Brillant.

Dimanche après-midi. Emiko, la mère de Daisuke, se tient devant la coiffeuse de sa chambre. Alors que le soleil est déjà haut dans le ciel depuis quelques heures, la femme cherche à se faire élégante alors qu'aucune sortie à l'extérieur ne soit prévue. Toutefois, la maison risque de s'animer grâce à une visite de l'après-midi et qui est très attendue. Tandis qu'elle ramène ses cheveux en arrière, la dame sourit à son reflet et promène ses yeux sur le meuble. Sous ses yeux reposent une multitude de produits de beauté et s'interroge sur celui qu'elle va utiliser pour sublimer sa beauté naturelle. Au bout de quelques secondes, le choix est fait.

Alors qu'elle prend l'un de ses brillants à lèvres dans ses mains, voilà qu'on frappe contre la porte fermée de la pièce.

« Oui ? »

L'issue s'ouvre sur un visage légèrement ridé et la mère de Daisuke se montre plutôt surprise de voir le père de son mari faire son apparition dans cette chambre. Depuis la disparition de son fils, le grand-père de Daisuke n'a jamais osé franchir le seuil de cette pièce car celle-ci provoque dans son esprit, une multitude de souvenir assez douloureux. Intriguée par sa visite, Emiko marque une pause lors de sa séance.

« Daiki, je peux faire quelque chose ?

- Je venais juste m'assurer si je pouvais compter sur moi lorsque nous recevrons ce commissaire à la maison ?

- La question ne se pose même pas et je suis très surprise de vous entendre m'interroger à ce sujet.

- Désolé. »

Le vieil homme entre dans la pièce et ferme la porte après son passage. Ensuite, il s'avance dans la pièce et pose son séant sur le bord du lit se trouvant près de la coiffeuse. Ne voulant prendre aucun retard, Emiko poursuit son maquillage et très vite, la voilà qui applique du brillant sur ses lèvres. Lors de ces gestes, des souvenirs assaillent l'esprit du grand-père.

« Est-ce moi ou c'est le brillant que tu t'es appliquée le jour où nous nous sommes rencontrés ?

- C'est exact.

- Pourquoi en mettre aujourd'hui ?

- Parce que ce produit m'a toujours porté chance jusqu'à maintenant et j'estime que nous en avons besoin pour tout à l'heure. »

Et elle a raison. Après tout, il est rare qu'un commissaire leur fasse l'honore de se rendre chez eux et ils doivent faire le maximum pour donner le change. Après tout, cette famille est celle d'un illustre voleur et il serait dommage que ce simple rendez-vous tourne au cauchemar pour chacun d'entre eux. Encore une chance que Daisuke ne soit présent dans la maison pour la journée. L'avantage d'être un étudiant.

« Je n'ai jamais pris le temps de te remercier d'avoir accepté mon fils, dit le vieillard.

- Et je n'ai aucun remerciement à recevoir. Je n'ai fait que réaliser un rêve sans vraiment le vouloir, lorsque l'on prend d'y réfléchir. »

Daiki sourit affectueusement à celle qui se tient devant la coiffeuse. Alors que la mère de Daisuke continue de se préparer, un autre sujet est évoqué par le père du disparu.

« Quand je pense que c'est la première fois qu'on va tenter de mettre un fouineur hors d'état de nuire en ayant recours aux forces de l'ordre. Le monde part en vrille.

- Heureusement qu'on ne tient pas un journal sur ce qui se passe dans la vie de cette famille car cet événement aurait eu le mérite d'y être inscrit.

- Je ne te le fais pas dire, rigole Daiki. Par contre, je me demande si Kosuke aurait accepté.

- Il n'est pas là donc, peu importe. »

Lorsqu'elle repense à l'homme dont elle est amoureuse et qui est absent de sa vie depuis plusieurs années, la mère de Daisuke devient nostalgique. Son sourire habituel disparaît alors de ses lèvres et voilà que la femme baisse son visage. De la tristesse se lit sur celui-ci et elle ressent le besoin de rajouter quelques mots à ce sujet.

« Je regrette tant qu'il ne fasse pas parti de la vie de Daisuke. Mon fils mérite d'avoir son père à ses côtés.

- Oui mais Kosuke avait ses raisons. Après tout, comment aurons-nous fait si les policiers seraient venus jusqu'ici pour mettre la main sur lui ? Tu imagines le traumatisme pour Daisuke.

- Peu importe la situation, mon fils est tout autant marqué. J'aurais tellement voulu qu'il fasse un effort. »

Daiki ne dit rien mais se joint aux pensées de la femme. Pour le moment, l'adolescent qui vit sous leur toit ne semble pas vraiment souffrir de l'absence de son père mais si ce cas de figure devait se présenter, le vieillard est d'accord pour être à l'origine d'une future tentative de rapprochement. Au bout de quelques minutes, Emiko termine son maquillage et range les accessoires à leur place.

« Voilà. Vous pensez que c'est suffisant ?

- Oui et puis de toute manière, je n'ai jamais connu pas un seul homme capable de résister à tes charmes. »

Flattée par ce compliment, Emiko se met à rougir et c'est à ce moment qu'elle se rend compte qu'elle aurait dû mettre un peu plus de fond de teint sur ses joues. Reste à espérer maintenant que le commissaire qui sera présent cet après-midi n'évoquera pas le sujet de Dark. Si jamais la maman de Daisuke doit être amenée à mentir, il se pourrait bien que son visage lui joue des tours à cause des couleurs qu'il pourrait prendre. Ne souhaitant courir aucun risque, la mère de famille attrape l'un de ses poudriers et ne perd pas une seule minute pour se poudrer le visage. Jugeant inutile de rester dans la chambre, le vieillard se lève du lit et marche en direction de la porte. Peu après, il déserte la pièce, laissant Emiko seule et rapidement, celle-ci sort une photo de l'homme qu'elle continue d'aimer de l'unique tiroir du mobilier.

« Si tu savais à quel point tu me manques. »