Chapitre 5
Il fallut deux jours à l'Arcadia avant d'arriver aux abords de la Cité. Cette dernière était nichée en haut d'une falaise et était entourée d'un grand fleuve qui s'écoulait de chaque coté d'elle pour finir en chute vertigineuse. La cité en elle-même était semblable aux vielles citées grecques avec des colonnades blanches et surtout beaucoup de verdure. De part et d'autre de la cité des quais immenses avaient été construits pour accueillir les visiteurs.
Ce fut près de l'un de ces quais que l'Arcadia se posa en douceur. Rapidement, les hommes d'équipage se préparèrent à sortir, sans armes, suite aux ordres du capitaine. Ce dernier fut le premier à poser le pied sur le quai et fut aussitôt accueilli par des serviteurs de la maison de Magia. Ces derniers se ressemblaient beaucoup, tous avaient une coupe très courte et portaient une toge.
- Capitaine Harlock, nous n'attendions plus que vous, annonça l'un des prêtres, si vous voulez bien me suivre.
Le corsaire emboita le pas au prêtre, vite suivi par ses hommes. Ils furent conduits à travers les diverses cours et couloirs du palais jusqu'à une grande salle. Entièrement composé de marbre blanc, le centre de la salle, où était installée une grande table, était dans une cuvette entouré par des marches qui pouvaient aussi servir de gradins.
Harlock atteignit le bas des marches alors que des murmures s'élevaient derrière lui et pour cause. Des représentant de la coalition de Gaia, dont le président lui-même, étaient attablés, d'où la colère des hommes de l'Arcadia.
- Gardez votre calme, ordonna le capitaine, et allez vous asseoir.
Les pirates obéirent en s'installant dans les gradins à l'opposé des soldats de Gaïa.
- Ainsi, tu es toujours en vie, nota la voix cristalline d'une femme.
- Et toi tu es toujours reine, Sylvidra, répondit le pirate en s'avançant vers la table.
En plus des sylvidres et de la coalition de Gaia, il y avait également une tribu d'homme-lion et une autre d'homme-lézard qui se regardaient en chien de faïence.
- Ne manque pas de respect envers notre reine, espèce de…, grogna une garde Sylvidre.
- Ca suffit, le capitaine Harlock peut bien se permettre cela après ce qu'il a fait pour nous, remarqua Sylvidra.
- Je croyais que vous étiez ennemis, remarqua Yattaran.
- Nous l'étions, nous nous sommes affrontés chacun pour la survie de son espèce. Le capitaine Harlock, le seul homme à nous avoir opposé une résistance à cette époque. Tu as fait preuve d'énormément de courage en t'opposant seul à mon armada.
- Et qu'ais-je donc fais qui mérite une telle clémence ? demanda Harlock avec un fin sourire amusé.
- Ne joue pas à cela, Harlock, murmura doucement Sylvidra. Je sais parfaitement qui nous a envoyé les coordonnées de notre planète actuelle, le lieu parfait pour que nous autres sylvidres, puissions vivre.
Harlock se contenta de sourire doucement avant de prendre un siège, puis il croisa les bras et attendit.
- Pourquoi sommes nous là, gronda alors un homme lion. Qu'est-ce qui a poussé Magia à faire sonner les cloches de la cité.
L'un des prêtre s'avança alors pour répondre aux questions.
- Les cloches de la Cité ont résonné car nous avons eu la confirmation de la création de dévoreurs d'âmes.
Il y eut alors une série de murmures entre les personnes présentes à la table.
- Attendez, siffla l'un des hommes lézard, il y en a plusieurs ?
- Deux, répondit le prêtre.
Il appuya sur plusieurs touches devant lui et une image holographique des deux dévoreurs d'âme apparue au milieu de la table.
- Ils sont jumeaux et on estime que pour le moment ils ont chacun trois âmes.
- Vous vous moquez de nous, rugit l'un des fauves rageur, vous voulez qu'on combatte contre six âmes ?
- Je ne vois pas où est le problème, nota Sylvidra d'une voix calme. Après tout, vous êtes cinq porteurs d'âme autour de cette table. Qu'en penses-tu, Harlock ?
- Le nombre ne veut rien dire, répondit le corsaire.
Puis il posa son regard sur le porteur de la coalition de Gaia.
- Quel est ton nom et qui est ton dragon ?
Le jeune homme, encore adolescent sursauta doucement avant de répondre.
- Je m'appelle Nathan et mon dragon est un dragon de feu.
- Tu ne connais pas son nom gamin ? demanda brusquement l'un des hommes lion.
- Non, murmura Nathan en baissant la tête.
- Alors tu ne nous sers à rien, sans connaitre le nom de ton dragon, tu ne peux pas invoquer sa pleine puissance.
- Et toi ? demanda Harlock en regardant l'homme lion.
- Moi c'est Nari et mon dragon est un dragon de foudre nommé Calian.
- Moi c'est Shiru, annonça une femme lézard et ma dragonne est une dragonne d'eau nommé Morwen.
