Chapitre 6 : Réveils difficiles
Le lendemain matin, c'était le week end. Conan marchait tranquillement dans la rue, quand il put voir au loin dans une ruelle isolée quelqu'un au sol. Comme la personne ne bougeait absolument pas, il décida de s'approcher pour vérifier que tout allait bien, tout en armant sa montre à fléchettes difficilement avec son bras tenu dans son atèle. À quelques mètres, il reconnut l'inspecteur Takagi, et se précipita sur l'homme.
-Inspecteur ? Inspecteur !
Conan posa deux doigts au niveau de la carotide du policier. Il sentit très nettement l'onde systolique passer sous ses doigts, et fut rassuré. Takagi était attaché avec ses menottes à un poteau en fer, assis et adossé contre le mur. Il portait un bonnet, un gros manteau, aussi il n'était pas froid, malgré le temps frais. Il semblait endormi paisiblement. Conan le gifla, et ce dernier se réveilla dans un sursaut :
-Votre fleur sent très bon !
Conan haussa les sourcils. Les yeux de l'inspecteur firent un rapide tour de l'environnement dans lequel il se trouvait. Puis, il sembla reconnaitre le petit garçon :
-Conan ? Que fais tu là ? Tu n'es pas censé être chez le professeur ?
-C'est plutôt à moi de vous poser cette question. Vous allez bien ? Je viens de vous trouver ici en rentrant de chez le professeur. Vous avez vos clés de menottes ?
-Dans ma poche de droite, pourquoi ? Comment ça tu rentres de chez le professeur ?
-J'y ai passé la nuit, et je rentre. Vous êtes attaché au poteau. Vous allez bien, inspecteur ?
-Comment ça, on est le matin ?! Et qu'est ce que je fais là attaché à un poteau ?!
Takagi venait tout juste de mesurer l'ampleur ce qui lui arrivait. Il paniqua complètement en essayant de se souvenir de ce qui s'était passé la veille.
-Vous devriez aller au poste de police. Vous ne vous souvenez de rien ?
-J'étais allé chez les Mouri avec Sato pour une enquête, puis on est sorti, et… on s'est séparés.
-Vous n'avez pas de blessures ? Je devrais appeler l'inspecteur Sato, elle est peut être au courant de ce qui vous est arrivé.
L'inspecteur fit non de la tête tout en se tâtant le crâne, alors que Conan plaquait son téléphone contre son oreille. Personne ne répondit. Takagi, debout à présent, annonça :
-Je vais appeler Megure. Ah… mon téléphone n'a plus de batterie. Je peux t'emprunter le tien ?
Conan lui tendit son téléphone, et Takagi pianota dessus, puis le mit à son oreille.
-Allo ?
-Chef, c'est Takagi. Il semblerait que j'ai été victime d'une agression.
-Comment ça ?! Vous n'êtes pas blessé j'espère ?
-Je n'ai rien. J'étais avec Sato hier soir, et elle ne répond pas à mes appels. Je passe chez elle et je vous rejoins au poste.
-Très bien.
Takagi coupa la communication et tendit le téléphone à Conan, qui essaya de rappeler l'inspecteur Sato, vainement. Ils prirent un taxi et foncèrent chez la jeune femme, qui ne se trouvait malheureusement pas chez elle. Mais bon, comme elle n'avait pas reporté que son amant manquait à l'appel dans la soirée, il était probable qu'elle ait subit le même sort que Takagi, pour ne pas avoir signalé sa disparition. Ou pire. Mais ça, personne ne s'aventurerait à le dire.
Dans la voiture se dirigeant à toute allure dans le sens inverse de celui pour aller au commissariat, Conan engagea la conversation :
-Vous avez du être drogué.
-C'est ce que je pense. Ça expliquerait ma perte de mémoire… du GHB ?
-C'est la drogue du violeur, non ? J'en ai entendu parler à la télé ! Est-ce qu'on peut passer des tests pour la déceler ?
-C'est ce que je comptais faire. J'espère juste que rien n'est arrivé à Miwako.
-Inutile de faire des spéculations qui pourraient vous désespérer. De ce que l'on sait, vous avez été drogué, mais retrouvé vivant. Il y a de fortes chances que ce soit pareil pour l'inspecteur Sato.
