Swann33 je sais pas si c'est nécessaire mais vu ton commentaire je fais quand même une petite précision pour ceux qui se demanderaient "où est-ce que je les emmène avec cette malédiction " Pour la lancer, tous ceux qui ont participé ont du sacrifier quelque chose qu'Emma devra leur redonner d'une façon ou d'une autre. Ce sera certainement plus clair quand je mettrai plus l'accent sur l'histoire que sur nos deux héroïnes ...

Merci à DroDov pour tes nombreux commentaires, Zozen, Loulouche, EvilSwanMills, Grat, Griffon10, , PilandOncer, Artemis972 & les anonymes, W merci de croire en moi ;)

Breff, chapitre un peu plus long que les précédents pour me faire excuser du retard ... J'ai du le refaire plusieurs fois, j'espère qu'il ne sera pas trop décousu pour vous ( again, je m'excuse des fautes vu qu'il n'y a pas de béta, elles sont toutes de moi ! ) ... enjoy my dears ! :)

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Chapitre 6

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La nuit était vraiment froide et elle se demandait comment Ruby allongée à côté d'elle sur un transat d'un rouge passé pouvait supporter de rester en mini jupe et débardeur.

- Sauver Henry ? proposa-t-elle.

- De quoi ? Tu veux qu'on organise un faux kidnapping ?

Quand Regina l'avait quittée, elle avait plié bagages pour rentrer à l'hôtel et le soir au repas la serveuse s'était immédiatement proposée pour une soirée sur le toit de l'immeuble, voyant certainement à son expression qu'elle avait besoin de parler.

- Non, ça marcherait pas, avoua la brune.

Depuis elles discutaient de la meilleure manière de faire accepter au Maire son nouveau poste au commissariat.

- Démanteler un réseau de dealers ?

- Yen a à Storybrook ?

- Nan. Tu as demandé à Graham ?

- Je crois qu'il a peur de me fréquenter de trop prêt.

- Je lui parlerai.

- Vous sortez ensemble ?

- C'est compliqué ...

- Ok, accepta-t-elle. Et si je la sauvais elle ?

- De quoi est-ce que tu veux sauver Regina Mills ? Elle a de la magie ...

- Je sais pas ... C'était une suggestion comme une autre.

- Ou sinon tu peux coucher avec elle.

- Quoi ?!

- C'était une suggestion comme une autre ...

- Elle pense que je me suis envoyée en l'air avec Graham chez elle et que je flirte avec le docteur Whale, tu penses qu'elle s'abaisserait à mon niveau ?

- Non, elle est loin d'être bête, elle doit savoir qu'il se trame quelque chose, elle est juste très en colère de ne pas savoir quoi ...

- Qu'est-ce qu'elle a sacrifié ?

- Quoi ?

- Pour lancer la malédiction, qu'est-ce qu'elle a sacrifié ?

- Je ne sais pas, je n'ai jamais été suffisamment proche pour qu'on me le dise.

- Tu sais au moins qui l'a lancée ? demanda-t-elle en repensant à la liste qui l'attendait sur son bloc notes.

- Gold, Maléfique, Snow et Regina.

- C'est tout ? s'étonna-t-elle de voir sa liste au complet.

- Je t'assure que c'était amplement suffisant.

- Pourquoi Mary-Margarett ? Elle n'a pas de pouvoir que je sache ?

- L'Amour Véritable, il fallait qu'il soit sacrifié pour que la malédiction marche.

- Oh ... Ok.

Elle se demanda un instant si ce qu'elle avait fait la veille serait d'une quelconque utilité.

- Et les autres ? Tu ne saurais pas ce qu'ils ont sacrifié ?

- Non. Mais Belle doit être au courant. Gold sait tout et je suis presque certaine qu'elle lui aura fait cracher le morceau, elle est bien trop curieuse ...

- Est-ce que je peux parler à Belle sans qu'elle risque de tout faire capoter ?

- J'en mettrai ma main à couper. Mais il est tard, va te coucher, demain on se fait un footing ?

- Ça marche !

Elle se rappela trop tard de ce que la jeune femme lui avait laissé sous entendre la dernière fois qu'elles avaient parlé ensemble d'une course et ne put s'empêcher de se demander si elle ne cachait pas elle aussi des pouvoirs surnaturels pour pourvoir monter en courant d'immenses dénivelés de pierres.

- C'est beau n'est-ce pas ? l'entendit-elle s'exclamer une fois qu'elle l'eue rejoint sur le plateau qui surplombait une grande partie de la forêt.

- Très.

Elle était incapable de prononcer plus d'un mot à la suite sans avoir l'air sur le point de s'étouffer, mais elle devait avouer que la vue était magnifique.

- Je viens souvent là quand ... j'ai besoin de faire le vide.

- Je peux comprendre.

- On redescend ?

- Attend ! Attend j'ai besoin de boire !

Sa tentative de gagner un peu de temps ne passa pas inaperçue et la serveuse lui lança une bouteille d'eau qu'elle avait emportée dans son sac avant de commencer sa descente sans apparemment craindre que sa vive allure ne la fasse tomber parmi les pierres glissantes.

- Je rêve ...

Apparemment elle ne rêvait pas et la douche qu'elle prit ne suffit pas à atténuer l'engourdissement qu'elle commençait à sentir dans ses muscles. Une chose était sûre si elle continuait comme ça elle allait très vite perdre le poids qu'elle avait pris ses derniers temps.

Ce qui ne l'empêchait pas de regarder d'un œil envieux Graham manger la boite de donuts qu'elle lui avait apportés pour re rentrer dans ses bonnes grâces.

Elle le laissa patrouiller toute la journée puisque c'était ce qui semblait le plus agréable à faire et se chargea de deux jeunes hommes qu'il lui apporta, pris en plein flagrant délit de vandalisme.

A onze heures, une jeune femme qu'elle reconnut comme la secrétaire du bureau du Maire vint déposer un énorme porte documents devant elle avec un sourire désolé.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Le budget.

- Okkayyy ...

Une dizaine de minutes plus tard un bip qui la fit sursauter au plus grand amusement des délinquants enfermés dans les petites cellules du commissariat, signala l'arrivée d'un message sur son téléphone.

" Demain 8h sur mon bureau " disait-il simplement et elle roula des yeux en enregistrant le numéro sous le nom de " Majesté " avec un sourire en coin.

Du budget ... Elle n'y connaissait rien en budget et c'était certainement dans cet espoir là que le Maire venait de lui faire porter ces documents. L'occasion de la faire froncer les sourcils.

Elle ne répondit pas au message, préférant passer un rapide coup de téléphone à Ted. Après tout c'était notamment pour ça qu'elle l'avait engagé, il devait se tourner les pouces à Boston et elle connaissait peu de personnes aussi compétentes que lui. La promesse d'un carton de vin le fit accepter immédiatement.

A midi elle profita de sa pause pour aller faire un tour à la librairie, scannant l'intégralité des documents sur sa clef usb avant de les envoyer par mail à son associé qui avait pour ordre d'avoir fait des miracles d'ici la fin de soirée. Elle n'avait aucune intention d'affronter le Maire à la première heure demain.

- Je peux v... Oh Emma !

- Bonjour Belle ! Désolée, je suis pas passée par toi, j'avais besoin de faire vite.

- Pas de problème.

Elles se regardèrent un instant et Emma se demanda si le moment était venu de lui parler, après tout Ruby lui avait dit qu'elle pouvait lui faire confiance.. La libraire tenait encore un seau certainement rempli de viande dans son dos et elle fut tentée d'en profiter pour voir la bête. Un dragon quand même !

- Je ...

- Tu veux descendre avec moi ?

La brune l'avait interrompue et elle resta interdite face à la soudaine question. Son air perdu provoqua un rire de la part de son interlocutrice avant qu'elle ne s'explique.

