Moi être de retour, enfin !
Enfin bon, avec ce début d'année scolaire mouvementé, j'ai pas vraiment le temps de faire les choses qui me plaisent... Assez parlé ! Voilà un nouveau chapitre, ou on découvre un peu mieux Eugénie et le mystérieux Cédric ! ^o^
Vous aurez donc quelques nouveaux chapitres au court de ces vacances tant attendues :) Il y en a plusieurs qui sont déjà écrits, mais je préfère ne pas tout balancer d'un coup, évitons l'indigestion.
Avec haine et amour, Miss Tronçonneuse.
Chapitre V : Cédric
Ah, Eugénie… Cédric n'avait jamais connu quelqu'un qui lui était semblable, pas même sa jumelle : elle était unique en son genre. En plus de sa grande beauté, elle avait un caractère difficile, était vive d'esprit, intelligente, un peu ce genre de jeune femme parfaite. Mais alors, qu'est-ce qui les liait, si Cédric n'était rien de tout ça ? Il fallait remonter à plusieurs années en arrière pour le comprendre…
– C'est qui, la fille, là-bas ?
– Elle ? Oh, une pute. Rien d'intéressant, tu sais...
– Ça m'intéresse, moi.
C'était le jour de la rentrée scolaire, dans un tout nouvel établissement pour Cédric. Il n'avait pas changé de ville, seulement de lycée. Il ne connaissait pratiquement personne, mais finalement, cela lui importait peu, car personne ne l'intéressait pas plus que ça... Sauf une personne. Il l'avait vue dès qu'il fut entré dans la cours. Elle était facilement repérable...
Une grande jeune fille aux cheveux courts et noirs de jais, coupés en carré plongeant. Elle avait un visage typé slave, avec ses traits délicats et son petit nez fin légèrement retroussé. Ses yeux étaient en amande et avaient une rare couleur verte, comme de l'émeraude. Elle avait naturellement de longs cils, et son regard était souligné d'un coup de crayon charbonneux. Ses lèvres pulpeuses mais néanmoins délicates n'étaient pas maquillées, mais demeuraient cependant roses comme un bouton de fleur.
Elle portait un tee-shirt noir sur lequel était inscrit le nom d'un groupe de métal que Cédric appréciait d'ailleurs et qui mettait sa poitrine avantageuse en valeur. Elle portait aussi un short noir déchiré moulant ainsi qu'un collant résille. Il y avait sur ses poignets de nombreux bracelets cloutés et à piques, ainsi qu'une bague représentant une tête de mort. Pour couronner le tout, elle portait des bottes à plateforme pas très délicates mais qui rendait l'ensemble de sa tenue et de sa silhouette très réussi.
Elle parlait joyeusement avec une bande de gars qui avaient la même allure que leur amie. Cédric aurait juré qu'il l'avait déjà vue quelque part... Il avait alors demandé à une autre élève qui était cette fille. Celle-ci semblait ne pas beaucoup l'apprécier, vu la description qu'elle lui fit...
– Elle se croit intéressante à s'habiller comme un phénomène de foire, a probablement baisé avec tous les gars avec lesquels elle traîne, se croit maline avec son "corps de déesse" et son visage d'ange. Elle écoute de la musique franchement craignos et on est toutes sûres qu'elle a sucé la moitié du corps enseignant, pour avoir des notes comme ça tout en ayant une vie sociale... Tu ne crois pas ?
– Heu... Merci pour toutes ces informations fort précieuses, la remercia Cédric d'un air gêné, mais... Est-ce que vous savez comment elle s'appelle ?
– Un vieux prénom de merde... Attends, ça va me revenir... Ah, voilà ! Eugénie !
Cédric ouvrit grand les yeux de surprise, choqué, puis décida d'aller rapidement vers ladite Eugénie. Était-ce... Elle ?
