Note : le nouveau chapitre arrive enfin ! encore désolée du retard, mais la publication devrait garder un rythme normal jusqu'à la fin maintenant ( je pense finir de poster toute la fiction avant mes prochains examens ). Ce chapitre est censé constituer l'une des dernières parties de la première version de cette fiction, mais puisque j'ai depuis rajouté des éléments nouveaux à l'histoire, il devrait encore y avoir trois ou quatre chapitres avant l'épilogue. Merci encore et toujours de me lire. J'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture.
VI. L'Argent
Percy tourna à l'angle de la rue qui donnait sur le Ministère et percuta la masse dure qui se trouvait face à lui. Il n'y avait pourtant pas de mur à cet endroit d'habitude.
Ses yeux se levèrent et louchèrent sur le sourire en coin de Marcus Flint qui s'amusait de sa maladresse.
– Si tu portes des lunettes, Weasley, ce n'est pas que pour faire beau.
Percy, irrité, lança un regard noir à Marcus Flint.
– Pourquoi est-ce que, commença-t-il avant de finalement laisser tomber.
Il lui était devenu inutile de s'énerver après son – toujours – supérieur hiérarchique. Ça ne changeait strictement rien à son comportement.
Avec le temps, il finirait bien par s'y faire – il ne faisait déjà plus grand cas de ses remarques sarcastiques, se prenait parfois au jeu et lui répondait même.
Si un an plus tôt quelqu'un lui avait dit qu'il finirait par faire ami-ami avec Flint, il lui aurait ri au nez. Ami restait un bien grand mot pour décrire leur relation forcée, dans laquelle Percy se trouvait à la merci de l'esprit tordu de Flint.
Mais plus les mois passaient, plus il se sentait impliqué dans son affaire, comme si son avis importait – et peut-être qu'après tout son avis importait vraiment.
– Tu ne devrais pas m'attendre ici, grommela-t-il, tu sais très bien pourquoi on se donne rendez-vous dans une rue commerçante.
Ils s'enfoncèrent dans la ville, loin du Ministère. Mais les mains moites de Percy se serrèrent nerveusement l'une à l'autre. Il craignait toujours la suspicion que leur relation pouvait éveiller. Il jeta un œil derrière lui. Quelques sorciers s'étaient regroupés dans la ruelle, d'autres se saluaient avant de se séparer et personne ne semblait leur porter la moindre attention. Il en reconnut quelques-uns qui travaillaient au Ministère, d'autres visages qu'il avait seulement croisé dans la rue plus d'une fois, mais aucun de ceux-là ne lui parut suspect. L'homme qui s'accoudait au mur du Ministère, un journal cachant presque entièrement son visage à l'exception du haut de son crâne et de ses yeux, en revanche, ne lui disait rien qu'y vaille. Son regard restait fixé vers lui et Percy commença à se demander s'il ne devait pas réellement s'inquiéter.
– Il y a quelqu'un qui m'observe, chuchota-t-il à Flint.
– Sans doute un de tes très nombreux fans, moqua celui-ci.
– Je ne plaisante pas, il me fixe.
Lorsque Percy se retourna à nouveau l'homme n'avait pas bougé, toujours adossé au mur, il continuait de le regarder.
Finalement, il abaissa son journal et laissa voir son visage. Il lui fit alors un grand signe de la main et Percy reconnut Richard Hurt, son collègue de travail.
Il souffla, soulagé et le salua en retour avec un petit sourire.
Richard s'éloigna et leur tourna le dos, son journal sous le bras.
– Ce n'était rien, dit Percy, rien qu'un collègue de bureau.
Il sentit un bras se poser lourdement sur ses épaules.
– Cesse donc d'être si inquiet. Je t'ai déjà dit que tout est sous mon contrôle, tenta de le rassurer Flint.
– Mais tu ne peux jamais être sûr. Je préfère rester prudent, avoua Percy.
– Tu peux vraiment être rabat-joie parfois.
– Rabat-joie ?
Percy s'arrêta net et lui lança un regard interrogateur.