- Ruby m'a parlé de toi. Je suis ravie que tu sois arrivée dans cette ville Emma Swan. Je t'aimais bien, mais je sens que je vais t'adorer.

- Je ... Ok.

- Ok ?

- Je veux bien descendre voir ...

- Maléfique, finit-elle la phrase qu'elle ne semblait pas parvenir à compléter.

- Voilà.

- Tu as fini avec ces papiers ?

- Yep.

- Parfait. Suis-moi alors !

Enfermée dans l'ascenseur à ses côtés elle réalisa la foule de questions qui se bousculaient à son sujet. L'intéressée dut le sentir.

- On parlera, plus tard, si tu veux ...

- Oui, répondit-elle simplement. Elle est dangereuse ?

- Plus pour moi.

- Et pour moi ?

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent pour dévoiler le début d'un tunnel en pierre.

- Je suppose que c'est le moment de nous prouver que tu es l'élue.

- La Sauveuse, corrigea-t-elle automatiquement.

Elles parcoururent une centaine de mètres avant que les paroles de pierres ne s'élargissent pour former une cavité bien plus importante. D'une vingtaine de mètres de haut qui expliquait leur longue descente.

- Donc, sa malédiction à elle c'est d'être coinc...

- Chut.

Elle se tut immédiatement, il était hors de question de désobéir à ce genre d'ordre quand elle allait rencontrer un dragon.

La chasseuse de prime le vit immédiatement, une masse sombre enroulée autour de deux piliers en marbre gris. La bête dormait et elle s'autorisa à la regarder avec plus d'attention. S'arrêtant sur le détail de sa cuirasse d'un noir bleuté, les écailles qui semblaient chacune aussi grande que sa main, les longues griffes assorties aux dents qui dépassaient de la gueule du mastodonte.

- Oh mon dieu !

C'était mieux que dans tous les films fantastiques qu'elle avait pu voir, plus impressionnant que ce qu'elle avait imaginé et certainement beaucoup plus dangereux ... Un instant elle demanda si il parlait et comment elle réagirait si la bête s'adressait à elle avec une voix humaine. Fallait-il les flatter ou essayer de les dompter ?

En retrait tout de même elle observa la brune se diriger vers la bête qui commença à bouger, permettant enfin à la chasseuse de prime de prendre ampleur de ce qu'elle était réellement.

Immense.

Des ailes recourbées dans son dos devaient bien atteindre une dizaine de mètres d'envergure et elle souffrit pour elle à l'idée qu'elle n'avait certainement pas pu les déployer depuis un bon moment. Vingt-huit ans pour être précise.

Deux yeux clairs allumèrent un coin de la grotte, balayant l'espace avant de se fixer sur la silhouette qui s'approchait d'elle. L'espace d'un instant Emma aurait pu jurer y avoir vu une grande lassitude, mais la seconde d'après ils s'obscurcirent d'une furie qui lui donna la chair de poule.

- Oh putain ! s'écria-t-elle cette fois quand elle comprit qu'ils venaient de se fixer sur elle.

Son cri n'était visiblement pas la meilleure des réactions, le cracheur de feu se redressant immédiatement sur des pattes arrière qui avaient l'air assez puissantes pour décrocher soulever un immeuble. Le rugissement de la bête fit trembler les murs de la cavité et les jambes de la jeune femme qui se précipita dans l'angle mort d'un des immenses piliers qui soutenait le plafond. Elle se demanda si au dessus d'elles tout le village avait ressenti la secousse et surtout si Regina en serait au courant.

Elle entendit vaguement Belle crier quelque chose au dragon par dessus le vacarme que faisait le sang dans ses tympans et se rendit compte que pour la première fois qu'elle avait franchi la frontière de Storybrook, elle était terrifiée par ce qu'elle voyait.

- Emma Swan est l'élue, entendit-elle la bibliothécaire expliquer.

Maléfique pouvait-elle au moins comprendre ce qu'on lui disait ?

- Ça suffit maintenant ! Je vous ordonne de vous calmer et vous savez très bien ce qui se passera si jamais vous touchez à ne serait-ce qu'un de mes cheveux !

Que se passerait-il ? se surprit-elle à penser. Ici Gold n'avait pas l'air d'afficher qu'il était aussi puissant que Regina, mais dans l'histoire que lui avait contée Henry Mills il avait l'air d'être à l'origine de sa magie et de la malédiction en elle même. Il faudrait qu'elle se renseigne un peu plus sur lui.

Apparemment la sorcière semblait être parvenue aux mêmes conclusions qu'elle puisque ses protestations se réduisirent à un grondement rauque bloqué quelque part dans son long cou où brillait un feu prêt à être déversé sur les deux femmes.

- Emma, tu peux sortir. Montre toi.

Elle obéit prudemment sans jamais quitter des yeux la bête qui l'examinait avec un regard presque humain tellement il semblait rempli d'intérêt.

- Bonjour, croassa-t-elle.

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- Et tu aurais du la voir c'était vraiment bluffant ! On aurait dit qu'elle dressait un petit chien errant !

Le commentaire provoqua un éclat de rire rauque chez la serveuse.

- Belle est très douée oui !

- Et elle sait que Gold assure ses arrières n'est-ce pas ?

- Il n'est pas le seul, elle a beaucoup d'amis ...

- Elle m'a dit qu'il avait un exemplaire de la malédiction dans son magasin.

- Tu le veux ?

- Oui.

Elle ne savait pas très bien pourquoi mais son instinct de chasseuse de prime lui criait de mettre la main dessus.

- Pour quoi faire ?

- Je trouverai.

- Et là pourquoi est-ce qu'on marche vers la mairie à vingt-deux heures ?

- Je dois déposer un dossier sur le bureau de Regina.

- Je pense pas qu'elle soit là.

- Moi non plus, répondit-elle avec un sourire en coin.

- Ah ok. Tu sais qu'elle va être au courant de ce que tu es en train de faire hein ? La mairie c'est son chef lieu, un peu comme si tu rentrais dans son mausolée sans sa permission.

- Son mausolée ?

- Le tombeau familial dans le cimetière, mais que ça te donne pas des idées ...

Trop tard pensa-t-elle et l'idée dut se refléter sur son visage à en juger par l'air exaspéré que prit sa nouvelle amie. Elle préféra garder le silence, sortant de sa poche arrière un couteau suisse pour forcer la porte qu'elle avait déjà repéré sur le côté de la mairie.

- Qu'est-ce que tu dois lui donner ?

- Un rapport budgétaire.

- Beurk.

- Tu l'as dit !

Elle souriait à nouveau, lampe de poche en main pour monter les escaliers en colimaçon qui la conduiraient jusqu'à l'étage qu'elle cherchait. Ted lui avait renvoyé l'intégralité des formulaires remplis et avait même suivi ses conseils en rajoutant des suggestions stratégiques qui ne manqueraient pas de faire grincer les dents du Maire. Il l'avait même appelé pour l'informer qu'il avait trouvé une faille dans un des comptes qui lui avait été soumis et elle avait sauté sur l'occasion pour lui dire d'en faire un rapport complet. Elle avait hâte de voir ce que dirait la brune.

- Tu connais le code ? demanda la voix de son acolyte derrière elle quand elles arrivèrent devant la porte en bois massif qui fermait l'accès au bureau.

- Pas la peine.

En experte elle connecta un petit appareil rectangulaire qui fit tourner le voyant rouge au vert en moins de dix secondes, déclenchant le bruit familier d'une porte qui se déverrouillait.

- Tada ! s'exclama-t-elle.

Elle ne prit pas la peine d'éviter les caméras de sécurité, comme l'avait dit Ruby, le Maire serait au courant tôt ou tard, il y avait même des chances pour qu'elle soit en ce moment même en train de réfléchir à un moyen de la surprendre la main dans le sac. Raison de plus pour ne pas traîner.

