Troubles
Note de l'auteur : Chapitre 6, où Sinak s'en prend plein la gueule, où Jim a une répartie douteuse, où Amanda est furieuse et où Scotty... non, ça c'est une surprise ^^
Bonne lecture et merci pour vos reviews!
Vulcain, ville de Shi'Kahr, demeure de Sarek et Amanda, point de vue du Capitaine James T. Kirk.
Quand on sonna à la porte de la maison, j'étais en pleine sieste, après des exercices de méditations avec Spock, terrassé par la chaleur, en ce début d'après-midi. Je tentais de trouver le sommeil, en boxer, le drap rejeté au pied du lit. Mon compagnon était allongé à côté de moi, même s'il n'était nullement fatigué, caressant mes cheveux, déposant des baisers aériens sur mon épaule, mon cou, mon visage. J'aimais tellement cette tendresse, elle pansait toujours un peu plus les plaies de mon cœur. Un jour, peut-être, sera-t-il capable de toutes les refermer. Le son, prévu pour raisonner dans chaque pièce, tant la demeure était vaste, fit éclater notre bulle de tranquillité. Immédiatement, les paroles d'Amanda, la veille au soir, me revinrent en mémoire et je me tendais, persuadé de connaître l'identité du visiteur.
Malheureusement, les faits me donnèrent bien vite raison, puisque nous entendîmes clairement la voix de Sinak, dans le couloir, alors qu'il s'adressait à Sarek. Spock se redressa d'un bond et attrapa mon cafetan pour me le donner, comme s'il avait anticipé mon besoin de me couvrir. Je l'enfilais à la hâte et il en fit de même. Puis nous restâmes assis sur le lit, de longues secondes. Je n'étais pas sûr de vouloir sortir de cette chambre, mais en même temps, je ne voulais pas être lâche.
« Ce ne serait pas faire preuve de lâcheté. » Murmura mon compagnon.
« Si, parce que ça voudrait dire qu'il a un pouvoir sur moi, rien qu'en étant présent. » Rétorquais-je, tendu, avant de me lever, un air déterminé sur le visage.
J'ouvris ensuite fermement la porte, pour tomber directement sur les deux Vulcains, encore dans le corridor. Sinak, en m'apercevant, eu un mouvement de recul involontaire que je fus le seul à remarquer. Ou bien était-ce à cause de Spock qui venait de sortir derrière moi. Il évita ensuite mon regard, que je braquais sur lui sans ciller. Sarek resta silencieux, attendant que je prenne une décision, sans intervenir. Mais j'avais eu ce que je voulais, fait face à mon ancien bourreau, sans faiblir, alors qu'il n'en menait pas large. Je fis donc demi-tour, sans mot dire, dans l'intention de retourner dans notre havre de paix.
« Capitaine. » M'arrêta soudainement Sinak. Je me figeais, sans pour autant me retourner. « Je tenais à m'excuser sincèrement pour mon attitude plus que déplacée à votre égard. Faire amende honorable fait partie de mon programme, vous n'êtes cependant pas obligé d'accepter. »
« Plus que déplacée ? » Répétais-je, en faisant volte-face. « Est-ce là, votre définition de ce que vous avez tenté de me faire subir ? »
« Je n'avais nullement l'intention de minimiser les faits. Les termes étaient mal choisis. N'en soyez pas offensé. »
« Offensé ?! » M'écriais-je, avant de reprendre mon calme. « Non, je ne vous ferais pas la joie de perdre mon contrôle. » Dis-je, en m'approchant de lui. « Je ne suis peut-être pas Vulcain, mais moi au moins, je sais garder ma queue dans mon pantalon, quand il n'est pas approprié de s'en servir. » Ajoutais-je, d'une voix sourde, à quelques centimètres de son visage dont les micro-expressions trahirent son choc, face à mes paroles.
Il ne trouva rien à répondre et resta statufié sur place, alors que je le contournais pour finalement sortir. J'avais besoin de prendre l'air.
