Auteur : Murron
Personnages/couples : Dean x Castiel / Sam / Michael / Lucifer
Rating : M – gardez le rating en tête –
Spoilers : Réalité alternative après l'épisode 10 de la saison 6
Disclaimer : Aucun mal et aucune atteinte à la loi voulue.
Titre traduit : Au Ciel et en Enfer
Traductrice : Marple-Juice.
Bêta-lectrice : Mama-Marple
Vous pouvez retrouver le lien vers la fanfiction originale dans mon Livejournal (lien dans mon profil)
Les reviews anonymes sont acceptées et tous les messages que vous laisserez seront traduits et envoyés à l'auteur original de cette fanfiction.
! Attention, le rating de cette fanfiction est M !
Notes du chapitre :
- Citation: traduction de Yves Bonnefoy.
- Doppelgänger : double fantomatique d'une personne vivante. En voir un est considéré comme un signe de malheur et voir le sien est signe de mort.
- Tragus : partie de l'oreille facile à trouver en mettant son doigt dans son oreille et en ramenant son doigt vers l'avant. C'est une pointe cartilagineuse.
4
Les Ombres de l'Enfer
L'Enfer est vide de ses diables, ils sont tous ici
- William Shakespeare, La Tempête
Dean se retourna à l'instant où le noir l'engloutissait. Il tendit la main pour attraper la poignée de la porte mais elle avait disparu. De même que la porte. Jurant, Dean tâta le mur de ses mains mais il ne sentit que le motif en relief d'un papier peint.
« Non, » marmonna Dean. « Bon sang, non. » Il passa ses deux mains dans ses cheveux et les accrocha sur sa nuque. Cela lui prit une seconde pour se rendre compte que ses cheveux n'étaient plus mouillés. Dean tapota sa manche et se rendit compte que sa veste avait été séchée d'un seul coup. Et que le reste de ses vêtements avait subi le même traitement.
Traverser un niveau plus profond de l'Enfer n'avait jamais affecté Dean ou ses vêtements auparavant, mais tout de même, ce seuil était peut-être spécial.
Le cœur lourd, Dean aplatit les mains contre le mur et expira. Il pensa à Cas les avertissant de ne pas passer seuls le prochain cercle. Histoire de lui coller la poisse.
Qu'allait-il faire, maintenant ? Devrait-il attendre que Sam et Cas arrivent ? Devrait-il crier ? Faire un foutu trou dans le mur ? Dean enfonça ses doigts dans le papier peint. Il se demandait toujours quoi faire lorsqu'il entendit quelque chose se déplacer dans le noir.
À l'instant où il entendit le son, Dean voulut se retourner mais il garda son corps immobile, tous ses sens en alerte sur le doux bruissement de quoi, des vêtements ? Des ailes ?
Lentement, Dean mit sa main sur la poignée de son couteau. Il tendit l'oreille, espérant que la chose qui était avec lui trahirait sa position en faisant un autre bruit. Elle n'en fit rien, mais quelque chose passa si près de lui que Dean sentit le mouvement de l'air sur sa nuque.
Dean sortit le couteau tueur de démons et se prépara.
L'autre essayait de ne pas faire de bruit, mais il ne pouvait pas étouffer l'éraflure de ses chaussures sur le sol. Dean se raidit et lorsqu'une main se referma sur son coude, il donna un coup avec la lame. Il s'attendait à moitié à couper dans de l'ombre, mais la lame trancha quelque chose de solide et un liquide chaud épais éclaboussa le visage de Dean. Il entendit un halètement suivi par le bruit sourd d'un corps tombant au sol.
Avec un peu de chagrin pour le mur derrière lui, Dean attendit mais la chose qui l'avait attaqué ne se remit pas.
Dean contracta sa main autour du couteau et mordit sa lèvre entre ses dents. Dans les ténèbres, la conscience du corps sans vie à ses pieds commença à lui glacer les os. Cet halètement avait semblé surpris et humain.
Dean voulut tout à coup une lumière. Il la voulait plus que tout. Sa bouche était devenue sèche et il léchait ses lèvres sans pouvoir s'arrêter. Alors que sa langue sortait, il sentit le goût du sang et tressaillit.
Le cœur battant, Dean continua son chemin le long du mur jusqu'à ce que ses doigts ne buttent contre un carré en plastique. Il abaissa le bouton et une lampe s'alluma au-dessus de lui.
