Disclaimer : Les Sannin appartiennent à Masashi Kishimoto. Je fais seulement mumuse avec.

Résumé : « Je ne l'ai jamais vraiment aimé » déclara Jiraiya en revenant de l'enterrement de Dan. Et comment auraient-ils pu quand il osait s'immiscer entre eux et Tsunade ?

AN : cet OS a été écrit dans le cadre des nuits du Fof pour le thème « bouteille ». Le titre est une référence à la chanson de Missy Higgins «Where I Stood».


He Who Dares To Stand Where We Stood


Le soleil brillait gaiement sur les toits de Konoha, faisant scintiller les gouttes laissées par l'averse nocturne. Il se faufilait à travers les vitres des larges fenêtres des habitations, une anomalie dans un village de ninjas obsédés par leur sécurité et celle de leurs familles, mais une concession à leur habitude d'utiliser aussi bien les portes que les fenêtres pour entrer dans les bâtiments. Après tout, quand vous pouviez littéralement marcher sur les murs, peut importait que la fenêtre de votre appartement se trouve au rez-de-chaussée ou au cinquième étage. C'était d'ailleurs aussi pour cette raison que la plupart des appartements de Konoha possédaient un balcon. Non seulement cela permettait de prendre son temps pour ouvrir et fermer sa fenêtre, mais cela offrait également des relais bien pratiques pour accéder à la voie de communication préférée des ninjas pressés : les toits, qui avaient d'ailleurs pour la plupart été spécialement renforcés pour supporter aisément le passage constant de shinobis en train d'utiliser leur chakra pour aller plus vite. Enfin, ces balcons procuraient pour un certain nombre de personnes, aussi bien des civils que des ninjas, un espace de rangement supplémentaire et un lieu particulièrement apprécié par les shinobis pour mettre à sécher les vêtements encore imprégnés de l'odeur de sang et de fumée due aux missions et aux combats. D'autres utilisaient cet espace pour installer de l'électroménager, que ce soit une machine à laver ou un deuxième frigo (spécifiquement destiné aux boissons alcoolisés dans le cas de Jiraiya). Certains préféraient s'en servir comme d'un minuscule jardin ou potager, alignant soigneusement les pots de terre cuite pour bénéficier du meilleur ensoleillement possible. Beaucoup de jeunes parents, pas assez fortunés pour s'offrir une maison, y installaient quelques jeux d'enfant et les célibataires y mettaient souvent une chaise longue ou une petite table, idéale pour des dîners en tête-à-tête avec leur conquête du jour.

Tout comme son coéquipier, Orochimaru avait installé un deuxième frigo sur son balcon. Mais lui l'utilisait surtout pour stocker sa nourriture car celui qui était situé à l'intérieur était plus souvent rempli de poisons ou de médicaments que de denrées alimentaires. Par exemple en ce moment le petit frigo qui était inclus dans le loyer de son appartement servait de dépositoire à trois flacons de venin de vipère noire d'Iwa, une bouteille de curare, deux fioles contenant son mélange favori pour enduire ses armes, quatre poches de solution physiologique, quelques seringues dans des emballages stériles, des flacons contenant un certain nombre d'antidotes plus ou moins génériques, le vaccin que Jiraiya devait s'injecter pour sa prochaine mission dans les marais sanglants et qu'il avait insisté pour stocker là (« Tu as déjà une véritable pharmacopée là-dedans Orochi, qu'est qu'une petite seringue de plus va y changer ? ») et la petite bouteille qui contenait le médicament au goût abominable qu'il devait consciencieusement avaler trois fois par jour s'il ne voulait pas retourner à l'hôpital pour une infection des blessures qu'il avait subies lors de sa dernière mission. Techniquement, il n'aurait même pas dû avoir la permission de quitter l'hôpital pour l'instant, mais avoir Tsunade des Limaces comme coéquipière avait des avantages, notamment quand il s'agissait de faire pression sur le personnel médical et de leur assurer que lui, Orochimaru des Serpents, un des Densetsu no Sannin, était parfaitement capable de se débrouiller seul dans son appartement, même avec une jambe cassée, la hanche et plusieurs côtes fêlées et des bleus et des lacérations un peu partout sur le corps.