…
Spock me rejoint rapidement. Le jardin était une vraie fournaise, à cette heure de la journée, mais cela m'était égal. Ma peau se couvrit presque immédiatement d'une sueur poisseuse, à l'odeur acre, alors que le soleil meurtrier frappait mon crâne. J'allais me réfugier à l'ombre salvatrice d'un arbre, avant de m'asseoir dans l'herbe, au pied du tronc large. Mon compagnon me poussa doucement, pour s'installer dos à l'écorce et me cala contre son torse. Ses bras m'entourèrent, dans une étreinte apaisante. Ses lèvres se posèrent sur ma nuque et je le sentis sourire contre ma peau.
« Qui a-t-il de drôle ? » Demandais-je, curieux.
« Ce que tu lui a lancé à la figure. La finesse de ta répartie m'étonnera toujours. »
« Il l'avait bien mérité. » Répliquais-je.
« Je ne peux qu'approuver. Tu te sens mieux ? »
« Oui. Et je me fiche complètement d'avoir choqué ton père. » Affirmais-je. Ce qui dérida d'autant plus Spock.
« Il lui en faut bien plus pour le froisser, crois-moi. » Répondit-il, mystérieusement.
Rassuré, je tournais la tête vers lui, pour l'embrasser tendrement, en glissant une main dans ses cheveux noirs. Il resserra sa prise sur mon torse, en dévorant mes lèvres avec envie. Je déposais ensuite ma joue sur son épaule, affaibli par la chaleur.
« Nous devrions retourner au lit. Ce n'est pas une bonne idée, pour toi, de rester dehors par ce temps. » Dit-il, en m'aidant à me relever.
Il mêla ses doigts aux miens et m'emmena dans sa chambre. Sarek et Sinak avaient certainement migré dans le bureau de l'ambassadeur, à mon grand soulagement et nous pûmes nous recoucher tranquillement.
…
Bien plus tard dans l'après-midi, alors que le soir tombait déjà doucement, je m'éveillais, en sueur, mais reposé et serein. Je ne rêvais que d'une longue douche et me dirigeais donc vers la salle de bain, où Spock me suivit. Il savonna consciencieusement mon corps de son gel douche parfumé aux plantes, le lavant, le cajolant. Je lui rendis la pareille, avec un plaisir certain, savourant la texture de son épiderme sous mes doigts, la fermeté de ses muscles, la cambrure de ses reins, le rebondi de ses fesses. Je glissais une phalange taquine entre les deux globes charnus, en l'emportant dans un baiser passionné, quand une voix se fit entendre à travers la cloison de la pièce.
« À table, les garçons ! » Cria Amanda.
Un soupir de frustration m'échappa, avant de m'amuser simplement de la situation.
« Un jour, il faudra vraiment qu'on ait notre propre maison. » Affirmais-je.
« C'est effectivement dans mes projets. » Répliqua Spock, avant d'arrêter le jet tiède et de sortir de la cabine.
Il me tendit une grande serviette, avant de se sécher lui-même. Puis nous nous habillâmes, avant de nous diriger vers la cuisine.
Sarek et Amanda nous y attendaient, assis l'un en face de l'autre, dans un silence pesant. Quelque chose n'allait manifestement pas, entre eux, mais ce n'était certainement pas une bonne idée de nous en mêler. Nous nous installâmes donc, comme si de rien n'était, et le repas débuta dans une ambiance morose. J'espérais que ce n'était ni ma faute, ni celle de Sinak, même si cette deuxième option semblait tout à fait plausible, puisque la mauvaise humeur du couple coïncidait avec la visite du Vulcain. Après un bon quart d'heure, où seul le bruit des couverts rythmait le dîner, je n'y tenais plus.
« Écoutez. Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais si c'est par rapport à quelque chose que j'ai pu dire, cet après-midi… »
« Ce n'est nullement votre faute. » Me coupa Sarek, sans ajouter plus de détails.
« Ne vous en faites pas, Jim, vous n'y êtes pour rien. » Me rassura Amanda, en posant une main sur la mienne, part dessus la table.