À l'instant où il vit la cuisine, Dean comprit que ce cercle avait été fait sur mesure pour lui. Et pourquoi pas ? Peut-être que l'Enfer s'ajustait selon ses visiteurs comme le Paradis, cherchant dans les meilleurs souvenirs de son âme.
C'était la maison dans laquelle Lisa et Ben vivaient lorsqu'il avait échoué sur le pas de leur porte. Dean en reconnaissait le moindre détail. Les cartes postales sur les placards, le carrelage en échiquier, il connaissait tout ça. Sauf le sang sur le sol.
Dean eut un mouvement de recul, la peur au ventre et sa bouche se remplissant se salive amère. De sa place près du mur, il ne voyait rien de plus que du sang ; l'îlot cachait le reste. Dean se força à détourner les yeux du sol tâché pour voir qu'un liquide rouge gouttait de la lame de son couteau. Il se souvenait de l'halètement, de son couteau qui s'était enfoncé lorsqu'il avait coupé quelque chose de doux et réprima un gémissement.
Et le pire dans tout ça était (non, pas le pire pas le pire) qu'il n'était même pas surpris. Il savait au fond de lui qu'il ferait du mal à Lisa et à Ben ; tôt ou tard il ramènerait les ténèbres sur eux. Il avait tout de même espéré. Il avait tant espéré qu'il se trompait.
La tristesse s'installa péniblement sur ses épaules et serra son cœur. Lentement, Dean traversa la cuisine, se préparant à voir Lisa étalée sur le carrelage. Sa main trouva le bord de l'îlot et il s'appuya sur le dessus en granite plat.
De l'autre côté de l'îlot, le sol serait vide s'il n'y avait pas une mare de sang et une grande traînée rouge qui menait hors de la cuisine et se dirigeait vers le salon. Faisant avec sa main le tour de l'îlot, Dean suivit les marques jusqu'à ce qu'elles ne trempent un chemin sur le tapis vert préféré de Lisa et ne s'arrêtent. Mais il n'y avait pas de corps.
Dean s'accroupit, toucha du bout des doigts la partie propre du tapis et la limite de la trace de sang. On aurait dit qu'elle avait été coupée avec une guillotine.
Mais qu'est-ce qui se passait ici ?
L'Enfer, se dit-il. Exactement. Il devait se souvenir de l'endroit où il était. Rien de cela n'était réel. Rien de cela n'était arrivé.
Dean s'essuya les yeux avec une main et tendit le bras vers la table basse. Il était sur le point de se lever lorsqu'il vit son reflet sur la surface en verre de la table. Dean se raidit, il avait l'impression que quelque chose n'allait pas. Cela lui prit une seconde pour se rendre compte que son reflet était à l'envers, comme si la table montrait le reflet de quelqu'un d'autre dans la pièce. Dean leva les yeux et se vit debout, à l'autre bout de la pièce, les mains fourrées dans les poches de son jeans.
Lentement, Dean se leva sur ses pieds. La pièce était sombre, illuminée uniquement par la lumière de la cuisine mais malgré cela, Dean vit que les yeux du doppelgänger étaient noirs.
Dean sentit sa prise sur le couteau s'affaiblir et son cœur fit un battement lourd et douloureux. Le doppelgänger leva les mains, montrant qu'elles étaient noircies de sang jusqu'aux poignets. Il sourit et haussa les épaules, et alors que ses épaules retombaient, la lumière de la cuisine s'éteignit.
: : :
Dean ne sut pas combien de temps il se tint immobile dans le noir, l'image résiduelle de son alter démoniaque brûlant dans ses yeux. Une partie de lui attendait que son doppelgänger attaque, mais une grande partie de lui ne réussissait pas à penser du tout. Il savait uniquement que si l'autre venait pour l'attaquer, il ne pourrait pas se défendre.
Cela lui avait pris trente ans avant d'être brisé, mais cette fois, Dean savait au fond de lui qu'à la seconde où l'autre le toucherait, il s'effondrerait. Dean se souvenait des mains rouges du doppelgänger et il sentait le sang sur ses propres articulations, entre ses doigts, sur la poignée de son couteau.
Il tressaillit, un gémissement réprimé dans sa gorge mais avant qu'il ne puisse lâcher la lame, l'image de Sam, de ce qu'il aurait dit, mit un terme à sa panique.
Ce n'est pas vrai, mec. Retrouve tes esprits et retourne à ce fichu seuil.
Dean serra la mâchoire et avala les bruits qui voulaient s'échapper de sa bouche. Il se répéta, ce n'est pas vrai, et il se tourna.
