge :

"Fai ! Fai !"

Kurogane en resta paralysé. Fai ? Son regard passa du mur au visage du blond qui ne cessait de crier, encore et encore, un nom qui était pourtant censé être le sien. Fai et Yuui. Les deux frères. Si Fai se trouvait là derrière, alors ...

Le visage du blond, lequel était habituellement maître dans l'art de cacher ses émotions, était à présent empli de chagrin. Il tendit la main vers le mur, ses doigts tendus en effleurèrent la surface.

"Fai ..."

"Toi, je vais te faire regretter de t'être barré pendant mon tour de garde, enfoiré !"

Cruzade, qui était arrivé par-derrière Kurogane, agrippa les cheveux du blond et l'arracha au garde qui le tenait pour le jeter à terre. L'air furieux, il le roua de coups de pieds avant qu'il n'ait le temps de se relever. Le blond - pris par surprise - ne put que tenter vainement de se protéger le visage à l'aide de ses avant-bras.

"Tu veux me créer des ennuis, hein, raclure ! Tu vas voir ... Quand j'en aurai fini avec toi tu ne pourras plus aller nulle part !"

Il se pencha vers Fai, mais fut stoppé net lorsqu'une main à l'étreinte implacable lui agrippa le bras. Il se retourna, prêt à aboyer sa rage sur celui qui avait osé l'interrompre ... pour croiser le regard rougeoyant, plein de courroux de Kurogane. Il eut à peine le temps de penser à se justifier ; le poing puissant du brun l'envoya percuter le mur d'en face et il glissa jusqu'au sol, inconscient.

"Je t'avais prévenu. À l'avenir, pense à traiter un peu mieux ceux qui sont sous ta responsabilité."

Les autres gardes le regardaient d'un air étrange, mais il leur fit baisser les yeux d'un regard. Un rictus mauvais se dessina sur le visage de Théophane ; il n'y prit par garde. Il empoigna le blond par l'épaule pour l'aider à se relever.

"Allez viens, je te ramène à ta cellule."

Fai jeta un dernier regard au mur juste derrière lui, puis ferma les yeux, résigné, et se laissa guider par Kurogane. Des murmures s'élevèrent parmi le reste de la garde tandis qu'ils s'éloignaient. C'était la première fois que le prisonnier opposait aussi peu de résistance ... Il n'avait jamais laissé quelqu'un le ramener ainsi jusqu'à sa cellule. Leurs traits se firent durs, méfiants. Le nouveau garde venait tout juste de perdre leur confiance.

Durant tout le trajet qui les menèrent jusqu'à sa cellule, Fai ne prononça pas un mot. Kurogane le déposa au sol avant de l'examiner rapidement. Le constat n'était pas vraiment brillant, mais rien qui ne dépasse la moyenne habituelle. On pouvait même le considérer comme légèrement positif ; sûrement grâce à son intervention.

"Ça va ?"

"Oui", répondit le blond avec un sourire. "Ce n'est pas grand chose."

Kurogane secoua la tête. Il était vraiment inutile de se faire des illusions, cet idiot n'allait pas devenir soudain aussi honnête qu'un prêtre pour la simple raison qu'il l'avait vu se faire tabasser devant lui. Le connaissant, plus ce qu'il avait à cacher était transparent, plus cela était amusant ...

"Tu m'as menti, tout ce temps ... Yuui."

Le prisonnier n'eut quasiment pas de réaction quand il l'appela par son véritable nom : il devait très certainement s'y attendre, après que le garde l'ait entendu hurler ainsi celui de son frère : la situation ne laissait plus beaucoup de place à la confusion, et encore moins au déni.

"Pourquoi as-tu pris le nom de ton frère ?"

Le blond s'assit, et enfouit sa tête contre ses genoux. Il sembla hésiter quelques instants avant de lui répondre, et lorsqu'il le fit, ses yeux restèrent tout de même braqués sur les carreaux de pierre qui s'étendaient à ses pieds.

"Je suis le seul à l'avoir vraiment connu, il n'a rien laissé derrière lui ... et l'idée qu'il disparaisse totalement ... je ne pouvais pas ..."

Il fut secoué d'un tremblement fugace, et souffla :

"Quand j'aurai fini ce que je dois faire ... je serai seul. Tout seul."

La voix de Kurogane baissa un peu, se faisant plus douce, comme s'il tenait en main quelque chose de fragile et précieux, qu'il avait peur de briser.

"Celui qui s'est sacrifié ... c'était Fai ?"

Plus un constat qu'une question. Fai - ou plutôt Yuui – haussa les épaules ; il avait retrouvé l'air d'éternelle insouciance qu'il avait l'habitude d'arborer en toutes circonstances.

