Chapitre 6
Le repas se déroula sans heurt, mais dans une ambiance plutôt froide. Aussi Liliane perçut-elle le malaise. Après le repas, elle intercepta le jeune couple avant que celui-ci n'aille se coucher.
-Lex ! Il y a un problème avec ton père ?
-Rien de grave maman. Il cherche juste à se mêler de se qui ne le regarde pas.
Chloé avait rarement l'occasion de voir Liliane seule à seule, et là c'était le bon moment, Alexandre comprendrait et tout le château ne serait pas au courant du problème au sujet duquel elle voulait s'entretenir avec Liliane.
-Alexandre ?
-Oui ?
-J'aimerai parler à votre mère et...
Lex comprit tout de suite où elle voulait en venir.
-Il n'y a pas de souci. Je vous laisse.
Il déposa alors un petit baiser sur ses lèvres.
-À toute à l'heure.
Chloé rougit immédiatement et Liliane regarda son fils s'éloigner avec un regard mêlé de surprise et de tendresse.
-De quoi vouliez-vous me parler ?
-C'est un peu délicat.
-Venez.
Liliane l'entraîna jusqu'à sa chambre.
-Et votre époux ?
-Il est dans la chambre d'à côté, il ne nous dérangera pas. De quoi vouliez vous me parler ?
-Je me sens un peu stupide maintenant.
-N'ayez pas peur.
-J'ignore si votre époux vous en a parlé, mais Alexandre et moi n'avons pas consommé notre mariage et...
-C'est à cause de ça qu'il se sont disputé ?
-Oui.
Chloé marqua une courte pause.
-Jusqu'à présent, j'étais terrifiée par cette idée et même pire, mais maintenant c'est différent, Alexandre se montre tellement gentil avec moi et tellement prévenant que... Le problème c'est que je ne sais absolument pas quoi faire ou comment réagir dans une telle situation.
Liliane la fit asseoir et essaye de la rassurer sur les moments à venir, lui décrivant comment se déroulerait probablement les évènements de cette si terrifiante première fois.
-Pour le reste vous devez faire confiance à votre instinct et à Lex aussi.
Après sa discution avec Liliane, Chloé regagna sa chambre, où l'attendait son époux. Lorsqu'elle entra, elle constata qu'Alexandre avait déjà revêtu ses vêtements de nuit et qu'il se dirigeait vers le lit. Il l'accueillit avec un sourire. Elle aussi qu'Éloïse, sa servante n'était pas là. Elle se dirigea vers l'alcôve.
-Je vais me changer.
Après quelques minutes, Alexandre l'entendit râler.
-Tout va bien ?
-Je... oui. C'est juste que d'ordinaire, Éloïse m'aide à me changer et là, toute seule, j'ai un peu de mal.
-Souhaitez-vous que je vous aide ou bien que je fasse rappeler Éloïse.
-Non, je...
Elle prit une profonde inspiration.
-Je veux bien que vous m'aidiez.
Alors qu'il quittait le lit, il la vit sortir de l'alcôve, les cheveux emmêlés et les vêtements en désordre. Elle se tourna dos à lui.
-Je ne parvient pas à défaire les boutons et en plus mes cheveux se sont prit dedans.
Délicatement Alexandre défit ses longues nattes afin de démêler les cheveux pris dans les boutons, puis il déboutonna la robe. Une fois ouverte celle-ci tomba aux pieds de Chloé. Ensuite il l'aida à retirer la chemise qui se trouvait en dessous et elle rejoignit la robe. Chloé se sentait un peu mal à l'aise, elle avait l'impression de bouillir et ses joues étaient en feu. Mais bien qu'étrange, ces sensations n'étaient pas désagréable. Elles s'accroissèrent encore quand Alexandre repoussa ses longs cheveux tout en dénudant l'une de ses épaules. Elle se sentait presque nue dans sa maigre sous-chemise de coton blanc. Alexandre déposa un baiser au creux de son épaule avant de l'enlacer doucement.
-Je peux faire autre chose pour vous aider.
-Non, merci.
Il déposa un baiser sur sa tempe avant de la relâcher. Et tandis qu'Alexandre regagnait le lit, elle retira ses derniers vêtements, afin d'enfiler sa chemise de nuit. Pour finir, elle se brossa les cheveux, avant d'aller se coucher. Une fois sous les draps, elle souffla, sans un mot, sa bougie. Alexandre l'imita et une fois dans l'obscurité, il la sentit se blottir contre lui. Il l'entoura de ses bras et la rapprocha un peu plus de lui. Une fois confortablement installée, elle lui souhaita bonne nuit.
Bien plus tard dans la nuit, Chloé fut réveillée par Alexandre qui faisait un cauchemar. Cela faisait un long moment qu'il n'en avait pas eu et il espérait qu'il n'avait pas réveillé Chloé, mais après tout ça ne s'était jamais produit avant, alors... Il essayait de faire revenir sa respiration à la normale quand il sentit une petite main se poser sur son épaule.