La jeune femme déposa le lourd dossier sans pouvoir s'empêcher de faire claquer le dossier sur la surface de bois avant de faire demi tour.

Elle fut surprise le lendemain de ne pas en entendre parler à la première heure, même pas par simple texto. Mais le regard brûlant qu'elle sentit peser sur son dos à l'heure du repas lorsqu'elle passait commande au comptoir de Granny la conforta dans l'idée que Regina devait être au courant de ce qu'elle avait fait pour déposer les fichiers sur son bureau.

Elle eut besoin de toute sa volonté et d'un regard encourageant de la serveuse pour ne pas céder à l'envie de se retourner. Elle ne lui offrirait pas le plaisir d'une nouvelle confrontation. Et la colère qu'elle put sentir émaner de la femme jusqu'à ce qu'elle monte dans la voiture de Graham était trop tentante.

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- On devrait pas mettre ton mari au courant.

Belle s'était joint à leur réunion presque quotidienne maintenant sur le toit de l'immeuble. La blonde aimait de plus en plus le petit coin qu'elle avait commencé à appeler leur QG. Cet après midi elle s'était même arrêtée au super marché de la petite ville pour y acheter une guirlande lumineuse qui les éclairait d'une faible lueur blanche. Un instant son regard avait glissé sur des tapis anti dérapant au rayon salle de bain et elle avait faillit s'en emparer avant de penser que le Maire serait certainement au courant à l'instant même où elle poserait la main dessus.

- Pourquoi ? demanda la voix de la bibliothécaire qui s'était allongée sur un matelas gonflable pour mieux observer le ciel.

- Regina, fut la seule réponse que lui consentit Ruby.

- Quoi Regina ? intervint Emma.

- C'est une mauvaise idée que beaucoup de personnes soient au courant et qu'elle non. La nouvelle serait vraiment dure à avaler le jour où elle découvrira le pot aux roses.

L'expression sembla faire sourire la jeune femme allongée par terre.

- Et on ne veut pas qu'elle te tue, n'est-ce pas ?

- Est-ce qu'elle le ferait vraiment ?

Elle avait beau avoir été témoin du meurtre de sang froid qu'elle avait commis à la banque, avoir lu en détail un conte dans lequel elle s'était transformée en meurtrière de masse, elle avait du mal à imaginer que la mère d'Henry puisse en faire de même sur elle.

- Mais sa magie est inefficace contre moi, se rappela-t-elle.

- Elle est très douée avec une épée.

- Et un arc, rajouta Belle.

- Ok, d'accord. Et comment je suis censée faire alors ? M'introduire dans la boutique et voler le ...

- Je ne l'ai jamais vu, mais s'il l'a, ce n'est certainement pas à la boutique, plutôt chez nous.

- Invite-moi à un repas !

- C'est tellement peu subtil ...

- Donnez moi une idée alors !

- Un marché, conclut simplement la serveuse.

- Un marché reviendrait à le mettre au courant.

- Oui, mais il suffirait de lui demander qu'il soit tenu au secret pour que Regina ne s'en offusque pas. Elle comprendrait, c'est de la magie après tout.

- Oui ... Pourquoi pas ...

Elle ne fit pas véritablement attention au reste de la conversation, essayant d'imaginer ce qui arriverait si elle décidait de mettre au courant la sorcière. Peut-être était-ce la meilleure façon de s'y prendre. Après tout elle avait elle aussi quelque chose à gagner si la malédiction était brisée ? Puisqu'elle avait sacrifié quelque chose ... Restait à savoir quoi.

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Le lendemain matin elle regretta amèrement sa décision de veiller jusqu'à trois heures du matin pour regarder des épisodes d'une série que les dernières semaines l'avait fait oublier. La sonnerie qui la réveilla manqua la faire tomber de son lit et elle attrapa de justesse le téléphone avant qu'il ne s'éteigne.

- Quoi ?

Elle n'avait même pas regardé le numéro et un instant elle se demanda comment Regina Mills réagirait à un tel accueil.

- Où t'es ? demanda la voix de Graham.

- Comment ça où je suis ? Dans mon lit ! Tu viens de m...

- Habille toi ! Grouille toi et viens à la Mairie.

- Quoi ?

- Regarde l'heure !

- Il est ... Huit heures vingt-deux, je commence à dix heures aujourd'hui non ?

- Oui parce qu'il y a conseil avant ... T'as pas eu le mémo du Maire ?

- Non ... T'es sûre que je suis conviée ?

- Elle vient de me demander où tu étais ...

- Merde.

Elle était sûre de n'avoir rien reçu, réalisa-t-elle en commençant à enfiler une paire de sous vêtements propres. Certainement parce que Regina se faisait un plaisir de pouvoir la fustiger si elle arrivait en retard ...

- Elle t'attendra pas pour commencer. Deuxième étage, salle numéro quatre.

- Je m'en doute. J'arrive.

La jeune femme jeta son téléphone sur le lit défait pour s'emparer d'une tenue acceptable : un jean gris et un pull noir qu'elle assortit avec une paire de bottes enfilées si vite qu'elle s'en pinça un doigt dans la fermeture éclair. Si elle ne prit pas la peine de mettre ses lentilles et se contenta d'attacher ses cheveux en un chignon rapide, elle s'arrêta néanmoins chez Granny pour s'emparer de deux énormes gobelets de cafés et une part de tarte à la cerise. Il était hors de question qu'elle assiste à son premier conseil à moitié endormie et morte de faim.

Elle gara l'alfa roméo de collection sur une place réservée à la police et se força à calmer sa respiration avant d'entrer dans la salle de réunion.

- ... Véritable problème, assurait un homme qu'elle ne connaissait pas.

Elle parcourut la pièce du regard pour repérer son collègue de bureau et se précipita sur la place qu'il lui avait apparemment réservée dès qu'elle le vit. Elle ne put s'empêcher de sourire à son air reconnaissant quand elle fit glisser une partie de ses achats vers lui.

- Je suis tout à fait d'accord avec vous Monsieur Hooper, déclara la voix basse de la femme qui dirigeait la réunion en tête de l'immense table rectangulaire.

Emma préféra s'intéresser à l'homme, le nom lui rappelant vaguement quelque chose avant qu'elle ne se souvienne de l'avoir vu sur une plaque dans l'immeuble où travaillait Nova ... Le psy !

- ... Swan.

- Pardon ?

- Votre cerveau est-il encore plus lent à se déplacer que vous Miss Swan ?

- Oui, il doit certainement être en train de monter les escaliers Madame le Maire. Que me disiez-vous ?

- J'informais le conseil que vous vous feriez une joie de traiter le problème des adolescents qui prennent la ville pour un terrain de jeu.

- On sait très bien que le problème est plus complexe que ça, intervint une voix qu'elle ne connaissait pas avant qu'elle ait eu le temps de répondre.

Une petite brune qui ne semblait pas aimer le Maire plus que ça. Ou s'en méfier.

- Bien sûr Bleue. J'ai confiance en notre nouveau Shérif.

La blonde qui avait profité de l'intervention pour se concentrer sur quelqu'un d'autre que la sorcière se demanda si tout le monde avait aussi bien sentit qu'elle le sarcasme qui débordait de chaque syllabe qu'elle venait de prononcer.

- Mais est-il judicieux de pousser une ... étrangère vers ces adolescents ?

- Il est judicieux d'obéir à mes suggestions.

L'autre ne trouva visiblement pas d'argument à opposer et la blonde passa le reste de la réunion à dessiner des motifs tribales sur un bloc note que Graham lui avait discrètement donné en cours de réunion lorsque tout le monde s'était mis à écrire et qu'elle était restée bête devant ses mains vides.