Oui, il avait mis du temps à la reconnaître, à l'époque. Mais elle avait beaucoup changé physiquement. Cédric et elle s'étaient connus adolescents, en classe de 5ème, puis étaient devenus très rapidement meilleurs amis durant deux ans, mais Cédric avait dû changer de collège pour x raison. Ils s'étaient perdus de vue suite à une série de malentendus, mais il ne l'avait pas oubliée. Il avait toujours conservé précieusement une seule photo d'eux, prise sur un toit de Nantes. Eugénie, adolescente, était considérée comme la plus laide de toutes les filles de son âge. Elle était peut-être douée en cours, en matière de dessin, en sport qu'elle pratiquait avec modération à cause de ses soucis pulmonaires er cardiaques, mais n'avait aucune qualité physique, en quelque sorte. Et dans un monde régi par les canons de beauté et là où seul le physique compte, comment voulez-vous que quelqu'un ait la moindre estime pour une fille qui n'était même pas fichu de faire du B ? Selon les autres, elle était hideuse, repoussante, presque inhumaine. Cédric avait toujours pensé qu'ils exagéraient, car lui, il l'avait toujours trouvée mignonne, adorable, avec son petit charme à elle. C'était peut-être parce qu'il était tombé éperdument amoureux d'elle… En faisant connaissance, ils s'étaient découvert de rares points communs : tous les deux étaient laids, repoussés par les autres à cause de cela, et avec des goûts particuliers, que ce soit au niveau vestimentaire, musicale ou autre. A force, il avait tout appris d'elle, il connaissait plus de détails sur Eugénie que sa propre sœur. Elle fut pour lui comme une sorte d'espoir, un espoir pour son futur, ses occupations. Il était devenu utile, il n'était plus l'erreur de ses parents, le dernier de la classe qui était paumé et avait du mal à suivre, le gars bizarre aux goûts incompris, il était le seul et meilleur ami d'Eugénie. Ce qui lui donnait goût à la vie.
Il s'était promis, adolescent, que le jour où leurs chemins allaient de nouveau se croiser, il allait lui déclarer sa flamme. C'était niais, stupide, voir naïf, mais qu'est-ce qu'il en avait à foutre ? L'occasion s'était justement présentée, presque trois années plus tard, à la rentrée en première. Mais Eugénie était devenue parfaite. L'allégorie de la beauté féminine sur Terre, une déesse venue du ciel pour propager cette perfection sur cette planète impure. Mais lui, il n'avait pas changé. Cédric était toujours le même, toujours ce même gars ordinaire et un peu paumé. Il pensait qu'il n'avait plus aucune chance, qu'elle était sûrement casée… Eh bien non. Vers la fin de l'année scolaire, ils furent en couple, elle ne l'avait pas repoussé. Il ne s'était jamais senti si comblé, si heureux, si complet, qu'avec la belle Eugénie. Ce n'était que vers la fin de leur année de terminale, lorsque le jeune homme avait 18 ans et elle 17, qu'ils firent leur première fois à tous les deux. Un jour, la grande brune lui avait confié qu'elle ne souhaitait perdre sa virginité qu'avec quelqu'un qui était important pour elle, à qui elle ferait entièrement confiance, qu'elle aimerait de tout son cœur. Ça l'avait comblé de bonheur de savoir à quel point il comptait pour elle.
Ils ne s'étaient pas séparés depuis, c'était un adorable couple, qui ne connaissait aucune pénurie d'amour. Après qu'Eugénie ait obtenu son bac mention Très Bien avec les meilleurs résultats de tout le lycée et lui sans mention –il était déjà heureux de l'avoir eu, c'était presque comme un miracle pour lui, mais il fallait dire que sa petite amie avait sur l'aider et l'encourager comme il le fallait–, ils avaient parlé de projets d'avenir, des études qu'ils voulaient faire. Afin d'économiser pour leurs futures écoles prestigieuses et toutes les autres contraintes, ils avaient effectué des tas de petits travaux. En fait, rien ne pressait vraiment, donc ils prenaient leur temps. Plusieurs années, ils avaient vécu comme ça.
