CHAPITRE 5. Super Eddy

POV Edward

La colère qui m'animait, agitait mon corps de tremblements. Je n'étais plus focalisé que sur une seule chose : ma rage. Plus rien autour de moi n'avait d'importance, il fallait que je me calme, que je me reprenne. Il fallait que je quitte cette salle de classe.

Je traversai le lycée d'un pas rapide, marchai droit vers la Volo sans m'arrêter ni prêter la moindre attention aux élèves qui me dévisageaient perplexes. Je grimpai dans la voiture, démarrai en trombe puis fonçai à la villa. J'étais incapable de me maitriser. Ma vitesse frôlait l'indécence et en quelques minutes je rejoignais le chemin menant à la maison. Je devais faire sortir Mike Newton et son sourire condescendant de ma tête. La façon qu'il avait eu de la regarder, de la prendre dans ses bras, d'humer le parfum de ses cheveux, et elle, qui s'était laissée faire sans rien dire. J'étais dans une rogne incommensurable, un sentiment lointain avait refait surface. J'étais jaloux ! Jaloux de leurs accolades, de leur proximité, jaloux de LUI. C'était un gamin pareil à tous les autres, un peu plus populaire que la moyenne certes, mais sa perspicacité n'allait pas plus loin. Pourtant, elle l'avait choisi. Il était avec elle et moi non. Et pour cette unique raison, je l'enviais.

Un fois garé, j'arrachai pratiquement la portière et courrai vers la forêt. J'étais incapable de me contenir, le trajet en voiture - trop long à mon goût - n'avait fait qu'attiser mon irritation et je ne pouvais attendre d'avantage. Je fonçai à travers les pins et les églantiers, ma conduite était imprudente, mais je n'avais pas le choix. La brume et le froid m'aideraient à passer inaperçu. Ce n'était pas la faim qui m'animait c'était la rage, un besoin inavouable de tuer, de faire du mal, de me sentir supérieur. Sans aucune retenue, six cerfs firent les frais de ma hargne. Je n'avais aucune pitié, aucune clémence, je leur rompais le cou d'une main et m'acharnais sur leur jugulaire avec une violence impressionnante. Il fallait que je passe mes nerfs.

Après deux heures de décadences honteuses, je décidai qu'il était temps de me ressaisir. J'errai quelques instants au milieu des arbres, abattu, presqu'éreinté (même si c'était physiologiquement impossible). Ma crispation s'était assagie, mais le visage de Bella me hantait toujours. Je devais lui dire adieu, faire mon deuil de cet amour à sens unique, réaliser qu'elle ne serait jamais mienne. Le plus sage eut été d'attendre la nuit et de l'admirer une nouvelle fois pendant son sommeil, mais je n'avais aucune envie d'être sage. Je ne savais même plus ce que « raisonnable » signifiait. Je partis donc en direction de la résidence Swan.

J'étais à la lisière de la forêt, encore un pas et je foulais l'herbe de son jardin. Sa voiture était garée dans l'allée, elle était là. Pourtant j'hésitais, je n'étais plus sûr de ce que je voulais, plus sûr que j'avais fait le bon choix en venant ici. Je me représentai alors, mentalement, les prochains cours que nous aurions ensemble : nous ne serions plus jamais seuls. Mon don œuvrant à nouveau, je discernerai constamment la présence de Mike et le fait que ma bien-aimée était déjà promise. Percevoir la convoitise sur notre couple serait agréable mais pas le jugement. Bella n'était pas libre, je devais me raisonner. J'étais trop faible pour me persuader seul cependant. Alors, pour le plaisir de m'extasier une dernière fois de sa beauté, je m'avançai vers la maison.

Tout était silencieux, je ne percevais aucun mouvement, pas la moindre agitation. J'escaladai alors le rebord de sa fenêtre et me glissai discrètement dans sa chambre. Allongée sur son lit, enveloppée dans un vieux peignoir de bain, elle dormait. Les traces de ses larmes ruisselaient toujours le long de ses joues. Ses yeux et ses lèvres étaient rougis, conséquences de ses récents sanglots. Elle avait dû s'assoupir, éreintée par le chagrin. Je ne pouvais que me torturer en songeant aux raisons de sa peine. Je m'adossai au mur en face de son lit, puis me figeai, bercé par la beauté de mon amour. Pratiquement une heure s'était écoulé, elle commençait à s'agiter signe de son réveil imminent. Mais je n'avais aucune envie de la quitter. Je voulais savoir ce qui l'avait chagriné à ce point, je voulais prolonger ce semblant d'intimité, être encore un peu le seul à jouir de sa perfection. Je quittai silencieusement sa chambre et me dirigeai vers la forêt afin de l'observer discrètement. Je l'apercevais furtivement à sa fenêtre pendant qu'elle se préparait, même avec sa mine attristée elle était sublime.