"Tu n'aurais pas dû m'aider. Les autres gardes trouvent toujours suspects ceux s'intéressent de trop près à la santé des prisonniers. Il vont croire que nous sommes amoureux ..."

"Toi ...", gronda Kurogane.

Yuui n'aurait pas pu donner meilleure approbation que celle qu'il lui avait donnée en choisissant de ne pas répondre. Kurogane leva les yeux au ciel, mais il ne put dissimuler un léger sourire. Il savait bien que cette feinte insouciance n'était qu'une manière un peu maladroite de protéger ceux qui l'entouraient -enfin ceux qui s'en souciaient. Et cela le rendait bien plus admirable que tous les imbéciles qui passaient leur temps à s'apitoyer sur leur sort.

Le garde lui tapota le dessus de la tête, et lui dit d'un ton affectueux :

"Tu t'es toujours bien occupé de ton frère, mais tu n'as jamais appris à t'occuper de toi, n'est-ce-pas ?"

Yuui sembla un instant sur le point de reculer, mais se ravisa. Il resta assis sans bouger, ses grands yeux bleus le dévisageant avec calme, attentifs. Ils semblèrent happer en Kurogane toute pensée cohérente l'espace d'un instant, mais il se reprit, se sentant comme obligé d'ajouter :

"Je ne te ferai pas sortir d'ici. Jamais. Mais je ne laisserai aucun de ces abrutis de gardes te faire du mal devant moi. Qu'ils en pensent ce qui leur plaira, ça ne me concerne pas."

Yuui sembla sur le point de répliquer quelque chose, mais quels que puissent avoir été les mots qui lui traversèrent l'esprit, ils moururent avant même d'avoir franchi le seuil de ses lèvres. Kurogane choisit de prendre cela pour un encouragement.

"Tout ce que je veux en échange, c'est que tu te montres franc envers moi. Plus de mensonges, plus de pirouettes idiotes. Je suis sûr que même quelqu'un comme toi doit en être capable."

Yuui resta un long moment silencieux

"Merci."

Si le sourire que le blond esquissa – brièvement - à ce moment là n'avait eu cette petite touche de sincérité un peu tremblotante, il lui en aurait presque voulu de céder aussi facilement.


Assis dans son lit, le dos contre le mur, Kurogane n'arrivait pas à trouver le sommeil cette nuit-là. Il ne cessait de repenser à ce qu'il avait dit à ce fichu blond, dans la journée ...

"Je ne laisserai aucun de ces abrutis de gardes te faire du mal devant moi." Il aurait beau prétendre ce qu'il voulait, il venait de sacrément remettre en question sa promesse de ne pas s'impliquer dans les affaires du blond ... Quelle idiotie ! C'était comme s'il était devenu incapable de penser depuis qu'il avait appris que Yuui était encore vivant. Que Yuui était son Fai. Il aurait dû s'en rendre compte bien plus tôt, d'ailleurs, ils étaient tellement semblables ...

Pourtant, que le survivant soit Yuui ou bien Fai, cela ne faisait aucune différence, n'est-ce pas ? Aucun des deux enfants n'avait mérité ce qui lui arrivait, et il ressentait de la peine pour le sort de chacun d'entre eux. Mais ce n'était pas suffisant pour expliquer le soulagement qui l'avait envahi lorsqu'il avait appris que Yuui n'était pas mort. Yuui ... il ne pensait plus qu'à lui depuis tout à l'heure.

C'était tout simplement différent. Yuui, Fai ... . Bien sûr, le sort de Fai le révoltait, mais il ne le touchait pas de la même façon ... Au risque de paraître insensible. Ce qui l'agitait n'était que la colère et l'affliction que n'importe qui ressentirait en face d'une telle injustice. Et il aurait dû en être de même pour Yuui, mais il n'arrivait pas à se détacher aussi facilement ... Lui qui ne renonçait jamais à une promesse une fois qu'il l'avait faite, commençait à douter.

Il se coucha brutalement, irrité, et remonta les couvertures. Il était fatigué. Ces maudits rêves le harcelaient nuit après nuit et il manquait de sommeil, voilà tout. Demain, tout lui semblerait certainement beaucoup plus clair. Demain ...

Il ferma les yeux, laissant le sommeil et l'oubli l'envahir.


Note de l'auteur : J'ai utilisé les noms des personnages de la série d'origine, pas d'Horitsuba. Yuui est donc NOTRE Fai, celui qui, dans Tsubasa, suit Kurogane et Cie dans leurs aventures, comme vous l'aurez sûrement deviné :). J'espère que ce chapitre vous a plu !

Prochain chapitre : Quand une discussion avec Sakura mène à une discussion des plus ... intéressantes avec Yuui. Les choses entre eux seraient-elles sur le point d'évoluer ?