En 2012, tous les deux avaient travaillé dans la même pizzeria, lui était serveur et elle livreuse. Un an plus tard, leur contrat devait s'arrêter là. Normalement, ils avaient tous deux assez d'argent pour subvenir à tous leurs besoins. D'ailleurs, c'était pour les 20 ans d'Eugénie qu'ils devaient arrêter. Mais, ce jour-là, tout ne s'était pas vraiment passé comme prévu… Eugénie, le midi où ils devaient célébrer leur future nouvelle vie, donc celui de son anniversaire, n'était pas venue au lieu du rendez-vous. Laura, sa sœur jumelle, ainsi que Cédric, s'étaient d'abord inquiétés. Mais après, tout fut confus pour le jeune homme… Les jumelles avaient disparu, aucune nouvelle, rien. Seulement, deux semaines plus tard, Cédric reçut un appel de sa petite amie imprévisible. Elle lui avait donné rendez-vous dans son studio de l'époque. Il ne comprenait rien à rien, pensait qu'elle allait lui fournir des explications, mais celle-ci lui avait annoncé qu'elle le quittait. C'était dit avec un petit sourire empli d'empathie, mais qui caractérisait bien Eugénie.
« Tu sais, je ne traîne jamais avec quelqu'un par pure pitié. Je ne suis pas du genre à faire la mère Thérèsa avec les autres si je n'y gagne pas quelque chose. C'est égoïste, tu trouves ? Non, Cédric, c'est sincère, et la plupart des gens pensent comme moi, ils ne s'assument juste pas, ils se renferment sur eux-mêmes avec un masque d'innocence, mais ce sont les pires de tous. Je ne suis pas hypocrite. Je ne te mentirai jamais. » Lui avait-elle un jour dit. Et c'était vrai. Elle avait simplement parlé d'un homme qu'elle avait rencontré, n'y passant pas par quatre chemins, enfonçant directement le poignard droit dans le cœur du jeune homme égaré. Quelqu'un de mieux que lui ?... Mais en quoi ?... Pourquoi ?...
Plus tard, il avait appris qu'elle avait perdu sa mère, ce qui expliquait les deux années passées à Paris avec toute sa famille. Mais dès qu'elle allait revenir, il allait la retrouver… Et toutes ces questions qui l'avaient tant tourmenté, torturé, presque tué, durant ces deux longues et pénibles années, il allait les lui poser et la forcer à répondre.
Tu ne te rends pas compte du pouvoir que tu as eu sur moi, Eugénie… Tu m'as brisé… Mon enveloppe charnelle est peut-être vivante, il paraît que mon cœur bat toujours, et même plus fort lorsque je pense à toi, le sang circule dans mes veines que j'ai essayé de trancher il y a un an, sans succès, tout ça, c'est en vie, mais mon esprit, mon âme, mon être, tu m'as définitivement détruit… Je t'aime… Tu es un monstre… Un magnifique monstre, le plus beau, le plus merveilleux, le plus parfait que je n'ai jamais connu, mais un monstre quand même… Tu as su me tuer sans pour autant toucher à ce corps maudit, duquel je ne veux que me débarrasser au plus vite… Ton indifférence envers ma passion ardente est plus efficace qu'une bombe nucléaire. Je te hais, je t'aime.
C'était l'une des nombreuses lettres qu'il avait écrites pour elle, puis brûlée ensuite. On disait que c'était apaisant, de faire ça, mais au contraire… Oh, au contraire, les cendres de ces mots s'accumulaient comme les questions sans réponse qui tournaient dans sa tête. Il était comme devenu fou, il devait donc lui parler. Pour enfin connaître la vérité…
–Parle, puisque tu veux parler, puis relâche-moi !
Il sursauta, tiré de ses pensées à cause du cri strident d'Eugénie. Il poussa un triste soupir et s'agenouilla en face d'elle, assez loin tout de même, pour qu'elle ne puisse pas l'attaquer, agressive qu'elle était.
–Je voudrais savoir pourquoi est-ce que tu m'as quitté du jour au lendemain, murmura-t-il en détournant le regard. Et… Des tas d'autres questions.
–Nous en avons déjà parlé, trancha-t-elle sèchement. J'ai rencontré une autre personne et j'en suis tombée amoureuse comme une gamine. J'ai compris que je ne pourrais pas continuer ma relation avec toi, même par gentillesse. Alors je t'ai quitté, histoire de ne pas créer de triangle amoureux débile.
Il vit qu'elle hésita sur les trois derniers mots. Mais qu'est-ce qu'elle lui cachait ?... Encore plusieurs questions supplémentaires.