Tourner son dos arracha Dean à sa confusion. Il imagina l'autre l'observant et les cheveux sur sa nuque se dressèrent mais Dean continua de s'éloigner, un pas douloureusement long après l'autre. Il atteignit la porte de la cuisine, tâtonna le coin du mur et prit appui.
Pas vrai.
Dean inspira et posa le pied sur le carrelage de la cuisine lorsqu'il entendit le doppelgänger bouger au léger son du denim contre le denim. Dean écouta l'éraflure des bottes sur le tapis mais à sa surprise, l'autre semblait partir plutôt que se rapprocher de lui. S'attendant à un piège mais décidé à retourner au seuil quoi qu'il puisse se passer, Dean continua son avancée dans la cuisine. Puis il entendit les planches du parquet craquer dans le couloir et les bruits de pas dans les escaliers. Les escaliers qui menaient à la chambre de Ben.
Dean regarda en arrière même si une partie de lui criait que c'était fait de toutes pièces, un spectacle de marionnettes mis en place pour le torturer et le tenter. Il avait besoin d'y retourner ; s'il s'égarait trop loin du seuil, il ne pourrait pas être capable de le retrouver.
Et pourtant, Dean s'imaginait chaque détail, l'ombre qui se mouvait dans le hall et se rapprochait de la porte de Ben. Si elle arrivait dans la chambre de Ben, Ben ne serait même pas effrayé, pas au début, parce qu'il n'avait jamais considéré Dean comme étant dangereux, parce que Dean n'avait jamais rien fait pour qu'il le pense. Il ne serait pas prêt.
Soudain, Dean ne put le supporter davantage, il ne supportait pas la possibilité que Ben et Lisa souffrent parce que Dean était arrivé dans leur maison et avait apporté l'Enfer avec lui. Il devait réparer cela.
Il vit une fois de plus son reflet, ses yeux passant du noir au vert comme un lézard et cela lui donna un coup qui le mit en action. Dean retourna dans le salon en un instant, cogna son genou contre la table basse et trébucha dessus, la sueur froide formant une fine pellicule sur son dos alors qu'il se précipitait dans l'entrée.
: : :
Le panneau en verre de la porte laissait filtrer un carré de clair de lune sur les escaliers mais le premier étage était aussi noir que du goudron, sans fenêtres, sans lumière s'échappant de sous une porte.
Dean se déplaçait lentement jusqu'au palier ; tous ses sens étaient focalisés sur le moindre son qu'il entendrait. Le tapis était placé sous ses pieds, étouffant le bruit de ses pas.
Alors que les yeux de Dean s'habituaient au noir, il devina les contours familiers de la commode que Lisa avait achetée aux puces. Il se souvenait avoir transporté cette fichue commode jusqu'en haut des escaliers avec Sid qui maintenait la partie inférieure en laissant échapper une bordée de jurons. Lisa les avait regardé du pied des escaliers et leur avait demandé de faire attention à ne pas briser un clou.
Raffermissant sa prise sur le couteau, Dean secoua rapidement la tête et fit disparaître le souvenir.
Lorsqu'il atteignit la porte de Ben, il entendit enfin quelque chose, un doux filet de musique venant de la chambre. Zeppelin, pensa Dean qui savait que Ben s'était endormi avec les écouteurs. Ils tomberaient de ses oreilles pendant la nuit et Lisa avait prédit qu'il s'étranglerait avec le fil en plastique un jour.
Déglutissant, Dean abaissa la poignée et se glissa à l'intérieur. Les étoiles lumineuses au-dessus du lit de Ben luisaient et dessinaient les contours des draps et la forme d'un enfant dessous. Dean passa en revue la chambre, vérifiant si quelque chose bougeait dans les coins mais ils étaient apparemment seuls.
Avait-il pris de vitesse son doppelgänger ? Dean n'en était pas certain.
Il se déplaça sur la pointe des pieds jusqu'au lit de Ben. Une fois qu'il fut certain que les draps montaient et descendaient doucement avec la respiration de Ben, Dean se détendit un peu. Il vit la corde des écouteurs de Ben repliés sur le matelas et sourit.
Ce sourire resta jusqu'à ce que Dean ne se rende compte qu'il se tenait au-dessus du lit de Ben comme yeux-jaunes était au-dessus du berceau de Sam. Dean tenait même le couteau au-dessus de lui comme s'il était prêt à frapper.