La voix basse qui provoquait toujours une sensation lancinante entre ses jambes finit par lui faire relever la tête, son regard croisant brièvement les yeux d'ébène quand elle parla à nouveau d'elle. Son attention se focalisa immédiatement sur la première chose à laquelle elle put penser : Gold. L'intéressé l'observait d'ailleurs avec un demi sourire et elle se rappela que le Maire venait de dire qu'elle allait se présenter.

Docilement elle se leva pour faire face à l'assemblée.

- Je pense que tout le monde ici a déjà entendu parler de moi.

Son regard s'arrêta brièvement sur la gérante du restaurant dans lequel elle avait récemment été. L'affro américaine lui adressa un signe de tête en guise de salut.

- Pour ceux qui ne le saurait pas, je m'appelle Emma Swan et Madame le Maire ici présente ...

Elle se permit de regarder dans sa direction, sentant presque sa frustration déferler en vague sur elle quand elle ne lui accorda pas un véritable regard.

- ... A bien voulu me donner l'occasion de faire mes preuves pendant une semaine en tant que Shérif, je suppose que si vous me voyez à la prochaine réunion j'aurais passé le test avec brio !

Il y eut un léger rire de la part de Graham qu'elle eut envie de forcer à avaler le gobelet en plastique vide avec lequel il jouait à présent.

- Je viens de New York où j'ai déjà travaillé dans la police, je pense qu'il me faudra certainement adapter quelques comportements, mais je peux être utile à cette ville.

- Commencez par arriver à l'heure Miss Swan, répondit la voix de la brune à l'autre bout de la pièce.

- Je n'y manquerai pas.

Elle se rassit, espérant que son petit discours aurait suffit.

- Félicitations, souffla son collègue de bureau.

Elle n'entendit pas les dernières phrases prononcées par Regina Mills, se félicitant intérieurement pour arriver si brillamment à ignorer la femme. Les cachets qu'elle prenait et manquaient la faire tomber de sommeil à chaque heure devaient certainement y aider.

- Miss Swan ?

Elle ne put s'empêcher de lever les yeux au plafond, échangeant un bref sourire avec son compagnon de bureau avant de faire l'effort de se retourner sans avoir l'air exaspéré.

- Que puis-je pour vous Madame le Maire ?

- Avez-vous compris ce qu'on attend de vous ? Les Lost commencent à devenir un problème urgent, j'attends qu'il soit réglé au plus vite.

- Les lost ?

- Ces vandales.

- Ah. Oui, pas de problème, je ferais ça !

Elle fit l'effort surhumain de ne pas laisser ses yeux glisser le long de la silhouette en tailleur de la brune, se concentrant uniquement sur la courbe du sourcil qui s'arqua en signe de frustration. Elle pouvait presque lire sur son visage que quelque chose lui échappait. Elle trouva sa montre à regarder pour s'en distraire.

- Vous êtes pressée ?

- J'ai hâte de me mettre au travail.

- Nous savons toutes les deux que c'est un mensonge ...

- En effet ... Bonne journée Mad...

- Miss Swan ? coupa-t-elle.

- Oui ?

Elle n'avait pas put s'empêcher d'ajouter du sarcasme à son ton mielleux.

- Vous irez récupérer mon fils à la sortie de l'école. Henry a demandé à ... Passer du temps avec vous. Et vous en profiterez pour me faire un point sur l'avancement de vos opérations.

Elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Elle imaginait très mal Regina Mills en train de marcher à ses côtés de l'école jusqu'à son immense manoir. Un éclat de quelque chose qui ressemblait à du défi brilla dans les yeux de la sorcière et elle réalisa que ce n'était pas du tout ce qu'elle avait en tête. Non, la brune voulait la voir en tête à tête ce soir. Et si quelque chose en elle brûlait d'accepter le challenge, il était hors de question qu'elle tombe dans un piège pareil.

- Non, je suis désolée, j'ai quelque chose d'autre de prévu. Je vous tiendrai au courant par mail.

Cette fois elle vit clairement le masque d'indifférence se briser pour laisser place à une colère qui la fit frissonner et elle préféra détourner le regard avant de réaliser à nouveau que c'était de cette femme qu'elle était folle. Celle dont la colère ne semblait pas connaitre de limite.

- Si vous n'avez pas env...

- Non, je serai ravie de voir Henry, coupa-t-elle. Je vous laisse, je suis pressée !

Evidemment le soir même le gamin fut étonné qu'elle n'accepte pas l'offre implicite de sa mère qui lui paraissait une occasion idéale pour apprendre à la connaitre sous un autre jour, mais elle n'aurait pas pu lui expliquer.

Elle sentit un regard brûlant la suivre jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'angle de la rue et n'envoya pas non plus de mail à propos de ses recherches. Il fallait qu'elle résiste.

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Les "Lost" étaient une bande d'enfants, d'adolescent dont le plus âgé devait avoisiner les dix-sept ans, livré à eux même et qui avaient élu domicile dans la forêt après que Peter Pan les ait abandonnés. Des voyous en somme. Que seul le Capitaine Crochet semblait pouvoir approcher sans crainte d'après Ruby.

Ce matin là elle ne prit pas la peine d'enfiler sa tenue de travail, y préférant une tenue plus décontractée et une vieille paire de chaussures qui ne lui manqueraient pas si elle devait les abîmer en marchant sur le pont d'un bateau ou dans la boue de la forêt.

- Il y a quelqu'un ?

- Que me voulez-vous Emma Swan ?

Elle n'avait pas imaginé sa voix comme ça et les yeux clairs faiblement illuminé par un éclat de lumière capté par le crochet en acier poli, la firent frissonner. Seule avec lui dans la cale du bateau dans lequel elle était descendue à sa recherche, elle fut rassurée par la présence de son arme fermement attachée à sa hanche. Qu'importe qui avait transcrit leurs contes dans cette réalité, personne n'avait réellement rendu justice aux trois quarts de ces personnages.

- J'aimerais que vous me conduisiez aux Lost, avoua-t-elle.

- Pourquoi ça ?

- Ils vandalisent un peu tout dans la ville ...

- Ce sont des enfants abandonnés, laissez faire ce qu'ils veulent.

- Ce n'est pas une excuse.

- Vous venez d'une autre ville n'est-ce pas Emma Swan ?

- Oui.

- Qu'y fait-on des enfants abandonnés ?

Un instant elle se demanda si Regina avait répandu les informations qu'elle avait sans nul doute apprises à son sujet. Mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir. L'homme sortit de la pénombre, la dépassant dans un bruissement de cuir avant de monter l'échelle qui conduisait jusqu'au pont.

- Ils vivent dans des foyers ou des familles d'accueil avant d'être adoptés ...

- Et bien ici ils sont livrés à eux même dans la forêt. Alors croyez-moi, quelques dessins sur des murs ne sont rien ...

- J'ai quand même besoin de leur parler.

- Qui vous a dit de vous adresser à moi ?

- Ruby L...

- Ruby Lucas, oui, coupa-t-il. Comment va-t-elle ?

- Bien.

Un instant ses yeux reflétèrent quelque chose d'infiniment triste et elle nota d'ouvrir le livre à la page de son histoire. C'était certainement la première chose qu'elle aurait du faire avant de venir lui parler, mais elle n'avait pas eu le réflexe.

- Alors, est-ce que vous allez m'aider ?

- Pourquoi est-ce que Regina vous tolère dans sa ville ?

- Parce que je l'intrigue, répondit-elle avec l'impression que le pirate ne se contenterait que de la stricte vérité.

Il détourna son attention de l'horizon qu'il était en train de fixer pour la regarder des pieds à la tête avant de sourire. Il ne posa plus aucune question, se remettant en marche, vers le quai cette fois.

- Vous me suivez ?

- J'arrive !

Apparemment le Capitaine Crochet n'avait pas eu le mémo pour apprendre à conduire une voiture quand il avait été emporté par la malédiction, pensa-t-elle en le suivant à vive allure vers un chemin qu'elle avait déjà emprunté pour aller courir.