Elle descendit à la cuisine et sortit de quoi préparer le diner. Les étagères accrochées au mur me cachaient la vue. J'étais tellement absorbé par mon admiration que je fus surpris par une bourrasque de vent plus violente que les autres. La tempête s'était intensifiée sans que je m'en rende compte. J'avançais discrètement vers la maison quand une nouvelle bourrasque m'ébouriffa, un simple humain aurait été plaqué au sol. Je me retournai instantanément, comme par reflexe. Une bénédiction ! La fenêtre du salon s'était ouverte et quand Bella apparue au carreau, j'étais de dos. Je retournai vers la forêt, j'avais assez profité d'elle à son insu. Le cœur n'y était pas cependant, je longeais la route le plus lentement possible, je ne voulais pas que cette journée s'achève. C'était le signe de notre « rupture » et je ne l'acceptais pas. Absorbé par mes pensées, je déracinai quelques arbustes sur mon chemin. Une voiture attira cependant mon attention. Une petite citadine bleue anthracite que je ne connaissais que trop bien, avançait vers moi et me dépassait. C'était la voiture de Mike et il partait vers la maison de Bella. Ma curiosité était trop forte, il fallait que je sache s'il allait effectivement la retrouver. Je fis instantanément demi-tour, courrai le plus vite possible et arrivai avant lui.

A l'abri des arbres, je l'observai sortir de sa voiture une pile de DVD dans les bras. Il avait encore ce sourire rebutant au coin des lèvres. Je sentais une nouvelle vague de colère affluer en moi, je serai mes poings le plus fort possible afin de retrouver mon calme (si du sang circulait encore dans mes veines, j'aurais eu les mains ensanglantées). La figure fort peu réjouie que lui offrit Bella en ouvrant la porte me ravit au plus haut point. A peine était-il entré qu'ils visionnèrent un premier film. Cela m'étonnait quelque peu, mais l'embarras qui inondait l'atmosphère me réjouissait. La première fiction terminée, ils dinèrent dans le salon face à un nouveau film. Un de mes préférés, récent, mais un classique du genre : « les incorruptibles ». Je sentais que Bella commençait à s'égayer et cela ne me plaisait guère. Physiquement, ils étaient plus proches. Mike avait passé son bras sur les épaules de mon amour et celle-ci avait reposé sa tête contre lui. J'étais affligé, pourtant je n'arrivais pas à détourner mon regard. Je m'infligeais cette souffrance volontairement, je devais m'immuniser contre l'attraction qu'elle exerçait sur moi. La seconde production achevée, Bella se dirigeait vers la cuisine pendant que son sinoque compagnon insérait un nouveau DVD dans le lecteur. Une mélodie arriva jusqu'à mes oreilles rendant l'ambiance très romantique. Mais j'étais exclu de ce climat romanesque, je n'étais pas censé être là. L'exaspération commençait à me gagner. Je décidai qu'il était temps pour moi de partir. Je détournai mon regard dans un premier temps, puis me retournai complètement et m'efforçai de partir en direction de la forêt. La quitter m'était insupportable, mais je devais respecter son choix. J'allais me retirer quand les pensées de Mike affluèrent dans ma tête, je regagnai immédiatement mon poste d'observation. Quel genre d'énergumène était-il ? Songer à une telle chose alors qu'ils étaient en couple depuis si peu de temps.

Je refusai de regarder, mais les images qui filtraient dans ma tête étaient encore plus explicites. Je sentis un frisson parcourir mon échine, je bouillonnais. Il n'avait pas le droit d'envisager de telles choses, il n'avait aucuns droits sur elle. Bella n'était pas son âme sœur, c'était la mienne. Je manquais d'arracher le rebord de la fenêtre, intérieurement je hurlais. Je voulais partir, ne plus voir Bella dans de tels agissements, mais j'étais comme anesthésié, incapable de bouger. Plus je tentais de me calmer, plus les pensées de Mike étaient suggestives. Je ne comprenais pas pourquoi je n'arrivais pas à déguerpir. Je voulais courir, crier, laisser exploser ma rage, mais je ne commandais plus mon corps. Si j'avais pu, j'aurai pleuré de fureur. Je gardai mes paupières closes, refusant d'affronter l'effroyable réalité. Mais au final, c'était bien pire. Moi qui voulais faire le deuil de mon amour, j'étais servi. Après ce que nous avions vécu ce soir, je n'aurai plus aucun mal à me persuader qu'elle ne m'aimait pas. Elle s'était offerte à un autre, elle m'avait blessé dans le plus profond de mon être. Je décidai finalement d'ouvrir les yeux. La réalité était peut-être moins érotique que ce que me laissait voir Mike, franche désillusion.

