Chapitre 16.

La proposition ayant eu l'air de faire l'unanimité, la percée du mur devint vite le chantier prioritaire, toute la fratrie se mit en mouvement pour rassembler les outils nécessaire à la mise en œuvre du projet. La proposition privilégiée restant un tunnel de nature organique, mélange de plantes et de matériaux naturels. Yuki devait réfléchir à la manière de procéder mais elle voulait d'abord prendre des nouvelles de son patient un peu borné. Elle fonça tête baissée vers la sortie mais se fit bloquer, une fois de plus, par quelqu'un avant de mettre un pied à l'extérieur. En l'occurrence, son cher père, réprimant un profond soupir d'agacement, elle fit volte face pour se mettre face à lui. Elle s'attendait à de violentes remontrances concernant ses sorties dans la forêt, elle ne fut pas déçue. Il lui ordonna quasiment de cesser séance tenante ses excursions, arguant que si la forêt avait été bouclé, c'était pour une bonne raison, et qu'elle ferait mieux de s'y tenir. Plutôt que de perdre son temps à s'énerver, la jeune fille lui signifia que ce qui se passait sur son territoire ne regardait qu'elle, ne lui en déplaise, et qu'il ne l'empêcherais certainement pas de circuler comme bon lui semblait. Il lui fit remarquer que présentement elle se trouvait sur son territoire à lui, et que par conséquent, elle devait se plier à ses règles. Si jamais elle contrevenait à ses requêtes, il la priverait de l'accès audit territoire. Elle tourna les talons et repartit vers ses appartements sous le regard satisfait de son père qui s'imaginait bêtement avoir gagné cette manche. Il la connaissait mal. Elle franchit la limite de sa zone, s'arrêta, se retourna et, en observant l'invisible séparation, décida de ne pas faire ce plaisir aux gens de l'autre camp. Elle opacifia le voile de façon à cacher son côté aux yeux des autres, maigre vengeance mais ô combien satisfaisante, sachant que s'il ignorait tout de ce qui s'y passait, il angoisserait davantage.

Elle descendit au plus bas dans les étages qui lui appartenait, à savoir une petite corniche derrière les quartier de Iolas, et se prépara à sauter. Elle ne resta en équilibre que quelques secondes, une grosse branche se tendit vers elle, la reliant à l'arbre le plus proche. Elle se contenta de monter dessus et de se laisser porter au sol, tout en douceur. Le roi en aurait fait une maladie. Elle se précipita dans la forêt après avoir remercier l'esprit centenaire qui lui avait évité un atterrissage des plus douloureux. Elle fit quelques pas avant d'être poussé par quelque chose, regardant par dessus son épaule, et vit tout simplement Tsunai, le jeune poulain démoniaque qui l'avait prise en affection. Elle le salua et reprit sa route, elle devait absolument se rendre compte par elle même que l'alpha du groupe. Elle le trouva en pleine reconstruction musculaire, après une rapide vérification, elle nettoya à nouveau la plaie et appliqua une nouvelle décoction pour la cicatrisation. Satisfaite de ses observations, elle le laissa au milieu de ses amis, se sentant étrangère et pas franchement à sa place ici. Elle souhaita une rapide guérison et bonne chance à tout le groupe puis reprit son chemin. Tsunai la suivit après avoir obtenu l'autorisation de faire. Il lui proposa même de monter sur son dos pour aller plus vite, proposition qu'elle hésita à accepter mais déclina après mure réflexion, ne tenant pas à domestiquer de quelque façon que ce soit l'animal. Elle partit d'un petit trop, suivie sans problème par son compagnon, s'enfonçant plus que jamais dans les profondeurs de l'étendue sauvage.

Elle marchait tranquillement quand un violent sentiment de déjà vue s'empara d'elle, elle avait l'impression de reconnaître les lieux, elle s'écarta de Tsunai, revivant encore et encore une fraction de temps qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir vécu pourtant. Des fragments de mémoire remontant lentement à la surface, soigneusement gommé et pourtant toujours présents, elle arpenta un tronçon de forêt un long moment encore. Quelque chose la chiffonnait, une incohérence, un sentiment de malaise quand à un détail, un mirage au sein même du mur de lierre qui lui faisait face, elle voyait autre chose dans ses rêves. Tendant la main, elle avança vers le lierre, mais ne rencontra rien de végétal. Sa main buta sur une surface lisse et froide, aussi dure que de l'acier. L'image d'une bulle s'imposa, une bulle blanche, de la même nature que la barrière qui la protégeait de son père quand elle se réfugiait dans ses quartiers. Elle poussa, malgré la résistance offerte par le champ de force, encore et encore jusqu'à sentir une fluctuation dans l'énergie dégagée par la sphère (encore une). Puis, toute résistance cessa et elle fut projetée à l'intérieur.

