Chapitre 6 : Retour à Poudlard

Helena sortit du bureau du Docteur Rosney, dans lequel elle venait de signer son nouveau contrat, et remonta dans les étages avec sa valise pour aller chercher le professeur. Alors qu'elle parvenait à la porte de la chambre elle entendit des rires féminins. Intriguée, elle poussa le battant et découvrit avec surprise ses deux collègues, mortes de rire, assises sur le lit et faisant face à celui qui avait été leur patient pendant deux mois, confortablement installé dans le fauteuil.

—Mesdames, mon cerbère est de retour, je dois maintenant vous quitter. Poudlard m'attend. Je vous remercie des bons soins que vous m'avez toutes deux apportés.

Incrédule et légèrement vexée, Helena vit les infirmières serrer la main de Severus Snape avec le sourire en l'assurant du plaisir qu'elles avaient eu à s'occuper de lui. Les deux femmes sortirent en souhaitant bonne chance à Helena dans son nouveau job. Celle-ci regarda d'un œil torve l'homme devant elle.

—Je vois que vous avez des préférences ! Un cerbère, rien de moins ?

—Jalouse, Melle Monnier ?

—Pas le moins du monde. Je suis juste surprise de ne jamais avoir eu droit à votre reconnaissance. Pourtant, je me suis autant occupée de vous.

—Que pourrais-je vous dire ? Vous ne cessez d'être insolente envers moi !

—Laissez-moi vous répondre que vous n'êtes pas très commode non plus !

—Bien, cela vous ferait-il plaisir si je vous disais que vos mains sont plus douces que les leurs et que vos massages me font plus de bien que ceux de vos collègues ? Peut-être pourriez-vous me remercier pour ces paroles ?

—Je vous répondrais que heureusement que c'est moi qui suis engagée pour vous soulager. Satisfait ?

—Il va en falloir un peu plus pour me satisfaire et me soulager, assura-t-il d'une voix de velours.

Sentant le rouge lui monter aux joues au double sens de ces mots, Helena se détourna, furieuse d'entendre dans son dos, le ricanement moqueur de l'insupportable personnage.

—Si vous êtes prêt, nous pouvons partir. Fit-elle sèchement.

—Je vous suis.

Péniblement, il s'extirpa du fauteuil et sortit de la pièce derrière elle avec lenteur. Elle fit mine de discuter brièvement avec des collègues pour lui laisser le temps d'atteindre l'ascenseur. Elle le rejoignit et ils se retrouvèrent bientôt sur l'esplanade de transplanage. Réduisant sa valise, elle la glissa dans sa poche, fixa un instant Severus dans les yeux , saisit son bras et les fit transplaner.

Elle entendit son patient reprendre son souffle. Elle se retrouva devant la grille de l'école, allongée au sol, un grand corps affalé sur elle. Les muscles de Severus n'étaient pas assez résistant pour supporter son poids et l'atterrissage avait été incontrôlé. A moitié assommée, elle se reprit assez vite et secoua l'homme gisant sur elle. Un grognement étouffé lui parvint, émis par une bouche posée au creux de son cou, sur ce petit endroit si sensible, juste au début de l'épaule. Un frisson la parcourut qu'elle réprima bien vite.

—Pouvez-vous vous relever, professeur ?

— J'ai bien peur que non. Cela dit, vous êtes très confortable, lui murmura-t-il, appréciant la douceur de la peau en contact avec ses lèvres.

Poussant un soupir agacé, elle parvint à saisir sa baguette dans sa poche et, d'un sort informulé, le fit léviter pour le reposer sur ses pieds. Elle se releva précipitamment pour venir le soutenir, voyant qu'il avait du mal à reprendre son équilibre. Il lui lança un regard glacial en la repoussant, malgré le bien-être qui venait de l'envahir. Elle ne devait surtout pas s'en rendre compte, aussi il lui asséna :

—Votre façon de transplaner est lamentable !

Estomaquée devant la mauvaise foi de cet homme, elle ne put rien répliquer alors qu'il s'éloignait en marchant avec précaution. Bougonnant dans sa barbe, elle pressa le pas pour le rattraper et s'apprêtait à lui dire ses quatre vérité quand elle vit une femme d'un certain âge se diriger vers eux.

—Severus ! Quel plaisir de vous voir ! Comment vous sentez-vous ?

—J'ai besoin d'une bonne tasse de thé pour me remettre de ce voyage catastrophique. Ironisa-t-il en lançant un regard noir à son infirmière.