Ils s'apprêtaient à faire grimper des sorciers recherchés pour vol de magie par le Ministère, Ombrage et ses sbires dans l'arrière d'un camion moldu piloté par une Cracmolle plutôt louche qui leur ferait traverser la Manche pour qu'ils puissent se réfugier en France – et enfin échappé aux griffes de Voldemort.
Il n'y avait rien dans cette situation qui soit digne d'amusement. La vie de plusieurs personnes était en jeu et au moindre faux pas, toute l'opération pouvait capoter et ces sorciers se retrouver prisonnier des griffes du Ministère. Chaque seconde leur était comptée, chaque geste pouvait être le dernier et pire que tout l'avenir de ces sorciers dépendaient de Flint – et de Percy – qui, s'il leur refusait le passage, pouvait rester coincer en Angleterre et retourner se terrer loin de Voldemort, aussi loin qu'ils en étaient capables.
Cette situation ne valait guère mieux que l'intrigue d'un mauvais roman catastrophe moldu que Percy attendait avec impatience de pouvoir refermer.
– On a déjà eu cette discussion, reprit-il. Je ne prends aucun plaisir à faire ce que je fais et je n'en prendrai jamais aucun. Je suis juste pressé que tout ça soit terminé.
– Si tu penses que je rêvais de me retrouver coincé avec toi au Ministère, tu as une bien haute opinion de toi. Maintenant que j'ai appris à te connaître, j'ai bien moins envie de te faire bouffer tes lunettes …
– Bon à savoir, coupa Percy en levant les yeux au ciel, exaspéré.
– Non, c'est vrai. J'ai étrangement appris à t'apprécier et puisqu'on n'a pas vraiment le choix, autant en profiter. Ça pourrait être bien pire. On pourrait être coincé toute la journée à faire un travail administratif chiant à crever …
– C'est déjà le cas, rappela Percy.
– Et rentrer seul, chacun de notre côté, chez nous à attendre la mort ou la fin de la guerre.
– Tu as une vision bien particulière de la vie.
– Je fais avec ce qu'elle me donne, Weasley, rétorqua Flint qui lui aussi commençait à s'agacer. Et en parlant de ce que la vie a à nous donner, j'ai accepté d'aider ton amie.
– Est-ce que tu parles d'Alison ? demanda Percy, les sourcils froncés.
Une fois encore, il n'aurait pas employé le mot « amie » pour la désigner. Même à l'époque où ils partageaient le même emploi du temps à Poudlard, il ne l'aurait pas fait.
– Celle-là même et voici ta part.
Marcus Flint passa une main sous son manteau et sembla attraper un paquet dans l'une de ses poches intérieur. Il ne fallut que quelques secondes à Percy pour réagir. Il posa un main ferme sur celle de Flint pour l'immobiliser.
Le sourire de ce dernier s'élargit et il posa son autre main sur celle de Percy.
– Je savais que tu finirais par m'avouer …
– Je ne joue pas ! s'emporta Percy, plus irrité que jamais par le comportement insouciant de Flint. Si quelqu'un nous voit …
Flint haussa les épaules.
– Qu'ils nous voient.
– Je ne veux pas de cet argent, de toute façon, cracha Percy, plus bas, en s'écartant. C'est de l'escroquerie.
– Tu es déjà mon complice, ricana Flint qui tira finalement de sa veste un paquet en papier kraft brun.
Malgré ses protestations, il le glissa dans la poche de Percy qui loucha dessus.
C'était la première fois que Flint lui donnait une part de ce qu'il gagnait – volait – avec ses trafics. Jusqu'à présent, Percy s'était toujours contenté de refuser d'être payé pour que Flint le laisse tranquille. Il n'était pas sûr de comprendre pourquoi il insistait ce soir.
– Ne pose pas de questions, répondit Flint qui perçut ses doutes, et avance, on va finir par arriver en retard. Tu ne voudrais quand même pas priver les nés-moldus de leur voyage ?
Flint se trouvait déjà au bout de la rue quand Percy réalisa qu'il venait, pour la première, d'accepter de l'argent sale. La boule au ventre, il finit par suivre Flint.
.
– Non.