Elle fut accueillie par un froid glacial, et quelque chose de relativement tranchant sous sa gorge, c'était pas gagné. Elle respira un bon coup et regarda ce qui la gênait à ce point, une branche taillée en forme de katana, aiguisé et potentiellement mortel. Au bout de cette arme, un visage qui la frappa de plein fouet, elle aurait reconnu ces yeux entre milles, les voyant chaque soir dans ses rêves sous une forme ou une autre. Elle resta donc les bras ballant, de façon forte intelligente d'ailleurs, il finit par se rendre compte de son absence totale de réactivité. Il se recula et la scanna du regard de bas en haut et inversement, comprenant qu'aucun danger ne viendrait d'elle, il s'éloigna prudemment, sans toutefois baisser sa garde. Yuki le mangeait littéralement des yeux. Elle sentit ses yeux la piquer, mais se refusait à pleurer. Il sembla se rendre compte de l'émotion qui menaçait d'emporter la fille qui lui faisait face, s'interrogeant sur ce drôle de sentiment qui le prenait au tripes depuis l'arrivée de la jeune fille. Elle semblait vouloir lui dire quelque chose, mais ne trouvait pas ses mots. Il fit un pas en arrière, mais s'arrêta bien vite en voyant une larme couler sur sa joue. Faisant fi de tous les principes de prudences, il la rejoignit, tendit la main vers elle, et se mangea un rappel quand il la toucha. Ce n'était pas leur première rencontre, même si la précédente remontait maintenant à quelque douze ans. Il revit une gamine sur d'elle et prétentieuse au point de penser pouvoir le défier, elle n'avait plus rien à voir avec la demoiselle qui lui faisait face, visiblement quelque chose avait visiblement modifier profondément son comportement.

« Akira... ? »Cette fois il en était sur, elle était bien cette sale gosse qui lui avait fait une scène. Il la prit dans ses bras, faisant tomber une bonne fois pour toutes les barrières qui restaient encore entre eux. Il l'amena près de la vieille souche et la fit s'asseoir à côté de lui. Il avait besoin d'explication, chose qu'elle comprenait tout à fait, plus que disposée à lui raconter ce qui c'était passé. Elle lui décrivit ce dont elle se rappelait de son enfance chez les humains, ses rêves concernant cette forêt, son retour brutal dans cet univers. Elle réalisa en même temps qu'elle s'expliquait qu'elle avait toujours été princesse dans ses rêves, le rôle qu'elle aurait dû jouer si elle n'avait pas été si faible. Maintenant, elle devait le libérer. Elle se doutait que son père ne la laisserait pas faire avec sa bénédiction, mais il fallait qu'elle fasse quelque chose, elle sentait que vivre sans lui serait impossible. Elle eut du mal à s'arracher à lui à nouveau, mais se fit violence et retraversa le champ de force avec l'aide d'Akira, qui n'était pas l'ancien roi démon pour rien. Elle sentit les yeux pourpres la suivre un temps. Tsunai l'avait attendu, inquiet de la voir rester si longtemps dans la bulle, peut être contre son gré. Elle le rassura et prit le chemin du retour.

Elle précéda toute convocation et alla directement à la rencontre de son père. Comme prévu, il s'énerva et lui passa un savon pendant des heures et des heures, qu'importe, elle le supporterait. Elle lisait la peur dans ses yeux, non, pire, une terreur telle qu'elle rendait le démon le plus puissant de ce royaume illogique, faisant apparaître une faille dans l'armure. Il ordonna, argumenta, supplia pour lui faire entendre sa raison, il voulait faire oublier cet individu à tout jamais, malgré le fait qu'il n'était pas assez puissant pour s'en débarrasser tout à fait. La jeune femme eu toutes les peines du monde à retenir sa colère, exploser n'aiderait en rien l'homme qu'elle avait juré de libérer de sa prison magique, mais cela devenait de plus en plus dur. Le roi, indifférent à son état d'esprit, continuait inlassablement ses récriminations, pensant certainement l'avoir à l'usure. Il ne fut interrompu que par l'arrivée d'une femme magnifique, qui envoya boulé la reine d'un coup de pression mentale à l'autre bout de la pièce. Elle demanda au roi comment il se faisait que les plaintes de sa filles étaient audible depuis les confins de la forêt. Sa fille ? C'était nouveau ça. Les oreilles en pointes qui dépassaient de la coiffure élaborée ne laissaient que peu de doutes sur la race à laquelle appartenait celle qui se prétendait sa mère, une elfe. Elle assomma Lucifer de hurlements et de protestations jusqu'à le faire céder.

Chapitre 17.

La bibliothèque ne lui offrant pour ainsi dire aucune solution probante, la princesse se rendit à l'évidence, quelqu'un avait soigneusement effacer toute traces des solutions possibles pour libérer le captif. Elle se doutait que son père avait fait appel à quelqu'un de puissant, étant donné sa magie, jamais il n'aurait réussi à venir seul à bout de l'ancien roi. Elle devait mettre la main de toute urgence sur l'artisan magicien qui avait œuvré. Elle avait bon espoir d'en trouver trace aux archives, si celles si n'avaient pas inopinément disparues dans un début d'incendie la semaine qui avait précédé. Elle repartit quasiment au pas de charge vers son appartement, mais se ravisa et décida de chercher des réponses auprès de quelqu'un susceptible de lui répondre. L'ancien du village passait son temps à chroniquer les faits historiques du royaume, il était également l'un des derniers témoins de l'ancienne époque, si une personne pouvait l'aider c'était lui, autrement il lui faudrait détruire ce foutu bouclier manuellement. Elle ne ralentit pas de tout le trajet, jetant un regard mauvais aux gardes qui tentaient encore de l'arrêter, les défiant de se mettre sur sa route. Étonnamment, ils lui laissèrent la voie libre. Elle courut presque sur le chemin du village, désormais isolé du reste du royaume, les habitations lui apparaissant bien moins mal en point cette fois ci. Comme si le village s'était débarrassé d'une maladie sournoise et invisible, l'état n'avait pas changé en lui même, mais le rendu était très différent.