En cette fin de matinée, Orochimaru venait de poser sur sa table une bouteille de saké (boisson formellement interdite par son traitement médical) et trois coupes. Et il attendait. Il attendait le retour de ses coéquipiers qui étaient à l'enterrement de Katō Dan, l'amant de Tsunade. Lui en était dispensé car ses blessures ne lui permettaient pas de rester debout longtemps et encore moins de se déplacer facilement à l'autre bout du Village où avait lieu la cérémonie.

« Elle ne viendra pas. »

Un civil aurait violemment sursauté à l'intrusion soudaine dans le silence de l'appartement, un ninja moins habile qu'Orochimaru aurait probablement déjà envoyé à la tête de l'intrus les coupes, la bouteille, voire la table puis aurait chargé en ignorant ses blessures, un kunai ou un senbon à la main. Après tout, un ninja digne de ce nom était toujours prêt et toujours armé et ce quelque soit son état physique. Mais les Sannin avaient passé tant de temps les uns avec les autres que la sensation de leur chakra était immédiatement reconnue et classée comme appartenant à un allié. Et puis Jiraiya ne cherchait pas particulièrement à se cacher et son chakra était donc clairement perceptible pour toute personne un tant soit peu entraînée à percevoir ce type d'énergie (autrement dit tous les Jounin et un bon nombre de Chuunin). Aussi Orochimaru n'avait-il pas été surpris par l'interpellation de son coéquipier et ami. Il se contenta de soupirer doucement et de remplir deux des coupes, écartant la troisième avec des gestes précis et mécaniques.

« Elle a décidé de rester avec Shizune aujourd'hui », continua Jiraiya en s'asseyant.

Ah oui, Shizune, la nièce de Dan. Sa mère était morte des années plus tôt et comme avec un certain nombre de kunoichi, son père n'était pas indiqué sur son acte de naissance. Dan avait été son gardien, du moins jusqu'à ce qu'elle devienne une Genin. Tsunade et elle étaient probablement en train d'essayer mutuellement de se consoler, tout en ne parvenant qu'à aggraver leur chagrin, se dit Orochimaru en buvant quelques gorgées de saké en silence. Son compagnon l'imita un instant avant de déclarer très calmement :

« Je ne l'ai jamais vraiment aimé. »

Orochimaru acquiesça d'un signe de tête. Lui non plus n'avait jamais vraiment apprécié Dan, l'homme qui avait osé essayer de se mettre entre Tsunade et eux. L'homme à cause de qui Tsunade allait très certainement retomber en dépression alors qu'elle était enfin parvenue à surmonter la mort de son frère. L'homme à cause de qui, s'il fallait en croire le témoignage chuchoté des autres membres de leur mission, Tsunade avait désormais une peur panique du sang. Elle ! Une kunoichi et l'un des plus grands médecins des Villages cachés, elle souffrait d'hémophobie à cause de ce freluquet aux cheveux pas nets et à l'allure délicate et bien trop doucereuse pour être honnête.

Orochimaru et Jiraiya avaient tous deux été des orphelins, quoi que dans des circonstances différentes, lorsqu'ils avaient passé leur examen Chuunin. A cette époque, leur équipe était déjà devenue pour eux leur véritable famille, bien plus précieuse que celles dans lesquelles ils étaient nés. Sarutobi Hiruzen, le Sandaime Hokage, était leur sensei, leur mentor, leur commandant et leur ami, certainement une bien meilleure figure paternelle que celles qu'ils avaient eues jusque là, même Tsunade dont le père était mort avant qu'elle n'apprenne à marcher et dont le seul oncle était, à ses yeux, un personnage distant et froid. Sarutobi-sensei plaisantait facilement avec eux, souriant souvent, riant parfois, et même quand il les réprimandait pour leurs erreurs, ils savaient pertinemment que leur pardon n'était jamais très loin pour peu qu'ils se donnent la peine de le mériter. Senju Tsunade, la princesse de Konoha, était leur coéquipière. Il n'existait pas d'autre mot plus fort ou plus exact pour décrire ce qu'elle représentait pour eux. Elle était certainement plus qu'une amie ou qu'une sœur ou même qu'une amante. Elle était indubitablement la femme dont ils étaient et seraient jamais le plus proche. Et ce terme de coéquipier était devenu si précieux à leurs yeux qu'ils ne le donnaient à personne d'autre qu'aux membres de l'équipe Sarutobi. Ceux avec qui ils effectuaient des missions étaient des compagnons, des alliés, des connaissances, des collègues mais jamais des coéquipiers, pas même Hatake Sakumo qui pouvait pourtant se targuer d'être une des rares personnes à Konoha à être apprécié à la fois des trois Sannin et de leur professeur. Leur équipe était devenue leur tout, ce par quoi ils se définissaient.