Bella, ma Bella était allongée sur la table en pin massif de la cuisine. Mike allongé sur elle ne bougeait pas, ils s'observaient, immobiles. Ce que je vis alors me brisa le cœur. Elle l'avait attrapé par le coup, collait ses lèvres au siennes, lui permettant ainsi de prolonger et de pousser plus loin leur étreinte. Leurs caresses charnelles me donnaient la nausée (étrange sensation). Lorsque Bella à moitié nue, retira le pantalon de Mike, je me mis à trembler frénétiquement. Je portai mon poing à ma bouche et dans le but de me contenir, je le mordais. Mon téléphone portable se mit à vibrer dans ma poche. Peu importe qui tentait de me joindre et quel était le but de la communication, je trouvais enfin quelque chose sur lequel passer mes nerfs. Je brisai le cellulaire en deux et réduisais en cendres chacune des parties au creux de mes mains. Ce que je venais d'apercevoir dans la cuisine m'était insupportable, mais ce n'était rien comparé à ce que j'allais voir. L'humain, maintenait fermement la jambe de sa petite amie, lui écartant les cuisses telle une vulgaire prostituée. Il s'apprêtait à entrer en elle, leur deux corps ne faisant plus qu'un. Je l'avais perdue. La douleur dans ma poitrine était trop intense, j'étais damné, je payais pour avoir osé envisager d'aimer une humaine, pour m'être épris d'une chair interdite. Je me consumais littéralement, en comparaison, la brulure du venin lors de ma transformation n'était qu'un enfantillage. Un grognement rauque sortit de ma gorge, je sentis mes iris virer au noir ébène quand quelque chose changea dans le regard de Bella. Ma furie retomba instantanément. Elle n'était plus à ce qu'elle faisait, elle était ailleurs, j'attendais sa réaction.

Elle ne réagissait plus, passive, comme si elle avait quitté son corps. Cette léthargie ne dura que quelques secondes, mais se furent les plus longues de mon existence. Quand elle s'anima de nouveau, je crus apercevoir un mouvement de rejet envers son amant. Mais c'était impossible, mon esprit me montrait ce que je désirais voir rien de plus. Ma colère se transforma alors en profond désespoir. J'étais coincé ici, une force invisible m'obligeant à épier l'objet de mon adoration dans les bras d'un autre. Des larmes apparurent à la commissure des yeux de ma Bella. Etait-elle à ce point comblée ? Je ne pouvais me détacher de son regard brillant, il était la dernière chose que Mike Newton n'avait pas violé, qu'il ne m'avait pas volé. Les lèvres de Bella remuaient. Gémissait-elle de plaisir ? Je réalisai soudain l'étendu de mon erreur. Mon amour ne gémissait pas, elle parlait. Je lisais alors sur lèvres. La rage me regagnait aussi vite qu'elle m'avait quittée. « Arrête ». Elle ne voulait pas, elle n'était pas consentante. Et cet idiot ne l'écoutait pas, il continuait ses attouchements sur MA femme. J'enfonçai la porte d'un coup de pied, attrapai Mike par le bras et l'envoyai valser vers le fond de la cuisine.

Etendue sur la table, nue, Bella était sublime. Mais mon agitation était trop importante et pour sa sécurité je ne pouvais rester près d'elle plus longtemps, je risquais de lui faire du mal. Pourtant, nous étions seuls, personne ne venait me relayer à son secours. Je me dirigeai alors vers le salon, attrapai un plaid posé sur le canapé, inspirai profondément puis accourrai de nouveau au chevet de mon amour. Je la soulevai délicatement et l'emmitouflai dans la couverture. Elle était sonnée et ne me reconnue pas immédiatement. Je tentai de lui sourire pour la rassurer, mais Mike reprenait conscience. Du sang lui coulait du nez et ma gorge se mit à bruler réclamant son dû. J'allais me jeter sur lui, prêt à le tuer mais deux bras m'en empêchèrent. Comment était-ce possible ? Ma situation ajoutée à mon état d'énervement, aucun humain n'aurait été capable de m'arrêter. Je me retournai et découvris le visage d'Emmett. Mon frère était arrivé juste à temps, je ne l'avais pas entendu venir, comment avait-il su ? Je compris dans ses pensées qu'Alice avait eu une vision, c'était elle qui avait tenté de me joindre quelques minutes plus tôt, mais ma colère avait eu raison de mon portable. Je l'entrainai vers le salon afin de déterminer ce que nous allions faire par la suite. Il s'occuperait du misérable adolescent pendant que je raccompagnerai ma Bella dans sa chambre.

J'ajustai la couverture sur ses épaules, la pris dans mes bras et montai à l'étage. Une fois dans sa chambre, je l'allongeai sur son lit mais elle s'y opposa. Elle préférait s'asseoir par terre près de la fenêtre. Je m'exécutai puis déposai un baiser glacé sur son front.

« Ne t'en fait pas, je reviens te chercher. Je ne te laisse pas seule très longtemps. »

Je m'attardai dans l'encadrement de sa porte, incapable de la quitter. Elle fixait les pieds de son lit sans bouger. Je dévalai finalement les escaliers et rejoignais Emmett dans la voiture.