–Eugénie… Murmura-t-il. Je sais tout ça, mais… On se connaissait depuis si longtemps, pour que tu me fasses confiance, pour qu'on puisse avoir une relation sexuelle, il m'a fallu patienter… Je sais que pour avoir confiance en quelqu'un, il te faut du temps, il faut que tu apprennes à le connaître… C'est pareil au niveau du sexe, tu ne te déshabilles pas pour le premier venu… Je sais que tu ne m'aurais jamais caché une relation trop longtemps, donc j'en déduis que tu connaissais ce… Ce type depuis seulement deux semaines. Mais alors, comment as-tu pu lui accorder cette confiance, t'offrir entièrement à lui alors que tu venais de le connaître ? Ça ne suit pas ta logique ! Je te connais, et…
–NON, tu ne me connais pas.
Elle l'avait interrompu si brusquement qu'il eut un sursaut. Il leva les yeux vers elle, surpris par cette froideur sans nom. Les magnifiques yeux de sa captive semblaient lancer des éclairs.
–Tu ne connais RIEN de moi, continua-t-elle avec mépris. Tu ne sais pas qui je suis véritablement, ce que je cache ! Si j'ai trouvé cette autre personne et que j'ai rompu avec toi, c'est qu'elle me ressemblait davantage. Je n'ai pas eu besoin d'apprendre à la connaître trop longtemps, de toute façon, il est mieux que toi. Question suivante.
Cédric s'efforça de ne pas pleurer devant tant de cruauté envers lui, mais déglutit, renifla et chuchota, la voix tremblante :
–Qui… Qui est-ce ?... Qui est cette personne, qui arrive à te cerner parfaitement, qui est mieux que moi ?...
–Bon, déjà, fit froidement son ancienne petite-amie, c'est facile d'être mieux que toi, donc calme ton putain d'orgueil. Ensuite, MA vie ne concerne que moi. Tout ce que je peux te dire…
Elle esquissa un sourire de démon en le fixant droit dans les yeux.
–…C'est que si tu ne me relâches pas très prochainement, il viendra te buter. Et je peux te dire qu'il est inventif, que ce soit en matière de meurtre, de torture ou de viol…
Il déglutit à nouveau en se sentant pâlir, assez craintif.
–Ne t'inquiète pas, tu seras bientôt libre, promit-il tout bas.
Toute la journée, il la questionna. Elle évitait ses interrogations, transformait ses réponses, mais ne répondait jamais en allant droit au but comme elle le faisait d'habitude, signe qu'elle ne lui faisait plus confiance. La dépression de Cédric le rongeait comme une gangrène. Elle savait que si elle ne lui fournissait pas les mots qu'il voulait, il allait tomber au fond du gouffre et ne plus jamais en ressortir, sans espoir, sans guide pour sa misérable vie. Le soir, lorsque le soleil se couchait derrière les toits de Nantes, propageant dans la pièce une lumière orangée rappelant du feu, il s'approcha enfin d'elle.
–Eugénie ?... Souffla Cédric, articulant à peine.
–Quoi.
–Je… Je t'aime…
–Moi non plus. Détache-moi, ou tu seras bientôt mort…
Il s'empressa de la détacher, au fond du gouffre, puis partit sans rien dire, la laissant seule dans son appartement. Elle ne savait pas que ses menaces ne changeraient rien…
Elle n'avait résolu aucune des énigmes qui tiraillaient son esprit, il ne comprenait plus rien, pourquoi il méritait ça… Ou plutôt, si, il avait compris une chose : toutes les certitudes qu'il avait eues à propos d'Eugénie, la seule personne qui lui avait accordé un temps soit peur d'importance, toutes ces choses qu'il pensait connaître d'elle, toutes ces informations qu'il croyait secrètes… Il ne connaissait rien, ne savait rien, s'était basé sur de fausses pistes… Il n'était rien. Il n'était pas important, il était vide et creux. Plus aucune envie de vivre. Aucun but dans la vie.
Elle l'avait achevé. Sans aucune pitié.
Je veux mourir. Fut sa dernière pensée.
Pourquoi cette soudaine cruauté de la part d'Eugénie ? HEIN ? On le saura le moment venu... ^^