- On est bientôt arrivés ? se surprit-elle à demander au bout d'un moment.

Il ne répondit pas, mais quelque chose dans l'ambiance changea, quelque chose grimpant le long de son dos. Le sentiment d'être observé. Et elle sut aussitôt qu'ils étaient proches.

- Plus un geste !

Par réflexe elle manqua porter une main à son arme, mais réussit à les lever toutes les deux au dernier moment, imitant le pirate qui l'avait visiblement conduite dans un piège.

- On se calme, les amis, rassura la voix de Killian Jones.

- Qui est-ce ?

- Emma Swan. Nouvelle en ville. Nouvelle à la police. Veut vous parler, est-ce que je vous ai déjà trahi ?

- De quel royaume vient-elle ?

- De New York, répondit-il visiblement plus informé qu'elle ne le pensait.

- Où est-ce ?

- Ici, quelque part ...

- Tu veux dire ... Qu'elle n'est pas au courant ?

- Oui et non je suppose.

Quelque chose bougea dans un bosquet à proximité et elle profita de l'apparition d'une silhouette d'enfant pour intervenir.

- Je m'appelle Emma Swan. C'est vrai je suis nouvelle ici, je ne sais pas comment les choses marchent ici, mais de là où je viens les gens comme moi ont au moins le droit de rencontrer leurs interlocuteurs.

L'enfant fit quelque pas pour se dévoiler. Blond au yeux marrons, une large cicatrice barrant son torse nu et elle se demanda comment il faisait pour ne pas avoir froid.

- Je suis celui qui pense, se présenta-t-il simplement. J'ai dompté le loup, rajouta-t-il en voyant certainement son intérêt pour sa cicatrice.

- Félicitations. Je suis ici pour apprendre à vous connaitre. Je veux savoir pourquoi vous faites ce que vous faites dans la ville.

- Ce qu'il nous plaît, annonça-t-il simplement.

- Je ... Je sais ce que c'est de se rebeller sans cesse contre l'autorité et la normalité. Il existe d'autres moyens de ...

- Vous êtes une adulte comme les autres Emma S...

- Chut.

Une deuxième fois cette fois et Emma manqua grimacer en voyant l'enfant arriver, les yeux maladroitement cousus par du gros fil.

- Laisse là parler.

Apparemment la jeune fille devait avoir une certaine autorité parce que l'ordre fut écouté.

- Il existe d'autre moyens d'exister, finit-elle simplement.

- Lesquels ?

- Je vous aiderai à les trouver si vous promettez d'arrêter ce vandalisme.

- Un toit.

- Un toit ?

- C'est notre prix, sembla se décider la fille. Offrez-nous en un et nous verrons.

- Hey ! s'écria-t-elle alors qu'elle commençait à se détourner. Ce n'est pas comme ça que ça marche !

À côté d'elle elle entendit le rire pincé du pirate et lui lança un regard noir. L'instant d'après ils étaient tout seuls. Au moins étaient-ils encore en vie ne put-elle s'empêcher de penser...

.

..

.

- C'est quoi l'histoire du Capitaine Crochet ? demanda-t-elle à Ruby au bout de son troisième verre au comptoir du bar ouvert dans le restaurant d'Ursula.

- Il était amoureux de la femme de Gold.

- Belle ?

- Nan. La première femme, la mère de son fils.

- Gold a un fils ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Il l'a tuée.

- Quoi ?

- Gold a tué sa femme devant Hook. Je pense pas qu'il puisse s'en remettre.

- Comment est-ce que Belle fait ... pour être avec lui ?

- Le passé est le passé Emma, nous faisons tous des erreurs.

Elle allait répondre quand un picotement désormais familier parcourut sa colonne vertébrale.

- Ne te retourne pas si tu n'as pas envie de faire un AVC, la prévint la serveuse.

- Pourquoi ?

- Tu aimes le cuir ?

Son expression dut clairement refléter sa réponse, arrachant un éclat de rire à la brune.

- Alors ne te retourne pas.

- Je pensais que débarrasser la ville des Lost m'aiderait à rentrer dans ses faveurs, mais ils veulent un toit ... Comment est-ce que je suis censée faire ça en si peur de temps ?

- Tu n'as pas besoin de te débarrasser d'eux, ils resteront toujours ce qu'ils sont. Trouve leur quelque chose à faire.

- Tu les connais ? demanda-t-elle intriguée par le ton qu'elle avait employé pour parler d'eux.

- Certains ...

Elle se redressa un peu en entendant la voix du Maire commander une piscine de champagne pas très loin d'elles avant de demander au serveur où était sa patronne.

- Qu'est-ce qu'elle manigance avec Ursula ?

- Pourquoi tu lui demandes pas ?

- Ah ah ...

- Il parait que tu raccompagnes son fils de l'école maintenant ? C'est Snow qui m'a dit ça ...

- Ouais. Comment va David ?

- Tu crois pas qu'il serait le moyen le plus efficace de gagner sa confiance ? Aucune amélioration à ce que je sache, pourquoi ?

- Je vois pas comment ... Parce que j'ai passé une nuit entière à lui lire des contes de fées, je pensais qu'il serait reconnaissant.

Son humour toucha apparemment la brune qui laissa éclater un nouveau rire avant de se calmer en essayant d'adopter une expression plus neutre. Un instant elle eut peur que ce ne soit à cause de Regina, mais la seconde d'après une main bien plus qu'hâlée se posa sur son épaule.

- Vous appréciez mon établissement Miss Swan ?

- Beaucoup ! Il n'a rien à envier aux bars de New York.

- Je n'en doute pas. Ruby vous montrera mon cabaret, il y aura toujours une place pour vous !

- Je ne sais pas si je danse assez bien, plaisanta-t-elle.

- A table Miss Swan ... Je ne laisserai jamais un membre de la police monter sur mon podium ...

- Peut-être que c'est exactement ce qu'elle fera une fois sa semaine d'essai terminée, remarqua la voix grave de Regina à côté d'Ursula.

La jeune femme se permit un petit sourire, sans jamais quitter des yeux son interlocutrice.

- Nous viendrons, assura-t-elle avant de lever son verre.

- Avec plaisir Ursula, rajouta la serveuse.

- C'est le but ma chérie. Passez une bonne soirée.

- Ce sera fait !

Emma préféra rester concentrée sur le barmaid qui s'approchait d'elles pour lui demander si elle voulait quelque chose d'autre, évitant de poser le regard sur ce qui risquait d'hanter tout sa nuit.

- L'addition pour nous s'il vous plait.

- Déjà ? T'as rencard ? s'étonna Ruby.

Avec qui voulait-elle qu'elle ait rencard ?

- Si tu savais, se moqua-t-elle.

Elle eut le droit à un froncement de sourcil, lâchant deux billets de vingt sur le comptoir avant de s'en éloigner. Il était hors de question qu'elle reste ici si Regina Mills y passait également la soirée. Son amie elle avait rendez-vous avec Graham un peu plus tard et elle resserra brièvement le col de sa veste en cuir atour de son cou quand dut rejoindre la voiture qu'il lui avait prêtée.

Parce qu'elles en avait parlé un peu plus tôt, elle décida de faire un saut à l'hôpital, observant un long moment la silhouette allongée de David Blanchard sur son lit médicalisé avant d'approcher une chaise de lui comme elle l'avait déjà fait.

- Salut mec. T'as pas l'air d'aller mieux que la dernière fois ...

Son regard tomba sur un bouquet de fleurs qui ornait une des tables de nuit en tête du lit avant de suivre les tubes en plastiques qui jaillissaient de sous les couvertures pour rejoindre des poches suspendues sur des perches en acier.

- Qu'est-ce qu'il se passerait si je débranchais tout ça hein ?