Elle entra dans la rue principale, reprenant une allure plus modérée, jusqu'à la maison de l'ancien. Elle s'excusa devant les petits qui vinrent lui demander des sucreries, mais elle n'avait pas amené de paquet goûter, dans son empressement à voir l'ancien. Elle frappa trois coup, comme à son habitude, et entra. Elle avait depuis longtemps reçu la permission d'entrer sans y être invitée mais préférait tout de même s'annoncer par politesse. Le vieillard était justement penché sur un de ses livres si précieux, il leva la tête et salua son amie. La jeune princesse apprit avec plaisir que, délivrés des taxes monstrueuses, les habitants pourraient passer un hivers plus que correct sans manquer de nourriture. Elle devait maintenant s'occuper de tous les autres, cependant, savoir que son plan fonctionnait était une très bonne chose. Il lui demanda ensuite les raisons de sa visites, n'ayant pas eu de nouvelles depuis un moment, il s'inquiétait à son sujet. Elle lui raconta ses péripéties, la répartition, l'alliance de la seconde lignée, le schisme de son territoire, il tourna un bref instant son regard vers la fenêtre qui laissait voir le voile opaque de sa création. Aux dernières lumières, il remit en place les événements dans le bon ordre et comprit que plus jamais il ne recevrait la visite de la garde royale sauf demande expresse de la princesse.

Elle lui posa ensuite les question qui lui tenait à cœur, prenant le vieil homme par surprise, il y avait des siècles que plus personnes n'avait osé parlé du sort de la honte. Celui qui les avait privé d'un bon roi pour asseoir un pantin. Il relata l'époque où Akira veillait sur les enfers, les terres étaient riches et verdoyantes, la nourritures présentes en abondance et la nomination des démons ne faisait pas sourire. Mais une ombre passa dans ses yeux, quelque chose qui le terrifiait se trouvait directement liée à son histoire, il raconta pourtant. À l'époque, Lucifer n'était qu'un démon mineur, un ange tombé du ciel qui tentait de faire son trou dans un nouvel environnement, mais il n'arrivait visiblement pas à encaisser de ne pas avoir un poste à responsabilité. Il avait bien tenté de se rapprocher du roi en place, sans succès, ce dernier n'appréciant pas l'hypocrisie plus que ça. Il contacta donc la personne responsable de sa présence en enfer et passa un marché avec elle, le trône contre l'assurance que jamais les démons ne menaceraient les anges. Ils combinèrent leurs efforts pour faire tomber Akira et Gabriel l'enferma au confins de la forêt pour que les habitants l'oublient peu à peu. Ils n'avaient pas prévus que l'interdiction formelle de se rendre dans ladite forêt serait mise à mal par l'héritage de la couronne si chèrement acquise. Les rumeurs que l'ange déchu avait fait courir auraient dû suffire à dissuader toute incursion.

Ainsi donc, c'est à la haute hiérarchie des anges qu'elle devait formuler sa requête. Serait elle seulement entendue, enfin, ce n'était pas comme si elle avait le choix, loin de là. Elle décida de passer par l'arcane histoire de recharger un peu la terre en magie, ce village était désormais sous sa responsabilité, elle ferait en sorte que tout se passe au mieux. Elle se sentit vidée après la ponction, mais satisfaite. Elle reprenait la route du château quand elle décida de passer par ce que les villageois appelait la bibliothèque, ce qui était en réalité une réserve de chronique, histoire de commencer à rattraper son retard. Elle jeta son dévolu sur les toutes premières histoires qu'elle pu trouver, le tout premier cahier rédigé par le doyen, son écriture n'était alors pas si chancelante. Elle se saisit du volume et repartit, cette fois pour de bon. Elle se refusa à plonger directement dans le livre, pour ne pas gâcher son plaisir du trio bouquin cheminée chocolat chaud.

Elle fut abasourdie d'entendre des hurlements de douleurs en provenance d'une vieille battisse abandonnée par une famille il y avait des années de ça. Elle s'approcha pour s'assurer de ne pas avoir halluciné mais entendit de nouveau ces cris. Elle posa le livre qu'elle tenait sur le muret qui délimitait le jardin et entra sans s'annoncer, il ne fallait pas gâcher la surprise quand même. Elle trouva deux gamins à terre, frappés par d'autres enfants un peu plus âgés. Elle attrapa le plus proche et l'envoya directement dans le mur, ils étaient plus vieux que son estimation première, des adolescent. Elle prit place devant les deux bout de chou pour les protéger. Ne la reconnaissant pas la maîtresse de leurs territoire, ils tentèrent de l'attaquer mais se firent éjecter les uns après les autres. La jeune femme était hors d'elle, elle expédia les civilités jusqu'à l'arrivée du doyen, elle lui demanda qui s'occupait de ces enfants. Il lui répondit que leurs parents étaient mort, et que depuis, personne ne les avait pris en charge. Elle n'en revenait pas, elle se retourna vers les enfants et s'agenouilla devant eux. Les petits, qui avait respectivement 10 et 12 ans se jetèrent dans ses bras, terrifiés et ayant un grand besoin d'être rassurés. Yuki regarda l'ancien et lui signifia son départ immédiat, ainsi que celui des deux enfants. Il tenta bien de lui faire changer d'avis mais elle n'en démordit pas une seconde, elle demanda leurs avis aux petits, ils s'accrochèrent à elle, comme si ils avaient peur qu'elle se volatilise.