—Avec plaisir Severus, d'ailleurs j'ai à vous parler. Bonjour Melle Monnier. Je suis ravie de vous revoir, après toutes ces années, dit-elle en se tournant vers Helena, et je suis très heureuse de vous accueillir à Poudlard. Je suis persuadée que vous réussirez à guérir notre Maitre des potions !

—Je suis aussi ravie de vous revoir professeur McGonagall, quant à la guérison de votre professeur, il n'en tiendra qu'à lui , répondit-elle en jetant un regard éloquent en direction du concerné.

L'homme en question les regarda avec interrogation. Comment se fait-il qu'elles se connaissent ? Si Helena avait été élève à Poudlard, n'ayant que peu d'années d'écart, il se serait souvenu d'elle. Mais ni Minerva ni Helena n'éclaircirent ce mystère. Elle se mirent en route en devisant gaiement et il n'eut d'autre choix que de les suivre. Tous trois se dirigèrent lentement dans le couloirs du château jusqu'à la gargouille qui gardait l'entrée du bureau directorial.

Prit d'un sentiment de tristesse, Severus posa un pied sur une marche de l'escalier qui l'avait si souvent conduit vers son seul maitre. Même si aucune grande amitié n'avait marqué leur relation, un respect mutuel et une grande admiration liaient les deux hommes. Severus avait l'habitude de discuter avec le professeur Dumbledore par l'intermédiaire de son portrait lorsque Voldemort l'avait placé à la tête de Poudlard. Ces quelques mois avaient eu sur lui un effet bénéfique de par ces discutions. Albus, au fil des semaines, avait réussi à redonner confiance à son espion et à ne plus le faire se sentir coupable de sa mort. A eux deux, ils avaient protégé les élèves des mangemorts et concouru à ce qu'ils soient aptes à se défendre.

Une théière et trois tasses les attendaient dans le bureau où Severus eut la surprise de découvrir que rien n'avait changé depuis son départ.

—Je vous en prie, asseyez-vous, leur dit Minerva en prenant place à son bureau. Severus, je me réjouis sincèrement de vous revoir. C'est inespéré de vous retrouver ici, prêt à reprendre votre poste, en bonne forme malgré encore quelques difficultés.

—Ces quelques difficultés ne devraient pas tarder à disparaitre, susurra-t-il en jetant un coup d'œil éloquent à Helena.

Celle-ci se contint. Minerva lui adressa un petit sourire complice et poursuivit.

—Tout d'abord je voudrais vous rendre ceci.

Elle ouvrit un tiroir de son bureau et prit la baguette d'ébène qu'elle tendit à son propriétaire. Severus la prit, une lueur d'émotion dans le regard, puis il la rangea dans sa manche gauche.

—Il va de soit que vous pouvez reprendre le poste de directeur s'il vous agrée; je n'y suis pas particulièrement attachée, reprit-elle.

—Pour rien au monde Minerva, j'aime trop mes cachots et les potions pour rester dans ce bureau à longueur de journée. Par contre, je n'aurais rien contre le fait de retrouver la fonction de directeur des Serpentards.

—Cela va de soit, cher professeur, les élèves de cette Maison seraient déçus si cela n'était pas le cas ! Bien, ceci étant dit, je vous laisse retourner dans vos appartements et les faire découvrir à Helena, puisqu'elle occupera la seconde chambre de ceux-ci. Cela facilitera l'application des soins dont vous avez besoin. Allez mes enfants, je vous donne rendez-vous dans deux heures pour le repas dans la grande salle. Les autres professeurs sont impatients de vous revoir.

A ce moment, une voix interpella le Maitre des potions.

—Severus, mon garçon, quel plaisir de savoir que tu vas bien et que tu reviens à ton poste !

—Bonjour Albus, murmura le sombre professeur. Content de vous revoir aussi.

—Il faudra que tu vienne discuter avec moi de temps en temps, Minerva n'y verra pas d'inconvénients, je suppose.

—Aucuns, Albus, mais cela sera pour plus tard, ce garçon a besoin des soins de son infirmière pour l'heure.

—Oui, bien sûr ! Bonjour Helena, je suis ravi que ce soit toi qui t'occupe de lui. Surtout ne le laisse pas te mener la vie dure.

—Bonjour professeur Dumbledore, ne vous inquiétez pas, je pense pouvoir faire face.