« Ce n'est, de toute façon, pas bien grave. » Reprit mon beau-père.
« Pas bien grave ! » S'exclama sa femme, en braquant un regard furieux sur lui.
Visiblement indignée, elle jeta sa serviette sur son assiette et se leva précipitamment pour se diriger vers la porte-fenêtre donnant sur l'extérieur. Elle sortit d'un pas furibond, nous laissant en plan, dans un malaise persistant. Le choc passé, j'échangeais une œillade perplexe avec Spock.
« Je… je devrais peut-être aller lui parler. Vous savez… entre Terriens, tout ça… » Proposais-je, maladroitement.
« Je vous en serai très reconnaissant, Jim. » M'assura Sarek, d'un ton pourtant teinté d'embarras.
Sans rien dire de plus, je me levais à mon tour, après avoir rassuré mon compagnon d'un signe de tête, pour retrouver Amanda dans le jardin.
Elle était assise, sur le banc de pierre où elle nous avait surpris la veille, perdue dans ses pensées. Une larme solitaire coulait librement sur sa joue, elle l'essuya d'un geste brusque quand elle m'aperçut. Je vins m'installer à sa gauche, peu sûr de la marche à suivre.
« Je peux tout entendre, vous savez. Je veux être là pour vous, comme vous l'avez été pour moi. » Dis-je, simplement.
Elle se reprit, cherchant ses mots, avant de me dire enfin ce qui n'allait pas.
« Sarek entrera bientôt dans un nouveau Pon Farr… »
« En fait, je ne peux peut-être pas tout entendre, finalement. » Tentais-je de la couper. Mais elle m'ignora.
« …et « quelqu'un »… » Continua-t-elle, en mimant les guillemets de ses doigts graciles. « …dont il refuse de me dire le nom, lui aurait conseillé de passer ce cap délicat avec une Vulcaine ! Soit disant, je serais trop vieille, pour surmonter ça une fois de plus ! » Hurla-t-elle, franchement furieuse à présent.
J'essayais de m'échapper, plus que dépassé par cette conversation surréaliste, mais elle me retint fermement par le bras.
« Vous vous rendez compte ? Et ce n'est pas le pire ! »
« Parce qu'il y a pire que ça… » Murmurais-je, pour moi-même.
« Vous savez ce qu'il a osé me dire ? » Me demanda-t-elle.
« Non. » Répondis-je, simplement.
« Qu'il allait y réfléchir ! » M'apprit-elle, visiblement hors d'elle. « Y réfléchir ! » Répéta-t-elle. « À quoi ? Je vous le demande ! À me remplacer ? »
« Je suis sûr qu'il ne le pense pas. » Tentais-je de la rassurer.
« Vous croyez ? » M'interrogea-t-elle, plus calmement, les larmes aux yeux.
La voir ainsi me fit de la peine.
« Il vous aime, c'est évident. » Insistais-je.
« Alors pourquoi a-t-il dit ça ? »
« Peut-être se fait-il réellement du souci pour votre santé. Vous n'êtes pas âgée, pour une Terrienne, ce n'est pas ce que je veux dire. Mais d'un point de vue Vulcain… Il est possible que ça ait réveillé des craintes en lui. Qu'il ait vraiment peur de vous faire du mal. » Avançais-je, presque sûr d'avoir raison.
Elle sembla réfléchir sérieusement à mes paroles.
« Parlez-lui. Obligez-le à s'exprimer sur ce qu'il ressent. Je ne vais pas vous apprendre ce que c'est de vivre avec un Vulcain buté et trop fier. »
Elle sourit à ma réflexion, voyant très bien où je voulais en venir.
« Vous avez raison. Je me suis emportée trop rapidement. » S'accusa-t-elle.
« Non ! » La contredis-je. « La solution n'est bien évidement pas de le laisser prendre une mauvaise décision sans protester. » Lui assurais-je. « Il le regretterait également, croyez-moi. »
« Je suis désolée de vous avoir mis mal à l'aise. » S'excusa-t-elle.