Le trajet du château fut un peu plus long que prévu à cause des enfants, mais elle ne s'en plaignait pas. Elle les déposa dans la cuisine aux bons soins de Sharane, qui allait certainement les gaver de très bonnes choses. Elle alla directement trouver son père, le dérangeant en plein milieu d'une dispute avec sa femme, cependant, elle ne se laissa pas démonter. Elle le prit à part et lui demanda l'autorisation d'adopter officiellement les deux enfants qu'elle venait de ramener avec elle. Il rechigna bien un peu mais finit par céder devant l'insistance de sa fille. Au nombre de caprices auquel il avait céder pour les filles de sa femmes, ce genre de requête restait très raisonnable. Il signifia son accord et demanda à voir les enfants. Yuki alla les chercher et les présenta à leur nouveau grand père. Elle apprit en même temps que son père que la fillette de 12 ans s'appelait Sacha et le garçon de 10, Drew. Tous deux accrochés à son t-shirt.

Maintenant qu'ils faisaient parti de la famille, il fallait encore les installer. Elle leur remit à chacun une bague griffée de son emblème et les emmena juste à côté de ses appartement. Entrant dans le sas, elle se concentra. Si son territoire avait augmenté, ses prétentions avaient du faire de même. Effectivement, deux portes apparurent, une de chaque côté du couloir, qui recula pour former un autre sas derrière eux. Elle leur proposa d'agencer eux même leur chambre. Ils semblèrent abasourdis mais comprirent très vite où elle voulait en venir. Sacha se retrouva affublée d'une chambre avec un grand lit à baldaquin et de grands rideaux aux fenêtre. Quelques étagères ici et là sur lesquelles reposaient des bibelots. Drew, lui, n'avait pas fait plus simple, un grand lit qui pouvait accueillir au moins dix personnes siégerait au milieu de la pièce, un bureau apparaissant sous la fenêtre. Les deux chambres s'étaient vu dotées d'une salle de bains individuelle. Histoire de ne pas se marcher dessus. Yuki laissa les petits découvrir leurs nouveau quartiers et partit poser son manuscrit sur la table près de la cheminée.

Chapitre 18.

Laissant les petits dormir, la princesse décida de monter sur le toit, il courait sur le totalité du bâtiment, pourvus d'un rebord d'environ un mètre cinquante qui garantissait un minimum de sécurité. Les possibilités étaient quasi infinies elle pourrait transformer cet endroit en jardin pour ses plantes, aromatique ou médicinal. Restait à mettre en place, comme toujours. Enfin, pour le coup, déblayer serait facile, elle recruta ses deux frères pour cette tâche et entreprit de leur envoyer tous les débris qui se trouvaient sur le toit. Ils travaillèrent toute la journée, Roxane les aida en leur amenant de la terre au fur et à mesure de leur avancée. Les jumelles avaient entreprit d'utiliser d'anciens pans de murs pour former un abri sur une partie de l'étendue terreuse. Loin encore de ressembler à un paradis, le toit prenait de plus en plus l'allure de ce qu'il allait devenir. Satisfaite devant le plus gros du travail, elle envisagea une pause. Envoyant les jumelles chercher des rafraîchissements à la cuisine, les aînés s'assirent sagement à l'ombre de l'arche qu'ils construisait, anticipant la présence de rosier grimpants dans le futurs. Newenne tenait absolument à bâtir elle même une allée de roses, soit, c'était un projet comme un autre. Elle tressait des fibres de fer pour former un motif complexe de tressage, très joli.

Yuki les laissa finir les aménagements et partit rendre visite à Tsunai, elle le lui avait promis. Elle trouva le clan en grande discussion, visiblement, un autre des trois grands empiétait sur leur territoire et ils hésitaient à attaquer pour les repousser hors de leur zone de contrôle. Elle leur proposa de se charger de la conciliation. Ils acceptèrent avec réticence, néanmoins heureux de se décharger de ce poids sur quelqu'un qui ne risquait pas de provoquer une guerre au sein de la communauté. Elle partit donc en quête de l'alpha qui avait fait une incursion un peu trop profonde sur un territoire qui n'était pas le sien. Elle le trouva exactement là où Venves le lui avait indiqué. Elle hésita de prime abord à les aborder de but en blanc, ils n'étaient pas franchement réputés pour leur amabilité et leur service d'accueil aux étrangers. Elle attendit patiemment que l'un des équidés la remarque, ce qui finit par arriver quand elle s'assit sans discrétion aucune sur le sol. Leur robes blanches tranchaient avec le paysage vert, elle se demanda alors comment ils faisaient pour ne pas se faire repérer. L'un des dominants s'approcha d'elle, menaçant, puis recula en sentant ses marques de pouvoirs. Le chef finit par daigner lui adresser la parole, elle ne perdit pas son sang froid, lui répondit poliment, demandant la raison de leur présence sur des terres qui n'étaient pas les leurs. Il fit mine de ne pas comprendre mais, voyant qu'elle n'en démordrait pas, finit par avouer les véritables raisons de leurs présence hors de leurs terres.