Choqué, Dean descendit rapidement le bras et s'éloigna brusquement du lit. Il se souvenait avoir poignardé et blessé une personne vivante qu'il n'avait jamais vue. Sa main s'ouvrit sur la poignée et Dean laissa le couteau tomber comme s'il avait brûlé sa paume.
Qui était le vrai danger ici ? Le démon, ou lui ?
Y avait-il une différence ?
Dean se retourna, son cœur battant férocement dans sa poitrine et il se retrouva nez à nez avec son doppelgänger. L'autre était apparu derrière Dean sans un bruit et à l'instant où Dean lui fit face, la main du démon était sur sa gorge.
Dean ne s'arrêta pas pour réfléchir. Il frappa sur le bras de l'autre pour l'éloigner, le saisit par le revers de sa chemise et le plaqua contre le mur le plus proche. Le démon sourit, s'appuya sur les épaules de Dean et lui mit un coup de tête assez fort pour casser le nez de Dean.
Assommé, Dean recula. La douleur était si forte que sa vision passait de claire à floue, mais il voyait le démon le contourner et se diriger vers le lit.
« Non, » grogna Dean qui agrippa les épaules du démon. Il évita le crochet de l'autre et lui mit un coup de poing dans les côtes avant que le démon ne le jette à l'autre bout de la pièce. Dean s'écrasa contre l'encadrement de la porte, une nouvelle source de douleur explosant dans sa colonne vertébrale, et il s'effondra au sol. Allongé à moitié dans le couloir et à moitié dans la chambre, Dean se releva autant qu'il lui fut possible en prenant appui sur ses coudes, mais il ne put lever son corps plus que cela.
Le démon le suivit, lentement, presque de façon détendue, et mit un coup dans les pieds de Dean avec le bout de ses bottes. Il se baissa, referma sa main sur la chemise de Dean et tira Dean sur ses pieds comme s'il ne pesait rien. Il poussa Dean contre l'encadrement de la porte et approcha son visage du sien. Dans la chaleur sûre de la demeure de Lisa, le souffle du démon flottait, blanc et froid contre la joue de Dean. Le démon inclina la tête, ses yeux noirs brillant alors qu'il observait Dean avec ce sourire toujours égal, le retroussement de ses lèvres disant qu'il avait déjà gagné.
Dean saisit le poignet du démon, mais il ne trouva pas la force de faire davantage, son visage lancinant et du sang s'écoulant de son nez. Il y en avait qui coulait aussi dans le fond de sa gorge. En colère, désespéré, il attendit que son doppelgänger en finisse avec lui.
Le démon s'appuya plus près contre lui et le chatouillement de sa barbe de quelques jours donna à Dean la chair de poule. Il faillit lâcher le poignet de l'autre parce qu'il ne voulait pas le toucher, il ne voulait pas de connexion avec lui. Mais avec le démon serré contre lui, il ne pouvait s'échapper et le poids du corps de l'autre fit émerger le souvenir du poids des chaînes, de l'agonie du piège qui s'est soldée par la transformation de Dean, un changement qu'il avait accueilli comme de l'eau après une sécheresse éternelle.
Un changement qui vivait dans la prise de fer de la créature qui avait plaqué Dean contre le mur, le démon qui portait le visage de Dean.
Comme un magicien aurait retiré un lapin d'un chapeau, le démon leva le couteau que Dean avait fait tomber et mit le couteau contre la gorge de Dean. Son nez frottait contre le tragus de l'oreille de Dean avant qu'il ne murmure. « Bon retour à la maison. »
Ces mots cognèrent Dean comme un poing dans la figure mais alors que la moquerie s'infiltrait en lui, la colère de Dean se transforma en une violence ardente. Sa maison, pensa-t-il, sa maison n'était pas ça. Toute sa vie durant, les gens disait que Dean appartenait à l'Enfer. Les démons, les anges et les chasseurs avaient senti l'odeur du soufre sur sa peau et avaient décidé qu'il était un mort en sursis. Bien des fois, Dean l'avait également pensé. Plusieurs mois après que Cas lui ait porté secours, il s'attendait toujours à ce que le sol s'ouvre sous ses pieds.
Mais il avait été sauvé. Il s'était taillé un chemin avec ses ongles hors de sa tombe, il avait couru aussi loin que possible de la Fosse et maintenant ? Maintenant, ils lui disaient encore que l'Enfer était la seule voie qu'il pouvait emprunter et ils ont utilisé le seul endroit où il avait trouvé la paix pour l'y enfoncer ?