Il mourrait probablement, anéantissant toutes ses chances de briser la malédiction, réalisa-t-elle. Elle poussa un long soupir avant de plonger dans l'armoire où le livre se cachait toujours.

- Qu'est-ce qu'on va te lire ce soir ? demanda-t-elle à haute voix en feuilletant le livre.

Finalement elle se décida pour Pinocchio, intriguée par le personnage de la fée bleue qu'elle avait brièvement aperçu au conseil municipal. Avant de sombrer elle réalisa qu'elle ne l'aimait pas le moins du monde.

Elle se réveilla en sursaut avec la sensation d'être observée. Elle avait mal dans le bras droit sur lequel elle s'était endormie et son dos la tirait comme après une longue planque passée dans sa voiture.

Son regard balaya rapidement la pièce avant de se fixer sur la présence qu'elle avait senti. La vision lui arracha un cri avant que la chaise sur laquelle elle était ne tombe à la renverse quand elle se leva brutalement, son arme déjà pointée devant elle.

- Je vous ai fait peur ?

Elle avait envie de dire à l'enfant qu'elle aurait très bien put lui faire peur en plein jour et qu'il n'était pas très étonnant que son coeur ait manqué s'arrêter en l'apercevant au réveil dans la pénombre d'une chambre d'hôpital à laquelle elle n'était pas familière.

- Oui, avoua-t-elle simplement.

- Vous êtes l'Elue, n'est-ce pas ?

- Pardon ?

Elle rangea l'arme, préférant se concentrer sur le geste plutôt que d'avoir à regarder le visage déformé par les fils qui avaient cousu ses yeux. Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne réalise que l'enfant n'avait aucune intention de lui répondre.

- Qu'est-ce que tu fais là ? finit-elle par demander en jetant un coup d'oeil à sa montre qui affichait deux heures du matin à peine passées.

- Nous allons vous aider.

- Je n'ai pas encore trouvé le moyen de vous offrir un toit, préféra-t-elle prévenir.

Un sourire déchira le visage impassible avant que la petite fille ne se détourne pour sortir de la pièce. Elle jeta un dernier coup d'oeil déçu à l'homme dans le coma avant de la suivre. Sur le parking du complexe hospitalier elle s'arrêta net, choquée d'y voir une cinquantaine d'enfants débraillés mais tous équipés de sceaux, lampes frontales et d'autres outils qu'elle ne parvenait à discerner.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-elle simplement.

- Nous.

Avec une agilité surnaturelle pour quelqu'un d'aveugle, la jeune fille s'éloigna d'elle pour rejoindre un groupe d'enfants dans lequel elle repéra celui auquel elle avait déjà parlé dans la forêt avec Killian Jones. Elle ne posa pas la question qui la démangeait et observa simplement les enfants se diviser pour partir dans différentes directions, aussi silencieux qu'une meute d'animaux sauvages partis en chasse.

- Vous nous devrez une fière chandelle, annonça l'un d'eux.

- J'en jugerai par moi même une fois le résultat accompli ok ?

- Vous pouvez aller dormir, déclara la jeune fille.

Emma se rendit compte que leurs pas les avaient conduits dans le centre ville et devant l'hôtel où elle avait élu résidence. Sa brève sieste sur la chaise d'hôpital avait cassé son dos, mais comment pouvait-elle gagner la confiance de ces enfants si elle profitait de la première occasion pour s'éclipser ?

- Non, c'est bon ... Quel est le programme ?

.

..

.

Elle regretta sa témérité le lendemain matin quand des coups frappés à la porte la réveillèrent. Elle avait l'impression d'avoir dormi pendant une demi heure. C'était probablement ce qui s'était passé d'ailleurs réalisa-t-elle en voyant le réveil afficher un peu moins de huit heures du matin.

- Emma !

La voix de la serveuse contenait assez d'urgence pour la faire sortir de son lit.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu ouvres toujours ta porte comme ça ?

La jeune femme jeta un bref regard sur son string et le débardeur qu'elle avait hâtivement enfilé en sortant du lit.

- Qu'est-ce qu'il y a ? répéta-t-elle avec assez d'agacement pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas d'humeur.

- Il s'est passé un truc de fous cette nuit !

- Ah ouais ?

- La ville ... Elle est magnifique !

- Ah ouais ?

Cette fois un petit sourire s'échappa de son visage impassible.

- Les jardins, tous les espaces verts ont été refaits, des pans entiers de murs repeints et tu sais quoi ?

- Nan ?

- L'horloge ! Elle remarche !

- Jure moi ça ? C'est magnifique !

- Emma ?

- Oui ?

- Tu le savais c'est ça ?

- Et bien, il fallait que je gagne la confiance du Maire ?

- Et tu as décidé de faire ça en lui en jetant plein la vue ?

- Pas exactement ...

- Et comment tu as fait ça ?! T'as du avoir besoin d'au moins une centaine d'ouvriers !

- Ils étaient moins ...

- Ils ét ... Les lost ?! sembla réaliser la brune.

Elle n'eut pas le temps de répondre, enveloppée dans deux grands bras minces et étrangement musclés. Elle sentit la serveuse frissonner et crut qu'elle avait froid avant de comprendre qu'elle était en train de pleurer.

- Ruby ?! Ruby, ça va ?!

Elle était pas en état de gérer une fille en pleurs ...

- Très bien Emma ! Je suis tellement heureuse ! Tu vas briser cette malédiction et ramener Snow, tu vas régler tous les problèmes n'est-ce pas ?

- Je sais pas Ruby, je fais ce que je peux ...

Sa réponse suffit à la brune qui hocha la tête avant de la pousser dans la chambre.

- Habille toi, repose toi, tu es d'après midi aujourd'hui n'est-ce pas ? Sonne quand tu te réveille et je t'apporte un petit dej sous vingt minutes Princesse !

- Tu es parfaite Ruby !

- Toi même ! entendit-elle avant que la porte ne soit claquée derrière elle.

Cette fois elle ne prit même pas la peine de se déshabiller avant de tomber dans le lit.

.

..

.

Elle fut réveillée pour la deuxième fois de la journée par la sonnerie de son téléphone que son bras alla chercher sous un des coussins par réflexe.

- Emma Swan, décrocha-t-elle.

- Je sais qui j'appelle Miss Swan ...

- Oh, Madame le Maire ... Que puis-je pour vous ?

- Comment avez-vous fait ?

- Pour faire quoi ?

- Les Lost. Comment avez-vous fait pour les faire travailler pour vous ?

- J'ai des talents cachés.

- Hum ... Pourquoi n'étiez-vous pas au poste ce matin quand j'y suis passée ?

- Parce que je suis d'après-midi ?

- Je vois ...

- Il y a-t-il une autre question pressante à laquelle je dois répondre ?

- Pourquoi m'ignorez-vous ?

- Définissez le verbe ignorer ?

Elle entendit clairement le soupir exaspéré que Regina Mills essaya de retenir sans succès.

- Refuser de tenir compte de l'existence de quelqu'un.

Elle eut du mal à croire que la brune venait de faire exactement ce qu'elle lui avait demandé. Elle qui utilisait souvent l'expression, personne ne lui avait jamais fait ce coup là.

- La mienne, en l'occurrence, osa préciser la femme.

Elle ne s'était jamais attendue à ce qu'elle la confronte de cette manière.

- Je suis désolée, il se fait tard et je dois me préparer pour aller travailler.

La blonde laissa son téléphone dans les couvertures pour aller se réfugier sous une douche froide. Elle n'avait aucune envie de devoir affronter le Maire de cette manière là. Elle avait voulu l'agacer en l'ignorant et certainement mettre un peu de distance entre elles par peur de céder aux pulsions qui prenaient possession de son corps quand elles se retrouvaient dans la même pièce, mais elle ne s'était pas attendue à ce que cela se passe comme ça.