- Je m'appelle Silvain, annonça un jeune Sylvidre et ma dragonne de Terre s'appelle Kementari, Kem pour les amis.
- Et toi Harlock ? demanda Sylvidra avec curiosité.
- Mon dragon est un dragon de glace, répondit simplement le corsaire.
Cette réponse fit éclater de rire Nari.
- Toi non plus tu ne nous sers pas à grand-chose.
- Retire ça tout de suite, rugit Yattaran en se levant.
Rapidement suivit par les autres pirates, ce qui entraina une levée des hommes lion.
- Ca suffit, lâcha Harlock d'une voix calme.
Les pirates se turent et se rassirent pratiquement aussitôt, alors qu'il fallut plus de temps aux fauves pour se calmer. Puis le regard du capitaine se posa sur Nari.
- Avoir du pouvoir est utile, approuva le corsaire en se levant, encore faut-il savoir s'en servir.
- Je vais te casser la figure en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et tu verras si je ne sais pas m'en servir, rugit le fauve.
Le fauve s'élança alors usant d'une vitesse bien supérieure à la moyenne grâce au pouvoir de la foudre. Harlock eut un sourire en voyant ça et fit usage de son pouvoir encore plus rapidement, d'un simple claquement de son talon gauche sur le sol, il recouvrit celui-ci de verglas. Nari dans son élan, ne réussit pas à s'arrêter à temps et fit une magnifique glissade sur les fesses sur vingt mètre avant d'être arrêté par les gradins au fond de la pièce. Il y eut alors un long silence, qui fut brisé par un puissant éclat de rire venant de Nari lui-même. Harlock le rejoignit sans paraître gêné par le sol glissant et s'arrêta près du fauve qui riait toujours aux éclats.
- Y a pas de doute toi tu sais te servir de tes pouvoirs.
Harlock lui tendit alors la main que Nari saisit aussitôt pour se relever. L'homme lion donna alors une tape amicale sur l'épaule du corsaire avant de prudemment rejoindre sa place.
Une fois que le calme fut revenu dans la salle, le domestique reprit ses explications au sujet des jumeaux et il devint rapidement évident qu'ils étaient à la recherche d'autres âmes. Il devint alors évident pour Harlock que les jumeaux viendraient ici.
- Yama, appela le corsaire.
Le jeune homme se leva et le rejoignit.
- Oui, capitaine ?
- Je veux que tu ramènes l'équipage à bord de l'Arcadia et que vous quittiez cette planète.
- Capitaine ! s'exclama le jeune homme sans comprendre.
- Si c'est le pouvoir que les jumeaux cherchent, alors c'est vers la cité qu'ils se dirigent. L'Arcadia et ce qu'il contient ne doit pas tomber entre leurs mains.
Yama comprit aussitôt de quoi parlait le capitaine, Harry était toujours à bord. C'était un porteur d'âme, mais il devait toujours être dans sa capsule cryogénique et était donc vulnérable à toute attaque. Une autre pensée lui vint alors, l'Arcadia avait bien failli être détruit lorsque la coalition leur avait mis la main dessus et le capitaine ne s'était pas tant défendu que ça, alors qu'Harry était à bord. Pourquoi était-ce seulement maintenant que le capitaine s'inquiétait pour la sécurité d'Harry ? Il faudrait qu'il lui pose la question, enfin s'il osait. Mais il n'eut pas à le faire, le capitaine avait du le voir dans son regard car il lui offrit un fin sourire.
- Il arrive que même le plus fort des hommes perde espoir, murmura le pirate juste assez fort pour que Yama soit le seul à entendre.
Et Yama comprit alors que le capitaine avait pendant un temps perdu l'espoir de voir Harry se réveiller, d'où le fait qu'il ait abandonné.
- Très bien, annonça le jeune homme. Nous partons, fit ensuite Yama d'une voix forte pour l'équipage.
Les hommes de l'équipage de l'Arcadia hésitèrent un instant, tous jetant un coup d'œil vers leur capitaine, mais un simple regard de la part de celui-ci leur suffit. Ils se dirigèrent alors vers la sortie de la salle, lorsque le capitaine leur parla une dernière fois.
- Ca a été un honneur de combattre et de voguer à vos cotés.
Les pirates se figèrent à cette phrase qui annonçait un futur funeste pour le capitaine de l'Arcadia.
- On viendra vous chercher lorsque les jumeaux seront morts, répliqua Yama.
Les paroles du jeune apprenti du capitaine, ravivèrent l'espoir dans le cœur des pirates. Le corsaire eut un léger sourire en comprenant ce que Yama venait de faire. Oui, le jeune homme lui rappelait décidément beaucoup Harry.
Les pirates quittèrent alors la salle et rejoignirent l'Arcadia avec une seule pensée en tête, ils devaient protéger le vaisseau pour pouvoir aller rechercher leur capitaine.
Le corsaire lui observa avec un regard nostalgique son vaisseau partir sans lui et quitter la cité. Il n'était pas stupide ou naïf au point de croire qu'il se sortirait de ce combat en un seul morceau. Ainsi c'était peut être la dernière fois qu'il voyait son fier vaisseau.