Dean serra ses deux mains autour du bras du démon et regarda derrière lui les étoiles sur le plafond de la chambre de Ben. Le démon suivit son regard et leva un sourcil, sa question était évidente. Tu crois que ta place est avec eux ?
Peut-être que ce n'était pas le cas, pensa Dean. Mais il n'appartenait pas au feu de l'Enfer non plus. Il était différent du démon en face de lui et il ne mourrait pas ici.
Insouciant de la douleur et de l'acier contre sa gorge, Dean donna un coup de pied entre les jambes du démon. Démon ou pas, le salaud recula face à la douleur. Le couteau fit une entaille dans le cou de Dean, mais il le remarqua à peine. Il donna un coup de poing dans le visage du démon, le poussa dans le couloir et cracha du sang.
La main pressée contre son entrejambe, le démon leva vers lui un regard noir.
« Tu ne sais pas ce qu'est une maison, fils de pute aux yeux noirs, » grogna Dean avant de reculer son poing.
: : :
Ils luttèrent jusqu'à ce qu'ils se cognent contre la fenêtre de l'entrée et que le volet ne s'effondre sur eux. La lumière de la lune entra et se déversa sur le visage pâle du démon, révélant des tâches qui auraient pu être des tâches de rousseur ou des éclaboussures de sang.
Dean continuait de lancer des coups de poing et visait le menton du démon, ses joues et son nez, ne voulant rien d'autre que l'effacer, de le frapper pour le rayer de la carte et de détruire la ressemblance de leurs visages.
L'autre le laissait faire, se mouvant avec les attaques de Dean comme s'il s'agissait d'une dance et qu'il savait les pas que Dean allait faire. Il faisait tourner Dean, et à chaque fois que le démon reprenait le contrôle, Dean se mettait encore plus en colère jusqu'à ce que sa haine pour son double ne l'embrase sans rime ni raison.
Dean saisit une lampe de la commode et la fracassa contre la tête du démon avant qu'il ne se relève. Le démon s'écrasa au sol et Dean sauta sur lui, laissant tomber la lampe et il mit des coups de pieds dans les côtes du démon. Dean recula la jambe, mais avant qu'il ne puisse le frapper de nouveau, le démon tourna la tête et Dean se figea. Les yeux qui le regardaient n'étaient plus noirs ; ils étaient humains. Son visage était meurtri et blessé et, oui, battu jusqu'à en être méconnaissable.
Confus, Dean se recula, et saisit son reflet dans une image sur le mur et là, il vit : ses propres yeux étaient devenus noirs comme un four.
« Non, » murmura Dean en reculant, marchant sur la lampe brisée.
Ses yeux de lézard revenant au noir, le démon se releva sur ses pieds et se glissa derrière Dean en un éclair. Il poussa Dean contre la commode et cogna sa tête contre le bois, une large main à l'arrière de son crâne forçant Dean à rester baissé.
La respiration du démon souffla contre son cou comme s'il riait. Nous sommes pareils, pensa Dean. Il le sait, lui aussi.
Dean sentit ses larmes sortir, brûlantes et furieuses et il ferma les yeux. Lorsque le démon se reposa contre son dos, Dean tordit ses épaules mais cela ne lui permit pas d'échapper au murmure contre son oreille.
Qui se ressemble s'assemble.
Dean se regimba et se débâtit jusqu'à ce que le démon quitte son dos. Il était libre depuis une seconde qu'une main s'installa sur son épaule.
« Dean ? »
Il se retourna à l'aveuglette et sans réfléchir, car il voulait que ce cauchemar s'arrête. Les vêtements de l'autre bruissèrent alors qu'il évitait le poing de Dean.
« Dean ! » Une partie de Dean se rendit compte que la voix n'appartenait pas au démon mais il continua de se battre avec la même ardeur, repoussant les mains qui voulaient l'attraper jusqu'à ce que des doigts puissants ne se referment sur son bras et ne le plaquent contre le mur le plus proche.
Alors que son dos heurtait la plaque de plâtre, les yeux de Dean s'ouvrirent grands et il reconnut Cas, qui le regardait d'un air désapprobateur. Malgré cela, Dean était prêt à se frayer un passage pour être libre mais Cas agrippait ses deux épaules et le maintenait immobile. Il semblait surpris, comme s'il ne savait pas ce qui était arrivé à Dean. « Dean, arrête. »
« Où est-il ? » Dit Dean d'une voix râpeuse en enfonçant ses doigts dans les manches du trench-coat de Cas.