Elle regretta un instant de ne pas avoir de meilleure amie à qui demander conseil et se ravisa en pensant à Ruby. Si la serveuse n'avait pas ce titre, elle serait tout de même ravie de l'aider. Elle ne profita pas de l'offre qu'elle lui avait fait plus tôt dans la matinée et récupéra directement quelque chose à manger dans le restaurant.

À New York, elle avait souvent été l'objet de la reconnaissance de beaucoup de personnes : des enfants enlevés, des femmes en fuite, des familles qu'elle aidait à commencer une nouvelle vie, des hommes qui échappaient à la mort et d'autres qui retrouvaient l'objet de leur colère. Elle n'avait jamais posé de question, acceptant l'argent qu'on lui donnait en petites coupures et les brèves accolades gênées de ceux qui ne voulaient plus jamais avoir à entendre parler d'elle. Ceux qui souhaitaient la garder dans leurs contacts n'étaient pas le genre de personnes à faire preuves d'effusion de gratitude.

Mais à Storybrook les choses étaient différentes. Elle n'avait pas fait ça pour de l'argent et même si au fond d'elle quelque chose lui soufflait qu'elle l'avait fait pour gagner le premier prix que représentait Regina Mills, elle avait été heureuse de pouvoir donner à la ville une seconde jeunesse. Et maintenant elle ne savait plus comment accueillir la reconnaissance des habitants.

Si elle avait pensé être connue comme un loup blanc quand elle avait mis les pieds pour la première fois dans la ville, l'attention qu'elle recevait maintenant la mettait presque mal à l'aise. Mais au moins, le Maire ne pourrait pas dire qu'elle ne lui était pas utile. À moins qu'elle la juge une menace dans la course à la personne la plus populaire de la ville et décide de se débarrasser d'elle…

Elle était en train justement d'imaginer la scène quand le claquement de talons aiguilles raisonna dans le commissariat.

Par dessus son écran d'ordinateur où elle jouait au solitaire, elle croisa le regard intrigué de Graham avant qu'il ne brise l'échange pour se lever. Elle refusa de l'imiter. Après tout, elle n'était pas censée savoir que c'était une Reine.

- Madame le Maire, il vous faut quelque chose ?

- Oui Graham, allez donc aider ma secrétaire à débarrasser les archives du mois.

- Bien.

Evidemment il fallait qu'elles se retrouvent seule et la brune ne prenait même pas la peine de masquer ses intentions.

Son collègue lui lança un sourire désolé avant de disparaître de la pièce sans demander son reste.

Comme la semaine dernière, Regina Mills alla s'asseoir sur le bureau qu'il venait de quitter. Elle n'avait pas besoin de la regarder pour pouvoir distinguer la robe noire à peine cachée par un blazer rouge assortis aux escarpins à talons et aux ongles des mains. Elle soignait les détails.

- Vos suggestions budgétaires qui ont été acceptées au dernier conseil rentreront en application le mois prochain.

- C'est très bien, répondit-elle sans la moindre idée de ce que ça voulait dire.

Elle n'avait même pas pris la peine de lire le rapport que lui avait fait parvenir Ted avant de le déposer sur le bureau du Maire.

- Henry a proposé que je vous invite à diner un d…

- Ne le faites pas, coupa-t-elle.

- Miss Swan, je n'ai pas pour habitude d'essuyer des refus.

- C'est pour ça que je vous coupe avant que vous ne me le demandez. Pour l'instant ce n'est que la folle idée d'un enfant, n'est-ce pas ?

La brune ne cacha pas sa confusion, les sourcils froncés, cherchant certainement les raisons qui se cachaient derrière son comportement soudain.

- Vous êtes en couple ? demanda-t-elle soudain.

- Non ! Qu'est-ce…

- Alors pourquoi agissez-vous de la sorte ?

La jeune femme passa une main sur son visage avant de réajuster sa queue de cheval. Jamais elle ne se serait attendue à avoir ce genre de conversation.

- Vous avez peur de moi ?

- Non ! éclata-t-elle en capturant le regard d'ébène pour la première fois depuis qu'elle était rentrée dans la pièce.

Sa réaction décrocha un sourire.

- Tant mieux, sinon vous ne me seriez d'aucun intérêt.

Elle se rappela de la même réflexion que lui avait faite Ruby et pensa qu'il faudrait qu'elle la félicite et lui demande plus souvent avis à son sujet si elle avait la chance de pouvoir sortir vivante de cette entrevue.

- Je n'aime pas votre attitude, reprit-elle.

- Pourtant j'ai fait tout ce que vous m'avez demandé, non ? J'ai résolu le problème des Lost …

- Pour l'instant.

- … Et tous les habitants de cette ville sont d'accord pour dire que je peux apporter quelque chose à Storybrook.

- Que les choses soient claires Miss Swan, je me fiche de ce que vous pouvez apporter à cette ville, ce que vous avez fait j'aurais pu le faire en un claquement de doigts, et les Lost ne sont que des enfants auxquels je n'ai pas envie d'accorder plus d'importance.

- Oh … Donc ce que j'ai fait ne remplit pas vos critères, réalisa-t-elle.

Cette fois le froncement de sourcil semblait plus agacé par le message qu'elle n'avait pas réussi à faire passer que par la chasseuse en elle même.

- Ce ne sont pas eux que vous devez convaincre, c'est moi Miss Swan, sembla-t-elle expliquer.

- Très bien … De quoi avez-vous besoin ?

Sa réponse dessina un sourire sur le visage d'habitude impassible et elle dut détourner le regard pour ne pas rougir à ce que ses pensées lui soufflaient.

- Que vous arrêtiez d'agir ainsi pour commencer.

- Pardon ?

- Vous m'avez très bien entendue. Je ne tolère pas l'insolence et je n'aime pas du tout votre comportement.

La chasseuse de prime poussa un soupir frottant ses yeux fatigués de deux doigts.

- De quoi avez-vous besoin ? répéta-t-elle en forçant toute pensée impure hors de son système.

Comme si elle savait exactement ce avec quoi elle lutait, la brune se leva et Emma ne put s'empêcher de faire rouler son fauteuil en arrière du bout du pied, elle ne survivrait pas à cette conversation si le Maire s'approchait un peu plus.

- De la femme qui est arrivée dans ma ville il y a deux semaines.

- C'est dommage, elle est repartie en même temps que vous, s'efforça-t-elle de répondre les yeux fixés sur la cible d'un jeu de fléchettes accroché au mur d'en face.

Elle sentit tous ses muscles se contracter quand la femme atteint son bureau pour le contourner. Sans la voir elle pouvait sentir de la colère faire vibrer l'air autour d'elle.

- Arrêtez immédiatement !

Elle manqua faire un bond quand les deux mains claquèrent sur les accoudoirs de son fauteuil, l'y emprisonnant à quelques centimètres du regard brûlant de furie.

- Arrêter quoi ? demanda-t-elle en la regardant dans les yeux pour la première fois depuis trop longtemps.

Soudain elle se sentit l'unique centre d'attention du Maire qui semblait profiter de l'occasion pour absorber d'elle autant qu'elle pouvait.

- De m'ignorer.

- Je ne vous ignore pas Regina, vous faites même partie des personnes à qui je parle le plus dans cette ville.

- Vous savez très bien ce que je veux dire. À quoi jouez-vous ?

- Je ne joue pas.

Le parfum qui ne l'avait pas lâchée depuis le matin où elle s'était réveillée dans les draps en coton égyptien envahit l'air qu'elle avait du mal à respirer et elle tenta de se soustraire aux yeux qui la fouillaient avec avidité.

- Non.

La blonde avala difficilement sa salive, incapable de résister à l'ordre qui venait de lui être donné.

- Vous jouez Miss Swan, vous n'avez pas couché avec Graham, vous vous êtes servie de Victor et je découvrirai pourquoi, mais je peux vous assurer que vous jouez bel et bien.