Il y avait visiblement eu débordements des prérogatives au niveau de la répartition des espèces, elle leur demanda s'ils réintégreraient sans histoire leur propre territoire dans le cas de figure où elle pourrait remédier au problème. Elle reçut la parole de l'alpha, bien, elle pourrait le tuer de son plein droit s'il avait menti. Mais comme pour un chef de clan la parole est quelque chose de sacré, il y avait de grande chance qu'il n'y est pas de problème. De ce qu'elle avait compris, la gestion des territoires étaient géré par un vieux démons acariâtre qui envoyait très souvent les gens aux fraises. Il habitait beaucoup plus loin dans la forêt, ça allait être galère de le trouver, puis de le convaincre, et ensuite de revenir. Son père allait piquer une de ces crises. Elle demanda à Tsunai s'il pouvait l'amener le plus loin possible avant de se trouver hors de son territoire. Il accepta sans problème mais dû s'arrêter très vite, laissant la demoiselle avec ses petites jambes. Prenant son courage à deux mains, elle avança prudemment, ne connaissant absolument pas le chemin, le sentier rapetissa de plus en plus jusqu'à devenir un vague dégagement dans la verdure. Elle pestait tout haut contre une branche d'épineux qui lui faisait mal dans sa progression quand les arbres se mirent d'eux même sur le côté, lui dégageant à nouveau le passage. Elle regarda à droite, à gauche, sans rien distinguer qui sorte de l'ordinaire.

Des rires attirèrent son attention sans toutefois dévoiler l'origine du son, étrange, Yuki n'avait pourtant croisé personne depuis le début de son voyage. Une bruit de chute finit de la convaincre qu'elle n'était pas tout à fait seule. Laissant son regard voyager d'un point à un autre sans s'arrêter nulle part, elle put capter du coin de l'œil des silhouette menue qui se fondaient la seconde d'après parmi les troncs et les bosquets. Des nymphes donc, logique après tout, c'était la première fois qu'elle en voyait en vrai. Elle voulait leur parler mais n'osait pas, ces créatures étant connues pour être craintives. Elle continua donc sa route, faisant mine de ne pas les voir, jusqu'à arriver à un croisement dans le sentier. Gauche ou droite ? Elle décida de prendre à droite, elle fit un pas en direction du chemin quand elle entendit un bruit de chute de l'autre côté. La princesse insista mais cette fois, ce fut sur elle qu'atterrit un objet qu'elle identifia comme un fruit dur. Pas par là, visiblement. Yuki rebroussa chemin et prit à gauche, le silence revint, pas de nouvelle chute suspecte. Elle déduisit de cela que c'était le chemin à prendre. Elle reprit sa route et constata avec déplaisir que le sentier devenait une pente assez prononcée. Rageant et pestant elle finit par se mettre quasiment à quatre pattes, s'aidant autant de ses mains que de ses pieds.

Elle finit par trouver ce qu'elle cherchait, une vieille cahute à peine visible sous les arbres et la broussaille. Elle toqua à la porte, d'abord doucement, par politesse. Elle avait vu bouger derrière la fenêtre, il était là, elle le savait, et il savait qu'elle savait. Au fur et à mesure, le martèlement s'intensifia jusqu'à devenir un tambourinement pressant. Dix minutes plus tard, elle perdit patience et commença à lancer des cailloux sur la porte, puis de la magie. Ce ne fut que lorsqu'elle faillit démolir la maison entière qu'il daigna sortir. Il lui lança un regard qui aurait pétrifié n'importe qui, elle se contenta néanmoins de lever un sourcil dubitatif. Il comprit qu'il n'arriverait pas à la faire reculer rien qu'avec ses expression, il tenta la magie brute, avec autant de succès que tantale dans ses tentatives de nutrition. Il lui cria de s'en aller et lui claqua la porte au nom. Yuki fronça les sourcils et, mécontente, martela de plus belle cette pauvre porte qui ne lui avait strictement rien fait. À peine vit elle la poignée tourner qu'elle força la porte et entra à l'intérieur.

DEHORS !

Le vieux démon n'était visiblement pas ravi de la recevoir chez lui. Il se fit le plus intimidant possible et lui hurla dessus à tel point que pendant une seconde, elle crut être devenue sourde. Elle mit cependant un point d'honneur à lui répondre poliment.

-Navrée, pour cela il faudrait que vous fassiez votre travail.

La réplique eut le mérite de lui couper la chique. Il eut d'abord l'air furieux, puis elle vit la curiosité l'emporter sur la colère.

Comment ça ?

Les territoires d'un clan ont été annexés, les déplaçant sur le territoire d'un second clan. Les conséquences auraient pu être catastrophique si je ne m'étais pas interposée entre eux !

C'est impossible.

Et pourtant, je suis là. Ah non, c'est ma jumelles karmique, toutes mes excuses.

La carte est formelle...

Il s'arrêta net, devant ses yeux, la carte se modifia, révélant qu'une faction s'était approprié sans aucun droit le territoire de neuf autres clans.

Je m'en occupe, mes excuses princesse.

Elle ne s'était pas rendu compte qu'il l'avait reconnu.

Chapitre 19.