« Il n'y a personne ici, » dit Cas. « Nous sommes seuls. Dean. Calme-toi. »
La prise de Cas se relâcha lorsque Dean cessa de se débattre mais Dean se cramponnait toujours à lui, sachant que ses jambes se déroberaient sous lui au moment où il le lâcherait. Les yeux de Cas se tournèrent vers le plafond et la lumière se fit, repoussant les ombres dans les coins.
« Nous sommes seuls, » répéta Cas et voyant que c'était le cas, Dean s'effondra contre le mur. Il déglutit puis toucha son visage, mais il était sain et sans blessure. Comme si son nez n'avait jamais été cassé, comme s'il avait tout imaginé. Seules ses mains étaient toujours tâchées de sang.
: : :
Dès que Cas le relâcha, Dean se traîna dans la salle de bains. La froideur du souffle du démon était toujours collée sur le côté du cou de Dean et son estomac faisait des siennes avec la nausée. Il arriva jusqu'à l'évier et eut quelques problèmes avec le robinet. Les lampes du miroir se réfléchissaient sur les carreaux blancs et Dean était absorbé dans la lumière.
Maintenant ses mains sous l'eau chaude, Dean frotta ses paumes et ses doigts jusqu'à ce que le sang s'en aille. Son estomac se calma, du moins un peu, mais cet endroit lui semblait trop réel. Il sentait même le savon à la fleur d'oranger et à la vanille de Lisa et c'était trop. Dean passa de l'eau sur son visage, essuya ses yeux avec sa manche avant de fermer le robinet de ses mains tremblantes.
Cas attendait patiemment derrière lui, mais Dean ne pouvait pas partir avec lui, pas encore. Il agrippa le bord de l'évier et fit de son mieux pour se calmer mais la peau de ses bras était toujours recouverte de chair de poule, rappelant le toucher du doppelgänger.
« Qu'est-ce que c'était ? » Demanda Dean. « C'était quoi, bon sang ? »
Cas ne répondit pas et Dean regarda derrière lui par-dessus son épaule, remarquant le froncement de sourcils hésitant sur le visage de Cas. « Tu le sais, non ? » L'interrogea Dean. « Je n'ai pas imaginé ce salaud. Il était là. »
« Oui, » admit Cas. Il prit une serviette et la donna à Dean. « Mais je ne dirais pas que c'était quelqu'un. »
« C'était quoi, alors ? » Demanda Dean en prenant la serviette pour essuyer ses mains.
« Dean, » commença Cas, mais Dean l'interrompit.
« Dis-le-moi. »
Le regret se lisait partout sur le visage de Cas mais il céda. « Toute âme qui est restée en Enfer suffisamment longtemps laisse une trace, » Expliqua-t-il. « C'était une ombre. »
Avec l'impression que le sol s'ouvrait lentement sous ses pieds, Dean finit de se sécher les mains et regarda une fois de plus dans le miroir. On ne voyait rien sur le miroir, tout recouvert de buée. Il ne distingua qu'une pâle image floue là où son visage aurait dû se trouver.
Il savait ce que la réponse de Cas signifiait. Une partie de lui savait déjà la vérité. Il n'avait pas fait face à son doppelgänger, il s'était rencontré lui-même : ce n'était pas un être à part mais un miroir, fait de lui et ultimement lié à lui. L'addition et la conséquence de ses actions.
La partie de lui qui n'avait pas quitté l'Enfer et qui n'en partirait jamais.
Cas toucha son coude et Dean sut qu'il aurait aimé lui épargner cette information. Il se demandait depuis combien de temps Cas le savait. « Ce n'est plus une partie de toi, » dit doucement Cas. « Ce n'est qu'un écho. »
Dean l'entendit mais il n'en croyait rien. On ne pouvait pas séparer une ombre de la personne qui la projetait.
Alors qu'il s'observait, la buée sur le miroir se condensa et s'écoula le long de la glace en lignes irrégulières, révélant des parties de son visage et le transformant en un masque déformé. Il ne distinguait pas encore la couleur de ses yeux.
Dean serra son poing autour de la serviette avant de la laisser tomber dans le lavabo. « Sors-moi d'ici, je t'en prie. »
La main de Cas se serra davantage sur son bras avant qu'il ne recule. Il tenait le couteau de Dean et Dean dû se forcer à lever la main pour le prendre. Il savait que Cas voulait lui parler, pour rendre la chose moins terrible, mais Dean ne le supporterait pas. Pas tout de suite.
« Je t'en prie, » répéta-t-il et Cas hocha la tête.
« Par ici. »