La réponse de Flint résonna, même aux oreilles de Percy, comme une sentence. Les autres sorciers louchèrent sur la jeune femme qui pâlit. Elle serra les dents et lança un regard mauvais à Flint qui esquissa en retour un sourire narquois.
– Un marché est un marché. J'ai annoncé la somme à l'avance, tu devais avoir toute la somme. En plus, j'ai déjà baissé les prix pour toi, précisa-t-il.
– Mais je n'ai pas réussi à rassembler toute la somme et j'ai déjà payé les trois quarts de ce qui était demandé. Ce n'est pas juste.
– Il était peut-être temps que tu t'en rendes compte.
Flint l'écarta de la file. Du haut de ses quasi deux mètres et de son bon quintal, la jeune femme paraissait bien ridicule, une brebis égarée face au loup prédateur.
Elle n'en démordrait pas pour autant et tandis que Marcus Flint poursuivait ses comptes, elle insista :
– Je finirai par rassembler la somme.
– Si tu n'as pas réussi à la rassembler jusque là je ne vois pas comment tu pourrais y parvenir.
– Je travaillerai, même pour toi si ça t'arrange.
Flint fut pris d'un fou rire qu'il contrôla difficilement. Les sorciers assistèrent à la scène circonspects. Personne n'osa l'interrompre, mais la jeune femme bouillait intérieurement. Son regard s'assombrit plus encore – et Percy eut du mal à croire que c'était possible. Lui même commençait à perdre patience. Le manège de Flint ne l'amusait plus. Il n'avait pas besoin de toute la somme. Avec l'argent qu'il tirait de son petit commerce, il pouvait facilement financer le départ de plusieurs dizaines de sorciers sans que sa petite fortune n'en soit ébranlée.
– Et à quoi est-ce que tu pourrais bien me servir ? Je suis loin d'être le plus discret des passeurs, mais tu es recherchée au Royaume-Uni. Il suffit que tu fasses une mauvaise rencontre et c'est tout mon business qui risque de se casser la figure.
– Je peux arranger les départs jusqu'à ce que j'amasse une somme suffisante. Dans deux semaines tu n'entendras plus jamais parler de moi.
– J'ai dit non.
– Je te dénoncerai, tenta-t-elle en dernier recours.
Cette fois-ci Flint se tourna vers elle, plus tellement amusé.
– Tu me menaces maintenant ? Vas-y, dénonce-moi. On se retrouvera à ton procès dans une dizaine de jours.
Elle marmonna quelques paroles incompréhensibles – ses yeux criaient des insultes – et s'éloigna, vaincue.
Flint ricana en poursuivant la collecte des sommes des sorciers en fuite, plus silencieux que jamais. Il ne semblait pas éprouver la moindre once de remords. Percy sentit ses entrailles se tordre. Quelque chose clochait dans leur affaire. Ils n'avaient pas le droit de décider de la vie ou de la mort d'une autre personne – personne n'avait ce pouvoir. Il se précipita sans plus attendre vers la sorcière qui était déjà bien loin. Il lui fallut un petit moment pour la rattraper.
Elle lui lança un regard noir lorsqu'il s'arrêta devant elle, essoufflé. Il avait décidément besoin de faire un peu d'exercice.
Elle s'apprêta à le contourner, mais il l'interrompit, une main sur l'épaule.
– S'il vous plaît, je paye … la fin de votre … de votre somme.
Elle eut un rire jaune.
– En échange de quoi ?
– De rien, rien du tout. Je lui donne l'argent qu'il vous manque. Vous me remboursez plus tard si ça vous chante, ne me remboursez pas si vous n'avez pas envie ou pas les moyens. Ça m'est égal.
– Est-ce que c'est une plaisanterie ?
Sur ses gardes, les bras croisés sur sa poitrine, elle le toisait.
– Non, pourquoi est-ce que je ferais une chose pareille ?
– Pourquoi est-ce que vous jouez avec la vie des gens ?
Il n'avait pas la réponse à cette question – du moins, s'en persuadait-il.
Trop lâche pour agir.
– Je paye et vous partez, je vous promets que je ne vous ferais pas chanter. De toute façon, je ne sais même pas quel est votre nouveau nom et où vous comptez aller.