-Tout va bien ?
Et c'est là qu'il compris.
-Ce n'est pas la première fois que je vois réveille, n'est-ce pas.
Il ne la regardait pas, mais il put sentir qu'elle baissait la tête, honteuse.
-Je suis désolée. J'avais peur d'intervenir, c'est pour ça que je ne vous l'ai jamais dit.
Il posa sa main sur la sienne, toujours logée sur son épaule.
-Ce n'est pas grave.
-Vous voulez m'en parler.
Il poussa un soupir las, avant de se tourner vers elle. Il pouvait entrapercevoir son visage dans l'obscurité, en raison de la pleine lune qui brillait au dehors.
-C'est à cause des croisades ?
Elle était perspicace, ça il le savait déjà, mais le fait qu'elle lise aussi facilement en lui le troublait. Mais au fond, il sentait que peu être, elle pourrait comprendre et que de se confier à elle l'aiderait à soulager sa conscience.
-Les croisades ne sont qu'une vulgaire mascarade. On vous envoie au loin soit disant pour une noble quête, alors qu'au fond il ne s'agit que de commettre les pires atrocités au nom de Dieu, le pauvre. J'ai participé au combat bien sûr, mais franchement ce n'est pas ce qu'il y a de pire. Oh, bien sûr, comme dans toutes les guerres, il y avait de la violence, du sang, des morts, mais nous affrontions des gens armés, nous étions des combattants contre d'autre combattants, des guerriers contre d'autres guerriers.
Il marqua une pause.
-Un jour j'ai été envoyé en éclaireur avec d'autres hommes. Notre route a croisé un petit palais, à l'écart d'une ville. Les autres ont voulu aller voir, sans doute histoire de récupérer quelques richesses et j'ai du suivre le mouvement. Au début on a cru que l'endroit était vide, mais au détour d'une chambre nous les avons trouvées. Elles étaient quatre, une femme et ses trois servantes. J'ai essayé de m'interposer, mais à dix contre un je n'ai eu aucune chance, ils auraient pu me tuer, s'ils l'avait voulu. J'entends encore leurs cris et leurs hurlements, puis le silence, pire que tout, tandis que les uns après les autres, ils abusaient de ces pauvres femmes.
Sa voix s'était éteinte dans un murmure à peine audible. Elle constata alors qu'il s'était levé.
-C'est pour ça qu'aujourd'hui vous avez dit à votre père, plus jamais.
Il ne répondit pas, sachant parfaitement qu'il s'agissait là plus d'une constatation que d'une véritable question. Elle se leva à son tour et se dirigea vers lui. Il était dos à elle et sa main l'effleura entre les omoplates.
-Alexandre ! Lex !
Elle l'avait appelé par son surnom, seule sa mère l'appelait comme ça. Il se retourna surpris par cette étrange marque d'affection. Et elle se jeta dans ses bras, puis sans lui laisser le temps de réagir, elle l'embrassa fougueusement. Ensuite la peur et la douleur se transformèrent en adrénaline pure. Alexandre répondit ardemment à son baiser, il l'enserra dans ses bras, pressant le petit corps souple de sa femme contre le sien. Il était ferme et tendu et ainsi serré contre lui, elle pouvait sentir le désir qu'il éprouvait pour elle. Mais malgré la violence du moment, elle n'avait pas peur, elle avait une totale confiance en lui. Pourquoi, elle ne savait pas, mais c'était indéniable. Il la repoussa contre le lit et les fit tomber tous les deux sur la mollesse de la couche. Chloé se sentait bouillir, elle avait perdue tout contrôle sur elle même, sur ses sens, elle ne pouvait plus que subir. Il quitta ses lèvres pour descendre dans son cou. Plus rien n'existait d'autre que sa peau. Ce n'est que lorsqu'il l'entendit gémir son nom, qu'il prit réellement conscience de se qu'il faisait.
-Non.
Il s'écarta d'elle.
-Pas comme ça, pas pour ça.
Elle ne comprit pas.
-Pourquoi ?
-Vous êtes en train de confondre, désir et pitié et moi je ne sais plus ce que je fais.
-Mais non je...
-Je ne peux pas, je suis désolé. Bientôt mais pas maintenant. Je ne veux pas vous faire de mal.
Elle le sentait encore perturbé par son cauchemar et aussi sans doute par son aveu, alors elle n'insista pas, cela ne servirait à rien.
-Dormons, cela vaut mieux.
Il se recoucha et elle fit de même, mais sans hésiter elle replongea dans ses bras.
-Je n'est pas peur de vous, plus maintenant en tout cas.
Il contempla son visage à la lumière de la lune. Elle ne cesserait jamais de le surprendre. Elle continua.
-J'ai confiance en vous, pourquoi, je l'ignore, mais j'ai confiance. Je sais que le moment venu tout se passera bien.
Il la blottit contre lui et déposa un baiser sur son front. Puis il l'entendit murmurer au creux de son oreille :
-Faites de beaux rêves cette fois-ci.