-Je sais, mais…
L'inspecteur serra les points, exprimant un mélange de tristesse, de peur et de colère. Ce qui amena Conan se demander ce qu'il ressentirait si quelque chose comme ça lui arrivait. Remarque quand il avait rétrécit pour la première fois, il avait été drogué aussi, et cela lui avait enlevé sa bien aimée, d'une certaine façon. Mais son histoire finissait mal car il n'avait reçu Ran que sparodiquement, et qu'en plus maintenant il côtoyait la personne qui avait créé la drogue qu'il avait prit. C'était très paradoxal comme situation. Il ne la considérait pas comme responsable, il ne l'avait jamais fait, du moins pas pour ça. C'était Gin, celui qui devait payer. Au final, il avait remplacé la constante présence de Ran à ses côtés par celle d'Ai, Ran étant sa grande sœur sous ce corps d'enfant. Il avait trouvé quelque chose de bien dans son malheur, finalement.
Etait ce mal ? Pouvait-il se détester d'apprécier une criminelle ? En tant que détective, il s'imposait des limites nettes entre les gentils et les méchants. Pour Conan, pas de gris. Et justement, Ai était entre les deux. Tout le temps, elle le poussait à repousser les limites de sa vision étriquée du monde, elle lui fait remettre ses valeurs en question, ses croyances. Etait ce bien ou mal ? Bien ou Mal ? Surement un mélange des deux. Une coévolution entre ces deux personnes.
Ils arrivèrent au poste de police. Megure les accueillit, paniqué, mais Takagi prit la parole le premier :
-Elle n'était pas chez elle, et elle ne répond toujours pas au téléphone.
-Très bien. Nous allons localiser son téléphone, on pourrait avoir de la chance.
Takagi abaissa la tête rapidement.
-Je vais aller me faire prélever du sang pour chercher de la drogue.
-Très bien. On te tient au courant.
Takagi se mit en direction du laboratoire de la police, Conan à ses trousses.
-Tu devrais rentrer chez toi Conan.
-Dites, inspecteur, vous avez dit quelque chose en vous réveillant.
-Ah bon ?
-Vous avez dit « Votre fleur sent très bon ! » Je pensais que comme vous ne saviez pas que la nuit était passée, peut être que c'est en rapport avec ce qui s'est passé hier soir.
-Certes, mais que viendrait faire une fleur dans cette histoire ?
Conan posa sa main sur son menton. Excellente question.
-Je vais rester avec vous pour vous surveiller, inspecteur ! cria gaiement Conan avec son sourire d'enfant, alors qu'il était plutôt inquiet.
-Je… D'accord, répondit Takagi, n'ayant pas la force de lutter contre la motivation d'un enfant.
Conan accompagna Takagi se faire prélever du sang. Quand ils retournèrent voir Megure, celui-ci leur apprit qu'ils n'avaient pas été en mesure de tracer le téléphone de l'inspecteur Sato. Conan appela Ran pour lui dire qu'il allait rester au poste de police, et Mouri arriva quasiment sur le champ pour soutenir les forces de police, qui accepteraient n'importe quelle aide –tant qu'elle reste dans le cadre de la loi, bien sur. Takagi l'autorisa à rester près de lui. Il faut dire qu'il avait appris à faire confiance totalement au petit garçon bien trop éveillé pour son âge. Le jeune détective adorateur de cadavres alla faire sa déposition sur la façon dont il avait trouvé l'inspecteur.
-As-tu remarqué quoi que ce soit d'étrange ? lui demanda Megure.
-Tout était bizarre, inspecteur ! dit Conan avec sa voix innocente d'enfant.
-Merci, Conan.
Ce dernier sortit de la pièce, et entendit un inspecteur dire à Megure que les empruntes retrouvées sur les menottes étaient uniquement celles de Takagi, ce qui faisait penser qu'il avait du être menacé et s'attacher tout seul. Il n'avait aucune marque de blessure, donc personne ne l'avait assommé, et pas de marque de piqure, donc la drogue lui avait été donnée d'une manière différente. Inhalation ? Déglutition ? Ce n'était que des spéculations. Il allait falloir attendre les résultats des analyses. Donc il avait été drogué d'une manière inconnue et s'était du coup endormi tout seul, puisqu'il n'avait pas été assommé. Ou alors il avait eu une deuxième drogue ? Il existait bien des gaz pour s'endormir. Ils nageaient complètement dans le flou. À la mi-journée, ils reçurent deux appels d'une importance sans appel :
-Chef, nous avons reçu un appel pour un meurtre dans Beika ! dit Chiba en haussant le ton pour se faire entendre.