Le vieil homme tint sa parole et remit le clan qui s'étalait un peu trop à sa place. Cela permit à Yuki de remettre les choses au clair vis à vis des chevaux des enfers, recevant plus de gratitude qu'elle ne souhaitait avoir. Venves lui assura son soutient pour la suite, affirmant que son clan et lui même étaient à sa disposition. Tsunai la raccompagna chez elle au grand galop histoire de ne pas traîner plus que nécessaire. Elle le fit s'arrêter avant l'orée de la forêt, des pleurs attirant son attention. Elle se laissa glisser à terre et suivit ses oreilles jusqu'à la source des sons. Elle trouva, au milieu d'un bosquet de ronces, un groupe de créatures de la nature. Deux nymphes et trois dryades, très jeunes, perdues si près de la civilisation démoniaques, voilà qui suffit à attiser la curiosité de la jeune princesse. Elle s'arrêta à bonne distance pour ne pas les effrayer plus que nécessaire, et se manifesta en marchant volontairement sur une branche morte. Le bruit les fit sursauter, elles se tournèrent vers Yuki mais ne s'enfuirent pas, contrairement à ce qu'avait pensé la jeune femme. Elle ne bougea pas, attendant une quelconque réaction, chose qui arriva sous la forme de cinq petit corps pressés contre elle, tremblant. Elle balaya la forêt du regard, il n'était pas courant de laisser des jeunes sans surveillance.

Quelques adultes sortirent de la végétation environnante, elles jetèrent à peine un regard aux petites, ce qui agaça Yuki. La plus âgée lui tendit la main, en signe de respect, s'attendant à un retour de politesse. Elle n'obtint qu'une question. Pourquoi ces petites avaient elles été abandonnée si près de l'entrée de la forêt ? La réponse acheva de la convaincre de son aversion initiale : non respect d'une règle. Elle leur demanda ensuite ce qu'elles comptaient faire des enfants. Agacée de voir la conversation tourner autour de renégates, les adultes marquèrent leur mécontentement en prenant la princesse de haut. Ce qu'elle voudrait bien en faire fut la réponse. Yuki se tourna vers les petites et leurs proposa de venir vivre chez elle sur le toit du palais. Elle précisa que d'ici peu, le toit serait une serre gigantesque, elles pourraient s'y sentir bien. La plus âgées des nymphes prit alors la parole.

Si vous tenez à obtenir l'aide d'une nymphe, je suis volontaire. Je vous serais bien plus utile que ces gamines.

Peut être, mais je ne tiens pas à avoir quelqu'un comme vous dans mon entourage.

Comme vous voudrez, princesse.

Crachant ce dernier mot, les créatures de légendes disparurent dans la forêt lui laissant les fillettes. La jeune femme les pressa contre elle et les enjoignit à se remettre en route. Les petites étaient morte de peur, mais elles l'écoutèrent avec soin. Yuki leur donna à chacune un collier qui leur donnait plein accès à son territoire. Elle les amena sur sa zone et les fit grimper par le tunnel qui était désormais quasiment fini. Les créatures de la forêt se rassérénèrent dès qu'elles retrouvèrent le contact des arbres qui avaient été replantés sur le toit. Elle resta dans le coin jusqu'à ce que tous soit présentés. Les rires refirent leur apparition et, quelques heures après, la jeune femme se permit de retrouver ses quartiers pour une bonne douche bien méritée. Malheureusement, elle devait trouver son père, s'excuser et subir le sermon qu'il ne manquerait pas de lui passer pour son absence des derniers jours. Elle le trouva dans la salle du trône, comme à l'accoutumée, et à sa tête, elle pressentit que celui ci serait le pire de tous. Elle ne ressortit de cette salle que de longues heures plus tard, avec une convocation pour le lendemain à la première heure. Rien n'aurait su l'arrêter après ça, son lit l'appelait si fort qu'elle vola presque jusqu'à lui. La longue douche devint une visite de 5 minutes, une petite caresse pour Rai et pouf, direction le pays des rêves. Elle maudit son père de l'avoir retenu, même fermés ses yeux la brûlait tant elle avait besoin de dormir. Elle sentit vaguement une modification du glamour du palais avant de sombrer pour de bon.

Le réveil fut plus facile que ce à quoi elle s'était attendu, à savoir qu'elle réussi à se traîner sous la douche avant que son père ne fasse forcer sa porte. Si tant est qu'il puisse encore le faire. Elle se prépara et prit le route habituelle. Chose étrange, elle ne vit rien de démoniaque quand elle entra sur le territoire de son père, en général, regorgeait de démons qui se pavanait sous leur apparence d'origine, tandis que tous semblait avoir décidé de revêtir leur glamour humain pour la journée. Étrange. Elle prit place à l'emplacement qui lui était réservé dans la salle du trône. Son père arriva quelques temps après, se devant comme tout bon roi, selon lui, d'arriver après tout le monde de façon théâtrale. Question de point de vue. La jeune princesse se contenta de se taire et de jouer les gourdes pour ne pas attirer l'attention des quelques nobles qui avaient daignés faire l'effort de venir.

Il finit par révéler ses plans, des invités humains arriveraient bientôt par la porte Nord. Il avait beau s'agir des plus puissants que comptait la planète, ça n'en restait pas moins amusant. La règle était simple : personne ne doit voir le véritable aspect du monde des Enfers. Traduction : si les humains voient un bout de commencement d'ombre de démon gare à nos fesses. C'était partit pour un simulacre d'humanité pour les sept prochains jours. You-pi. Yuki reprit le chemin de son territoire, mais changea d'avis et retourna voir son père.

-Père ?

-Oui ?

-J'ai une requête à vous formuler ?

-Je t'écoute.