« Ne vous en faites pas pour moi. Je suis passé maître dans l'art d'occulter les souvenirs. » Plaisantais-je à moitié, avant de me lever et de lui tendre la main.
Elle la saisit et me suivit à l'intérieur.
…
Vulcain, ville de Tu'Krev, point de vue du Lieutenant Commander Montgomery Scott.
Je m'étais laissé convaincre par Leonard et Nyota, de descendre sur Vulcain. Les permissions n'étaient pas mon fort, à part peut-être pour faire la tournée de bars intergalactiques. Mais tenir la chandelle aux jeunes mariés ne me tentait pas plus que ça. Cependant, en bon ami, McCoy avait refusé de me laisser seul, sans se douter que la situation me rappelait lourdement ma solitude. Même si j'arrivais à l'oublier, la plupart du temps, contrairement à ce que tout le monde semblait penser, j'étais un homme fait de chair et de sang. Et si Jim me charriait souvent sur mon amour démesuré pour l'Enterprise, un vaisseau de métal ne pouvait pas satisfaire tous les besoins d'un être humain. J'étais autant capable de m'émouvoir devant une belle mécanique que face à un décolleté plongeant. Or, les femmes manquaient cruellement dans mon quotidien. J'étais l'éternel gentil et drôle petit Scotty qui avait toujours une bonne blague à raconter. L'ingénieur un peu taré, mais extrêmement compétent dans son domaine. Le faiseur de miracles, dans l'équipage courait à sa perte. Mais rien de plus.
J'en étais là, dans mes réflexions, après avoir quitté mes amis pour aller faire un tour dans le complexe touristique de la capitale, quand je percutais plutôt violemment une personne apparemment pressée et qui ne m'avait pas vu. La jeune femme, puisque s'en était une, s'excusa platement, catastrophée.
« Ce n'est rien, mademoiselle. » Lui assurais-je, devant son air désolé.
De longs cheveux blonds cascadaient sur ses fines épaules, la peau pâle de son visage rehaussait ses yeux d'un bleu azur saisissant. Ses lèvres mutines, rosées, s'ornèrent d'un sourire ravissant.
« Vous travaillez pour Starfleet ? » Me demanda-t-elle, en désignant mon t-shirt rouge.
« Oui. Je suis ingénieur en chef, à bord de l'USS Enterprise. » Répondis-je fièrement.
« Oh ! C'est donc vous qui êtes chargé de faire ronronner le moteur. » Résuma-t-elle. « Je trouve ça fascinant. » Je restais sans voix, face à son enthousiasme. « Andrea. » Se présenta-t-elle, en tendant une main amicale vers moi.
Je restais figé quelques secondes, si bien qu'elle remarqua mon trouble.
« Vous avez perdu votre langue ? » Me demanda-t-elle, en souriant.
« Heu… je… Scotty. » Bafouillais-je, finalement, en serrant sa main.
« Enchanté, Scotty. Là, je suis très en retard, mais dans une heure, quand j'aurais fini ce que j'ai à faire, je serais ravie de boire un verre. » Dit-elle, emballée par l'idée.
« Avec moi ? » M'étonnais-je.
« Eh bien oui. Vous voyez quelqu'un d'autre avec nous ? »
« Non. Bien sûr. » Répondis-je, gêné de ma propre bêtise.
« Alors c'est réglé. Rendez-vous à 20 heures, ici. » Conclut-elle, en désignant un bar, à notre droite.
« D'accord. » Approuvais-je.
« À tout à l'heure. » Me salua-t-elle, avant de déposer un baiser délicat sur ma joue et de repartir d'un pas rapide.
Je restais statufié une éternité, au milieu des voyageurs de tous horizons qui déambulaient autour de moi, comme si je n'existais pas. Je frôlais ensuite, de mes doigts, mon visage, où je sentais encore la chaleur de ses lèvres, en souriant comme un idiot.