—Je n'en doute pas, tu n'as pas un caractère à craindre ce genre de patient…

Le patient en question commençait à ressentir les effets du voyage et surtout de l'arrivée. Ses muscles raides et douloureux se rappelaient à lui et il se leva avec difficulté. Voyant cela, Helena prit congé des deux directeur et suivit Severus dans les couloirs et les marches qui descendaient aux quartiers du Maitre des potions.

Le trajet parut interminable à Severus qui, arrivé chez lui, se dirigea droit vers sa chambre où il s'affala sur le lit avec un gémissement de douleur. Sans prendre la peine de détailler le salon dans lequel elle venait d'entrer, Helena sortit sa valise de sa poche, lui redonna sa taille normale et fouilla dedans à la recherche du flacon d'huile de massage. Elle poussa une porte qu'elle supposait être la salle de bain, pour se laver les mains. Elle gagna ensuite la chambre de Severus où elle le découvrit les traits exsangues, la sueur perlant à son front. D'un geste elle le déshabilla, ne lui laissant que son boxer.

S'enduisant les mains de lotion, elle commença de douces pressions sur les épaules de l'homme en souffrance et le sentit immédiatement se détendre. Elle continua en pétrissant ses pectoraux, ses abdominaux et s'occupa ensuite de chaque cuisse. Elle termina par ses mollets pour ensuit le faire se retourner pour pouvoir masser ses muscles dorsaux. Cela lui prit en tout presque une heure, sachant qu'il en avait besoin. Elle le fit se rallonger sur le dos pour pouvoir changer le pansement. La blessure était belle, sans trace d'infection. Il n'en résulterait qu'une cicatrice, propre et nette.

Severus s'était endormi, épuisé. Elle repartit dans le salon et entreprit de détailler la pièce. Un grand canapé de velours vert foncé faisait face à une immense cheminée avec entre les deux une grande table basse carrée en bois de chêne foncé posée sur un épais tapis du même vert. Derrière le divan, un bureau du même bois que la table basse était installé, des parchemins vierges, des plumes et un encrier posés dessus. Un grand fauteuil de bois se tenait derrière le bureau et attendait que le professeur Snape s'y installe pour corriger ses copies. Une grande bibliothèque recouvrait le mur, remplie de livres sur tous les sujets de magie mais aussi quelques ouvrages moldus.

Les murs de pierre auraient parus froid si des tableaux ne les avaient égayés. Certains représentaient des paysages d'Ecosse, d'autres des personnages en habits médiévaux. Un tableau attira l'intention d' Helena. Il n'y figurait qu'un grand fauteuil vide dans une petite pièce qui ressemblait à un boudoir du dix huitième siècle. Etrange, pensa-t-elle.

Elle poussa une porte à côté de la salle de bain et découvrit une chambre décorée dans des teintes de dégradés de bleu. Elle rangea ses vêtements dans l'armoire cérusée bleue et posa son réveil sur la table de nuit de même couleur posée à côté d'un grand lit recouvert d'une épaisse couette où deux oreillers moelleux l'invitait à se détendre. Elle résista à la tentation, prit un livre et s'installa dans le canapé avec l'intention de réveiller son patient pour le déjeuner.

A onze heure et demie, elle entra dans la chambre de maitre des lieux et s'approcha doucement du lit. Alors qu'elle se penchait vers lui, elle se trouva brutalement la gorge prise dans une poigne de fer, une baguette d'ébène sur son front. Elle retint un cri de frayeur et aussitôt, d'un geste du bras, fit voler la baguette à l'autre bout de la pièce.

—Vous êtes fou, ma parole, s'écria-t-elle. C'est moi Helena.

Snape se reprit et murmura :

—Pardonnez-moi. De vieux reflexes que je croyait avoir oublié.

—Non, je suis désolée, j'aurais du vous appeler avant de m'approcher.

Elle l'aida à se lever et à s'habiller. Il avait les gestes plus fluides et assurés qu'avant sa sieste.

—Comment vous sentez-vous ?

—Mieux, merci. J'avais besoin de me reposer et vos mains font des miracles sur moi.

—Par Merlin ! Avez-vous vraiment dit ça ?

—Probablement pas, ou alors le venin a endommagé mon cerveau.

Helena éclata de rire.

—Votre cerveau fonctionne parfaitement bien je vous rassure !