-Étant maîtresse de mon territoire, je suis la seule à disposer des règles s'y établissant n'est ce pas ?

-Oui...

-Que me donnez vous en échange de ma coopération ?

-Je suis le roi ! Ma parole fais loi !

-Pas chez moi.

-Je n'ai pas le temps de discuter et de me disputer avec toi,que veux tu ?

-Sharane.

-Quoi ?

-Non, qui.

-Qui dans ce cas ?

-Une de vos cuisinières.

-Soit, mais seulement si tu me donne ta parole.

-Vous l'avez.

-Dans ce cas fait comme il te plaira.

- Merci père, bonne journée à vous.

-Oui, oui.

La jeune princesse s'empressa de courir aux cuisine où elle trouva son amie sans surprise, elle tacha de mettre un frein à son excitation quand elle proposa à la cuisinière de passer de son côté de la ligne. La réponse fusa, bien sur qu'elle le souhaitait. Après un échange de talisman garantissant l'accès à la jeune servante, Yuki l'attrapa et la conduisit dans une course folle jusqu'à l'endroit où, dans le couloir qui abritait les quartiers des enfants illégitimes. Il n'y avait pour l'instant que les murs mais la pièce était vaste et facilement aménageable. Les autres princes et princesses vinrent souhaiter la bienvenue à la première de leur nouvelles recrues et l'aidèrent à s'installer dans la pièce attenante qui lui servirait de chambre pour le moment. Yuki la laissa s'installer tranquillement pour aller voir comment s'en sortait les petites sur le toit. Elle savait qu'elles auraient du mal à s'habituer à leur nouvel environnement, et désirait donc s'assurer que tout allait du mieux possible. Elle fut immédiatement rassurée par les rires qu'elle entendit bien avant d'arriver aux serres. Les enfants jouaient tranquillement à l'ombre des grands arbres replantés là par ses sœurs. Elle resta avec elles un moment puis redescendit pour accueillir les invités de cette semaine maudite.

Chapitre 20.

Ils n'avaient rien de particuliers, si ce n'est une couche de crasse d'au moins trois centimètres due au voyage... La princesse se fit toute petite, ne désirant pas se voir confier la corvée qui tomberait immanquablement d'ici dix minutes. C'était sans compter sur la garce qui lui servait de belle mère, sitôt pensé, sitôt flouée, elle fut nommée baby-sitter pour son plus grand malheur. Dans ses délires mégalomaniaques, le roi des démons s'était imaginé que la venue de ces alliés remonterait son niveau d'autorité récemment mis à mal. N'ayant de toute façon pas le choix elle s'avança vers les habitants du monde du dessus pour se présenter. Autant dire qu'elle aurait plus de chance de mener une conversation face à un mur... elle récupéra en tout et pour tout deux regard noirs, un sourcil levé et une moue de mépris affichée. Le cinquième membre du convoi ne l'avait même pas regardé, ce n'était plus de la patience dont elle allait devoir se munir mais d'une carapace d'indifférence absolue, sous peine de quoi elle tuerais ces crétins dans la seconde.

Elle les conduisit pour commencer dans l'aile des invités, soit la moins délabrée du château, mais cela restait trop ceci, pas assez cela, pas assez comme il faut. Au lieu de se mettre en colère, chose qu'à ce stade tout être normalement constitué aurait fait, elle enjoignit les décorateurs personnels de sa belle mère à remédier au problème en les mettant à disposition de leurs invités pour la durée de leur séjour. Cette initiative eu le double avantage de faire taire les râleur et mettre une épine dans le pied de la reine. Mesquine ? Non, simplement adepte du précepte un prêté pour un rendu. Elle les assura de sa présence le lendemain pour une visite guidée du royaume et les laissa s'installer au bon soin des serviteurs qu'elle avait débauché. Elle retrouva Iolas et Isley en grande conversation un peu plus loin, déçu qu'il n'y ait pas encore eu de mort. Ils avaient visiblement parié sur la durée de survie des humains au sein du château.

Le repas se passa sans encombre, le roi réussit à abrutir ses invités en leur ventant ses prouesses et sa prestance pendant plus de la moitié du dîner. La princesse prit soin de n'en rien écouter et se borna à les conduire là où elle le devait sans se poser trop de questions. La semaine passa sans que personne ne subisse de dommages irrémédiable au soulagement des têtes couronnées. Ils firent ainsi le tour de toutes les curiosités locales, furent harcelés de commentaire et notes concernant l'histoire des enfers, participèrent aux entraînements démoniaques et supportèrent le roi à sa table. Le cauchemar finit par arriver à son terme, elle allait enfin pouvoir s'occuper des choses vraiment importantes. Elle les vit reprendre le chemin de leur propre monde avec un soulagement évident. Son père la félicita même pour son calme et sa complaisance, lui offrant une faveur de son choix. Tant mieux, elle n'attendait que ça. Elle fit remarquer que la salle des doléances n'avait pas été ouverte depuis des mois maintenant, et, bien qu'elle comprenne qu'il n'ait pas le temps de s'occuper de tout, elle s'inquiétait de l'absence d'un système judiciaire efficient et déplorait les querelles intestines qui en résultait. Le roi l'écoutait avec intérêt, espérant comprendre où elle voulait en venir.