Elle ne répondit pas, pinçant ses lèvres pour empêcher la moindre confirmation d'en franchir la barrière.

- Vous êtes devenue distante, vous m'ignorez comme si …

Elle s'arrêta soudain, son regard quittant un instant le sien pour parcourir la pièce avant d'y replonger avec la force nouvelle de quelqu'un qui sait qu'il a raison.

- Vous étiez jalouse.

- Non, lâcha-t-elle, regrettant immédiatement la confirmation qu'elle venait de donner.

- Qui vous a dit ce que j'étais partie faire à l'extérieur de la ville ? Ou avez-vous deviné ? Non … On vous l'a dit n'est-ce pas ? Ruby peut-être …

Était-elle si facile à lire que ça ? Ou avait-elle simplement finit par comprendre son allusion de toute à l'heure ?

- Vous débarquiez dans cette ville, ma ville et vous pensiez avoir votre mot à dire ?

- Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé.

- Non ? Vous n'avez pas envie de moi ?

La question la laissa sans voix, elle sentit son pied taper nerveusement contre le sol clair.

- Bien sûr que si Miss Swan. Vous avez eu envie de moi à la minute où vous m'avez vue. Ça vous a rendue folle de savoir que j'allais partir m'envoyer en l'air avec quelqu'un d'autre ?

Elle aurait voulu répondre non, mais pour l'instant la brune n'avait pas prononcé un mot qui s'éloigne de la vérité.

- Vous aviez peut-être imaginé que quelqu'un comme moi se laisserait faire par une inconnue. C'est comme ça que ça se passe à New York, Emma ?

- Pas toujours.

- Oh ? Alors vous imaginé ça comment ? Quelques rendez-vous au soleil couchant, un restaurant, des baisers volés dans l'espoir un jour de pouvoir me ramener dans votre chambre d'hôtel miteuse ?

- Non.

- Non, bien sûr. Les femmes comme vous ne font pas les choses comme ça hein ? C'est en prison que vous avez appris à faire ça ? Alors de quoi rêviez-vous ?

À ce stade elle était sûre qu'une boite entière de ses médicaments n'aurait pas suffit à réduire l'éclatement de ses pupilles. Quelque chose frémissait sous sa peau, elle avait l'envie de se jeter sur la femme qui la dominait du haut de ses talons aiguilles et celle de s'enfoncer dans son fauteuil jusqu'à en disparaître.

Sa confusion et son désir devaient se lire sur son visage et en face d'elle Regina Mills lui adressa un sourire qui semblait sincère mais qui ne lui avait jamais parut plus dangereux.

- Un fantasme en particulier peut-être ? proposa-t-elle.

La voix était tombée d'un octave et cette fois ci elle sentit distinctement la vague de désir empourprer ses joues, descendant le long de sa colonne vertébrale avant de se loger entre ses reins.

Elle aurait voulu répondre. Des fantasmes elle en aurait trouvé à profusion en impliquant la brune, mais pour l'instant elle avait surtout l'impression d'être paralysée par ce qui se passait en elle. La tension accumulée depuis des jours était sur le point d'éclater chaque cellule de son corps qui finirait certainement par se réduire en cendres sous le regard amusé de la sorcière.

- Me jeter dans une cellule, menottée pour pouvoir jouer au méchant flic ? Vous êtes le genre de femme à aimer faire ça Miss Swan ? Ou bien préférez-vous m'arrêter sur le bord de la route à bord de votre voiture de patrouille pour une fouille au corps ?

Cette fois elle fut incapable de retenir le frisson qui la parcourut, parvenant à se mordre la joue avant qu'un gémissement ne s'échappe. Elle n'avait pas besoin de l'imagination du Maire, son esprit la torturait déjà suffisamment tous les jours.

Le regard de Regina quitta son visage pour glisser sur son corps et elle sentit les muscles de ses jambes trembler. Elle aurait voulu les croiser, atténuer la flamme qui l'y brûlait, mais un haussement de sourcil suffit à l'en dissuader.

- Vous n'allez pas parler ?

- Non, j'ai l'impression que vous avez envie de continuer le spectacle.

Son audace sembla être récompensée par un sourire en coin, mais elle la regretta au moment même où la femme se pencha d'avantage vers elle. L'espace d'un instant elle crut qu'elle allait l'embrasser et ses poumons manquèrent se fracturer quand une mèche de cheveux en soie tomba pour effleurer sa joue. Elle bougea de quelques centimètres sur son fauteuil, mal à l'aise dans ses sous vêtements soudain trop serrés et détrempés.

- Un autre fantasme ? Je ne suis pas du genre à me donner en spectacle pour n'importe qui Miss Swan ...

- Je ne suis pas n'importe qui ...

- Qui êtes-vous ?

Elle savait que la question était bien plus qu'une simple réponse à leur joute verbale.

- Vous rêvez de le savoir n'est-ce pas ?

- Et vous rêvez de moi ... Chacun s...

- Non, désolée, coupa-t-elle, ça fait un bon moment que je n'ai pas eu de cauchemar ...

Sa réplique lui valut un ricanement rauque et elle se demanda si elle parvenait réellement à amuser la brune. Mais l'instant d'après quelque chose de dangereux envahit son visage avant qu'il ne disparaisse de son champ de vision, ses paupières se fermant de leur propre chef quand la femme anéantit les derniers centimètres qui les séparaient.

Cette fois elle fut incapable de retenir le gémissement qui s'échappa lorsque le nez de la sorcière effleura sa joue, son corps entier s'arquant quand il se figea à côté de sa tempe, un souffle chaud caressant son oreille à chaque mot.

- Ce soir quand vous reverrez de moi Miss Swan, je veux que vous ayez conscience que tout ce que vous verrez n'est qu'un pâle fantasme de ce que je suis. Je suis bien plus douée, plus belle, moins soumise que vous ne l'espéreriez et surtout je peux vous faire jouir sans même vous toucher.

Elle aurait voulu objecter, lui faire remarquer que ses lèvres avaient brièvement effleuré son oreille, mais la sensation qui explosa entre ses jambes lui coupa le souffle. Un seul mot s'échappa de sa gorge nouée, ses mains s'agrippant aux pans de la veste de Regina, manquant en arracher un bouton.

La brune dont elle venait de gémir le nom s'écarta de quelques centimètres, juste assez pour qu'Emma puisse être témoin du regard enveloppant qui lui fut lancé et les iris d'ébène pratiquement éclipsés par les pupilles d'un noir de jais. Un instant elles s'affrontèrent en silence et la jeune femme aurait voulu trouver le courage d'attirer l'autre à elle et de l'embrasser. Leurs pensées étaient peut-être identiques réalisa-t-elle quand elle la vit fixer ses lèvres, mais aussitôt les siennes s'étirèrent en un rictus de mécontentement.

- Lâchez moi immédiatement Miss Swan.

L'intéressée s'exécuta sans demander son reste. Elle avait du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer. Il y a quelques semaines elle aurait ri si quelqu'un lui avait raconté qu'il avait vécu ce qu'il venait de lui arriver, mais pourtant elle était presque certaine qu'aucune magie n'avait été utilisée. D'ailleurs, n'était-il pas dit qu'aucune magie ne pouvait l'atteindre ?

Les mains qu'elle rêvait de pouvoir sentir sur elle agrippèrent sa ceinture, la forçant une nouvelle fois à détacher ses hanches du fauteuil en simili cuir sur lequel elle était restée.

Du coin de l'oeil elle vit quelque chose briller au niveau de sa taille avant d'entendre le bruit d'un badge désormais familier qu'on attachait à sa place.

- Toutes mes félicitations Shérif, je suis sûre que notre collaboration sera exceptionnelle.

La voix débordait de sarcasme et elle se demanda qu'est-ce qui l'avait poussé une seule seconde à imaginer qu'un tel poste était vraiment ce qu'elle voulait dans la ville.