Un semblant de sourire releva les coins des fines lèvres, transformant le froid visage. Helena se détourna, en proie à un trouble soudain. Elle venait de se rendre compte que, malgré son physique ingrat et sa propension à être désagréable, il pouvait dégager un charme fou. Les joues en feu de ses pensées, elle regagna le salon où elle l'attendit. Il la rejoint bientôt et ils cheminèrent vers la grande salle dans un silence religieux.

En les voyant arriver dans les lieux, les professeurs qui étaient déjà attablés, se levèrent et se mirent à applaudir la maitre des potions. Celui-ci fronça les sourcils et leva la main pour faire arrêter ces manifestations.

—Je ne veux pas entendre parler des évènements passés. Je n'ai fait que mon devoir, comme vous tous. Vous avez tous bravement défendus votre école et vos élèves, tout comme je l'ai fait bien que les méthodes employées ne furent pas les mêmes. Je ne mérite ni applaudissement ni rejet. Je reste un professeur de potions, égal à chacun de vous. Je reste aussi le même homme, même si ma vie s'est considérablement simplifiée depuis la chute du seigneur des ténèbres.

—Je vous en prie Severus, intervint Minerva, vos collègues ont besoin de vous dire leur reconnaissance. Ne les privez pas de cela. Puisque c'est maintenant fait, venez vous assoir, et Helena, prenez place aux côté de Severus. Je vous souhaite à tous un bon appétit.

Après avoir salué ses collègues, le Maitre des potions s'installa à la droite de la directrice, sur le siège qu'elle lui présentait. Helena prit place à la droite de severus et se retrouva aux côté d'Hagrid qui la prit dans ses immenses bras.

—Helena, je suis heureux de te revoir.

—Cher Hagrid, comment allez-vous ?

—Très bien ma chère petite. Content que ce soit toi qui s'occupe de ce cher Severus ! Il essuya une petite larme d'émotion alors qu'il parlait du Maitre des potions. Il le mérite, tu sais, je n'osais espérer le revoir ici, bien vivant.

Le concerné se tourna vers le demi géant et eut un rictus ironique.

—C'est trop d'honneur Hagrid ! Passez donc le plat à Melle Monnier pour qu'elle se serve !

Là-dessus, le repas se déroula dans une ambiance bon enfant, sans plus une parole du professeur Snape. Egal à lui-même, il ne prenait pas part aux discutions jugée puériles de ses collègues.

Au moment de rejoindre leurs quartiers, Severus se pencha à l'oreille d'Helena et lui murmura :

—Il faudra m'expliquer pourquoi tous les professeurs de cette école semblent vous connaître.

Ils se rendirent dans leurs appartements et Severus, s'installant dans le canapé la regarda dans les yeux et lui lança :

—Alors ? J'attends vos explications.

—Bien que je ne vous en doive aucune, je vais vous le dire ! J'ai été élève à Poudlard.

—Quel âge avez-vous ?

—J'ai trente cinq ans.

—Soit deux ans de moins que moi. C'est impossible, je vous aurais reconnue. J'ai moi-même été élève ici de onze à dix sept ans.

Helena eut un petit sourire.

—Je suis née en France, d'un père Français et d'une mère Anglaise. J'y ai vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. J'ai débuté mes études en sorcellerie à Beauxbatons puis mes parents ont décidé de revenir en Angleterre. C'est ainsi que j'ai intégré Poudlard en sixième année. Vous veniez sans doute de terminer votre cursus ici.

—Voilà l'explication ! Avez-vous été répartie dans une maison ? Je sais que Beauxbatons n'utilise pas ce système.

—Le Choixpeau m'a envoyé à Serdaigle.

—Tiens, c'est curieux. J'aurais pensé que vous auriez été envoyée à Griffondor, avec votre caractère !

—Ne commencez pas !

Severus leva les mains en signe de reddition et ajouta :

—Je reconnais que Serdaigle vous correspond. Aux vues de vos lectures, je sens en vous un grand désir d'apprendre et votre intelligence doit correspondre aux critères de cette maison.

—Ouah…! Un compliment ! Vous êtes certain d'aller bien ?

—Cette fois, c'est vous qui cherchez la bagarre. Je ne vous laisserai pas cette opportunité. Je dois me mettre à la préparation de mes cours. Ceux-ci commencent dans moins de deux mois.

—Je vous laisse travailler. Je vais en profiter pour redécouvrir cette école et me laisser envahir par tous les bons souvenirs que j'en garde. A plus tard et surtout ne vous surmenez pas.

—Bien Docteur.

Elle sortit alors que le grand professeur s'installait à son bureau.