Aussi l'irruption de Katō Dan dans leur petit monde n'avait pas, mais alors pas du tout été du goût d'Orochimaru et de Jiraiya. Oh bien sûr en public et surtout en présence de Tsunade, ils étaient d'une impeccable politesse avec lui, Jiraiya se forçant même à lui rendre ses sourires (Orochimaru n'avait jamais été aussi content qu'à ce moment-là d'être considéré par beaucoup comme incapable de sourire, une attitude que ses coéquipiers savaient qu'il aimait encourager en public). Après tout, Tsunade l'appréciait et ils avaient depuis longtemps appris à ne pas la contrarier sur certains points s'ils ne voulaient pas goûter à ses poings (même si parfois Jiraiya semblait oublier ce bon sens au profit de sa perversité). Mais les regards froids qu'ils lui lançaient quand Tsunade ne regardait pas et les conversations aussi brèves que possible lorsqu'ils le rencontraient par hasard avaient fait rapidement passer le message à Dan : il n'était pas le bienvenu et ils ne l'aimaient pas. Il allait sans dire que s'il faisait jamais quelque chose pour blesser Tsunade, Jiraiya et Orochimaru se feraient alors une immense joie de lui montrer son erreur. Après tout, l'un avait des sceaux et l'autre des poisons qu'ils mourraient d'envie d'expérimenter à échelle humaine…

Mais Dan avait toujours été un parfait gentleman (« ça en est écœurant Orochi, vraiment écœurant» lui avait confié Jiraiya après avoir épié un de leurs rendez-vous) et ne leur avait jamais donné l'excuse qu'ils attendaient avec tant d'impatience. Et de toute façon, ils savaient bien que depuis la mort de Nawaki, ils étaient les premiers dans le cœur de Tsunade et qu'ils le resteraient, même si ce parvenu s'était permis de s'y construire une place bien trop importante.

Mais ces derniers jours, depuis que Tsunade et ceux qui l'avaient accompagnée avaient ramené le cadavre de Dan, ils avaient dû se rendre à l'évidence : ils n'étaient plus les premiers dans le cœur de Tsunade, ils avaient perdu contre cet homme et avaient peut-être été destinés dès le début à perdre. Mais puisqu'il était mort, ils ne pouvaient désormais plus rien faire pour le détrôner dans l'affection de Tsunade. Elle préférait se raccrocher aux derniers lambeaux de l'existence de son amant plutôt que d'accepter leur réconfort dans son deuil. A plusieurs reprises déjà, elle leur avait demandé de la laisser seule alors qu'elle s'était si désespérément accrochée à eux lors de la mort de son frère. Aujourd'hui, elle préférait les bras frêles d'une enfant inexpérimentée à ceux qui l'avaient autrefois soutenue dans sa peine et l'avaient aidée à surmonter sa douleur, à la sublimer comme seuls savaient le faire les ninjas, dans le sang et la douleur de leurs ennemis, dans leur mort et dans la vengeance.

Mais aujourd'hui Tsunade refusait leur aide et leur réconfort, refusait de les laisser soutenir et protéger son cœur, refusait de les laisser l'aimer et la chérir.

Et Dan était mort et ils ne pouvaient pas se venger de cet ultime affront qu'il leur imposait. Et ce matin, Jiraiya s'était forcé à sortir un discours élogieux sur le défunt. Orochimaru le savait parce qu'ils l'avaient préparé ensemble. Ils haïssaient Dan mais ils adoraient Tsunade et si elle avait besoin qu'ils lui mentent avec un sourire dans la voix et des larmes dans les yeux, ils le feraient. Pour elle.

Et, quand en quittant le Village en compagnie de sa nouvelle apprentie, Shizune, Tsunade remercia Jiraiya pour ses mots lors de l'enterrement, il se dit que ça en valait presque la peine. Mais en la voyant leur tourner le dos et les abandonner sans un regard en arrière, un sourire brisé sur le visage, ils jurèrent tous deux dans le silence de leur esprit de ne jamais pardonner à celui qui leur avait volé Tsunade. De ne jamais pardonner à Dan. De trouver un moyen de lui faire payer sa traîtrise, même s'ils devaient attendre d'être morts pour pouvoir le faire.


AN : Une review pour essayer de remonter le moral de toutes ces personnes déprimées ?