Lorsqu'elle lui demanda l'autorisation de s'occuper de la section des requêtes, il fut excessivement empressé d'accéder à celle ci. Yuki se retrouva donc promue responsable des doléances et de l'exécution des décisions en découlant. C'était le poste le plus bas dans la hiérarchie du palais, mais au moins elle avait désormais un pied dans l'engrenage. La « cour des doléances » était une salle située au sous sol du château, on y accédait de l'extérieur par une porte encastrée dans la murailles et par l'intérieur grâce à une série de portes plus solides et épaisses les unes que les autres. Vu la couche de poussière qui avait prit possession des lieux, la première chose à faire était cette fois encore le ménage. Cela commençait à devenir une habitude. Elle fit appel à Sharane et ses frères et sœurs qui répondirent présents dans la minute. Remettre cette grande salle en état leur prit une semaine entière, sans parler de la corvée de transferts des cahiers oubliés dans quelques pièces du château. L'organisation de son père était déplorable.

La fratrie réussit à remettre la main sur une centaine de cahier tous plus abîmés et illisible les uns que les autres, au tant pour le support manuscrit. Ils décidèrent donc d'envoyer une lettre à chaque responsable de village pour leur signifier la réouverture de la salle des doléances mais également un système à domicile pour les cas trop éloignés ou complexes. Les enfers ne comptant que 666 villages, ce n'était pas vraiment la mer à boire. En un après midi, tout était fait, les coursiers partis pour la distribution avec l'accord du roi. Elle pensait bien que les paysans mécontents arriveraient vite, mais au bout d'une heure, certainement pas. Il y avait déjà une vingtaine de personne qui patientaient devant la porte, elle leur ouvrit et leur demanda de patienter pendant qu'elle finalisait la nouvelle salle. Elle avait en effet décidé d'instaurer un système horaire par catégorie de réclamation pour laisser à tout le monde une chance d'être entendu. Trop heureux de pouvoir à nouveau être entendu, personne ne releva le changement. En espérant que cet état d'esprit dure.

Elle s'installa donc sur le trône construit là un long moment auparavant à l'unique usage du maître des plaintes et lança le grand départ de la reprise. Cela commença par une bête histoire de vol de poules, qui après cinq minutes d'entretien s'avéra être complètement fausse, le plaignant souhaitant manipuler ce qu'il pensait être une jeune fille crédule, il en fut pour ses frais et dû payer une taxe pour le dérangement. Elle continua encore, décidant, analysant, écoutant jusqu'à la dernière personne de la journée. Une fillette qui avait visiblement du mal à tenir sur ses deux jambes. La princesse fit venir une chaise pour que l'enfant puisse s'asseoir. Elle portait des traces de coups anciens comme récents, elle fixait la porte comme si elle craignait que quelqu'un fasse irruption pour l'achever. De fait, une femme entra comme une furie quelques minutes après, se dirigeant droit vers la petite fille qui se recroquevilla sur le siège. Yuki la regarda approcher de l'endroit où elle se trouvait, lever la main et tenter de toucher la petite.

Elle n'attendit pas que le coup porte, la femme fut éjectée à l'autre bout de la pièce d'un coup de pression magique bien placé. Il ne serait pas dit qu'elle laisserait quelqu'un, peu importe son âge ou sa condition, se faire frapper devant elle sans qu'elle réagisse, non mais! Elle avança jusqu'à la chaise et s'agenouilla devant la petite, lui demandant doucement comment elle allait. Elle reçut l'enfant contre elle, cette dernière s'étant jeté à son cou, elle était terrorisée, à tel point que Yuki dû lui parler dix minutes avant de réussir à la calmer. Elle lui proposa la même chose qu'à ses deux enfants, Sacha et Drew garantissant sa sécurité. La réponse positive fusa, comme par crainte d'être ensuite rejetée. La jeune princesse chargea son frère Isley de mener la petite Cassandra à Sacha pour qu'elle l'aide à s'installer. Quelle honte tout de même de voir un adulte frapper un enfant et s'indigner de s'en voir empêcher. Elle asséna une amende conséquente à cette femme pour lui apprendre la vie et se détourna vers le problème suivant.

À la fin de la journée, la princesse était sur les genoux, cette tâche était épuisante, elle comprenait pourquoi son père avait renoncé. Mais étant donné que la fratrie allait se relayer, un jour par semaine, ce n'était pas la mort. Elle monta les marches quatre à quatre vers ses quartiers, s'arrêtant aux cuisines demander un en cas à son amie et repartit tout aussi vite vers la chambre de sa fille. Elle trouva la fillette en train de jouer avec Drew sous le regard attentif de Sacha. Celle ci vit sa mère arriver et alla à sa rencontre. En aidant Cassandra à se laver elle avait remarqué des bleus et des traces de blessures, elle voulait que la petite reste avec elle. Soulagée que la demande émane d'elle, Yuki accepta en la remerciant chaleureusement. Un deuxième lit fit son apparition dans la pièce, ce qui effraya l'enfant. Il fallut quelques minutes à Drew pour la rassurer et la ramener au jeu qui l'amusait beaucoup.

Quand la princesse jugea que Cassandre était remise de ses émotions, elle lui indiqua la façon dont elle avait traité la femme de la salle et lui montra ses nouveaux quartiers. La petite eut d'abord du mal à y croire puis surpris tout le monde en laissant échapper un cri de joie et un rire cristallin dans la chambre. Son bonheur se lisait sur ses traits poupins, accordant son expression à son âge.