Flint fragmentait toujours les tâches. Si Percy s'occupait des papiers, quelqu'un d'autre était chargé des rencontres à effectuer ou des sommes à prélever. C'était sa manière de brouiller les pistes, mais aussi de garder le contrôle sur tout son business.
Elle souffla, peu convaincue.
– S'il vous plaît. Vous ne pouvez pas rentrer chez vous, vous risquez de vous faire prendre à chaque coin de rue …
– Je peux très bien trouver d'autres passeurs, plus conciliants.
– Oui, vous pourriez, mais vous avez déjà payé presque toute la somme et ce trafic est sûr. Personne ne le soupçonne, il n'est pas recherché. Tout le Ministère pense qu'il est de leur côté.
– Il est de leur côté, rappela-t-elle.
Percy oubliait parfois – trop souvent – que d'organiser la fuite des ennemis du Ministère ne faisait pas de Marcus Flint un opposant au Seigneur des Ténèbres, pas plus que ça faisait de lui quelqu'un de bien.
– Pas moi, avoua Percy.
Ses entrailles brûlèrent dans son ventre. Il avait beau se répéter qu'il n'était pas du mauvais côté, il avait collaboré – et n'avait pas écouté sa famille.
Audrey réprima sans doute un rictus moqueur. Elle soupira une fois de plus. Elle accepterait à contrecœur, sans autre choix.
– D'accord, capitula-t-elle.
Ils rebroussèrent chemin pour retrouver Marcus Flint. Celui-ci finissait d'effectuer les dernières transactions. Entre ses doigts il retournait une dague incrustée de pierres précieuses au regard – si tant est que Percy sache les reconnaître. Il rangea l'objet dans sa mallette.
Les sorciers grimpaient à l'arrière d'un camion sous le contrôle d'un jeune sorcier où ils étaient dissimulés sous un faux-plancher extensible. L'usage des sortilèges d'Extension s'étaient multiplié ses derniers mois. Les patrouilles de Rafleurs se faisaient plus malignes et visaient en priorité depuis quelques temps les petits engins – motos, vélos, voitures. Les camions si peu discrets n'étaient que plus rarement contrôlés.
En les voyant arriver, Flint rit avant de s'adresser, mécontent, à Percy.
– Laisse-moi deviner, tu vas payer le reste de sa somme ?
– Je double ce qui reste, avoua Percy.
Il sortit le paquet que Flint avait un peu plus tôt glissé dans sa poche et le tendit à Flint.
– Tu peux reprendre ton argent.
Mais le rire de Flint l'interrompit.
– Tu pensais vraiment que j'allais accepter que tu me payes avec ça ?
– Non, avoua Percy.
Il décrocha ensuite de son poignet la montre qu'il s'était offerte suite à sa première année – réussie – au Ministère. Elle était de production artisanale, fabriquée en métaux précieux par l'un des meilleurs horlogers de Londres. Il ne s'était jamais acheté quelque chose de si cher. Il en avait été très fier, si bien qu'il lui était arrivé de l'exhiber sans trop de gêne devant ses parents. En y repensant, c'était tout à fait déplacé et il avait regretté par la suite d'avoir eu un tel comportement.
Peut-être ce geste lui rachèterait-il une partie de sa conduite.
– Elle coûte encore bien plusieurs centaines de Gallions.
Marcus Flint l'inspecta avant de la passer à son poignet. Il eut l'air satisfait.
– Ça ira pour cette fois. Tu peux monter avec les autres, déclara-t-il à l'adresse d'Audrey.
La sorcière se précipita à l'arrière du camion et eut à peine le temps de saluer Percy que la Cracmolle en charge de l'opération refermait la porte du conteneur derrière elle. Le sorcier la scella d'un sort et ils grimpèrent tous les deux à l'avant. L'engin démarra et s'éloigna presque aussitôt.
– Tu vas te ruiner si tu fais ça à chaque fois, remarqua Flint.
Mais dans la tête pleine de regrets de Percy, qui regardait le camion s'éloigner, mieux valait se ruiner que d'avoir la mort de quelqu'un sur la conscience.