-Très bien. Toi et Shiratori y allez, je vous rejoins là bas.
-Je reste ici au cas où Miwako donnerait un signe de vie, déclara Takagi.
-Ne parlez pas de signe de vie, cela implique qu'elle l'a peut être perdu, et elle ne se laisserait pas faire comme ça, affirma Megure, sur de lui.
Quelques minutes après avoir reçu, le premier appel, un deuxième policier arriva dans la salle en courant, essoufflé.
-Je … je crois qu'on a retrouvé l'inspecteur Sato.
Takagi se figea.
-Elle est en vie, souffla le policier qui venait de se farcir tous les étages du bâtiment.
Moins de trois minutes après, Takagi et Conan avaient embarqués dans la voiture. Ils retrouvèrent des policiers devant un bâtiment qui avait l'air très vieux. D'ailleurs tout le quartier semblait tomber en ruine, et pas un chat dans les rues ne se faisait voir ou même entendre. Le bâtiment où Sato venait d'être retrouvée était un des derniers à avoir été évacué, et avec celui d'en face ils formaient une symétrie parfaite.
-Elle est au quatrième étage, encore endormie. Des enfants l'ont retrouvée en jouant dans l'immeuble. Nous avons eu de la chance, elle aurait pu y rester beaucoup plus longtemps. Elle n'était pas déshydratée, elle était juste un peu froide, mais l'immeuble n'est pas abandonné depuis longtemps, le chauffage marche encore. Nous l'avons couverte.
-Y avait il des caméras de surveillance ? demanda Takagi.
-Oui, en face. Nous avons appelé, ils vont nous envoyer les vidéos dans les heures qui suivent.
-Très bien.
-Oh, et un médecin arrive pour vérifier qu'elle n'a rien.
Conan et Takagi arrivèrent à l'étage ou Sato avait été retrouvée. C'était un étage avec aucun mur, la salle était géante, et grise. Le soleil éclairait la pièce à travers de nombreuses baies vitrées. Takagi se pencha sur le corps de la femme qu'il aimait, adossé contre un mur sous une fenêtre tout au bout de la grande pièce, qui respirait encore paisiblement. Il lui parla pour la réveiller tout en lui enlevant ses menottes, mais rien à faire. Il se tourna vers Conan, qui examinait les lieux.
-Comment m'as-tu réveillé ?
-Eheh en vous giflant, dit Conan en passant sa main derrière sa tête.
Takagi le regarda avec des grands yeux. Il souffla, et gifla Sato, qui se réveilla d'un coup en inspirant l'air comme si elle venait de passer plusieurs minutes sous l'eau. Takagi la prit immédiatement dans ses bras, tandis que Conan la regardait par-dessus l'épaule de l'homme, se demandant si elle allait bien. Ses yeux étaient grands ouverts, et elle ne semblait rien comprendre à la situation. Quand il la relâcha, elle essaya de parler une première fois, puis se racla la gorge, et reprit :
-Qu'est ce que je fais là ?
-Il semblerait que nous ayons été attaqués la nuit dernière en quittant l'appartement de monsieur Mouri. Conan m'a retrouvé ce matin dans une rue à Beika, et toi à l'instant.
-Quoi ? Tu vas bien ?
-Oui, mais c'est plutôt pour toi que je m'inquiète actuellement. Tu te sens bien ?
-Ça va je crois. Je ne me souviens pas avoir été agressée.
-Moi non plus. Conan et moi pensons que nous avons été drogués. Tu peux te mettre debout ?
Sato abaissa la tête, et se releva avec l'aide de son compagnon.
-De la drogue ?
-J'ai pensé au GHB.
-Ce n'est pas logique. Que pourrait-on faire de deux policiers drogués ? Vous seriez plus utiles réveillés et sous pression, remarqua Conan.
Takagi opina, et Sato s'agita soudainement.
-Je n'ai pas mon arme !
-Quoi ?! cria Takagi.
-Je l'avais sur moi hier soir, et je ne l'ai plus ! Vous ne l'avez pas trouvée dans le bâtiment ?
Un policier pas loin s'approcha.
-Nous avons fini de fouiller tout l'immeuble, et aucune arme à feu n'a été retrouvée.
Conan, depuis un moment à la fenêtre, cria soudainement :
-Tous à terre !
